Tag: Voyages

  • Les raisons d’un été touristique en retrait comparé à 2025

    Les raisons d’un été touristique en retrait comparé à 2025

    Le bilan touristique global de cet été (juin-septembre) affinera l’analyse mais on a déjà une idée précise du reflux observé en Occitanie en juillet puis août comparé à la saison 2025. Un retrait documenté par le Comité régional du tourisme et des loisirs (CRTL) et l’agence Ad’Occ de la Région qui indique que seuls 54% des professionnels estiment leur activité satisfaisante en août : soit 13 points de plus qu’en juillet mais 14 de moins qu’en août 2025.

    Sur les 820 verbatims recueillis au sujet du mois d’août, trois causes principales reviennent spontanément dans la bouche des professionnels du secteur. D’abord les effets néfastes de la canicule. Il faut savoir qu’avec en moyenne 3,7 degrés supérieurs aux normales de saison en Occitanie (jusqu’à +4,8° sur les maximales) et un épisode particulièrement étiré (28 juillet-19 août), la troisième vague de chaleur subie cet été est « la plus longue jamais enregistrée en France ». Ce qui place le cru 2026 en seconde position des mois d’août les plus caniculaires derrière le meurtrier août 2003. Selon l’étude du CRTL, ces chaleurs ont influencé les choix de 62% des vacanciers. Certains sont allés ailleurs, d’autres sont venus mais ont « privilégié les activités du matin et du soir », renonçant aux activités les plus exposées.

    Seconde raison essentielle : la crise du pouvoir d’achat qui a conduit les touristes présents à limiter leurs dépenses. « Le panier moyen des clients a clairement baissé, la clientèle est peu sortie du camping cette année », témoigne un responsable. « Les familles ont privilégié les activités gratuites », ajoute un autre professionnel d’un site de loisirs. L’envolée du prix de l’essence a été un marqueur de plus comparé à l’été 2025.

    Il en va de même des nombreux incendies recensés cet été. Aux yeux des professionnels du tourisme, ce serait le troisième facteur clé. « La forte médiatisation a fait beaucoup de tort auprès de nos clientèles étrangères », assure un gérant de l’hôtellerie de plein air quand un autre pointe une « communication anxiogène ».

    Des séjours plus courts

    Et pourtant… 74% des Français sont partis en vacances contre 62% des intentions exprimées au début du printemps selon une enquête nationale. Un phénomène inversé chez les étrangers : seuls 27% ont voyagé au lieu des 34% escomptés. Il semble surtout que les comportements se modifient durablement. On observe une réduction des temps de séjours (une semaine ou moins dans 60% des cas) avec des destinations moins éloignées (16% des vacanciers sont restés dans leur région). Enfin, l’attentisme devient la norme au sujet des réservations de plus en plus tardives. Mi-septembre, l’état des réservations pour la fin de l’été n’incitait pas à l’optimisme (36% de satisfaits pour septembre, 23% pour octobre, 10% pour novembre).

    En Occitanie en août, le ressenti reste inégal suivant les secteurs. Si un pic de satisfaction est atteint pour les gîtes et locations (71%), moins d’un restaurateur sur deux (45%) est content de son activité. Même chose du côté des hôteliers (48%), tandis que les hébergeurs de chambres d’hôtes (50%), de tourisme sportif et de loisirs ou de campings (52%) franchissent péniblement la barre des 50%.

    À noter enfin que parmi les 7 grandes destinations touristiques en Occitanie, certaines s’en sont mieux sorties que d’autres. La montagne pyrénéenne notamment semble avoir mieux résisté que le littoral quand bien même la fréquentation y reste moindre.

    Météo : un été hors-norme

    Avec 23 jours de canicule du 28 juillet au 19 août 2026, cette 3e vague de chaleur – la plus longue jamais enregistrée en France avec 53 jours de chaleur cumulée – fait de l’été 2026 le plus chaud (second mois d’août le plus chaud après 2003) depuis 1900.

    En Occitanie, l’anomalie de température moyenne atteint +3,7 °C sur l’été, et +4,8 °C sur les maximales. En Méditerranée, la température de surface de la mer a atteint une moyenne estivale inédite de 26,2 °C (+2,8 °C), avec un maximum quotidien de 29,2 °C. Le déficit pluviométrique s’atténue en août, à un peu plus de 10% contre 50% en juin et 70% en juillet (44% sur l’ensemble de la saison).

  • À Aubagne, la fin de la gratuité suscite l’incompréhension des usagers

    À Aubagne, la fin de la gratuité suscite l’incompréhension des usagers

    Il est 13h passé, vendredi, et la foule se presse au pôle d’échanges intermodal d’Aubagne. Entre les collégiens et lycéens qui quittent leurs établissements, les voyageurs de la gare en transit, et les simples passants, les queues se font et se défont à l’ombre des abribus.

    Gilles habite Auriol. Il rentre de Marseille où il est descendu faire des papiers rue Grignan. Ce retraité a le temps, alors prendre les transports en commun est évident. D’autant que c’est gratuit. « En plus pour moi c’est sur tous les Bouches-du-Rhône », sourit-il avant de rapidement cacher ses gencives : « Maintenant… Samia Ghali (la présidente DVG de la RTM, ndlr), de gauche, bravo ! »

    L’annonce la veille par Nicolas Isnard, président (LR) de la Métropole, de la fin de la gratuité des transports en commun en vigueur depuis 2010 sur le pays d’Aubagne et de l’étoile, et depuis un an sur toute la métropole pour les moins de 11 ans et les plus de 65 ans, le met en colère. « Elle, ne veut pas supprimer la gratuité mais elle veut la diminuer en fonction des revenus. Je ne suis pas d’accord. Les retraités ne sont fortunés et on sait que la limite du tarif social sera très basse. »

    « On recule »

    Le sujet est dans les têtes, entre colère et fatalisme. Le « tous pourris » s’impose dans la discussion de Sandrine et Nourdine qui tancent ces élus jugés loin des préoccupations de leur quotidien et moins enclins à « faire des économies sur leurs gueuletons ». Assis sur un banc, en pleine lecture, Sébastien utilise les transports pour aller travailler sur Marseille.

    « C’est une décision que je pourrais comprendre vu la situation financière de la Métropole mais je me demande si toutes les solutions ont été étudiées », s’interroge ce quinquagénaire pour qui seul le trajet Auriol – Aubagne est gratuit. « On n’est quand même pas sur du superflu. C’est une compétence de la Métropole, ça impacte les collégiens, les étudiants, ça risque de mettre la révolution. »

    Lena, 16 ans, habite aussi à Auriol. Elle arrive d’Aix où elle étudie. Son trajet sur sa partie non gratuite lui coûte 11 euros. « Ça fait déjà cher quand même » glisse timidement la jeune fille. Noa, 19 ans, vient lui de Saint-Maximin avec sa carte Zou à 90 euros par an pour effectuer son alternance à Aubagne. « La gratuité pour un étudiant ça compte. Mis bout à bout, les petits frais ça pique », sourit le jeune homme qui gagne moins de 1 000 euros par mois.

    Femme de ménage à la retraite, Nanou, 75 ans, habite Aubagne et entend conserver sa gratuité. « On s’est battu contre le maire sortant qui voulait nous faire payer. Il va falloir se battre encore », prévient la sexagénaire qui a connu le ticket à 1,20 euro avant 2010 et n’entend pas payer tous les jours pour se rendre au secours populaire où elle y est bénévole. « On a été les premiers à faire la gratuité et aujourd’hui on recule alors que d’autres s’y mettent je ne comprends pas. »

    ET AUSSI

    La ville d’Aubagne lance une pétition

    « La gratuité des transports est notre bouclier. Ne laissons personne le briser. Pour dire non à la décision de la Métropole et appuyer les démarches engagées par la ville, chaque signature compte ». La ville d’Aubagne a lancé dans la nuit de jeudi, sur son site internet une pétition pour la gratuité des transports. 2 000 signatures ont été recueillies dans la nuit. Vendredi soir, la barre des 5 000 était passée.

    La ferme opposition de Frédéric Szabo

    Frédéric Szabo, maire (DVD) de La Penne-sur-Huveaune, affirme dans un communiqué s’opposer fermement à la décision de la Métropole. « Dans le contexte actuel, la gratuité des transports est à la fois une mesure de pouvoir d’achat, une réponse aux difficultés quotidiennes de nos concitoyens et un engagement concret en faveur de la transition écologique et de la sécurité publique », explique-t-il après avoir rappelé la baisse significative des incivilités sur le réseau. Et d’en appeler aux maires du territoire : « Nous devons préserver ce dispositif et défendre les habitants ».

    LFI veut supprimer la Métropole

    La liste de La France insoumise aux élections sénatoriales, conduite par Michelle Blanchard-Svoboda, dénonce fermement la fin annoncée de la gratuité des transports. Les insoumis estiment qu’elle pénaliserait les ménages, sans garanties d’économies réelles, et défendent la gratuité comme un outil de justice sociale, écologique et de mobilité pour tous. « La gratuité des transports, comme les autres services publics, ne doit pas être sacrifiée au nom d’une pseudo-rentabilité », affirme la tête de liste qui entend « redonner leur pouvoir aux communes, concerter les citoyens et mettre fin à cette organisation métropolitaine responsable de nombreux maux de notre territoire ».

    Ch.C.

  • Embarquez pour des « voyages extraordinaires » au musée Médard à Lunel

    Embarquez pour des « voyages extraordinaires » au musée Médard à Lunel

    Dédié au livre et au patrimoine écrit, ce musée, construit autour des collections du bibliophile lunellois Louis Médard, dispose dans son fonds « de nombreux récits de voyage. On s’est rendu compte qu’on pouvait quasiment parcourir le monde avec ces livres », relate la directrice du musée, Valérie-Alice Dumoulin.

    Les cinq continents

    La commissaire d’expo a donc puisé dans les trésors de Louis Médard pour emmener les visiteurs sur les cinq continents, à travers les siècles (les ouvrages présentés vont du XVe au XIXe siècle). « L’ouvrage le plus ancien est un prêt exceptionnel de la bibliothèque de Montpellier. Il s’agit d’un incunable imprimé à la fin du XVe siècle, Les Chroniques de Nuremberg, colorisé à la main. Il présente notamment une carte du monde tel qu’il était connu juste avant les grandes découvertes », décrit Valérie-Alice Dumoulin. Des emprunts patrimoniaux aux bibliothèques de Nîmes et de Toulouse complètent cette riche sélection.

    Le radeau de la Méduse, invité exceptionnel

    Mais c’est un tableau de peinture qui sera le clou de l’expo ! « Dans les livres de voyage de Louis Médard figure un ouvrage de 1821 qui fait le récit du naufrage du radeau de la Méduse et le procès qui a suivi, où le capitaine a été condamné. Ça nous a donné envie de faire un focus sur cette aventure incroyable », relate la directrice. Qui a alors l’idée de présenter, en appui de ce récit, le célèbre tableau « Le Radeau de la Méduse », qui immortalise cette catastrophe maritime survenue en 1816 au large de la Mauritanie, provoquant la mort de 150 personnes. Impossible, bien sûr, de déplacer l’original peint par Géricault, de 7 mètres sur 5, qui ne quitte pas le Louvre. « Mais ce tableau a inspiré d’autres artistes, notamment Henri Regnault, un peintre voyageur orientaliste qui, en 1965, en a fait une copie conservée au musée d’Hyères, dans le Var. » C’est lui que les visiteurs pourront découvrir dans la section de l’exposition consacrée à l’Afrique.

    Le musée Médard a également voulu apporter un regard contemporain en invitant l’artiste-voyageuse Stéphanie Ledoux. Pastels et crayons dans la besace, elle parcourt la planète et dessine celles et ceux qu’elle croise sur son chemin, leurs habitats, la nature qui les entourent… Ses œuvres ponctueront les vitrines des cinq continents, échos contemporains aux ouvrages exposés.

    Enfin, « pour rendre cette exposition plus familiale », une séquence est également dédiée aux voyages imaginaires dans les mondes souterrains (Homère et la descente aux enfers, le Moyen-Age avec Dante, les premiers livres d’anticipation sur des mondes souterrains du XVIIIe siècle, sans oublier bien sûr Jules Verne et Tolkien avec le Hobbit, qui se déroule sous la montagne…) Pour le plus grand plaisir des petits, l’exposition se clora sur une expérience immersive avec une lampe torche et des lunettes 3D conçue à partir d’une BD de Matthias Picard, Jean Jambe et le mystère des profondeurs.

    Amélie Goursaud

    Du 17 avril au 20 septembre. Entrée libre et gratuite

  • [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    [En immersion avec les jeunes de la Martine 2/4] Ados mais capables de prendre des décisions

    Ils ont tous 16 ans, des envies et des propositions. Et mieux : les défendent. Autour de la table, au centre social de la Martine (15e), Hadidja, Soulayman, Zayan et Iqbal font partie des jeunes que Kader Allem, coordinateur du service jeunesse, comptent bien voir intégrer officiellement un futur « conseil des jeunes », d’ici janvier.

    Sur l’idée qu’ici « on ne consomme pas des loisirs », explique Kader, qui insiste sur le rôle éducatif du centre social. « On doit vous apporter ce que vous n’allez pas proposer », insiste-t-il face aux jeunes, rappelant la sortie au musée d’histoire de Marseille, le matin même. « Génial », reconnaît Zayan. Il faut dire que sur le passage de Kader, ça déménage. En poste depuis 10 mois, il dynamite les idées reçues. Les presque jeunes adultes participent déjà aux réunions avec les responsables du centre. « C’est bien qu’on nous entende », se félicite Hadidja. Cet été, ils ont par exemple pu organiser une sortie bouée tractée. Cela peut paraître anecdotique, mais il a fallu argumenter et débattre pour y arriver face à une équipe de responsables pas convaincue. Une expérience de démocratie bien concrète.

    « Il faut trouver une activité que tout le monde soit en capacités de faire, avec laquelle tout le monde soit d’accord », explique Zayan. « On met tout à plat, chacun donne son avis et on fait une synthèse », complète Soulayman. Déjà organisés en groupes sur les réseaux sociaux pour échanger, ils ont su porter la parole de la majorité. « On ne peut pas dire aux jeunes “vous avez le pouvoir d’agir” et leur dire non », estime Kader, qui espère les voir intégrer à terme le conseil d’administration du centre social pour leur donner la possibilité de s’exprimer sur les projets, le fonctionnement de l’accueil jeunes. Histoire de « co-construire » la vie du secteur jeunes en « trouvant un équilibre ».

    Question de confiance

    « On aimerait des heures plus adaptées », lance Soulayman quand, aujourd’hui, il faut concilier l’accueil des tout-petits avec celui des ados. Dans un grand sourire, Hadidja se souvient de cette rentrée tardive de rando qui a fini sur la plage avec jeux et pique-nique. Plus de séjours, aussi, seraient les bienvenus. « Cet été, on a fait trois voyages dans les Alpes, à Paris et Argelès », raconte Zayan, heureux que « Kader ait tenu parole ». La confiance restant aussi le maître mot de la démarche.

    Le conseil jeunes, c’est aussi l’occasion d’aborder concrètement la question du financement. Une grande injustice, estiment-ils. « On nous dit toujours, y a pas de sous, on trouve ça dommage », commente Soulayman. Kader ne leur cache pas les difficultés, les dossiers déposés dans le cadre de subventions pour les quartiers prioritaires, « on est obligés de jongler ». Et l’État qui diminue tout. « Cela nous inquiète », alertent les jeunes.

    Ils aimeraient aussi que le centre social s’équipe de minibus pour se déplacer plus facilement. Une priorité pour Kader. Dans la vie de tous les jours aussi, l’expérience porte ses fruits. « Cela nous apprend à être à l’aise, à mieux s’exprimer », reconnaît Hadidja. « On est capable d’avoir un avis et qu’il soit pris en compte », ajoute Soulayman. Même si Zayan reconnaît qu’il « n’y a pas moyen » d’aller contre l’avis de sa mère ou d’un professeur.

    « Le pouvoir d’agir »

    Le « pouvoir d’agir des jeunes », c’est bien là le leitmotiv de Kader, qui doit par la même occasion convaincre les adultes.

    « Je suis assez grand pour prendre des décisions, je suis mature, quelqu’un de construit. Avoir 18 ans ça veut rien dire. Je suis un grand garçon », embraye Iqbal. « Des gens de mon âge ont déjà assez de poids sur le dos, beaucoup de responsabilités. Ils travaillent, paient le loyer de chez eux. Je suis assez grand pour que, ma parole, elle compte quand je dis quelque chose. On a tous notre mot à dire, c’est ça la liberté d’expression », insiste-t-il. Et de revenir sur ce qui se passe dans son quartier la Simiane.

    « On a des loyers trop chers. On est au centre des quartiers Nord, mais on est oubliés. Le syndic ne fait rien pour nous. Alors qu’il y a un terrain, on pourrait en faire un vrai stade comme à l’époque de mon grand frère. Là, je sors, je fais quoi ? Je m’assois sur le banc, je regarde l’heure passer ? Alors qu’il y aurait beaucoup de choses à faire », s’indigne-t-il. « C’est vide », confirme Zayan. Les tentatives de dialogue, n’ont « rien donné », déplorent-ils. « J’ai bien pensé à faire une manifestation », confie Iqbal, « mais les gens s’en foutent, car on n’est pas assez de jeunes, on est des générations séparées ».

    De là à évoquer le droit de vote dans les quartiers, il n’y a qu’un pas, qu’il franchit sans souci. « Je parle beaucoup politique avec mon père, je serai capable. Je veux vraiment que ça change et pas que pour moi, aussi pour les plus petits ! », insiste Iqbal. « Je veux pas déménager, je suis né ici, je veux changer là où j’habite », assène Zayan.

  • [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    [Entretien] Céline Laudin : « Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection »

    La Marseillaise : Qui était Ziem ?

    Céline Laudin : Félix Ziem est un peintre du XIXe siècle qui est né en Bourgogne, à Beaune, et qui est mort à Paris à l’âge de 90 ans. Il est plutôt autodidacte. Il fait des études d’architecture aux Beaux-Arts de Dijon où il est très doué. Il doit partir ensuite à Paris avec l’obtention d’une Bourse mais un problème au niveau de son comportement fait qu’il ne peut pas s’y rendre. Il décide de partir rejoindre un membre de sa famille qui travaille alors dans les abords de Marseille à la construction de l’aqueduc de Roquefavour. Il arrive sur ce chantier, et il commence à faire des croquis en plein air de la campagne environnante. Le duc d’Orléans arrive, voit ses croquis et lui achète. Et l’histoire commence ainsi.

    Pour quelles raisons est-il qualifié de peintre voyageur ?

    C.L. : Son rêve, c’est d’aller en Italie comme tous les artistes du XIXe siècle, sur cette idée de faire le grand tour, de voir les monuments à Rome, à Florence, à Venise. Félix Ziem est un peintre paysagiste. Ce qu’il aime, c’est la lumière et le rapport de l’eau et des paysages. C’est pour ça qu’il apprécie particulièrement Venise et qu’il choisit aussi plutôt Martigues que Marseille pour s’installer sur les bords du chenal de Caronte. Il ouvrira quatre ateliers : à Paris, à Venise, à Nice et à Martigues. C’est un artiste voyageur par excellence il fait énormément de voyages, en Italie, mais pas que. Il va beaucoup en Afrique du Nord. Il va aller aussi à Constantinople. Il va faire un grand voyage en Orient. Il va aller en Algérie. Mais il va aller jusqu’en Russie, en Angleterre, aux Pays-Bas. Il est tout le temps en mouvement.

    Était-il reconnu de son vivant ?

    C.L. : Dans son journal, on sent qu’il est assez insatisfait de ses peintures parce qu’il n’a jamais vraiment appris cet art. Malgré cette frustration, il va très vite exposer au Salon, qui est vraiment l’organe officiel où il faut que tous les peintres aillent à Paris, et il commence à vendre ses tableaux. Il est très malin. Il s’entoure de marchands, il fait monter les prix. Ses œuvres prennent de la valeur et c’est l’un des artistes les plus riches du XIXe siècle. Chaque amateur d’art voulait un Ziem dans sa collection. Il est reconnu dans le métier, Théophile Gautier l’encense. C’est quelqu’un d’assez mondain, il va aux soirées des frères Goncourt, il est très bien installé et reconnu de son vivant.

    Ce qui n’est plus vraiment le cas aujourd’hui.

    C.L. : Il produisait énormément, et c’est ça qui l’a peut-être un peu desservi. Il faisait dans ses peintures ce que les amateurs d’art aimaient et attendaient, donc, on a pu le taxer ensuite de faire un peu tout le temps la même chose : un horizon bas, trois quarts de la toile consacrée au ciel… À Venise, une gondole, à Constantinople, à Martigues, une tartane. Ce côté un peu répétitif a pu être critiqué. Il a aussi longtemps été taxé d’orientaliste parce qu’il représentait l’Orient. Mais pour moi, ce n’est pas un orientaliste car il est vraiment allé dans ces pays, il ne représente pas un Orient fantasmé qu’il aurait pu lire dans les livres, il peint ce qu’il a vu, les danseuses, les petits métiers, les musiciens… Il est plutôt inclassable en fait et l’histoire de l’art n’aime pas trop les gens inclassables, il faut appartenir à une école à un mouvement, on aime bien les cases en histoire de l’art.

    Comment, à travers les expositions proposées au musée, tentez-vous de lui rendre sa place ?

    C.L. : La chance que nous avons eue au musée Ziem, c’est d’avoir reçu en legs de sa petite-fille tout son fond d’atelier. Et donc, on a, dans la collection, des œuvres qu’il n’a jamais vendues mais qu’il conservait. C’est très intéressant, parce qu’il a par exemple conservé toute sa vie son autoportrait qu’il a peint dans les années 1860-1865, où il s’est représenté en bleu, en mettant de la craie sur son tableau, ce qui est quelque chose d’extrêmement moderne mais qu’il n’a jamais montré. De même, il a gardé avec lui ses pochades, une sorte carnet de croquis mais sur du bois, qu’il prenait avec lui quand il allait voyager, ses aquarelles… Ce sont des œuvres beaucoup plus spontanées et modernes que ce qu’il commercialisait. Au musée, on valorise ce fond d’atelier qui est vraiment d’une très grande richesse. C’est formidable parce qu’on rentre aussi dans l’intimité de l’artiste où on voit son processus créatif. C’est comme si on était presque avec lui sur les bords du Bosphore ou sur les canaux de Venise.