Tag: viticulteurs

  • « Le Département du Gard, c’est 52 semaines sur le terrain »

    « Le Département du Gard, c’est 52 semaines sur le terrain »

    La Marseillaise : Avant le Salon 2026, quels messages vous remontent des agriculteurs gardois ?

    Françoise Laurent-Pérrigot : À l’approche de ce Salon 2026, le message qui nous remonte du terrain est avant tout un appel à la compréhension et au soutien. Nos agriculteurs gardois traversent une période de doutes profonds, et nous sommes à leurs côtés pour porter leur voix. Ce qu’ils nous disent, c’est que la passion de leur métier se heurte aujourd’hui à des épreuves d’une dureté inédite. En viticulture, l’inquiétude est réelle. Voir la production chuter l’an passé de 3,2 à 2,4 millions d’hectolitres en un an, a été un choc pour nos familles de vignerons qui ont fait face au gel et à la canicule. Nos éleveurs, ont été confrontés l’an passé à la progression de la fièvre catarrhale, aujourd’hui c’est la menace de la dermatose nodulaire bovine… Ils ont besoin de sentir qu’ils ne sont pas seuls face aux crises sanitaires. Quant à nos jeunes, ils nous demandent des perspectives. D’ici cinq ans, la moitié de nos viticulteurs partira à la retraite : notre rôle est de les rassurer pour que la relève soit au rendez-vous et que les transmissions se fassent dans de bonnes conditions.

    Concrètement, comment le Département du Gard sera-t-il présent cette année au Salon ?

    F.L.-P. : Vous savez, dans le monde dans lequel nous vivons, la visibilité est une nécessité vitale pour nos filières. Nous le savons, et c’est pour cela que nous tenons à être présents. Le Conseil Départemental du Gard finance un stand à ne pas manquer, animé intégralement par l’association bienvenue à la ferme et son président Patrick Viala, et 10 agriculteurs et agricultrices invités à représenter leurs productions. Nous avons voulu cette année encore une équipe représentative des filières et des territoires qui composent notre Département.

    Le Salon est aussi un moment de confrontation avec l’État…

    F.L.-P. : Le message que nous portons à Paris est un message de vérité : on ne peut pas applaudir l’excellence de nos produits un jour et laisser les producteurs s’épuiser sous le poids des injonctions le reste de l’année. Le monde agricole gardois fait face à une accumulation de crises : le choc climatique, les crises sanitaires à répétition et une explosion des coûts de l’énergie et des matières premières qui lamine les revenus. Face à cela, le Département joue son rôle de bouclier. Mais nous ne pouvons pas être les seuls. Le message au Gouvernement est simple : la reconnaissance doit devenir une rémunération. Derrière la vitrine du Salon, il y a des nuits courtes, une charge mentale étouffante et, trop souvent, des drames humains. On ne répond pas à une détresse structurelle par des mesures de circonstance ou des normes qui s’empilent. L’agriculture gardoise est une solution pour notre souveraineté, pas un problème à gérer. Il est temps que l’État passe des discours aux actes de protection.

    Une fois les projecteurs du Salon éteints, comment traduire concrètement les objectifs affichés à Paris ?

    F.L.-P. : Le Salon de l’Agriculture, c’est une semaine de mise en lumière, mais le Département du Gard, c’est 52 semaines de présence sur le terrain. Pour nous, le concret se mesure à travers trois leviers qui ne s’éteignent jamais : le budget, les outils techniques et les débouchés locaux. D’abord, par le soutien direct à l’investissement. Quand nous débloquons 82 000 euros pour la filière élevage, comme nous venons de le faire le 20 février dernier, ce n’est pas du symbole : c’est du matériel neuf pour l’abattoir du Vigan et une étude de viabilité pour tous nos outils d’abattage. Ce sont des actes qui garantissent aux éleveurs qu’ils pourront continuer à travailler chez eux, dans nos zones rurales. Ensuite, par des outils de proximité uniques. Le Laboratoire Départemental d’Analyse, par exemple, offre la gratuité des analyses obligatoires pour les éleveurs. C’est un effort de 75 000 euros par an qui soulage directement la trésorerie des exploitations. Enfin, le plus important, c’est la pérennité des débouchés. Notre politique alimentaire ne s’arrête pas aux discours. Quand nous investissons 554 200 euros pour faciliter l’accès à l’offre alimentaire territoriale, nous assurons des revenus aux agriculteurs gardois bien après leur retour de Paris. Le Salon sert à créer le contact, mais c’est notre budget de 670 000 euros pour l’agriculture durable qui prend le relais dès le lendemain pour transformer l’essai dans chaque exploitation. La responsabilité politique consiste à être un partenaire fiable et présent dans la durée.

  • « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    La Marseillaise : Dans quel état d’esprit arrivent aujourd’hui les agriculteurs au Salon de l’agriculture ?

    Jérôme Despey : Il y a beaucoup d’attentes et beaucoup de préoccupations. D’abord sur le plan sanitaire, avec nos éleveurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse. Cette année, le Salon se fera sans vache, ce qui est une première. C’est un vrai coup dur pour les éleveurs et les organismes de sélection, qui sont meurtris de ne pas pouvoir être présents. Il y a aussi un contexte agricole très difficile pour certaines filières, notamment la viticulture et les grandes cultures. Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap, une vision pour l’agriculture française, alors que nos moyens de production sont fortement impactés par les aléas climatiques. Si l’on veut assurer la souveraineté alimentaire, il faut une stratégie claire pour préserver ces moyens de production et permettre la transmission et le renouvellement des générations. D’ailleurs, le thème du Salon, « Génération solution », envoie un message fort aux jeunes.

    Le Salon peut-il encore jouer ce rôle de vitrine positive malgré les crises ?

    J.D : Oui, et c’est même essentiel. Le Salon permet ce partage avec le grand public, ce soutien des consommateurs. Plus de 500 000 visiteurs viennent échanger avec les agriculteurs, découvrir les filières de production, qu’elles soient animales ou végétales. C’est la plus grande ferme de France : les bovins, les ovins, les caprins, les cultures, la viticulture, mais aussi les régions de l’Hexagone et d’outre-mer, dans un esprit de convivialité et de fête autour des produits de terroir. Cette année, il y a aussi une dimension internationale avec la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur. Face aux difficultés, je préfère voir le Salon comme une opportunité de dialogue avec nos concitoyens.

    Craignez-vous un Salon plus politique que jamais, dans un contexte de tensions et d’élections ?

    J.D : Le Salon a toujours été politique. Les responsables politiques sont les bienvenus, mais il faut rappeler que le Salon de l’agriculture est un salon privé : il appartient aux agriculteurs, pas au gouvernement. C’est un lieu d’échange et de débat, et c’est normal, surtout dans des périodes électorales comme aujourd’hui avec les municipales, et demain les Présidentielles. Les agriculteurs attendent des réponses, des solutions concrètes. Mais il ne faut pas que le Salon devienne un lieu de combat. C’est avant tout un événement grand public, familial. Si l’on abîme cette image, le risque est que le public ne vienne plus.

    Les décisions prises à Paris ou à Bruxelles cristallisent la colère. Pourquoi ?

    J.D : Parce que depuis des années, on tire la sonnette d’alarme. Les agriculteurs ont le sentiment qu’on rajoute sans cesse des normes, des charges, des surtranspositions. Cela pèse lourdement sur les exploitations. Dans un contexte géopolitique tendu, les agriculteurs veulent protéger une agriculture française de qualité, avec des produits distincts. Le dossier du Mercosur en est l’exemple le plus emblématique. La position de la France a été exprimée, mais ce que nous attendons maintenant, ce sont des concrétisations.

    Dans le Sud, la viticulture est particulièrement touchée. Comment analysez-vous la situation ?

    J.D : La viticulture traverse une crise majeure, liée à la fois à la consommation, au climat et aux marchés. C’est une filière qui souffre énormément et qui a besoin d’accompagnement. Là encore, il faut une vision à moyen et long terme, pour éviter que des pans entiers de notre agriculture ne disparaissent.

    Propos recueillis par A.J.

  • [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    Durant trois week-ends d’affilée, du 30 janvier au 13 février, les Hivernales du rire et du vin sont de retour dans l’arrière-pays héraultais pour une 35e édition. Organisé par la communauté de communes des Avants-Monts, ce festival original marie, comme son nom l’indique, l’humour et la viticulture. Un beau programme pour réchauffer le cœur de l’hiver, « à une période où il y a très peu d’événements sur notre territoire, qui est plutôt touristique donc s’anime davantage aux beaux jours », explique Olivia Losse, responsable du service culturel de la communauté de communes des Avants-Monts.

    Murviel, Roujan et Laurens

    « Sur chaque commune où nous allons, on invite un vigneron qui y est domicilié à venir présenter ses vins. Le spectacle se déroule et à la fin de la représentation, nous organisons un moment convivial avec dégustation et rencontre avec les artistes et les vignerons », détaille Olivia Losse. « Notre but est que tout le monde puisse accéder à la culture, même en ruralité. On n’a pas de salle dédiée sur le territoire, donc on transforme les salles polyvalentes ou les salles des fêtes des différentes communes pour accueillir les spectacles, afin que les habitants s’y sentent comme dans un vrai théâtre. On favorise aussi l’accès à la culture en pratiquant des tarifs accessibles* », poursuit la responsable du service culturel.

    Pour cette édition 2026, quatre spectacles seront proposés dans trois communes différentes. Entre sketch, stand-up, danse et musique, le Montpelliérain Kevin Levy assurera l’ouverture du festival vendredi 30 janvier à Murviel-lès-Béziers avec son premier seul en scène, « Cocu ». « À la fois drôle et authentique, il séduit un public toujours plus large. Dans son spectacle en solo, il retrace la désillusion amoureuse et en profite pour croquer notre époque. »

    Le lendemain, toujours à Murviel-lès-Béziers, c’est « Madame Fraize » qui investira la salle multi-activités. « Clown lunaire à contre-courant des lois de l’humour et des diktats de l’efficacité, Monsieur Fraize est un personnage culte dans l’univers du one man show. Cette fois, il rend hommage à Madame, avec un spectacle délicieusement drôle et absurde. »

    Le week-end suivant, 6 février, cap sur Roujan avec Amor à mort, de la compagnie Boulègue Production. « Un spectacle d’humour noir cathartique, audacieux. Amor à mort, c’est une série de tableaux féroces, drôles, grinçants et résolument transgressifs sur des histoires d’amour. »

    Enfin, en clôture du festival le 13 février, Bernard Mabille, qu’on ne présente plus, se produira à Laurens avec « Loin des cons », « un spectacle incisif et intimiste démontant politiques et société avec humour et liberté. » Le tout en présence, à chaque représentation, des vignerons du territoire invités pour la soirée.

  • Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Le constat est sans appel. Ce vendredi 17 octobre, à la Chambre d’agriculture du Gard, les responsables du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse ont tiré la sonnette d’alarme. Le millésime 2025 restera dans les mémoires comme l’un des plus
    catastrophiques pour la viticulture languedocienne. Sécheresse, maladies, effondrement des cours et incertitudes sur l’avenir : la filière viticole vacille. « Nous sommes à un tournant », a lancé Xavier Fabre, président du Modef Gard. Pour le syndicat, les réponses gouvernementales et les solutions portées par une partie de la profession, notamment les plans d’arrachage, relèvent de la fuite en avant. « Proposer l’arrachage aujourd’hui, c’est tuer la viticulture », martèle le viticulteur de Domazan.

    Dans un contexte où les rendements s’effondrent, parfois jusqu’à – 40% dans certaines caves coopératives, les vignerons dénoncent un engrenage économique et écologique mortifère. « Quand on arrache un hectare aujourd’hui, on ne sauve pas les dix autour, demain on arrachera celui d’à côté », insiste Xavier Fabre, rappelant que les vignes jouent aussi un rôle de coupe-feu dans les zones méditerranéennes. L’incendie meurtrier de l’Aude cet été reste dans toutes les têtes : « Là où les feux ont démarré, c’était dans des friches, des vignes arrachées ou abandonnées », souligne-t-il.

    Le Modef dénonce également le manque de vision politique sur l’avenir du vignoble. Selon Didier Gadéa, président du Modef Hérault et responsable de la commission nationale viticole, « les plans d’arrachage n’ont jamais résolu les crises ». La preuve : en vingt ans, le vignoble languedocien est passé de 240 000 à 180 000 hectares, sans que la situation économique ne s’améliore. « Ça prouve par A + B que ça ne fonctionne pas », tranche-t-il. À la sécheresse et aux feux s’ajoute la question cruciale des prix. Nicolas Olive, président du Modef Vaucluse, évoque une filière étranglée par la pression des négociants : « Ils nous mettent les prix d’achat à ras des pâquerettes, mais le vin dans le commerce n’a pas baissé. » Pour le syndicat, la survie des exploitations passe par l’instauration de prix planchers garantis par l’État, afin d’assurer un revenu minimum aux producteurs. « Tant que ça ne sera pas réglé, on aura des friches et des vignerons qui se pendent à la grange », avertit Didier Gadéa. Le Modef souhaite également un encadrement strict des marges, y compris dans la restauration, et une révision du cadre de la loi Egalim, jugée « trop incitative ». Le syndicat plaide pour une intervention directe de l’État afin d’empêcher tout achat en dessous du coût de production.

    Redonner du sens

    à la viticulture

    Au-delà des chiffres et des colères, les représentants du Modef appellent à une refondation du modèle viticole : miser sur les cépages résistants, soutenir davantage le bio, et réhabiliter le travail de la terre plutôt que l’arrachage. « Quand on va chez le médecin, il nous soigne ? Il ne nous euthanasie pas ! Pour les vignes, c’est la même chose », illustre Xavier Fabre, dans une métaphore applaudie par la salle. Pour le syndicat, la viticulture ne se résume pas à une question de production. C’est aussi une question de vie rurale, d’économie locale et de paysage. « Sans vignerons, il n’y aura plus d’œnotourisme, plus de paysages, plus de vie dans nos villages », rappelle Didier Gadéa.

    Alors que les chiffres de récolte s’annoncent historiquement bas et que les trésoreries sont exsangues, les viticulteurs du Modef ne cachent pas leur inquiétude. Faute de réponses concrètes, la mobilisation pourrait reprendre : « Si rien n’est fait, on reprendra la route des pavés et des actions », prévient Xavier Fabre. Le ton est donné. Le Gard viticole ne veut pas mourir en silence.

  • [Le Grand entretien] Denis Verdier : « On ne sauvera pas la viticulture avec des rustines »

    [Le Grand entretien] Denis Verdier : « On ne sauvera pas la viticulture avec des rustines »

    PARCOURS

    La Marseillaise : Comment résumeriez-vous votre parcours
    et votre rôle ?

    Denis Verdier : Je viens d’une famille de vignerons modestes, enracinée dans le Gard, j’ai toujours eu un pied sur le terrain. J’ai grandi dans la coopération et dirigé des structures locales avant de présider les caves coopératives au niveau national. Aujourd’hui, à la tête des IGP du Gard, j’anime un conseil d’administration qui représente la diversité du vignoble. Mon rôle est à la fois stratégique et concret : défendre nos producteurs, promouvoir nos vins et porter leur voix auprès des pouvoirs publics. Rester au contact du terrain est indispensable pour garder la mesure de la réalité, comprendre les difficultés et anticiper les crises.

    CRISE VITICOLE

    LM : La filière viticole traverse une crise majeure. Comment la décririez-vous ?

    D.V. : C’est une crise économique mais aussi humaine, morale. Les vignerons travaillent à perte : selon les centres de gestion, les exploitations enregistrent en moyenne 1 500 euros de pertes par hectare. Quand on a une vingtaine d’hectares, cela fait 30 000 euros envolés sur une année, c’est colossal. Les prix du vrac s’effondrent, les stocks s’accumulent et l’endettement devient insupportable. Derrière les chiffres, il y a des familles, des salariés, des coopératives. On sent monter une grande lassitude. Si rien ne change, c’est tout un pan de notre économie rurale qui risque de disparaître dans l’indifférence.

    Que reprochez-vous aux pouvoirs publics dans la gestion de cette crise ?

    D.V. : Le principal reproche, c’est l’absence de vision. Nous alertons depuis des mois la Rue de Varenne et Bruxelles sur la situation, mais nous n’obtenons que des réponses techniques, jamais de cap politique. Même chose au ministère de l’Agriculture. Les personnes qui prennent ces décisions ne sont pas des gens de terrain et ne voient pas les vrais problèmes, c’est criant. Il faut une régulation du marché : permettre à ceux qui veulent arrêter de le faire dignement, et redonner de la valeur à ceux qui restent. L’État doit comprendre qu’un marché du vin totalement libéralisé, c’est la porte ouverte à la spéculation et à la casse sociale. D’autant plus quand nos exportations sont de plus en plus taxées, comme aux États-Unis avec les droits de douane de Donald Trump. Nous demandons un vrai plan d’arrachage, des aides à l’innovation et une simplification administrative. Pas des rustines.

    VIGNERONS

    LM : Quel est l’état d’esprit des viticulteurs sur le terrain aujourd’hui ?

    D.V. : Catastrophique. C’est la désillusion. Tous produits confondus, toutes régions confondues, le moral est au plus bas. Les récoltes sont faibles à cause de la sécheresse, les charges explosent, et les prix chutent. Beaucoup ont le sentiment d’être abandonnés, de ne plus être écoutés. Les aides tardent, les décisions se perdent dans la technocratie. Certains viticulteurs ne savent plus comment boucler leurs comptes, d’autres songent à vendre ou à tout arrêter. Mais même les prix proposés pour l’arrachage ne sont pas satisfaisants, alors qu’ils abandonneraient une terre qu’ils cultivent parfois depuis plusieurs décennies. La colère existe, mais elle est rentrée, comme étouffée par la fatigue. Ce silence-là est peut-être le plus inquiétant, car il traduit une forme de résignation, et la résignation, dans ce métier de passion, c’est ce qu’il y a de plus dangereux.

    Les jeunes agriculteurs semblent particulièrement fragilisés…

    D.V. : Oui, ce sont eux qui souffrent le plus. Les jeunes qui se sont installés ont souvent dû emprunter pour acheter du matériel ou des vignes. Ils sont pleins d’énergie et d’idées, mais financièrement ils sont à la limite de la rupture. Ils voient leurs efforts réduits à néant par des conditions de marché qu’ils ne maîtrisent pas. C’est terrible, car ce sont eux qui devraient incarner l’avenir du vignoble. C’est pourquoi nous préparons avec les Jeunes agriculteurs une grande mobilisation le 15 novembre à Béziers, pour rappeler qu’il faut des mesures d’urgence, mais aussi une perspective à long terme pour cette génération. Nous essaierons d’être le plus nombreux possible, car si on les laisse tomber aujourd’hui, c’est tout un savoir-faire et un avenir rural qui s’effondrent avec eux.

    MODES DE CONSOMMATION

    LM : Les modes de consommation changent. Comment le monde viticole peut-il s’adapter ?

    D.V. : La baisse de consommation de vin rouge est nette, surtout chez les jeunes générations, qui se tournent davantage vers la bière, les cocktails ou des vins plus légers, moins alcoolisés et plus festifs. Cela nous oblige à repenser nos productions et nos manières de parler du vin. Il faut proposer des cuvées accessibles, conviviales, adaptées aux nouveaux moments de consommation, sans renier l’identité de nos terroirs. C’est un défi pour nous, car le vin du Gard est plutôt réputé pour sa richesse en saveur et en caractère, même si nous savons faire de tout. L’enjeu n’est pas tellement de faire moins de vin, mais de produire différemment et faire un vin qui parle à son époque. Cela passe par l’innovation, la créativité, et une communication renouvelée. Nous misons également de plus en plus sur l’œnotourisme, qui a un rôle clé à jouer en tant que mode de consommation de plus en plus populaire : il permet de reconnecter le consommateur au territoire, de raconter une histoire, de faire vivre une expérience. À travers une dégustation, une balade ou une rencontre, on redonne du sens à l’acte de consommer du vin, au-delà du simple produit.

    UNE IDÉE REÇUE À COMBATTRE ?

    D.V. : Celle qui voudrait que le vin soit un produit à proscrire. On confond prévention et interdiction. Oui, l’excès est dangereux, mais le vin, c’est d’abord du lien social, du partage, un symbole de culture. Derrière chaque bouteille, il y a des femmes et des hommes, des paysages, une histoire. À force de diaboliser la consommation, on efface tout un pan de notre patrimoine. Ce que je défends, c’est une consommation modérée, consciente, qui fait partie du « bien-vivre ensemble ». Le vin est une richesse qu’il faut préserver et transmettre.