Tag: viticulteurs

  • Des associations portent plainte après un déboisement

    Des associations portent plainte après un déboisement

    « C’est un patrimoine commun qu’il est nécessaire de conserver », lancent les membres de l’association écologiste Sorève. Alertés par un riverain, en début d’année 2026, de l’existence d’importants travaux de déboisement en cours sur le bois de Castille, ils se sont alors rendus sur place pour constater l’avancée des travaux. Ce massif boisé, à cheval sur Uzès et Blauzac, est en effet classé en EBC par ces deux communes depuis plus de 40 ans et renferme aussi un site archéologique datant du néolithique. Mais le propriétaire d’une partie de ce bois, un « viticulteur influent du territoire » selon les associations, a décidé de couper une partie du bois et d’abattre des centaines de chênes blancs et verts dont certains sont pourtant centenaires. Au total, ce sont 4,5 hectares qui ont été déboisés.

    « Nous avons porté plainte auprès du procureur de la République. On espère qu’une enquête va maintenant être diligentée. Le propriétaire est passible d’amendes lourdes qui peuvent aller jusqu’à 300 000 euros », ont annoncé les membres de la Sorève et de France nature environnement qui ont tenu un point presse sur le sujet mardi 26 mai. L’occasion pour eux d’alerter aussi la population face à des communes qui déclassent ces EBC pour développer des projets comme la construction de parcs de panneaux solaires. Car l’association rappelle qu’il est interdit de déboiser une zone classée en EBC. « Cette réglementation interdit tout défrichement du bois, tout abattage d’arbres sauf pour l’entretien mais c’est limité. Lorsqu’un propriétaire souhaite faire des travaux forestiers, il doit au préalable informer la commune en présentant son projet. Ça n’a pas été le cas pour le bois de Castille », fustige les membres de l’association.

    Face aux associations, le propriétaire s’est justifié en présentant ces coupes d’arbres comme des mesures de défense contre les incendies. Il a ensuite informé les associations que les travaux réalisés ne respectaient pas sa demande et qu’il préparait même un recours contre le prestataire qui a réalisé ces travaux. « Une piste DFCI fait 6 mètres de large, ici il y a des passages où la largeur atteint 20 m », précise la Sorève.

    Informée par les associations, la municipalité d’Uzès a pris un arrêté de suspension des travaux sauf que celui-ci est intervenu alors que des centaines d’arbres avaient déjà été coupées. La commune a alors demandé aux propriétaires de déposer une déclaration préalable a posteriori. Après une enquête de la commune de deux mois, la mairie d’Uzès a finalement décidé de rejeter la demande d’autorisation de défrichement.

    Sorève, interdit

    de communiquer

    Si les membres de la Sorève ont souhaité rester anonymes, c’est parce qu’un commissaire de justice leur a interdit de communiquer sur le sujet. En effet, pour constater les travaux en cours, les membres de l’association ont été contraints de se rendre sur un terrain privé. Et quelques jours plus tard, ils ont reçu une injonction pour leur interdire d’aller sur cette propriété privée. « On nous a demandé de cesser nos agissements et publications ainsi que leur parution dans tous nos supports », précise la Sorève. « C’est un dossier sensible car le viticulteur est très connu dans la région. Mais pour nous, c’est une affaire importante car si on valide ce qui a été fait, ça veut dire qu’on accepte le fait accompli et n’importe qui peut faire ce qu’il veut d’un bois classé. C’est important que la faute soit reconnue et que des sanctions soient prises sinon tout le monde fait ce qu’il veut. »

    Les associations attendent désormais un retour de la justice mais restent vigilantes pour qu’aucune coupe d’arbres sur le bois de Castille n’intervienne dans les prochains mois.

  • La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    La 4e édition des Grappes d’Or dévoile ses lauréats

    Le domaine de la viticulture était à l’honneur ce lundi 4 mai à l’hippodrome de Pont-de-Vivaux. Les Grappes d’Or étaient de retour pour une 4e édition. Une initiative qu’organisent la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et le Département.

    C’est un événement qui permet de promouvoir la filière viticole avec la présence notamment de Martine Vassal, la présidente (DVD) du conseil départemental qui a remis les six trophées en jeu : Gonnin Sylvia du Comptoir des Vignes pour le Prix Caviste, Adrien Long de l’EARL la Dorgale pour le prix du jeune viticulteur, le Restaurant Maison Sainte Victoire à Saint-Antonin-sur-Bayon pour le prix restaurateur, le Château Calisanne à Lançon-Provence pour le prix de l’innovation marketing, Jean-Claude Pellegrin de l’Association des vignerons de la Sainte-Victoire pour le prix de la démarche collective et le prix coup de cœur qui revient aux Caves du Roy René à Lambesc.

    Au programme de cette soirée, une conférence de presse a ouvert le bal avec Laurent Israélian, président de la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône, Hervé Granier, conseiller départemental et représentant de Martine Vassal, mais également Yvon Gary, président de l’Association des sommeliers Alpes-Marseille-Provence.

    Puis s’est tenue la fameuse remise des trophées, avec notamment un discours de tous les lauréats des Grappes d’Or. « C’est un vrai moment de partage et d’échanges autour de la viticulture des départements et je pense que c’est un événement qui va durer quand même encore très longtemps dans le département », annonce Laurent Israélian. Hervé Granier complète : « C’est un événement qui monte en puissance par rapport aux précédentes éditions et notre objectif est de promouvoir nos produits. »

    Un événement avec différents enjeux

    « Le marché s’effondre clairement », observe Fabien Doudon. Alors que cette région semble pour l’instant épargnée par le phénomène de l’arrachage elle fait toutefois face à une dégringolade des prix. Bien que le territoire représente 10 000 hectares avec 6 appellations dont 3 IGP, les ventes se portent mal. Avec de plus faibles volumes, les vignerons doivent baisser leurs prix. L’objectif de cette cérémonie est donc de favoriser la rencontre entre les différentes chaînes du commerce viticole. Vignerons, cavistes, mais aussi restaurateurs se rassemblent pour consolider une communauté qui honore un savoir-faire local et pallie la crise.

    Lors de la cérémonie, les vins produits dans les Bouches-du-Rhône sont exposé avec fierté, mais on réfléchit aussi à l’avenir. Des cépages étrangers plus résistants et donc moins gourmands en eau pourraient bientôt s’enraciner dans ce territoire.

  • Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    Le Modef alerte sur l’arrachage massif en Occitanie

    À la Chambre d’agriculture de Nîmes, le ton était grave et sans détour. Le Modef Occitanie, syndicat des exploitations familiales, a lancé un signal d’alarme face au plan d’arrachage des vignes en cours, qu’il qualifie de « plus grand plan social du pays dans un silence assourdissant ». Pour Didier Gadéa, viticulteur près de Pézenas et nouveau co-président régional, la situation est historique : « La viticulture traverse sa crise la plus dure depuis 80 ans. Et ce sont les exploitations familiales qui sont en première ligne. »

    Dans le viseur du syndicat, une politique européenne et nationale jugée destructrice, qui privilégie la réduction des surfaces pour répondre à la surproduction. Les chiffres avancés donnent la mesure du choc : 27 000 hectares arrachés en 2025, près de 30 000 en 2026, et jusqu’à 100 000 hectares à terme. Une trajectoire qui, selon les estimations relayées par le Modef et la CGT, pourrait entraîner la disparition de 58 000 emplois directs et indirects. « Ce n’est pas une simple régulation, c’est une liquidation de l’outil de production », martèle Didier Gadéa, qui compare cette évolution à la désindustrialisation de la Lorraine.

    Une transformation profonde, mais sans débat public ni mobilisation politique à la hauteur, déplore-t-il : « On n’entend ni les parlementaires ni les grands responsables. » Dans une région comme l’Occitanie, première région viticole de France et du monde concentrant plus de 30% de la production française avec environ 263 000 hectares de vignes, l’enjeu dépasse largement la seule filière : il touche à l’équilibre économique de territoires entiers, déjà fragilisés.

    Replanter plutôt

    que détruire

    Au-delà de l’arrachage, le Modef pointe aussi l’effondrement des revenus. La distillation des invendus, financée par l’Union européenne, est rémunérée à 35 centimes le litre, bien loin du coût de production estimé à 1,20 euro. « C’est indécent », tranche le syndicaliste.

    Face à cette impasse, le Modef propose un changement de cap radical. Plutôt qu’arracher, il plaide pour une replantation massive du vignoble avec des cépages résistants au changement climatique et aux maladies, sur le modèle de la reconstruction post-phylloxéra au XIXe siècle. Une stratégie qui nécessiterait de redéployer les financements européens de l’OCM vin et d’augmenter leur enveloppe à hauteur de 900 millions d’euros. « Nos ancêtres ont su reconstruire un vignoble après une crise majeure, pourquoi serions-nous condamnés aujourd’hui à le détruire ? », interroge Didier Gadéa.

    Autre revendication forte : l’instauration d’un prix plancher garanti à 2 euros le litre. « Laisser faire le marché, c’est organiser la chute des prix. Il faut protéger le revenu des producteurs », insiste Didier Gadéa, qui appelle également à une réforme du code rural pour encadrer les négociations. Dans ce contexte, la perspective d’une baisse de 22% des aides de la PAC d’ici 2027 ne fait qu’accentuer les inquiétudes. Pour le Modef, ce sont d’abord les petites exploitations qui paieront le prix fort.

    Refusant les actions coup de poing, le syndicat mise sur l’interpellation politique. Un courrier a été adressé aux parlementaires pour les alerter. Mais le message est aussi interne au monde agricole : « Il faut changer les dirigeants syndicaux qui nous ont menés dans le mur depuis trente ans », lâche Didier Gadéa. Derrière le débat technique, c’est bien une bataille de modèle qui se joue. Entre une viticulture soumise aux logiques de marché et une agriculture familiale que le Modef entend défendre, la ligne de fracture est désormais clairement tracée.

  • L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    Pour son assemblée générale, la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse avait l’embarras du choix parmi les sublimes domaines viticoles qui jalonnent ses départements d’appartenance (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Corse-du-Sud, Haute-Corse et Var). Elle a choisi celui de Bunan, jonché dans les premières pentes de la Sainte-Baume, à la Cadière-d’Azur.

    Créée en 1979 au niveau national, la Fédération accompagne au quotidien ses 7 000 vignerons-adhérents dans la défense de leur métier, en tant qu’organisation syndicale, s’appuyant à cet égard sur 33 fédérations départementales, et fait remonter leurs demandes au niveau national. Elle contribue à améliorer les compétences des vignerons dans tous les aspects de leur activité à travers de nombreux services : conseils, notamment juridiques, conditions d’achats privilégiées, formations, informations… Elle constitue un relais entre l’adhérent et la Confédération nationale, les douanes, les fraudes, la Chambre d’Agriculture, l’interprofession, les Organismes de défense et de gestion (ODG), et de manière générale tous les organismes professionnels agricoles et institutions publiques.

    À l’heure de dresser le bilan 2025, un petit contraste apparaît de prime abord : malgré un chiffre d’affaires en hausse (+8,3%, de 625 000 à 677 000 euros), la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse enregistre un déficit de 73 000 euros. « Il était budgété », rassure son trésorier Pierre Boyer, qui avance une trésorerie de plus de 400 000 euros et des capitaux dépassant les 1,1 million d’euros.

    Entre communication

    et simplification

    En cause : l’augmentation du budget communication (+78 000 euros). « La communication devient importante par la force des choses. Exister ne suffit pas, il faut le faire savoir », martèle Ludovic Walbaum, secrétaire général de la Fédération des Vignerons indépendants de France, qui avait fait le déplacement. Cela passe par le développement des packagings, mais surtout, de l’œnotourisme, « un aspect économique important », alors qu’il « paraissait inconcevable de faire payer les visites de nos exploitations il y a quelques années », soutient Ludovic Walbaum. Dans cette optique, la Fédération locale a lancé la plateforme « Passez au domaine », une sorte d’appli de rencontres avec les domaines viticoles, basé sur un faux questionnaire de personnalité, qui fonctionne en réalité par géolocalisation pour drainer de potentiels clients chez le vigneron le plus proche d’eux. Celle-ci recense plus de 3 000 visites depuis son lancement l’été dernier.

    Autre cheval de bataille pour l’œnotourisme : la simplification. « Nous vivons une crise profonde marquée par des charges toujours plus lourdes », déplore Nathalie Roubaud, présidente des Vignerons indépendants Var Alpes Corse. « Et il n’y a toujours pas d’assouplissement des règles, ni de clarification fiscale. » Un certain nombre de freins sont relevés : règles d’urbanisme inadaptées, cadre fiscal, délais de traitement… Des obstacles que la mission interministérielle sur l’agritourisme, à laquelle a participé la Fédération, et dont le rapport a été déposé fin mars, doit participer à assouplir, bien qu’aucune mesure n’ait encore vu le jour. « Mais désormais, les mondes de l’agriculture et du tourisme se parlent », positive Ludovic Walbaum. Toujours dans une visée de simplification, ce dernier milite pour la création d’un guichet unique européen des droits d’accises (impôts indirects frappant certains produits, dont le vin), pour faciliter la vente aux particuliers européens, qui demeure bien souvent un casse-tête fiscal.

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?

  • « Le Département du Gard, c’est 52 semaines sur le terrain »

    « Le Département du Gard, c’est 52 semaines sur le terrain »

    La Marseillaise : Avant le Salon 2026, quels messages vous remontent des agriculteurs gardois ?

    Françoise Laurent-Pérrigot : À l’approche de ce Salon 2026, le message qui nous remonte du terrain est avant tout un appel à la compréhension et au soutien. Nos agriculteurs gardois traversent une période de doutes profonds, et nous sommes à leurs côtés pour porter leur voix. Ce qu’ils nous disent, c’est que la passion de leur métier se heurte aujourd’hui à des épreuves d’une dureté inédite. En viticulture, l’inquiétude est réelle. Voir la production chuter l’an passé de 3,2 à 2,4 millions d’hectolitres en un an, a été un choc pour nos familles de vignerons qui ont fait face au gel et à la canicule. Nos éleveurs, ont été confrontés l’an passé à la progression de la fièvre catarrhale, aujourd’hui c’est la menace de la dermatose nodulaire bovine… Ils ont besoin de sentir qu’ils ne sont pas seuls face aux crises sanitaires. Quant à nos jeunes, ils nous demandent des perspectives. D’ici cinq ans, la moitié de nos viticulteurs partira à la retraite : notre rôle est de les rassurer pour que la relève soit au rendez-vous et que les transmissions se fassent dans de bonnes conditions.

    Concrètement, comment le Département du Gard sera-t-il présent cette année au Salon ?

    F.L.-P. : Vous savez, dans le monde dans lequel nous vivons, la visibilité est une nécessité vitale pour nos filières. Nous le savons, et c’est pour cela que nous tenons à être présents. Le Conseil Départemental du Gard finance un stand à ne pas manquer, animé intégralement par l’association bienvenue à la ferme et son président Patrick Viala, et 10 agriculteurs et agricultrices invités à représenter leurs productions. Nous avons voulu cette année encore une équipe représentative des filières et des territoires qui composent notre Département.

    Le Salon est aussi un moment de confrontation avec l’État…

    F.L.-P. : Le message que nous portons à Paris est un message de vérité : on ne peut pas applaudir l’excellence de nos produits un jour et laisser les producteurs s’épuiser sous le poids des injonctions le reste de l’année. Le monde agricole gardois fait face à une accumulation de crises : le choc climatique, les crises sanitaires à répétition et une explosion des coûts de l’énergie et des matières premières qui lamine les revenus. Face à cela, le Département joue son rôle de bouclier. Mais nous ne pouvons pas être les seuls. Le message au Gouvernement est simple : la reconnaissance doit devenir une rémunération. Derrière la vitrine du Salon, il y a des nuits courtes, une charge mentale étouffante et, trop souvent, des drames humains. On ne répond pas à une détresse structurelle par des mesures de circonstance ou des normes qui s’empilent. L’agriculture gardoise est une solution pour notre souveraineté, pas un problème à gérer. Il est temps que l’État passe des discours aux actes de protection.

    Une fois les projecteurs du Salon éteints, comment traduire concrètement les objectifs affichés à Paris ?

    F.L.-P. : Le Salon de l’Agriculture, c’est une semaine de mise en lumière, mais le Département du Gard, c’est 52 semaines de présence sur le terrain. Pour nous, le concret se mesure à travers trois leviers qui ne s’éteignent jamais : le budget, les outils techniques et les débouchés locaux. D’abord, par le soutien direct à l’investissement. Quand nous débloquons 82 000 euros pour la filière élevage, comme nous venons de le faire le 20 février dernier, ce n’est pas du symbole : c’est du matériel neuf pour l’abattoir du Vigan et une étude de viabilité pour tous nos outils d’abattage. Ce sont des actes qui garantissent aux éleveurs qu’ils pourront continuer à travailler chez eux, dans nos zones rurales. Ensuite, par des outils de proximité uniques. Le Laboratoire Départemental d’Analyse, par exemple, offre la gratuité des analyses obligatoires pour les éleveurs. C’est un effort de 75 000 euros par an qui soulage directement la trésorerie des exploitations. Enfin, le plus important, c’est la pérennité des débouchés. Notre politique alimentaire ne s’arrête pas aux discours. Quand nous investissons 554 200 euros pour faciliter l’accès à l’offre alimentaire territoriale, nous assurons des revenus aux agriculteurs gardois bien après leur retour de Paris. Le Salon sert à créer le contact, mais c’est notre budget de 670 000 euros pour l’agriculture durable qui prend le relais dès le lendemain pour transformer l’essai dans chaque exploitation. La responsabilité politique consiste à être un partenaire fiable et présent dans la durée.

  • « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    « Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap »

    La Marseillaise : Dans quel état d’esprit arrivent aujourd’hui les agriculteurs au Salon de l’agriculture ?

    Jérôme Despey : Il y a beaucoup d’attentes et beaucoup de préoccupations. D’abord sur le plan sanitaire, avec nos éleveurs touchés par la dermatose nodulaire contagieuse. Cette année, le Salon se fera sans vache, ce qui est une première. C’est un vrai coup dur pour les éleveurs et les organismes de sélection, qui sont meurtris de ne pas pouvoir être présents. Il y a aussi un contexte agricole très difficile pour certaines filières, notamment la viticulture et les grandes cultures. Ce que les agriculteurs attendent surtout, c’est un cap, une vision pour l’agriculture française, alors que nos moyens de production sont fortement impactés par les aléas climatiques. Si l’on veut assurer la souveraineté alimentaire, il faut une stratégie claire pour préserver ces moyens de production et permettre la transmission et le renouvellement des générations. D’ailleurs, le thème du Salon, « Génération solution », envoie un message fort aux jeunes.

    Le Salon peut-il encore jouer ce rôle de vitrine positive malgré les crises ?

    J.D : Oui, et c’est même essentiel. Le Salon permet ce partage avec le grand public, ce soutien des consommateurs. Plus de 500 000 visiteurs viennent échanger avec les agriculteurs, découvrir les filières de production, qu’elles soient animales ou végétales. C’est la plus grande ferme de France : les bovins, les ovins, les caprins, les cultures, la viticulture, mais aussi les régions de l’Hexagone et d’outre-mer, dans un esprit de convivialité et de fête autour des produits de terroir. Cette année, il y a aussi une dimension internationale avec la Côte d’Ivoire comme pays à l’honneur. Face aux difficultés, je préfère voir le Salon comme une opportunité de dialogue avec nos concitoyens.

    Craignez-vous un Salon plus politique que jamais, dans un contexte de tensions et d’élections ?

    J.D : Le Salon a toujours été politique. Les responsables politiques sont les bienvenus, mais il faut rappeler que le Salon de l’agriculture est un salon privé : il appartient aux agriculteurs, pas au gouvernement. C’est un lieu d’échange et de débat, et c’est normal, surtout dans des périodes électorales comme aujourd’hui avec les municipales, et demain les Présidentielles. Les agriculteurs attendent des réponses, des solutions concrètes. Mais il ne faut pas que le Salon devienne un lieu de combat. C’est avant tout un événement grand public, familial. Si l’on abîme cette image, le risque est que le public ne vienne plus.

    Les décisions prises à Paris ou à Bruxelles cristallisent la colère. Pourquoi ?

    J.D : Parce que depuis des années, on tire la sonnette d’alarme. Les agriculteurs ont le sentiment qu’on rajoute sans cesse des normes, des charges, des surtranspositions. Cela pèse lourdement sur les exploitations. Dans un contexte géopolitique tendu, les agriculteurs veulent protéger une agriculture française de qualité, avec des produits distincts. Le dossier du Mercosur en est l’exemple le plus emblématique. La position de la France a été exprimée, mais ce que nous attendons maintenant, ce sont des concrétisations.

    Dans le Sud, la viticulture est particulièrement touchée. Comment analysez-vous la situation ?

    J.D : La viticulture traverse une crise majeure, liée à la fois à la consommation, au climat et aux marchés. C’est une filière qui souffre énormément et qui a besoin d’accompagnement. Là encore, il faut une vision à moyen et long terme, pour éviter que des pans entiers de notre agriculture ne disparaissent.

    Propos recueillis par A.J.

  • [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    [Festival] Du rire et du vin pour réchauffer l’hiver dans l’Hérault

    Durant trois week-ends d’affilée, du 30 janvier au 13 février, les Hivernales du rire et du vin sont de retour dans l’arrière-pays héraultais pour une 35e édition. Organisé par la communauté de communes des Avants-Monts, ce festival original marie, comme son nom l’indique, l’humour et la viticulture. Un beau programme pour réchauffer le cœur de l’hiver, « à une période où il y a très peu d’événements sur notre territoire, qui est plutôt touristique donc s’anime davantage aux beaux jours », explique Olivia Losse, responsable du service culturel de la communauté de communes des Avants-Monts.

    Murviel, Roujan et Laurens

    « Sur chaque commune où nous allons, on invite un vigneron qui y est domicilié à venir présenter ses vins. Le spectacle se déroule et à la fin de la représentation, nous organisons un moment convivial avec dégustation et rencontre avec les artistes et les vignerons », détaille Olivia Losse. « Notre but est que tout le monde puisse accéder à la culture, même en ruralité. On n’a pas de salle dédiée sur le territoire, donc on transforme les salles polyvalentes ou les salles des fêtes des différentes communes pour accueillir les spectacles, afin que les habitants s’y sentent comme dans un vrai théâtre. On favorise aussi l’accès à la culture en pratiquant des tarifs accessibles* », poursuit la responsable du service culturel.

    Pour cette édition 2026, quatre spectacles seront proposés dans trois communes différentes. Entre sketch, stand-up, danse et musique, le Montpelliérain Kevin Levy assurera l’ouverture du festival vendredi 30 janvier à Murviel-lès-Béziers avec son premier seul en scène, « Cocu ». « À la fois drôle et authentique, il séduit un public toujours plus large. Dans son spectacle en solo, il retrace la désillusion amoureuse et en profite pour croquer notre époque. »

    Le lendemain, toujours à Murviel-lès-Béziers, c’est « Madame Fraize » qui investira la salle multi-activités. « Clown lunaire à contre-courant des lois de l’humour et des diktats de l’efficacité, Monsieur Fraize est un personnage culte dans l’univers du one man show. Cette fois, il rend hommage à Madame, avec un spectacle délicieusement drôle et absurde. »

    Le week-end suivant, 6 février, cap sur Roujan avec Amor à mort, de la compagnie Boulègue Production. « Un spectacle d’humour noir cathartique, audacieux. Amor à mort, c’est une série de tableaux féroces, drôles, grinçants et résolument transgressifs sur des histoires d’amour. »

    Enfin, en clôture du festival le 13 février, Bernard Mabille, qu’on ne présente plus, se produira à Laurens avec « Loin des cons », « un spectacle incisif et intimiste démontant politiques et société avec humour et liberté. » Le tout en présence, à chaque représentation, des vignerons du territoire invités pour la soirée.

  • Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Gard : le Modef refuse l’arrachage et réclame des prix garantis

    Le constat est sans appel. Ce vendredi 17 octobre, à la Chambre d’agriculture du Gard, les responsables du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) du Gard, de l’Hérault et du Vaucluse ont tiré la sonnette d’alarme. Le millésime 2025 restera dans les mémoires comme l’un des plus
    catastrophiques pour la viticulture languedocienne. Sécheresse, maladies, effondrement des cours et incertitudes sur l’avenir : la filière viticole vacille. « Nous sommes à un tournant », a lancé Xavier Fabre, président du Modef Gard. Pour le syndicat, les réponses gouvernementales et les solutions portées par une partie de la profession, notamment les plans d’arrachage, relèvent de la fuite en avant. « Proposer l’arrachage aujourd’hui, c’est tuer la viticulture », martèle le viticulteur de Domazan.

    Dans un contexte où les rendements s’effondrent, parfois jusqu’à – 40% dans certaines caves coopératives, les vignerons dénoncent un engrenage économique et écologique mortifère. « Quand on arrache un hectare aujourd’hui, on ne sauve pas les dix autour, demain on arrachera celui d’à côté », insiste Xavier Fabre, rappelant que les vignes jouent aussi un rôle de coupe-feu dans les zones méditerranéennes. L’incendie meurtrier de l’Aude cet été reste dans toutes les têtes : « Là où les feux ont démarré, c’était dans des friches, des vignes arrachées ou abandonnées », souligne-t-il.

    Le Modef dénonce également le manque de vision politique sur l’avenir du vignoble. Selon Didier Gadéa, président du Modef Hérault et responsable de la commission nationale viticole, « les plans d’arrachage n’ont jamais résolu les crises ». La preuve : en vingt ans, le vignoble languedocien est passé de 240 000 à 180 000 hectares, sans que la situation économique ne s’améliore. « Ça prouve par A + B que ça ne fonctionne pas », tranche-t-il. À la sécheresse et aux feux s’ajoute la question cruciale des prix. Nicolas Olive, président du Modef Vaucluse, évoque une filière étranglée par la pression des négociants : « Ils nous mettent les prix d’achat à ras des pâquerettes, mais le vin dans le commerce n’a pas baissé. » Pour le syndicat, la survie des exploitations passe par l’instauration de prix planchers garantis par l’État, afin d’assurer un revenu minimum aux producteurs. « Tant que ça ne sera pas réglé, on aura des friches et des vignerons qui se pendent à la grange », avertit Didier Gadéa. Le Modef souhaite également un encadrement strict des marges, y compris dans la restauration, et une révision du cadre de la loi Egalim, jugée « trop incitative ». Le syndicat plaide pour une intervention directe de l’État afin d’empêcher tout achat en dessous du coût de production.

    Redonner du sens

    à la viticulture

    Au-delà des chiffres et des colères, les représentants du Modef appellent à une refondation du modèle viticole : miser sur les cépages résistants, soutenir davantage le bio, et réhabiliter le travail de la terre plutôt que l’arrachage. « Quand on va chez le médecin, il nous soigne ? Il ne nous euthanasie pas ! Pour les vignes, c’est la même chose », illustre Xavier Fabre, dans une métaphore applaudie par la salle. Pour le syndicat, la viticulture ne se résume pas à une question de production. C’est aussi une question de vie rurale, d’économie locale et de paysage. « Sans vignerons, il n’y aura plus d’œnotourisme, plus de paysages, plus de vie dans nos villages », rappelle Didier Gadéa.

    Alors que les chiffres de récolte s’annoncent historiquement bas et que les trésoreries sont exsangues, les viticulteurs du Modef ne cachent pas leur inquiétude. Faute de réponses concrètes, la mobilisation pourrait reprendre : « Si rien n’est fait, on reprendra la route des pavés et des actions », prévient Xavier Fabre. Le ton est donné. Le Gard viticole ne veut pas mourir en silence.