Tag: violences sexuelles

  • Un appel contre les violences faites aux femmes

    Un appel contre les violences faites aux femmes

    Elles sont entre 45 et 64, âgées de 9 à 90 ans. Tuées par leurs conjoints, pères, ex-maris, fils, petits amis ou par des inconnus. Battues à mort, poignardées, asphyxiées, défenestrées, noyées, égorgées, abattues. Cette liste dressée par le collectif NousToutes recense les féminicides perpétrés depuis le début de l’année 2026. « Le but est de dire stop aux féminicides et de rendre hommage à toutes les femmes qui ont été assassinées », pousse Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille. L’association est une des composantes du Collectif droits des femmes 13, qui est à l’initiative d’un rassemblement à 18h mercredi, sous l’ombrière du Vieux-Port. « Nous sommes la voix de celles qui n’en ont plus », veut croire la militante.

    Grande cause, petits moyens

    À Martigues, une femme de 25 ans a été poignardée lundi, sans que ce drame puisse être qualifié de féminicide à ce stade (lire ci-contre). Le même jour, une femme de 37 ans est décédée à Sarreguemines, en Moselle ; son conjoint a déclaré l’avoir étranglée. Dimanche, un homme a été mis en examen et écroué pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner commises par le conjoint » et « violences habituelles commises par le conjoint », à Mont-de-Marsan. Le corps sans vie de sa compagne de 61 ans présentait « des ecchymoses multiples » témoignant de « violences habituelles ». Il avait été condamné à trois reprises pour violences conjugales, entre 2008 et 2022. Jeudi 28 mai, à Choisy-le-Roi, un homme, une femme et leur enfant sont retrouvés morts, tués par balles dans un appartement en flammes. La piste de meurtres suivis d’un suicide est privilégiée.

    En 2017, Emmanuel Macron se déclarait candidat « féministe » à la présidence de la République. Une fois élu, il érige l’égalité entre les femmes et les hommes comme « grande cause » de ce que sera son premier quinquennat. Avec quels moyens ? Selon Oxfam, « le ministère de la grande cause dispose de l’un des plus petits budgets : moins de 100 millions d’euros en 2025, soit 0,02% du budget général de l’État ». « C’est à peine la moitié de ce qu’a coûté l’organisation des législatives anticipées de juin 2024 », déplorait alors Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne justice de genre chez Oxfam France.

    Selon les derniers chiffres officiels publiés par le gouvernement, en octobre, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% en France entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. « On attend une véritable prise de conscience collective, des moyens à la hauteur pour les associations qui accueillent, protègent et accompagnent les victimes et une loi-cadre. On demande aussi une formation sérieuse et obligatoire des policiers, gendarmes, personnels de justice, ainsi qu’une politique ferme contre les discours masculinistes », insiste Annick Karsenty.

    REPÈRES

    63

    C’est le nombre de féminicides perpétrés en France depuis le 1er janvier 2026, d’après le dernier décompte du collectif féministe NousToutes, dont l’objectif affiché est d’en « finir avec les violences sexistes et sexuelles ». Il en répertorie pour l’instant 61, auxquels s’ajoutent ceux cités ci-dessus, à Sarreguemines et Mont-de-Marsan.

    213 000

    C’est, en moyenne, le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année en France. Le chiffre est issu du rapport 2019 de l’enquête « Cadre de vie et sécurité », menée par l’Insee. Parmi elles, 29% sont âgées entre 18 et 29 ans. Au total, 72% des victimes de violences conjugales sont des femmes.

    1992

    C’est l’année à partir de laquelle la qualité de conjoint d’une victime devient une circonstance aggravante. En 2006, cette disposition est élargie aux concubins, aux pacsés et aux anciens partenaires. Jusqu’en 1975, le meurtre d’une épouse par son époux était considéré par la loi comme « excusable » en cas de flagrant délit d’adultère.

  • Terrorisme domestique

    Terrorisme domestique

    Si à chaque féminicide perpétré en France, les parlementaires avaient l’obligation d’observer une minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire de la femme tuée, ils devraient se lever et se taire trois fois par jour. Peut-être qu’à force de silences répétés, l’exercice deviendrait insupportable jusqu’à l’absurde. Jusqu’à la nausée. Ces cérémonies quotidiennes seraient bien sûr diffusées à la télévision et sur tous les réseaux sociaux. Des féminicides à la Une, trois fois par jour. Cela réveillerait peut-être les consciences, la société.

    Dénoncer dans l’espace public

    Dystopie ? Non. C’est la réalité : chaque jour en France, trois femmes sont victimes de féminicides directs ou indirects. Leur conjoint les a harcelées, violentées, physiquement et psychologiquement ; les a, pour certaines, poussées au suicide. S’en est pris aux enfants, victimes collatérales de la violence domestique. Ce terrorisme intime qui ne dit pas son nom.

    Si, depuis trente ans, l’arsenal législatif a été renforcé pour punir les auteurs de violences conjugales et protéger les femmes, l’explosion des féminicides démontre, malheureusement, que cela ne suffit pas. La dénonciation, dans l’espace public, de ces actes est impérative. C’est le sens du rassemblement organisé ce mercredi soir à Marseille par Femmes solidaires et le collectif Droits des femmes 13. La peur doit changer de camp et les femmes être soutenues, accompagnées, soignées, reconnues. La justice doit passer, mais les dispositifs pour prévenir les violences, sortir de l’emprise, doivent être multipliés. Pour cela, il faut des moyens et la mobilisation de tous.

  • À La Criée, une saison pour briser le silence et libérer la parole

    À La Criée, une saison pour briser le silence et libérer la parole

    « La saison repose sur un équilibre fragile. Les moyens consacrés à la création artistique diminuent et l’annonce tardive de coupes budgétaires crée une situation inédite », prévient d’emblée Robin Renucci. À l’occasion d’une conférence de presse de présentation du programme 2026-27, le directeur de La Criée enfonce le clou : « Si cela n’est pas encore pleinement visible, ces coupes auront une forte incidence sur les saisons à venir avec la fragilisation des projets et la mise en danger de l’emploi des artistes et techniciens. Des œuvres risquent de ne jamais voir le jour. » Autant d’incertitudes auxquelles se greffent des « travaux dont le bâtiment avait bien besoin », entraînant la fermeture au public du théâtre qui déploiera un programme hors les murs « entre septembre et fin novembre ».

    Top départ de la saison le 18 septembre à la Friche Belle de Mai avec Rien plus qu’un peu de moelle, « plongée » mise en scène par Malte Schwind dans les « plaisirs de la langue » et l’humour corrosif rabelaisiens. Parmi les autres créations de La Criée, Ma pensée creuse (dès le 30 septembre au Théâtre Joliette), épopée philosophico-scientifique et « cri de résistance au productivisme qui abîme tout » si ce n’est « la foi joyeuse dans la puissance de la poésie », résume sa metteuse en scène Kristina Chaumont, ou encore Jouer la Mouette, d’après le classique de Tchekhov dont la compagnie Vol Plané déploiera les ailes dramaturgiques en ces mêmes lieux.

    À noter, toujours dans le cadre de la programmation hors les murs, Le 6e jour, au Théâtre de l’Astronef, du metteur en scène François Cervantes et de la comédienne Catherine Germain qui « improvise » un récit clownesque de La Genèse. Pièce « entre documentaire et fiction », situe Robin Renucci, Boat people remettra quant à elle en lumière « l’accueil de réfugiés du Vietnam par une famille française en 1979 et cet élan de solidarité oublié ». À voir à la Friche Belle de Mai. Gros temps fort du retour à La Criée, Robin Renucci mettra en scène L’École des femmes de Molière. Face à Arnolphe, le « patron des cocus » incarné par François Morel, « la pureté d’Agnès » qui, près de deux heures durant, va passer « du silence à la parole. Pour que les jeunes femmes puissent se libérer des assignations dans lesquelles elles sont projetées par des hommes tout-puissants », résume-t-il à propos de cette pièce en alexandrins créée au XVIIe siècle mais toujours d’actualité.

    « De l’orée à l’onde »

    Pas pour rien que la thématique de la prochaine saison de La Criée suggère : « de l’orée à l’onde ». De libération de la parole, il sera notamment question dans Mémoire de fille, création d’après le roman autobiographique d’Annie Ernaux, « seul en scène sur sa première nuit avec un homme, une nuit de violence. Une pièce sur le désir écrasé par le patriarcat », développe Robin Renucci. Ou encore dans Chevaleresses, écrit, mis en scène et incarné par Nolwen Le Doth. « Elle brise le silence autour de l’inceste, passe du déni à la honte. Mais c’est aussi l’histoire d’une survivante », désobscurcit le directeur de La Criée. Fracasser le mutisme, un leitmotiv toujours plus vital, comme l’illustrera également La peau des autres, pièce autour des violences intrafamiliales programmée à l’Astronef, qui montre comment « l’amitié permet de déchirer le silence ».

    Programme complet sur www.theatre-lacriee.com

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Digne-les-Bains : 25 ans de réclusion criminelle pour Guillaume Bucci

    Digne-les-Bains : 25 ans de réclusion criminelle pour Guillaume Bucci

    Laëtitia R. pourra-t-elle se reconstruire? Le verdict prononcé samedi 23 mai à l’encontre de son tortionnaire et ex-« compagnon », Guillaume Bucci, participera sans doute à cela. Les jurés de la cour d’assises des Alpes-de-Haute-Provence ont condamné celui qui était accusé de viols, actes de torture et proxénétisme envers Laëtitia R. entre 2015 et 2022 à la peine de 25 ans de réclusion criminelle. Une peine assortie d’une période de sûreté de deux-tiers. C’est-à-dire que le condamné pourra formuler une première demande de liberté conditionnelle en 2042 au plus tôt, sans garantie de l’obtenir.

    La veille, l’avocate générale avait requis la réclusion criminelle à perpétuité à l’encontre de cet homme ordinaire, transformé en tyran et tortionnaire dans l’intimité de son « foyer » et de sa relation. Sept ans d’enfer. Un procès exemplaire où la victime a tenu à témoigner de son calvaire et celui de ses enfants.

  • Gérard Darmon persona non grata festival du Berceau du cinéma de La Ciotat

    Gérard Darmon persona non grata festival du Berceau du cinéma de La Ciotat

    « Le festival de La Ciotat prend acte de la décision de Gérard Darmon de renoncer à la présidence du jury de cette édition afin de préserver la sérénité de la manifestation », indique, de manière très laconique, les responsables du Berceau du cinéma, dont le festival doit se tenir du 10 au 14 juin, dans la mythique salle de l’Eden théâtre.

    Depuis plusieurs semaines, la polémique n’a eu de cesse de prendre de l’ampleur suite notamment à une enquête très détaillée du magazine Politis, appuyée par des témoignages directs de plusieurs professionnelles disant avoir subi des agressions sur des tournages de la part de l’acteur. Agressions que Gérard Darmon a toujours niées en bloc.

    Le collectif féministe de La Ciotat était récemment monté au créneau par le biais d’une lettre ouverte. Il indiquait dans celle-ci refuser « la mise à l’honneur » d’un « agresseur sexuel présumé » et de pointer la « responsabilité des organisateurs et partenaires de l’événement », invités « à mesurer l’impact symbolique et concret de cette mise à l’honneur ».

    Après un temps de malaise et de tergiversations diverses, la seule décision possible a été prise, tout en préservant « l’honneur » de l’acteur en question… « Le réalisateur Jean-Pierre Améris a accepté de prendre la présidence du jury », indique le Berceau du cinéma. Un tout autre tempérament.

  • Perpétuité requise contre l’ex-compagnon de Laëtitia

    Perpétuité requise contre l’ex-compagnon de Laëtitia

    « On parle des infractions les plus graves qui existent dans le Code pénal » : l’avocate générale a requis une peine de réclusion criminelle à perpétuité, vendredi, contre l’accusé poursuivi pour viols, torture, barbarie et proxénétisme, alors que le verdict est reporté à ce samedi. Elle a insisté sur le risque de récidive, la personnalité « perverse » de l’accusé, son « manque d’empathie » et sa volonté de nier la dignité humaine, de nier que Madame R. était un être humain ». « Ce qu’a vécu Madame R., c’est une détention. On ne s’évade pas si facilement d’une prison », a-t-elle relevé. « à chaque fois que Madame R. exprime des limites, elle se fait frapper. Elle n’a le droit que de dire encore », a-t-elle encore rappelé. Selon elle, Guillaume B. a « le fantasme du viol ».

    Pendant son récit, Laëtitia R. a parlé de « plus de 500 hommes » qui ont eu recours aux services de prostitution ordonnés par Guillaume B. « Petit à petit, j’avais l’impression de mourir à l’intérieur. à chaque pratique imposée, une partie de moi se brisait complètement. J’étais dans l’incapacité de me défendre face à lui, j’avais l’impression d’être une enfant de 8 ans. Il me terrorisait, j’avais peur pour mes enfants, j’avais très honte », a-t-elle témoigné. « Il disait que, le jour où je ne lui servirai plus à rien, c’est-à-dire faire ce qu’il attend de moi sexuellement, il me tuerait. » « De toute façon, tu mourras pas de mort naturelle, c’est moi qui te tuerai », ou encore « la prochaine fois, tu te réveilleras peut-être pas et c’est moi qui déciderai ».

    Concernant sa cadette, fille de Guillaume B., elle a affirmé qu’il disait « que plus tard, il en ferait une chienne comme sa mère ». Face aux réactions de la défense, elle a lancé : « Vous rigolez, vous n’étiez pas là. » Laëtitia a évoqué de nouveaux éléments, comme le fait que l’accusé lui « faisait lécher les toilettes des aires d’autoroute ». « Il parle de BDSM, mais les séances de BDSM étaient anecdotiques. J’ai plus de souvenirs d’être frappée parce que j’ai fait quelque chose de mal plutôt qu’une séance de sexe avec des coups », a-t-elle précisé. Aujourd’hui, « mes enfants subissent ma souffrance au quotidien ».

    Questionnée par son avocat, Laëtitia a expliqué que, depuis l’incarcération de Guillaume B., elle s’était fait tatouer à plusieurs endroits « parce que ce corps, il faut que je me le réapproprie. Je ne veux plus qu’il ressemble à ce qu’il a pu être pendant cette période ». Elle a également expliqué s’être teint, pendant un temps, les cheveux en rose : « Pour moi, c’est très symbolique parce que, pendant la relation, je voulais faire du rose et il m’avait dit : tu feras du rose sur tes cheveux quand je serai mort. » La plaignante voulait ainsi montrer que, maintenant, c’était elle qui décidait.

    « Les hommes acceptent, c’est ça qui est grave »

    Interrogée par la présidente, étonnée que n’importe quel homme accepte ses services de prostitution, Laëtitia a répondu : « Bizarrement, oui, les hommes acceptent. Seuls 10 à 20% des hommes disent non et c’est ça qui est grave. » Très éprouvée par les questions de la défense, elle a fini par refuser d’y répondre. « J’ai l’impression de revivre ce que j’ai vécu pendant sept ans. J’en ai marre. Le procès peut se passer sans moi, vous n’avez pas besoin de moi en réalité », a-t-elle lancé, à bout et en pleurs.

    La fille aînée de Laëtitia R., âgée de 23 ans, a ensuite témoigné. Elle s’est souvenue des menaces de Guillaume B. : « Si tu étais ma fille, je t’aurais déjà fracassée. » Sa mère « nous demandait de pas faire de bêtises, parce que sinon, elle allait se faire frapper ». La deuxième fille de Laëtitia, 19 ans, s’est ensuite rappelé avoir développé « une phobie scolaire, en 2023, parce que j’avais peur que maman se suicide ». Le fils, âgé de 16 ans, a déclaré : « On savait que maman faisait la pute. »

    Dans sa plaidoirie, l’avocat de Laëtitia a souligné « le courage de cette femme qui m’a fait l’honneur de me laisser la défendre, la force de cette famille venue tous les jours pour affronter cette audience ». Il a insisté sur les conséquences durables sur toute sa famille : la cadette « cache de la nourriture parce qu’elle a été privée dans son enfance. À 8 ans et demi, elle est handicapée entre 50 et 79% ». « Comment une seule personne peut être la source de tant de souffrances et détruire la vie de tant d’autres ? », s’est-il interrogé. « Laëtitia et ses enfants sont des survivants, ils ont survécu à l’enfer », a-t-il conclu.

    En raison du retard pris, le reste de l’audience a été reporté à samedi. Les avocats de la défense plaideront, l’accusé prendra la parole, puis le verdict sera rendu.

  • Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    L’accusé, entendu jeudi, s’est excusé pour ses messages très dénigrants adressés à Laëtitia, mais a maintenu que, selon lui, elle était « consentante » et qu’il ne l’avait « jamais forcé à rien ».

    « J’ai trouvé les expertises psychologiques et psychiatriques très intéressantes, j’étais subjugué, surtout le compte rendu des experts, qui m’a permis d’avoir un regard plus accru sur l’autoritarisme, la perception que les autres ont de moi », a déclaré Guillaume B.. Il a par ailleurs affirmé que l’avocat de Laëtitia lui avait « permis d’ouvrir les yeux ».

    Il s’est dit « pleinement et parfaitement coupable » de proxénétisme, mais a de nouveau nié avoir forcé Laëtitia à quoi que ce soit. « Je me sens coresponsable de beaucoup de choses. On s’est entraînés tous les deux dans un chemin qui n’était pas le bon. J’ai largement participé, mais je n’étais pas tout seul », a-t-il revendiqué. « Si on en est arrivés là, c’est parce qu’il y avait deux personnes perverses, pas une », a-t-il ajouté.

    Concernant les risques liés au fait qu’il demandait à Laëtitia d’avoir des rapports sexuels avec des clients sans préservatif, il a avancé : « Les risques nous excitaient tous les deux et je prenais des risques autant qu’elle. »

    « Oui, avec le recul, elle a pu être sous mon emprise », a-t-il tout de même reconnu. Guillaume B. a dit « ne plus avoir de mots » à la lecture de ses échanges avec Laëtitia, « idiots, stupides, immatures ». « Je ne pratiquerai plus jamais ce genre de choses, c’est clair et net, je suis guéri à vie », a-t-il conclu.

    « Je veux plus être une esclave »

    La présidente a interrogé l’accusé au sujet de plusieurs messages qu’il avait envoyés à la plaignante : « Je te rappelle que tu es à mon service, que tu n’es qu’une grosse merde. C’est plus des claques que je vais te mettre, c’est des coups de poing. » Surtout, elle a lu de nombreux messages envoyés par Laëtitia à son ex-conjoint prouvant qu’elle voulait sortir de cet engrenage et l’en avait informé : « Je veux tout arrêter, je suis fatiguée de tout ça », « je veux juste être bien traitée, c’est tout », « je suis psychologiquement et physiquement épuisée, j’ai souffert, j’en peux plus », « je veux plus être une esclave, c’est que source de peine », « je mérite le respect comme chaque être humain ». Ce à quoi l’accusé lui répondait : « Alors sérieusement trouve toi un autre mec. » Par ailleurs, quand Laëtitia lui dit vouloir « du calme et du classique », il lui répond « je te le donnerai jamais ».

    À la lecture de ces échanges, Guillaume B. a pour la première fois tenu à s’excuser auprès de Laëtitia, mais seulement « d’avoir écrit tout ça ». « Quand j’ai relu les messages, je me suis maudit moi-même, je me déteste quand je les vois, a-t-il lancé. J’y vois l’entêtement d’un homme face à une personne qui explique avec amour et gentillesse quelque chose que quelqu’un n’entend pas. »

    La présidente a aussi lu les messages de l’accusé avec une autre personne : « Mon esclave s’est déjà fait violer quatre fois dans sa vie et j’adore ça. » En début d’après-midi, elle a diffusé des enregistrements audios et des vidéos, notamment de rapports sexuels et de scatophilie, pendant lesquels la salle était fermée au public et à la presse. Au moment de la réouverture de la salle au public, l’accusé a reconnu que Laëtitia ne prenait aucun plaisir sur ces images, où elle poussait des hurlements. Il maintient cependant que, selon lui, « elle était consentante, sinon elle me l’aurait dit », malgré les nombreux messages prouvant qu’elle voulait arrêter.

    Dans une autre vidéo, la seule diffusée devant le public, Laëtitia filme une altercation pendant laquelle elle dit à Guillaume B. : « J’ai juste besoin d’être, de respirer, juste d’être vivante, pas d’aller me faire sauter, pas me prendre cinq mecs. Tu peux pas considérer que je sois malade et que j’aie besoin de me ressourcer ». « Moi, je te dis, le cul en toutes circonstances, c’est justement ce qui fait du bien », « tu aimes ça obéir », lui répond son ex-conjoint dans la vidéo.

    « Cela confirme qu’on a deux visions différentes. Cela illustre mon entêtement de l’époque, de pas ouvrir mon cœur et de m’entêter dans cette stupidité-là », a réagi l’accusé.

    « Qu’est-ce qui fait que, dans votre tête, vous vous dites que c’est possible de demander à votre compagne d’avoir un rapport sexuel avec le chien de votre frère ? », l’a par ailleurs questionné l’avocat de Laëtitia. Alors qu’une amie du couple témoignait, elle s’est souvenu que Laëtitia lui avait confié : « Si demain je meurs, il ne faut pas penser que c’est normal, il faudra faire des recherches. »

  • Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Animée par Aquilina, de la librairie Goulard, la rencontre entre Gisèle Pelicot et Judith Perrignon s’est déroulée, ce jeudi 21 mai, dans l’amphithéâtre de la Manufacture d’Aix-en-Provence. Gisèle Pelicot, victime des viols de Mazan. Son ex-mari, Dominique Pelicot, a été reconnu coupable de l’avoir droguée et fait violer par une cinquantaine d’autres hommes. Tous ont été condamnés à des peines de prison, fin 2024.

    Elle est revenue sur son histoire et le récit dont elle témoigne dans son livre Et la joie de vivre, paru le 17 février 2026, aux éditions Flammarion.

    Une salle pleine attendait Gisèle Pelicot, souriante, accueillie par des applaudissements nourris aux côtés de Judith Perrignon, romancière qui a coécrit Et la joie de vivre. Gisèle Pelicot a retracé, au cours de cette conférence, sa rencontre avec Judith, son enfance, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants. Elle a évoqué le procès, mais a surtout porté un message d’espoir. Le public a été témoin de sa force, de son courage à continuer de vivre dans ce qu’elle appelle « la lumière ». Son récit se veut comme « une réconciliation entre le passé et le présent, les hommes et les femmes, la joie et la douleur » , a souligné Aquilina.

    « N’ayez pas peur de parler »

    Gisèle Pelicot rencontre Judith Perrignon par le biais de Sophie de Closets, qui est l’éditrice du livre. Un ouvrage qu’elle n’avait pas l’intention d’écrire au départ. « Réflexion faite, je me suis dit que ce livre pouvait être utile, que mon histoire pouvait servir aux autres », raconte Gisèle. Pour Judith Perrignon, « il fallait ce texte, il fallait qu’on connaisse Gisèle, personne ne savait qui c’était ».

    Gisèle Pelicot a été confrontée au deuil, la mort de sa mère, très jeune, mais se rappelle également de l’amour : « ça m’a permis d’être la femme que je suis aujourd’hui. » Son livre ne revient pas seulement les violences extrêmes qu’elle a subies. Il s’agit aussi de l’histoire d’une vie où la joie est un mécanisme, un moyen de se relever face aux difficultés. Judith Perrignon souligne, lors de cette conférence, que ce livre est « un récit de vie qui alterne le déroulé de l’affaire et les souvenirs, la jeunesse, la rencontre ».

    Au moment d’évoquer le procès et le moment où elle a visionné les vidéos tournées par son ex-mari, Gisèle Pelicot : « C’était une violence inouïe, de la barbarie. Comment ces individus pouvaient commettre ces horreurs sur un corps inerte ? C’est un corps mort… »

    Elle dit se reconstruire, sa famille aussi. Pour Gisèle Pelicot, ce livre parle à toutes les générations de femmes et d’hommes. « N’ayez pas peur de parler parce que vous serez entendues, je pense que ce procès a libéré la parole des femmes. Je l’ai fait pour les autres, pour qu’elles osent parler. Faites-vous confiance et avancez. »

  • Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Les experts ont décrit, mercredi, pour le troisième jour du procès, une plaignante « anxieuse », « traumatisée », et un accusé « sadique » et « narcissique ». Le fait d’apprendre tardivement ne pas être le fils biologique de son père aurait provoqué chez lui une peur de l’abandon et un besoin de reconnaissance. « C’est un homme très amoureux dans le sens possessif du terme, du fait de son manque affectif », a déclaré son frère à l’enquêtrice de personnalité.

    L’accusé aurait par ailleurs connu un « désenchantement » dans son poste de directeur d’agence bancaire, souhaitant « se réorienter dans l’associatif, l’écologie et l’économie durable pour redonner un sens à sa vie ». à la grande surprise de la cour, il a même exprimé la volonté de créer une association contre les violences faites aux femmes « pour lutter contre les fondements de cette société patriarcale », mais a reconnu dire ce que l’on attendait de lui, questionné par l’avocat de Laëtitia. « C’était maladroit. Évidemment que je n’ai aucune crédibilité à dire ça », a admis Guillaume B. L’enquête a également démontré une « normalisation de la violence » chez l’accusé, qui a grandi à Toulon, fils d’un ancien militaire affecté à la marine nationale.

    Une docteure en psychologie a décrit une « intolérance à la frustration », une « sexualité pour s’imposer et pallier son sentiment d’infériorité » et une « vision très sexualisée et objectale » de la femme. « Si on devait retenir les faits qui lui sont reprochés, est-ce que le fait d’avoir réduit sa compagne à un statut d’objet au service de ses pulsions, un être à sa disposition qui répond à ses ordres, pourrait être une façon de se valoriser de façon inavouable ? », a questionné la présidente, ce que l’experte a confirmé. Cela lui « permet de se renarcissiser, de réparer son soi par ce sentiment de toute-puissance », a-t-elle expliqué.

    Le psychiatre qui a examiné Laëtitia a évoqué une enfance traumatisante, bercée par les violences sexuelles subies par toutes les femmes de la famille : la mère, la grand-mère et la plaignante, qui dit avoir été violée par son beau-père dans son enfance. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide, dès ses 17 ans. Il est ressorti qu’elle avait peur de subir le même sort que sa grand-mère, brûlée au visage par son grand-père lorsqu’elle voulait le quitter, et restée « un an aux grands brûlés, les yeux cousus ».

    L’expert a dit qu’il n’était pas sûr que la plaignante finisse par aller mieux et que c’était parfois même « pire avec les souvenirs qui reviennent ». « Les soins seront longs, le pronostic incertain et les séquelles irréversibles », a-t-il conclu. « Si je n’avais pas d’enfants, j’aurais mis fin à mes jours », lui a-t-elle déclaré. Laëtitia est « rongée par la culpabilité d’avoir incarcéré le père de sa cadette », a souligné une autre experte psychologue. Elle « présente le tableau clinique d’un état de stress post-traumatique chronique », a-t-elle ajouté.

    « Du sadisme pur »

    « Je disais que j’aimais ça parce que, quand il savait que j’aimais, il ne le faisait plus puisqu’il préférait m’imposer des choses que je n’aimais pas », a expliqué Laëtitia à l’expert. « Je pense qu’il tire du plaisir de la souffrance de l’autre et que c’est du sadisme pur », a avancé le psychiatre, qui a également examiné l’accusé. Laëtitia s’est rappelée avoir eu parfois « 14 clients en 24h ». « Je ne veux pas qu’une fille vive le quart de ce que j’ai vécu. J’étais son punching-ball, sa poupée gonflable, sa femme de ménage », a-t-elle déclaré. « Il m’a fait un lavage de crâne, tous les jours, il me disait que j’étais qu’une merde, une allumeuse, une nympho. Je me remettais en question sur tout, il mettait même mon rôle de mère en cause », a expliqué Laëtitia à la barre. Elle a également détaillé les privations de sommeil : « Il me laissait une nuit tous les dix jours ». « Moi qui travaille aux Baumettes, c’est une détention ce qu’elle a vécu », a réagi l’experte psychologue.

    Interrogée par la défense concernant un message dans lequel elle dit aimer se prostituer, Laëtitia a répondu : « Si je n’étais pas allée dans son sens, aujourd’hui, vous auriez un procès sans victime. Il fallait que je reste en vie, que je survive. »

    De vives tensions sont apparues entre les avocats de la défense et la présidente, à la fin de l’audience. Le public a réagi bruyamment à certaines questions de la défense et Laëtitia a éclaté en sanglots. « C’est contre-productif, cela n’apporte rien au débat, les jurés n’en peuvent plus. Cela prend des proportions qui ne sont pas normales », a estimé la présidente.

    Le public était encore plus nombreux que les deux journées précédentes, avec certains élus, notamment de la liste de gauche Demain Sisteron, sur les bancs de la salle d’audience. Laëtitia est apparue encore plus affaiblie que les jours précédents, semblant souffrir de douleurs importantes et ayant du mal à marcher. Elle doit régulièrement sortir de la salle et est accompagnée par ses enfants, présents pour la soutenir.

    Le père et le frère de l’accusé ont également été entendus, mercredi, et ont vanté les mérites d’un homme « extraordinaire », surnommé « le couillon du village ».