Tag: Violences faites aux femmes

  • Un appel contre les violences faites aux femmes

    Un appel contre les violences faites aux femmes

    Elles sont entre 45 et 64, âgées de 9 à 90 ans. Tuées par leurs conjoints, pères, ex-maris, fils, petits amis ou par des inconnus. Battues à mort, poignardées, asphyxiées, défenestrées, noyées, égorgées, abattues. Cette liste dressée par le collectif NousToutes recense les féminicides perpétrés depuis le début de l’année 2026. « Le but est de dire stop aux féminicides et de rendre hommage à toutes les femmes qui ont été assassinées », pousse Annick Karsenty, présidente de Femmes solidaires Marseille. L’association est une des composantes du Collectif droits des femmes 13, qui est à l’initiative d’un rassemblement à 18h mercredi, sous l’ombrière du Vieux-Port. « Nous sommes la voix de celles qui n’en ont plus », veut croire la militante.

    Grande cause, petits moyens

    À Martigues, une femme de 25 ans a été poignardée lundi, sans que ce drame puisse être qualifié de féminicide à ce stade (lire ci-contre). Le même jour, une femme de 37 ans est décédée à Sarreguemines, en Moselle ; son conjoint a déclaré l’avoir étranglée. Dimanche, un homme a été mis en examen et écroué pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner commises par le conjoint » et « violences habituelles commises par le conjoint », à Mont-de-Marsan. Le corps sans vie de sa compagne de 61 ans présentait « des ecchymoses multiples » témoignant de « violences habituelles ». Il avait été condamné à trois reprises pour violences conjugales, entre 2008 et 2022. Jeudi 28 mai, à Choisy-le-Roi, un homme, une femme et leur enfant sont retrouvés morts, tués par balles dans un appartement en flammes. La piste de meurtres suivis d’un suicide est privilégiée.

    En 2017, Emmanuel Macron se déclarait candidat « féministe » à la présidence de la République. Une fois élu, il érige l’égalité entre les femmes et les hommes comme « grande cause » de ce que sera son premier quinquennat. Avec quels moyens ? Selon Oxfam, « le ministère de la grande cause dispose de l’un des plus petits budgets : moins de 100 millions d’euros en 2025, soit 0,02% du budget général de l’État ». « C’est à peine la moitié de ce qu’a coûté l’organisation des législatives anticipées de juin 2024 », déplorait alors Sandra Lhote Fernandes, responsable de la campagne justice de genre chez Oxfam France.

    Selon les derniers chiffres officiels publiés par le gouvernement, en octobre, le nombre de féminicides conjugaux a augmenté de 11% en France entre 2023 et 2024, avec 107 femmes tuées par leur conjoint ou ex-conjoint. « On attend une véritable prise de conscience collective, des moyens à la hauteur pour les associations qui accueillent, protègent et accompagnent les victimes et une loi-cadre. On demande aussi une formation sérieuse et obligatoire des policiers, gendarmes, personnels de justice, ainsi qu’une politique ferme contre les discours masculinistes », insiste Annick Karsenty.

    REPÈRES

    63

    C’est le nombre de féminicides perpétrés en France depuis le 1er janvier 2026, d’après le dernier décompte du collectif féministe NousToutes, dont l’objectif affiché est d’en « finir avec les violences sexistes et sexuelles ». Il en répertorie pour l’instant 61, auxquels s’ajoutent ceux cités ci-dessus, à Sarreguemines et Mont-de-Marsan.

    213 000

    C’est, en moyenne, le nombre de femmes victimes de violences physiques ou sexuelles de la part de leur conjoint ou ex-conjoint chaque année en France. Le chiffre est issu du rapport 2019 de l’enquête « Cadre de vie et sécurité », menée par l’Insee. Parmi elles, 29% sont âgées entre 18 et 29 ans. Au total, 72% des victimes de violences conjugales sont des femmes.

    1992

    C’est l’année à partir de laquelle la qualité de conjoint d’une victime devient une circonstance aggravante. En 2006, cette disposition est élargie aux concubins, aux pacsés et aux anciens partenaires. Jusqu’en 1975, le meurtre d’une épouse par son époux était considéré par la loi comme « excusable » en cas de flagrant délit d’adultère.

  • Terrorisme domestique

    Terrorisme domestique

    Si à chaque féminicide perpétré en France, les parlementaires avaient l’obligation d’observer une minute de silence à l’Assemblée nationale et au Sénat en mémoire de la femme tuée, ils devraient se lever et se taire trois fois par jour. Peut-être qu’à force de silences répétés, l’exercice deviendrait insupportable jusqu’à l’absurde. Jusqu’à la nausée. Ces cérémonies quotidiennes seraient bien sûr diffusées à la télévision et sur tous les réseaux sociaux. Des féminicides à la Une, trois fois par jour. Cela réveillerait peut-être les consciences, la société.

    Dénoncer dans l’espace public

    Dystopie ? Non. C’est la réalité : chaque jour en France, trois femmes sont victimes de féminicides directs ou indirects. Leur conjoint les a harcelées, violentées, physiquement et psychologiquement ; les a, pour certaines, poussées au suicide. S’en est pris aux enfants, victimes collatérales de la violence domestique. Ce terrorisme intime qui ne dit pas son nom.

    Si, depuis trente ans, l’arsenal législatif a été renforcé pour punir les auteurs de violences conjugales et protéger les femmes, l’explosion des féminicides démontre, malheureusement, que cela ne suffit pas. La dénonciation, dans l’espace public, de ces actes est impérative. C’est le sens du rassemblement organisé ce mercredi soir à Marseille par Femmes solidaires et le collectif Droits des femmes 13. La peur doit changer de camp et les femmes être soutenues, accompagnées, soignées, reconnues. La justice doit passer, mais les dispositifs pour prévenir les violences, sortir de l’emprise, doivent être multipliés. Pour cela, il faut des moyens et la mobilisation de tous.

  • Viols et tortures sur Laëtitia :Guillaume Bucci condamné à 25 ans

    Viols et tortures sur Laëtitia :Guillaume Bucci condamné à 25 ans

    Guillaume Bucci, 51 ans, ancien directeur d’une agence bancaire, était jugé depuis le lundi 18 mai à Digne-les-Bains pour avoir infligé d’innombrables sévices à Laëtitia, sa compagne durant sept ans, affirmant qu’ils entretenaient une relation sadomasochiste et qu’elle était consentante. Après plus de quatre heures de délibération des jurés, Laëtitia, mère de famille de 42 ans, a fondu en larmes à l’énoncé du verdict tandis que l’accusé est resté impassible.

    Pendant une semaine de débats publics devant les assises des Alpes-de-Haute-Provence à Digne-les-Bains, la plupart des actes -des coups, un tatouage dégradant, de la zoophilie, des brûlures, des étranglements ou de la scatophilie- ont été reconnus par Guillaume Bucci. Tout comme les relations sexuelles tarifées qu’il a imposées à son ex-compagne avec d’autres hommes, près de 500 selon la plaignante. « Les faits ne sont pas contestés, la question c’est le consentement », avait plaidé l’un des deux avocats de la défense, Me Arnaud Lucien. « Il est difficile de comprendre que certaines personnes puissent s’adonner à ces pratiques », a concédé sa consœur Me Charlotte Barriol, mais les nombreux messages du couple « démontrent que Laëtitia a été consentante », selon elle. Une version que Laëtitia a contestée durant une semaine de débats éprouvants auxquels ses quatre enfants ont partiellement assisté.

    « Je ne pensais

    pas faire mal »

    Dans sa dernière prise de parole avant le verdict, l’ex-directeur de banque aux cheveux grisonnants et à la fine moustache a assuré « regretter certaines choses », tout en niant, en pleurs, « être le monstre qu’on décrit ». « Je ne pensais pas faire mal », a-t-il dit encore alors que de nombreux documents attestent de la souffrance manifestée par son ex-compagne lors des pratiques qu’il lui imposait. L’avocat de Laëtitia R., reconnue handicapée entre 50 et 80%, avait expliqué que sa cliente avait souhaité des débats publics, inspirée par le courage de Gisèle Pelicot, devenue une figure mondiale de la lutte contre les violences sexuelles pour avoir publiquement témoigné des viols commis par son ex-mari et des dizaines d’hommes. Devant le tribunal, des représentantes d’un collectif féministe ont été présentes tout au long de la semaine pour soutenir Laëtitia, aujourd’hui lourdement handicapée. « Libres et fortes », énonçaient leurs pancartes samedi. « Votre décision déterminera ce que la société accepte qu’un être peut faire à un autre demain », avait lancé vendredi aux jurés l’avocate générale Malinka Eymond en requérant la perpétuité pour prévenir un « risque de récidive sur une autre femme ». Guillaume Bucci a « voulu nier la dignité humaine », a-t-elle dit, assurant que « la relation sadomasochiste n’en avait que le nom, ces pratiques sont censées être encadrées, or la plaignante ne pouvait jamais dire stop ». Les enquêteurs ont relevé qu’aucun « safe word », pour arrêter un rapport, n’avait été établi. « Qu’il arrête de se cacher derrière le sadomasochisme », avait lancé Laëtitia à la barre assurant qu’il s’agissait de « violences pures et dures ».

    Elle affirme qu’elle « vivait dans la peur permanente » pour elle et ses enfants, redoutant les représailles de son compagnon et la diffusion d’enregistrements intimes si elle le quittait. Après leur rencontre en 2015, la relation de couple a, sous prétexte au départ de jeux sexuels sadomasochistes, évolué en relation d’emprise psychologique et de contrôle total du mis en cause sur sa compagne, selon l’enquête.

  • Les pressions se multiplient pour l’annulation des concerts de Bruel

    Les pressions se multiplient pour l’annulation des concerts de Bruel

    Plusieurs maires ont invité le chanteur, visé par quatre enquêtes pour viols en France et une enquête judiciaire en Belgique pour agression sexuelle, à renoncer à se produire dans leur ville, à Paris, Marseille, Lille, Nancy ou encore Toulon (lire ci-contre) .

    « La présomption d’innocence doit être garantie. Mais y compris pour la sérénité de sa défense, je pense qu’effectivement, il devrait se retirer, il devrait mettre entre parenthèses sa carrière », le temps que « la justice soit rendue », a déclaré le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, sur France 2. Une exigence défendue dès les premières accusations par différentes associations et collectifs féministes.

    Sa tournée doit démarrer le 16 juin au Cirque d’Hiver à Paris, puis passer dans de nombreuses villes françaises, en Suisse et en Belgique. Mais plus au Canada, où trois dates de concerts prévues en décembre ont été annulées mardi par l’agence d’événementiel Gestev, en raison « du contexte actuel et de l’impossibilité d’assurer la promotion ».

    L’interprète de Alors regarde, Casser la voix et Place des grands hommes, fait aussi l’objet d’une plainte déposée par l’animatrice Flavie Flament, pour un viol qu’elle affirme avoir subi en 1991 quand elle avait 16 ans, selon le parquet de Paris.

    De « nouvelles plaintes pour viols » sont à venir, a annoncé mardi Corinne Herrmann, l’avocate de l’animatrice, alors que la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a enjoint « les femmes à parler, même des dizaines d’années après », dans les affaires de violences sexistes et sexuelles. Patrick Bruel, 67 ans, conteste l’ensemble des faits qui lui sont reprochés, affirmant n’avoir « jamais forcé » une femme à des relations sexuelles. Il a expliqué avoir eu une « brève histoire » avec Flavie Flament, ajoutant qu’« il n’y eut ni viol, ni drogue ».

    En écho à cette libération de la parole, une pétition, soutenue par des associations féministes et qui avait recueilli plus de 25 000 signatures mercredi, demande l’annulation de ses prochains concerts. Pour l’heure, Patrick Bruel est à l’affiche d’une pièce de Samuel Benchetrit, au théâtre Edouard VII à Paris, où son public lui témoigne toujours sa fidélité, a constaté mardi soir l’AFP.

    De son côté, la ministre déléguée chargée de l’Égalité femmes/hommes, Aurore Bergé, estime que c’est à Patrick Bruel de « décider s’il souhaite être sur scène (…) C’est une décision qui lui appartient, à lui, et qui ne m’appartient pas, à moi, ni à vous. C’est lui qui doit décider s’il souhaite continuer à être sur scène », a déclaré la ministre sur RTL jeudi, avant de rappeler qu’il y avait une enquête ouverte mais « pas de condamnation ».

    Pas le bienvenu dans la région

    À Marseille, Toulon et Salon, les maires demandent au chanteur d’annuler ses concerts.

    Benoît Payan, le maire (DVG) de Marseille, a demandé mercredi à Patrick Bruel de « ne pas maintenir son concert prévu à Marseille, le temps que la justice fasse sereinement son travail », a-t-il indiqué mercredi. Même son de cloche du côté du maire (LR) de Salon-de-Provence Nicolas Isnard, le même jour, qui enjoint le chanteur visé par plusieurs plaintes de femmes pour viol et agressions sexuelles d’annuler de lui-même ses concerts « le temps que la justice se fasse ». Ce jeudi, c’est au tour de Josée Massi, la maire (SE) de Toulon de prendre position par le biais d’un communiqué et de « s’associer à plusieurs maires pour demander à Patrick Bruel d’annuler lui-même ses concerts ». Si l’élue se dit « profondément attachée à la présomption d’innocence qui doit s’appliquer en toutes circonstances », elle considère que « chacun doit faire sa part » pour « permettre un climat apaisé et respectueux pour toutes et tous ». S.F.

  • Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    Affaire Laëtitia : l’accusé se dit « guéri à vie », mais nie toujours

    L’accusé, entendu jeudi, s’est excusé pour ses messages très dénigrants adressés à Laëtitia, mais a maintenu que, selon lui, elle était « consentante » et qu’il ne l’avait « jamais forcé à rien ».

    « J’ai trouvé les expertises psychologiques et psychiatriques très intéressantes, j’étais subjugué, surtout le compte rendu des experts, qui m’a permis d’avoir un regard plus accru sur l’autoritarisme, la perception que les autres ont de moi », a déclaré Guillaume B.. Il a par ailleurs affirmé que l’avocat de Laëtitia lui avait « permis d’ouvrir les yeux ».

    Il s’est dit « pleinement et parfaitement coupable » de proxénétisme, mais a de nouveau nié avoir forcé Laëtitia à quoi que ce soit. « Je me sens coresponsable de beaucoup de choses. On s’est entraînés tous les deux dans un chemin qui n’était pas le bon. J’ai largement participé, mais je n’étais pas tout seul », a-t-il revendiqué. « Si on en est arrivés là, c’est parce qu’il y avait deux personnes perverses, pas une », a-t-il ajouté.

    Concernant les risques liés au fait qu’il demandait à Laëtitia d’avoir des rapports sexuels avec des clients sans préservatif, il a avancé : « Les risques nous excitaient tous les deux et je prenais des risques autant qu’elle. »

    « Oui, avec le recul, elle a pu être sous mon emprise », a-t-il tout de même reconnu. Guillaume B. a dit « ne plus avoir de mots » à la lecture de ses échanges avec Laëtitia, « idiots, stupides, immatures ». « Je ne pratiquerai plus jamais ce genre de choses, c’est clair et net, je suis guéri à vie », a-t-il conclu.

    « Je veux plus être une esclave »

    La présidente a interrogé l’accusé au sujet de plusieurs messages qu’il avait envoyés à la plaignante : « Je te rappelle que tu es à mon service, que tu n’es qu’une grosse merde. C’est plus des claques que je vais te mettre, c’est des coups de poing. » Surtout, elle a lu de nombreux messages envoyés par Laëtitia à son ex-conjoint prouvant qu’elle voulait sortir de cet engrenage et l’en avait informé : « Je veux tout arrêter, je suis fatiguée de tout ça », « je veux juste être bien traitée, c’est tout », « je suis psychologiquement et physiquement épuisée, j’ai souffert, j’en peux plus », « je veux plus être une esclave, c’est que source de peine », « je mérite le respect comme chaque être humain ». Ce à quoi l’accusé lui répondait : « Alors sérieusement trouve toi un autre mec. » Par ailleurs, quand Laëtitia lui dit vouloir « du calme et du classique », il lui répond « je te le donnerai jamais ».

    À la lecture de ces échanges, Guillaume B. a pour la première fois tenu à s’excuser auprès de Laëtitia, mais seulement « d’avoir écrit tout ça ». « Quand j’ai relu les messages, je me suis maudit moi-même, je me déteste quand je les vois, a-t-il lancé. J’y vois l’entêtement d’un homme face à une personne qui explique avec amour et gentillesse quelque chose que quelqu’un n’entend pas. »

    La présidente a aussi lu les messages de l’accusé avec une autre personne : « Mon esclave s’est déjà fait violer quatre fois dans sa vie et j’adore ça. » En début d’après-midi, elle a diffusé des enregistrements audios et des vidéos, notamment de rapports sexuels et de scatophilie, pendant lesquels la salle était fermée au public et à la presse. Au moment de la réouverture de la salle au public, l’accusé a reconnu que Laëtitia ne prenait aucun plaisir sur ces images, où elle poussait des hurlements. Il maintient cependant que, selon lui, « elle était consentante, sinon elle me l’aurait dit », malgré les nombreux messages prouvant qu’elle voulait arrêter.

    Dans une autre vidéo, la seule diffusée devant le public, Laëtitia filme une altercation pendant laquelle elle dit à Guillaume B. : « J’ai juste besoin d’être, de respirer, juste d’être vivante, pas d’aller me faire sauter, pas me prendre cinq mecs. Tu peux pas considérer que je sois malade et que j’aie besoin de me ressourcer ». « Moi, je te dis, le cul en toutes circonstances, c’est justement ce qui fait du bien », « tu aimes ça obéir », lui répond son ex-conjoint dans la vidéo.

    « Cela confirme qu’on a deux visions différentes. Cela illustre mon entêtement de l’époque, de pas ouvrir mon cœur et de m’entêter dans cette stupidité-là », a réagi l’accusé.

    « Qu’est-ce qui fait que, dans votre tête, vous vous dites que c’est possible de demander à votre compagne d’avoir un rapport sexuel avec le chien de votre frère ? », l’a par ailleurs questionné l’avocat de Laëtitia. Alors qu’une amie du couple témoignait, elle s’est souvenu que Laëtitia lui avait confié : « Si demain je meurs, il ne faut pas penser que c’est normal, il faudra faire des recherches. »

  • Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Le courage et la dignité de Gisèle Pelicot émeuvent le public à Aix

    Animée par Aquilina, de la librairie Goulard, la rencontre entre Gisèle Pelicot et Judith Perrignon s’est déroulée, ce jeudi 21 mai, dans l’amphithéâtre de la Manufacture d’Aix-en-Provence. Gisèle Pelicot, victime des viols de Mazan. Son ex-mari, Dominique Pelicot, a été reconnu coupable de l’avoir droguée et fait violer par une cinquantaine d’autres hommes. Tous ont été condamnés à des peines de prison, fin 2024.

    Elle est revenue sur son histoire et le récit dont elle témoigne dans son livre Et la joie de vivre, paru le 17 février 2026, aux éditions Flammarion.

    Une salle pleine attendait Gisèle Pelicot, souriante, accueillie par des applaudissements nourris aux côtés de Judith Perrignon, romancière qui a coécrit Et la joie de vivre. Gisèle Pelicot a retracé, au cours de cette conférence, sa rencontre avec Judith, son enfance, sa famille, ses enfants, ses petits-enfants. Elle a évoqué le procès, mais a surtout porté un message d’espoir. Le public a été témoin de sa force, de son courage à continuer de vivre dans ce qu’elle appelle « la lumière ». Son récit se veut comme « une réconciliation entre le passé et le présent, les hommes et les femmes, la joie et la douleur » , a souligné Aquilina.

    « N’ayez pas peur de parler »

    Gisèle Pelicot rencontre Judith Perrignon par le biais de Sophie de Closets, qui est l’éditrice du livre. Un ouvrage qu’elle n’avait pas l’intention d’écrire au départ. « Réflexion faite, je me suis dit que ce livre pouvait être utile, que mon histoire pouvait servir aux autres », raconte Gisèle. Pour Judith Perrignon, « il fallait ce texte, il fallait qu’on connaisse Gisèle, personne ne savait qui c’était ».

    Gisèle Pelicot a été confrontée au deuil, la mort de sa mère, très jeune, mais se rappelle également de l’amour : « ça m’a permis d’être la femme que je suis aujourd’hui. » Son livre ne revient pas seulement les violences extrêmes qu’elle a subies. Il s’agit aussi de l’histoire d’une vie où la joie est un mécanisme, un moyen de se relever face aux difficultés. Judith Perrignon souligne, lors de cette conférence, que ce livre est « un récit de vie qui alterne le déroulé de l’affaire et les souvenirs, la jeunesse, la rencontre ».

    Au moment d’évoquer le procès et le moment où elle a visionné les vidéos tournées par son ex-mari, Gisèle Pelicot : « C’était une violence inouïe, de la barbarie. Comment ces individus pouvaient commettre ces horreurs sur un corps inerte ? C’est un corps mort… »

    Elle dit se reconstruire, sa famille aussi. Pour Gisèle Pelicot, ce livre parle à toutes les générations de femmes et d’hommes. « N’ayez pas peur de parler parce que vous serez entendues, je pense que ce procès a libéré la parole des femmes. Je l’ai fait pour les autres, pour qu’elles osent parler. Faites-vous confiance et avancez. »

  • Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Laëtitia « traumatisée » et l’accusé « sadique », selon les experts psy

    Les experts ont décrit, mercredi, pour le troisième jour du procès, une plaignante « anxieuse », « traumatisée », et un accusé « sadique » et « narcissique ». Le fait d’apprendre tardivement ne pas être le fils biologique de son père aurait provoqué chez lui une peur de l’abandon et un besoin de reconnaissance. « C’est un homme très amoureux dans le sens possessif du terme, du fait de son manque affectif », a déclaré son frère à l’enquêtrice de personnalité.

    L’accusé aurait par ailleurs connu un « désenchantement » dans son poste de directeur d’agence bancaire, souhaitant « se réorienter dans l’associatif, l’écologie et l’économie durable pour redonner un sens à sa vie ». à la grande surprise de la cour, il a même exprimé la volonté de créer une association contre les violences faites aux femmes « pour lutter contre les fondements de cette société patriarcale », mais a reconnu dire ce que l’on attendait de lui, questionné par l’avocat de Laëtitia. « C’était maladroit. Évidemment que je n’ai aucune crédibilité à dire ça », a admis Guillaume B. L’enquête a également démontré une « normalisation de la violence » chez l’accusé, qui a grandi à Toulon, fils d’un ancien militaire affecté à la marine nationale.

    Une docteure en psychologie a décrit une « intolérance à la frustration », une « sexualité pour s’imposer et pallier son sentiment d’infériorité » et une « vision très sexualisée et objectale » de la femme. « Si on devait retenir les faits qui lui sont reprochés, est-ce que le fait d’avoir réduit sa compagne à un statut d’objet au service de ses pulsions, un être à sa disposition qui répond à ses ordres, pourrait être une façon de se valoriser de façon inavouable ? », a questionné la présidente, ce que l’experte a confirmé. Cela lui « permet de se renarcissiser, de réparer son soi par ce sentiment de toute-puissance », a-t-elle expliqué.

    Le psychiatre qui a examiné Laëtitia a évoqué une enfance traumatisante, bercée par les violences sexuelles subies par toutes les femmes de la famille : la mère, la grand-mère et la plaignante, qui dit avoir été violée par son beau-père dans son enfance. Elle a fait plusieurs tentatives de suicide, dès ses 17 ans. Il est ressorti qu’elle avait peur de subir le même sort que sa grand-mère, brûlée au visage par son grand-père lorsqu’elle voulait le quitter, et restée « un an aux grands brûlés, les yeux cousus ».

    L’expert a dit qu’il n’était pas sûr que la plaignante finisse par aller mieux et que c’était parfois même « pire avec les souvenirs qui reviennent ». « Les soins seront longs, le pronostic incertain et les séquelles irréversibles », a-t-il conclu. « Si je n’avais pas d’enfants, j’aurais mis fin à mes jours », lui a-t-elle déclaré. Laëtitia est « rongée par la culpabilité d’avoir incarcéré le père de sa cadette », a souligné une autre experte psychologue. Elle « présente le tableau clinique d’un état de stress post-traumatique chronique », a-t-elle ajouté.

    « Du sadisme pur »

    « Je disais que j’aimais ça parce que, quand il savait que j’aimais, il ne le faisait plus puisqu’il préférait m’imposer des choses que je n’aimais pas », a expliqué Laëtitia à l’expert. « Je pense qu’il tire du plaisir de la souffrance de l’autre et que c’est du sadisme pur », a avancé le psychiatre, qui a également examiné l’accusé. Laëtitia s’est rappelée avoir eu parfois « 14 clients en 24h ». « Je ne veux pas qu’une fille vive le quart de ce que j’ai vécu. J’étais son punching-ball, sa poupée gonflable, sa femme de ménage », a-t-elle déclaré. « Il m’a fait un lavage de crâne, tous les jours, il me disait que j’étais qu’une merde, une allumeuse, une nympho. Je me remettais en question sur tout, il mettait même mon rôle de mère en cause », a expliqué Laëtitia à la barre. Elle a également détaillé les privations de sommeil : « Il me laissait une nuit tous les dix jours ». « Moi qui travaille aux Baumettes, c’est une détention ce qu’elle a vécu », a réagi l’experte psychologue.

    Interrogée par la défense concernant un message dans lequel elle dit aimer se prostituer, Laëtitia a répondu : « Si je n’étais pas allée dans son sens, aujourd’hui, vous auriez un procès sans victime. Il fallait que je reste en vie, que je survive. »

    De vives tensions sont apparues entre les avocats de la défense et la présidente, à la fin de l’audience. Le public a réagi bruyamment à certaines questions de la défense et Laëtitia a éclaté en sanglots. « C’est contre-productif, cela n’apporte rien au débat, les jurés n’en peuvent plus. Cela prend des proportions qui ne sont pas normales », a estimé la présidente.

    Le public était encore plus nombreux que les deux journées précédentes, avec certains élus, notamment de la liste de gauche Demain Sisteron, sur les bancs de la salle d’audience. Laëtitia est apparue encore plus affaiblie que les jours précédents, semblant souffrir de douleurs importantes et ayant du mal à marcher. Elle doit régulièrement sortir de la salle et est accompagnée par ses enfants, présents pour la soutenir.

    Le père et le frère de l’accusé ont également été entendus, mercredi, et ont vanté les mérites d’un homme « extraordinaire », surnommé « le couillon du village ».

  • Maires et associations main dans la main pour protéger les femmes battues

    Maires et associations main dans la main pour protéger les femmes battues

    L’aide à l’hébergement et au logement pour les victimes de violences « n’est pas nouveau sur le territoire » campe Anne-Sophie, de l’association Solidarité Femmes 13 (SF13). Depuis 50 ans, l’association œuvre sur l’ensemble du département, à travers trois antennes – Marseille, Aix et Istres – et 12 permanences pour être au plus près des besoins des femmes et enfants du territoire. Sans oublier les hébergements disséminés sur toutes les Bouches-du-Rhône : Marseille, Istres, Port-de-Bouc, etc.

    Un accompagnement social qui n’aurait jamais pu se faire « sans l’aide des services publics », souligne la salariée de SF13. Subventions de l’État principalement, mais aussi des collectivités locales, « nous bénéficions d’engagements locaux assez puissants – Région, Département, Villes, sans lesquels nous ne pourrions aujourd’hui pas nous déployer », reconnaît-elle. Depuis 50 ans que l’association existe, la coordination entre associations et politiques publiques est « primordiale ». « Autant nous avons besoin du soutien financier et institutionnel des acteurs politiques du territoire, autant la réalité du terrain que nous recensons leur est essentielle pour développer des services publics cohérents. C’est un lien que nous devons conserver, si ce n’est renforcer », détaille Anne-Sophie.

    Un dispositif innovant

    et inédit

    « L’objectif est de poursuivre son développement, compléter l’offre, et la créer lorsqu’il n’y en a pas » poursuit-elle. Le nouveau projet qui sera révélé le 4 juin est un dispositif innovant et inédit, alliant les pouvoirs publics, la sphère privée et notre association : « nous n’avions jamais mis en place un projet d’une telle ampleur », confie la salariée de l’association SF13.

    Un pari que Marie Batoux, déléguée à l’égalité des genres de la ville de Marseille applaudit : « Le programme est intéressant car il permettra de structurer sur le territoire, des solutions pour aider les femmes victimes de violences en précarité ou en tout cas, soumises à des conditions qui ne leur permettent pas de se protéger. »

    L’aide au logement pour les victimes de violences n’est pas nouvelle sur le territoire marseillais. Marie Batoux s’en souvient bien. « Pendant la Covid-19, nous avons soutenu l’auberge marseillaise, un lieu refuge initié par neuf associations dans l’ancienne Auberge de Jeunesse Bonneveine (8e) », rappelle l’élue.

    Le dispositif de la Cepac et de SF13 s’inscrit d’ailleurs dans cette « réflexion menée par de la ville », apprécie Marie Batoux. Un maillage entre les institutions politiques est associatives qu’elle juge nécessaire : « Nous sommes face à un problème de société patriarcal. Nous, élus et acteurs politiques, devons répondre à ce problème local, en proposant des ressources. Incarner ce que doit être la Ville de Marseille, une entité protectrice du public vulnérable, en travaillant avec des experts de la question comme Solidarité femmes 13 », conclut-elle.

  • Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    Le récit glaçant et insoutenable de Laëtitia

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    «Il venait tous les lundis pour me frapper, m’humilier et prendre l’argent », a déclaré à la barre Laëtitia R, lundi. Aux côtés de plusieurs de ses proches, elle a détaillé les viols, violences et sévices qu’elle affirme avoir subis, ainsi que la relation de domination et de soumission imposée par Guillaume B., jugé jusqu’à vendredi. pour viols, torture, barbarie et proxénétisme.

    Selon les témoignages, cette mère de quatre enfants devait lui demander l’autorisation pour chacun de ses gestes : aller aux toilettes, utiliser son téléphone, manger, boire, fumer ou encore s’habiller.

    L’homme de 51 ans, originaire de Lille, divorcé et directeur d’une agence bancaire, à Manosque, aurait par ailleurs forcé son ex-conjointe à se prostituer et l’aurait livrée à de nombreux hommes qui la violaient et la violentaient, selon les déclarations de la partie civile. Pendant ces rapports sexuels tarifés, Guillaume B. était présent ou devait tout écouter par téléphone.

    Un épisode survenu au lac des Vannades, à Manosque, pendant lequel Guillaume B. aurait surpris Laëtitia avec un inconnu, avec qui il l’aurait forcée à avoir un rapport sexuel à travers la portière d’une voiture, a été évoqué à plusieurs reprises pendant l’audience. L’homme aurait par ailleurs contraint Laëtitia à se faire tatouer l’inscription dégradante « garage à bites » au niveau du pubis.

    L’enquête a été ouverte le 31 mai 2022 par un signalement d’une amie de Laëtitia R., Ophélie, à qui elle s’était confiée et qui craignait pour sa vie. La voisine de Guillaume B., chez qui Laëtitia R. a vécu pendant plusieurs années, a témoigné à la barre des cris qu’elle entendait régulièrement : « Elle le suppliait d’arrêter. Je devais monter le son de la télé pour que mes enfants n’entendent pas. »

    « Si tu refais ça, je te tue »

    Laëtitia R. aurait accepté de se prostituer, au début, pour subvenir aux besoins de ses enfants, pour lesquels elle se fournissait dans des banques alimentaires. Guillaume B. partageait initialement la moitié des revenus avec elle, puis en conservait la totalité par la suite.

    « Si tu refais ça, je te tue », a écrit l’accusé à Laëtitia après qu’elle a refusé une sodomie avec un autre homme en raison de douleurs. « Tu n’es qu’un trou, un vide couilles à mon service », « message du maître à son esclave : je veux que tu suces une queue avant ce soir », lui écrivait-il également. L’homme imposait par ailleurs à Laëtitia « de se pénétrer tous les jours avec un gode michet », ce qui lui a causé une incontinence anale et « une rupture complète du sphincter anal », a expliqué la présidente du tribunal.

    Au début de leur relation, Guillaume B. la forçait aussi à boire son urine « tous les matins ». « J’étais juste là à son service, je lui servais de défouloir, j’attendais de mourir, il m’a détruite », a déclaré Laëtitia. Pendant sa grossesse, elle aurait même eu des relations sexuelles avec trois chiens et un cheval, selon les éléments du dossier.

    Lors des perquisitions, les enquêteurs ont retrouvé deux carabines et deux fusils à canon apposés contre le lit conjugal, ainsi que des vidéos zoophiles et sadomasochistes où figurent Laëtitia.

    « J’ai imposé mes règles en tant que maître, elle les a toujours acceptées », a tenté d’expliquer Guillaume B. L’accusé a reconnu avoir dit à la partie civile qu’elle « méritait » d’avoir été violée par son beau-père, à l’âge de 8 ans. « Elle n’avait pas le droit de dire stop, car cela faisait partie du dressage », a-t-il déclaré.

    Les avocats de l’accusé ont demandé le huis clos, voulant « protéger l’intérêt » de la fille de 7 ans que le couple a eu ensemble. L’avocat de Laëtitia a rétorqué que Guillaume B. essayait « encore une fois de reprendre le contrôle en instrumentalisant cette enfant qui se constitue partie civile contre lui dans ce dossier ».

    Le maire (DVD) de Manosque, Camille Galtier, a exprimé son soutien à la victime et a annoncé nommer « d’ici l’été une chargée de mission dédiée à la prévention et à la lutte contre les discriminations ».

    DES MANIFESTANTES SOUTIENNENT LAËTITIA

    Carmen Buelga, membre du CIDFF

    Les violences faites aux femmes et aux enfants sont l’objet même du CIDFF (Centre d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles). C’est une réalité très malheureuse qui occupe nos pensées, c’est une réalité dans notre pays et dans le monde entier. C’est important de soutenir cette femme qui a subi pendant des années. Ce procès va être compliqué, il faut qu’elle sache qu’on est derrière elles. Il y a une double peine pour les victimes à qui on reproche souvent plein de choses. On est solidaires. »

    Léa, membre du collectif féministe départemental

    « C’est important d’être là parce qu’on salue la démarche de Laëtitia qui a demandé la levée du huis clos. C’est aussi important dans nos territoires ruraux : les statistiques montrent qu’il y a plus de féminicides en ruralité, les mouvements féministes sont plus présents en ville. Les femmes ont plus de mal à se faire entendre en ruralité. Les structures qui prennent en charge les femmes victimes de violences sont beaucoup plus rares en ruralité. »

    Marie-Claire Bataille, membre du collectif « 8 mars toute l’année »

    « Il nous a semblé totalement normal et plus que légitime d’être là pour Laëtitia, d’être présentes pour la soutenir.

    On est sur de la barbarie, au-delà du patriarcat et de la puissance masculine. On est essentiellement là pour la soutenir. On la croit, on reconnaît ce qui lui est arrivé et on la soutient. »

  • L’horreur en face

    L’horreur en face

    Avec le procès Pelicot, on pensait avoir touché le pire de ce qu’un homme pouvait faire subir à sa femme. La première journée du procès de l’ex-compagnon de Laetitia R. fait vaciller cette conviction.

    L’abjection des actes reprochés à l’accusé donne la nausée et en vient à faire douter de l’âme humaine.

    Les deux affaires qui ont éclaté dans notre région, l’une en Vaucluse, l’autre dans les Alpes-de-Haute-Provence, sont-elles révélatrices d’une escalade de comportements effroyables ?

    Probablement pas. En réalité elles nous mettent l’horreur en face.

    Elles accompagnent le grand mouvement de libération de la parole initié par #MeToo et mettent en lumière un continent de violences et de traumatismes jusque-là immergé dans la honte des victimes et l’hypocrisie de la société.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes

    Là où la justice avance parce que des femmes comme Gisèle Pelicot ou Laetitia R. ont eu le courage d’affronter leurs agresseurs mais surtout le qu’en-dira-t-on, c’est l’impunité des auteurs de violences qui recule et la honte qui change de camp.

    Ces affaires ne sont pas des faits isolés, elles révèlent l’ampleur d’un système de brutalité et de domination.

    Elles doivent donner aux victimes de toutes les formes de violences sexistes et sexuelles, le courage de dénoncer les comportements hideux.

    Le patriarcat asservit les femmes et déshumanise les hommes.

    Aucun projet sérieux d’émancipation humaine ne peut faire l’économie de sa remise en cause.