Tag: vignerons

  • Vaucluse : les vignerons réclament une année blanche pour reprendre leur souffle

    Vaucluse : les vignerons réclament une année blanche pour reprendre leur souffle

    La « bonne surprise » des vendanges ne masque pas pour autant les difficultés chroniques du secteur viticole. Ce jeudi à Orange, Céline Barnier, présidente de la fédération des vignerons indépendants de Vaucluse, a délivré un message contrasté. « Le volume et la qualité [des vendanges] sont au rendez-vous, la plupart des vignerons sont satisfaits avec un rendement estimé à +10 à 20% en un an », annonce la viticultrice installée à Sarrians.

    Malgré la chaleur et quelques épisodes de grêle, les vignes se sont bien portées, épargnées aussi par les maladies. Reste désormais « à commercialiser ce joli volume », pour les 400 domaines viticoles de la fédération [11 000 hectares et 47 appellations] qui produisent encore à 75% de vin rouge, même si la part du blanc est passée en 10 ans de 3 à 12%. Problème, « les caisses sont vides », déplore Céline Barnier. « On réclame une année blanche bancaire, où on ne rembourse aucun encours de dette et de capital, c’est le seul moyen pour retrouver de la trésorerie et un peu de souffle », espère la présidente. Une demande au niveau national est en train d’être adressée au ministère de l’Agriculture.

    « 90% des exploitations ont des difficultés, cet encours bancaire du milieu viticole, c’est 7 milliards d’euros dont 10% en Vaucluse, chiffre Pierre Saysset, directeur de la fédération des vignerons indépendants 84. Ça ne coûterait que 145 millions d’euros à l’État mais derrière, cela nous permettrait de continuer à faire notre métier et faire travailler les autres secteurs de l’embouteillage, des plants de vignes… » Taxes Trump à l’export, gel, conséquences des différents conflits en Ukraine ou en Iran, ce cumul pèse lourd pour les viticulteurs, déjà frappés par la baisse de consommation de vin. « Il est systématiquement diabolisé, or c’est un élément qui fait partie de notre culture, avec modération, ce n’est pas un danger suprême », estime la présidente de la fédération.

    Dans ce contexte, l’arrachage de vignes se développe. De 300 hectares l’an dernier, les intentions en Vaucluse pour 2026 sont à 1 240 hectares. Olives, pistaches, amandes, grenade, aloe vera sont autant de cultures porteuses aujourd’hui. « On ne réclame pas de l’argent pour être sous perfusion mais pour s’adapter et ensuite vivre de notre travail », conclut Céline Barnier.

  • In vino veritas

    In vino veritas

    « L’exceptionnel est devenu la norme », explique l’historien du climat Thomas Labbé auteur d’une étude unique au monde, basée sur sept siècles de vendanges en Bourgogne qui « prouve que le dérèglement climatique a entraîné une “explosion“, des années”extrêmes“ ».

    À l’instar des climatologues du GIEC qui alertent depuis des décennies sur le dérèglement climatique et ses causes (les émissions de gaz à effet de serre produites par l’activité humaine via l’exploitation des énergies fossiles), l’historien décrit sur le temps long les effets du climat sur la vigne. Un exemple édifiant de l’accélération du phénomène.

    Le tournant de l’année 1988

    Explications : De 1354 à 1719, les années extrêmes de chaleur, et donc de précocité des vendanges, « intervenaient tous les 17 ans », explique Thomas Labbé. « De 1720 à 1987, tous les 53 ans. Mais, depuis 1988, tous les cinq ans. Et, depuis le début du XXIe siècle, on a déjà dix années extrêmes, soit environ une tous les deux ans et demi ». Il insiste sur le tournant que fut l’année 1988. À partir de là « on a clairement une mutation et surtout depuis le XXIe siècle. Sur les dix années les plus chaudes depuis 1354, quatre ont eu lieu au XXIe siècle : 2003, 2018, 2020 et 2025 ». L’année 2026 va s’ajouter à ce palmarès.

    Sauver la vigne et, plus largement l’agriculture, lourdement frappée par le changement climatique, nécessite une tout autre politique. Il est désormais indispensable de viser la neutralité carbone dans les 25 prochaines années.

    Or atteindre cette neutralité d’ici 2050 sera impossible sans une rupture avec le système économique dominant, le capitalisme et sa nature prédatrice.

  • [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    [Entretien] Didier Gadéa (Modef) : « Changer notre manière de travailler »

    Du jamais vu. Un record. De mémoire, c’est la première fois que Didier Gadéa a débuté le ramassage de sa récolte la veille du 15 août. « Ces dernières années, on commençait environ 10 jours après », observe le viticulteur qui possède 4 hectares de vignes dans le biterrois, du côté de Lézignan et Montagnac.

    Cette précocité exceptionnelle, il s’y prépare comme la norme des années à venir. S’il a réussi à s’organiser, cette nouvelle donne n’est pas sans poser de problèmes. Logistiques d’abord. « Habituellement, les ouvriers des caves coopératives prennent leurs congés de mi-juillet à mi-août. Ils vont devoir les décaler progressivement. » Les canicules sont aussi un souci pour les domaines qui vendangent encore à la main. On parle là de moins de 10% des exploitations dans l’Hérault et d’autour de 3% des volumes. Mais tout de même. « On ne peut pas vendanger à la main avec de telles chaleurs. » Il y a 20 ans, tandis qu’environ la moitié des raisins étaient coupés au sécateur, « je me demande bien comment on aurait fait avec ces températures ! ». Surtout que les volumes étaient deux fois plus importants : 430 000 hectares en Languedoc-Roussillon dans les années 80 contre seulement 180 000 aujourd’hui dont environ 78 000 dans l’Hérault et 50 000 dans le Gard.

    Pas de solution miracle

    À l’avenir, celui qui préside le Modef héraultais en est persuadé : les vignerons vont devoir s’adapter au changement climatique… ou risquer de disparaître. Parmi les solutions préconisées par les experts, certaines le laissent dubitatif. À commencer par l’arrachage réclamé par les syndicats dominants tels que la FNSEA. « Si on veut conserver la vigne, on doit s’opposer à l’arrachage. On a suivi cette voie et les prix continuent de chuter, c’est la preuve qu’on avait raison au Modef ! » Pour Didier Gadéa, « l’arrachage est contre-productif car il affaiblit encore plus les structures viticoles et génère des problèmes environnementaux ». Les friches favorisant la propagation des incendies.

    L’irrigation, le vigneron par ailleurs producteur d’oignons y est favorable compte tenu du contexte. Mais tempère aussitôt. « L’irrigation permet d’atténuer les effets de la sécheresse mais ne réglera pas la crise. » Même si la vigne a besoin de peu d’eau, « par 40 degrés, tout finit par crever ». Et puis, il reste inquiet quant au sort réservé aux coteaux des hauts cantons, vers le Saint-Chinianais notamment. « Techniquement c’est possible d’amener le tuyau d’Aqua Domitia [le système d’irrigation de la Région, Ndlr.] mais ils ne veulent pas [en raison des coûts et des faibles rendements]. » Et Didier Gadéa de prévenir. « Tout le nord de l’Hérault sera bientôt en souffrance à cause du manque d’eau. »

    Enfin, il estime que la diversification des cultures ne sera pas non plus la solution miracle. « Les USA tiennent le marché mondial de la pistache, la Turquie celui des grenades. On ne pourra jamais rivaliser avec l’Espagne sur les olives… ». Surtout tant que l’État ne garantira pas des prix planchers aux agriculteurs. « Avec un salaire de 600 euros, vous n’allez pas vous diversifier longtemps. »

    Pour lui, les paysans doivent se faire à l’idée de « changer leur manière de travailler ». Par exemple en plantant des cépages plus résistants aux phytos et aux coups de chaleur. « Il faut palisser les vignes différemment pour protéger les raisins, tailler en gobelets plutôt qu’en royat ou en guyot, irriguer si possible pour avoir plus de feuilles, une canopée pour protéger le raisin des brûlures. » La vitiforesterie ? Il n’y croit pas. « S’il y a un arbre à proximité, la vigne ne pousse pas. »

    Les viticulteurs doivent aussi modifier leurs horaires de travail. « Il faut vendanger plus tôt la journée et la nuit pour avoir des raisins moins mûrs. Les rouges à 14 degrés, c’est fini. » Pour Didier Gadéa, il est aussi indispensable de « réduire la durée des vendanges en travaillant le dimanche : en 5 semaines, le raisin a le temps de brûler ». Il conseille enfin d’arrêter de ramasser cépage par cépage. « La politique des caves coopératives est obsolète. »

  • Le ban des vendanges prêt à réinvestir Avignon

    Le ban des vendanges prêt à réinvestir Avignon

    Contraint l’an dernier de délaisser le jardin du Rocher des Doms en travaux pour s’installer sur la place du palais des Papes, le ban des vendanges s’ancre finalement par choix cette année aussi devant le célèbre monument d’Avignon. Une manifestation quasi trentenaire qui se déroulera le samedi 29 août de 17h à minuit. « C’est une grande fête populaire gratuite qui célèbre la première économie de Vaucluse, l’ultime rendez-vous avant la rentrée », souligne David Bérard, délégué opérationnel et développement des Compagnons des Côtes-du-Rhône, l’association organisatrice, qui a présenté l’édition ce mardi.

    Quelque 10 000 personnes sont attendues, d’abord autour d’un défilé des confréries bachiques dans les rues du centre-ville depuis l’église Saint-Agricol puis d’une messe vigneronne avec bénédiction des vendanges à la cathédrale Notre-Dame-des-Doms. Suivra l’ouverture du marché gourmand (16 stands) à 18h30 avant la proclamation officielle du ban (19h) et le bal (20h30). « On n’est pas là pour pousser à l’ultra consommation, on arrête la vente d’alcool à 23h », assure François-Xavier Nicolas, vice-président des Compagnons. Le ban des vendanges met d’ailleurs à l’honneur une seule appellation, celle de Vaison-la-Romaine. « C’est la fête des confréries, pas un événement où les producteurs vendent leurs vins », précise Brigitte Bouvier, présidente des Compagnons.

    Malgré des vendanges de plus en plus précoces – celles pour le blanc et rosé ont démarré il y a deux semaines -, Brigitte Bouvier annonce un millésime « plutôt prometteur avec des volumes un peu en baisse à cause la sécheresse », observe celle qui est aussi directrice du lycée viticole d’Orange.

  • L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    L’Ardear conteste la suppression d’une aide de 100 000 euros de la Région Sud

    « On a trois salariés sur la sellette, dont deux sûrement mis au chômage en septembre. Des dossiers en cours ne pourront potentiellement pas aboutir. C’est compliqué », se désole Charles-Henri Tavernier, président de l’Ardear, un réseau associatif qui œuvre dans l’installation en agriculture paysanne et agroécologique depuis plus de vingt ans.

    En cause, la suppression d’une subvention de 100 000 euros versée à l’association par la Région Sud depuis 2008. « On n’a pas eu de discussion avec la Région. Béatrice Martin [vice-présidente en charge de l’agriculture, Ndlr] nous a simplement envoyé une lettre en disant qu’elle avait décidé de son propre chef de mettre l’installation et la transmission uniquement dans les mains des chambres d’agriculture. On est un peu surpris du manque de concertation », exprime ce vigneron des Hautes-Alpes. Dans cette lettre, adressée au président de l’Ardear, le 27 avril, l’élue explique les raisons de cette décision : « Cette politique volontariste s’inscrit dans un cadre budgétaire extrêmement contraint. »

    Depuis sa création, le réseau associatif indique avoir accompagné plus de 1 000 installations, soit un tiers des porteurs de projet de la région. « On nous parle toujours du renouvellement des générations d’agriculture, ils font le contraire de ce qu’il faudrait faire », estime Charles-Henri Tavernier. Dans un communiqué, daté du 24 juillet, l’Ardear demande à la Région Sud de « revenir sur cette décision et de maintenir son soutien financier ». La Région n’a pas encore répondu à nos sollicitations à ce sujet.

  • [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    Au pied du château des Baux-de-Provence, c’est moi. Ce sont mes vignes », lance taquin Olivier Rolland. Poursuivant « le mas Sainte-Berthe appartenait à mes grands-parents arlésiens qui l’avaient acheté en 1951. Un peu de vigne, beaucoup d’abricotiers et quelques oliviers, et la volonté d’agrandir la partie viticole ». Dès 1955, c’est chose faite, l’aïeul plante sur 25 hectares principalement du grenache et carignan et construit sa cave. « Il réalise son premier millésime, 21 ans plus tard. Cette année en 2026, on va fêter le 50e millésime. » Une longue histoire de passation de flambeau en famille pour atteindre les 41 hectares de vignes et 10 hectares d’oliviers. Le grand-père passe la main en 1980, la grand-mère en 2000, la mère en 2020, et Olivier reprend les choses en main en 2021.

    « Mes enfants ayant grandi, mon rêve s’est transformé en projet. J’avais 50 ans, je retourne à l’école à l’université du vin à Suze-la-Rousse dans la Drome. Sur place aux Baux, j’avais une équipe qui était là pour certains depuis 30 ans, je me suis beaucoup appuyé sur eux au début. Aujourd’hui ça fonctionne, je suis animé par le plaisir que ça me procure. Le partage est mon moteur. » Depuis 2025, élu président de l’AOP Baux-de-Provence, cet ancien directeur de système d’information bancaire reconnaît volontiers que ses revenus n’ont rien à voir. « Aujourd’hui je vis plus simplement. J’ai bien gagné ma vie avant, ça m’a donné les moyens de faire ce que je voulais. Avant je fabriquais du capital pour pouvoir investir dans mon rêve d’enfant. »

    Faire un beau produit accessible

    Cette ancienne vie, lui a donné le luxe de pouvoir cultiver ses 45 parcelles au cas par cas s’ouvrant ainsi un éventail des possibles. « Je fais un beau produit avec une vigne de cépage carignan qui a 60 ans dans laquelle il manque un pied sur deux. Je ne vais pas l’arracher, je la renouvelle tranquillement. » Une démarche qui prend beaucoup de temps et d’argent, ce qu’Olivier reconnaît volontiers : « Il faut le faire sur quelques parcelles, des petits îlots. »

    Vigneron est un métier solitaire, Olivier essaie de le faire autrement. Au caveau par exemple, pour aller à la rencontre des clients, ou bien organiser des dégustations. Plus rare, il fait ses assemblages avec le caviste et l’œnologue conseil. Et l’avoue : « Même si un mélange me plaît beaucoup, si je ne suis pas suivi, je renonce. »

    Le mas Sainte-Berthe propose à la vente 13 vins différents en bouteille soit 4 rouges, 2 rosés et 3 blancs. « 80% de mon vin se vend en bouteille et 60% à la propriété. Pas de vrac mais quelques bag in box, pour ne pas frustrer les fidèles. » Avec un caveau ouvert, 7 jours sur 7, pas de mystère, le retour client est quotidien. « C’est très gratifiant », avoue le passionné sourire aux lèvres.

    Si la majorité des clients sont Français, les étrangers qui se baladent dans les Alpilles sont aussi présents… Belges, Allemands. Face à la baisse de la consommation nationale, Olivier n’est pas très inquiet. « Notre appellation n’a fait que progresser depuis 30 ans. Nous avons l’appellation Bio depuis 2023. Les prix sont raisonnables soit entre 10 et 20 euros pour 80% de la cave. Les clients se font plaisir. »

    Un homme de projet

    « Je suis un homme de projet permanent. La nuit, le jour… », avoue Olivier en riant. Il complète : « Reprendre un domaine à 50 ans, ce n’est pas rien. Surtout quand ce n’est pas la formation initiale. J’aime pas la routine. » Quand on évoque le meilleur souvenir de cette nouvelle vie, spontanément Olivier répond : « Ma troisième vendange parce que je l’ai faite quasiment tout seul. Au début, j’étais assisté. Là j’ai fait mes premiers pas comme un enfant et j’ai réussi à gagner la confiance de mon équipe. » Pourtant son regard s’assombrit rapidement : « J’aurai dû le faire 10 ans avant. J’ai rencontré un professionnel qui m’a confié avoir mis 10 ans à comprendre le vin. J’ai eu un flash, j’aurai alors 60 ans. Combien de récoltes me restera-t-il à faire ? » En viticulture, on fait une récolte par an, si on se manque quelle que soit la raison, le rendez-vous c’est l’année d’après. À l’échelle d’une vie, on parle de 40 vendanges, et le passionné déduis qu’il lui en reste 15 ou 20. « C’est là, où les années d’expérience valent 10. En même temps ça fabrique un autre rapport au temps. Je réfléchis quatre fois avant d’agir. » Un ange passe. Il reprend : « Mais à la fin, moi je me régale. »

    Mas Sainte-Berthe

  • Un grand banquet pour la doyenne des AOC de Provence

    Un grand banquet pour la doyenne des AOC de Provence

    Deux journées festives sont programmées sur le port, mêlant dégustations, traditions provençales et rencontres avec les vignerons. Dix domaines participent à l’événement, dont le Château Barbanau, qui marque l’anniversaire avec deux cuvées emblématiques. Temps fort du week-end, un banquet géant face à la Méditerranée réunira 200 convives autour d’une grande bouille de poissons, accompagnée des vins de l’appellation. Joutes nautiques, bénédiction des vins et animations complètent ce rendez-vous viticole et populaire.

  • L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    L’œnotourisme, une priorité pour les Vignerons Indépendants

    Pour son assemblée générale, la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse avait l’embarras du choix parmi les sublimes domaines viticoles qui jalonnent ses départements d’appartenance (Alpes-de-Haute-Provence, Alpes-Maritimes, Corse-du-Sud, Haute-Corse et Var). Elle a choisi celui de Bunan, jonché dans les premières pentes de la Sainte-Baume, à la Cadière-d’Azur.

    Créée en 1979 au niveau national, la Fédération accompagne au quotidien ses 7 000 vignerons-adhérents dans la défense de leur métier, en tant qu’organisation syndicale, s’appuyant à cet égard sur 33 fédérations départementales, et fait remonter leurs demandes au niveau national. Elle contribue à améliorer les compétences des vignerons dans tous les aspects de leur activité à travers de nombreux services : conseils, notamment juridiques, conditions d’achats privilégiées, formations, informations… Elle constitue un relais entre l’adhérent et la Confédération nationale, les douanes, les fraudes, la Chambre d’Agriculture, l’interprofession, les Organismes de défense et de gestion (ODG), et de manière générale tous les organismes professionnels agricoles et institutions publiques.

    À l’heure de dresser le bilan 2025, un petit contraste apparaît de prime abord : malgré un chiffre d’affaires en hausse (+8,3%, de 625 000 à 677 000 euros), la Fédération des Vignerons indépendants Var Alpes Corse enregistre un déficit de 73 000 euros. « Il était budgété », rassure son trésorier Pierre Boyer, qui avance une trésorerie de plus de 400 000 euros et des capitaux dépassant les 1,1 million d’euros.

    Entre communication

    et simplification

    En cause : l’augmentation du budget communication (+78 000 euros). « La communication devient importante par la force des choses. Exister ne suffit pas, il faut le faire savoir », martèle Ludovic Walbaum, secrétaire général de la Fédération des Vignerons indépendants de France, qui avait fait le déplacement. Cela passe par le développement des packagings, mais surtout, de l’œnotourisme, « un aspect économique important », alors qu’il « paraissait inconcevable de faire payer les visites de nos exploitations il y a quelques années », soutient Ludovic Walbaum. Dans cette optique, la Fédération locale a lancé la plateforme « Passez au domaine », une sorte d’appli de rencontres avec les domaines viticoles, basé sur un faux questionnaire de personnalité, qui fonctionne en réalité par géolocalisation pour drainer de potentiels clients chez le vigneron le plus proche d’eux. Celle-ci recense plus de 3 000 visites depuis son lancement l’été dernier.

    Autre cheval de bataille pour l’œnotourisme : la simplification. « Nous vivons une crise profonde marquée par des charges toujours plus lourdes », déplore Nathalie Roubaud, présidente des Vignerons indépendants Var Alpes Corse. « Et il n’y a toujours pas d’assouplissement des règles, ni de clarification fiscale. » Un certain nombre de freins sont relevés : règles d’urbanisme inadaptées, cadre fiscal, délais de traitement… Des obstacles que la mission interministérielle sur l’agritourisme, à laquelle a participé la Fédération, et dont le rapport a été déposé fin mars, doit participer à assouplir, bien qu’aucune mesure n’ait encore vu le jour. « Mais désormais, les mondes de l’agriculture et du tourisme se parlent », positive Ludovic Walbaum. Toujours dans une visée de simplification, ce dernier milite pour la création d’un guichet unique européen des droits d’accises (impôts indirects frappant certains produits, dont le vin), pour faciliter la vente aux particuliers européens, qui demeure bien souvent un casse-tête fiscal.

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?

  • Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Dans le Gard, la viticulture attend toujours un vrai cap

    Au Pont du Gard, cadre carte postale et symbole patrimonial, la viticulture indépendante a voulu montrer son visage combatif. Du 24 au 26 mars, le congrès annuel des Vignerons indépendants a transformé le département en capitale éphémère du vin « fait par ceux qui le produisent », avec une thématique assumée : l’œnotourisme, présenté comme un levier devenu vital quand la consommation recule et que les marchés se tendent. Dans les salles de conférences comme lors des visites de domaines, le message est clair : accueillir, raconter, fidéliser. Faire venir au caveau pour mieux vendre, mais aussi pour recréer du lien avec des consommateurs plus jeunes, plus volatiles, parfois éloignés de la culture du vin. Une stratégie de survie autant qu’une promesse de territoire.

    Car sur le terrain, la mécanique économique se grippe. Les coûts de production pèsent, les stocks s’accumulent, les prix du vrac ne couvrent plus toujours les charges. Dans ce contexte, l’œnotourisme n’est plus seulement un plus : il devient une ligne de survie. « Une opération de séduction en direction des plus jeunes », résume Denis Verdier, président des vins IGP du Gard, qui dit l’effort d’adaptation (bulles, cocktails, cuvées moins alcoolisées) autant que la difficulté à sortir d’un cadre jugé étouffant. « On passe notre temps à faire de l’administratif plutôt que du commercial », lâche-t-il.

    À cette vitrine, l’État a voulu accrocher un signal politique. Annie Genevard, ministre de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, a fait le déplacement dans le Gard sur deux jours avec une séquence très calibrée : congrès des vignerons indépendants, passage à l’Institut français de la vigne et du vin au Grau-du-Roi, puis arrêt au Mas des agriculteurs à Nîmes, qu’elle a vanté comme une « structure exemplaire » pour ses circuits courts.

    Mais si la visite a été saluée pour ce qu’elle dit de la place du Gard dans la carte viticole, elle a aussi laissé un goût d’inachevé. « À ce stade, ces mesures ne répondent pas pleinement aux attentes de la filière », tranche Denis Verdier, qui résume l’état d’esprit : l’heure n’est plus aux promesses, mais à des arbitrages rapides, lisibles, efficaces. Les vignerons, eux, ne demandent pas d’être rassurés à la tribune : ils demandent de pouvoir tenir jusqu’aux prochaines vendanges sans s’enfoncer davantage.

    Une crise profonde

    Le point de crispation principal tient en un mot qui fait mal : l’arrachage. « Un crève-cœur », répète Denis Verdier, mais un outil jugé indispensable pour rapprocher l’offre d’une demande qui baisse. Or la perspective d’un dispositif repoussé à fin décembre 2026 est vécue comme un contre-signal : trop tard par rapport au calendrier agricole, trop tard pour peser sur les volumes dès les prochaines vendanges, trop tard pour stopper l’hémorragie économique.

    Même inquiétude sur la distillation de crise : annoncée, mais à des niveaux de prix que les professionnels jugent « inacceptables », car bien en deçà des coûts de production. Dans ces conditions, la mesure absorberait mal les stocks et soulagerait peu les trésoreries déjà fragilisées. Pire : officialiser des prix cassés enverrait, selon eux, un message destructeur au marché. D’où un appel explicite à revoir les modalités des deux dispositifs : avancer l’arrachage, relever les niveaux de prix, et arrêter de laisser la filière naviguer à vue.

    La colère, elle, affleure aussi dans le monde syndical : le Modef Gard, à travers son porte-parole local Xavier Fabre, fustige un dialogue jugé verrouillé, une visite « mise en scène » et un manque de pluralisme dans les échanges. De quoi rappeler que, dans le Gard viticole, l’œnotourisme peut offrir de l’air, mais ne remplacera pas des décisions structurelles. Car derrière les dégustations et les discours, une question demeure, brutale : combien de domaines tiendront encore une saison sans cap clair ?