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  • À Tarascon, l’Etat reprend la main sur Fibre Excellence face à « l’incurie » du liquidateur

    À Tarascon, l’Etat reprend la main sur Fibre Excellence face à « l’incurie » du liquidateur

    « La situation n’a que trop duré. Depuis des semaines, l’incurie des liquidateurs fait obstacle à la mise en œuvre des arrêtés de mesures d’urgence puis de mise en demeure et de réquisition.» a estimé Mathieu Lefèvre, le ministre de la transition énergétique. « Devant l’incurie et les mises en danger réitérées de l’environnement du fait du liquidateur, l’Etat se substitue, de manière exceptionnelle et déterminée », annonce ce vendredi 18 août le ministre délégué chargé de la transition écologique. Une intervention qui arrive au lendemain de la reprise en main de l’outil industriel par les anciens salariés pour remettre en état de fonctionnement les pompes et la station dépuration afin d’assurer la mise en sécurité de l’usine. Il a donné vendredi soir son accord au préfet des Bouches-du-Rhône pour que l’Ademe conduise, en vertu d’une situation d’urgence impérieuse, la réalisation d’opérations de mise en sécurité, afin de protéger les populations, et l’environnement. « Le préfet des Bouches-du-Rhône prendra ainsi dans la foulée un arrêté préfectoral de travaux d’office confiant à l’Ademe ces opérations et sollicitant une intervention au plus vite ».

    Une visite conjointe de l’inspection des installations classées et de l’Ademe a été réalisée le 15 septembre. À cette occasion, « il a été constaté la présence de bois, de produits dangereux et de déchets répartis sur l’ensemble du site, dont des déchets dangereux liquides, majoritairement composés de liqueurs. Cette situation appelle, en particulier, la remise en service rapide du réseau de lutte contre les incendies.» a précisé le ministère.

  • [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    [Entretien] Sophie Binet : « Se mobiliser partout, se syndiquer »

    Stratégie industrielle, salaires, carburants, manifestation du 29 septembre… La rentrée impose de nombreux sujets.

    La Marseillaise : à Tarascon, vous êtes venue « constater » les dégâts environnementaux et sociaux et soutenir les salariés dans leur combat mais vous insistez aussi sur la « catastrophe industrielle » ?

    Sophie Binet : Cette usine produit 40% de la pâte à papier française. L’arrêter, c’est se mettre en situation de dépendance et augmenter encore nos importations. Il n’y a pas une personne qui habite dans notre pays qui n’utilise pas du papier au moins 50 fois par jour. Papier, carton, emballage, mouchoir, protection périodique, protection pour les personnes âgées, etc. On a besoin de pâte à papier en France et on sait qu’à l’avenir, on en aura besoin encore plus parce que l’objectif, c’est de mettre fin aux emballages plastiques et de les remplacer par des emballages recyclables comme le papier. C’est quand même grave qu’à chaque fois, on se retrouve avec un gouvernement et un patronat amnésiques. On ne laissera pas faire une catastrophe industrielle comme celle-là.

    Amnésiques ?

    S.B. : Le Covid, c’était il y a 5 ans. La France s’est réveillée avec la gueule de bois en se rendant compte que notre pays, ancienne grande nation industrielle, était incapable de fabriquer des masques. En fermant cette usine, est-ce qu’on veut se réveiller demain en se rendant compte que la France n’est même plus capable d’être autonome en matière de papier ? Le papier, c’est une ressource indispensable pour notre quotidien. Là, ce qu’on est en train d’organiser en France et en Europe, c’est une dépendance totale à l’Asie. Depuis 30 ans, la moitié des usines européennes de papier ont fermé. Ici, cette usine est en parfait état de marche. C’est un actif stratégique, précieux, indispensable pour notre souveraineté industrielle. Il faut agir.

    Que demandez-vous à l’état ?

    S.B. : Nous avons une demande simple à l’état et à la Région : mettre immédiatement le site sous protection. Pour permettre aux anciens salariés de stopper la pollution qui est en cours et de mettre en place toutes les procédures de sécurité pour qu’il n’y ait pas de danger environnemental et pour nous donner le temps de construire un projet industriel pour cette usine.

    Cela veut dire racheter les actifs immédiatement. ça tombe bien, ils vont être vendus par le liquidateur, un véritable charognard. Nous dénonçons depuis le début le fait que la fermeture du site coûte plus cher à l’état que s’il avait mis les moyens pour garantir la continuité du site. Pourquoi ? Parce que le liquidateur l’a déjà dit : sa stratégie est de ne rien faire pour forcer les services de l’état, l’Ademe, la Dreal, etc., à venir faire la mise en sécurité, parce qu’évidemment, ça ne va pas pouvoir rester longtemps comme ça. Le tout aux frais du contribuable.

    C’est toujours la même chose : on a des patrons rapaces qui polluent et qui partent comme ils sont venus, sans dépolluer les sites. Et derrière, c’est vous et nous, les contribuables, qui sommes appelés à la rescousse, parce que l’État n’a aucune stratégie industrielle. Ce qui était demandé par Matthieu Pigasse, pour solvabiliser le projet de reprise des deux usines de Tarascon et de Saint-Gaudens, c’était un effort de 10 à 15 millions d’euros par an. Là, avec toute la dépollution qu’il y a à faire, ce sont des centaines de millions d’euros qui sont en jeu. C’est donc un énorme gâchis d’argent public. Et je ne parle pas de l’impact social et du coût des licenciements pour l’assurance-chômage et pour la collectivité des suppressions d’emplois…

    Vous demandez aussi une réforme des tribunaux de commerce ?

    S.B. : Ce qui se passe à Tarascon démontre à quel point les tribunaux de commerce ne peuvent plus être laissés en l’état. On a affaire à un liquidateur qui se croit tout permis, qui se comporte comme un cow-boy, qui vient narguer les salariés en Porsche, à qui il explique qu’il va se permettre de ne plus leur payer leur salaire. Ce n’est plus possible de laisser les tribunaux de commerce, les liquidateurs judiciaires, faire la pluie et le beau temps et se comporter comme des vautours et des rapaces, en dépeçant notre outil industriel et en traitant les salariés de la sorte. Nous demandons une réforme des tribunaux de commerce pour que les salariés et les collectivités territoriales soient autour de la table, pour qu’on arrête d’envoyer nos usines à la casse et au ferrailleur, comme c’est le cas actuellement.

    Les prix des carburants sont au centre du mouvement des pêcheurs, mais aussi des préoccupations de nombreux salariés. Que faut-il faire ?

    S.B. : Les pêcheurs n’en peuvent plus de ces prix qui explosent et de ces salaires qui baissent. Il n’y a effectivement pas qu’eux qui ont des difficultés. C’est la rentrée du déclassement pour les travailleurs et les travailleuses, des millions de personnes pour qui la fin du mois, c’est aujourd’hui, c’est-à-dire à la mi-septembre, qui n’ont déjà plus d’argent sur leur compte en banque et qui sont obligés de choisir entre remplir leur frigo et faire leur plein.

    J’ai interpellé, mercredi, le Premier ministre en lui demandant d’organiser une table ronde immédiate. Il faut répondre à l’ensemble des travailleurs, il faut bloquer les prix des carburants immédiatement. C’est simple et ça ne coûte rien à l’État. Il faut bloquer les prix des matières premières et surtout des produits alimentaires pour que chacune et chacun puisse s’alimenter. Et, enfin, il faut augmenter les salaires en commençant par augmenter le Smic et indexer l’ensemble des salaires sur l’inflation.

    Les Gilets jaunes appellent à un rassemblement, samedi, à Marseille. Comment analysez-vous ce « retour » ?

    S.B. : Nous appelons les salariés à se mobiliser partout pour exiger des augmentations de salaire et un blocage des prix. Le 29 septembre prochain, c’est une grande journée de grève et de manifestation pour les salaires et les services publics. Nous appelons les fonctionnaires à être au rendez-vous, mais plus largement, cette question concerne l’ensemble des salariés.

    Il faut que cette journée soit la plus forte possible et tant qu’il n’y a pas de réponse à nos revendications, oui, il faut se mobiliser partout, se syndiquer, créer des syndicats dans toutes les entreprises.

  • Fibre Excellence sous protection des salariés

    Fibre Excellence sous protection des salariés

    « Il y a une ouvrière avec nous, qui élève seule ses deux enfants et n’est plus en mesure de payer son loyer », explique Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT du site à un des administrateurs judiciaires, au téléphone. Ce dernier vient d’annoncer aux salariés qu’ils ne seront pas en mesure de payer leurs indemnités et qu’il leur faudra attendre le 5 octobre pour pouvoir prétendre à leurs droits au chômage.

    Un peu plus tôt dans la matinée, les salariés ont constaté que des ordinateurs étaient chargés dans les conteneurs, devant l’usine. La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, s’est rendue sur le site. Elle a effectué une visite de l’usine avec une délégation de représentants syndicaux CGT et FO ainsi que des médias. Le constat est sans appel : « Là, le débit actuel est de 1,3 m3 par heure », précise Moukhtar Kadadi, technicien électricité, devant les graphiques sur les écrans. La délégation passe en revue les cuves encore pleines de liqueurs, les 18 000 tonnes de bois qui pourrissent dans le parc. « Avec un risque d’incendie énorme, car s’il pleut, les copeaux fermentent et ça devient très inflammable », souligne Nicolas, dont le grand-père, le père et l’oncle ont tous travaillé à l’usine. « Sans compter les 270 licenciements, c’est une catastrophe pour Tarascon et pour toute la région », déplore-t-il.

    Dans les locaux de la maintenance, les placards ont été éventrés et les ordinateurs ont disparu des bureaux. « C’est un véritable scandale, on est sur un cocktail Molotov et rien n’est fait en termes de sécurité. Ce sont des méthodes de voyous, s’indigne Sophie Binet. Notre colère est immense car cette catastrophe environnementale, économique et sociale était annoncée. Le gouvernement n’a rien anticipé. » Sur le site, Marc Pietrosino, secrétaire de l’UD CGT 13, considère : « Avec la ligne ferroviaire et le Rhône, ce site intéresse les groupes de logistique, mais dans ce cas on passe de 270 à 30 salariés. »

    L’usine occupée

    Alors que les six employés de Realtec s’activent à charger les conteneurs, la délégation revient devant les grilles. Sophie Binet s’adresse aux salariés et à leurs soutiens venus de Saint-Gaudens, de la CGT Énergie de Marseille, d’Istres et d’Avignon, leur assurant que le syndicat ne les lâchera pas : « L’État ne peut pas laisser les liquidateurs envoyer l’usine aux ferrailleurs, il faut racheter les actifs. Il y a un avenir industriel pour Tarascon. » Elle précisait, avant de rejoindre Arles : « Le liquidateur leur annonce qu’ils ne seront pas payés en septembre car il n’en a plus les moyens. Ils sont sans salaires, sans chômage. Comment vont-ils payer la rentrée de leurs enfants ? C’est une honte de les traiter comme des kleenex ! »

    « Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? », interroge un des ouvriers. Réunis sur le parking, les syndicats CGT et FO et les salariés font le point. Jean-Michel Bulinge résumait ainsi la situation : « Ils se font du pognon sur notre dos et ne nous paient pas ! Soit on reprend l’outil, soit on laisse faire. » Vers 16h, une quinzaine sont entrés dans l’usine sans intervention de la police. Ils ont remis en sécurité le site alors que les employés de Realtec avaient déclenché l’alarme incendie. Et ils comptent bien le protéger.

  • La mise en sécurité de Fibre Excellence toujours pas assurée

    La mise en sécurité de Fibre Excellence toujours pas assurée

    Les ex-salariés de l’usine à papier liquidée dénoncent « un débit permanent de 2 m3 d’effluents dans le réseau pluvial » depuis que les administrateurs judiciaires sont aux manettes de l’usine à papier. Le premier geste de l’entreprise mandatée avait été de couper l’électricité par économie d’énergie. Même s’il reconnaît qu’on « ne stoppe pas un site Seveso en appuyant sur un interrupteur », Realtec se révèle incapable de remettre en fonctionnement la station d’épuration. La partie n’est pas finie.

    « Ce week-end, on a relevé un pic de conductivité très inquiétant, note Jean-Michel Bulinge, délégué CGT du site. Il est compatible avec une arrivée ponctuelle d’eau chargée et soulève de sérieuses interrogations quant à une éventuelle pollution du Rhône. » Sur site, les salariés licenciés restent disponibles, bien que Realtec ait fait savoir devant le tribunal administratif de Marseille qu’il n’était pas question de les réembaucher pour procéder à la mise en sécurité des installations. Pour rappel, Realtec contestait l’arrêté de réquisition au nom de la très libérale liberté d’entreprendre. « Je fais ce que je veux », avait rétorqué la société au juge des référés, au mépris des principes de la République comme des règles exigées sur un site Seveso et dans une période où la protection de l’environnement crie urgence. Après quatre arrêtés ignorés, le préfet de région a fini par taper au portefeuille.

    Le 4 septembre, Jacques Witkowski a pris un « arrêté de réquisition de SELAS EGIDE, représentée par Maître Alix Brenac, et SELARL BDR&associés, représentée par Maître Marc-Antoine Rey, en tant que liquidateurs de la société Fibre Excellence Provence, les enjoignant notamment de procéder au redémarrage de la pomperie au Rhône qui alimente les poteaux incendie, les sprinklers et les couronnes d’arrosage » et au « redémarrage de la station d’épuration », indique la préfecture. En vain. Le préfet « a signalé cette situation au procureur de la République et a repris un arrêté, le 9 septembre, qui prescrit des mesures d’urgence afin de rétablir un niveau de sécurité incendie du site suffisant et qui demande le redémarrage de la station d’épuration pour protéger le Rhône d’éventuels effluents », précisent les services de l’état. Le préfet a « demandé au juge administratif de prononcer une astreinte de 50 000 euros par jour de retard d’exécution de son arrêté prescrivant les mesures d’urgence pour la mise en sécurité de ce site classé Seveso ».

    Lundi 14 septembre, rien n’a bougé sur l’usine. « Cette situation est d’autant plus dure qu’on a le sentiment d’être entendus mais que personne n’est en mesure de les arrêter dans leur volonté de détruire l’outil industriel au plus vite », lance, stupéfait, l’ex-technicien. « Il existe une solution. On a un projet pour repartir avec de faibles moyens », assure François Batista, secrétaire de l’UD CGT 13.

    Sophie Binet à l’usine

    Avec l’idée de travailler sur la revalorisation de déchets et éventuellement de fabriquer de la pâte à papier à partir de cartons recyclés. « Mais les liquidateurs ont l’air pressés de détruire cet outil, craint le responsable syndical. « Un outil qui, avec le savoir-faire des salariés, permettrait de faire vivre des milliers d’emplois dans la filière bois du département. »

    Une vidéo publiée par la CGT a été partagée par la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, et la militante pour le climat Camille Etienne. Elles exigeaient : « L’État doit immédiatement mettre le site sous protection. » Avec Carole Delga, présidente socialiste de la Région Occitanie, Sophie Binet avait volé au secours de Fibre Excellence à Saint-Gaudens. C’est maintenant sur celui de Tarascon que la secrétaire générale de la Confédération prévoit de se rendre le 17 septembre, convaincue que les deux sites sont à relever pour conserver la filière, l’emploi et la production industrielle.

  • Fibre Excellence : l’ultimatum du préfet à la société Realtec

    Fibre Excellence : l’ultimatum du préfet à la société Realtec

    Ce qui était anormal aujourd’hui, c’est que les personnes chargées de la liquidation ont refusé de se conformer à ce qui a été demandé et nous mettent dans une situation à rebours où je suis obligé de taper du poing sur la table pour exiger quelque chose d’une banalité absolue » a justifié Jacques Witkowski en marge de la visite ministérielle de Jean-Didier Berger. « J’ai pris cette mesure pour défendre santé humaine et l’environnement ».

    La société Realtec missionnée par les administrateurs judiciaires pour procéder à la mise en sécurité du site Seveso sera-t-elle capable de réaliser la mise en sécurité du site ? « Cette décision de justice s’applique par elle-même et j’ai demandé une astreinte de 50 000 euros par jour pour non mise en œuvre des mesures demandées par les services experts », a-t-il précisé. Fort de la sanction financière, le préfet semblait ce 11 septembre plus confiant que les ingénieurs experts la veille devant tribunal administratif de Marseille.

    Pollution et réquisition évaporées

    Si Jacques Witkowski convenait d’un risque : « il est impératif que le site soit sécurisé. Nous avons eu une intrusion. Et il faut vérifier que les effluents soient traités pour ne pas avoir de rejets extérieurs », il rassurait quant à une pollution du Rhône : « avec toute la littérature dont je dispose sur cette question, à ma connaissance il n’y en a pas eu ». Or, lors de l’audience au tribunal administratif où Realtec contestait l’arrêté préfectoral de réquisition, Romain Delmon, secrétaire général de la préfecture des Bouches-du-Rhône avait indiqué : « à la sortie de l’usine vers le Rhône, les sondes de conductibilité enregistrent des mesures en hausse depuis l’arrêt ». Les mesures de conductivité servent de base au calcul du degré de pollution des sites industriels. Il confirmait ce que le délégué CGT du site avait annoncé après avoir eu connaissance des courbes : « Nous rejetons 2 m3 par heure d’eau chargée en conductivité ». L’UD CGT 13 demande « une analyse pour déterminer de quels produits chimiques il s’agit ».

    De même, Dan Meller, chef du service prévention des risques à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Paca, qui remerciait « les salariés de Fibre Excellence qui ont répondu à toutes nos questions », s’est montré explicite : « sur le site il va y avoir des opérations de vidange plus complexes les unes que les autres. Il y a d’ailleurs déjà eu un déversement ». Avec guère plus d’assurance sur le process proposé par Realtec : « On nous dit qu’il y a une fosse à la sortie de l’usine mais ses volumes sont largement insuffisants pour recevoir des milliers de m3 de produits divers ».

    Le préfet appuie sur l’accélérateur : « si on suit une méthode fiable, nous aurons très rapidement un site inerté. Il reste à évacuer un certain nombre de matériaux dangereux. Dont 17 000 tonnes de bois ». Mais dès que le site sera dépollué, les offres pourront pleuvoir : « nous travaillons avec la région sur la reprise du site par un opérateur industriel ».

    Quant à la réquisition, bien que la demande en annulation de Realtec a été rejetée par le juge des référés liberté, elle n’est plus à l’ordre du jour : « à date, je n’ai pas information que cela nécessiterait une intervention tierce, a-t-il indiqué, nous avions proposé une solution à l’époque mais le liquidateur a préféré une autre solution ». La question sociale est rapidement évacuée : « Tous les salariés de Fibre Excellence Provence ont reçu leur licenciement et ils sont en cours de percevoir leurs indemnités. Nous avons mis en place un dispositif avec France travail ». Un traitement d’une « banalité absolue » pour un site Seveso dont la fin d’activité compromet près de 5 000 emplois dans la filière.

  • La requête des liquidateurs de Fibre Excellence déboutée

    La requête des liquidateurs de Fibre Excellence déboutée

    Après avoir ignoré quatre arrêtés pris en urgence et deux réquisitions, c’est à une attaque des institutions et des salariés, que l’avocat des liquidateurs judiciaires s’est attelé devant le juge des référés liberté. En face les représentants des services de la préfecture et le chef du service prévention des risques à la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement Paca n’ont eu qu’à aligner les faits.

    « Arrêter une usine c’est compliqué, il ne s’agit pas juste d’appuyer sur un bouton », a assuré sans ciller l’avocat de Realtec, qui montrait pourtant un empressement exceptionnel à vouloir couper l’électricité, le jour où les contrats des salariés de Fibre Excellence ont pris fin. Un des liquidateurs, Alix Brenac, avait déjà mis la pression pour couper les fours de la fonderie SAM dans l’Aveyron pour les mêmes raisons d’économies d’énergie. « On a retrouvé le site plus pollué après sa liquidation », a souligné Romain Delmon, secrétaire général de la préfecture.

    Bénie l’eau de la Ville !

    Pour la partie demanderesse, c’est « la vétusté des tuyaux » et « l’usage anarchique du réseau » qui a conduit à un diagnostic préconisant « d’utiliser des moyens externes et ça fonctionne très bien ». Là encore, dès les premiers jours, des incidents ont été signalés par les ex-ouvriers sur le site qui alertent contre le risque d’incendie et de pollution. Il en voulait pour preuve « on a remis en place la défense incendie », « il suffit de se connecter sur le réseau d’eau municipal » car « la station dépuration ne sert à rien ». Le maire et la population apprécieront.

    Les ex-salariés ont aussi apprécié : « je ne connais pas leurs compétences, je ne sais pas s’ils vont obéir aux instructions, je ne vais pas les payer 7 500 euros brut en CDI », a estimé Me Galardo. « Vous en avez quand même embauché quelques-uns… » a objecté le juge. « Oui. Mais je fais ce que je veux ». C’est ainsi en effet que les liquidateurs ont procédé tout au long de cette opération de fermeture du site Séveso. Ce qui a poussé le préfet Jacques Witkowski à prendre autant de mesures. Avant de quitter la barre, Me Galardo s’entêtait encore : « Je vais déposer deux plaintes en pénal contre le préfet ».

    L’UD CGT 13 et la CGT Fibre Excellence Provence qui ont relevé des rejets de près de 400 m3 d’eau contaminée dans le Rhône ont demandé que des analyses soient réalisées en urgence. Du côté de l’UD FO 13, on s’aligne sur la nationalisation temporaire proposée par la présidente de région Occitanie Carole Delga pour préserver l’emploi et la filière.

  • Fibre Excellence : à Tarascon, la CGT alerte sur 400 000 litres d’eau contaminée dans le Rhône

    Fibre Excellence : à Tarascon, la CGT alerte sur 400 000 litres d’eau contaminée dans le Rhône

    Alors que les administrateurs judiciaires contestent, ce jeudi 10 septembre, devant le tribunal administratif de Marseille, l’arrêté de réquisition du préfet de région visant à assurer la mise en sécurité du site classé Seveso, le délégué CGT de l’usine a enfin pu accéder de nouveau aux données techniques. « Elles sont sans appel : de l’eau non traitée est déversée dans le Rhône », affirme-t-il.

    Les relevés dont dispose l’ancien salarié feraient d’ores et déjà état de « 400 000 litres d’eau contaminée » déversés directement dans le Rhône entre le 3 et le 6 septembre.

    Pour Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, « une catastrophe environnementale menace le Rhône à la papeterie de Tarascon, site Seveso en liquidation judiciaire, abandonné par l’Etat. Pourtant, le liquidateur judiciaire refuse d’exécuter la réquisition du préfet. L’Etat doit immédiatement mettre le site sous protection ».

  • Le bras de fer sur Fibre Excellence au tribunal

    Le bras de fer sur Fibre Excellence au tribunal

    « Il y a déjà des valeurs hors limites de produits toxiques rejetés dans le Rhône », suite aux pluies de la veille, informait François Batista, secrétaire de l’UD CGT 13, dans la matinée du 9 septembre. Ce 10 septembre c’est devant le tribunal administratif de Marseille, où ils seront reçus en audience, que les liquidateurs jouent l’avenir d’un vaste territoire.

    Les termes de l’arrêté pris par le préfet étaient pourtant très clairs. « La société Realtec est réquisitionnée afin d’assurer le redémarrage de la pomperie au Rhône et de la station d’épuration » en proposant « des contrats de travail aux personnels compétents dans les mêmes conditions que celles qui prévalaient à la date 28 août pour les salariés de la société Fibre Excellence Provence ». Une réquisition exécutoire « jusqu’au jeudi 10 septembre à 23h59 ».

    Le Rhône menacé

    Après les alertes des ex-salariés sur des écoulements dès la prise en main par Realtec (groupe Monticelli) et plusieurs inspections, le préfet de région, Jacques Witkowski, avait exigé le redémarrage « immédiat » de la pomperie au Rhône et de la station d’épuration, ne pouvant être arrêtées « que sur demande justifiée et motivée et après accord explicite de l’inspection des installations classées ». Mardi 8 septembre, l’arrêté, renouvelé, n’avait toujours pas été respecté, sachant « qu’un arrêt brutal rendra le redémarrage impossible », précise François Batista. Il ne l’était pas plus ce mercredi. Pour la CGT : « Sécuriser l’usine, c’est protéger les populations et le Rhône. C’est aussi maintenir l’outil industriel en état de redémarrer et préserver jusqu’au bout la possibilité d’une reprise et de l’emploi industriel à Tarascon. »

    Ce que ne souhaitent visiblement ni les mandataires, ni l’entreprise missionnée. Depuis le 28 août, Realtec, spécialisée dans les arrêts d’usines, refuse de réembaucher les salariés de Fibre Excellence qui maîtrisent le process complexe des installations. Sur le site, la présence d’employés de la filiale roumaine de la société, témoigne Jean-Michel Bulinge, délégué syndical CGT de l’usine, « ne facilite pas la compréhension des directives ». Depuis leur liquidation, les salariés licenciés continuent de protéger leur outil de travail et de se rendre disponibles, conscients des risques d’incendie sur le site et de pollution dans le Rhône à la soude, aux sulfures et sulfates. « En aval, ce sont 75 kilomètres de Rhône jusqu’à Port-Saint-Louis, la Camargue, ses nappes phréatiques, la riziculture, le maraîchage, l’ostréiculture et tout un écosystème qui sont menacés », rappelle l’UD CGT 13.

    Sur place, le directeur général délégué de Realtec a reçu la visite de la police nationale, de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (Dreets) et de la Carsat. Suite à l’intervention d’un inspecteur du travail, le badge du délégué syndical CGT a été réactivé. Jean-Michel Bulinge entend enfin « accéder à des données plus précises sur les nouveaux écoulements ». C’est ce jour dans la salle d’audience du tribunal de Marseille que se poursuit le bras de fer entre le préfet Jacques Witkowski et les administrateurs judiciaires qui contestent l’arrêté préfectoral de réquisition. En question, la responsabilité du risque d’une plus large pollution. « La mise en sécurité du site se déroule dans des circonstances préoccupantes », a affirmé le préfet.

  • Tarascon : les liquidateurs de Fibre Excellence contestent la réquisition devant le tribunal

    Tarascon : les liquidateurs de Fibre Excellence contestent la réquisition devant le tribunal

    Un arrêté préfectoral avait déjà été pris jeudi dernier pour la mise en sécurité de l’usine à papier liquidée où subsistent des tonnes de produits dangereux et polluants, mais il n’a pas été respecté. En tout ce ne sont pas moins de quatre arrêtés et deux ordres de réquisition pour sécuriser le site qui sont restés sans effet. A la barbe du préfet, les liquidateurs refusent de redémarrer l’outil de production et, alors qu’une pollution est déjà en cours, ils contestent la réquisition. Ce jeudi à 15h aura lieu l’audience devant le tribunal administratif de Marseille.

    Une situation qui alertait également Jérémy Bacchi, sénateur (PCF) des Bouches-du-Rhône, représenté sur place par une assistante parlementaire. « Le maintien à l’arrêt du site fait peser un risque sanitaire et environnemental considérable. Les conséquences d’un tel incident seraient désastreuses pour l’ensemble de l’économie locale en aval, notamment la riziculture camarguaise et les bassins ostréicoles », rappelle-t-il.

  • [Fibre Excellence] Carole Delga : « Nous avons eu raison de nous battre »

    [Fibre Excellence] Carole Delga : « Nous avons eu raison de nous battre »

    « Une étape majeure vient d’être franchie. Avec les industriels engagés dans le projet, nous nous battons pour obtenir ces trois mois supplémentaires indispensables à la finalisation de la reprise. Aujourd’hui [lire mardi], devant le Tribunal de commerce, cette demande collective a reçu le soutien de l’ensemble des parties. Le sérieux et l’engagement des investisseurs ont été reconnus » a réagi mardi la présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), à l’issue de l’audience du tribunal de commerce de Toulouse. « Nous avons eu raison de nous battre et de ne jamais renoncer ! Depuis des mois, nous travaillons et prenons nos responsabilités pour donner un avenir au dernier producteur français de pâte à papier. Nous avons construit un projet industriel solide, pérenne et rentable » insiste l’élue. « Je pense aujourd’hui d’abord aux salariés et à leurs familles, qui vivent depuis des mois dans l’incertitude et se battent eux aussi pour leur usine. Ces trois mois vont désormais nous permettre de travailler sereinement avec les industriels pour finaliser et consolider le projet de reprise. », appuie Carole Delga.

    13 millions votés par les élus

    Pour assurer la continuité de l’activité de l’usine Fibre Excellence de Saint-Gaudens, La Région mobilisera 3,5 millions (sur une enveloppe globale de 13 millions d’euros), d’octobre jusqu’à début de décembre. Le financement régional sera versé mensuellement, en fonction de l’avancement du projet de reprise. L’État aura assuré la continuité en engageant 2 millions jusqu’au 30 septembre. Ces financements permettront d’assurer les charges courantes, de préserver l’outil industriel et de maintenir les emplois, tout en laissant aux industriels le temps nécessaire pour finaliser leur projet de reprise.

    Lundi, Les élus régionaux ont voté une enveloppe de 13 millions d’euros en faveur de la relance de Fibre Excellence. Sur cette enveloppe, 3,5 millions seront donc mobilisés pour financer la poursuite de l’activité pendant les trois prochains mois. « Le reste de l’engagement régional accompagnera le projet industriel de 90 millions construit ces derniers mois avec l’ARIS [Agence régionale des investissements stratégiques] et les partenaires industriels, destiné à relancer la production de pâte à papier et à développer de nouvelles activités sur le site ». En parallèle, « les échanges se poursuivent avec les deux investisseurs solides et sérieux, dont Soprema, qui travaillent activement à la finalisation du projet, de son business plan et de ses activités », précise la Région. Ils avaient eux-mêmes exprimé le besoin de disposer d’environ trois mois supplémentaires.