Tag: Université

  • [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    [Entretien] Emmanuelle Reungoat : « Le mouvement témoigne d’une vivacité démocratique »

    La Marseillaise : Assistons-nous à un retour des Gilets jaunes ?

    Emmanuelle Reungoat : Non, je ne le dirais pas comme ça. Ce que je trouve intéressant c’est la marque symbolique laissée par les Gilets jaunes et l’impact mémoriel qu’ils ont eu. C’est l’une des principales luttes qui a marqué les esprits au cours de la dernière décennie parce que c’est un mouvement qui a été fort, massif, long et qui a subi beaucoup de répression policière. C’est aussi un mouvement qui a proposé des modes d’action directs et qui avait un rapport au pouvoir assez frontal. Le mouvement des Gilets jaunes peut redescendre dans la rue mais il ne se reproduira pas de la même manière parce que c’est un mouvement singulier et très hétérogène.

    Qu’est-ce qui différencie le mouvement actuel de celui des Gilets jaunes ?

    E.R. : On a gardé en mémoire l’image d’un mouvement de ceux qui ont du mal à finir les fins de mois mais il était socialement plus hétérogène que ça. Il y avait aussi une hétérogénéité politique forte. Le mouvement actuel l’est un peu moins même s’il gagne en hétérogénéité en élargissant ses revendications. Un mouvement lycéen rejoint par des étudiants, ce n’est pas tous les jours mais c’est classique. Ces jeunes rejoints par la majorité des syndicats de travailleurs, ça l’est beaucoup moins. Mais le mouvement reste tout de même plus proche de l’univers large des valeurs de gauche, puisqu’il demande plus de services publics, plus d’État, et scande des chants antifascistes. Ce mouvement est donc plus marqué politiquement que celui des Gilets jaunes. Pour fonder un important mouvement social, il faut une désectorisation en mêlant différents secteurs professionnels. On se demande aujourd’hui jusqu’où peut aller ce mouvement.

    Les agriculteurs qui vivent une importante crise depuis plusieurs années pourraient-ils amplifier le mouvement ?

    E.R. : Les agricultures ont un traitement différencié. Il y a des mouvements que l’on va considérer comme plus légitimes que d’autres et qui ne vont pas être mobilisés par les mêmes forces politiques. Ce n’était pas non plus un corps de métier très mobilisé au moment du mouvement des Gilets jaunes. La profession a un réseau syndical professionnel qui, quand il se mobilise, a une force de frappe importante. Mais, même s’il y a eu un appel de la Confédération paysanne à rejoindre le mouvement, ce n’est pas une profession qui, historiquement, participe à la convergence. Dans le mouvement des Gilets jaunes, il y avait des secteurs professionnels très mobilisés que l’on a moins vus ou peu vu lors du mouvement actuel. Il y avait par exemple beaucoup de femmes travailleuses dans la santé, des infirmières, des aides-soignantes, des travailleuses à domicile. Je ne suis pas sûr qu’elles soient aussi présentes dans le mouvement actuel.

    Ne vit-on pas actuellement les conséquences de l’incapacité d’Emmanuel Macron de répondre aux revendications des Gilets jaunes à l’époque ?

    E.R. : Si, c’est très juste. C’est l’une des caractéristiques de ce gouvernement de se montrer incapable de se mettre en discussion avec la société civile ou avec d’autres forces sociales. D’autant que ce gouvernement a une légitimité électorale très relative depuis les dernières législatives. C’est très risqué de réduire les revendications de la population à des gestes de communication parce que le grand débat national d’Emmanuel Macron n’était pas une réponse, c’était un détournement de l’attention. Quand on fait ça, on prend le risque de saper les fondements démocratiques à savoir la croyance dans les institutions et la confiance dans les gouvernements. C’est ça que le président Macron paye aujourd’hui avec ce mouvement. Mais je trouve très positif qu’il y ait ce mouvement social très important qui se mette en place et notamment de la part des lycéens. Cela témoigne d’une vivacité démocratique. C’est plutôt une bonne nouvelle qu’une grande partie des gens croient encore en la politique pour changer la vie et pour formuler des demandes de transformation sociale.

    Comment ressortent les syndicats de cette situation ?

    E.R. : Il faudra du temps pour répondre à cette question. Le mouvement des Gilets jaunes était assez distant, si ce n’est assez méfiant, à l’égard des syndicats. C’était notamment lié aux trajectoires professionnelles des manifestants qui avaient évolué dans des secteurs où les syndicats ne sont pas présents. Dans le mouvement actuel, c’est différent, les syndicats sont au soutien des lycéens et des étudiants. L’un des effets forts des luttes sociales, c’est la mise en relation des différents acteurs qui peut perdurer dans le temps. Cela transforme les sociabilités et crée des réseaux qui peuvent se remobiliser après. Ça peut changer à bas bruit un paysage politique pendant plusieurs années.

    Comment analysez-vous la réponse policière du gouvernement ?

    E.R. : Il y a une forme de brutalisation du maintien de l’ordre qui a franchi une étape dans ce mouvement social. La réponse principale à ce mouvement est sécuritaire. Et il n’y a pas que de la répression policière, il y a aussi l’usage de l’appareil judiciaire avec beaucoup de garde à vue et beaucoup de comparutions immédiates. Les autorités utilisent aussi le droit administratif avec des restrictions de circulation, des interdictions de manifester dans certains lieux, dans certains centres-villes, etc. Tout cela est utilisé pour limiter le mouvement social et réduire les capacités de mobilisation. On franchit une étape en termes d’intensité, ce qui n’est pas du tout rassurant du point de vue de l’État de droit. Cela a deux effets : ça pousse certains à descendre dans la rue pour défendre leurs droits. Mais ça contribue aussi à la diminution du mouvement. On a beaucoup et très fortement critiqué la Pologne et la Hongrie ces dernières décennies, quand il y avait des restrictions des libertés publiques. On n’en est pas là, mais le risque est bien présent.

    Entretien réalisé par Tristan Arnaud

  • [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    [Entretien] Hendrik Davi : « Un totem pour la macronie qui est en train d’être abattu »

    La Marseillaise : Quel regard portez-vous sur les annonces gouvernementales concernant Parcoursup ?

    Hendrik Davi : Il faut avoir conscience que Parcoursup est un totem pour la macronie. Un totem qui est en train d’être abattu puisque la question de son remplacement et de sa suppression se pose aujourd’hui. C’est un acquis de la mobilisation qu’il ne faut pas sous-estimer. Maintenant, est-ce que sur le fond, les annonces sont à la hauteur ? Non. Pour plusieurs raisons : le vrai problème de Parcoursup, ce n’est pas la plateforme. Je le dis depuis 2017, le vrai problème de Parcoursup, c’est qu’il y a une sélection pour gérer une pénurie. J’ai réestimé, récemment, la perte du nombre de maîtres de conférences, ceux qui donnent les cours en licence, depuis 2009 : il y en a 5 000 de moins. De l’autre côté, il y a une hausse de la population étudiante assez forte jusqu’en 2020. Cette augmentation du nombre d’étudiants et l’absence de recrutement ont conduit à avoir une pénurie et donc une liste d’attente, ainsi que le tirage au sort. C’est cette crise qui a permis l’instauration d’une forme de sélection via Parcoursup. J’estime que cette sélection laisse sur le carreau 110 000 étudiants chaque année.

    Comment abroger Parcoursup, concrètement ?

    H.D. : Il faut ouvrir massivement des places à l’université. Le mouvement lycéen demande 250 000 places. Le problème, c’est que pour avoir ces places, il faut des maîtres de conférences, et pour en avoir, il faut les former, et donc il faut des docteurs… Avoir 250 000 places tout de suite n’est pas possible. Pour les avoir, il faut monter en puissance dans une loi de programmation à horizon 2032. Mais on peut en avoir au minimum 35 000 tout de suite, en recrutant 2 000 maîtres de conférences. C’est d’ailleurs le strict minimum pour 2028. Enfin, il faut une plateforme pour mettre en adéquation tout cela. Mon idée est celle d’un principe de sectorisation géographique : avoir une place garantie dans la licence de ton choix, mais dans l’université de ton secteur.

    Qu’est-ce que cela implique ?

    H.D. : C’était le principe d’APB, la plateforme qui précédait Parcoursup. Le seul problème que ce système peut poser, c’est que les banlieusards n’iraient plus à Paris. Pour répondre à cette problématique, on peut redonner à toutes les universités les mêmes moyens. Aujourd’hui, la dépense par étudiant varie d’une université à l’autre, donc forcément, les étudiants veulent aller dans les mieux dotées. Pour pallier cela, je propose une transparence et un même niveau de dépenses, en matière de fonctionnement a minima, et que ce soit en fonction du nombre d’étudiants, pas d’autres critères. De fait, il n’y aurait aucune raison que les étudiants de Nanterre n’aillent pas à Nanterre. Par ailleurs, les profs de Nanterre sont aussi bons que ceux de la Sorbonne.

  • [Entretien] Yannick Simonin : « L’année 2026 est un signal d’alarme par rapport au virus du Nil occidental »

    [Entretien] Yannick Simonin : « L’année 2026 est un signal d’alarme par rapport au virus du Nil occidental »

    La Marseillaise : Avec 161 humains infectés par le virus du Nil occidental en France, l’année 2026 marque un record…

    Yannick Simonin : Oui, c’est trois fois plus que le précédent qui datait de… 2025. Ce virus est un grand gagnant du changement climatique. D’abord parce qu’il se transmet par les moustiques qui bénéficient du réchauffement. Mais aussi car lors des canicules, les points d’eau se raréfient. Les oiseaux et les moustiques se concentrent autour de ceux qui restent, ce qui favorisent la transmission. L’année 2026 est un signal d’alarme.

    Doit-on s’en inquiéter ?

    Y.S. : Oui, sans pour autant paniquer. Les cas augmentent. Les formes sévères et les décès aussi. Mais nous n’attendons pas d’épidémie majeure. C’est une montée progressive avec parfois des pics importants. Il faut être vigilant, développer des programmes de surveillance, des traitements et des vaccins. Pour l’instant, il n’existe qu’un vaccin chez le cheval. Chez l’humain : aucun vaccin ni traitement.

    Par rapport à la dengue ?

    Y.S. : Les cas de dengue sont plus nombreux et plus largement répartis géographiquement. Mais le virus du Nil occidental provoque plus de formes sévères car il atteint le cerveau et entraîne des inflammations souvent fatales. Toutefois, une grosse différence avec la dengue est qu’un humain infecté par le virus du Nil occidental ne le transmet pas s’il est piqué par un moustique. Sa charge virale n’est pas suffisante. Cela freine la transmission. C’est plutôt une bonne nouvelle. Mais le virus peut se transmettre par don de sang ou d’organe.

  • [Sciences] En Camargue, des oiseaux largement infectés par le virus du Nil occidental

    [Sciences] En Camargue, des oiseaux largement infectés par le virus du Nil occidental

    Ils n’y peuvent rien, mais certains oiseaux sont plus infectés que d’autres par le virus du Nil occidental et son cousin le virus Usutu. Une étude menée entre la Camargue et l’aire péri-urbaine de Montpellier en 2024 et 2025 a cherché l’ARN de ces virus chez plus de 2 500 oiseaux. Soit en analysant leurs fientes, soit en les capturant et en leur faisant un prélèvement par écouvillon. Parmi les espèces résidentes, le moineau et la mésange charbonnière sont les plus infectés. Chez les espèces migratrices, l’hirondelle et le guêpier d’Europe occupent les premières places. « Cela confirme que les passereaux sont les plus infectés et précise quelles espèces », résume Yannick Simonin, professeur de virologie à l’Université de Montpellier et dernier auteur de l’étude parue dans PLOS Neglected Tropical Diseases.

    Ces virus sont très présents en Europe depuis au moins deux décennies. « Le sud de la France est un point chaud », assure Yannick Simonin. En cause : des habitats favorables aux oiseaux, comme la Camargue, et le passage d’oiseaux migrateurs. Car les oiseaux sont le principal réservoir de ces virus qui peuvent se transmettre aux humains et aux chevaux via le moustique commun et s’avérer parfois mortels. « Le virus Usutu est plus mortel que le virus du Nil occidental pour les oiseaux, mais c’est l’inverse pour les humains », note Yannick Simonin. Et les cas augmentent ces dernières années. « Il nous fallait mieux comprendre la circulation de ces virus », ajoute-t-il.

    Surveillance active

    « Les virus circulent largement », résume Yannick Simonin. Environ 12% des oiseaux étaient infectés par le virus Usutu et 4% par le virus du Nil occidental. « Et leur présence est précoce, notamment chez les oiseaux migrateurs », poursuit-il. Ils ont été détectés dès les mois de mars-avril alors que les premiers cas humains apparaissent généralement au cœur de l’été. « Une surveillance active dès le printemps permettrait d’anticiper un risque élevé de cas humains pendant l’été », estime le chercheur. Car la surveillance menée jusqu’alors se contente de chercher les virus chez des oiseaux morts. Encore faut-il les trouver avant leurs prédateurs. « Une surveillance active par captures est coûteuse, admet-il. Mais notre étude montre qu’analyser les fientes fonctionne. Et nous montrons dans une autre étude que nous pouvons aussi trouver des indices dans l’eau ».

    Les passereaux sont les plus infectés. « Nous l’avions déjà constaté », indique Yannick Simonin. Ils sont aussi largement les plus nombreux : 90% des oiseaux capturés. Les autres sont trop peu nombreux pour offrir des statistiques robustes. « Mais il se peut que les passereaux aient aussi un système immunitaire moins efficace contre ces virus », abonde le chercheur. Il semblerait également que ces virus puissent se maintenir chez les oiseaux résidents pendant l’hiver. Il reste à savoir comment.

    REPÈRES

    1937

    C’est l’année au cours de laquelle le virus du Nil occidental a été identifié en Ouganda. Le premier cas humain d’infection en Europe remonte à 1962. C’était en Camargue. Le virus Usutu a été identifié pour la première fois en 1959 en Afrique du Sud. Le premier cas humain en France date de 2016, à Montpellier.

    1086

    C’est le nombre d’infections humaines au virus du Nil occidental en Europe pour l’année 2026 (chiffres de début septembre). Les hommes de plus de 65 ans sont les plus touchés. Dans 78% des cas, une hospitalisation a été nécessaire. Dans 60% des cas, des symptômes neurologiques étaient présents. Le taux de décès est de 6%.

    Culex pipiens

    C’est le nom scientifique du moustique commun, qui transmet le virus du Nil occidental et le virus Usutu après avoir piqué des oiseaux infectés. Pour une fois, le moustique tigre n’est pas en cause.

  • Aix-Marseille : la fac fait bloc face à la flambée des frais d’inscription

    Aix-Marseille : la fac fait bloc face à la flambée des frais d’inscription

    Sur les bancs de la fac, la jauge est de plus en plus limitée pour les étudiants étrangers. Depuis le décret macroniste du 19 mai 2026, les étudiants non européens doivent s’acquitter de droits d’inscription s’élevant à 2 895 euros en licence et 3 941 euros en master, contre 170 et 243 euros pour les étudiants communautaires. Le texte restreint également les possibilités d’exonération des droits d’inscription différenciés, qui devrait être plafonnée à 20% d’ici 2028.

    « Depuis hier, des étudiants se trouvent en difficulté et ne peuvent plus s’inscrire », alerte un délégué de Sud. Devant les grilles cadenassées du Pharo, jeudi, les jeunes, partis en manifestation depuis les Réformés, sont soutenus par les personnels d’AMU, « qui ont appelé à la grève dans une large intersyndicale », précise le délégué.

    Un décret passé en vitesse, une application voulue au plus vite. « Et Aix-Marseille Université file dans les rangs », déplore un gréviste du Snesup-FSU. « D’autres universités ont refusé d’appliquer ce décret et veulent continuer à accueillir tous les étudiants étrangers, sans discrimination », accuse encore une enseignante de la CGT Ferc sup. Le militant de Sud Solidaires transmet une annonce : « La date des inscriptions est repoussée au 30 octobre. » AMU accorde un souffle, pas plus.

    Dans le rassemblement, les profs sont solidaires. « Le principe est dégueulasse et la manière pas moins », dénonce Lionel Nguyen Van The. Révolté, l’enseignant en maths décrit une situation qu’il juge inacceptable : « Des étudiants ont candidaté. Ils ont été admis. Ils arrivent et on leur dit “vos droits passent de 300 à 3 000 euros !” Certains renoncent. Ce sont nos étudiants, on refuse de leur fermer les portes de l’université ! »

    Les étudiants, souvent anonymes, témoignent tour à tour de leurs « difficultés financières pour se loger », « des incalculables démarches administratives », « des efforts de nos familles pour qu’on accède aux études », mais aussi « de la joie d’être admis »… Puis vient « la chape qui se referme quand on arrive et qu’on se retrouve brutalement devant le fait accompli ». Militante du Réseau universités sans frontières (RUSF 13), Séverine Queyroy déplore : « En fac de sciences, la doyenne nous a indiqué qu’il y avait beaucoup moins d’inscrits cette année. Les étudiants subissent une forte pression pour payer les frais en une seule fois. »

    Devant les portes du palais verrouillées, la colère monte. Le président d’AMU, Eric Berton, est interpellé. « Berton descends ! », hurle un étudiant en apprenant qu’« aucune délégation ne sera reçue » et que « même Benoît Payan refuse de nous ouvrir la porte ». Le rassemblement déborde sur la chaussée, provoquant un embouteillage. Une vingtaine de policiers surveille le mouvement de l’autre côté de la route, sans intervenir. « Depuis septembre on se mobilise et Eric Berton nous envoie un mail pour dire qu’il entend nos revendications, mais qu’il faut manifester pacifiquement. Et ils nous envoient les CRS sur les campus, il minimise nos difficultés », estime une étudiante en colère. « Soit tu apportes une solution, soit tu donnes ta démission ! », scandent les jeunes alors que les klaxons s’emballent.

    Face à la hausse des droits d’inscription pour les étudiants extracommunautaires, Aix-Marseille Université avait annoncé, lors de sa rentrée du 7 septembre, l’exonération partielle ou totale de 1 500 étudiants sur les 5 500 concernés à la rentrée 2026. « Les bénéficiaires seront sélectionnés au cas par cas, avec une priorité accordée notamment aux étudiants issus de zones de conflit et aux boursiers d’excellence », avait précisé son président. « Nous devons dégager cette mesure, construire des AG ensemble, étudiants et personnels », s’accordent les manifestants, qui ont décidé de faire bloc contre ce qu’ils considèrent comme un sale coup porté à l’accès aux études.

  • Les étudiants bloquent le siège d’AMU au Pharo

    Les étudiants bloquent le siège d’AMU au Pharo

    Dès l’aube, plusieurs dizaines d’entre eux se sont rassemblés devant les grilles du jardin qui donne accès aux locaux de l’AMU. « Pas de distanciel, pas de CRS dans nos facs », pouvait-on lire sur leurs pancartes. Sans surprise, ils ont réclamé plus de moyens pour l’éducation. Notons que le syndicat SUD relaie un appel à la grève intersyndicale, ce jeudi, qui concerne les personnels
    de l’AMU. Un rassemblement est prévu à 12h30, au Pharo.

  • À Aix, les étudiants tiennent la note

    À Aix, les étudiants tiennent la note

    Une nouvelle assemblée générale s’est tenue, ce mardi, rassemblant jusqu’à 165 professeurs et élèves. À l’issue de celle-ci, la date du 22 Octobre à 12h30 a été désignée comme prochaine étape de mobilisation. Cette fois-ci, le rendez-vous est donné à Marseille, au siège administratif d’AMU, situé au Pharo, pour demander la non-application du décret sur les frais d’inscription différenciés au sein de la structure. Cette revendication locale rejoint celles plus nationales des « 10 mesures d’urgence » énoncées et disponibles sur le site du syndicat Union étudiante. Parmi elles, la suppression des plateformes Parcoursup et Mon Master, dont les étudiants dénoncent « la sélection algorithmique ».

    Face à la situation, Younes, étudiant en faculté de Droit, évoque des élèves « excédés », qui ne « demandent pas une meilleure qualité de cours, mais seulement que les cours aient lieu ». Il fait ainsi référence au manque de personnel enseignant. Il dénonce par la même occasion « un système éducatif dont le fonctionnement valorise une approche professionnelle de l’enseignement au détriment d’une approche par les savoirs, répondant ainsi à des logiques économiques ».

    Face à la persévérance des mobilisations étudiantes, la direction d’AMU, appuyée par le président Eric Berton, multiplie les mails tantôt pour signaler de nouvelles mesures, tantôt pour en expliquer les raisons. Mais pour Adam, étudiant en faculté de Lettres à Aix-en Provence, ce ne sont que des « mails bateaux qui n’apportent aucune réponse concrète aux revendications énoncées ».

    Une « démarche

    de dialogue » selon AMU

    Par ailleurs, Adam déplore des « techniques répressives ». Il fait référence notamment à l’intervention de CRS, sollicités par AMU, lors d’une assemblée générale, le 7 octobre dernier, à la faculté d’ALLSH. La direction s’en était alors expliquée dans un mail : « Un certain nombre d’individus, extérieurs à l’Université, se sont introduits […] afin d’occuper illégalement les lieux, de bloquer le bon fonctionnement du site, ses accès et la poursuite des enseignements. Pour garantir la sécurité des biens et des personnes, l’Université, en lien avec les autorités compétentes, a été contrainte d’évacuer les lieux occupés […] ». La direction ajoute par ailleurs toujours s’inscrire « dans une démarche de dialogue avec les étudiants ».

    Du côté de Sciences Po, le dialogue avec la direction semble plus apaisé. Badra, étudiante en master journalisme, qualifie en effet la directrice, Alessia Lefébure, de « meilleure interlocutrice » et « ouverte à la discussion ». Le campus de Saporta reste cependant fermé et la majorité des cours restent en distanciels.

    Si les assemblées générales au sein des différents campus aixois se multiplient au fil des jours, un seul et même mantra revient à la fin de chacune d’elles : « Notre force sera notre nombre et tout le monde a sa place dans cette mobilisation ». Younes insiste sur l’évènement « historique » qui se joue actuellement et « appelle à continuer le combat ».

  • Ces étudiants en renfort des lycéens

    Ces étudiants en renfort des lycéens

    Depuis plusieurs semaines, les entrées de l’Université d’Avignon sont bloquées au moins en partie par des étudiants pour réclamer de meilleures conditions pour étudier. S’ils ont d’abord rejoint le mouvement des lycéens, les étudiants portent eux aussi, devant l’université, des revendications communes aux deux mobilisations.

    Devant une entrée annexe de l’établissement, passage Maréchal-Brune, ce jeudi, une centaine de personnes étaient mobilisées, des jeunes et des représentants syndicaux. Un blocage a été tenté, mais il a été levé en force par la police. Lors de cette intervention, un représentant de la CGT des établissements d’enseignement supérieur (Ferc Sup) a été blessé (lire ci-dessous). Transporté à l’hôpital, il en est ressorti en fin de matinée avec trois points de suture et deux jours d’arrêt de travail.

    « Poursuivre le combat »

    Les lycéens du centre-ville, de Mistral et Aubanel, ont tenté de mettre en place des actions, dans la matinée, devant leurs établissements. « Mais on n’était vraiment pas assez », regrette Nino, terminale mobilisé depuis plus de trois semaines. À un camarade, il confie s’interroger sur sa capacité à poursuivre le mouvement après les vacances qui débutent ce vendredi soir : « J’ai déjà raté 70 heures de cours sur un peu plus de 300 dans le trimestre. » « On sent un peu un essoufflement. On est encore quelques-uns, mais l’approche des vacances diminue un peu la motivation de certains », ajoute Mila, du lycée Aubanel. Même constat à Carpentras, où peu de lycéens étaient mobilisés.

    Du côté des étudiants, les rangs ne faiblissent pas malgré l’adversité. Ils ne seront en vacances que la semaine suivante. « Il faut poursuivre le combat, donc on reste. On essaye de renvoyer une bonne image en restant assis. L’idéal serait de banaliser une semaine pour pouvoir tous se mobiliser », pointe Anouar Bendahmane, étudiant. « On reste mobilisés tant qu’on n’est pas suffisamment entendus. Entre fuites et insalubrité, ce sont des conditions inacceptables », poursuit Hélio Dessinge, étudiant en histoire et membre des Jeunes communistes.

    Parmi les enseignants, la blessure de leur collègue suscite une vive émotion. Sur une vidéo tournée par un manifestant, on voit des policiers s’approcher d’une chaîne humaine formée par des syndicalistes, positionnés entre les forces de l’ordre et les étudiants. Un représentant de la CGT Ferc Sup, qui ne faisait pas partie de cette chaîne, se trouvait à proximité. Un policier l’aurait alors agrippé avant qu’il ne chute et ne se cogne la tête contre une grosse pierre.

    « L’agression de notre collègue était totalement injustifiée. Ce n’est absolument pas normal. Il faut se réunir et discuter quand un collègue est victime de répression de ses libertés », lance, lors d’une assemblée du personnel, Jessica Sainty, enseignante-chercheuse à l’université. « Nous vivons un moment dramatique d’atteintes portées aux libertés publiques, de menaces directes exercées par des personnes dépositaires de l’autorité publique sur la jeunesse et sur le personnel universitaire », confiait la veille Christèle Lagier, enseignante-chercheuse. « La violence de ce matin est inacceptable », affirme lors de l’assemblée George Linarès, président d’Avignon Université, qui assure ne pas avoir demandé l’intervention des forces de l’ordre. La matinée de ce vendredi est banalisée par la présidence et des temps d’échanges vont être organisés dans un amphithéâtre « pour toute la communauté universitaire ».

    ET AUSSI

    Rassemblement de la CGT devant la préfecture de Vaucluse à 17h30

    L’UD CGT de Vaucluse appelle au rassemblement, ce vendredi 16 octobre, devant la préfecture de Vaucluse. Le syndicat dénonce le fait qu’un « camarade ait été violenté par les forces de l’ordre alors qu’il tentait de protéger les étudiants et leurs banderoles », tôt dans la matinée du 15 octobre, devant l’université d’Avignon. Le syndicaliste a reçu trois points de suture après avoir été projeté contre le sol et percuté une pierre.

    Après Langevin, le lycée Lurçat ferme à Martigues

    À Martigues, où le lycée Paul-Langevin était déjà fermé jusqu’aux vacances, la mobilisation s’est déplacée au lycée Jean-Lurçat, le second établissement public de la ville. En fin de matinée, la direction a décidé de fermer l’établissement.

    Cours alternatif à Aix-en-Provence

    Dans le cadre du blocus de Sciences Po Aix qui se poursuit depuis le 5 octobre, les étudiants ont organisé, ce jeudi matin, un « cours alternatif » sur le parvis de l’établissement sur le thème « auto-médiatisation des mobilisations ».

    28 saisines du défenseur des droits

    Le Défenseur des droits, autorité administrative indépendante chargée notamment de veiller au respect de la déontologie par les forces de l’ordre, a annoncé avoir reçu 28 saisines individuelles depuis le début du mouvement lycéen.

  • À Avignon, les jeunes entendus « mais pas écoutés »

    À Avignon, les jeunes entendus « mais pas écoutés »

    Ce mardi 13 octobre était à nouveau une belle journée de mobilisation pour les étudiants, les lycéens, mais aussi le personnel et les syndicats. S’il n’y avait pas moins d’un millier de personnes dans les rues d’Avignon en début d’après-midi, le temps fort était sans doute l’échange entre le président de l’université, George Linarès, et les étudiants qui avaient tenté de bloquer l’établissement en début de matinée.

    « On veut que vous nous souteniez. Que vous soyez avec nous devant l’établissement. Que vous vous mouilliez », intime un manifestant à l’administrateur. « Je travaille pour l’université, donc pour vous. Je fais ce que je dois faire en tant que président », rétorque George Linarès. Un échange qui finira par quelques tensions, un étudiant lui reprochant de « se faire rouler dessus par l’Histoire », ce qui sera jugé comme un commentaire irrespectueux. Un soutien qui « nous aurait tellement aidés à faire valoir notre cause, car aucun président d’université n’est allé aussi loin », estime Anouar Bendahmane, étudiant et membre du mouvement Nouvel espoir citoyen.

    Réforme structurelle

    Des interrogations se posent évidemment sur la suite du mouvement, la journée du samedi 17 octobre étant évoquée par certains. Pour la plupart, le mouvement doit se poursuivre. Une assemblée générale s’est tenue dans les locaux de l’université pour réfléchir à la suite, avec déjà de nouvelles actions prévues au cours de la semaine. « On n’est pas écoutés. Il faut poursuivre pour ne pas avoir fait tout cela pour rien. Notre voix ne doit pas s’éteindre », clame au micro Nino, lycéen à Mistral.

    En soutien aux étudiants, Christèle Lagier, maîtresse de conférences en science politique à Avignon Université, s’interroge. « La question est de savoir ce qu’il faut annoncer pour que cela s’arrête. Car les réformes demandées sont structurelles et prennent beaucoup de temps, comme supprimer Parcoursup, ce qui ne se fait pas en un jour. Il y a une réflexion à engager sur ce que l’on veut pour nos enfants. D’autant qu’à Avignon, ville pauvre dans un département pauvre, on cumule pas mal de handicaps », expose-t-elle.

  • À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    À Marseille, les lycéens focus sur leurs revendications

    Après trois semaines intenses de mobilisation, les lycéens ont de nouveau fait entendre leur voix dans les rues de Marseille. Avec une énergie intacte. Ils étaient 35 000 selon l’interlycéenne, 3 800 selon la préfecture de police, à réclamer mardi des moyens pour l’éducation, bien encadrés par les forces syndicales et soutenus par de nombreux enseignants et parents. 5 000 de plus qu’il y a une semaine. Signe de cette forte participation, c’est le trajet long de la manifestation qui a été retenu entre les Réformés et la porte d’Aix.

    Un cortège joyeux et pacifique, improvisant une « battle d’aura » et s’ambiançant sur des morceaux de Jul avant le départ. Le rappeur marseillais a apporté jeudi « La force à la jeunesse de France » dans un massage ponctué d’un poing levé sur les réseaux. De la force les lycéens n’en manquent pas malgré la fatigue qui s’accumule. Certains après la dispersion de la manifestation, repartiront d’ailleurs encore marcher dans les rues de la ville tout l’après-midi, jouant au chat et à la souris avec les CRS.

    « Le mouvement ne s’arrêtera pas tant qu’on n’aura pas ce qu’on veut : dix milliards pour l’éducation », martèle Malo en tête de cortège. Consciente que les vacances peuvent « pauser la mobilisation », elle y voit aussi une opportunité de souffler. « Ça nous laissera du temps pour s’organiser », reprend l’élève en terminale à Montgrand (1er) où mardi les élèves ont fait une chaîne humaine pour garder leur lycée fermé. « Ça fait trois semaines qu’on est mobilisé, on est dehors toute la journée, il y a les manifs, les AG, les réunions dans les lycées, à la préfecture, la mairie… »

    « Les vacances peuvent calmer le mouvement, il n’y a aura pas de blocus, sans doute pas de manif même si on ne sait pas ce qui peut se passer avec les gilets jaunes, mais on a espoir que ça reparte après », abonde Ange, en terminale au lycée Périer, après avoir posé le mégaphone.

    Si une AG de l’interlycéenne doit fixer la suite du mouvement, la plupart ont en tête la date de samedi 17 octobre, « avec les gilets jaunes », et celle du 5 novembre, journée de grève nationale interprofessionnelle lancée par les syndicats pour la rentrée. D’ici là de nouveau blocus sont prévus.

    « On a créé un lien »

    « Vu qu’il n’y a eu aucune réponse du gouvernement si ce n’est la répression, ça peut repartir », estime Eustache, élève au lycée Montgrand où une mobilisation au printemps, déjà, s’était essoufflée avec les vacances. « Contrairement à la dernière fois, nous sommes en train de créer un lien avec les professeurs, les personnels de l’éducation et le monde du travail. On a leur soutien. »

    « Il y a l’appel à la grève le 5 novembre, la jeunesse est encore en colère, on n’a obtenu aucune revendication, 1 500 postes profs vont être supprimés, je ne pense pas que ça s’arrête », enchaîne Ange. Lui est étudiant. À l’université, les vacances ne dureront qu’une semaine. « C’est intense, ça fatigue, il y a beaucoup de réveils à 5h pour les blocus. Mais si les établissements sont ouverts, on sera là pour les banaliser, on veut mettre fin au distanciel, on se bat pour tout le monde », assure Emre, étudiant en fac de droit à Canebière.

    Plus loin dans le cortège, Gauthier et ses amis ont aussi en tête la date du 31 octobre. Mercredi passé, au lendemain d’une première mobilisation massive, le Premier ministre, avait promis des décisions pour la fin du mois. Ces réponses, ils ne les attendent pas forcément pour leur quotidien mais pour « les lycées les plus précaires, de manière solidaire », expliquent ces élèves aux Remparts. « Si on arrête, les gens vont nous voir comme des branleurs qui ne voulaient juste pas aller en cours. Mais on se bat pour notre avenir », estime de son côté Adame, lycéenne en classe de terminale à la cité Jacques Chirac (2e).

    Parcoursup, pression scolaire, revalorisation du métier de professeur et d’AESH, Gillian, élève en terminale au lycée Saint-Vincent de Paul, se sent, elle aussi, concernée. Elle a participé à beaucoup de blocus et de manifestations, avec ce trait d’union qui réunit cette jeunesse : le refus de la violente réponse policière faite à leurs revendications.

    « J’arrive plus facilement à accepter des égarements de lycéens encore en apprentissage dans leur parcours éducatif ou citoyen, que de policiers censés être formés à ce genre de choses et à faire moins d’écarts que nous », juge la jeune fille. « C’est mal dit et mal organisé par le gouvernement. Le mouvement continue parce qu’ils ne nous écoutent pas. Ça renforce notre détermination et ça durera tant que notre parole ne sera pas prise en compte. »