Tag: travailleurs

  • La nébuleuse « Nour d’Égypte » décryptée en correctionnelle

    La nébuleuse « Nour d’Égypte » décryptée en correctionnelle

    Procès lundi à Marseille d’un système patronal d’exploitation de la main-d’œuvre étrangère sans papier, accompagnée de fraudes sociales et fiscales, d’abus de biens sociaux et de blanchiment. Le dirigeant du groupe « Nour d’Égypte », Tamer Shabana, 48 ans, et son beau-père, Jean Claude Amar, 89 ans, ont comparu toute la journée de lundi et jusqu’en soirée devant la 6e chambre correctionnelle pour un florilège d’infractions qu’ils nient dans la gestion de sociétés et établissements culinaires marseillais entre 2016 et le 17 mai 2022, date des interpellations.

    Il est reproché à ce ressortissant égyptien arrivé en France en 2009 et naturalisé français depuis, et à son beau-père d’avoir exploité, sans les déclarer ni parfois même les payer complètement, de nombreux travailleurs étrangers en situation irrégulière dont ils assuraient parfois l’hébergement, aidé en cela par un conseiller bancaire. L’ordonnance de renvoi dénombre 21 personnes non déclarées dans les 4 établissements. 12 se sont constitués partie civile. Aucun d’eux n’était présent à l’audience.

    Les avocats de la défense ont plaidé des nullités de procédure, dénonçant « la surdité totale des juges d’instruction ». « Les droits de la défense ont été piétinés », a déclaré Me Laurent Bartoloméi, avocat de Tamer Shabana, et qui n’a pas mâché ses mots sur l’absence de travail du dernier juge d’instruction à la section financière, Fabrice Karcenty, un magistrat condamné en juin dernier pour des faits d’escroquerie.

    Sitôt la présentation des faits par le président Fauchier-Delavigne, Tamer Shabana a protesté : « Ce n’est pas un résumé qui montre la vérité. Je conteste 99,9% des poursuites. Mon beau-père n’était pas gérant mais secrétaire. Il n’y a aucune mauvaise foi, ni mauvaise intention de ma part. J’ai toujours fait les choses dans les règles », assure-t-il.

    Opération Pharaons

    Au départ fin 2020, le dépôt de plainte d’un employé agressé qui décrivait les recrutements de sans papiers, les hérésies comptables, les recettes en espèces servant à dégager du black pour payer des salaires. Une enquête préliminaire était ouverte dans ce dossier baptisé « opération Pharaons » à la section d’investigation de la Police de l’air et des frontières (PAF) assisté du Groupe interministériel de recherches de Marseille (GIR). Elle creusait les flux financiers entre les entités contrôlées par Shabana : la SCI Tamer et Agnès, « La cantine de Nour d’Égypte » créée en 2013 au 10 rue Bernex dans le 1er, siège initial d’un centre culturel égyptien qu’il avait fondé, le snack « Le Petit Nour d’Égypte » créé en 2018 au 44, La Canebière, la boulangerie Balady créée en 2019 à l’angle des rues Bernex et Consolat puis « Le Souk de Nour d’Égypte » ouvert au 2 rue de Rome dans l’ancien magasin Tati et enfin une société de travaux « L’art de la rénovation ».

    Le 19 janvier 2022, un contrôle de l’Urssaf trouvait 11 personnes en action de travail au « Souk de Nour » dont 4 en situation irrégulière : un Sierraléonais, un Palestinien demandeur d’asile, un Algérien et un Égyptien. Le soir même, Shabana sur écoute donnait instruction de « dégager rapidement toutes les personnes qui n’ont pas de contrat ». En tout, sur les 4 établissements concernés sur la période des poursuites, ce sont 21 personnes selon l’Urssaf qui n’ont pas été déclarées, représentant un préjudice de 145 765 euros. Le motif de l’aide humanitaire ou de la solidarité familiale est exclu.

    La perquisition au domicile, avenue du Prado (8e), de Jean-Claude Amar, le beau-père et grand argentier, permettait la saisie de 227 520 euros en espèces et 4 lingots d’or dans des coffres en banques. « Qu’est ce qui permet à la Justice de me considérer comme gérant de fait ?! », a dénoncé l’octogénaire, un ancien dentiste qui nie être « le grand patron ». « Cet argent vient de mes 44 ans de travail. Rien ne vient des restaurants », lance-t-il contredisant ses déclarations en garde à vue. « Je faisais la comptabilité et faisais les paies car personne d’autre ne le faisait. » Le réquisitoire et les plaidoiries étaient attendus dans la soirée. La décision devait être mise en délibéré.

  • Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Quand les peuples refusent la guerre à travers l’histoire

    Comment s’est-on opposé aux conflits dans le monde depuis la Première Guerre mondiale ? C’est la question que vont se poser historiens, déserteurs et objecteurs de conscience les 4 et 5 octobre à Vitry-sur-Seine. Organisé par l’association La Courtine 1917 en partenariat avec La Marseillaise, ce colloque veut mettre en avant ces femmes et ces hommes qui ont refusé d’aller ou de continuer le combat.

    C’est un parcours chronologique que propose de suivre les organisateurs de cet événement. Le point de départ sera la mutinerie des 10 000 soldats russes en 1917, dont l’association qui organise l’événement est le porteur de mémoire. C’est donc l’historien Rémi Adam, spécialiste de l’événement qui ouvrira le colloque le samedi. Une première journée consacrée aux oppositions pendant la première guerre mondiale. Il y aura notamment « le maire de Gentioux où se trouve un monument aux morts célèbre où un enfant lève le poing face à une inscription “Maudite soit la guerre” », déroule Jean-Paul Gady, membre du conseil d’administration de l’association La Courtine 1917 et organisateur de l’événement.

    Refuser les guerres coloniales

    Le dimanche sera plutôt l’occasion d’évoquer le refus de certains de prendre part aux guerres coloniales. L’historien Victor Pereira évoquera le cas des Portugais. « Ce sont des travailleurs et jeunes Portugais qui ont refusé de partir dans l’armée coloniale dans les années 1965 jusqu’à la révolution portugaise des années 1974. Ils étaient 250 000 à avoir donc fui leur pays pour ne pas être enrôlés », précise l’organisateur de l’événement.

    Les opposants à la guerre d’Algérie seront également mis en avant. à travers le témoignage de Thomas Liechti, petit-fils du premier soldat qui refusa la guerre d’Algérie. Il évoquera la vie de son grand-père. Enfin la chercheuse et historienne Armelle Mabon évoquera le massacre par l’armée française de tirailleurs sénégalais. « Ce sont des interventions prévues extrêmement variées, insiste l’organisateur. Mais en même temps, tout ramène à une chose : comment la réaction individuelle et collective peut se faire quand on refuse la guerre. »

    Cet ensemble de conférences sera accompagné de ventes de livres et de dédicaces de tous les historiens présents. L’association La Courtine 1917 tiendra également un stand pour vendre leurs différentes revues et livres. Une soirée est également prévue le samedi soir de 20h à 23h aux 3 cinés Robespierre, à Vitry-sur-Seine.

    Echos à l’actualité

    Elle débutera avec une pièce de théâtre intitulée Vincent Moulia, évadé pour survivre. Dans un seul en scène, un acteur retracera la fuite de cet homme accusé de mutinerie. Cela sera suivi à 21h30 par la projection d’un film documentaire qui évoque la mutinerie de La Courtine.

    Un cycle de conférences qui sera ponctué de témoignages de déserteurs ukrainiens, russes ou israéliens qui refusent de participer aux guerres actuelles. « Ce colloque a un écho avec l’actualité mortifère, insiste le membre du conseil d’administration. Notamment en France où des centaines de milliards d’euros sont programmés pour la dépense militaire. Face à cette situation de tension et de guerres qui ne manquera pas d’arriver en Europe, nous souhaitons faire de l’éducation populaire pour montrer que ces déserteurs, souvent minoritaires avaient raison. Il ne sert à rien d’abonder dans une logique capitaliste. »

    Inscription nécessaire par mail : lacourtine1917@gmail.com

  • Une plongée avec les scaphandriers du nucléaire à Marseille

    Une plongée avec les scaphandriers du nucléaire à Marseille

    « Sous l’eau, tout est plus compliqué. On a toujours de l’air dans les mains, les gestes sont plus longs. C’est un peu comme pour les astronautes, on a les mêmes sensations. » Julien Pillard, scaphandrier pour Onet Technologies, vient à peine de sortir de la piscine de la Comex (compagnie maritime d’expertise) dans le 9e arrondissement de Marseille. Avec encore de l’eau sur sa combinaison et son attirail de plus de 50 kilos sur le dos, il ressort d’un exercice « de montage-démontage mécanique » quasi en conditions réelles.

    Pendant sa plongée, il était surveillé par son collègue Rémi Douzou, ingénieur et scaphandrier depuis un poste de commande aux multiples écrans et un assistant prêt à intervenir à tout moment pour la sécurité du plongeur. « Chacun de ses déplacements est suivi par des caméras et des remontées d’informations radiologiques qu’on a avec toutes les sondes qui équipent le plongeur », détaille Rémi Douzou. Une surveillance de tous les instants qui s’explique facilement : l’exercice visait à reproduire l’immersion dans une piscine d’un réacteur nucléaire, la spécialité des scaphandriers d’Onet Technologies. « On a les plongeurs en milieu nucléaire les plus expérimentés du monde », note Rémi Douzou. Une affirmation pas exagérée : ils réalisent une centaine de missions par an, en France et à l’international. « On est sollicité par tous les exploitants du nucléaire et on intervient sur les centrales, qu’elles soient en activité ou en démantèlement, mais aussi sur les usines de recyclage de déchets nucléaires ou les centres de recherche… », développe l’ingénieur. Un métier encore plus spécifique que les soudeurs sous-marins et scaphandriers en travaux publics, déjà réputés pour leurs dangerosité et pénibilité, puisqu’ils sont « dans un milieu contaminé radiologiquement ». Mais rien d’insurmontable pour Julien Pillard : « La pression, c’est de ne pas s’approcher d’éléments irradiants. On a des capteurs et le chef d’opération en surface nous dit de s’approcher ou pas des éléments. Il faut toujours rester vigilant mais quand ça fait des années qu’on en fait, c’est un travail comme un autre. »

    250 ingénieurs à Marseille

    De quoi mettre en valeur les travailleurs d’Onet Technologies, division axée sur le nucléaire et l’ingénierie de l’entreprise marseillaise. « On est très connu pour la propreté, beaucoup moins pour d’autres métiers », reconnaît Magali Bousquet, directrice marketing et communication du groupe Onet. Pourtant, avec 40 ans dans le milieu et 3 000 salariés, son expertise n’est plus à prouver : « On est aussi aux États-Unis et au Japon, où l’on participe au démantèlement de Fukushima. » Et son siège marseillais a une place bien particulière. Claire-Amélie Gabriel, responsable de la communication et du marketing d’Onet Technologies met en avant le « centre d’ingénierie avec 250 ingénieurs spécialisés et 20 000m2 de capacité industrielle pour la fabrication » du site. En bref, une expertise made in Marseille.

  • Les salariés Carrefour en ordre de bataille à Aix-en-Provence

    Les salariés Carrefour en ordre de bataille à Aix-en-Provence

    Autour d’une journée de débats, organisée à l’appel de la CFDT Commerce et services des Bouches-du-Rhône, les salariés Carrefour, réunis en intersyndicale, sont venus des quatre coins de la France s’ordonner pour contre-attaquer le passage des magasins de l’enseigne en location sous-gérance. Voilà plus d’un an que la CFDT appelle à dénoncer le « montage destructeur » de la location-gérance. « En juin, un collectif de plusieurs magasins s’est mis en place pour apporter des éléments leur permettant d’aller combattre sur des expertises, rappelle Yann Durafour, délégué syndical CFDT de Carrefour Le Merlan. L’objectif est donc d’accompagner ces magasins et leurs salariés, pour assigner en justice Carrefour et récupérer les éléments. Le collectif a aujourd’hui grandi. » En intersyndicale – FO et la CGT ayant rejoint la réunion de ce vendredi – représentants nationaux de syndicats et experts judiciaires, incluant des avocats en droit du travail, se sont réunis pour réfléchir aux meilleures pistes de contre-attaque face à la multiplication des externalisations de magasins. Pour rappel, ce contrat par lequel le propriétaire d’un fonds de commerce en confie l’exploitation à un locataire-gérant qui l’exploite contre une redevance, cause aux salariés une « perte de leurs acquis sociaux au bout de 15 mois », selon la CFDT, une baisse de salaire, et davantage de précarité. Entre autres. « Aucun locataire-gérant depuis 2018 n’a réalisé de bénéfices. La location est juste une tromperie, une machine pour licencier, pour Jérôme Coulombel, ex-directeur du service contentieux au siège Carrefour de Caen. Vous avez osé bouger localement. C’est vous qui allez pouvoir faire sauter les verrous. » Si avocats et experts n’ont pas encore de réponses quant à la stratégie à adopter, le but reste, pour les salariés, de démontrer le système déloyal, pour les effectifs, de la location-gérance. « Le but est de montrer comment la location est une fraude pure et dure chez Carrefour », ajoute Yann Durafour. À suivre.

  • À Aix, un cortège soutenu par la jeunesse

    À Aix, un cortège soutenu par la jeunesse

    La foule double lorsque les étudiants rejoignent le mouvement intersyndical, déjà rassemblé sur le parvis du rectorat. En fin de mobilisation, la CGT estime à 2000 participants, contre 1 100 selon la police.

    En grande force, les étudiants en licence de psychologie, dont la rentrée des classes a été suspendue par des enseignants pour dénoncer le manque de moyens humains. « On est venus soutenir les travailleurs, mais aussi pointer du doigt les gros soucis que rencontrent les étudiants en psycho », souligne Noah, qui mène la foule étudiante, avec pour slogan : « On est jeunes, déters [déterminés], et révolutionnaires ». « Dans cinq ans, je suis une travailleuse aussi. Je ne veux pas débuter ma carrière sous-payée, précaire. J’ai cinq ans pour me battre et ça commence aujourd’hui », pointe Nina*, étudiante en première année sur le site Schuman. Les drapeaux du Poing Levé mais aussi de l’Union étudiante et d’Attac flottent parmi les plus jeunes du cortège. « La venue des jeunes est un très bon signe sur l’ampleur que peut prendre le mouvement, le fait que ça s’inscrive dans quelque chose qui est sociétal complètement », estime de son côté Céline Peccini, cosecrétaire de la FSU-Snuipp 13. Au-devant du cortège, l’intersyndicale CGT, CFDT, FSU mène la foule, réunie derrière une banderole ornée des sigles des organisations signataires du mouvement de ce jeudi. FO, signataire, a rejoint le cortège marseillais.

    « Les sacrifices pour le monde du travail ça suffit ! Oui, d’autres choix sont possibles », peut-on lire comme message. Derrière, qu’ils soient vêtus d’un dossard floqué de leurs syndicats ou munis des drapeaux des différents partis politiques de gauche (PCF, PS, EELV), les revendications sont multiples. « On espère que les travailleurs pourront allier les revendications de leurs entreprises et personnelles au mouvement d’aujourd’hui », explique François Canu, secrétaire général de l’Union locale CGT. Et pour cause, commerçants, personnel médical du centre hospitalier ou de Montperrin, chauffeurs routiers ou encore enseignants ont battu le pavé du rectorat à la sous-préfecture d’Aix en passant par le boulevard Victor Hugo et la Rotonde. « Les revendications sont totales, surtout au niveau de l’éducation, la culture, les points les plus importants de la société. On nous prend pour des imbéciles et les infos ne sont pas officielles, on en a marre », pointe Alexandra, comédienne.

    Les travailleurs trinquent

    « Aujourd’hui, on lutte contre ce que le gouvernement propose avec un budget qui comme toujours s’en prend aux travailleurs et aux classes moyennes. Ce n’est pas à nous de trinquer. on a déjà subi la réforme des retraites, on ne veut pas perdre les avantages au travail pour lequel on s’est battus », scande Sébastien, employé dans l’agroalimentaire depuis trente ans. « Les Français travaillent pour survivre, pas pour vivre », pointe Karima, déléguée syndicale CGT, employée dans une chaîne de grande distribution. Les énergéticiens aussi, ont largement répondu présent, en grève depuis le 2 septembre, mobilisés à l’aube sur le site hydroélectrique de Jouques. « On a comme revendications de baisser le taux de TVA sur la facture d’électricité des usagers, passée à 20% au mois d’août sur l’abonnement. On souhaite qu’ils la repassent à 5,5%. On ne veut pas que nos salaires pèsent sur la facture d’électricité des usagers », estime Sébastien Artaud, délégué CGT Energies. Autant de revendications exposées lors des prises de paroles syndicales. « Nous voulons des mesures concrètes pour lutter contre la précarité », rappelle Luc Bresson, représentant CFDT. Jusque-là, les syndicats promettent « que nous allons nous revoir ! »

    « J’ai cinq ans pour me battre et ça commence aujourd’hui »

  • Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Les grévistes bloquent les terminaux méthaniers

    Le hashtag des gaziers est on ne peut plus clair : pas de négo, pas de bateau. Depuis mardi 16 septembre, les grévistes d’Elengy bloquent les deux terminaux de Fos-sur-Mer, Tonkin et Cavaou. Sur le parking du site qui fait face à l’usine du sidérurgiste ArcelorMittal, des camions-citernes stationnés attendent patiemment. Nicolas Davan, secrétaire général CGT Énergie Provence, explique : « Plus aucun méthanier ne peut accoster ici, donc le gaz naturel liquéfié (GNL) ne rentre plus dans le terminal mais il continue de sortir. Mécaniquement, au bout d’un moment, le terminal va se retrouver à l’arrêt. Depuis ce matin, Elengy ne réinjecte plus sur le réseau, ce qui veut dire que la pression de service va chuter. »

    Faycal Mussoni, représentant syndical CSE du site qui emploie 170 travailleurs, rentre dans le détail : « On a 60 000 mètres cubes par heure de GNL par bac, qui représentent 600 fois plus de capacité en passant en phase gazeuse. Déjà en deux jours de durcissement des modalités, nos stocks sont au plus bas. On a divisé par cinq notre débit d’émission : hier on était à 1 500 mètres cubes par heure GNL, aujourd’hui on est passé à 300. On garde ce niveau-là pour maintenir à froid nos installations avec un débit minimum pour éviter de torcher. Quand le terminal s’arrêtera, on va se concentrer sur la mise en sécurité de notre équipement. »

    La TVA à 5,5%

    À l’origine de cette lutte que les énergéticiens mènent depuis le 2 septembre, trois revendications. La première concerne le salaire des travailleurs des industries électriques et gazières (IEG). « Globalement, tous nos textes statutaires ne sont pas appliqués avec un salaire national de base qui est 9% en dessous du Smic », affirme Nicolas Davan. La CGT demande une revalorisation et la mise en place d’une nouvelle grille applicable à tous les salariés de l’énergie. « Les organisations syndicales vont devoir discuter », lâche Faycal Mussoni, alors que la CFE-CGC et FO répondent pour le moment aux abonnés absents.

    Les grévistes rejettent également l’augmentation de la TVA sur les factures des usagers, une mesure mise en place le 1er août dernier dans le cadre de la loi de finances. « On a lancé une pétition pour une juste fiscalité de l’électricité et du gaz, souligne le secrétaire général CGT. Si on arrive à obtenir 100 000 signatures, un examen du texte de la proposition de loi du groupe CRCE visant à rabaisser ce taux sera réalisé au Sénat. J’ai hâte de voir ce qui peut justifier de ne pas voter une TVA à 5,5% pour l’énergie, comme sur les produits de première nécessité. »

    Nicolas Davan poursuit : « Ceux contre qui on se bat concernant les salaires des IEG ce sont les mêmes que ceux contre qui on se bat pour ce qui est de la fiscalité. Sur 100 balles de facture, plus de 30 balles vont dans les taxes et plus de 40 balles vont dans la poche des actionnaires, en sachant que les taxes ne sont pas utilisées comme elles le devraient, pour le fonctionnement des hôpitaux et de l’ensemble des services publics, mais plutôt pour envoyer 211 milliards d’euros d’aides aux entreprises les plus riches sans contrepartie. »

    Troisième et dernière revendication : le retrait de la réforme des retraites. « Le préavis est déposé jusqu’à ce qu’on gagne, après on verra pour les modalités, glisse le responsable syndical. Le 18 septembre, on veut qu’il y ait du monde dans la rue, mais pour la suite on souhaite surtout qu’il y ait un impact et une nuisance la plus importante possible. »

  • Un millier de tracts distribués à Martigues

    Un millier de tracts distribués à Martigues

    À Martigues, l’Union locale CGT s’organise et mobilise. Ce mardi, les militants étaient sur le pied de guerre dès 6h30 sur un rond-point du complexe pétrochimique de Lavéra pour appeler à la grève et à la manifestation. Au total, un millier de tracts ont été distribués aux travailleurs de la zone. Ce jeudi, un bus collectif partira à 9h du parking de la Halle en direction du Vieux-Port.

    Le syndicaliste Fabien Rangade affirme : « Le capitalisme organise la casse de nos vies : salaires bloqués, retraites attaquées, services publics démantelés, industries bradées, précarité généralisée… Pendant que nous, travailleuses et travailleurs, subissons l’austérité, les actionnaires s’enrichissent toujours plus. Face à la barbarie de ce système, seules l’unité et la lutte peuvent inverser le rapport de force. »

  • « Cette politique de l’offre ne marche pas »

    « Cette politique de l’offre ne marche pas »

    La Marseillaise : Quel est votre regard sur la mobilisation « Bloquons tout » du 10 septembre de laquelle Force ouvrière s’est tenue à distance ?

    Frédéric Souillot : On n’oppose pas les mobilisations. « Bloquons tout » était une mobilisation citoyenne, j’y ai d’ailleurs vu peu de revendications syndicales mais nous avions décidé que notre mobilisation serait le 18, et j’y ai appelé, sans m’opposer à ceux qui souhaitaient manifester le 10. Ce serait schizophrène pour un responsable syndical.

    Le succès du 10 septembre donne une dynamique à l’intersyndicale dans le cadre de cet appel au 18 septembre ?

    F. S. : Oui mais des mobilisations, il y en a tous les jours. Je pourrais parler de celle des salariés de Biscuits International en grève le 11 et qui ont obtenu ce qu’ils revendiquaient. Ce mardi, il y a une marche en Loire-Atlantique, en direction des ARS contre les courriers d’économie sur l’hôpital public. FO a déposé un préavis de grève du 1er septembre au 30 novembre parce que les mobilisations construisent celles du 18 à laquelle ne manque aucune organisation.

    Cette intersyndicale vous rappelle celle de 2023 contre les retraites ? Vous sentez la même dynamique ?

    F. S. : Il est écrit sur la feuille de route que m’ont donnée les syndicats au congrès qui m’a mis en place en 2022 : l’unité la plus large possible. Et bien là, en termes d’organisation syndicale elle ne peut pas l’être plus. Et pour Force ouvrière, j’ai appelé à la grève reconductible à partir du 18. Donc il va y avoir des AG le soir, il y en a déjà qui se déroulent avant la mobilisation, pour savoir ce que l’on fait après.

    Vous appelez à la grève reconductible, qu’est-ce qui justifie une telle intensité dans la mobilisation ?

    F. S. : Pour éviter le concours Lépine des mauvaises idées, et qu’à chaque fois on présente juste la facture aux travailleurs. Que dit le communiqué intersyndical ? On veut plus de justice fiscale, plus de justice sociale et la fin des budgets d’austérité.

    Et ça nécessite quelque chose de fort ?

    F. S. : Oui, il faut montrer à ceux qui réfléchissent au budget qu’on n’est pas d’accord avec ces budgets d’austérité.

    Pourquoi n’avoir pas rencontré Sébastien Lecornu avant le 18 ?

    F. S. : Parce que je ne souhaitais pas que ça brouille les ondes vis-à-vis de ceux que nous appelons à se mobiliser, notamment par la grève et par la grève reconductible. Et puis on ne me demande pas mon avis, quand on choisit un Premier ministre. Je rencontrerai Sébastien Lecornu après, je vous l’annonce, ce sera le 22 septembre.

    Avec quelles revendications, sans déflorer ce que vous allez lui dire ?

    F. S. : Plus de justice fiscale, plus de justice sociale et l’abandon du projet de budget d’austérité de François Bayrou.

    La réforme des retraites et le retour aux 62 ans, est aussi une condition obligatoire pour discuter ?

    F. S. : La revendication de FO, reste l’abrogation de cette réforme, aujourd’hui encore plus qu’hier. Nous avions 49,7% de ceux qui liquidaient leurs retraites qui n’étaient plus en emploi, on est passé à 50,3%. Comme quoi, cette réforme ne répond à rien. Nous ne sommes pas assez nombreux à travailler : on a le plus bas taux d’emploi des 15-25 ans et des 55-64, selon la norme OCDE. Il faut trouver des solutions pour contribuer à la cohésion sociale de la République.

    Vous parlez d’un « budget de la violence sociale ». Qu’est-ce qui incarne cette brutalité ?

    F. S. : Elle vient du fait que la facture est juste présentée aux travailleurs. Les deux jours fériés n’étaient qu’un chiffon rouge, car dans le même temps sur l’assurance chômage, on nous demande de réduire encore les droits des demandeurs d’emploi, de responsabiliser les travailleurs en affection longue durée, de multiplier par deux les jours de carence… ça s’appelle de la violence sociale. Les aides publiques aux entreprises, on n’est pas contre mais on veut juste que la première condition ce soit l’emploi. Quand le patron de Total dit « j’ai touché par an 4 milliards de CICE, je n’en avais pas besoin, je peux les rendre », allons-y. Quand on verse des dividendes aux actionnaires, je ne parle pas de bénéfices, on n’a pas besoin d’aides publiques. L’allègement général de cotisation jusqu’à 1,6 Smic va continuer de paupériser les salariés. Cette violence sociale est toujours là.

    Sur les salaires et le pouvoir d’achat, quelles mesures vous défendriez ?

    F. S. : La consommation des ménages, c’est 56% de notre produit intérieur brut et quand ils ont de l’argent, ils consomment. Donc augmenter les salaires avec le dégel du point d’indice pour les fonctionnaires qui représentent 20% de l’effectif salarié en France, et un coup de pouce au Smic.

    Réduire les avantages des Premiers ministres, ce n’est pas un peu une mesure cosmétique ?

    F. S. : Économiquement, c’est cosmétique. Mais c’est juste montrer l’exemple par le haut. C’est la même chose sur la justice fiscale et la remise en place de l’impôt progressif pour que les plus grosses fortunes et patrimoines soient amenés à contribuer. C’est 1 800 familles en France et tous les ans, on atteint un nouveau plafond record. C’est la multiplication des dividendes aux actionnaires… La politique de l’offre ne marche pas.

    Vous êtes en meeting à Marseille, ce 16 septembre pour leur dire quoi ?

    F. S. : Depuis 2022, je fais ma rentrée dans la plus grande Union départementale de Force ouvrière. Je vais dire tout cela, appeler à la mobilisation, expliquer les choses, rappeler qu’en 2017 notre Sécurité sociale était à l’équilibre et que c’est cette politique de l’offre qui a démonté nos systèmes de protection sociale collective.

    Un mot sur le contexte marseillais avec cette scission chez les territoriaux de FO. Quelle est votre position ?

    F. S. : Certains pensent représenter le syndicat mais le culte de la personnalité n’a jamais rien apporté à personne et surtout pas aux travailleurs qu’il représente.

  • Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    Musée de la Navale : quand la mémoire ouvrière dérange

    « Depuis 36 ans, après avoir défendu les chantiers, puis ces travailleurs, puis sa mémoire, nous avons eu une seule promesse de musée en 2005, qui n’a jamais été tenue », rappelle pour commencer Lucien Conac, le président de l’Association pour le maintien des intérêts des anciens de la Navale à La Seyne (Amians). Un long combat au cours duquel ses bénévoles n’ont cessé d’être force de proposition. Comme en 2021, où l’Amians présente un projet de 300 mètres carrés dans le vaste espace libre de plus de 10 000 m² derrière le casino Joa. En dehors des moyens de la Ville, lui répond-on alors.

    « Sentant l’oubli venir nous avons voulu faire réagir et proposer en 2024 quelque chose d’incontestablement possible puisque déjà décidé par la municipalité en 2005 », reprend le responsable associatif. En l’espèce, la création d’un espace muséal ouvert à tous dans le local que l’association occupe actuellement au 2e étage de la porte principale des Chantiers, un des seuls vestiges témoins de cette histoire ouvrière encore debout.

    Rien de pharaonique. Puisqu’il s’agit d’abattre quelques cloisons pour dégager une salle d’exposition permanente de 70 m².

    L’ancienne maire LR Nathalie Bicais « laisse croire qu’elle accepte »… Mais rien n’est fait. Et celui qui tient les rênes de la ville depuis qu’elle a été empêchée, Jo Minniti (DVD), semble poursuivre cette longue période de procrastination.

    « Il nous a reçus le 27 juin et c’est ce jour-là qu’il nous a confirmé que les travaux étaient reportés aux grandes vacances 2026 », explique le président de l’Amians. D’où son incompréhension d’avoir récemment lu dans la presse celui-ci prétendre que c’était l’association qui était responsable de ce retard, l’accusant entre autres de bloquer l’ouverture du chantier.

    Pour un vrai un lieu de mémoire des chantiers

    L’association dément et nous montre le petit local dans lequel dès la fin des classes de la Navale les bénévoles ont transporté tout ce qu’ils souhaitaient conserver, afin de laisser place au chantier.

    Vraisemblablement c’est le stand tenu au forum des associations pour présenter le projet et continuer à faire signer la pétition, recevant le soutien de la population mais aussi d’élus et de candidats qui a provoqué la réaction du premier magistrat.

    Concernant la deuxième attaque portant sur la volonté soi-disant de l’Amians de ne pas partager l’espace, le président est encore plus clair. « Ce que nous voulons c’est un authentique lieu de mémoire pour raconter l’histoire de la construction navale seynoise, pas une maison des associations. »

    Et de préciser : « Nous sommes pour travailler avec tout le monde, toutes les associations, toutes les personnes qui ont autorité pour le faire sur la vie des chantiers. Mais pas n’importe comment. Il faut qu’il y ait un directeur qui soit désigné pour ses compétences et son engagement. »

    Le problème est peut-être beaucoup plus politique. Puisqu’il y a également une volonté de la Ville de modifier les classes de la Navale dans lesquelles les membres de l’Amians sont également engagés, révèle Lucien Conac. Et de poursuivre : « Lorsque nous avons pris contact avec l’inspectrice de l’Éducation nationale de l’époque, il était bien question, dans le programme d’histoire, d’apporter notre appui aux enseignants pour traiter l’histoire de la révolution industrielle à partir des réalités locales. » Or ce qui serait dans les tablettes c’est de s’orienter davantage sur la modification du paysage, s’insurge-t-il.

    Un sujet nettement moins subversif, c’est clair. Puisque cela permet d’évacuer l’histoire de la concentration de capitaux par les propriétaires des moyens de production. Mais aussi de toutes les luttes sociales menées par les travailleurs qui se sont battus pour une vie meilleure.

    « Et nous, si on parle des Trente glorieuses, c’est pareil. C’est parce que nous avons eu la chance de vivre une période où il y avait de grands syndicats puissants, bien organisés dans de grandes entreprises que nous avons réussi à avoir des progrès extraordinaires », conclut le président de l’Amians.

    C’est ça la mémoire ouvrière. Ça ouvre aussi des perspectives.

  • À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    À Marseille, la CGT veut une manifestation massive

    « Faire remonter la colère pour bloquer ces choix budgétaires et en imposer d’autres ». Jessica Jadé, secrétaire de l’Union Départementale CGT des Bouches-du-Rhône, ne laisse aucun doute sur les objectifs de l’organisation pour la mobilisation de ce 10 septembre, la veille, lors d’une conférence de presse à la Bourse du travail de Marseille. « Depuis plusieurs années, les gouvernements utilisent les budgets pour imposer des politiques de casse sociale. Cette année, celui prévu par notre ex-Premier ministre a sûrement été la goutte de trop. Là, la population s’est bien rendu compte de l’injustice sociale qui était prévue », constate la syndicaliste.

    Entourée de représentants et secrétaires généraux de syndicats locaux, l’organisation vient délivrer son plan d’attaque pour ce mercredi. « À la CGT, on a nos modes d’actions, on a la possibilité de bloquer l’économie par la grève. Ce 10 septembre, nous nous dotons de moyens pour converger avec tous les travailleurs mobilisés contre ce budget », développe Jessica Jadé. Elle cite les 211 milliards d’aides annuelles distribués aux entreprises sans contrepartie, à l’heure où le gouvernement Bayrou entendait prendre deux jours fériés aux travailleurs : « C’est ce qu’on refuse collectivement et qu’on a tous intérêt à combattre ». Concrètement, la CGT n’appelle pas aux différents blocages prévus par les collectifs citoyens (voir rendez-vous ci-dessous), mais plaide pour une convergence grâce à la manifestation qui partira des Réformés à 10h, en direction de la préfecture. « Rien ne s’oppose dans l’action collective et l’action syndicale. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force, les travailleurs qui rejoindraient les points de blocage ont besoin d’être couverts par un préavis dans leurs entreprises, et c’est ce que la CGT fait », analyse Jessica Jadé, insistant sur l’importance de la grève dans les entreprises.

    La CGT des territoriaux a effectivement posé un préavis du 10 au 30 septembre, permettant la tenue de grèves dans de nombreuses collectivités du territoire.

    « À la CGT Éduc’action, on appelle à faire des assemblées générales dans tous les établissements pour convaincre d’aller à la grève et de participer au mouvement », abonde Magali Hidalgo. Les organisations étudiantes prévoient aussi des blocages dans les établissements scolaires. Robin Matta, pour la CGT des cheminots de Miramas, note que les travailleurs du rail seront aussi dans la bataille. D’où des perturbations au programme au niveau des trains. Mais aussi du côté de la RTM, à Marseille, avec un appel à la grève de la CGT de la régie. Tout un programme.

    « Rien ne s’oppose dans les modes d’actions. Les modalités de chacun décuplent le rapport de force »