Tag: transmission

  • [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    [#DisMoiPourquoi] je la retiens mieux quand je raconte une histoire à quelqu’un ?

    Jade, 8 ans en CE2 à l’école Jean Henri Fabre d’Avignon

    On retient mieux quelque chose quand on fait l’effort de l’expliquer à quelqu’un. Car, pour l’expliquer à un autre, tu dois d’abord l’avoir compris. Mais en plus, une histoire, c’est une construction, avec un début, un milieu et une fin. Ce qu’on appelle un récit, qui donne du sens à tous les détails. C’est pour cela que le philosophe Paul Ricoeur a fait un lien entre le récit et l’Histoire ; un événement historique, c’est un événement qu’on a raconté d’une certaine façon, pour lui donner du sens. Donc, avant de raconter une histoire à quelqu’un, tu dois d’abord la retenir, et ensuite retrouver l’ordre du récit. Si on élargit encore la réponse à ta question, les humains ont toujours inventé des histoires. Avant l’invention de l’écriture, la transmission de ces histoires était toujours orale. Les conteurs, les aèdes, connaissaient par cœur la structure et des formules qui les aidaient à avancer, comme des étapes pour ne pas perdre le fil. Ils inventaient les détails, ce qu’on appelle « étoffer ». Le fil, l’étoffe, le textile, tu vois que le mot « texte » est lié au tissage ? comme quand tu déroules un fil, avec une idée précise du résultat. »

    Caroline Antherieu-Yagbasan. Chercheure en philosophie AMUau Centre Gilles-Gaston-Grange.

  • Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Châteauvallon-Liberté s’exporte dans le quartier de la Beaucaire

    Dans un monde idéal, l’art n’a pas de frontières. Dans le monde réel, il ne parvient pas toujours jusqu’à une part de la population. Le décloisonner est donc l’une des principales missions de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, la culture se voulant être, par essence, un prérequis à la démocratie.

    Dans cette optique, et car Châteauvallon, comme le théâtre Liberté, ne sont pas des lieux faciles d’accès, tant géographiquement que symboliquement, c’est la scène nationale qui doit parfois venir à la rencontre des habitants de son territoire. Depuis trois ans, elle organise l’opération « Quartiers en liberté ». Après une première édition à Sainte-Musse, puis une deuxième au Pont-du-Las, c’est à la Beaucaire qu’elle a lieu, cette année. Depuis mardi, la compagnie arlésienne de cirque aérien Gratte ciel, qui a notamment participé à la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024, y a posé ses valises pour une résidence artistique d’une semaine.

    Déambulation artistique et spectacle dimanche

    Un rendez-vous préparé en amont. « Avant d’arriver, les artistes ont assisté aux réunions de quartier, rencontré les associations, se sont rendus dans les écoles, explique Tiphaine Samson, directrice des programmations de Châteauvallon-Liberté. Ensuite, pendant une semaine, ils organisent ateliers et rencontres pour aboutir à un grand rendez-vous, un spectacle préparé avec une vingtaine d’habitants, dimanche, auquel tout le monde est convié. »

    Depuis mardi, des mats culminant à plusieurs mètres de haut, des cerceaux et des draps suspendus côtoient des ateliers peinture et chants dans les jardins désaffectés de l’ancienne CAF, avec en toile de fond les immeubles qui se fondent parfaitement dans ce cadre vertical. Tout en préparant la déambulation artistique qui aura lieu en amont du spectacle dominical, petits et grands se rompent aux joutes de disciplines spectaculaires. « Ce sont des publics a priori non conviés, dans des espaces non dédiés, avec des dimensions non conventionnelles. La grande hauteur n’existe pas dans les espaces intérieurs comme les théâtres. Donc l’espace public, c’est une autre relation au public », décrit Camille Beaumier, codirectrice de la compagnie Gratte ciel. Une façon, aussi, de sortir de sa zone de confort pour Stéphane Girard, l’autre codirecteur, qui y voit une métaphore puissante : « Le cirque veut aussi dire prendre des risques et avoir peur. Et cela est éminemment politique, c’est un business pour ceux qui voudraient faire croire que, parce que nous avons peur de l’autre, il faut fermer les frontières. Or, ici, on ouvre les portes parce que la peur fait partie de l’apprentissage citoyen. »

    Naoufel, animateur dans un centre aéré de la ville, qui observe les enfants prendre de la hauteur tels des circassiens de la première heure, acquiesce : « D’habitude, on leur propose plutôt des activités sportives. Là, ils découvrent des activités auxquelles ils ne sont pas habitués, et se rencontrent, créent du lien par la même occasion car ils ne se connaissent pas forcément. » Il a déjà eu l’occasion de participer à des ateliers de Châteauvallon hors les murs étant plus jeune. « J’habitais à Sainte-Musse. Chaque année, il y avait un événement, et on l’attendait avec impatience, se rappelle-t-il. Mais le plus souvent, c’était nous qui allions à Châteauvallon. C’est un grand du quartier qui organisait cela. Ce sont de bons souvenirs, et aujourd’hui, c’est moi qui fais découvrir ça à mes enfants. »

    Gageons que la transmission continuera de se faire, et que cette bulle artistique de quelques jours suscitera l’envie de monter quelques centaines de mètres plus haut, encore, pour prendre place dans le mythique amphithéâtre de pierre de Châteauvallon.

    Rendez-vous devant les anciens Jardins de la CAF – la Beaucaire, à Toulon, dimanche à 15h30, pour la déambulation artistique, suivie du spectacle intitulé « Tawa en Liberté »

  • La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    La mémoire dans la peau du Théâtre Joliette

    « J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien », chantait Jeanne Moreau en 1963. Visiblement tout l’inverse du côté du Théâtre Joliette, où « la question de la mémoire et de la transmission » irrigue la saison 2026-2027, résume sa directrice Nathalie Huerta, en indiquant l’affiche qui l’illustre : une photo d’archive de Destierro, le vertige et la foi, écrit et mis en scène par Daniela Labbé Cabrera, « enfant d’exilés chiliens » qui retrace l’histoire de ses parents « militants, proches de Salvador Allende, ayant fui le Chili pour la Roumanie lors du coup d’État de Pinochet ». À voir du 17 au 19 février.

    Que dire encore de La memoria futura, « spectacle déambulatoire dans l’espace public » prévu en juin et imaginé par Luciana Mastromauro qui s’appuie sur les témoignages de grands-mères de la Place de Mai, à Buenos Aires, ces grandes et dignes dames qui militent pour retrouver les enfants volés lors de la dictature argentine entre 1976 et 1983. Un devoir de mémoire et de transmission également à l’œuvre lors du festival Nous, la lune et les voisins, imaginé par le collectif de marionnettistes et performeurs libanais Kahraba. Historiquement lié au quartier de Mar Mikhaël, à Beyrouth, il se dupliquera au Panier et à la Joliette du 10 au 18 octobre. Et ce, notamment à travers des « ateliers de poésie, danse, chant et marionnettes » dispensés aux habitants, sans oublier certaines propositions parmi lesquelles un dialogue entre Elias Sanbar, ancien ambassadeur de la Palestine auprès de l’Unesco et traducteur du poète Mahmoud Darwich, et sa fille, la comédienne Mayya Sanbar.

    Tirailleur sénégalais

    et liaisons dangereuses

    Si la mémoire s’inscrit dans la peau de ces créations internationales, la thématique n’en demeure pas moins abordée par des artistes locaux que le Théâtre Joliette mettra en lumière. Aux côtés de son peintre de père, le conteur et musicien Lamine Diagne exhumera au mois mars dans Waxoul « l’histoire enfouie » de son grand-père qui « était un tirailleur sénégalais », contextualise Nathalie Huerta. Au Théâtre de Lenche, lié à celui de la Joliette depuis 2017, Franck Dimech recréera, plus de 20 ans après, le Quartett d’Heiner Müller, d’après Les liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos. À la distribution de cette pièce visible en janvier, la figure marseillaise de la comédie Marcelle Basso ainsi que Maurice Vinçon, désormais 87 printemps au compteur et fondateur de cette scène établie au Panier depuis 1977. « Maurice a demandé à Franck Dimech de remonter au plateau une dernière fois », sur les planches de ce théâtre qu’il a dirigé pendant des années au cours d’une pièce qui évoque « la vie sexuelle et amoureuse d’un couple à travers les années. Cela parle de la façon dont le temps peut détruire tous types de relations », campe la directrice du Théâtre Joliette.

    Ouverture et participation

    Auparavant très cantonné à l’accueil de résidences d’artistes, le Théâtre de Lenche s’ouvrira encore plus au public cette saison. « Beaucoup de gens du quartier nous ont fait part de leur amour pour ce théâtre en expliquant qu’ils aimeraient que plus de choses s’y passent », rappelle Nathalie Huerta. Parmi les autres événements qui s’y dérouleront, une « carte blanche » octroyée à Manon Worms au mois de mai avec toute une série d’ateliers et de performances qui permettront aussi à cette dramaturge d’expérimenter sa « prochaine création, autour du thème de la sécurité ».

    Parmi la soixantaine de propositions artistiques jalonnant la saison du Théâtre Joliette, un certain nombre de créations itinérantes et participatives. Anne-Sophie Turion concevra ainsi les 22 et 23 mai, avec des habitants de la Joliette, « une visite guidée du quartier dans laquelle ils feront une apparition. Puis, le jour du spectacle, les spectateurs la suivront sous casque », situe la directrice du théâtre qui programmera aussi au cours de l’année de grandes fresques telles que Le Roi Lear de Dieudonné Niangouna, les 25 et 26 mars, aussi bien marquée par « la tradition congolaise » que de l’esprit de Shakespeare.

    Programme complet de la saison sur www.theatrejoliette.fr

  • Dans les Hautes-Alpes : une rencontre sur la transmission agricole

    Dans les Hautes-Alpes : une rencontre sur la transmission agricole

    À l’heure où le nombre de fermes diminue partout en France, comment assurer la transmission ? La question a animé, vendredi 11, le café-transmission à Guillestre. Organisée par l’Association pour le développement de l’emploi agricole et rural des Hautes-Alpes (Adear 05), la coopérative foncière Terres en Guil et le Parc naturel régional du Queyras, la rencontre s’est concentrée sur le territoire du Guillestrois-Queyras.

    « Pour nous, un territoire qui vit, c’est un territoire avec beaucoup de paysans », a introduit Fanny, agricultrice et bénévole à l’Adear. Autour de la table, plus d’une vingtaine de personnes ont pu échanger. Parmi elles, des exploitants agricoles encore en activité, une paysanne ayant récemment transmis sa ferme à son fils, mais surtout beaucoup de jeunes, encore en formation où à la recherche d’une ferme à reprendre.

    107 agriculteurs actifs

    La rencontre a débuté par une présentation de Tiphaine Combaz, étudiante en master 2 de géographie et aménagement de la montagne, qui a réalisé un stage de six mois à l’Adear. Au cours de sa mission elle a réalisé un repérage des futurs cédants agricoles du territoire, et identifié les potentiels freins à la transmission. « En France, 50% des agriculteurs vont partir à la retraite dans les 10 prochaines années. Sans repreneurs, le nombre d’exploitations agricoles continuera de diminuer », plante la jeune femme. La communauté de communes du Guillestrois-Queyras n’est pas épargnée.

    L’étudiante y a recensé 107 agriculteurs actifs, dont 54 « futurs cédants ». Elle a pu rencontrer 36 d’entre eux, dont plusieurs n’avaient pas pensé à l’avenir de leur ferme. Elle a distingué trois freins principaux à la transmission. À commencer par un frein économique : « Le coût de rachat est généralement trop important pour une personne seule, explique-t-elle. Il y a aussi souvent une surévaluation financière de l’exploitation agricole, nourrie par l’attachement émotionnel du cédant et par la volonté de sécuriser sa retraite ». Viennent ensuite des freins administratifs, mais aussi des freins sociaux et émotionnels. « Il y a souvent une proximité directe entre la ferme et le logement, et ce n’est pas simple de trouver où se loger dans le coin », dit Tiphaine Combaz. Une porteuse de projet, tout juste sortie de formation, qui prévoit de s’installer à plusieurs, confirme : « Comment on se loge, à cinq, en ne gagnant même pas le Smic ? » Il y a aussi une difficulté à se projeter dans un futur à la retraite ou d’arrêter un métier-passion. « Certains attendent qu’un membre de la famille puisse reprendre, car transmettre la ferme est pour eux un devoir mémoriel », poursuit l’étudiante. D’autres ne vont pas forcément avoir confiance en un repreneur non issu du milieu agricole ou du milieu familial. Quoi qu’il en soit, un processus de transmission est relativement long, entre trois et six ans, le temps d’échanger, de définir son projet et de le concrétiser. Au total, elle a estimé à 25 le nombre de fermes sans repreneurs dans les 20 ans à venir dans le Guillestrois-Queyras.

    Les participants ont ensuite pu partager leurs questionnements et leurs témoignages. « Moi, je n’ai pas eu de problème à tourner la page », assure une ancienne paysanne qui avait pu notamment anticiper la question du logement. « C’est aussi notre rôle, en tant qu’élus, de sécuriser l’agriculture de demain, estime Jean-François Baudin, conseiller municipal à Guillestre, pour aller vers une autonomie alimentaire sur le territoire ». « Et assurer une alimentation de qualité », conclut un maraîcher.

  • Graffiti, DJ et breakdance pour les minots de la Gavotte-Peyret

    Graffiti, DJ et breakdance pour les minots de la Gavotte-Peyret

    Les premiers pas sur le lino, posé en plein cœur de la résidence de la Gavotte-Peyret à Septèmes-les-Vallons, sont un peu timides. Installé ce vendredi après-midi, l’objectif est de faire découvrir aux enfants mais aussi aux plus grands, la culture hip-hop. Au programme : initiations gratuites aux tags, au mixage et à la breakdance.

    Et pour chauffer tous les habitants, c’est Mofak, breaker, compositeur et directeur artistique de la Breaking Cup, qui est au micro. L’artiste participe à l’événement depuis 3 ans. Pour cet enfant de Marseille « c’est important de transmettre ce que l’on nous a appris. Ça fait partie des valeurs de ce milieu ». Alors, il n’hésite pas à motiver les plus timides à venir apprendre les bases de la danse avec Lina Félicité, danseuse de l’association Ac2n.

    Mais au début, le lino impressionne un peu, laissant la piste à la danseuse qui en profite pour faire une petite démonstration. C’est vers les bombes de peinture que les minots se précipitent d’abord. Organisés par le graffeur Ozas, les petits apprennent « les bases : comment utiliser la bombe, à quelle distance et avec quelle pression », explique le taggeur. Ce qu’ils testent en remplissant les lettres du nom de leur quartier, dessinées par Ozas. Une petite victoire pour Aziza, qui avec deux amies observe toute cette effervescence. « Je suis contente, mon petit-fils est là-bas, alors que normalement, il n’y a que le foot qui compte. »

    Passées les premières réticences, des petits groupes de curieux s’aventurent sur la scène centrale. Si les premiers gestes sont hésitants, les conseils de Lina semblent porter leurs fruits : Iden et ses amis s’essaient même à quelques figures. Des tentatives encouragées par Mofak au micro : « je vois que ça break un max ».

    Samia et Jasmine ont elles aussi, osé s’aventurer sur le lino. Après avoir appris quelques mouvements, elles se lancent dans une battle. Si Jasmine fait déjà de la danse, en étant pom-pom girl, c’est une première pour Samia : « j’ai trop aimé quand on a appris certains mouvements. Après la figure c’était un peu difficile », ajoute-t-elle.

    Une histoire

    de transmission

    Un savoir-faire que Lina Félicité est heureuse de transmettre. Si elle n’a fait que deux ans de cours de breaking, elle a déjà bien assimilé ses valeurs. « Je trouve ça cool de faire en sorte que les enfants s’intéressent à cet univers. Moi c’est à l’école primaire que je l’ai découvert, et j’ai tout de suite adoré », se rappelle-t-elle.

    Derrière DJ D.D, il y a foule aussi, curieux de voir comment l’artiste fait ses transitions et le fameux scratching [toucher les vinyles pour faire un effet éraflé et rythmé]. Parmi les bambins qui s’essayent aux platines, il y a le petit-fils de Shérazade, celle-ci félicite ce genre d’initiative : « c’est vraiment super ce genre d’événement, ça permet aux petits de découvrir plein d’activités et ça nous fait sortir », sourit-elle.

  • Les nuages s’amoncellent dans le ciel des artisans provençaux

    Les nuages s’amoncellent dans le ciel des artisans provençaux

    La rentrée 2026 s’annonce difficile pour l’artisanat régional. C’est le principal enseignement de la 5e enquête de conjoncture menée par l’Observatoire économique de la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) Provence-Alpes-Côte d’Azur auprès de 2 007 chefs d’entreprise, du 15 juin et le 6 juillet. Dans un territoire qui compte 265 000 entreprises artisanales, représentant près de 400 000 actifs et 20 % du PIB régional, les indicateurs passent petit à petit au rouge.

    « La situation est très préoccupante. Chaque rentrée est compliquée, mais celle-ci l’est particulièrement », résume le président de la CMA Paca, Yannick Mazette, qui pointe à la fois le contexte économique, les tensions internationales et les incertitudes politiques comme freins à l’investissement et à la projection des entreprises.

    Premier enseignement : l’activité se dégrade. Au premier semestre 2026, 43% des artisans déclarent une baisse d’activité, soit treize points de plus qu’en 2023, et près de six sur dix jugent leur niveau d’activité insuffisant. La principale difficulté (46%) reste l’absence de clientèle ou de débouchés. Les difficultés financières arrivent ensuite, évoquées par 26% des chefs d’entreprise. Seuls 20% affirment ne rencontrer aucun problème particulier.

    Le défi de la transmission

    Dans ce contexte, l’inflation (seulement 1,7% en moyenne sur les huit premiers mois de l’année) demeure un sujet de préoccupation majeure : six artisans sur dix se disent fortement impactés par la hausse du coût des matières premières et 55% par celle du carburant. Pour absorber ces surcoûts, 49% ont réduit leurs marges. Conséquence directe, les projets ralentissent. Seuls 24% des artisans envisagent d’investir au second semestre (moins sept points en un an). Les investissements prévus concernent avant tout le renouvellement des équipements.

    Malgré tout, l’emploi résiste : 84% des entreprises ont maintenu ou augmenté leurs effectifs et 66% des artisans anticipent une activité stable ou en hausse dans les prochains mois.

    L’étude met également en lumière le défi de la transmission. Aujourd’hui, 27% des dirigeants ont plus de 55 ans, soit près de 62 000 personnes, un chiffre qui a quasiment doublé depuis 2016. 8%des artisans envisagent de céder leur entreprise à court terme, soit environ 19 000 sociétés concernées. Pourtant, seul un artisan sur dix dirige une entreprise qu’il a lui-même reprise. La principale difficulté reste la recherche d’un repreneur adapté.

    Pour renforcer son accompagnement, la CMA Paca lancera, cet automne, deux nouveaux dispositifs : l’Artisanat Tour, un bus itinérant qui parcourra les six départements de la région jusqu’au printemps 2027, et le Pass CMA Liberté, une offre d’accompagnement donnant accès à des conseils d’experts, des formations et un suivi personnalisé.

  • À Hyères, une politique de la culture vers toujours plus d’ouverture

    À Hyères, une politique de la culture vers toujours plus d’ouverture

    « L’Université du temps disponible devient aujourd’hui l’Université de la transmission et de la découverte », annonce la maire de Hyères, Véronique Bernardini, lundi soir dans son bureau de l’hôtel de ville. Un nouveau nom qui traduit l’ambition de la majorité de mettre l’accent sur la transmission des savoirs et l’éveil de la curiosité tout en favorisant les rencontres et en permettant à chacun de continuer à apprendre et à découvrir tout au long de sa vie, quel que soit son âge. Avec une programmation qui s’ouvre à des thématiques plus diversifiées comme l’histoire, le patrimoine, la santé, l’environnement et sur tous les enjeux de société. Et avec des horaires mieux adaptés aux saisons, aux actifs et aux lycéens

    « Nous souhaitons également renforcer les liens avec les associations qui organisent des conférences, pour créer davantage de passerelles et enrichir les rendez-vous proposés », reprend la première magistrate. Une Université, insiste-t-elle, qu’elle veut ouverte à toutes les générations et à tous ceux qui souhaitent apprendre, comprendre, rencontrer et découvrir. « Car nous avons quelque chose à transmettre », ajoute Véronique Bernardini.

    Accessible à tous

    La démarche se veut également plus participative. Un sondage auprès des participants va être en effet chargé de recueillir leurs attentes et leurs suggestions afin de les faire contribuer davantage à la programmation.

    La deuxième partie de la réunion a porté sur le Festival d’automne, conçu comme une extension des Journées européennes du patrimoine qui s’étale sur un mois entier. La Ville désire avec ce nouveau format de permettre aux visiteurs d’avoir accès aux lieux emblématiques mais aussi aux plus méconnus, avec une programmation plus souple et davantage de rendez-vous hors les murs.

    « L’état de santé d’une ville dépend aussi de l’état de sa culture », rappelle avec passion le docteur Éric Agosta médecin généraliste et adjoint à la culture. Une culture qui, insiste-t-il, doit être partagée et accessible à tous les publics. Et de poursuivre : « Ça colle tout à fait à l’une des raisons pour lesquelles je me suis engagé, partager tout cela. »

    Une découverte de la ville de Hyères et son histoire, ajoute Éric Agosta, qui passe aussi par celle de ses hôpitaux, comme Renée-Sabran ou San Salvadour, « des mines de trésors humains et architecturaux ».

    La Ville a tenu également à une meilleure prise en compte dans son offre des personnes en situation de handicap, avec entre autres des visites adaptées aux personnes malvoyantes ou malentendantes déjà programmées.

    Première conférence de l’UTD vendredi à 18h au Park Hôtel : « Le palmier, un patrimoine européen ».

  • [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    [Entretien] Vincent Laforge, médecin urgentiste : « J’ai voulu un témoignage concret, au ras du bitume »

    Expert en balistique lésionnelle, l’urgentiste a dû raccrocher pour raisons de santé, mais à grand renfort d’anecdotes, son livre nous plonge dans un quotidien hors-norme.

    La Marseillaise : Fusillades, accidents, tentatives de suicide, naissances d’urgence… Vous nous livrez une série d’histoires au plus près du réel. Pourquoi avoir choisi ce ton ?

    Vincent Laforge : [Il sourit] Parce que ça m’a été demandé par le responsable de la collection, Jacques Dallest*, pour accrocher le lecteur, mais de toute façon, je l’aurais fait quand même. C’est la vérité, c’est comme ça que ça se passe. J’ai voulu être concret, au ras du bitume.

    Ce sont aussi des histoires
    de camaraderie, teintées d’humour, dans une ville de Marseille qui vous touche…

    V.L. : Il y a un rôle très important des équipes, aussi parce que si, en partant d’une intervention, on se met tous à pleurer dans les bras des uns et des autres, on ne va pas tenir. On se fait confiance, on a noué des liens d’amitié durables, pour la vie. C’est une façon de se protéger. Il y a des interventions particulièrement dramatiques, tristes. Je vous renvoie à celle où il y a une défenestrée de 16 ans. La pauvre gamine… [Il est ému] On a fait ce qu’on a pu, mais on n’a rien pu. J’étais légitimement en colère. Quand je passe rue Paradis j’y pense encore. Quant à Marseille, c’est une espèce de sentiment d’affection et de répulsion en même temps. Elle a ce côté sympa, la mer, et puis, les quartiers Nord, au mois de décembre, à 2h du matin. Il y a une fois, j’ai eu cinq morts dans la matinée, c’est difficile.

    Vous témoignez aussi d’un métier qui a largement évolué, dont vous avez apprécié le côté artisanal. êtes-vous nostalgique d’une époque ?

    V.L. : J’ai été obligé d’arrêter en raison d’un quadruple pontage. Cela a été dur quand mon médecin chef m’a dit que je n’avais plus droit au stress, plus de nuit, plus rien. Je parle beaucoup de certains médecins de Gonesse, dont j’ai été l’élève. Je ne voudrais pas porter un regard trop sévère sur mes jeunes collègues. Ils font ce pour quoi ils ont été formés. Ils sont beaucoup plus forts que moi, ont tous passé à un concours très difficile que je n’ai pas passé. Mais, avant, on faisait avec ce qu’on avait, avec notre expérience et le matériel qui était ce qu’il était. Mais l’interrogatoire du patient, c’est 75% de l’examen clinique. Et puis dans l’artisanat, il y a aussi l’amour du travail bien fait. À chaque fois, je me demandais « qu’est-ce que je pourrais faire de plus ? ».

    Vous restez réserviste chez les pompiers de Paris. Médecin urgentiste, c’est pour la vie ?

    V.L. : J’ai exercé dans un hôpital, c’est un monde impitoyable, c’est la médecine de terrain qui m’intéresse. Il y a un côté « prima donna » aussi. Il faut être honnête. Quand on arrive sur l’intervention, tous les feux des projecteurs sont sur vous. Mais en même temps, vous êtes obligé d’être dans l’action et d’être efficace aussi. C’est particulièrement vrai pour des interventions multivictimes. On a vraiment été formés pour ça, comme pour la prise d’otage à la tour Méditerranée. On apprend à ne pas arriver sous le feu. J’en suis au point où, aujourd’hui, quand je vais dans un magasin, je me dis la sortie est là, l’entrée ici, j’organiserais mon poste médical avancé comme ça…

    Ce livre est-il aussi un message aux nouvelles générations de médecins ?

    V.L. : Je n’ai pas voulu faire un livre de médecine où j’explique aux jeunes ce qu’il faut faire, ils trouveront par eux-mêmes. Je trouve que c’est odieux, les vieux cons qui veulent pontifier. Non, j’ai écrit pour ma petite-fille, qui a 2 ans. C’est à elle qu’est dédié le livre. C’est un legs, une forme de témoignage. Car cette transmission, je ne l’ai pas eue. J’ai beaucoup regretté que mon père, en particulier, ne raconte pas sa campagne de Normandie, tout comme mes grands-pères, qui ont tous deux participé à la Première Guerre mondiale. Je suis allé aux archives, à Vincennes, j’ai découvert mon grand-père, que je n’avais pas connu, était médecin. J’ai découvert des choses extraordinaires.

    Pensez-vous écrire une suite ?

    V.L. : Je ne sais pas, pourquoi pas. J’ai encore plein d’histoires. Quand je me promène dans Marseille, je me souviens : là une explosion de gaz, devant l’Hôtel-Dieu un arrêt [cardiaque], un accouchement difficile rue de la République… C’est mon premier ouvrage grand public, mais j’en ai écrit deux plus techniques. L’un intitulé La chair et le plomb sur les plaies par arme à feu depuis Ambroise Paré, un autre sur la balistique lésionnelle. Je donne des cours à la fac sur ce sujet en particulier à Marseille, Lyon, Montpellier…

    * ex-procureur de la République
    à Marseille

    « Du sang sur les mains, Récits »,
    de Vincent Laforge, 244
     pages,
    Mareuil Éditions, 20,99
     euros

  • La calade de Fontville restaurée à l’ancienne

    La calade de Fontville restaurée à l’ancienne

    La voie n’est pas répertoriée sur le GPS, mais elle est bien connue des habitants de Miramas-le-Vieux. Au départ du bas du village, à proximité du cimetière, la calade du chemin de la Fontville permet de rejoindre le parc de la Poudrerie Royale. Les enfants l’empruntent quotidiennement pour prendre le bus qui les amène à l’école. Du moins en période scolaire. À l’époque, les anciens y descendaient pour aller au lavoir. La légende raconte même que Catherine de Médicis l’aurait arpentée alors qu’elle était en visite à Salon-de-Provence.

    Aujourd’hui, à force de passages, ce sentier médiéval est abîmé. Après avoir été interpellée par le Conseil de quartier des 4 chemins, la Ville de Miramas a fléché 12 000 euros pour sa restauration. Depuis le 20 juillet et jusqu’à la fin du mois, une dizaine de bénévoles de l’association Opus s’affairent sur la voie historique en s’appliquant à respecter les techniques traditionnelles : un revêtement en pierres sèches plantées à la verticale, en contact les unes avec les autres, sur un lit de mortier de chaux à sec. Luc Alain, animateur technique du chantier, explique : « Ça permet au sol de respirer tout en canalisant les eaux de pluie. »

    Une aventure humaine

    avant tout

    Pour cet artisan muralier d’Aix-en-Provence, encadrer des bénévoles via une association est une première : « C’est intéressant, ça permet d’être dans la transmission du savoir-faire et de les intéresser au patrimoine. Ce que je leur ai dit, c’est qu’ils travaillent sur un ouvrage qui est là depuis probablement plus de 500 ans, et que les pierres qu’ils manipulent ont déjà été manipulées il y a des centaines d’années par d’autres personnes. »

    Le message semble être passé. Accroupis sur le chemin, les jeunes, âgés de 18 à 22 ans, sont concentrés. Leurs journées bien chargées. Le réveil sonne à 6h, pour débuter les travaux une heure plus tard. Ils et elles passent la matinée à enlever les pierres des zones cabossées ou bétonnées, remettre de la chaux et replacer le revêtement. À 13h, retour au Parc de la Poudrerie, où ils sont logés. L’après-midi, place aux activités et à la découverte de la région.

    Amandine et Ilda, qui travaillent en binôme sur la calade, ont d’abord été attirées par « l’aventure humaine » que propose Opus. « C’est l’idée de partager deux semaines avec des gens qu’on ne connaît pas, de découvrir de nouvelles personnes, de nouvelles cultures, parce que c’est un chantier international », détaille la première, étudiante en kinésithérapie à Lille. Leur meilleur souvenir ? La soirée passée la veille, lors de laquelle elles ont découvert des chants turcs de leurs camarades originaires du pays d’Asie.

    Dans quelques semaines, d’autres bénévoles d’Opus viendront restaurer le canal du Parc de la Poudrerie. Le partenariat de la Ville avec l’association, qui dure depuis près de vingt ans, a notamment permis à de nombreux éléments du patrimoine de cet ancien domaine industriel d’avoir une seconde vie, à l’instar du lavoir, des moulins à poudre, ou encore de la chapelle.

  • L’ancien palais de justice de Brignoles mis sous protection

    L’ancien palais de justice de Brignoles mis sous protection

    Le ministère de la Culture a ouvert une instance de classement au titre des monuments historiques de l’ancien palais de justice de Brignoles (Var), édifié entre 1839 et 1842. Cette décision ministérielle rare, signée le 20 mai 2026 et qui vient d’être publiée, répond à une demande de l’association Sites & monuments qui avait interpellé en urgence l’État pour sauver l’édifice de 1 000 m2.

    « Le dépôt le 14 août 2025 d’un permis de démolir partiel fait peser une menace directe de transformations irréversibles, d’altérations architecturales substantielles et de perte de lisibilité des volumes et des dispositions d’origine sur cet ensemble d’intérêt patrimonial majeur », a écrit en février Sandrine Rolengo, la déléguée régionale Paca de l’association de défense du patrimoine. Son courrier à Rachida Dati soulignait l’extrême urgence à intervenir. « Dans un contexte de pression foncière et de renouvellement urbain, ces risques appellent une réponse immédiate des pouvoirs publics. »

    « Un ensemble architectural complet »

    Après le départ du tribunal du centre-ville, le bâtiment historique est resté vacant et s’est dégradé jusqu’à l’effondrement partiel de la toiture et de zones de plancher. « La préservation en l’état étant devenue impossible, notamment en raison du coût nécessaire, il a été décidé la démolition partielle du bâtiment, en ne conservant que la façade principale », énonçait, en juin 2025, la mairie de Brignoles dans l’appel d’offres pour sa déconstruction. L’instance de classement garantit désormais la sauvegarde de cet ensemble « dans l’attente de l’instruction d’une mesure de protection pérenne ». « Tous les effets du classement au titre des monuments historiques s’appliqueront de plein droit à cet immeuble pendant une durée d’un an », énonce la décision.

    L’ancien palais de justice est l’œuvre de l’architecte Esprit Lantoin (1787-1856), qui l’a conçu dans un style néoclassique comme « élément central d’un ensemble architectural complet d’édifices construits pour les institutions judiciaires et pénitentiaires sous la monarchie de Juillet ». C’est en réalité tout le pôle judiciaire du XIXe qui mérite d’être sauvé. C’est pourquoi Sites & monuments a demandé que soient également protégées l’ancienne prison, l’ancienne gendarmerie, la place et sa fontaine. « Bien que situés dans le Site patrimonial remarquable de la ville, ces édifices méritent une protection individuelle afin d’assurer leur conservation, leur restauration et leur transmission aux générations futures », vient d’écrire l’association reconnue d’utilité publique au maire de Brignoles, Didier Brémond (LR), pour demander une reconversion de l’îlot plus respectueuse du patrimoine.