Tag: Tournage

  • Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Une traque aux loups condamnée dans les calanques

    Le 6 septembre 2025 au matin, un cameraman était surpris par un garde du Parc national des Calanques, dissimulé derrière un filet de camouflage pour filmer des loups gris avec du matériel professionnel dans une zone de reproduction du loup. Pour le PNC, ce professionnel a perturbé la meute et ses louveteaux.

    Pièges photos et planque

    Alertés, des inspecteurs de l’environnement le contrôlaient. Il remettait son matériel après avoir conservé la carte SD. Plus tard, il montrait les images enregistrées le jour même où l’on voit des louveteaux, ainsi que des photos anciennes prises durant 15 jours en août grâce à des pièges photos. Ces « camtraps » étaient positionnés au cœur même du site d’élevage et de nourrissage de ces louveteaux nés en 2025.

    Une autorisation de tournage avait bien été délivrée à la société de production en vue d’un documentaire pour Arte sur les écosystèmes face au réchauffement climatique, mais elle avait expiré depuis un mois. Et surtout elle excluait explicitement les prises de vues de loups après refus catégorique et écrit du service d’instruction des autorisations du Parc en février 2024 : « S’agissant du loup, après discussion en interne, nous ne souhaitons pas qu’il y ait d’images de cette espèce. » La réalisatrice avait alors répondu : « C’est bien noté pour le loup, je transmets votre réponse à Arte. » Donc pas d’affût cinématographique du loup gris Canis Lupus.

    En audition, la réalisatrice a reconnu la frustration née de ce refus : « On était dégoûtés, toute la presse en parle et nous, on essaye de faire les choses correctement et on n’a pas le droit de parler de cette espèce. » D’ajouter : « On est tout le temps sur le fil entre l’envie de voir le loup et l’interdiction de le mettre dans le film. On espérait le voir. Pendant deux ans on n’a pensé qu’à lui. »

    Le tribunal a prononcé la relaxe du cameraman, de la réalisatrice et de la productrice du seul délit de « perturbation volontaire illicite d’une espèce protégée non domestique », estimant que la perturbation effective n’était pas caractérisée.

    Si un garde du Parc a témoigné que la meute de loups a délaissé le lieu de rencontre capté par l’opérateur trois ou quatre jours après et que les loups se sont alors déplacés près de la route de la Gineste, un louveteau ayant d’ailleurs été percuté par un véhicule, le garde a aussi précisé que ce déplacement pouvait s’inscrire dans le comportement normal des loups ou être causé par le passage d’un autre promeneur.

    L’intention de perturber est écartée au vu des nombreuses précautions professionnelles prises par l’opérateur qui s’était camouflé et qui gérait ses odeurs pour ne pas être détecté. Il indiquait avoir été à 150 mètres de la zone captée par le piège photo, correspondant au site de rendez-vous des loups, avoir estimé être à bon vent et avoir adopté des précautions olfactives. Il estimait avoir pris toutes mesures nécessaires pour ne pas perturber l’espèce.

    Pas d’autorisation

    En revanche, le tribunal a reconnu le chef opérateur et la réalisatrice d’exercice illégal d’une activité en cœur d’un Parc national. Les échanges d’emails et de messages sur WhatsApp prouvent qu’ils avaient bien conscience de l’expiration de l’autorisation et révèlent une stratégie pour filmer le loup en cachette afin de ne pas éveiller le Parc. Leurs intentions étaient d’intégrer le documentaire destiné à Arte.

    La productrice du documentaire est relaxée. Si la société était bien informée de l’interdiction globale du Parc, rien ne prouve qu’elle a participé aux échanges ni qu’elle avait validé ou rémunéré ce tournage avec des loups.

    Tenant compte de l’absence d’impact écologique direct des faits et de leur casier judiciaire vierge, l’opérateur écope de 2 000 euros d’amende avec sursis. Son matériel de tournage lui est restitué. La réalisatrice écope de 3 000 euros d’amende avec sursis. Une dispense d’inscription au bulletin n2 du casier judiciaire leur est accordée. En réparation de l’atteinte à sa mission statutaire et atteinte à son image, les deux condamnés devront verser 800 euros chacun au Parc national des Calanques. Constituées parties civiles aussi, quatre associations de protection de l’environnement (Aspas, Ferus, LPO Paca et One Voice) recevront chacune 1 000 euros en réparation de leur préjudice moral. Elles dénonçaient une « course aux images » aux conséquences dramatiques.

  • [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    [Entretien] Cyril Zimmermann : « Marseille devient une capitale du cinéma »

    Les deux journées du festival Marseille fait son cinéma, créé par la Plateforme en association avec l’Alhambra, mettent à l’honneur le cinéma phocéen, une filière en pleine évolution. Au programme : conférences, projections et ateliers participatifs. Des rencontres avec des professionnels auront lieu, permettant aux visiteurs de se familiariser avec le processus de création d’un film.

    La Marseillaise : Pourquoi mettre à l’honneur le cinéma marseillais ?

    Cyril Zimmermann : Marseille est une ville où, historiquement, il y a beaucoup de choses qui se sont passées dans le domaine du cinéma. Elle est devenue une ville de tournage dans les vingt dernières années et, plus récemment, s’est dotée d’écoles dans la filière du cinéma : Kourtrajmé, CinéFabrique, la Satis, les AIS. Il y a eu une croissance de l’offre de formation pour les jeunes. Il y a aussi de nouvelles infrastructures qui se sont créées, avec la base logistique de Gèze, ou Provence Studio à Martigues. La cinémathèque française va aussi bientôt s’installer à Marseille. On est donc, collectivement, en train de s’équiper en talents, en formations, en infrastructures. Avec Marseille fait son cinéma, nous voulons faire un état des lieux de Marseille, qui devient une capitale du cinéma, française, européenne et méditerranéenne. Il y a à la fois une évolution assez monumentale ces dernières années, couplée à notre envie, en tant qu’établissement d’enseignement supérieur, de fédérer autour de nous les acteurs de l’univers du cinéma. Nous voulons nous regrouper ensemble pour nous donner, collectivement, le maximum de visibilité vis-à-vis des publics informés, des professionnels, de façon à ce que cela crée un effet cumulatif, un cercle vertueux.

    Comment avez-vous pensé la programmation ? À quoi peuvent s’attendre les visiteurs ?

    C.Z. : On a bien choisi notre nom : la programmation est pensée pour mettre à l’honneur Marseille et le travail qui y est fait dans la filière du cinéma. On a monté la programmation en trois parties : dans l’espace Plaza, il y aura des activités pédagogiques plutôt pour les jeunes publics. Les écoles de cinéma, notamment les AIS ou la Satis, vont délocaliser des ateliers pour montrer à des adolescents comment on crée l’image, comment on monte un film, comment on produit du son. Dans la salle des sucres, seront diffusés en permanence des films réalisés par des élèves des différentes écoles de cinéma de la métropole. Dans l’espace cabaret, il y aura, le vendredi 27 et le samedi 28, des rencontres menées par des professionnels de l’univers du cinéma. Robert Guédiguian va raconter sa relation avec Marseille et les tournages. Seront aussi présents Karim Dridi et Margaux Fournier, qui vient de recevoir un César pour Le bain des dames. L’idée est de réunir des personnes importantes du paysage du cinéma marseillais. Nous voulons donner aux gens l’envie d’essayer de faire du cinéma, montrer que ce n’est pas inaccessible. L’idée est d’être aspirant et enthousiasmant.

    Après cette première édition, souhaitez-vous réitérer ces journées de rencontres ?

    C.Z. : Nous voulons créer un rendez-vous du cinéma marseillais, une fois par an. Notre volonté est d’attirer de plus en plus de curieux et de passionnés dans ce lieu festif.

    12 rue Urbain V, 13002 Marseille.
    Entrée gratuite.

  • Un documentaire sur le Madrediosa, à Montpellier, pour France TV

    Un documentaire sur le Madrediosa, à Montpellier, pour France TV

    Réalisateur gersois originaire de Rodez et pas particulièrement lié à la communauté LGBTQIA+, rien ne destinait Adrien Cotonat à s’intéresser au Madrediosa et à sa clientèle. Ce bar ouvert en 2020 dans le quartier des Beaux-Arts s’est imposé au fil des ans comme le repère de la communauté LGBTQIA+ montpelliéraine. Cela n’a pas échappé aux scénaristes de France TV.

    « Le diffuseur avait repéré le Madrediosa comme un potentiel lieu de tournage d’un documentaire qui s’inscrirait dans sa collection ‘Week-ends avec la jeunesse française » explique Adrien Cotonat, le réalisateur. Le projet me tentait alors j’ai accepté. » La série en neuf épisodes réalisée par les antennes régionales de France télévisions dresse le portrait de la jeunesse d’aujourd’hui en suivant un groupe de jeunes, le temps d’un week-end. « Débarquer en tant qu’homme cisgenre (personne dont le genre correspond à celui attribué à la naissance, NDLR) et hétérosexuel n’a pas été un point fort pour légitimer ma demande. En rencontrant Sab et Audrey, les gérantes de l’établissement, nous avons beaucoup discuté sur la manière dont allait être traité la communauté LGBTQIA+ dans le documentaire, pour éviter la stigmatisation », se souvient-il.

    L’art comme moyen de lutte

    Durant treize jours, le réalisateur passe du temps au bar pour « saisir l’ambiance » et « rencontrer la clientèle ». « Je n’y avais jamais mis les pieds, je ne suis même pas de Montpellier, j’habite à Auch, dans le Gers. » Mais par l’intermédiaire des gérantes, il rencontre Hadir, stand-uppeuse, Lé, artiste drag, Julia, colleuse amatrice et Cécile, fan de couleurs et de maquillage. Alors que le documentaire prend place dans un contexte politique compliqué, après le premier tour des élections législatives de mai 2024 où l’extrême droite se positionne en tête, il documente leurs craintes, leurs histoires et leurs luttes. « Chacun·e, par un vecteur artistique différent, milite et s’exprime. Pour ces personnes perçues comme différentes dans la société, le Madrediosa est un repère, un lieu sûr dans lequel elles peuvent enfin être elles-mêmes. »

    Des élections à la Marche des fiertés, Adrien Cotonat découvre en immersion le lien qu’ont tissé Sab et Audrey avec leurs habitués. « Elles ont presque un rôle de “tatas”. C’est assez dingue de voir le nombre de personnes qui, instinctivement, vont entrer en cuisine pour discuter avec Audrey ou passer derrière le bar pour se confier à Sab, parfois même sur des histoires très lourdes. Elles agissent comme des éponges, comme si les gens entraient, se déchargeaient et quittaient le bar remplis d’énergie positive. »

    * Le documentaire est à visionner gratuitement sur France.tv

  • Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Dans les coulisses de la série Alter ego, où Cantona joue un flic

    Élégant dans son costard, lunettes de soleil sur le nez, Éric Cantona, en ce début d’après-midi, enchaîne les prises de vues sous la direction du réalisateur Philippe Dajoux.

    Dans un décor de rêve, entre la Grande Bleue, le paysage des Trois Secs et les portiques des chantiers navals au loin, « The King », surnom du Marseillais pour ses exploits de joueur de foot, remonte l’allée, à proximité du Neptune Club et du port St-Jean. Cantona est reconnaissable entre mille. Avec sa carrure et sa manière si caractéristique de se tenir parfaitement droit, les épaules en arrière.

    « Un peu une comédie à l’italienne »

    Après plusieurs essais, le réalisateur, Marseillais lui aussi, qui a un peu vécu, enfant, à La Ciotat, juge que la prise est bonne. Éric Cantona confie : « Le tournage se passe très bien. Les paysages sont magnifiques. Je prends beaucoup de plaisir à tourner ici, avec mon ami Philippe Dajoux. Je joue un commissaire qui revient à Marseille et la série mêle enquêtes et histoires familiales. C’est un peu une comédie à l’italienne, il y a des moments émouvants, d’autres plus drôles. J’adore jouer les scènes où il se dégage une certaine émotion. »

    Directeur de production sur la série, Jean-Paul Nogues, juste après, commente : « On a tourné une séquence. On a fait une mise en place avec les comédiens, les décorateurs, la caméra, le réalisateur. On a regardé comment on pouvait articuler le texte et se déplacer dans l’espace. On a défini un cadre et un mouvement. » Il développe : « Le réalisateur intervient sur la direction d’acteurs, avec des indications de jeu, et quand il est satisfait, on passe à la prise de vue. La scripte est à côté du retour vidéo. Elle a le scénario en mains, et vérifie que le texte est bien dit. »

    Philippe Dajoux – il a réalisé le film Les collègues en 1998 – se dit « très satisfait du tournage. On a tout ce qu’il faut comme il faut. À Marseille, dans le Sud, à La Ciotat, on est gâté pour tourner ». Diffusée en trois soirées de deux épisodes l’an prochain sur TF1 (on ignore encore à quelles dates), la série campe « un policier [Joseph Batista, alias éric Cantona, Ndlr.] associé à un avocat [Samy Kaddourian, alias Bruno Sanches] qui enquête. C’est surtout une comédie familiale policière », consent à dire le réalisateur.

    Venu assister au tournage de la séquence, Renaud Muselier (Cap sur l’avenir), président de la Région Sud, ne cache pas son enthousiasme. Entièrement tournée en Provence, de mai à octobre 2025, produite par Quelle aventure ! et Empreinte digitale, la série sera soutenue, après un vote d’aide à la production le 17 octobre prochain à la Commission permanente, à hauteur de 100 000 euros. Parce que le cinéma et l’audiovisuel représentent, pour l’élu, « une économie non délocalisable, qui attire des investisseurs et fait rayonner nos territoires ». La Région apporte à la filière un financement de 7,4 millions d’euros, « de la formation à la diffusion, de la production à l’éducation à l’image ». Avec plus de 5 000 jours de tournage par an, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur« est devenue la deuxième région pour les tournages, après l’Île-de-France ».

  • « L’affluence s’est reportée sur août »

    « L’affluence s’est reportée sur août »

    La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous de la saison ?

    Jean-Jacques Micoud : On a un début d’année qui était pas mal, un printemps qui s’est bien déroulé, un décrochage sur mai malgré les ponts et puis un redémarrage en août. Le mois de juillet n’était pas bon, et l’affluence s’est reportée sur août, ce qui est plutôt nouveau. Ça s’explique par des événements conjoncturels et structurels. Le conjoncturel ce sont les incendies. Mine de rien, beaucoup de gens se sont demandé s’ils pouvaient quand même venir, si les plages étaient ouvertes, si les manifestations étaient maintenues… L’autre point conjoncturel, ce sont les canicules. J’ai travaillé pendant neuf ans pour le Morbihan, chaque fois qu’une vague de chaleur était annoncée dans le Sud, on voyait mécaniquement les réservations augmenter. Et puis l’élément quasi structurel maintenant, c’est la forme économique de la France et le pouvoir d’achat des Français. Ça ne joue pas tant sur les réservations que sur la consommation.

    Les activités de l’Office ont-elles rencontré le succès escompté ?

    J.-J.M. : Les visites ont bien marché, on est satisfait niveau remplissage global. On a trois types de participants : les Martégaux qui viennent découvrir ou redécouvrir leur patrimoine, comme le calen, les gens de la région qui s’inscrivent à nos activités pour avoir un bon prétexte pour visiter Martigues, et puis le touriste pur qui est en vacances et qui en profite pour ne pas bronzer idiot. Là où on est aussi assez satisfait, c’est du côté boutique. Les petites babioles aux couleurs de Martigues marchent pas mal. On a un panier moyen de l’ordre de 11,50 euros. Ce qui est important, c’est que les gens repartent avec quelque chose.

    La filière cinéma attire-t-elle les touristes ?

    J.-J.M. : Bien sûr, la visite des décors de Camping Paradis continue de rencontrer un succès fou. On est en train de mettre en place des visites pour Provence Studios. On a une pépite mondiale, une originalité terrible en France avec cette carte postale de Venise provençale, un savoir-faire en matière d’accueil de tournage puisqu’on est à 170 tournages par an. Il faut qu’on soit capable d’organiser des visites autour des infrastructures, autour du cinéma, et demain on pourrait aller encore plus loin avec des visites virtuelles, un site dédié… Il faut que le cinéma soit considéré comme une vraie filière, pas simplement d’attractivité, mais économique.

  • [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    La Marseillaise : Présentez-nous les grandes lignes de votre prochain film…

    Robert Guédiguian : Comme toujours, je cherche à raconter ce qui est le plus préoccupant aujourd’hui. Et ce qui nous préoccupe aujourd’hui, ce sont souvent des questions ignorées ou minorées en tout cas. Pendant deux générations, on ne s’est pas trop occupé d’identité, d’ethnie, de féminisme, de violences sexuelles. C’étaient des questions qui existaient, certains y travaillaient évidemment, mais ça apparaissait très secondaire quelque part dans le débat public. Par exemple, en politique, dans la prise en compte de ces questions dans les programmes, on en parlait très peu. Bien sûr, les uns et les autres avaient des propositions plus ou moins féministes, plus ou moins anticoloniales, plus ou moins antiracistes. Cela existait, bien entendu. Mais on ne mesurait pas à quel point ces questions demeuraient capitales, et pas secondaires du tout. Et aujourd’hui, on se prend une explosion suite à plusieurs dizaines d’années de sous-estimation de ces questions.

    Vous dites, dans le synopsis, que les questions d’origine, de religion, de genre ou de couleur de peau semblaient dépassées mais qu’on s’aperçoit que nous avions tort…

    R.G : C’est-à-dire qu’il faut prendre ces questions à bras-le-corps. Ce sont des questions auxquelles il faut apporter des réponses, qui peuvent être d’ordre institutionnel, politique, sociétal… Mais il faut les traiter car elles déterminent la vie des gens autant que leurs conditions matérielles d’existence, à mon sens. On s’est peut-être trop préoccupé des questions matérielles, je pense. La vie ce n’est pas qu’avoir le Smic qui augmente… C’est évidemment très important mais la vie n’est pas que matérielle. D’un point de vue anthropologique, elle est aussi spirituelle. Et dans le spirituel, il y a les mœurs, les rapports hommes-femmes, les rapports amoureux, les questions de genre… Ces questions développent des clivages assez fous dans les pays occidentaux. Trump a été élu sur une base « anti-changement civilisationnel ». Je ne dis pas « anti-progrès »

    Vous partez quand même d’une femme qui se pense « émancipée » mais qui change suite une agression ?

    R.G : Le film essaie de parler de toutes ces questions évoquées précédemment. Mais comment le faire ? C’est toujours la problématique : Parler du monde contemporain dans un film de fiction. Théoriquement, je pourrais écrire un texte, faire une conférence et avoir un discours rationnel sur ces sujets, sur la forme des luttes aujourd’hui. Mais dans un film, il faut que cela s’incarne dans des actions, des événements. Donc je pars d’une femme qui pense que tout va bien. Elle gagne bien sa vie, elle est heureuse et émancipée, y compris sexuellement. Elle a une très bonne situation mais elle vient d’un milieu populaire. Cette situation génère quelques frictions avec sa famille : les parents sont modestes et habitent dans une cité, alors qu’elle habite dans une villa au Roy d’Espagne. Elle est le stéréotype de la réussite. On ne précise pas sa profession dans le détail mais on suppose qu’elle est dans les fusions-acquisitions, des actions de boursicotage. C’est lié au capitalisme financier… Assez vite, elle est agressée sexuellement. Évidemment, cela l’atteint physiquement et psychologiquement. À tel point que cela va remettre peu à peu en cause son rapport au monde. Et pour faire de la fiction, elle va avoir un accident, par hasard, devant un foyer de jeunes mineures enceintes… On passe donc des bureaux de la tour Nouvel à une maison qui accueille des filles mineures de toutes origines. C’est là qu’elle va rencontrer d’autres mondes, d’autres univers, d’autres pauvretés, d’autres rapports sexuels. Il y a aussi le décès d’un oncle qui implique des révélations familiales, puisque la mère de notre personnage est née en Algérie. Elle découvre des choses difficiles sur ce qui s’est passé là-bas. À travers tout cela, on parle d’immigration, de mineures enceintes, on parle de notre rapport aux colonies… Ce n’est pas un film sociologique mais on fait attention à ne pas être en contradiction avec le réel.

    Votre traitement de ces questions est en lien avec la montée d’une internationale d’extrême droite dans le monde ?

    R.G : Par capillarité oui. Shakespeare disait que les auteurs sont des éponges de leur époque. Je suis surinformé, j’ai toujours aimé me préoccuper des autres, de ma rue ou du monde entier. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza, au Soudan ou au Congo m’intéresse. Quand j’écris, j’écris forcément avec tout ça. C’est de manière naturelle, je ne fais pas ça pour ça. Dans ce monde de confusion, avec Trump, Meloni, Erdogan, Orban, des figures émergent et ressemblent à des dictateurs élus. Évidemment, cela me préoccupe. Et ça nous pend au nez ici en France.

    Dites-nous en plus sur le casting, le tournage à venir…

    R.G : Il y a un petit décentrement. Le film s’appelle Une femme aujourd’hui. Pour rire, en général, j’ajoute : « Et ce n’est pas Ariane Ascaride ». Elle joue la mère, Gérard Meylan le père, Jean-Pierre Darroussin joue le voisin, les frères sont Robinson Stévenin et Adrien Jolivet. Il y a aussi Géraldine Loup et Sophie Payan. Il y a tout le monde, ou presque. Et le personnage principal est Marilou Aussilloux, de La Pie voleuse.

    Depuis « Twist à Bamako », vous êtes revenu à Marseille, c’est un retour aux sources naturel ?

    R.G : Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Pour moi, Marseille est une forme, c’est mon théâtre. On tourne rarement dans les mêmes quartiers, sauf à l’Estaque. Mais là, on n’est pas dans un conte comme d’habitude. On est dans un film beaucoup plus dur, plus « réaliste ». Et ce type de récits, je peux les tourner où je veux. Et où je veux, ça peut être ici. Je me dis que toutes les histoires du monde peuvent se passer n’importe où, y compris à Marseille. Je n’ai pas un regard sur la ville mais sur le récit. Toutes les histoires que je raconte peuvent se tenir ailleurs. Elles tiennent debout sans Marseille. Mais le film n’aura pas la même couleur, pas la même lumière, pas les mêmes matières. La forme change, mais le contenu reste. C’est mon regard sur le monde en général qui compte, pas sur Marseille. Et là, c’est les questions qui préoccupent l’occident dont je veux parler. Je pourrais en parler depuis Hambourg, Barcelone ou Liverpool.

    « Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Marseille est une forme, c’est mon théâtre »

  • Un cinéaste artisan de notre époque

    Un cinéaste artisan de notre époque

    Les œuvres de Robert Guédiguian ne sont jamais anecdotiques même celles qui semblent les plus légères. Elles nous accompagnent et nous nourrissent, elles nous heurtent et nous saisissent. De Marius et Jeannette, – au succès populaire qui a permis au cinéaste de construire un parcours artistique solide, en amitié et en fraternité avec le public – on retient souvent l’histoire d’amour formidable, ce miracle de la vie. Mais aussi, en filigrane, en sachant saisir un regard ou des mains qui économisent le reste d’un tube de sauce tomate, l’âpreté de la condition des femmes ouvrières, leur pugnacité aussi. D’autres figures féminines seront au cœur de son prochain film intitulé Une femme aujourd’hui. Un titre simple pour nous raconter une réalité complexe.

    Guédiguian élargit la question sociale

    En se saisissant toujours de la question sociale, Robert Guédiguian l’élargit à nos enjeux contemporains. Ici, les questions d’identité, de féminisme, d’immigration. Il entend les révéler au grand jour, avec les outils qui sont les siens, ceux du cinéaste, de l’artiste : un scénario, des actrices, des acteurs, des costumes, des décors, de la lumière et des couleurs. Georges Simenon écrivait des « romans durs » au sens où il était le conteur de son époque et de sa réalité crue, invisible à ses contemporains. C’est la fonction de la culture : être révélatrice de notre vie et nous offrir des clés pour s’émanciper.

    Impossible de dire si Une femme aujourd’hui va s’inscrire dans les films « durs » de Robert Guédiguian. Une chose est sûre : ce film, son 25e, est attendu avec impatience.

  • Martigues : Provence Studios prépare des visites pour découvrir les coulisses du cinéma

    Martigues : Provence Studios prépare des visites pour découvrir les coulisses du cinéma

    La Marseillaise : Combien de tournages avez-vous accueillis l’année dernière ?

    Olivier Marchetti : Ce qu’on peut dire c’est que 2024 et 2025 n’ont pas été des années très bonnes, il y a eu une grosse baisse des tournages depuis 2023 liée à tout un tas de raisons : la grève des scénaristes américains a perturbé les choses, la convention entre les producteurs et Canal+ a mis du temps à être ratifié donc énormément de projets ont été décalés et la conjoncture économique globale fait que beaucoup de projets ont été reportés ou annulés. On voit l’état de la filière à l’embauche des intermittents : avant on avait une pénurie, là c’est eux qui nous téléphonent pour avoir du boulot. Et ce n’est pas qu’en France, en Europe et aux États-Unis c’est pareil. Je reviens de Los Angeles, il y a zéro tournage parce que c’est trop cher, qu’il n’y a pas d’aide… La production en France a diminué ces deux dernières années, mais 2026 s’annonce beaucoup mieux. On a de belles perspectives.

    Comment faire pour attirer les productions ?

    O.M. : Le marché est devenu réellement mondial. Il faut savoir que les productions françaises et internationales ont des aides pour produire, ces aides ne sont pas des subventions mais une restitution de ce qu’ils dépensent sur de la TVA par exemple. Le crédit d’impôt en France était assez compétitif à l’époque, mais il ne s’est pas modernisé à la différence de l’Espagne ou de l’Italie, ce qui l’a beaucoup dévalué. Aujourd’hui, en France, ce ne sont que les salaires des techniciens français qui sont pris en charge, le casting et les techniciens étrangers ne rentrent pas dans l’assiette. Donc les producteurs américains, quand ils ont un gros casting et un gros réalisateur, préfèrent aller en Italie ou en Espagne parce que ça leur coûte moins cher. Il faudrait augmenter cette assiette en France.

    Est-ce qu’on a une idée des retombées économiques de la filière pour le Pays de Martigues ?

    O.M. : The Serpent Queen, qui a été tourné à Martigues mais aussi dans les Pays de la Loire, était un tournage à 80 millions de dollars sur six mois. La production a dépensé 2,5 millions d’euros d’hôtel dans la région. C’est colossal. Ces retombées-là, les salaires, les taxis, les restaurants, la consommation, sont directes, mais il y a aussi les retombées indirectes qui sont plus difficiles à chiffrer. La Nouvelle-Zélande a fait une enquête pour évaluer ce montant : après Le Seigneur des anneaux, le tourisme a pris 50%. À Martigues, on peut citer l’exemple de Camping Paradis. Énormément de gens positionnent la commune grâce à cette série, sans compter les visites organisées dans les décors par l’Office de tourisme.

    De votre côté, un partenariat avec l’Office de tourisme est-il envisagé pour organiser des visites des studios ?

    O.M. : Oui. On a énormément de demandes. On ouvrait jusqu’ici pour les Journées du patrimoine, cette année ce ne sera pas possible car elles tombent en même temps que la foire de Marseille où nous tiendrons un stand. En revanche on crée des visites pour venir voir nos studios, ce sera fin 2025 début 2026. Quand j’ai créé Provence Studios je n’avais pas conscience de l’intérêt que pourraient porter les habitants du territoire et les touristes au fonctionnement de nos lieux de tournage.