Pour Yannick Noah, le voyage à Aix-en-Provence est une véritable madeleine de Proust.
Le coup de cœur est né après une demi-finale de Coupe Davis, en 1991. « Tout est parti d’un café partagé avec des potes, d’un rêve qui est finalement devenu réalité » se souvient celui qui, depuis trente ans, donne de son temps pour permettre la découverte du tennis à des gamins qui n’en avaient pas forcément l’idée.
Celui qui a appris à jouer au tennis avec une planche et des balles en caoutchouc voulait que d’autres, qui comme lui n’étaient pas destinés à pratiquer le tennis, puissent briser les murs. Yannick Noah a pris son bâton de pèlerin. « Il y a un homme qui nous a énormément aidés, c’est Lucien Weygand. J’étais tout penaud quand je l’ai rencontré. Mais lui, il n’a pas hésité pour nous permettre de lancer le mouvement. »
Retour aux sources
Ce coup de pouce de celui qui était alors le président du Conseil général des Bouches-du-Rhône a déclenché une vague qui, partie du Jas de Bouffan, a déferlé sur l’ensemble du territoire, dépassant le cadre de l’Hexagone.
Trente ans après, c’est un véritable retour aux sources pour un tournoi qui a pris de l’ampleur. Permis à des milliers de gamins de vivre une passion, le tennis. Et pour certains, d’avoir un parcours au plus haut niveau.
« La pratique du tennis est un vecteur pour des programmes d’éducation et d’insertion », précise Ludovic Bouabanh, membre de l’association Fête le Mur. Installées dans les quartiers prioritaires, les antennes couvrent l’ensemble du territoire, dont 28 sont dans la région provençale et six dans les Bouches-du-Rhône.
Outre la découverte du tennis, les adhérents, dès l’âge de 9 ans, apprennent les bases du sport. Avec en tête les cinq valeurs qui sont les piliers de l’activité. À savoir respect, égalité, volonté, solidarité et estime de soi.
Pour les adhérents, il y a la pratique du tennis. Marwa, qui a débuté à huit ans, a accroché dès son premier entraînement. « J’ai fait des rencontres fantastiques, et, si cela reste un loisir pour le moment, j’ai envie de continuer, pourquoi pas poursuivre la compétition. Et puis, il y a Yannick Noah. Il est gentil et très attentif à ce que nous pouvons faire, il nous donne envie de faire mieux. » L’Aixoise, fan de Coco Gauff et Serena Williams, a franchi un palier cette année. « Je suis arrivée en demi-finale, c’est encourageant pour moi », reconnaît-elle.
Othmane, son pote aixois, a, lui, gagné le tournoi 2026. « C’est ma deuxième fois, en 7 ans de pratique » clame-t-il. Lui qui est venu par curiosité ne jure plus que par sa raquette. Et avoue « avoir trouvé une deuxième famille ».
De la cité à Roland-Garros
Le tennis est d’ailleurs une famille, où il n’y a pas que des joueurs. Fête le Mur propose également des formations de juge de ligne, ramasseur de balle et juge-arbitre. « En parlant avec quelqu’un qui était déjà arbitre, j’ai trouvé ça cool et je m’y suis mise » confie Rayhana.
Si elle débute, Lucas, venu de Stain, entame sa troisième année en tant que juge de ligne. Et savoir que certains qui ont fait sa formation arbitrent désormais sur de grands tournois, comme Roland-Garros ou les Jeux Olympiques renforce sa motivation.
Quant à Yannick Noah, il contemple le fruit de trente années d’efforts. « Il y a eu une première graine, plantée au Jas de Bouffan. Et voir ce qu’elle a donné est vraiment encourageant ». L’association qu’il a portée sur les fonts baptismaux est devenue un acteur important dans les cités où elle intervient. « Une association répond à un besoin. Son existence révèle aussi que tout n’est pas fait comme il se doit par notre société pour améliorer la qualité de vie des gens » constate-t-il.