Tag: températures

  • Des travaux pour des écoles plus fraîches et plus accessibles à Martigues

    Des travaux pour des écoles plus fraîches et plus accessibles à Martigues

    Il y a des choses qui ne changent pas : les affiches d’Arcimboldo placardées au mur, les pages de définition expliquant où se trouvent l’étymologie, les différents sens du mot ou les exemples, les tableaux blancs… Et puis il y a des choses qui évoluent. Face aux vagues de chaleur qui se multiplient, les écoles sont contraintes de s’adapter. À Martigues, sur l’année scolaire 2025/2026, la Ville a investi 1,52 million d’euros dans ses 28 établissements, principalement pour améliorer leur résilience face au changement climatique et leur accessibilité.

    À quelques jours de la rentrée, les ouvriers et agents municipaux s’affairent dans l’école élémentaire Antoine Tourrel pour installer les derniers brise-soleil électriques orientables au premier étage. « On est plein sud, donc ça va servir », souligne Christophe Logerot, chargé d’opérations. En plus de la pose de ces stores extérieurs, le désamiantage, l’étanchéité et l’isolation de la toiture, ainsi que le remplacement des menuiseries ont été réalisés en seulement sept semaines pour 250 000 euros. « C’est la complémentarité de ces actions qui permet d’avoir des résultats en termes de baisse des températures, souligne Gilles Picard, adjoint au maire à l’éducation (PCF). Chaque classe de chaque école et les restaurants scolaires bénéficient d’un ou plusieurs brasseurs d’air, et dans les maternelles chaque dortoir a la climatisation. » Pour l’élu, « la clim n’est pas l’alpha et l’omega de la lutte contre la canicule, à la fois parce que l’installation et l’entretien représentent un coût certain, mais aussi parce qu’on préfère avoir une perspective de long terme ».

    Deux ascenseurs créés

    Dans l’école Lucien Toulmond, la cour a bien changé entre la fin de l’année scolaire et la rentrée. 230 000 euros ont été fléchés pour la création d’îlots de fraîcheur et le changement de l’enrobé, qui est passé d’un noir qui emmagasinait la chaleur à une couleur beige clair, avec un matériau plus perméable. Ce lundi, les 400 élèves du groupe scolaire ne trouveront que des reliefs recouverts de copeaux, mais dès les vacances de la Toussaint (selon les conditions climatiques), 42 arbres seront plantés.

    Un travail topographique a été mené pour plus de continuité dans les espaces, et les marches extérieures sont devenues des pentes douces. À Antoine Tourrel, les sanitaires sous le préau ont bénéficié d’une réfection totale et une rampe pour les personnes à mobilité réduite a été aménagée. Mais ce sont les écoles Robert Desnos et Laure Moulin (à Canto-Perdrix) qui ont connu les plus gros chantiers d’accessibilité, avec la création de deux ascenseurs, dont les travaux seront prochainement achevés. Quatre autres groupes en sont déjà équipés. « Je pense qu’on peut dire que la rentrée est réussie », se félicite le maire Gaby Charroux (PCF).

  • Les vents du Sahara enveloppent les Alpes

    Les vents du Sahara enveloppent les Alpes

    Ce jeudi après-midi depuis Gap, la silhouette de Charance baignait dans un voile brumeux, on devinait à peine la falaise de Céuse et les massifs du Dévoluy avaient même complètement disparu dans l’horizon laiteux. De quoi susciter la curiosité, voire l’inquiétude tant ce type de paysage est en général le propre des saisons froides et des brouillards qu’elles apportent. « C’est un flux du Sud qui nous amène de la masse d’air venu d’Afrique, un phénomène qu’on a l’habitude de voir assez régulièrement chaque année, explique Sébastien Mathiot, chargé d’action pour les territoires alpins chez AtmoSud. Cette masse d’air est chaude et chargée de particules que l’on dit désertiques. L’Afrique est un vaste territoire, souvent sec, aride et dans ces territoires se forment des vents de sable, de terre et de tout un tas de choses. Une grande masse d’air chargée de particules vient donc d’Afrique, traverse la Méditerranée, se balade en quelque sorte, touche en général la Corse d’abord et nous derrière. »

    Éviter le sport en extérieur et les véhicules polluants

    Si le phénomène était prévu, les répercussions au sol ont été significativement plus importantes qu’attendues. Cette masse de particules de terres désertiques a tendance à rester en altitude, le phénomène s’est en effet d’abord manifesté dans les hauteurs du Briançonnais dans la journée de jeudi, puis les poussières sont redescendues plus bas en altitude, concernant une grande partie de la région Paca, même si les départements alpins sont les plus touchés.

    Selon AtmoSud, il est encore difficile de prévoir exactement pour combien de temps les poussières vont se maintenir, il convient dans tous les cas de prendre les précautions nécessaires. « Ça a aussi une incidence sur la santé, notamment les personnes fragiles, jeunes enfants, personnes âgées et toutes les personnes qui ont des problèmes respiratoires, rappelle Sébastien Mathiot. Ça a beau être des particules “naturelles”, ça reste des particules très fines qui posent problème à la santé quand même. Il faut donc que tout un chacun évite de rajouter encore plus de pollution et donc privilégier les transports collectifs. Évitez aussi de faire une activité sportive intense. »

  • Chaleur et œnotourisme, le cocktail ne passe pas

    Chaleur et œnotourisme, le cocktail ne passe pas

    Deuxième département viticole de France et premier département touristique d’Occitanie, l’Hérault accueille chaque année de nombreux passionnés de vin dans le cadre de circuits œnologiques. Mais cette pratique touristique, relativement récente, se retrouve impactée lorsque le mercure s’affole.

    Face à des vagues de chaleur ponctuées par des épisodes caniculaires de plus en plus récurrents, la tendance est à la baisse de la fréquentation touristique dans les vignobles du département. « Il y a moins de gens dans les structures de visites, y compris chez les viticulteurs », explique Magali Boyer, chargée du développement touristique du Département de l’Hérault et responsable de l’Oenotour. Pour tenter de trouver la fraîcheur, les touristes boudent les activités de plein air au profit des musées ou encore des cinémas.

    Conséquences : la baisse des réservations de logements et la diminution du nombre de visiteurs. Un réel manque à gagner pour les structures touristiques, mais également pour les vignerons. Malgré leur fraîcheur, les visites de caves n’attirent pas plus. « Les gens n’ont pas forcément envie de déguster du vin quand il fait chaud », explique Magali Boyer. Une réalité qui peut conduire à une baisse des ventes de bouteilles, la dégustation facilitant l’achat.

    Une ouverture hors saison

    Certaines activités organisées autour des caves et des vignobles sont également impactées par ces chaleurs extrêmes. Le Département a d’ailleurs fait le choix de ne pas communiquer sur les circuits d’oenorando® et d’oenovélo au cours de la période estivale. « C’est quand même beaucoup plus agréable de se promener quand il fait une température correcte », ajoute Magali Boyer. Un choix qui permet de faire d’une pierre deux coups, dans des zones naturelles déjà fragilisées par la chaleur et en proie à un fort risque incendie.

    Du côté des solutions, le Département préconise une ouverture des caveaux et des visites en dehors des périodes de fortes chaleurs. Un certain nombre de vignerons héraultais ont déjà fait ce choix en organisant des circuits et visites au printemps et à l’automne. Les saisons habituellement moins touristiques et leurs vacances scolaires sont alors de nouvelles périodes cibles pour l’œnotourisme. « L’année dernière, il y a eu une bonne fréquentation touristique dans le département aux vacances de la Toussaint », lance Magali Boyer. Un élargissement des périodes d’ouverture au public difficile à assumer dans les petits vignobles familiaux.

    Outre la baisse de fréquentation des circuits, à confirmer à la fin de la saison, l’œnotourisme se confronte à la précocité des vendanges : « J’ai eu une dame qui était débordée parce qu’il fallait qu’elle gère d’un côté, les vendanges précoces et, de l’autre, les touristes », conclut Magali Boyer.

  • Les eaux de l’étang de Berre de mauvaise qualité suite à l’orage

    Les eaux de l’étang de Berre de mauvaise qualité suite à l’orage

    Ce sont « des fermetures
    préventives
     », explique Raphaël Grisel. Suite à l’orage qui a éclaté lundi soir, le Gipreb, le syndicat mixte en charge de la réhabilitation de l’étang de Berre qu’il dirige, a préconisé l’interdiction à la baignade des plages de la lagune. Les plages d’Istres, de Vitrolles, de Saint-Chamas, de Marignane et de Martigues ont donc été fermées jusqu’à ce mercredi matin.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les cumuls indiquent qu’il est tombé entre 15 et 25 mm en seulement 10 minutes lundi 24 août au soir. « On sait que la fin de l’été fait partie des périodes les plus à risque, où il n’a parfois pas plu depuis plusieurs mois et les orages violents produisent un lessivage des sols et du ruissellement des eaux de qualité dégradées vers l’étang, détaille Raphaël Grisel. Ça peut aller du résidu de pneu, qui est plus un problème d’écologie, aux excréments des chiens, qui, pour le coup, posent plus problème pour la baignade. » Un point positif néanmoins : les pluies liées à l’orage de la semaine dernière ont déjà permis un premier lavage des sols, limitant les dégâts de ce second épisode.

    Des coups de vent qui permettent de brasser

    « On a des situations très contrastées sur l’étang de Berre, poursuit le directeur du syndicat mixte. On a Vitrolles, Rognac ou Marignane, qui ont des bassins-versants très urbanisés, avec des activités économiques importantes, mais on a aussi Figuerolles à Martigues où il n’y a rien, donc les risques de dégradation sont très faibles en période d’orage. » Néanmoins, pour « plus de lisibilité », le Gipreb préfère préconiser l’interdiction de baignade à chaque ville avant d’obtenir les résultats des analyses, qui peuvent arriver après 48h.

    « On a une courbe de restauration de qualité de l’eau qui s’est dessinée au fil des données accumulées depuis dix ans », précise le directeur. Dans 95% des cas, le retour à la normale s’observe 24 heures après l’épisode pluvieux.

    Si l’orage engendre un risque de contamination bactériologique, il est aussi, en certains points, salvateur pour l’étang de Berre qui est en mode survie face aux fortes chaleurs de la saison estivale. « On observe des dégradations majeures sur certains sites, avec une mortalité importante de palourdes, note Raphaël Grisel. Lors de la dernière canicule, la température de l’eau excédait 32 degrés au niveau des plages. Heureusement, depuis quelques jours, les températures baissent et on a des coups de vent qui permettent de brasser, donc d’oxygéner. On espère retrouver des taux qui permettent à la vie de se maintenir, soit 2/3 mg par litre. Là, on y est pas dans les couches profondes. »

  • [C’est l’été] Météo France, l’art de mesurer le climat et la météo

    [C’est l’été] Météo France, l’art de mesurer le climat et la météo

    Cet été, il fait chaud. Beaucoup trop chaud. « Mais c’est tout à fait courant dans le monde dans lequel on va », affirme pourtant, un brin fataliste, Stéphane Roos, directeur adjoint de Météo-France sur la zone sud-est. Car il faut s’y résoudre : « De notre vivant, on ne retrouvera jamais la planète telle qu’elle était. On voit cet été comme exceptionnel par rapport à des références qui, aujourd’hui, n’existent plus. Dans 15-20 ans, il sera tout à fait normal ».

    Cela fait « des dizaines d’années » que l’institution, devenue grande contributrice du GIEC, prévient « d’un réchauffement climatique majeur. On en a la confirmation, et on se rend compte que ça arrive en temps et en heure, même un peu avant. Là, pour l’instant, on est encore dans les scénarios décrits par la TRACC, la trajectoire régionale d’adaptation au changement climatique », appuie Stéphane Roos. Ceux-ci sont utilisés par la France pour produire des politiques d’adaptation et de réduction des émissions de gaz à effet de serre. En ligne de mire : +3°C à horizon 2100 au niveau mondial, 4°C en France « et peut-être même +0,8°C de plus sur l’arc méditerranéen », met-il en garde.

    Avec tous les changements globaux que cela induit : « Il ne s’agit pas juste de 3°C en plus : 3,6°C, c’est ce qui nous sépare du mammouth laineux. Il y a 120 000 ans et 60 000 ans, plus des deux tiers de l’hémisphère nord étaient recouverts par 1 à 2 km de glace. Ça a mis 20 000 à 30 000 ans pour se réchauffer ». À l’inverse, 3°C supplémentaires auront pour conséquence une sécheresse accrue des sols : « Ces températures jouent sur l’hydrométrie. De plus, même s’il y a presque toujours autant de pluies, au lieu d’être étalées dans le temps et de recharger les nappes, elles sont concentrées sur des épisodes très courts et dévastateurs, et au lieu de rentrer dans le sol, elles ruissellent vers la mer, ce qui limite la recharge des nappes phréatiques. C’est aggravé par l’évapotranspiration : quand les plantes reçoivent des gouttes d’eau, elles les captent et transpirent parce qu’il fait chaud, les rejetant dans l’atmosphère ».

    « D’une logique d’observation à une logique de prévision »

    Pour établir ces prévisions à long terme, il faut regarder derrière. C’est ce que s’attelle à faire, depuis le Moyen-Âge, la climatologie. « Au XVIIe siècle, on a découvert la pression atmosphérique. Petit à petit, on invente les moyens de mesurer la force du vent, le pluviomètre… On s’est mis à noter de manière de plus en plus rigoureuse, et on s’est servi de ces données pour caler les modèles d’évolution climatique : on les utilise pour ajuster les modèles », explique Stéphane Roos.

    Dans le même temps, il faut aussi avoir un œil sur le temps à venir. C’est le sujet de la météorologie, qui trouve ses racines dans un événement historique : le siège de Sébastopol par les troupes franco-anglaises en 1854. Une violente tempête décime la flotte française en Mer Noire. « Napoléon III charge l’équivalent du ministre de l’Enseignement et de la Recherche de l’époque, l’astronome Urbain Le Verrier, qui relevait les paramètres météo heure par heure, d’essayer d’anticiper les tempêtes », raconte Stéphane Roos. Le Verrier recueille les données de ses confrères européens, notamment la pression atmosphérique et sa tendance. Il observe que la tempête suit un minimum dépressionnaire, et qu’on peut, par ce biais, évaluer sa direction. Le Verrier fut ainsi à l’origine de la Veille météorologique mondiale – un réseau européen mis en place dès 1874 pour passer « d’une logique d’observation à une logique de prévision » – et du Service météorologique français en 1854, ancêtre de Météo-France.

    Depuis, l’observation météo a beaucoup progressé : stations automatiques, satellites, radars, supercalculateurs… « La prévision météo est liée à la modélisation physique, c’est-à-dire traduire en expression mathématique ce qui se passe dans l’atmosphère », synthétise Stéphane Roos. Avec une précision parfaite ? « Non. Par exemple, il est très difficile de prévoir la position exacte de la supercellule orageuse dévastatrice qui va donner 60 mm/heure pendant deux heures », reconnaît-il. Il en va de même pour les prévisions saisonnières : « Il s’agit de tendances basées sur des modèles et des éléments macros comme les masses d’air. On passe de prévisions déterministes (le temps qu’il va faire demain), à de la probabilité ».

    L’histoire de l’institution

    Établissement public fondé en 1855, le Service météorologique français, devenu Météo-France en 1993, a pour mission d’observer et prévoir le temps, étudier le climat, faire progresser les savoirs et fournir des données et services voués, notamment, à assurer la sécurité des biens et des personnes.

  • Repérer les zones froides, refuges de la faune aquatique

    Repérer les zones froides, refuges de la faune aquatique

    Mesurer la température du Buech en le survolant. C’est l’opération de « cartographie thermique infrarouge », qu’ont réalisée, en juillet, les techniciens du Département et de l’entreprise Scimabio, bureau d’experts pour la conservation de la biodiversité aquatique. « Ça consiste à emporter une caméra thermique et un appareil photo numérique dans un ULM (engin aérien motorisé ultraléger), et de réaliser une acquisition d’images en suivant le cours d’eau, en général entre 300 et 500 m d’altitude », explique Arnaud Caudron, cofondateur de Scimabio. Le système infrarouge offre une précision à 0,3 degré, et la résolution d’image est à un pixel tous les 20 à 30 cm de rivière. En parallèle, des sondes thermiques sont placées dans la rivière pendant le survol, afin de comparer les deux sources de données et améliorer la précision des relevés. La finalité est d’identifier les variations de température de la rivière pour mieux préserver les milieux aquatiques.

    « Ça permet d’établir une gamme générale de la température de la rivière et de dégager des anomalies thermiques. Soit des réchauffements, des effets de seuil liés à des plans d’eau, l’eau stagne à cause d’un barrage par exemple, ou des rejets d’eau chaude, comme ceux d’une centrale électrique par exemple, détaille Arnaud Caudron. À l’inverse, on va voir les anomalies d’eau froide qui apparaissent dans la rivière, plutôt d’origine géologique, des affluents froids, des résurgences, des adoux, des sources… Ça permet de définir des zones où on a encore des apports d’eau froide important dans ces périodes de canicule pour la sauvegarde de la faune aquatique. » Des zones refuges pour la truite par exemple, très dépendante de la température.

    Établir des zones refuges pour la biodiversité

    Scimabio réalise ce type de diagnostics depuis près de cinq ans, et totalise une quinzaine de projets de ce type, pour 1 000 km de rivière diagnostiqués. « On voit beaucoup de choses qui peuvent être réglées en termes de réchauffement, affirme Arnaud Caudron. Car, souvent, les zones de réchauffement qu’on voit sur les rivières sont dues à des impacts locaux, comme des barrages, des stagnations d’eau liées à des seuils, des rejets d’eau chaude ou des débits réservés. Quand il y a une usine électrique, par exemple, l’eau est dérivée, et la partie où la rivière a moins d’eau se réchauffe. »

    Si le Département n’a pas de compétence d’action sur ce domaine, cette opération permet de produire des données pour les acteurs de la gestion des milieux aquatiques, comme les syndicats de gestion, les services de l’État comme l’Office National de la Biodiversité. « Ce relevé thermique permet aussi de comprendre tous les échanges entre les écoulements de la rivière et les eaux souterraines, voir là où l’eau s’infiltre et là où elle revient. S’il y a un endroit où on voit qu’il y a une arrivée d’eau fraîche en berge alors c’est un endroit qu’il va falloir préserver, il ne va pas falloir faire un enrochement bétonné par exemple. », Explique, Pascal Krieg-Rabeski, technicien au service Eau du Département. Si l’opération de survol ne prend qu’une heure, le traitement des données, lui, va nécessiter six à huit mois de travail.

  • Arc Fleuve Vivant veut documenter la sécheresse

    Arc Fleuve Vivant veut documenter la sécheresse

    Témoignez. Photographiez. Transmettez. » Alors que la hausse des températures fait des ravages. L’association Arc Fleuve Vivant appelle les Aixois à lui rapporter ce qu’ils observent et vivent* : « Cours d’eau affaiblis ou asséchés, végétation en souffrance, arbres fragilisés, sols desséchés, espaces agricoles touchés, forêts sous tension, mais aussi conséquences sur la vie quotidienne, la santé, les activités et les paysages. »

    Le but de cet observatoire citoyen : « Constituer une mémoire collective et territoriale de cet épisode climatique. » Un des membres fondateurs de l’association, Stéphane Salord, précise : « La sécheresse et la canicule que nous vivons actuellement en Provence et ailleurs sont exceptionnelles. Elles marquent profondément notre histoire climatique, humaine, sociale et environnementale, et sûrement énergétique, économique et agricole. »

    Contribuer

    au débat public

    Pour l’associatif, l’observatoire rend « plus visibles les réalités vécues localement ». Cette initiative entend aussi « contribuer au débat public sur l’adaptation du pays d’Aix aux épisodes de chaleur et de sécheresse ». L’occasion également de « rappeler la nécessité de réponses collectives » comme la « préservation de l’eau et des milieux naturels, protection des arbres et des sols, évolution des pratiques d’aménagement et renforcement de la solidarité face aux vulnérabilités climatiques ».

    Ces témoignages doivent s’accompagner d’un court texte précisant, lorsque cela est possible, le lieu, la date et la nature de l’observation précise l’association. Au-delà des habitants du Pays d’Aix, associations, collectifs, agriculteurs, promeneurs, naturalistes, riverains et acteurs locaux sont invités à participer.

    * À arcfleuvevivant@gmail.com

  • Dans le Vaucluse, la canicule fait disjoncter un réseau à moderniser

    Dans le Vaucluse, la canicule fait disjoncter un réseau à moderniser

    Il y a tout juste un an, lors d’un conseil communautaire du Grand Avignon, les élus s’étaient retrouvés dans le noir, tentant tant bien que mal de continuer à débattre et voter malgré plusieurs coupures de courant. Une scène cocasse qui illustrait une panne d’électricité affectant le secteur d’Agroparc mais aussi de Montfavet ou Vedène. Un cas loin d’être isolé qui s’est reproduit à plusieurs reprises depuis juin en Vaucluse mais aussi à Arles ou Aubagne, où les maires des deux communes viennent de demander des comptes et des mesures concrètes à Enedis, gestionnaire du réseau, face à ces pannes à répétition.

    À Avignon, 5 400 clients ont ainsi été privés d’électricité pendant environ 17 heures entre ce samedi et dimanche. Dimanche soir également, plusieurs secteurs de Cavaillon ont été plongés dans le noir pénalisant 1 300 foyers, parfois quelques minutes et jusqu’à trois heures. Fin juin, jusqu’à 9 000 foyers étaient aussi sans courant, principalement à Orange, pendant plus d’une journée, impactant fortement les habitants mais aussi hôpitaux et commerçants. Des cas différents, mais une même cause : « Les très fortes chaleurs cumulées sur plusieurs jours avec une température qui ne descend pas la nuit ont fait monter la température des sols goudronnés jusqu’à 80 degrés par endroits, ce qui a mis en forte contrainte les réseaux souterrains. Les zones urbaines sont potentiellement les plus touchées par ce type de phénomène à cause des sols goudronnés », indique Enedis.

    Une double peine donc, où les habitants n’ont plus de jus pour faire tourner ventilateurs, clim, éventuels appareils respiratoires ou, plus trivialement, machines à glaçons, mais aussi pour les agents Enedis qui doivent intervenir en urgence sous fortes chaleurs pour réparer. Si la vigilance canicule est levée depuis ce mardi matin, ces épisodes sont voués à se reproduire. Enedis en a bien conscience et relayait, dès le mois de mai, des vidéos didactiques sur les effets de la canicule sur les réseaux souterrains.

    De nouveaux câbles divisant le risque par 33

    « Face à ces évolutions, Enedis adapte en profondeur son réseau pour renforcer sa résilience face aux fortes chaleurs, nous répond l’opérateur. Cela passe par un programme continu de modernisation des infrastructures, incluant le renouvellement des équipements les plus sensibles à la chaleur. » Un plan national d’investissements de 26 milliards d’euros sur la période 2026-2040 a été engagé, « dont plus de 15 milliards d’euros sur l’adaptation au changement climatique ». En 2025, 40 millions d’euros ont été investis en Vaucluse permettant de moderniser « plusieurs dizaines de kilomètres du réseau » sur les 15 170km du département.

    Une grande majorité de câbles date encore de la période 1965-1981 et atteignent leurs limites. Désormais, Enedis opte pour des câbles à isolation synthétique, qui « offrent une meilleure tenue thermique et une plus grande fiabilité ». Selon Enedis, ils divisent « par 33 le nombre d’incidents en période chaude ».

  • La France brûle et l’État regarde ailleurs

    La France brûle et l’État regarde ailleurs

    Au moins 120 000 hectares partis en fumée et la France brûle toujours. Une douzaine d’incendies est encore en cours, entre ceux qui n’ont pas été éteints et ceux qui ont démarré, au cœur d’un été bouillant où se succèdent les vagues de canicule à un rythme effréné. Alors que les pompiers s’épuisent à venir à bout de « feux extrêmes », ils dénoncent en bloc le manque de moyens, d’organisation et d’anticipation d’une situation pourtant prévisible. Au point de se demander si des leçons pourront enfin véritablement en être tirées.

    D’abord parce que de rapports en rapports, depuis le début des années 2000, les scientifiques, comme le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec), n’ont cessé d’alerter sur la montée des températures fort probable. Les données de l’observatoire européen Copernicus publiées ce lundi 10 août attestent encore, si besoin était, que les choses ne vont pas s’arranger, la sécheresse alimentant la sécheresse, la chaleur affectant aussi la surface de la mer avec « le développement rapide de conditions de type El Niño dans le Pacifique équatorial » note l’observatoire. Les sommets pour le climat se sont enchaînés mais les émissions mondiales de gaz à effet de serre continuent de progresser, faute d’ambition commune des États.

    Au niveau national et local, plusieurs questions fondamentales émergent. Après le feu dévastateur en Gironde, Didier Chautard (SE), le maire de Saumos, commune largement impactée par le méga feu girondin, a adressé une lettre ouverte aux dirigeants régionaux et nationaux, dont Emmanuel Macron, les appelant à s’attaquer aux « causes profondes » des feux. « La Nature nous rappelle à l’ordre » écrit-il. « À nous de l’entendre, estime-t-il, avec une véritable stratégie, construite avec celles et ceux qui vivent, travaillent et administrent ces territoires au quotidien. » Il appelle à un « point de départ d’une réflexion collective » et non à « un laboratoire de décisions prises dans l’urgence ».

    Les Départements financeurs essentiels

    « Le soutien de la nation » et « l’unité », prônés par le président de la République lors de sa visite à Bordeaux le 27 juillet, ont fait… long feu. Emmanuel Macron a beau arguer que le budget de la sécurité civile est passé de 450 millions d’euros en 2017 à plus 800 millions d’euros aujourd’hui, l’opposition notamment de gauche (PCF, LFI, PS, EELV) lui a vertement rappelé, que la loi promise à l’issue du Beauvau de la sécurité civile, engagé entre 2024 et 2025, n’était toujours pas à l’ordre du jour. Factuellement, à la relecture des votes au sein de l’hémicycle du Palais Bourbon, sur les textes concernant la lutte contre les incendies, droite, macronistes et RN s’illustrent particulièrement par leur refus du recrutement de pompiers professionnels, de la hausse et l’attribution d’une partie de la taxe de séjour aux Sdis ou de la création de pare-feux de feuillus.

    Pire, en février 2024, le gouvernement de Gabriel Attal avait acté par décret une coupe budgétaire de 52,8 millions d’euros dans les crédits de cette dernière. De quoi remettre en cause la commande de deux Canadairs supplémentaires. Des avions souvent cloués au sol pour maintenance, qui auront mis par exemple plus de quatre heures à survoler le feu de Gironde rappellent nos confrères de Sud Ouest.

    Les premiers financeurs des services d’incendie et de secours restent donc les Départements, ces collectivités assurant 60% des 5,6 milliards de budget des Sdis. Une contribution qui a doublé en 20 ans, dans un contexte d’austérité budgétaire accrue.

    Attendu le 17 août en Gironde, le Premier ministre, Sébastien Lecornu s’est, pour le moment, contenté de créer une (énième) mission, sur la « reconstruction et adaptation des territoires », dédiée aux zones touchées par les feux cet été. Composée de « cinq personnalités qualifiées, expertes des sujets d’aménagement du territoire, d’Économie, de finances publiques, de développement durable, de forêt et de logement », elle entend sans surprise « accélérer et faciliter la reconstruction, le soutien économique et l’appui à la population » touchée par les incendies.

    Pendant ce temps, au niveau européen, on cause stratégie. La Commission a présenté en mars son plan, axé sur quatre piliers : prévention, préparation, réponse et réhabilitation. On promet aussi du matériel, hélicoptères et Canadairs d’ici 2030.

    L’exemple australien

    Et puis il y a l’exemple australien où on a pris le taureau par les cornes. Sur l’île continent, on a mis en place un suivi de la prévention bien avant la saison des feux et remis au goût du jour le brûlage maîtrisé par les Aborigènes pour éliminer les feuilles mortes et herbes sèches, du combustible pour les flammes. Des plans de survie précis ont été élaborés pour les habitants et trois niveaux d’alerte décrétés.

    Où les feux extrêmes peuvent finalement être un déclic pour, enfin, passer à l’action.

  • Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Certaines chèvres ne produisent plus de lait plusieurs mois avant la période

    Ici, le dérèglement climatique se voit dans les prés vides et les stocks de foin qui fondent avant l’heure, transformant en profondeur le quotidien des exploitations agricoles. Depuis plusieurs semaines, la chaleur dessèche les pâturages, l’herbe se raréfie et perd en qualité nutritive.

    Au GAEC La Fontaine de Lacan, à Saint-Pargoire, Odile Boutieres constate chaque jour les conséquences des canicules à répétition. « Aujourd’hui, il n’y a plus rien à manger dehors. Nous sommes obligés de nourrir les chèvres à l’intérieur avec le foin que nous venons juste de récolter. Nous avons déjà commencé à utiliser les stocks de cette année alors que l’été n’est pas terminé. »

    La sécheresse s’ajoute à des températures qui ne redescendent plus suffisamment la nuit. Les épisodes de canicule, où le mercure reste proche des 25 °C, empêchent les animaux de récupérer. Avec ce stress thermique continu les animaux récupèrent de moins en moins. Certains meurent, d’autres produisent beaucoup moins de lait.

    Le quotidien d’une éleveuse à bout de souffle

    Face à ces épisodes de chaleur qui s’installent, le métier d’éleveur change lui aussi. Les journées s’organisent désormais autour de la surveillance des troupeaux, de l’approvisionnement en eau et de l’alimentation des animaux. « Habituellement, nos chèvres sortent tous les jours. Aujourd’hui, elles restent à l’intérieur parce qu’il n’y a plus rien dehors », raconte l’éleveuse. Une situation qui bouleverse toute l’organisation de l’exploitation. À cette vigilance permanente s’ajoutent des journées particulièrement longues. « Je suis à la traite dès sept heures du matin. Toute la matinée, avec mon fils, nous faisons les fromages. Le soir, je fais les marchés et je rentre vers minuit et demi. Cette année est très, très dure », résume-t-elle. Derrière cette phrase se cachent des semaines d’incertitude, de fatigue physique et d’inquiétude. « On vit au jour le jour », souffle-t-elle, avant d’ajouter : « On se sent seuls. » Comme l’explique Odile Boutieres, la baisse de la production se répercute directement sur la transformation fromagère et sur les ventes. « Nous produisons 50% de lait en moins avec les mêmes chèvres », explique-t-elle. Pour cette exploitation familiale, récemment agrandie avec l’installation du fils, le choc est brutal.

    Les investissements réalisés pour gagner en autonomie alimentaire deviennent aujourd’hui difficiles à rentabiliser, tandis que les remboursements d’emprunts continuent de courir. Le mois dernier, les deux associés n’ont perçu que 320 euros chacun. Pourtant, malgré les difficultés, il n’est pas question de renoncer. Comme beaucoup d’éleveurs, elle cherche désormais d’autres sources de revenus, en relançant notamment la ferme-auberge familiale ou en développant de nouvelles activités. « On cherche toutes les solutions possibles pour continuer », affirme-t-elle. Une phrase qui résume, à elle seule, le défi auquel sont confrontés de nombreux éleveurs.

    Face à la multiplication des épisodes de chaleur, les pouvoirs publics ont lancé le Plan Agriculture Méditerranée, destiné à accompagner l’adaptation des exploitations de l’arc méditerranéen. En Occitanie, 28 territoires ont été labellisés « aires agricoles de résilience climatique » en 2024 et 2025. Dix-huit projets ont également été retenus, représentant 23,7 millions d’euros d’investissements, dont 9,5 millions d’euros d’aides de l’État. Reste à savoir si ces dispositifs bénéficient directement aux petites exploitations comme celle d’Odile Boutieres.

    Amélia Siapo