Tag: SOS Méditerranée

  • [Rétrospective monde 2025 2/2] Un état d’alerte permanent

    [Rétrospective monde 2025 2/2] Un état d’alerte permanent

    SOS Méditerranée a fêté ses 10 ans

    Lors de sa création en 2015, SOS Méditerranée ne pensait pas que son activité durerait si longtemps… Et pourtant : face à l’inaction des États au regard des morts qui s’entassent en mer, sa mission est plus cruciale que jamais. Au 9 mai 2025, soit dix ans après sa fondation, l’association civile et européenne de recherche et de sauvetage en mer recensait 42 451 vies sauvées. Des enfants, des femmes, des hommes qui tentaient de rejoindre les côtes européennes en quête d’un meilleur avenir.

    Depuis 2014 et la fin de l’opération Mare Nostrum, plus de 33 000 âmes ont sombré au fond de la Méditerranée, selon le projet migrants disparus de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). C’est l’équivalent de l’entièreté de la population de la commune de Marignane.

    Sur la seule année 2025, quelque 1 745 exilés ont péri dans les eaux méditerranéennes, dont 1 190 dans l’axe central. La Méditerranée est la route migratoire la plus meurtrière au monde, un cimetière à ciel ouvert. Désormais, l’association fondée par Klaus Vogel, capitaine de marine marchande allemand, et l’humanitaire française Sophie Beau, peut s’appuyer sur un réseau de 900 bénévoles, 135 collectivités territoriales et 48 000 donateurs qui font vivre SOS Méditerranée. Et ce, malgré les entraves notamment politiques qui tentent de mettre fin à la mission d’humanité que mènent les équipes.

    Pourtant, SOS Méditerranée ne fait que respecter le droit maritime. La Convention des Nations unies sur le droit de la mer du 10 novembre 1982 stipule en effet que « tout État exige du capitaine d’un navire battant son pavillon, dans la mesure où il peut le faire sans danger grave pour le navire, l’équipage ou les passagers, de prêter assistance à toute personne trouvée en mer en danger de disparaître ».

    25 décembre : l’Ocean Viking de retour en mer

    Le navire-ambulance de SOS Méditerranée a repris la mer, le 25 décembre, après avoir été contraint de suspendre ses activités quatre mois durant des suites d’une violente attaque des garde-côtes libyens. « Malgré l’escalade de violences en Méditerranée centrale, SOS Méditerranée reste déterminée à poursuivre sa mission : sauver des vies, protéger les personnes rescapées jusqu’à leur débarquement dans un port sûr et témoigner des violations des droits humains en Méditerranée », prévient l’association dans un communiqué.

    L.Pi.

    Les Hibakushas, Nobel de la paix

    Les Bouches-du-Rhône ont accueilli, en novembre, une délégation de Nihon Hidankyo, confédération japonaise des organisations des survivants des bombes A et H et Prix Nobel de la paix 2024, ainsi que du Gensuikyo, organisation pour l’interdiction de l’arme nucléaire. Ils ont été reçus à l’hôtel de ville de Martigues (photo), puis au cinéma de Port-de-Bouc, face aux élèves du collège Paul-Éluard. « Nous luttons pour faire reconnaître le largage de ces deux bombes comme un crime de guerre », expliquait Saburo Sugasawa aux élèves.

    An.M.

    Et aussi

    27 février. Öcalan dissout le PKK

    Depuis l’île-prison turque d’Imrali où il est détenu depuis 1999, Abdullah Öcalan appelle à la dissolution du PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) qu’il a fondé. Depuis ce 27 février et le dépôt des armes, le processus de paix engagé avec Ankara stagne, malgré la mise en place d’une commission parlementaire. Les Kurdes demandent des gages, notamment la libération de leur leader.

    21 avril. De François à Léon XIV

    Le pape François est mort d’un AVC le 21 avril. Durant ses 12 années de pontificat, il se démarque par des positions anticapitalistes, la défense des migrants, l’environnement et la justice sociale sans remettre en cause les positions de l’Église sur l’avortement ou le célibat des prêtres. L’Américain Léon XIV est choisi le 8 mai pour lui succéder.

    14 décembre. L’extrême droite de retour au pouvoir au Chili

    Pour la première fois depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990, le Chili a élu un candidat d’extrême droite, José Antonio Kast président. Ultraconservateur, nostalgique du régime fasciste, fils de nazi, il a remporté le scrutin avec 58% des suffrages contre 42% face à Jeannette Jara, militante communiste, ex-ministre du Travail, à la tête d’une large coalition de gauche.

    26 octobre. La guerre au Soudan s’intensifie avec la prise d’el Fasher

    Voilà deux ans que le Soudan est frappé par une guerre civile dévastatrice qui oppose deux factions militaires rivales, les Forces armées soudanaises (SAF), dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan – au pouvoir depuis le putsch de 2021- et les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohammed Hamdan Daglo, dit « Hemetti ». Depuis avril 2023, ce conflit a provoqué plus 150 000 morts, 13 millions de déplacés et quelque 25 millions de victimes de la famine.

    L.Pi.

  • Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    Claire Juchat : « Le risque zéro n’existe pas en mer Méditerranée »

    La Marseillaise : L’Ocean Viking reprend la mer après 120 jours d’arrêt forcé. Comment cette attaque a impacté vos missions ?

    Claire Juchat : On a dû complètement stopper les opérations après l’attaque du 24 août. C’était une attaque inédite, d’une violence extrême, où les garde-côtes libyens financés par l’Union européenne ont tiré pendant 13 minutes sans relâche sur le bateau avec des impacts de plus de 100 balles. On a encore récemment retrouvé des balles qui étaient logées dans certaines parties du bateau. Suite à cela, on a dû réparer le bateau dans son ensemble, il y avait énormément de dégâts matériels sur la coque, sur les fenêtres de la passerelle dont quatre ont complètement explosé. Les gardes-côtes libyens s’étaient particulièrement acharnés sur nos canots de sauvetage d’intervention rapide qui étaient complètement hors d’usage. Tout le système de communication a été impacté, nous avons dû tout racheter. On a ensuite fait les débriefings psychologiques et une analyse poussée des risques sécuritaires encourus en Méditerranée centrale pour adapter nos protocoles. On a dû se retrouver en tant qu’équipe pour se préparer à tous les niveaux, mentalement et psychologiquement, à repartir dans ce contexte-là, en sachant que le risque sécuritaire est toujours aussi persistant. Il y a eu d’autres attaques depuis celles de l’Ocean Viking en Méditerranée centrale, moins violentes, mais toujours à l’arme à feu. On est conscients que le risque zéro n’existe pas.

    Qu’avez-vous dû faire pour assurer la sécurité de l’équipage ?

    C.J. : Nous avons dû faire une analyse de nos pratiques qui ont été confirmées comme étant bonnes par les experts extérieurs. On est désormais encore plus conscients des zones plus faibles et plus fortes du bateau, celles considérées comme étant pare balles ou pas. Ce qui nécessite pour nous ensuite d’adapter nos protocoles pour être sûrs que – même si on espère que ça n’arrivera jamais – si une attaque de la sorte a lieu à nouveau, qu’on soit sûr de se protéger au mieux. Le fait qu’il n’y ait pas eu de blessés, voire de morts le 24 août montre que nos protocoles étaient bien en place et suffisants, car ils visaient vraiment pour tuer. Cela reste un miracle que personne n’ait été blessé. Après une attaque pareille, on a été obligé de prendre du temps pour s’assurer qu’on fait le maximum pour garantir la sécurité de nos équipes et des rescapés.

    Dans une tribune publiée dans Le Monde, des parlementaires français ont demandé au président de réagir à cette attaque. Avez-vous eu des retours au niveau national voire européen ?

    C.J. : Non, à ce jour, la seule réponse que nous avons eue c’est celle de la Commission européenne disant qu’ils continueront à financer les pays tiers, car cela, pour eux, fait partie de la stratégie de réduire le nombre de personnes noyées en mer. Malheureusement, on sait que la réalité est tout autre. Il y a eu deux immenses naufrages, dont un, il y a quelques jours, de potentiellement plus de 100 personnes qui auraient disparu. On voit bien que quand il n’y a pas de moyens de sauvetage en mer, qu’ils sont arrêtés à cause d’attaques ou d’autres barrières administratives et juridiques, la conséquence directe c’est l’augmentation des noyades. Malheureusement, et malgré nos appels, la coopération avec la Libye ne fera que continuer en dépit des violations flagrantes du droit maritime international.

    L’équipe à bord est 100% SOS Méditerranée, qu’est-ce que ça signifie ?

    C.J. : On repart en équipe 100% SOS Méditerranée parce que le partenariat avec la Fédération internationale de la Croix-Rouge a malheureusement pris fin à cause de coupures budgétaires sévères. Nous repartons en équipe réduite, avec 21 personnes de SOS Méditerranée, mais les quatre personnes de la Croix-Rouge n’ont pas pu être remplacées, ce qui modifie nos protocoles.

    Dix ans après sa création, l’ONG a plus que jamais besoin d’aide ?

    C.J. : Dans le monde actuel, la solidarité est cruciale parce qu’on se rend compte que les États se défaussent complètement de leurs responsabilités en terme de sauvetage et de protection des vies humaines. C’est assez incroyable de se dire que, depuis 10 ans déjà, c’est grâce aux citoyens par milliers qu’on peut continuer. Mais c’est vrai que là, plus que jamais, avec toutes les coupures budgétaires dont on est indirectement touchés par les autres organisations, et directement aussi par une baisse de la solidarité, il est crucial de continuer à avoir le soutien individuel de chacun et de chacune. C’est que comme cela qu’on arrive à être en mer.

    L’Ocean Viking a repris la mer après 120 jours où le navire de SOS Méditerranée aura été contraint à l’arrêt. Le 24 août dernier, les équipes ont été violemment attaqué par des garde-côtes libyens qui ont directement visé le navire d’une centaine de coups de feu. Si aucune victime n’est heureusement à déplorer, cette attaque marque un tournant pour l’association citoyenne européenne de recherche et de sauvetage. Au delà du coût des réparations estimé à plus de 130 000 euros, l’impact psychologique est là. Et le drame se poursuit, avec près de 300 disparus en Méditerranée centrale entre octobre et novembre.

  • Des stars du rap pour un concert solidaire

    Des stars du rap pour un concert solidaire

    À l’initiative de la Fédération des mutuelles de France, et avec le soutien de la Ville de Marseille, une 3e édition du Concert solidaire pour sauver des vies en mer est organisé, samedi, au Dôme (4e), entre 19h et minuit. Plusieurs têtes d’affiche participeront à cet événement, qui a pour but de sensibiliser le public à la crise humanitaire en mer.

    Parmi elles, Alonzo, célèbre interprète marseillais, détenteur d’un disque d’or pour cinq de ses albums. Mais aussi Békar, rappeur auteur de Mirasierra et Plus fort que l’orage, respectivement certifiés disque d’or en août et septembre 2024. Rim’k, rappeur franco-algérien et interprète du morceau King lors de la cérémonie d’ouverture des JO en 2024 et enfin Kore, DJ, compositeur et producteur du premier album du rappeur SCH. Youssef Swatts, vainqueur de la 3e saison de la série Nouvelle école et Bianca Costa, chanteuse brésilienne, proposeront également une performance.

    Zamdane, chanteur marocain d’expression française, mis en cause par l’association féministe Nous Toutes « pour violences sexistes et sexuelles », passera lui aussi sur scène. Cible d’un appel à la déprogrammation lors de la Fête de l’Humanité en septembre, le rappeur avait reconnu, lors de son passage dans le festival, « amèrement regretter » des tweets « comportant des propos inacceptables » publiés il y a 8 ans et supprimés depuis les accusations.

    L’argent récolté sera reversé à diverses structures. Parmi elles, la Société nationale de sauvetage en mer. Sa mission est de secourir gratuitement les vies humaines en danger, en mer et sur les côtes. Le MV Louise Michel, bateau de sauvetage qui intervient en Méditerranée pour faire respecter le droit maritime et secourir toute personne en détresse, fera aussi parti des bénéficiaires, tout comme le Projet Aquarius, qui permet à des personnes issues d’un parcours migratoire de se réapproprier le milieu aquatique. Dernier bénéficiaire, Aide aux populations précaires et immigrées, association qui accompagne les personnes exilées dans leurs recours aux droits et démarches administratives.

    Billets disponibles en ligne à 15 euros.

  • Un concert au Dôme pour sauver des vies en mer

    Un concert au Dôme pour sauver des vies en mer

    Pas plus tard que ce mercredi 22 octobre, 40 exilés originaires d’Afrique subsaharienne, dont des bébés, ont péri en mer, au large de la Tunisie, alors qu’ils tentaient de rejoindre clandestinement les côtes européennes à bord d’une embarcation de fortune… À l’initiative de la Fédération des mutuelles de France et avec le soutien de la Ville de Marseille, un grand concert est organisé, pour la troisième année consécutive, permettant de récolter des fonds pour les associations qui viennent au secours des réfugiés en mer.

    Parmi les bénéficiaires, la Société nationale des sauveteurs en mer, particulièrement impliquée auprès des exilés qui tentent de traverser la Manche et au large de Mayotte, l’AAPPI (Aide aux populations précaires et immigrées), association marseillaise qui accompagne les réfugiés dans leur recours aux droits.

    8 500 spectateurs attendus

    Ce sera cette fois-ci sans SOS Méditerranée, préférant se retirer de l’aventure après une « controverse concernant un artiste de la programmation ». En clair, le rappeur Zamdane, proche de l’association, accusé de violences sexuelles et sexistes par le collectif féministe « Nous toutes », lors de la Fête de l’Humanité, en septembre.

    Les deux précédentes éditions, à guichets fermés, avaient réuni plus de 12 000 personnes pour une recette de 210 000 euros. Quelque 8 500 spectateurs sont attendus, samedi, avec pour objectif de collecter 150 000 euros.

    À partir de 19h.
    Billetterie : dome.marseille.fr

  • « Je peux quitter le conseil, le raviérisme n’est pas mort »

    « Je peux quitter le conseil, le raviérisme n’est pas mort »

    Benoît Payan pouvait bien se placer au-dessus de la mêlée, en ouverture du conseil municipal de Marseille ce vendredi matin. « Les mots, les actes nous engagent, parce que nous sommes des élus de la République », invitait l’édile depuis la tribune, rappelant aussi bien la période de réserve électorale que les menaces de mort dont il avait fait l’objet, pour avoir simplement mangé un couscous à Noailles.

    Un vœu pieux dans un hémicycle recomposé. À droite, l’ex-maire (Ren.) des 9-10 Lionel Royer-Perreaut est absent, après avoir annoncé son départ de la vie publique et la dissolution de son groupe, dont les élues siègent maintenant avec les troupes de la candidate Martine Vassal. Sans Hayat Atia et Aurélie Falek, qui ont claqué la porte en dénonçant une dérive « vers l’idéologie de l’extrême droite ». Stéphane Ravier (ex-RN) en revanche est bien présent, après avoir annoncé la veille qu’il ne serait pas candidat aux prochaines municipales, ouvrant la voie au RN qui saluait « un geste extrêmement fort ».

    Complotisme antisémite

    Pas de quoi l’inciter au silence. Après les premières escarmouches de la droite sur le coût de l’Été marseillais, le château de la Buzine ou l’état du centre-ville, il n’aura fallu qu’à peine une demi-heure pour que le sénateur vienne mettre les pieds dans le plat. Une de ses diatribes habituelles, au gré d’une attribution de subventions, pour s’attaquer à une supposée « xénophilie suicidaire qui envoie un message aux candidats à l’immigration ». Mais en virant jusqu’au complotisme antisémite cette fois, désignant l’ONG SOS Méditerranée comme « Soros Méditerranée ». Il est rapidement interrompu. « Beaucoup de fake news existent contre Monsieur Soros en raison de sa religion, notamment celle que vous venez dire », le reprend vertement Benoît Payan, après avoir exigé son départ de l’hémicycle. Cette fois, Stéphane Ravier reconnaît son erreur.

    Mais la porte est ouverte. Vingt délibérations plus tard, le RN est fidèle à lui-même en accusant la majorité de « subventionner la submersion migratoire ». Mais dans la foulée, c’est la sénatrice (LR) Valérie Boyer qui accuse la municipalité d’avoir fait de Marseille « la capitale de l’immigration illégale ». Refusant une subvention de 130 000 euros à SOS Méditerranée, « cette organisation par laquelle arrivent dans nos rues la misère et l’errance ». Et s’opposant avec l’extrême droite au contrat territorial d’accueil et d’intégration à 630 000 euros pourtant signé avec l’État. Au fond de la salle, Stéphane Ravier jubile. Et crucifie la droite : « Je peux quitter le conseil municipal, le raviérisme n’est pas mort. »

    En tribune, Benoît Payan proteste. « Est-ce que vous savez combien de personnes ont été débarquées par SOS Méditerranée à Marseille ? Zéro. » « Nous avons entendu les représentants de la droite et de l’extrême droite dire que notre humanisme était mauvais parce qu’il permettait de vivre dans une forme de misère, ajoute l’adjointe (PCF) aux solidarités, Audrey Garino. Mais lorsque nous contractualisons avec l’État pour leur intégration, ils votent contre ! »

    Peu importe : la porte désormais ouverte dans les 9-10, le risque de la dispersion des voix écarté, le RN n’a qu’à dérouler, pendant que la droite surenchérit pour espérer reprendre leur électorat. « Arrêtez de les singer, les gens préféreront toujours l’original à la copie », avertit Benoît Payan. Au fond de la salle, le lepéniste de la première heure Bernard Marendat applaudit des deux mains.