Tag: SOS Méditerranée

  • [Entretien] Lucille Guenier : « Nos protocoles de sécurité ont été renforcés »

    [Entretien] Lucille Guenier : « Nos protocoles de sécurité ont été renforcés »

    La Marseillaise : Vous étiez à bord de l’Ocean Viking lorsque le navire a été attaqué par des gardes-côtes libyens. Pouvez-vous revenir sur les évènements ?

    Lucille Guenier : J’étais à bord, comme la plupart des équipes actuellement en mer, le jour de l’attaque. Les gardes-côtes libyens ont tiré sur notre bateau depuis le leur, de classe Corrubia, donc beaucoup plus petit, rapide et agile que le nôtre. Il n’y a pas eu d’abordage [assaut mené par un équipage pour monter à bord d’un autre navire, ndlr], mais c’était le risque. Depuis un an que l’attaque a eu lieu, aucune condamnation n’a été prononcée [malgré la plainte déposée par SOS Méditerranée, ndlr]. Les gardes-côtes libyens sont dans une totale impunité. Ils sont encore actifs. Il y a quelques semaines, nous avons même croisé le patrouilleur [navire des gardes-côtes], qui nous avait tiré dessus l’an dernier. Le constat aujourd’hui, après un an, c’est que rien n’a changé. Au contraire, les choses ont empiré. Ça a été un tournant pour nous en tant que personnel (…) mais pas au niveau politique. Ça n’a engendré aucune conséquence. Au contraire, le soutien aux gardes-côtes libyens par l’Union Européenne s’est amplifié.

    Vous parlez d’un tournant pour le personnel. Pouvez-vous en dire plus ?

    L.G. : D’abord, s’il n’y a eu aucune blessure physique, il y a eu des conséquences psychologiques. L’organisation a donc dû accompagner les équipes pour qu’elles puissent ensuite repartir en mer. Les opérations se sont arrêtées pendant quatre mois. Après, bien sûr, les protocoles de sécurité ont été renforcés et sont désormais beaucoup plus stricts. Il a fallu s’adapter au contexte et au fait que potentiellement, en faisant des sauvetages en mer, il était possible de se retrouver face à des gens qui tiennent des kalachnikovs alors que tout ce dont on dispose, nous, ce sont des gilets sauvetage. On a donc dû adapter nos protocoles de sécurité, accompagner le personnel navigant qui a été victime de cette attaque mais aussi celui qui ne l’a pas été et qui sait dorénavant que quand il opère en Méditerranée centrale, sur un terrain qui, a priori, n’est pas un terrain de guerre, il peut se retrouver sous la menace des balles.

    Avez-vous recueilli des témoignages de réfugiés d’interpellations violentes ?

    L.G. : Oui, très souvent. Les personnes qu’on secourt ont souvent essayé plusieurs fois de traverser la Méditerranée centrale. Elles se font intercepter par des gardes-côtes libyens puis sont, en général, ramenées dans des prisons informelles où elles sont torturées ou rançonnées pour pouvoir sortir. Il y a tout un système de collusion entre les gardes-côtes libyens, les passeurs et les trafiquants de traite humaine. C’est documenté par des journalistes, mais aussi par de récents rapports des Nations Unies. Et ces gardes-côtes sont en partie financés par l’Union européenne, dans le cadre d’une politique d’externalisation des frontières. Des bateaux leur ont notamment été fournis par l’Italie.

    Si cette situation ne cesse pas, si le soutien aux gardes-côtes libyens continue, d’abord les gens vont continuer de périr en Méditerranée, et ensuite, un jour, des personnels d’ONG, qui essaient de porter assistance à ces personnes, seront blessés ou perdront leur vie.

    Entretien réalisé par Margot Milhaud

  • Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    Des réfugiés pris pour cible en Méditerranée

    L’ONG SOS Méditerranée a déploré ce lundi 24 août dans un communiqué une « intensification des menaces » en Méditerranée centrale, pointant des interceptions « de plus en plus violentes » d’embarcations de « personnes en détresse » et des poursuites des navires de sauvetage, qu’elle attribue à des « acteurs libyens » et des « groupes armés ».

    Voilà un an, son bateau l’Ocean Viking avait essuyé « des tirs des garde-côtes libyens » assure-t-elle alors qu’il transportait 87 personnes rescapées même si « les responsables de l’attaque n’ont pas été identifiés », convient l’ONG.

    SOS Méditerranée estime que « cet environnement opérationnel, de plus en plus hostile en Méditerranée centrale, n’aurait pas pu perdurer sans l’élargissement de la coopération européenne avec les acteurs libyens en matière de dissuasion migratoire ». « Un phénomène nouveau et préoccupant » a également été recensé par l’ONG entre juin et juillet. Cette dernière affirmant qu’à sept reprises au moins, des navires « liés à des acteurs libyens », certains « non identifiés », se sont approchés « à grande vitesse » de bateaux de sauvetage, ou les ont suivis des heures durant – des « poursuites » jusque dans les eaux internationales.

    Un premier trimestre meurtrier

    Elle souligne également une « augmentation significative de la présence de vedettes rapides non identifiées, liées à différents groupes armés en Libye ». Des embarcations qui « ont été observées (…) percutant délibérément des embarcations transportant des personnes en détresse et en effectuant des manœuvres mettant leur vie en danger », poursuit SOS Méditerranée.

    Pour Soazic Dupuy, directrice des opérations au sein de l’ONG, « cette attaque aurait dû marquer un tournant ». Mais avec ce harcèlement, « le message envoyé est dangereux : la violence en mer peut se poursuivre en toute impunité », alerte-t-elle.

    SOS Méditerranée réitère également un appel pour « une enquête complète et indépendante afin d’établir les responsabilités autour de cette attaque ». Et Soazic Dupuy réaffirme son intention de continuer à « sauver des vies, documenter les violations et veiller à ce que la Méditerranée demeure un espace où s’applique le droit international, la transparence et les principes les plus élémentaires d’humanité ».

    Dans le bilan de ses dix ans d’activité publié en juin, l’ONG s’inquiétait déjà d’un premier trimestre 2026, « le plus meurtrier jamais enregistré », la Méditerranée centrale étant « devenue un cimetière à ciel ouvert non par fatalité, mais du fait de choix politiques de non-assistance à personne en danger ».

    REPÈRES

    821

    C’est le nombre de personnes disparues ou décédées en Méditerranée centrale au cours des quatre premiers mois de 2026, selon l’Organisation internationale pour les migrations, soit une augmentation de 111 % par rapport à 2025.

    43 485

    C’est le nombre de personnes auxquelles SOS Méditerranée a porté secours depuis le 7 mars 2016. Un quart d’entre elles étaient mineures, dont 80 % non accompagnées. Dans le même temps, entre janvier et juin 2026, 35 000 personnes ont disparu en mer.

    27 116

    C’est le nombre de personnes qui ont été interceptées par les gardes-côtes libyens en 2025, d’après l’organisation internationale pour les migrations. Ramenés en Libye, les migrants font face à un système d’exploitation décrit par l’ONU comme brutal et profondément enraciné.

    75,7 %

    C’est la part des décès en Méditerranée qui ont eu lieu en Méditerranée centrale, sur cette route migratoire entre la Libye et l’Italie, une des plus mortelles au monde, du fait, notamment, de la très grande distance qui sépare les côtes des deux pays.

  • Notre mer, un océan d’inhumanité

    Notre mer, un océan d’inhumanité

    La Méditerranée n’est plus seulement un immense cimetière de migrants creusé par l’inaction des gouvernements européens, elle est devenue le théâtre d’une violence croissante.

    Il y a un an, l’Ocean Viking, navire de l’association de sauvetage en mer SOS Méditerranée, avait essuyé des tirs de la part de garde-côtes libyens, causant d’importants dégâts matériels et un grave traumatisme pour les personnes à bord. Depuis, l’association dénonce une multiplication des interceptions de plus en plus violentes de personnes en détresse en mer et des « poursuites » de navires de sauvetage jusque dans les eaux internationales par des groupes armés.

    Impunité et indifférence

    Tout cela dans l’impunité s’agissant des garde-côtes libyens et dans une indifférence complice des gouvernements européens. Ceux-là mêmes qui ont fait de la Libye une plaie ouverte dans la rive sud de la Méditerranée où les migrants subissent l’esclavage, les viols et la faim.

    Comment accepter que des mafias paramilitaires se développent dans notre mer commune en instrumentalisant la misère humaine et ses conséquences ?

    Tandis que SOS Méditerranée sonne l’alerte, d’autres violences ont éclaté en Grèce dans des centres de rétention où la police anti-émeute a été envoyée.

    Cette situation est intenable. Pourtant un autre chemin existe : le respect des droits humains, du droit de la mer, des conventions internationales et le codéveloppement pour faire de la Méditerranée un espace de prospérité commune plutôt qu’un océan d’inhumanité.

  • Dix ans de sauvetage en mer : SOS Méditerranée fait le bilan

    Dix ans de sauvetage en mer : SOS Méditerranée fait le bilan

    Dans le droit maritime international, le devoir de porter assistance à toute personne en détresse en mer est obligatoire. C’est au nom de cette exigence que depuis dix ans, l’ONG SOS Méditerranée mène des missions de sauvetage en Méditerranée centrale, l’une des routes migratoires les plus mortelles au monde. Au cours des 453 opérations menées depuis 2016, les membres de l’association ont témoigné du démantèlement progressif des opérations de recherche et sauvetage (SAR) dirigées par les États européens, de l’externalisation du contrôle des frontières européennes et de la criminalisation croissante de l’action humanitaire.

    Après avoir affrété l’Aquarius de 2016 à 2018, SOS Méditerranée poursuit désormais sa mission à bord de l’Ocean Viking depuis 2019. Le 19 juin 2026, l’ONG a publié un rapport anniversaire intitulé En pleine tempête, dans lequel on peut lire : « Entre janvier 2016 et décembre 2025, au moins 19 655 personnes sont décédées ou ont disparu en tentant de traverser cette portion de mer à la recherche d’un lieu sûr. »

    La violence des garde-côtes libyens

    Hélène est bénévole à SOS Méditerranée et co-référente du pôle évènements de l’antenne Hérault-Gard. Elle explique : « Entre la Libye et l’Italie, il y a cinq jours de navigation. Les personnes qui fuient leur pays par cette route sur des embarcations de fortune ont donc rarement assez d’essence pour traverser, et une chance sur deux d’être repérées et sauvées. »

    Avec d’autres bénévoles, Hélène organise des interventions de SOS Méditerranée dans de nombreux festivals en Occitanie, notamment au festival de Thau ou à Fiesta Sète. « Sur les stands, on explique que les États de l’UE financent la Libye pour intercepter les embarcations et les ramener d’où elles viennent. Seulement la Libye n’est pas un pays sûr. Elle ne respecte pas les droits humains et certains groupes armés y pratiquent l’esclavage. Les témoignages de nos sauveteurs montrent que les garde-côtes libyens sont armés, et nous avons désormais une mission aérienne qui témoigne de leur violence lors des opérations. Certains rescapés préfèrent donc sauter à l’eau et mourir, plutôt que de retourner en Libye. » Les embarcations auxquelles vient en aide SOS Méditerranée comptent parfois une centaine de personnes, dont des enfants, des femmes enceintes et souvent des grands brûlés, à cause des fuites d’essence mélangées à l’eau de mer.

    Mary a 20 ans et a été secourue par l’Ocean Viking en janvier 2024 alors qu’elle fuyait l’Erythrée. « Il y a tellement de risques quand on monte [sur ces embarcations] pour traverser la mer, témoigne-t-elle dans le rapport de SOS Méditerranée. Plus que de la mort, on a peur de se faire arrêter par les garde-côtes libyens. »

    Le tournant Salvini

    « Avec l’arrivée de Matteo Salvini au ministère de l’Intérieur italien en 2018, l’Italie a fermé ses portes au sauvetage humanitaire. C’est là que tout a commencé à se dégrader », se rappelle Hélène. Avant cette date, les opérations de sauvetage en Méditerranée étaient coordonnées depuis Rome. Cependant, après avoir secouru 630 personnes en juin 2018, l’Aquarius s’est vu refuser leur débarquement en Italie et à Malte. Et après plusieurs blocages administratifs et judiciaires, le navire a dû cesser ses opérations de sauvetage.

    « On a retrouvé un bateau, l’Ocean Viking, en 2019, raconte Hélène. Mais il y a eu ensuite la décision de l’UE de remettre graduellement la mission de sauvetage et de repérage aux mains des Libyens. » Entre décembre 2022 et décembre 2025, l’Ocean Viking a passé au total 239 jours à naviguer depuis ou vers des ports éloignés, des jours qui auraient dû être consacrés à sauver des vies en mer. Les garde-côtes libyens se sont également livrés à plusieurs reprises à des actions hostiles envers les navires humanitaires de sauvetage. Ainsi, le 24 août 2025, l’Ocean Viking a essuyé les tirs d’un patrouilleur de la Garde côtière libyenne dans les eaux internationales alors qu’il transportait 87 rescapés. Plus de 100 impacts de balles ont été recensés sur le navire. « Il n’y a eu aucune réaction européenne, s’insurge Hélène. L’UE continue d’équiper, de financer et de former la Garde côtière libyenne. » Une illustration supplémentaire de la responsabilité des États européens dans la facilitation d’actes de violence et d’intimidation à l’encontre des travailleurs humanitaires et des personnes en détresse en mer.

    « Si SOS Méditerranée est toujours debout après dix ans, c’est grâce aux dons, conclut Hélène. De nombreux citoyens refusent que les règles de droit international soient bafouées. Lorsqu’on entrave des opérations de sauvetage et qu’on laisse des personnes mourir en mer, c’est un pan de l’humanité toute entière qu’on efface. »

  • Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Chaîne humaine sur la corniche en soutien à SOS Méditerranée

    Corniche Kennedy, samedi, 11 heures. Au pied de l’œuvre murale de l’artiste Mahn Kloix représentant une sauveteuse et au-delà du monument aux morts, une chaîne humaine se forme. Des centaines de personnes sont vêtues d’orange, couleur des gilets de sauvetage à bord mais aussi de l’Aquarius, le premier navire de SOS Méditerranée. Ce happening était organisé pour célébrer les dix ans d’opération de l’association de recherche et de sauvetage en mer, en cette journée internationale des réfugiés.

    « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer »

    En une décennie, l’organisation a secouru plus de 43 000 rescapés, malgré les nombreuses entraves, politiques pour la plupart. Baya, donatrice, s’indigne : « Tous les États répressifs qui refusent d’accueillir les bateaux de SOS, la finalité c’est quoi ? De laisser mourir tous ces migrants dont on a pourri la terre ? », s’emporte-t-elle. « La planète n’appartient à personne ! », renchérit à ses côtés son amie Diana. Selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), depuis 2014, plus de 35 000 exilés ont péri dans les eaux méditerranéennes en tentant de rejoindre le continent européen.

    Sous les applaudissements, une flottille de 19 bateaux parade sur la mer. Sur l’un d’entre eux est accrochée une banderole : « 10 ans, toujours là ». Les bénévoles de l’association rythment l’événement. à leur signal, les participants dégainent des jumelles ou en forment en ramenant leurs mains à leurs yeux. Une image rappelant la fresque qui trône au-dessus de l’eau.

    Des enceintes diffusent au même moment des sons enregistrés à bord. Les participants sont ainsi immergés dans le quotidien des sauveteurs à bord de l’Ocean Viking. « SOS Méditerranée existe grâce à la mobilisation des citoyennes et des citoyens. En France, nous avons désormais plus de 1 000 bénévoles », se réjouit Anaïs, salariée de la structure, rappelant qu’une seule journée de navigation est estimée à plus de 24 000 euros.

    Cherchant un coin
    d’ombre, François, longtemps militant au sein d’Amnesty International tempête : « On ne peut pas laisser mourir les gens en mer, ce sont des choses élémentaires, quelles que soient les conditions politiques ! Et c’est, de toute façon, ce que dit le code de la marine : on porte toujours assistance à quelqu’un qui est en danger en mer », pousse-t-il. Le retraité regarde autour de lui et esquisse un sourire, « ça fait du bien de voir tout ce monde, surtout dans des moments où la vie politique est difficile. En venant j’étais un peu inquiet de ce que pouvait faire l’extrême droite mais dans un sens, c’est aussi ça qui m’a motivé à venir. » Selon les organisateurs, 730 personnes ont répondu présentes à ce rassemblement, sous le regard curieux des passants.

    « Ça fait 10 ans que SOS Méditerranée sauve des personnes en mer. On veut montrer qu’on n’est pas indifférents, que les citoyens se mobilisent », explique Vanessa, venue accompagnée ses fils, Isidor et Maxim. Et quand ce dernier, lycéen, est interrogé sur la mission de l’association, il répond du tac-au-tac : « Ils sauvent des vies. » Tout simplement.

  • « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    « Si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort »

    Quand on demande à Moussa Camara pourquoi c’est important pour lui de participer à la table ronde pour les 10 ans de l’association SOS Méditerranée, la réponse est évidente. « C’est un devoir pour moi. Car expliquer un peu mon parcours pourra peut-être sensibiliser les gens sur l’importance de cette ONG, explique le jeune homme. Car si je n’avais pas été secouru par l’Aquarius, je serais mort », soutient-il.

    Moussa Camara est né en Guinée. Encore adolescent, il se rend à Conakry, capitale du pays, pour ses études. Mais cela se passe mal et il part pour le Mali. Avec un ami ils décident ensuite de partir pour la Libye.

    Après avoir traversé le Burkina Faso et le désert nigérien, ils sont arrêtés par des milices sur la route pour Tripoli, capitale de la Libye, qui les vendent comme esclaves. Après six mois de travail gratuit, son ravisseur décide de les libérer. « Je pense qu’il a fait ça pour avoir bonne conscience, car de plus en plus de personnes mourraient. Alors il nous a tous mis sur un bateau pour traverser la Méditerranée. »

    Une centaine de personnes se retrouvent alors entassées sur cet esquif de fortune pour traverser la Méditerranée. Après deux jours de navigation, beaucoup de passagers ont déjà perdu la vie. C’est au cours de la deuxième nuit du périple que l’Aquarius arrive au secours des passagers à la dérive. « Ce soir-là, avec les personnes qui restaient, nous nous sommes dit au revoir, car nous n’avions plus l’espoir de passer la nuit », se souvient-il. Lorsque SOS Méditerranée parvient à les sortir d’affaire, ils ne sont plus que 40 survivants sur le bateau.

    Depuis cette nuit où il a échappé à la mort, Moussa s’est reconstruit. Arrivé en France en 2017, alors mineur, il parvient à obtenir un CAP d’électricien et travaille aujourd’hui à la citadelle Saint-Nicolas. Depuis l’année dernière, il a été naturalisé français et essaie du mieux qu’il peut d’aider les personnes qui connaissent la même situation que lui. Pour cela il a d’ailleurs fondé l’association Guinée à Marseille, où il accompagne des primo-arrivants, administrativement et humainement.

    Un climat anxiogène

    Bien que sa vie en France ne soit plus soumise aux aléas administratifs, il reconnaît que le climat politique est de plus en plus anxiogène. « Je n’ai jamais eu aussi peur pendant des élections que cette année. Pourtant je n’avais personnellement rien qui me mettait directement en danger, parce que j’avais mes documents, raconte-t-il. Mais je suis toujours touché par les politiques et les discours de l’extrême droite. »

    En accompagnant les jeunes avec son association, il se rend compte que les démarches sont de plus en plus difficiles et s’en inquiète. « Je voudrais que l’on voit que les arguments de l’extrême droite sont faux. Moi, j’accompagne des jeunes qui n’ont droit à aucune aide. Et moi-même je n’en ai jamais bénéficié. Mais je travaille, je cotise, je paie des impôts. Ce que l’extrême droite prône c’est l’égoïsme, alors que la France est un pays de mixité et d’humanisme. »

  • Un anniversaire festif et revendicatif au Mucem

    Un anniversaire festif et revendicatif au Mucem

    Témoigner, sensibiliser, résister : la série d’événements prévus au Mucem ce samedi pour le dixième anniversaire des opérations de SOS Méditerranée répond à ces trois objectifs. C’est ainsi qu’une table ronde se tiendra à 15h au sein de l’auditorium du musée réunissant Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée, Anne Kamel, médecin qui exerce à bord depuis le début des opérations en 2016, Moussa Camara, l’un des premiers rescapés secourus en 2016 (lire ci-dessus) et président de l’association Guinée à Marseille ainsi que François Gemenne, politologue belge spécialiste des migrations et membre du Giec.

    Puis, à 17h, le film Mothership, tourné en 2023 à bord de l’Ocean Viking, sera diffusé en présence de sa réalisatrice Muriel Cravatte. Ce documentaire met la lumière sur les équipages, les exilés secourus et plus particulièrement les femmes souvent invisibilisées lorsqu’il est question de migrations.

    Enfin, la journée se clôture par une soirée festive sur la place d’armes du Fort Saint-Jean, dès 19h. Un concert de soutien sera donné par de nombreux artistes venus des deux rives de la Méditerranée : le musicien Thomas de Pourquery, le chanteur occitan Sam Karpienia, le compositeur égyptien Tarek Abdallah et bien d’autres.

    La danseuse et chorégraphe Maryam Kaba proposera un warm-up AfroVibe aux côtés du collectif Twerkistan accompagné de DJ et performers pour finir la soirée par un set dansant de Matteo, membre cofondateur du groupe Chinese Man. En parallèle de cette soirée, l’équipe des Grandes Tables de la Friche la Belle de Mai inviteront à découvrir un repas inspiré par la cuisine d’urgence préparée à bord de l’Ocean Viking.

    * Les événements sont accessibles sur réservation sur sosmediterranee.fr

  • SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    SOS Méditerranée, lueur d’espoir et d’humanité

    Toujours là. » C’est au sein de l’auditorium du Mucem à Marseille que SOS Méditerranée a dévoilé, vendredi, un rapport inédit : « En pleine tempête ». Le document revient sur les dix années d’opérations de l’association de sauvetage et de recherche en mer. « J’espère que le Mucem continuera à être ce que vous recherchez : un port sûr », martèle Cécile Dumoulin, responsable du département du développement culturel et des publics du musée. C’est dans ces lieux qu’en 2015 l’association, nouvellement fondée, avait organisé l’une de ses premières manifestations. Et c’est toujours ici que sont célébrés, ce samedi, ces dix ans en mer (lire ci-contre). « On partage ces valeurs républicaines et humanistes », insiste Cécile Dumoulin.

    En dix ans, SOS Méditerranée a secouru avec ses deux navires 43 418 personnes, au cours de 464 opérations menées en mer. Des enfants, des femmes, des hommes, qui, sans le secours des équipages auraient pu sombrer au fond de la Méditerranée. Dans ce rapport, l’organisation documente comment, au fil des années, les États européens se sont désengagés du sauvetage en mer, ont externalisé le contrôle des frontières et accentué la criminalisation de l’action humanitaire. Pour l’association, le point de bascule intervient en juin 2018, lorsque la coordination des secours est transférée des garde-côtes italiens aux garde-côtes libyens. Cette année-là, sont atteints des « sommets de harcèlement administratifs », assène Sophie Beau, cofondatrice et directrice générale de SOS Méditerranée. Les équipes sont alors contraintes d’arrêter l’affrètement de l’Aquarius, qui a secouru entre mars 2016 et décembre 2018 quelque 29 523 personnes.

    Entraves de Rome

    et Tripoli

    Le deuxième navire, l’Ocean Viking est allé au secours de 13 895 rescapés entre août 2019 et juin 2026. Ce contraste entre les chiffres symbolise à lui seul la répression accrue. « On est beaucoup moins opérationnels, beaucoup moins efficaces dans notre mission parce qu’on ne nous transmet plus les alertes de détresse. En dix ans, on est passé de 70% des cas de détresse signalés par les autorités maritimes à 4% », déplore Sophie Beau. Entre 2020 et 2023, le navire a été détenu à trois reprises pour des raisons techniques, pour un total de 150 jours. Près de cinq mois durant lesquels les morts se sont accumulés dans ce cimetière marin qu’est devenue la Méditerranée.

    C’est également en 2023 que le décret Piantedosi que le gouvernement d’extrême droite italien impose aux navires de sauvetage de rejoindre immédiatement le port assigné par les autorités, souvent très loin de la zone de sauvetage.

    À ce tableau déjà sombre, s’ajoute la violence de Tripoli. « En août 2025 on a été pris pour cible, attaqués à balles réelles par les garde-côtes libyens alors qu’on patrouillait en eaux internationales », relate Soazic Dupuy, directrice des opérations de SOS Méditerranée, appuyant sur le « traumatisme » provoqué par cette épreuve. Face à toutes ces entraves, « on se retrouve très seuls, très impuissants », regrette-t-elle. Mais partout, des lueurs d’espoirs subsistent. « Depuis que la Méditerranée se vide des navires civils de sauvetage, on est plus en interaction avec les navires marchands », atteste Soazic Dupuy.

    « Résistance »

    L’association qualifie son action de « résistance ». Car cette semaine, le Parlement européen, phagocyté par la droite et l’extrême droite, a voté la mise en place de « hubs » de retour pour les migrants, soit des centres de rétention en dehors des frontières de l’UE. « La société civile n’a jamais été indifférente malgré tout ce qu’on entend de discours défaitistes ou sombres sur cet écrasement de nos valeurs fondamentales. En fait, beaucoup de personnes sont attachées à ces valeurs d’humanité, de solidarité, de fraternité et ça s’incarne très concrètement dans notre mission », insiste Sophie Beau.

    Les bénévoles n’ont jamais été aussi nombreux et conscients de cette mission vitale. « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer, cette évidence-là s’impose chez beaucoup de citoyens ». Et pour cause, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) recense 1 342 personnes disparues en mer depuis le début de l’année.

    « Nous sauvons des vies. Si notre bateau n’est pas là, ces personnes meurent en mer »

    43 418

    C’est le nombre de rescapés sauvés par SOS Méditerranée depuis mars 2016 avec ses deux navires, l’Aquarius et l’Ocean Viking, au cours de 464 opérations de sauvetage. Parmi lesquels figurent 10 524 enfants, dont 80% étaient non accompagnés.

    35 002

    C’est le nombre de personnes décédées en Méditerranée depuis le début du recensement par l’Organisation internationale pour les migrations (OIM). Depuis le début de l’année, au moins 1 342 personnes ont disparu en mer. Ce qui fait de 2026 l’année la plus meurtrière.

  • Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Soirée de soutien à SOS Méditerranée, « un acte de résistance »

    Un acte de résistance face à la banalisation de la violence. » Samedi soir, Pierre Micheletti, médecin et
    administrateur de SOS Méditerranée, et Jean-Luc Pesle, médecin responsable de la mission frontière transalpine pour Médecins du Monde, sont intervenus aux côtés d’artistes et de militants pour une soirée de soutien à l’association de sauvetage en mer au tiers lieu la Maison commune, à Château-Arnoux-Saint-Auban. La soirée a commencé par la lecture musicale de textes d’un roman de Pierre Micheletti. Chantal Lemarchand, l’une des trois fondatrices de la maison d’édition Langage Pluriel, organisatrice de la soirée, a lu l’histoire de Younis Ibrahim Jama, inspirée du fiasco humanitaire de l’Arche de Zoé. Un enfant rescapé du Darfour, dont la mère a été tuée par des soldats, est arraché à son père et adopté par un couple français. La lecture était accompagnée par le musicien Olivier Vauquelin à la contrebasse.

    « Inflation du besoin d’assistance »

    Le médecin administrateur de SOS Méditerranée a ensuite déploré la « multiplication par cinq du nombre de personnes en besoin d’aide humanitaire ces dix dernières années, et par deux des personnes déplacées de force ». Il a insisté sur le besoin de « faire en sorte qu’elles n’aient pas à fuir leur pays », et rappelé une citation de la poétesse Warsan Shire : « Personne ne pousse ses enfants sur un bateau, à moins que l’eau ne soit plus sûre que la terre ferme. » Selon lui, « l’UE développe des stratégies d’épuisement », « tolère des blocages des humanitaires et pénalise les secours ». Il a notamment rappelé que des garde-côtes libyens avaient tiré sur l’Ocean Viking en 2025, engendrant une immobilisation de trois mois.

    Jean-Luc Pesle a lui aussi déploré la « militarisation », « les pressions, intimidations, obstacles aux soins, le harcèlement » et la « criminalisation des actions de solidarité ». Le refuge solidaire que son équipe a ouvert à Briançon a largement dépassé sa capacité d’accueil. Les deux humanitaires ont par ailleurs constaté une évolution du public secouru et accueilli : il y a plus de femmes, enceintes ou encore victimes de violences sexuelles, de familles et d’enfants.

    La soirée de soutien s’est terminée par un repas solidaire et par un concert a cappella de Lison David et Juliette Delhommeau.

  • Banderole raciste : 3 mois avec sursis pour les cinq identitaires

    Banderole raciste : 3 mois avec sursis pour les cinq identitaires

    La cour d’appel a confirmé le jugement du tribunal correctionnel de Marseille et condamné pour provocation publique à la haine, à la violence et à la discrimination contre les personnes d’origine africaine cinq militants d’extrême droite du groupuscule « Défends Marseille », affilié au sénateur Stéphane Ravier. La cour confirme la peine de première instance pour 4 membres du groupe à 3 mois sursis et allège celle de Aurélien Macé, leur meneur, de 6 à 3 mois avec sursis.

    Le 24 juin 2023, en plein concert de soutien à SOS Méditerranée – l’ONG qui depuis 2016 a secouru 42 700 migrants – ce quintuple haineux juché sur le toit d’un immeuble de la Tourette dont ils avaient forcé la porte, avait déroulé une immense banderole où l’on pouvait lire « Qu’ils retournent en Afrique, #defendsMarseille » et scandé des textes haineux.

    « Loin de défendre Marseille, ce mouvement salit l’image de notre ville avec sa banderole », réagit Me Alain Lhote pour la Maison des Potes.

    « Les juges n’ont pas été dupes de leur argumentation affirmant qu’ils étaient animés de convictions «”charitables” voire “chrétiennes” pour l’un d’entre eux », déclare Me Serge Tavitian pour la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra), qui avait rappelé au procès que « le texte scandé lors du déploiement de la banderole et diffusé sur les réseaux sociaux, appelant à se révolter contre le virus, l’hémorragie, que représenterait l’immigration, reprenait le vocabulaire employé jadis contre les Juifs ou les Arméniens rescapés du génocide. »