Tag: Sophie Mazas

  • Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Attaque du Prolé d’Alès : les avocats sonnent la charge

    Six mois et toujours aucune interpellation. C’est le constat effectué vendredi 7 novembre au Prolé d’Alès par les trois avocats mandatés par les victimes, qui s’étonnent de la lenteur de la procédure alors que leurs clients avaient fourni aux enquêteurs un certain nombre d’éléments. « Ils ont pratiquement fait l’enquête, il suffirait maintenant de la boucler en quelques jours », a même précisé Me Sophie Mazas, avocate au barreau de Montpellier.

    En effet, après l’attaque du bar communiste par une dizaine de personnes fin mai, lors de la feria, les victimes étaient très vite remontées jusqu’au groupuscule d’extrême droite du Bloc Montpelliérain. Ce 7 novembre, celles-ci ont fourni à la presse tous les éléments apportés il y a six mois aux enquêteurs. Une recherche sur les réseaux sociaux a en effet permis de montrer que non seulement le Bloc Montpelliérain revendique une activité dans le Gard (contrairement à ce qu’il a affirmé après l’attaque) mais aussi que certains de ses membres étaient bien venus en repérage au Prolé deux jours avant l’assaut. Plusieurs membres de ce groupuscule ont aussi été formellement identifiés sur des photos postées par le Bloc Montpelliérain sur ses réseaux sociaux.

    « Tous ces éléments ont été fournis aux services de police », confirme Cécile Alphon-Layre, présente dans le bar le soir de l’attaque. « Aujourd’hui, les victimes sont dans le questionnement. On se fait tabasser, on porte plainte, on trouve les visages de certains des agresseurs et il ne se passe rien. Si on est toujours dans un état de droit, il doit y avoir une justice ». Sa sœur, Elsa, qui a pris les premiers coups et s’est jetée sur le cheminot pour le protéger des coups portés par deux hommes tandis qu’il était au sol et que sa femme enceinte était retenue à l’intérieur, abonde : « Certains des agresseurs habitent sur le territoire. Nous les avons déjà croisés. Il y en a même un qui s’est rendu par hasard au travail d’une des victimes, qui a pu l’identifier formellement et noter sa plaque d’immatriculation. Où est la protection des victimes ? Beaucoup ont encore des séquelles. Pourquoi il n’y a aucune interpellation alors que lorsque j’ai porté plainte, la police m’a affirmé avoir récupéré des images de vidéosurveillance du bas de la rue ? »

    Des interpellations

    sous deux mois ?

    Avec ce point presse, les avocats espéraient surtout faire pression sur le parquet pour qu’il accélère et informe sur le suivi du dossier. « Nous avons écrit au procureur mais nous n’avons aucune réponse. Nous n’avons même pas un numéro de dossier. Nous voulons bien tout entendre, que le parquet soit chargé avec notamment les nombreux dossiers liés au narcotrafic, que la police est en sous-effectif et qu’elle manque d’enquêteurs. Mais pour entendre, il faut encore qu’on nous parle », souligne Me Ralph Blindauer, l’avocat du Parti communiste français qui poursuit : « Aujourd’hui, aucun témoin n’a été entendu. Nous avons un doute sérieux sur le démarrage de cette enquête parce que si elle avait commencé, on en aurait vu des signes ».

    Resté mutique sur ce sujet jusqu’ici, le procureur d’Alès Abdelkrim Grini a été contraint de s’expliquer. Il a notamment indiqué avoir transmis le dossier à la police judiciaire de l’Hérault puisqu’une partie des auteurs seraient domiciliés dans ce département. Il assure que l’enquête suit son cours et que plusieurs assaillants ont bien été identifiés mais qu’il y a encore besoin de réunir des preuves. Il promet ainsi des arrestations d’ici les deux prochains mois pour « violences aggravées ».

    En attendant que ces propos soient suivis d’effet, victimes et avocats se disent prêts à accentuer la pression pour s’assurer que l’enquête ne s’enlise pas. Si les avocats ont plusieurs possibilités de procédure, ils ne veulent pour l’instant rien dévoiler. Du côté du PCF, Giovanni Di Francesco, le secrétaire de la section alésienne, n’exclut pas l’organisation d’un rassemblement et/ou de se constituer partie civile pour avoir accès au dossier.

  • La force en guise de maintien de l’ordre

    La force en guise de maintien de l’ordre

    Canon à eau. Blindés sur la place de la Comédie. Policiers municipaux et brigade anticriminalité (Bac) déployés. Les manifestations de septembre dans l’Hérault et plus particulièrement à Montpellier ont soulevé un certain nombre de questions sur la conception du maintien de l’ordre de la part de la préfecture et les consignes envoyées par le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau. « Le dispositif est disproportionné. Mais la question c’est : qu’est-ce qui fait craindre au préfet de l’Hérault de telles difficultés ? De quelles remontées d’informations dispose le préfet pour prévoir un tel dispositif ? », s’interroge Sophie Mazas, avocate de la Ligue des droits de l’Homme.

    Le 18 septembre par exemple, 350 policiers ont été mobilisés à Montpellier et deux véhicules Centaure étaient postés place de la Comédie. Ces véhicules blindés de 14,5 tonnes, dotés de 300 chevaux, de canons de tir de lacrymogènes guidés par laser et d’une caméra d’une portée de 9 km, avaient été déployés pour la première fois lors des émeutes de 2023 après la mort de Nahel à Nanterre. Pour la gendarmerie, ces véhicules sont utiles pour « affronter de nombreuses situations : terrorisme, guérilla urbaine, catastrophes ». Dans un rapport consacré aux forces de l’ordre, la Cour des comptes avait déjà exprimé des « doutes » sur « l’adéquation entre ce matériel, bien plus lourd, armé et coûteux que les matériels dont disposait la gendarmerie auparavant, et l’usage effectif qui en sera fait ».

    Le 10 septembre, l’utilisation du canon à eau avait également fortement tourné sur les réseaux sociaux. Un homme, situé à une quinzaine de mètres du camion, touché à la tête, avait été légèrement blessé. « Les policiers ont fait leur travail et sont intervenus en respectant le cadre réglementaire. Des sommations ont été faites à plusieurs reprises et avant l’emploi de l’engin lanceur d’eau », avait alors réagi Baptiste Chauveau, chef du service communication à la préfecture de l’Hérault, auprès de France 3 Occitanie.

    Une version contestée par Sophie Mazas : « J’avais déjà vu des canons à eau sur des manifestations à 150 000 personnes mais pas sur 10 000 personnes à Montpellier. L’instruction faite sur le maintien de l’ordre de 2017 explique que l’usage des canons à eau ne peut être fait qu’après une charge au sol de la police. Elle n’a pas eu lieu. Le principe de proportion de l’usage de la force n’est pas respecté. On commence tout de suite avec une répression très forte ».

    La Bac dans les lycées

    Le choix des unités de police ou de gendarmerie pose également problème à l’avocate de la LDH : « La Bac n’est pas du tout formée pour encadrer les manifestations ou pour gérer l’ordre public. Quand vous envoyez la Bac qui intervient en civil, parfois sans brassard, sans RIO [référentiel des identités et de l’organisation, Ndlr.], avec des matraques et des méthodes d’intimidation, il y a quand même un problème. Ce sont eux qui ont été envoyés dans les lycées le 10 septembre. »

    La polémique a aussi enflé concernant la présence de la police municipale, dont les missions de maintien de l’ordre sont interdites. « Nos policiers étaient engagés uniquement pour une mission de protection, et de nos effectifs ainsi que des citoyens », a expliqué Sébastien Cote, l’adjoint en charge de la sécurité à Montpellier. Des arguments qui n’ont pas convaincu Sophie Mazas : « Je ne comprends pas, ils sécurisent des gens qui font du maintien de l’ordre ? Ils font donc bien du maintien de l’ordre ».

    Face à cette accumulation, la question du droit de manifester se pose pour la LDH. « Cet usage de la répression commence vraiment à poser problème », conclut Sophie Mazas.

  • Montpellier. Cortège intergénérationnel politisé et fliqué

    Montpellier. Cortège intergénérationnel politisé et fliqué

    Après l’éviction de François Bayrou et avant que Sébastien Lecornu ne forme son gouvernement, le mouvement social reprend son souffle. Jeudi 2 octobre, l’intersyndicale a dénombré à Montpellier plus de 7 000 personnes (4 000 selon la police) qui ont défilé d’Albert 1er à la Comédie au lieu des 20 000 recensées le 18 septembre (10 000 d’après les autorités).

    À la CGT, Serge Ragazzacci fait valoir que « certains ont appelé à la grève sans venir manifester ». Quoi qu’il en soit, peu d’entreprises privées étaient présentes dans le cortège montpelliérain. La météo était pourtant au rendez-vous mais le départ précipité de l’union départementale FO a un peu dégraissé les rangs. En cause l’intrusion d’un groupe de manifestants au cœur du cortège intersyndical, dont l’UD FO déplore les slogans politiques « anti-juifs » (majoritairement contre Israël et pro-Gaza) et « anti-flics ». « Notre organisation a pour principes fondamentaux : la liberté, la liberté de pensée et de choix individuel, politique, philosophique et religieux de chaque militant. Nous ne pouvons cautionner et nous associer à de tels propos », argumente Franck Mary-Montlaur. Déjà dubitatif sur les « grèves saute-mouton », le secrétaire héraultais de Force ouvrière prévient : « On veut des manifestations syndicales, sinon ce sera sans nous. » FO 34 a déjà fait savoir qu’elle ne participera pas à journée du 9 octobre pour la santé et la Sécurité sociale.

    Ce second round social avait déjà pris une drôle de tournure la veille. Le préfet de l’Hérault, François-Xavier Lauch, avait signé un arrêté interdisant une nouvelle fois l’accès à l’Écusson, ultra-sécurisé par 350 CRS. Dans son article 2, le texte spécifiait aussi, fait inédit, l’interdiction au sein du cortège de « toute personne extérieure à la manifestation déclarée par l’intersyndicale, composée de ses adhérents, ses militants et ses sympathisants ». Une restriction floue et difficilement vérifiable sur le terrain, immédiatement contestée par des organisations (dont Solidaires) et associations (LDH) qui dénonçaient un « tri des manifestants ».

    L’arrêté du préfet déjugé

    Saisi d’un référé liberté jeudi 2 octobre au matin, le juge administratif suspendait finalement le controversé article 2 de l’arrêté préfectoral juste avant le départ de la manifestation. Et le préfet F. Xavier-Lauch de prendre acte du camouflet sur X. « Je regrette que les mêmes qui depuis le 18 septembre critiquent ma prétendue inaction contre l’extrême droite me privent aujourd’hui d’un moyen de prévention de ces faits. » Un argument qui ne convainc pas la présidente de la LDH 34. « Seule la justice peut empêcher à une personne de manifester. Un royaliste opposé à l’austérité doit pouvoir venir. » Quant aux groupuscules d’extrême droite venus perturber la fin de manif du 18 septembre, Sophie Mazas rétorque : « Les agents de la BAC n’avaient qu’à les interpeller. »

    On en oublierait presque que le défilé du 2 octobre s’est déroulé sans incident et dans la bonne humeur. Étudiants, salariés ou retraités, le visage intergénérationnel du cortège atteste d’une solidarité tenace au sein d’une société mise à mal par l’austérité et l’inflation. « La réforme des retraites touche tout le monde. Des retraités vivent avec moins de 1 000 euros par mois. Ils souffrent aussi de la dématérialisation et du manque de moyens des services publics (hôpital, logements…) ou du prix des Ehpad », liste Bernard Delord, du bureau des retraités CGT de Montpellier. Très remontés contre Emmanuel Macron, son Premier ministre et l’extrême droite, les étudiants du Scum rappellent « qu’étudier est un droit, pas un privilège ». « Macron a commencé par baisser nos APL. On combat les budgets d’austérité, la sélection sociale et raciste… », insiste Karim de la fac de sciences bloquée. N’en déplaise à FO, la jeunesse aime à rappeler qu’elle « emmerde le Front national… »

  • À Béziers, une amende salée pour une déjection canine

    À Béziers, une amende salée pour une déjection canine

    À Béziers, on ne rigole pas avec la lutte contre les déjections canines. Tout est bon pour ramener les deniers des Biterrois, quitte même à faire un tour de passe-passe avec le calendrier. C’est ce qui est arrivé Juliette*, néo-biterroise qui a emménagé à la cité de Riquet en août 2024.

    Pour rappel, la municipalité dirigée par le maire d’extrême droite Robert Ménard a mis en place, en septembre 2023, un périmètre « ADN canin » dans le centre-ville afin de lutter contre la prolifération de déjections canines. Les toutous sont donc dans l’obligation d’avoir un passeport, établissant leur profil génétique. Si une crotte est laissée derrière eux et ramassée par les services de la Ville, le propriétaire du chien incriminé se retrouve avec une amende à payer de 130 euros (122 euros jusqu’en mai 2025). Et gare à ne pas oublier le fameux sésame, sous peine d’une contravention de 35 euros en cas de non-possession du passeport.

    Un dispositif que Juliette a eu l’occasion de découvrir cet été. « Je n’étais pas au courant de cette identification. Quand je l’ai su, j’ai donc fait identifier mon chien en juin 2025 », se remémore-t-elle. Mais le 19 juillet, la néo-biterroise reçoit une amende de 122 euros des finances publiques pour une déjection qui aurait été oubliée en… octobre 2024, soit neuf mois plus tôt.

    « Sentiment d’impunité »

    Problème, au moment des faits, l’arrêté en question – pris par la mairie en mai 2023 – avait été annulé par le tribunal administratif de Montpellier le 6 mai 2025 avec effet rétroactif. « Après l’annulation de cet arrêté le 6 mai, Robert Ménard a repris le même arrêté le 13 mai 2025. Mais comme le premier arrêté a été annulé – car jugé ni proportionné ni nécessaire par le tribunal- l’amende que j’ai reçue il y a dix mois n’a pas lieu d’être », soupire Juliette qui a tenté, en vain, de contacter la Mairie.

    Une décision de justice que ne respecte pas Robert Ménard. « Lorsque l’autorité administrative viole l’autorité de la chose jugée, c’est-à-dire lorsque l’autorité administrative reprend une décision identique à celle annulée, le tribunal administratif considère que ce n’est pas grave, qu’il n’y a pas d’urgence à indiquer à l’administration qu’elle se trompe et laisse pendant deux ans les décisions s’appliquer. Il en résulte un sentiment d’impunité de la part du maire d’extrême droite. Et donc une violation des droits fondamentaux de tous les citoyens », souligne Sophie Mazas, l’avocate qui a fait annuler le premier arrêté.

    Si Juliette n’a pas envie de faire une montagne de cette histoire, la néo-biterroise « aimerai[t] que la mairie ne fasse pas de chose illégale et annule cette amende ».

    *Le prénom a été modifié