Tag: Social

  • La Maison des femmes rejoint l’aventure Marseille-Cassis

    La Maison des femmes rejoint l’aventure Marseille-Cassis

    Les dossards solidaires constituent le nouveau dispositif lancé par les organisateurs de Marseille-Cassis pour cette 47e édition. Quatre associations abordant quatre thématiques différentes ont été sélectionnées. Pour la cause féminine, le choix s’est tourné vers La Maison des femmes Marseille Provence. Ce service de soins des hôpitaux de Marseille est situé dans le 5e arrondissement. Chargée de développement de l’association, Fanny Pillard en explique ses missions : « C’est un service qui prend en charge des femmes victimes de violences, dans lequel elles rentrent dans un parcours de soins personnalisés et sur mesure en fonction de leurs besoins. Ces femmes peuvent consulter différents professionnels, ça peut être des psychologues, des psychiatres, des assistantes sociales, il y a des sages-femmes, des gynécologues, sexologues et médecins généralistes. »

    Des ateliers collectifs sont également proposés et l’idée est de centraliser les services pour améliorer le suivi de ces femmes. Le dépôt de plaintes peut également se réaliser à l’association grâce à des avocats, et cela depuis fin 2025. Concrètement, le but est « de prendre soin d’elles, de les accueillir tous les jours ». « En général, une femme reste deux ans dans notre service. Ça peut être beaucoup plus court en fonction des situations et ça peut être plus long aussi », explique Fanny Pillard. Environ 800 femmes sont suivies à l’année par l’antenne marseillaise de La Maison des femmes, un nombre malheureusement conséquent.

    Un don record

    grâce aux coureurs

    Au total 19 salariés et une cinquantaine de bénévoles œuvrent pour accompagner ces victimes de violences, pas suffisant pour répondre à la demande, d’après la chargée de développement. « Non, on commence à avoir une liste d’attente puisqu’il y a de plus en plus de femmes qui viennent chez nous. Je pense qu’on pourrait être beaucoup plus nombreuses pour pouvoir accueillir tous les besoins et réduire le temps d’attente sur certaines consultations », martèle Fanny Pillard. Une psychologue est arrivée il y a peu, une autre doit suivre, ainsi qu’une psychiatre à mi-temps. Une première avancée pour renforcer les moyens de l’association.

    Grâce à cette sélection par l’organisation de Marseille-Cassis, La Maison des femmes a travaillé d’arrache-pied avec les coureurs pour récolter le plus de dons possibles. « Depuis des mois, on travaille autour de ce dispositif pour que les 250 personnes qui vont courir pour la Maison des Femmes puissent collecter des fonds, qu’elles aient assez d’éléments pour communiquer autour de ce qu’on fait ici à la Maison des Femmes. Donc ça a été un gros projet de coordination. »

    Le gain total recueilli par l’ensemble de ces coureurs est de 60 000 euros. « Je ne m’attendais pas à autant, mais ça veut dire qu’il y a des personnes qui se sont vraiment donné des objectifs très personnels pour nous soutenir. C’était un peu la surprise », raconte Fanny Pillard. Les 250 personnes ayant montré leur solidarité à La Maison des femmes seront, par ailleurs, facilement reconnaissables le jour de la course. En effet, l’organisation leur a concocté des dossards de couleur rose. Immanquable, même parmi les 20 000 participants au départ d’une 47e édition complète quelques instants après le début des inscriptions.

    EN CHIFFRES

    60 000€

    C’est la somme récoltée par les 250 coureurs ayant acheté un dossard solidaire pour aider La Maison des femmes.

    1 750

    1 750 euros ont été récoltés par un seul et même coureur, c’est le record de cette première édition des dossards solidaires. Le plancher était fixé à 200 euros.

    30%

    L’association note que 30% des violences conjugales démarrent au moment de la première grossesse.

  • Digne-les-Bains : la CGT alerte sur de potentiels retards du courrier avant Noël

    Digne-les-Bains : la CGT alerte sur de potentiels retards du courrier avant Noël

    Alors qu’une réorganisation prévoit la suppression de quatre tournées dès mardi, la CGT de la Poste de Digne-les-Bains alerte sur de potentiels retards de distribution du courrier et des colis, dont le nombre « double à partir du mois de novembre », selon Thomas Bignals, délégué syndical CGT de la Poste. « Ce qui inquiète les facteurs, c’est le fait que ce soit juste avant le pic d’activité colis, un accroissement d’activité à partir de mi-novembre. Le fait qu’ils suppriment quatre tournées, que les tournées soient modifiées, ça fait qu’il faut tout réapprendre », explique le syndicaliste.

    Cette réorganisation avant la période de fêtes « met en danger le service rendu aux habitants. Dans ces conditions, nous ne pouvons garantir le niveau de service habituel », alerte la CGT. « Des retards dans la distribution du courrier, de la presse et des colis sont à craindre, avec un impact direct sur les habitants, les commerçants, les entreprises et les personnes isolées, qui dépendent de la présence quotidienne du facteur », souligne le syndicat.

    La Poste veut mettre en place cette réorganisation « parce qu’il y a moins d’activité », selon Thomas Bignals. « Si la réorganisation se passe mal, on déposera un préavis de grève », promet-il. « Actuellement, il y a 30% de CDD et d’intérimaires sur le total des effectifs », ce qui rend les distributions de courrier plus longues et compliquées, explique le délégué syndical. Ces potentiels retards n’affecteraient pas seulement Digne, mais aussi Malijai, Mézel, le Brusquet ou encore la Javie, communes que la Poste de la ville préfecture dessert également. « On a eu rendez-vous avec le sénateur le 15, il est d’accord avec nous, il soutient le service postal », affirme par ailleurs Thomas Bignals.

    Contactée, la Poste n’a pas pu être jointe dans l’immédiat.

  • Face aux pilleurs, la gestion de l’état critiquée

    Face aux pilleurs, la gestion de l’état critiquée

    Marseille a la gueule de bois en ce dimanche 18 octobre, au petit matin. Si la veille, autour de 100 000 manifestants ont témoigné leur exaspération sociale provoquée par le gouvernement (voir page 4), « environ 30 000 pilleurs, dont 8 000 émeutiers parmi lesquels beaucoup de jeunes majeurs » selon les estimations de la Préfecture, ont mis la ville à sac en marge des rassemblements. Alors que des agents de la propreté et des équipes de police s’affairent au milieu des débris de verre, du mobilier urbain carbonisé, des commerces éventrés et des emballages de produits dérobés, Benoît Payan arrive le regard meurtri à l’angle Canebière-rue Saint-Ferréol. L’épicentre d’émeutes et vols ayant aussi touché d’autres quartiers de la ville.

    « Ce matin, j’ai mal au cœur et n’ai pas les mots pour décrire ce que jamais je n’aurais imaginé vivre dans cette ville. Des hordes de casseurs et pilleurs s’en sont pris à nos bien communs, à la mairie, à un commissariat, aux forces de l’ordre, à des pompiers, à des lycéens dans le but de casser les revendications légitimes de ceux qui manifestaient pacifiquement », rappelle le maire de Marseille. « J’ai alerté dès vendredi sur cette situation qui pouvait potentiellement dégénérer. J’espère que dans la sixième puissance du monde, certains ont bien compris qu’on ne jouait pas avec le feu. Je n’ai jamais vu une telle manière de maintenir l’ordre samedi. Je veux savoir s’il a été demandé aux forces de l’ordre de s’occuper uniquement des manifestants et de leur lancer des lacrymos sans s’occuper des pillages dans la ville », tonne l’édile qui entend demander des comptes au ministre de l’Intérieur, en visite ce lundi à Marseille. Le premier magistrat de la ville souligne d’ailleurs avoir décidé samedi de « faire sortir dehors toute la police municipale pour atténuer le drame alors que ce n’est pas son métier ».

    Des dégâts et un déni

    « 434 policiers et 240 CRS ont été engagés entre 7h et 1h du matin », situe la Préfecture, avant d’être rejoints par une centaine de renforts. « 4 000 grenades lacrymogènes ont été lancées, avec 99 gardes à vue, directement liées aux émeutes. 118 effectifs ont été blessés, dont trois hospitalisés. » Quant aux interrogations autour des consignes données pour la gestion du maintien de l’ordre et d’un dispositif jugé insuffisant, Benoît Payan lâche : « Je pense que la situation de la ville et les images permettent de répondre à cette question. » Une chose est sûre, les violences de samedi ont été du pain béni pour le gouvernement dans le but de décrédibiliser le mouvement social. Pire encore, au niveau du Préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, qui a déclaré samedi vers 17h à l’Évêché : « Depuis 11h30, on n’est pas face à des manifestations mais du pillage. Ils n’ont aucune revendication. Si vous avez vu des pancartes, montrez-les moi. » Un déni de réalité.

    Le chaos provoqué par les émeutiers s’est poursuivi très tard dans la nuit de samedi. Au final, des centaines d’enseignes ont été dévalisées et l’Hôtel de Ville envahi et dégradé. Le commissariat de la police municipale, au 42 La Canebière, a aussi été attaqué comme en atteste encore dimanche matin son hall du rez-de-chaussée, totalement défiguré, où le seul mobilier qui tienne encore debout est une affiche indiquant : « Pour votre sécurité, la ville de Marseille renforce ses effectifs de police municipale. »

  • Rassemblement festif à Manosque malgré le ras-le-bol

    Rassemblement festif à Manosque malgré le ras-le-bol

    Gilets jaunes, lycéens, étudiants, parents d’élèves, CGT ou encore FSU ont manifesté main dans la main samedi à Manosque, mettant en place une opération péage gratuit et laissant passer tous les automobilistes à la sortie de l’A51.

    « On persévère dans cette démarche, parce que rien ne change », explique Jean Pagnon, enseignant qui participe aux manifestations des Gilets jaunes depuis 2018. « On ne demande rien à ce gouvernement, on n’attend rien de lui, il ne va rien céder », regrette-t-il, espérant « recréer une forme de solidarité pour faire front et ne plus se battre de manière dispersée ». On sent un ras-le-bol chez certains manifestants, à bout. « Tout le système est à revoir. Plus rien ne va. Les jeunes n’ont plus d’espoir », regrette Virginie, parent d’élève de Forcalquier. « Je suis en train de préparer l’orientation de ma fille, et j’ai l’impression de me moquer d’elle, je ne sais même plus quoi lui dire », ajoute-t-elle. « Quel jeune a envie d’aller travailler pour un si bas salaire ? Ils ne veulent pas finir comme leurs parents, ils sont témoins de leur mal-être. »

    « Aujourd’hui, il y a une accumulation, un ras-le-bol », constate Éliane, 78 ans, qui manifeste avec les Gilets jaunes depuis 2018 et qui lutte depuis mai 1968, fille d’un militant communiste et à la CGT. « On encourage les jeunes, il y a peut-être un monde qui se réveille et va faire basculer les choses », espère-t-elle. La manifestante regrette néanmoins l’absence de pompiers ou d’agriculteurs, hormis la Confédération Paysanne.

    « On manifeste pour être solidaires avec les lycées qui ont moins de moyens. On peut faire bouger les choses si on est tous ensemble », lance Camille, lycéenne de 17 ans, en terminale aux Iscles.

    « Tu l’as, ta République en marche ! »

    La secrétaire de la CGT de l’hôpital de Manosque, Nadège Bonanno était également présente « pour dénoncer le manque de moyens pour les services publics ». Les manifestants ont fait une ronde, dansé et manifesté dans la bonne humeur, sur un fond musical joué par une fanfare. « Tu l’as, ta République en marche ! », pouvait-on lire sur l’une de leurs pancartes.

    Des membres de la Confédération Paysanne, de FO, du PCF et de LFI étaient également présents. De nombreux manifestants venaient de Forcalquier ou encore de Sisteron.

    Une partie d’entre eux a ensuite pris la direction du centre-ville de Manosque, où ils ont causé des embouteillages. Certains se sont rendus à Marseille pour rejoindre le cortège en début d’après-midi.

  • Des hébergements pour les femmes victimes de violences

    Des hébergements pour les femmes victimes de violences

    Le CIDFF 04 (Centre d’information sur les droits des femmes et des familles) compte se doter, pour la première fois, d’un lieu d’hébergement pour les femmes victimes de violences et leurs enfants, à Digne. « L’idée, c’est d’avoir un refuge où elles peuvent se poser, travailler leur situation, sécuriser le volet social, mettre en place l’accès aux droits, travailler la situation des enfants, et se projeter, en fonction de leur situation professionnelle, vers l’après, avec un hébergement plus pérenne », explique Wided Halaoua, directrice du CIDFF 04.

    L’idée est de réaménager un bâtiment appartenant au bailleur social H2P, situé près du centre-ville de Digne, « de le réhabiliter, parce qu’il est un peu vieillissant, et d’en faire des locaux plus accueillants et plus confortables. La Cepac a la volonté d’apporter un standing plus élevé pour les femmes victimes de violences et leurs enfants, pour qu’elles aient un environnement agréable dans lequel vivre », avance la directrice. Un ascenseur doit notamment être installé. « Actuellement, le logement est occupé par une autre association qui va déménager. H2P attend un engagement définitif de l’État sur le projet, puisqu’on ne peut pas se lancer dans les travaux et réhabiliter complètement le logement si derrière, on n’a pas l’assurance que l’État financera des places d’hébergement pour le CIDFF », précise Wided Halaoua.

    Éloigner du danger

    « L’idée, c’est qu’il y ait des salariés dédiés pour le bâtiment, un temps d’accompagnement social et un temps de psychologue, et possiblement un veilleur de nuit », explique la directrice du CIDFF 04. Un psychologue et un travailleur social devront notamment être recrutés par l’association pour ce projet.

    La Caisse d’Épargne financera le bâti, et Solidarité Femmes 13 aidera le CIDFF « dans tout ce qui sera aménagement des locaux. Ils vont nous accompagner sur la recherche de financement liée spécifiquement à ça », indique Wided Halaoua. Une fois le bâtiment livré, la gestion courante sera financée par le CIDFF.

    L’association Solidarité Femmes 13 « porte toute l’ingénierie du projet, et nous fait bénéficier de leur expertise, puisqu’ils gèrent actuellement de l’hébergement pour les femmes victimes de violences, contrairement à nous », avance la directrice. Le projet prévoit 19 places d’hébergement et 11 logements, du studio au T2, selon elle.

    Des femmes d’autres départements pourront être orientées vers ce lieu d’hébergement à Digne « pour éloigner de manière plus efficace la personne ». De la même manière, des femmes du département des Alpes-de-Haute-Provence « à plus fort risque de représailles pourraient être orientées hors département » pour mieux les protéger et les éloigner du danger.

    Le besoin d’hébergement est d’autant plus important dans le département rural, « où les gens sont excentrés » et ont plus de mal à accéder aux services publics, avance Wided Halaoua.

  • [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    [Entretien] Serge Ragazzacci : « On ne sait jamais quand la cocotte-minute va péter »

    La Marseillaise : Comment sentez-vous le contexte social alors que les prix des carburants continuent d’atteindre des sommets ?

    Serge Ragazzacci : On a l’impression d’être dans une cocotte-minute. La mobilisation lycéenne est d’autant plus forte que la réponse du gouvernement, dès les premiers jours, a été d’une extrême violence. Forcément, ça a levé un mouvement de protestation qui est légitime. Il y a eu beaucoup d’émotions vis-à-vis des images qui ont pu circuler. Mais au-delà de cet épisode, ça fait un moment qu’on est dans une cocotte-minute et on ne sait jamais à quel moment elle va finir par péter, parce qu’on a une crise sociale extrêmement importante avec une question en particulier du pouvoir d’achat. Notre société est en souffrance, elle vit mal. Et on a un gouvernement qui a maltraité l’ensemble des institutions, des syndicats et qui fait preuve d’autoritarisme. Cela crée les conditions de mouvements sociaux qui ont parfois du mal à émerger car les sujets de mécontentement sont extrêmement nombreux, et il y a parfois du mal à trouver les lignes de convergence. Mais aujourd’hui, le gouvernement est sous pression, puisque les sujets que les jeunes portent sont aussi les sujets que nous avons portés le 29 septembre, en particulier sur l’avenir des services publics. Ce n’est pas un hasard que le mécontentement se fasse sentir en ce moment car nous sommes en plein débat sur le budget de l’État. Qui prévoit, pour l’instant, d’accroître les difficultés du service public.

    Cette situation est-elle inédite en France ?

    S.R. : C’est un peu inédit dans le sens où il y a un ras-le-bol général face à une situation qui est devenue catastrophique pour une bonne partie des Français. Les moments de ras-le-bol général ont toujours rencontré des mouvements sociaux. Ce qui est surtout inédit, c’est la brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocages des lycéens. Tout le monde a été surpris par la démesure de la répression policière. Nous sommes dans un temps d’extrême pression, sur fond de crise sociale, avec un gouvernement qui ne veut rien entendre aux douleurs que peuvent ressentir les travailleurs et les retraités et qui continue à vouloir leur faire les poches. Tout cela sur fond de crise démocratique, avec la perspective des élections présidentielles et une extrême droite qui n’a jamais été aussi haute.

    À la CGT, appelez-vous à élargir le mouvement lycéen ?

    S.R. : Le mouvement lycéen a sa propre vie, son autonomie, et nous, on respecte ses choix. On voit bien comment le pouvoir a essayé de faire croire que ce mouvement était récupéré par les uns ou par les autres. Si c’était si simple, on y aurait pensé avant. Mais ça a permis de noyer le débat pendant des jours et de ne pas s’interroger sur les raisons de cette colère dans la jeunesse. C’est important que le mouvement reste dans les mains des organisations lycéennes, même si elles sont faiblement représentées. Nous, on essaie de répondre à leurs sollicitations.

    Beaucoup de gens sont descendus dans la rue pour être auprès de la jeunesse et c’est une bonne chose. Mais la meilleure manière de préparer un avenir à notre jeunesse c’est de se mobiliser pour nos salaires, nos conditions de travail, l’accès à l’emploi etc… C’est pour cela qu’il y a la date du 5 novembre, qui est la suite de ce qu’on a construit le 29 septembre sur la fonction publique. Cette fois-ci, c’est une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles, en particulier sur les questions de salaire et de pouvoir d’achat, sur les questions de services publics, d’emploi et aussi sur l’industrie, puisqu’il y a beaucoup de licenciements en cours. C’est une date de convergence qu’on a besoin de réussir pour venir en appui à la jeunesse.

    Appelez-vous aussi à la mobilisation avec les Gilets jaunes le 17 octobre ?

    S.R. : On a un peu de mal à voir quelles sont les revendications pour cette journée. La position nationale est la suivante : s’il y a des choses qui peuvent correspondre à notre cahier revendicatif, on pourra y participer. Mais pour nous, le syndicalisme se passe dans les entreprises où nous avons beaucoup de sujets avec notamment les questions de salaire et de pouvoir d’achat. Il n’y a pas un jour sans que les gens se plaignent du prix de l’essence, de l’électricité ou du prix du chariot quand on va faire ses courses. Notre responsabilité aujourd’hui, c’est donc de faire entendre ce mécontentement, de le transformer en revendication et d’aller pousser le gouvernement, mais aussi le patronat, dans leurs retranchements. Aujourd’hui, la colère, comme souvent, est dirigée contre le gouvernement, mais elle oublie le patronat alors que les entreprises du CAC 40 ont dégagé au premier semestre plus de 60 milliards de dividendes, ce qui est un record. La France est championne du monde du reversement de dividendes. Ce n’est donc pas vrai que notre pays est en ruines.

    Quelles sont les mesures d’urgence que vous réclamez pour répondre à la crise ?

    S.R. : D’abord le blocage immédiat des prix des carburants. Mais il n’y a pas que le carburant, nous demandons aussi le passage de la TVA à 5,5% sur l’électricité et le gaz. Du côté des mesures sociales, nous demandons, face à une inflation estimée entre 3 et 4%, d’augmenter le Smic à 2 200 euros bruts. On demande aussi le dégel du point d’indice. Le problème de la France, c’est que la consommation est en berne parce que les gens n’ont plus les moyens. On demande aussi un contrôle sur les 211 milliards d’aides publiques et d’exonérations sociales pour les entreprises. Malgré un rapport sénatorial, rien n’a été fait sur ce sujet. Aujourd’hui, on a donc toutes les raisons de se mobiliser et on va tout faire dans les jours et les semaines qui viennent pour inscrire la plus grande mobilisation possible.

  • À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    À Montpellier, une mobilisation attisée par la répression policière

    Désormais, chaque mouvement social d’ampleur en France s’accompagne d’une répression policière inédite. Les premiers blocus de lycées n’ont pas fait exception et ont confirmé qu’un mouvement constitué principalement de mineurs n’était pas une raison suffisante pour adapter le « maintien de l’ordre ». Une stratégie confirmée par le ministre de l’Intérieur sur le plateau de TF1, qui a reconnu qu’« aucune consigne de retenue » n’avait été donnée.

    Mais après qu’un lycéen lensois de 15 ans a eu la main arrachée lundi 5 octobre suite à l’utilisation d’une grenade, Laurent Nuñez a suspendu l’usage des grenades assourdissantes. La mobilisation syndicale mardi 6 octobre, entourant les cortèges lycéens jusque devant les établissements scolaires, a également permis de faire baisser la tension puisqu’aucun débordement majeur n’a été recensé. Une accalmie après dix jours de violences.

    L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la police des polices, a en effet ouvert 18 enquêtes depuis le déclenchement du mouvement lycéen. Deux concernent deux possibles tirs de LBD qui ont entraîné pour l’un une mâchoire brisée, et pour l’autre la perte d’un œil. Une enquête a même été ouverte pour tentative de meurtre. Un lycéen a en effet déposé plainte contre un policier qui « lui avait maintenu la tête sous l’eau ». Au total, 215 lycéens ont été blessés, selon les autorités.

    « Nous avons passé un cap collectivement. Dans les premiers jours du mouvement, il y a eu 5 000 arrestations, c’est le total de plusieurs mois de Gilets jaunes. À Montpellier, sur une semaine, il y a plus d’une cinquantaine d’interpellations. Et sur toutes ces interpellations, il n’y a qu’une seule personne majeure. Surtout, il y a des charges policières sans sommation », indique Sophie Mazas, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme de l’Hérault.

    Double fracture au visage

    La répression policière n’a pas épargné Montpellier. Une jeune fille de 17 ans souffre en effet de deux fractures au visage et a longtemps eu peur de perdre la vision d’un œil. « Elle a pris un coup après une charge sans sommation sur un groupe de jeunes pacifiques donc elle n’a rien vu venir. Elle a pris deux coups de bouclier dans le thorax et un coup de matraque qui lui a fracturé le visage à deux endroits. C’est hyper violent », précise Sophie Mazas qui confirme que « plusieurs enfants sont blessés » et juge « inadmissible de voir que les forces de l’ordre chargent d’aussi jeunes enfants ». Le même jour, un journaliste montpelliérain a été « volontairement percuté » par un policier à moto. Le Club de la presse de l’Hérault a immédiatement dénoncé des « intimidations et les entraves manifestes que les professionnels de l’information subissent » et confirmé que le « journaliste, qui souffre d’un gros hématome et d’éraflures au niveau du tibia, prévoit de porter plainte ».

    Dans un communiqué, l’Observatoire des libertés de Montpellier a en effet listé les violences policières observées : absence de RIO (matricule) visible, pourtant obligatoire ; usage de gaz lacrymogène contre des lycéens parfois même depuis l’intérieur de l’établissement, comme au lycée Jean Mermoz, déploiement de la police municipale qui « ne dispose d’aucune compétence en termes de maintien de l’ordre », charges policières sans sommation préalable et « prise à partie de trois medics par des policiers : leurs sacs ont été fouillés et leurs visages photographiés, notamment en vue d’une inscription au fichier des antécédents judiciaires ». La LDH a également attaqué l’arrêté préfectoral interdisant les équipements de protection individuelle (coudières, genouillères, masques, casques), mais le tribunal administratif a donné raison à la préfète au motif de la dissimulation du visage. Un appel devant le Conseil d’État est prévu.

    « La brutalité avec laquelle le gouvernement a répondu aux premiers blocus des lycéens est inédite. Tous les commentateurs ont été surpris par la démesure de la répression policière », regrette également Serge Ragazzacci, secrétaire général de l’UD CGT 34. Face à cette situation et puisque la mobilisation lycéenne, rejointe par les étudiants, ne semble pas ralentir, Sophie Mazas appelle « les adultes à venir protéger nos enfants aux abords des lycées » et à suivre « des formations par la LDH pour faire de l’observation des pratiques policières ».

  • [Exclusif] Le plan d’économies de l’hôpital de Manosque bute sur la colère de médecins

    [Exclusif] Le plan d’économies de l’hôpital de Manosque bute sur la colère de médecins

    Alors que le plan d’efficience devait être présenté vendredi dernier en conseil de surveillance, il a été reporté au 4 décembre, face à l’opposition de certains médecins qui disent ne plus faire « confiance » à la direction pour mettre en place ce plan d’économies et de « réductions de postes ».

    « Cette année m’a appris à ne pas avoir confiance. On s’est pris des coups de couteau dans le dos. On ne peut pas construire ensemble, c’est un conflit », avance Vincent Roumieu, chef du service médecine interne et infectieuse. « C’est très vertical, c’est un fonctionnement clairement autoritaire. On est prêts à réfléchir, à voir comment on peut faire des économies sur nos pratiques médicales, changer certaines habitudes. Mais eux, leur seule logique, c’est supprimer des postes, des soignants », affirme le médecin.

    La décision du report aurait été prise le 21 septembre, lors de la commission médicale d’établissement, pendant laquelle des médecins auraient exprimé leur opposition. « Quand ils nous ont présenté ça, ça a gueulé, je me suis énervé », se rappelle Vincent Roumieu. « On a peur que, quand ils présentent le plan, toutes les suppressions de postes aient déjà eu lieu », craignent le chef de service et la CGT, alors que des départs à la retraite ne sont déjà pas remplacés et des personnes en CDD depuis des années non renouvelées.

    « Un chantage »

    Vincent Roumieu dénonce un « chantage » de la direction, qui aurait demandé aux médecins insatisfaits de faire leurs propres contre-propositions d’économies, selon lui et la CGT. « On doit s’occuper de leur boulot. Ils nous ont dit de nous débrouiller pour proposer autre chose. Le plan a été reporté pour laisser les médecins faire leurs contre-propositions », explique le soignant. Ils auraient jusqu’au 1er novembre pour le faire, selon la CGT.

    « Dans mon service, on est tous d’accord sur le fait que c’est délirant de faire ça », avance le chef de service. « Ils ont prévu d’enlever du personnel exactement dans les deux seuls services rentables, qui rapportent plus d’argent que ce qu’ils en coûtent, le mien et celui de médecine polyvalente », déplore-t-il.

    « De toute façon, au conseil de surveillance, il n’y a pas de vote, ce n’est qu’une information », précise Gilles Duffour, directeur du centre hospitalier, qui parle de « plan de redressement ». Il confirme que la présentation du plan a été reportée car les médecins opposés au projet « souhaitaient plus de temps pour proposer d’autres choses ». Questionné au sujet des « réductions » ou « suppressions » de postes, il refuse pour l’instant de s’exprimer à ce sujet, préférant attendre la présentation officielle du plan.

    Le plan est reporté à décembre « parce que les chefs de service et les syndicats doivent continuer à se mettre d’accord et qu’il y a des contre-propositions qui ont été faites qui méritent d’être étudiées », abonde le président du conseil de surveillance, Camille Galtier. « Il y a 75% de l’effort sur la hausse d’activité et 25% sur les économies », avance le maire de Manosque (DVD). Interrogé sur la façon de faire des économies tout en augmentant l’activité, il renvoie vers le directeur de l’hôpital. Il votera dans tous les cas le plan, car « si on n’optimise pas tout ça, on ne pourra plus payer les salaires des employés ».

    « Chaque fois qu’il y a de la résistance, ils repoussent, affirme de son côté la CGT de l’hôpital. Les médecins ont râlé, et c’est pour ça qu’ils leur laissent un peu plus de temps, pour essayer de mieux faire passer la pilule. »

  • À Manosque, les lycéens sont déçus

    À Manosque, les lycéens sont déçus

    De nombreux lycéens se sont montrés déçus de l’affaiblissement de la mobilisation et des annonces de sanctions du maire de Manosque, Camille Galtier, jeudi. « C’est dommage de punir tout le monde, alors que c’est une minorité qui casse et que la mobilisation de mardi s’est bien passée », a avancé Léon, élève en classe de première au lycée professionnel Martin-Bret.

    L’édile veut interdire les aides de la commune et de l’Agglomération pour les manifestants condamnés et a décidé d’annuler une soirée rap gratuite à destination des jeunes. Il a reçu quatre lycéens, mercredi. « Tout le monde n’a pas les moyens de se payer une place de concert, on nous prive de culture », a déploré Sacha, élève en terminale au lycée Martin-Bret, au lendemain de sa rencontre avec le maire. « On lui en a parlé, mais il nous a répondu qu’il ne comptait pas revenir sur sa décision », regrette le lycéen de 17 ans, décrivant l’attitude de l’édile comme de la « provocation ».

    Les quatre lycéens reçus par Camille Galtier, mercredi, ont évoqué auprès de lui « un projet de bus gratuit » pour les élèves qui doivent suivre leur spécialité dans un autre lycée, arrivent en retard et ratent une partie de leurs cours à cause du temps de trajet. « Rien n’est gratuit. Si c’est gratuit, c’est qu’il y en a qui payent derrière », leur a répondu le maire, selon Sacha. « On s’attendait à une discussion, à quelque chose d’ouvert pour essayer d’améliorer la situation. Cela nous a surpris et dérangés. C’était lui qui essayait de nous imposer sa vision des choses et de nous dire que ce qu’on faisait, c’était mal », a affirmé Jana, élève de 16 ans, en terminale au lycée Esclangon. « Dès qu’on avait des choses à dire, il nous contredisait. » Les mesures de sanctions prises par l’édile « vont plus attiser la haine qu’autre chose, c’est jeter de l’huile sur le feu », selon la lycéenne. « Pourquoi toujours faire des économies sur la culture ? », s’est-elle interrogée. Annuler cette soirée gratuite, « c’est priver les gens qui n’ont pas de moyens de la culture », a avancé l’élève, qui regrette la présence de casseurs qui ont « décrédibilisé » la mobilisation, la semaine précédente.

    Des élèves reçus par

    la directrice académique

    « Il nous a dit qu’il avait 40 000 euros à rembourser pour les dégradations », mais cette somme ne doit pas être prise du « budget culturel qui est réservé à la jeunesse », a argumenté Camille, 16 ans, élève en première à Esclangon. « Il nous a dit qu’il était 1 000 fois plus déçu que nous, mais lui peut se payer un autre concert aux arènes de Nîmes ou à La Défense Arena. »

    Quatre lycéens des trois établissements ont été reçus par Véronique Blua, directrice académique des services de l’Éducation nationale des Alpes-de-Haute-Provence, à 11h, au lycée Esclangon. « Elle était vachement plus ouverte à la discussion que le maire. Elle était très à l’écoute et comprenait bien nos revendications. Elle n’était pas là pour nous faire la morale. Cela fait du bien après la rencontre avec le maire », s’est réjouie Jana.

  • Le conseil municipal d’Oraison interrompu par des militants écologistes

    Le conseil municipal d’Oraison interrompu par des militants écologistes

    Les chants revendicatifs, casseroles et slogans des militants contre les centrales photovoltaïques se sont à nouveau fait entendre depuis le conseil municipal d’Oraison, jeudi. Mais cette fois-ci, le maire, Benoît Gauvan (Ren.), avait prévu le coup en appelant trois policiers municipaux, qui ont expulsé manu militari plusieurs militants assis dans le public qui avaient interrompu le conseil en prenant la parole pendant la délibération permettant une modification du PLU pour installer une centrale solaire sur la commune, adoptée pour la deuxième fois après que le maire ait oublié de faire voter le huis clos.

    « C’est surtout de ma faute », a-t-il à nouveau reconnu jeudi. L’édile a donc « préféré présenter de nouveau toutes les délibérations » au vu du « vice de procédure ».

    « Vous n’avez pas parlé du CO2, ni de l’extractivisme qui est requis ! », ont notamment invectivé les militants pendant le conseil. Après avoir été sortis, ils ont continué à perturber la séance en faisant entendre leurs hurlements, leurs chants et en tapant aux fenêtres de la salle. « Nous reviendrons », criaient-ils notamment. « La démocratie a bon dos quand on ne la respecte pas », a réagi l’édile.

    Le conseil a été suspendu pendant plusieurs minutes « le temps que cela se calme ». « C’est le premier acte d’une lutte », a promis Marie Veroda, coprésidente du groupe national de surveillance des arbres. « La biodiversité n’est pas à vendre. »

    Un nouvel amendement

    La conseillère d’opposition Isabel Gamba (DVC), opposée au projet, a présenté jeudi un nouvel amendement proposant de « reporter l’examen de la délibération afin que le conseil puisse disposer d’éléments complémentaires avant de se prononcer sur l’intérêt général du projet », absent lors du premier conseil municipal irrégulier, ce que lui a reproché le maire. « Je vous fais part de ma surprise au moment de l’arrivée de cet amendement alors qu’aucun document » n’avait été présenté au précédent conseil. « Vous m’aviez avoué ne pas avoir eu le courage de vous plonger dans l’étude des documents », a-t-il accusé.

    « Nous reconnaissons les avantages avancés et les retombées économiques, mais ces avantages doivent être mis en balance avec l’ensemble des conséquences du projet », a avancé Isabel Gamba. « Les éléments ne permettent pas au conseil municipal d’apprécier de manière suffisamment claire l’intérêt général » de ce projet, a-t-elle défendu.

    Le maire a longuement défendu le projet et présenté ses arguments avec de nombreuses diapositives. Les incidents sur la faune sont « modérés à faibles », selon lui.