La Marseillaise : Pourquoi ce congrès a-t-il lieu maintenant ? Hasard du calendrier ou opportunité contextuelle ?
Brigitte Cheinet : On se réunit tous les trois ans pour le renouvellement des membres du bureau. Et aujourd’hui plus que jamais, c’est important, puisqu’on est attaqué par le gouvernement et le patronat. Il est donc important d’avoir un congrès pour se renforcer et combattre les idées capitalistes et fascistes qui sont en train de prendre la place de la démocratie.
Parmi ces attaques, il y a la désindexation des retraites sur l’inflation. Quel est votre sentiment à ce sujet ?
B.C. : Il faut rappeler que la retraite est un salaire socialisé. On est toujours des salariés, car on l’a payée. C’est facile de toujours demander aux mêmes de faire des efforts, surtout avec une population de plus en plus pauvre du fait que les salaires n’augmentent pas. Les salariés ont donc des retraites de plus en plus basses, et deviennent des retraités pauvres. Ce n’est pas à nous de payer l’inflation. Il faut cesser de donner de l’argent aux plus riches et arriver à vivre pleinement notre retraite. Pour ma part, j’ai perdu deux mois de revenus en trois ans avec l’inflation.
La grande majorité des Français se positionne contre l’augmentation de l’âge du départ à la retraite. Vous vous tenez également à leurs côtés ?
B.C. : On est une seule CGT. Il n’y a pas les retraités et les actifs. Évidemment, on se fait du souci. Quand les salaires n’augmentent pas, c’est une petite retraite qui arrive. Les gens vont au travail avec la boule au ventre, car ils travaillent dans des conditions épouvantables. Il faut défendre les salariés, les salaires, arrêter le système de primes et permettre aux gens de partir à 60 ans, car c’est possible. Mais il faut que les cotisations patronales reviennent dans la sécurité sociale, car elles représentent 90 milliards d’euros. La sécu, c’est non seulement la maladie, mais aussi la retraite. Ça ne peut pas être que les salariés qui payent. Il faut aussi que les patrons payent la force de travail.
L’argument souvent rétorqué est celui de l’augmentation de l’espérance de vie. Vous l’entendez ?
B.C. : Absolument pas. Contrairement à ce qui se dit, de plus en plus de salariés partent en retraite en étant malade. Pourquoi n’aurait-on pas le droit de vivre bien et plus longtemps ? Ce qu’on nous explique, c’est qu’on devrait mourir plus vite. C’est impensable. Les mêmes qui ont des yachts se posent des questions sur notre droit à vivre. Ce n’est pas reporter le départ à la retraite qui solutionnera les problèmes. Travaillons 32h par exemple, mais que tout le monde ait du travail. Il faut pouvoir aller au bout de sa vie dans de bonnes conditions.
Quelles sont les questions abordées pendant ces deux jours de congrès ?
B.C. : C’est le 100% sécurité sociale, avec la volonté de l’État et du patronat de briser notre acquis social. C’est la santé, puisque le gouvernement veut augmenter les tarifications, ce qui implique que les personnes qui n’ont pas de mutuelle n’ont pas de remboursement total, et que les tarifs des mutuelles augmentent. Ce qu’on voit, c’est que ce sont les mêmes qui vont payer. Pour nous, ce qui est primordial, c’est d’avoir un système de santé dans lequel tout le monde peut se soigner. Et de véritables augmentations des retraites et des salaires, car si les seconds n’augmentent pas, les retraites faiblissent.

