Aux côtés du sénateur écologiste Thomas Dossus, du député LFI Pierre-Yves Cadalen et du secrétaire fédéral du PS 84 Patrick Blanès, Alexandre Basquin participera dimanche à l’un des temps forts de la Fête de La Marseillaise à Avignon : un débat sur le numérique et son impact sur la démocratie.
La Marseillaise : Quel sera le sens de votre propos dimanche ?
Alexandre Basquin : Tout d’abord, comme sénateur je fais partie du groupe d’études numériques et suis membre d’une mission d’information sur l’empreinte environnementale de l’intelligence artificielle. Mais au-delà du Sénat, j’essaye de rendre la question du numérique citoyenne et politique. J’ai publié, en mars, un essai « Numérique, stop à l’exploitation ». Je dois être l’un des seuls parlementaires de France à ne pas avoir de réseaux sociaux. J’ai toujours eu une petite méfiance face à ces outils. Depuis que je les étudie, c’est devenu une défiance : ce qu’on nous faisait croire comme étant une liberté nouvelle est avant tout une forme d’aliénation. Le modèle économique des géants du numérique fait qu’il faut que vous soyez de plus en plus longtemps sur les écrans, à polariser les contenus, de manière à monétiser votre attention et à piller vos données personnelles. Nous sommes les pantins de grands marionnettistes que sont les gens du numérique. Une forme d’ère de totalitarisme numérique. Très loin de la création d’Internet, porte publique ouverte sur le monde, qui avec l’arrivée des fournisseurs d’accès privés est devenu un monstre numérique, qui nous exploite à des fins économiques, commerciales et politiques.
Dans cette jungle, la régulation est-elle illusoire ?
A.B. : Chacun est libre d’utiliser les outils qu’il souhaite. J’ai porté l’idée d’une COP du numérique comme ce qui existe sur la COP environnementale. J’essaie d’éveiller un peu les consciences en disant « Ne croyez pas que vous êtes libres sur ce type d’outils, parce que derrière, il y a des enjeux algorithmiques qui font qu’on vous oriente de manière à ce que vous consommiez toujours plus ». Les études montrent que sur le réseau social X, un mensonge se répand 6 fois plus vite qu’une vérité. Je ne crois pas à une forme de régulation pour la simple raison que ces géants du numérique sont extrêmement puissants et pratiquent un lobbying fort auprès des instances européennes. Ces GAFAM pèsent plus que le PIB de certains États. Face à cela, notre force, c’est le collectif. Ces géants sont au pied d’argile et ne vivent qu’à travers nos usages. Si demain les 3,4 milliards d’utilisateurs de Facebook s’en vont, tout s’écroule. Alors c’est peut-être utopiste et idéaliste. Il y a quand même des prises de conscience. En France, le fait qu’on avance sur l’interdiction des réseaux sociaux au moins de 15 ans, quand on voit tous les effets néfastes sur notre jeunesse en termes d’isolement et de santé mentale, est un bon premier signe bien qu’insuffisant.
En quoi est-ce un danger pour la démocratie ?
A.B. : Les enjeux démocratiques sont importants et de deux ordres. Le premier, c’est l’utilisation des outils numériques à des fins d’ingérence étrangère, de manipulation électorale, de cybercriminalité. En 2024, 80% des élections qui ont eu lieu dans le monde ont été impactées par l’intelligence artificielle avec des manipulations à grande échelle dans le cadre des réseaux sociaux. Le second enjeu, c’est par rapport à la philosophie des géants du numérique eux-mêmes, qui ne veulent qu’une chose : que nous soyons isolés devant nos écrans. Ils honnissent toute forme de solidarité, de collectif. Si vous êtes plusieurs en train de discuter sur une terrasse de café, vous n’êtes pas devant votre écran d’ordinateur. Tout est fait à travers l’économie de l’attention pour que vous soyez toujours plus devant vos écrans pour alimenter leur caisse à profit. Mais au-delà de ça, ils portent aussi une philosophie politique. Par exemple, Mark Zuckerberg [fondateur de Facebook] ou Elon Musk [propriétaire d’X], sont des libertariens. Ils portent en étendard la liberté individuelle avant toute autre considération, y compris avant la démocratie. Ils sont contre toute forme d’État-nation et luttent contre toutes les régulations qu’on peut leur imposer. Donc, c’est vertigineux, extrêmement effrayant. Cela participe d’un mouvement antidémocratique. Parce que demain, des vidéos seront montées de toutes pièces et vous n’allez plus distinguer le vrai du faux. Et dans une démocratie, en période électorale, ça peut amener à des comportements extrêmement violents.


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