Tag: Sécurité sociale

  • Martigues marchera pour la justice sociale et fiscale

    Martigues marchera pour la justice sociale et fiscale

    La lumière chaude de fin de journée met en exergue le rouge bien présent au tableau du rassemblement organisé par l’union locale CGT du pays martégal, devant l’hôtel de Ville de Martigues, ce mardi soir. Les syndicats des territoriaux, de l’éducation nationale, de Marcegaglia, ainsi que les militants locaux du PCF et de LFI ont répondu à l’appel pour un échauffement avant la manifestation marseillaise, jeudi.

    Le secrétaire général de l’union locale CGT, Daniel Bretonès, place le rassemblement sous le signe « du non des travailleurs aux reculs sociaux et à l’austérité imposée au nom d’un budget injuste », trois semaines après la nomination du Premier ministre (Ren), Sébastien Lecornu. « Son projet budgétaire est le même qu’avant, ses économies se feront sur nos salaires, nos retraites, notre Sécurité sociale et nos services publics », augure le syndicaliste. Il rappelle que « chaque année, 211 milliards d’euros sont versés sans contrepartie aux grandes entreprises, sans oublier les 100 milliards de fraude fiscale » . « La CGT a des propositions pour sortir de la crise, comme rétablir l’impôt sur la fortune, taxer les revenus du capital » ou encore « rétablir la taxe professionnelle et la taxe d’habitation, pour la démocratie locale, et rendre leur liberté aux communes », propose Daniel Bretonès.

    Un bus pour jeudi

    L’adjoint Gérard Frau (PCF) a salué, au nom du maire Gaby Charroux retenu en préfecture, « le travail constant et offensif de l’UL CGT » et témoigné son « soutien à la mobilisation, juste et nécessaire », quand « les Français voient leurs salaires stagner face à l’inflation, les hôpitaux saturés, la précarité et l’injustice fiscale ». L’élu local déplore un Premier ministre « sourd face à l’intersyndicale, la rue et la colère populaire », et promet de « marcher le 2 octobre avec la CGT et l’intersyndicale ».

    Le bus affrété par l’UL CGT part à 9h, jeudi, de la Halle de Martigues pour rejoindre la manifestation marseillaise.

  • Les syndicats ne lâcheront rien !

    Les syndicats ne lâcheront rien !

    Au lendemain de l’annonce d’une nouvelle journée de mobilisation de l’intersyndicale, reçue en vain par Sébastien Lecornu, deux rassemblements étaient organisés ce jeudi 25 septembre dans les Bouches-du-Rhône, devant la préfecture à Marseille et la sous-préfecture à Istres, à l’appel de l’intersyndicale.

    « Sans surprise, le Premier ministre ne bouge pas sur ce qui nous paraît essentiel. Il est là pour dérouler la politique de casse sociale des gouvernements précédents… Ça fait trop longtemps qu’ils gouvernent sans légitimité, en passant en force, il faut que leur pillage des richesses sur le dos des travailleurs, s’arrête », martèle Jessica Jadé, secrétaire de l’Union départementale CGT des Bouches-du-Rhône. « On s’est réunis pour rebondir dans le département dès le lendemain de l’ultimatum avec ces rassemblements, pour montrer qu’on reste toujours mobilisés pour construire les suites ».

    À Marseille, le 2 octobre, la manifestation départementale s’élancera à 10h30 du Vieux-Port. Lundi une réunion intersyndicale permettra d’en régler les détails, portée par l’élan du 18 septembre qui avait vu près de 120 000 manifestants selon les syndicats, défiler à Marseille, Aix, Salon et Arles. Ils étaient une centaine jeudi à avoir répondu à l’appel de la CGT, FO, la CFDT, FSU, Solidaires, la CFTC, la CFE-CGC, l’UNSA.

    « Il faut monter d’un cran et transformer la colère sociale en mobilisation et en espoir », abonde Franck Balliot, co-secrétaire départemental de la FSU 13. « Cela implique de décrypter et dénoncer les mesures budgétaires proposées, les discours lénifiants sur la dette et son poids réel, mais aussi montrer qu’il est possible d’inventer un état social du XXIe siècle, basé sur des services publics renforcés et au périmètre élargi, et une protection sociale étendue à tous les âges de la vie ».

    Devant la préfecture, René Sale, secrétaire général FO d’Aix-en-Provence, dénonce au micro la « guerre » menée par le gouvernement Macron et son ancien ministre de la défense, qu’il accuse de vouloir « détruire la sécurité sociale, les services publics et nos droits ». Il regrette les mobilisations ponctuelles et appelle à une grève reconductible dès le 2 octobre.

    S’inscrire dans la durée

    Les mots d’ordre sont clairs : abrogation de la réforme des retraites imposée par le 49.3 et refus de tout budget d’austérité. « Aujourd’hui, ce gouvernement peut faire passer en force par des décrets, il a tous les décrets de près dans le tiroir », estime-t-il, dénonçant à son tour une politique « au service des patrons » qui accorde « 211 milliards » aux entreprises tandis que « les 500 familles les plus riches captent 42,5% du PIB ». Pour FO, la riposte passe donc par des assemblées générales, la grève et le blocage du pays. « C’est l’histoire qui nous l’enseigne », assure le syndicaliste.

    Franck Balliot insiste de son côté sur la nécessité de préparer activement la grève du 2 octobre. « On va dans les établissements, même là où il y a peu de syndiqués, pour convaincre les collègues qu’il faut franchir un cap », explique-t-il. Si la mobilisation du 18 septembre était déjà été forte avec jusqu’à 45% de grévistes dans les établissements, l’objectif est désormais d’y rendre la grève majoritaire. La rentrée n’est pas une période facile dans l’éducation nationale « mais le mouvement est fort dès le départ », note-t-il. Pour lui, il ne s’agit pas seulement de contrer les budgets d’austérité mais aussi de porter un projet offensif : « Montrer que de l’argent, il y en a, et qu’on peut financer les services publics et la sécurité sociale. »

    « Partout dans les boîtes, les entreprises, les administrations, on va chercher les collègues pour construire la grève », enchaîne Jessica Jadé, soulignant l’importance de l’ancrage local et de la reconduction « là où c’est possible ». C’est le cas dans l’énergie, où la grève reconductible a débuté le 2 septembre à l’appel de la FNME-CGT. Plus de 200 piquets ont été recensés dans les industries électriques et gazières sur la base de revendications salariales fortes : hausse de 9%, création d’échelons, baisse de la TVA sur l’énergie…

    Franck Balliot rappelle aussi les difficultés concrètes dans les établissements scolaires comme la baisse des crédits pour l’aide aux devoirs, et la perte de pouvoir d’achat des enseignants. Dans la foulée, il invite à se mobiliser dimanche sur la marche « Climat, justice, libertés » qui convergera avec celle pour Gaza.

    Jessica Jadé insiste, elle, sur l’appel confédéralisé de la CGT du 9 octobre autour des enjeux de santé et de protection sociale. Pour elle, les mobilisations ont déjà permis de faire reculer le gouvernement sur les jours fériés et les franchises médicales mais une autre répartition des richesses, la taxation des dividendes, ou le rétablissement de l’ISF passeront par la construction d’une « mobilisation de masse » qu’il faut « inscrire dans la durée ».

    « Montrer que de l’argent, il y en a, et qu’on peut financer les services publics et la sécurité sociale. »

  • La Sécurité sociale a 80 ans, une idée toujours moderne

    La Sécurité sociale a 80 ans, une idée toujours moderne

    En mai 1944, le Conseil national de la Résistance (CNR) proposait dans son programme « un plan complet de Sécurité sociale visant à assurer à tous les citoyens les moyens d’existence dans les cas où ils sont incapables de se la procurer par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et l’état ». En octobre 1945 la Sécurité sociale était créée par voie d’ordonnances et instaurait un espace de démocratie sociale. Nous fêterons donc à Septèmes, le 27 septembre, les 80 ans de ce grand et beau moment de notre histoire sociale.

    Mais pour être à la hauteur des fondateurs (Ambroise Croizat, Pierre Laroque, Alexandre Parodi, à des titres divers), il faut engager des débats citoyens et trouver les moyens de mobiliser le plus largement possible, pour reconquérir et étendre le champ d’une Sécurité sociale, enfin redevenue bien commun du monde du travail actif et retraité.

    Le débat citoyen (syndical, associatif, politique au sein des gauches – mais aussi entre toutes ces forces de transformation sociale) sur la stratégie à mettre en œuvre pour rétablir les solidarités attaquées depuis près de six décennies, et en construire de nouvelles, est nécessaire et urgent… En effet, du côté de la gestion de la Sécu, un premier recul a été infligé dès 1967, avec la séparation de la caisse unique en quatre et l’instauration d’une gouvernance à parité avec le patronat. à partir de 1995, c’est le pouvoir politique, avec la création des lois de financement de la Sécurité sociale, qui prend le pas sur le paritarisme et la démocratie sociale. Depuis, le processus d’étatisation de la Sécurité sociale s’est accentué et la période récente montre que même le Parlement a peu de marges de manœuvre. Le recul de la cotisation sociale et la fiscalisation du financement de la Sécu nourrissent son étatisation et entraînent une confusion de plus en plus grande entre le budget de la Sécurité sociale et celui de l’état.

    Possibilité

    de convergences

    Ce sont ces questions, historiques et prospectives, que la Journée Promemo, coorganisée avec l’association FTP et la municipalité de Septèmes, voudra revisiter (voir ci-dessous), et ce en trois temps.

    La contribution de Colette Bec, sociologue, « La Sécurité sociale, une institution de la démocratie », sera prolongée par une première table ronde associant chercheurs et responsables mutualistes (Gérard Leidet, Patrick Magro, Lucien Marchettini).

    L’exposé d’Henri Sterdyniak (économiste) « 80 ans après : Quel bilan, quel financement, quelles perspectives ? » sera suivie d’une seconde table ronde réunissant syndicalistes et militants mutualistes, l’histoire de la mutualité en France ayant connu des rapports complexes avec le syndicalisme (avec Jean-Marie Angeli, Pierre Bachman, et Frank Casado).

    Nous aurons enfin un dialogue entre Patrick Osenda, trésorier des Mutuelles de France, et Thierry Marque, ancien dirigeant des Mutuelles de Provence. Avant de clôturer la journée avec la projection du film La Sociale, de Gilles Perret.

    La santé demeure une préoccupation majeure de nos populations, notamment envers les plus démunies, mais on peine à faire converger les nombreuses mobilisations locales. Celle de Septèmes aura pour ambition, modeste et déterminée, de faire émerger les possibilités de convergence qui sont grandes, car l’espérance sociale, là comme ailleurs, est largement partagée.

  • Pour un salaire à la hauteur du travail à Avignon

    Pour un salaire à la hauteur du travail à Avignon

    « Plus que jamais, le partage des valeurs et des richesses, la revalorisation des salaires et l’égalité entre les femmes et les hommes sont indispensables », lance au nom de l’intersyndicale Laurence de Villèle, secrétaire générale de la CGT Vaucluse, devant plus de 5 000 manifestants rassemblés sur la place du Petit Palais ce jeudi 18 septembre, après un cortège sans incident depuis le cours Jean-Jaurès.

    Cette question des rémunérations des salariés est ressortie maintes fois dans les discussions des manifestants, particulièrement nombreux à déambuler dans la rue de la République en fin de matinée. « Augmenter les salaires d’1% fait rentrer 4 milliards d’euros dans les caisses de la Sécurité sociale. Imaginons si on décidait d’augmenter davantage les salaires, car 1%, ça ne suffit pas aujourd’hui pour permettre aux gens d’avoir un reste à vivre suffisant à la fin du mois. Le salaire, c’est aussi du financement pour les hôpitaux, par exemple. Mais pour cela, il faut que Macron parle au patronat. Il y a plein de boîtes qui sont entrées en négociations annuelles obligatoires et c’est compliqué. Ils ne peuvent pas, d’un côté, bénéficier d’exonérations sociales à hauteur de 80 milliards d’euros et, de l’autre, ne pas augmenter les salaires », expliquait la responsable syndicale en amont de sa prise de parole.

    « Il faut que ceux qui sont en difficulté le fassent savoir et viennent avec nous dans la rue », insiste de son côté Mario Chauvet, élu syndical suppléant FO au réseau de transport Tecelys. « De notre côté, on s’en sort bien, car il y a plus de 240 chauffeurs syndiqués chez nous sur 280. On a du poids au sein de l’entreprise et on fait valoir nos revendications avec le rapport de force. Nos salaires sont augmentés quasiment tous les ans et suivent l’inflation. Mais j’ai des proches qui ne s’en sortent pas, ou très difficilement, mais ne font rien. Il faut se révolter et se rassembler, car si on ne fait pas ça, les patrons pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Il faut être dix fois plus nombreux pour avoir le rapport de force », poursuit-il au sein du cortège, pendant que les enceintes hurlent depuis le camion de son syndicat.

    La dette aux patrons

    Mais du côté des services publics, la revalorisation salariale est un sujet bien plus épineux. « Cela fait des années que nos salaires sont gelés et que les prix augmentent. Les travailleurs ne font que s’appauvrir », regrette ainsi Mélanie Saïsse, co-secrétaire CGT Éduc’action 84. « Ce n’est pas à nous de payer la dette, c’est au patronat. Car ce sont toujours les mêmes qui s’enrichissent grâce à l’argent public et les mêmes qui s’appauvrissent », ajoute-t-elle avant de dénoncer les « contrôles de police abusifs » sur des lycéens, le matin même, alors que ceux-ci manifestaient devant le lycée Mistral, à quelques centaines de mètres de là.

    Une jeunesse qui était présente massivement ce jeudi, avec plus de 300 étudiants et lycéens de la Cité des Papes, pour lesquels la question du salaire joue sur le choix de l’orientation, comme pour Mio, en terminale au lycée Mistral. « Mon rêve, c’est de faire du théâtre. Mais l’État abandonne le secteur culturel, ainsi que le social et la santé. Tout est sous-payé et j’ai peur de ne pas pouvoir en vivre avec la vie qui devient de plus en plus chère », confie-t-il.

    « Ce n’est pas
    à nous de payer la dette, c’est au patronat »

  • Le 4e village santé de la Ville s’installe à Gèze

    Le 4e village santé de la Ville s’installe à Gèze

    À la sortie du métro Gèze, à gauche du magasin Lidl, se tient ce mercredi et jeudi un drôle de village dans les locaux de l’association Banlieue Santé. Pendant deux jours les habitants du quartier peuvent se faire vacciner, faire faire leurs lunettes, prendre rendez-vous chez des professionnels de santé ou encore actualiser leurs droits.

    C’est le 4e événement de ce type que la ville de Marseille organise cette année. Après Air Bel, Belle de mai et les Rosiers, c’est donc à Gèze que se retrouvent service de la Ville, assistance publique et hôpitaux de Marseille (AP-HM), sécurité sociale et associations. « La genèse de ce projet, c’est l’ambition de lutter contre les inégalités d’accès à la santé, explique Michèle Rubirola, première adjointe (EELV) au maire chargée des questions de la promotion santé. Parce que dans ces quartiers il manque de tout : praticiens, services publics… ». à l’entrée du bâtiment, des « passeports santé » sont distribués à toutes les personnes qui arrivent pour qu’elles puissent y inscrire leurs informations. Dans la première salle, les stands sont plutôt dédiés aux questions d’accès aux droits. La sécurité sociale y tient par exemple un stand pour aider ceux qui en ont besoin à faire leurs démarches.

    Préventions, vaccins et lunettes

    à côté, la maison des femmes est là pour venir en aide aux femmes victimes de violence. Souad Falhi, bénévole et diplômée en prévention en santé est là pour bien orienter celles qui seraient intéressées. « On fait de la prévention sur la santé, notamment sexuelle et reproductive. Quand il y en a besoin on peut les rediriger vers la maison des femmes ».

    Dans la cour, à l’arrière, d’autres associations sont présentes pour faire de la prévention, vacciner ou s’équiper en lunettes. Jeunes, personnes âgées, parents avec enfants, ils sont nombreux à s’arrêter au stand du centre de vaccination international de Marseille. Certains sont de passage sur leur pause de travail et en profitent pour faire un bilan de prévention. Nadia, la cinquantaine, est tombée sur le village santé par hasard. « Je ne connaissais pas l’endroit, mais en faisant mes courses, on m’en a parlé, explique-t-elle. Comme j’ai beaucoup de maladies chroniques, je voulais voir si tout allait bien. » Un peu plus loin, sur le stand de « droit de regard », les visiteurs choisissent leurs lunettes. « On est un opticien classique mais on pratique le 0 reste à charge, donc les clients repartent en ayant rien à avancer », explique l’opticien derrière des centaines de montures exposées.

    « Aller vers » les habitants

    Un village santé organisé par la Ville en partenariat avec l’AP-HM. « Les hôpitaux ont toujours été très concentrés à l’intérieur de leurs murs, explique François Crémieux directeur de l’AP-HM. Notre but est de sortir de cela pour aider à l’accès au soin et à la prévention. » L’organisation de ces villages répond à un besoin « d’aller vers » des populations qui peuvent être éloignées du système de soin. Mais pour l’adjointe au maire chargée de la santé ce n’est pas suffisant : « on ne fait pas que des événements one shot. On a ouvert 3 centres de soin avec l’AP-HM aux Aygalades, aux Flamants et à André Roussin pour avoir une meilleure couverture de soins à l’année car la santé devrait être un bien commun. » Un dernier village santé est prévu à Littoral Sud du 15 au 17 octobre.

    « La santé devrait être un bien commun »

  • 80 ans après sa création, le combat pour la Sécu continue

    80 ans après sa création, le combat pour la Sécu continue

    Constat sans appel pour les participants au débat « 80e anniversaire de la sécurité sociale et alternative à l’austérité » : notre système de soins et notre protection sociale vont mal. « La France a reculé au 23e rang sur 27 des pays de l’OCDE en matière de mortalité infantile », souligne Caroline Chevé de la FSU. « Par exemple, il y a 14 médecins aux urgences de Perpignan alors qu’il en faudrait 45 », surenchérit Laurent Brun (CGT).

    Pour Yannick Monnet, député communiste de l’Allier, c’est la conséquence des logiques qui éloignent la Sécu de ses principes fondateurs. « De 1945 jusqu’à maintenant l’évolution du rapport de force à modifier des choses, notamment sur la gouvernance », analyse-t-il, vivement opposé à la fiscalisation des ressources de la Sécu introduite par la CSG et à l’objectif national de dépenses de l’assurance maladie (Ondam). « Le pouvoir politique définit quelle va être l’enveloppe Ondam et ensuite on essaye de répartir selon les besoins, c’est le contraire qu’il faut faire : il faut partir des besoins pour ensuite définir les ressources », avance le député PCF.

    Selon Caroline Chevé, l’affaiblissement de la Sécu provoque l’explosion du secteur assurantiel et lucratif « où chacun cotise selon ses besoins : on paye plus cher si on est plus vieux, plus malade, et on reçoit selon ce qu’on a eu les moyens de se payer », résume-t-elle. Une logique totalement contraire à celle de la Sécu. De même, la dirigeante syndicale insiste sur le principe d’universalité de la Sécurité sociale qui « doit valoir pour tous » y compris les assurés sociaux aisés car « une Sécu réservée aux plus démunis, c’est la petite musique des libéraux pour ensuite développer tout un discours sur les “assistés” ».

    Constitutionnalisation

    Laurent Brun veut renouer avec la gestion démocratique de la Sécurité sociale : « La cotisation appartient aux salariés, c’est une part de leur salaire. On n’imagine pas que les employeurs nous disent comment on utilise notre salaire. On refuse la fiscalisation de la Sécu qui justifie que l’État s’en mêle. Est-ce que si on propose le paritarisme pour gérer les profits, les patrons réagiraient bien ? On entendrait parler de spoliation ». En attendant, la priorité de la CGT « c’est de dégager le lucratif ».

    Les trois intervenants s’accordent sur l’importance de porter avec force une ambition pour la Sécurité sociale du XXIe siècle à l’occasion des manifestations anti-austérité du 18 septembre.

    Sur le plan institutionnel, Yannick Monnet annonce pour conclure qu’il s’apprête à présenter une proposition de loi, travaillée avec Pierre Dharréville lorsqu’il était député, pour constitutionnaliser l’existence de la Sécu. Une manière de la sanctuariser mais aussi d’inscrire le principe de sa gestion par les premiers intéressés et de son financement par la cotisation.

  • La Sécurité sociale, un trésor national né en 1945 et toujours à défendre

    La Sécurité sociale, un trésor national né en 1945 et toujours à défendre

    1945, année de la victoire sur le nazisme, année de la paix, mais aussi année de la reconstruction. Cette année-là, les résistants prennent les rênes du pays à travers le Gouvernement provisoire de la République française, qui restera en place jusqu’à l’instauration de la IVe République. Ils portent un programme rédigé durant les heures sombres de l’Occupation, dont le nom résonne encore aujourd’hui : « Les Jours Heureux ». Les communistes participent à l’application de ce projet ambitieux, dont nous bénéficions encore aujourd’hui, malgré les attaques néo-libérales. Notamment la création de la Sécurité sociale, dès octobre 1945, sous l’égide d’Ambroise Croizat, alors ministre du Travail.

    Confrontée aujourd’hui à l’idée que la cotisation serait une charge, la Sécurité sociale reste pourtant le socle de notre vie quotidienne. Elle n’est pas un vestige du passé, mais bien une conquête qu’il faut à la fois défendre pour que les actifs d’aujourd’hui aient une retraite
    à la hauteur demain et la réinventer pour lui permettre de faire face à de nouveaux enjeux comme celui de la dépendance.

  • Une promesse à renouveler

    Une promesse à renouveler

    Ce n’était pas une utopie, mais une promesse. Le programme du Conseil national de la Résistance, appliqué dès la Libération, révélait une volonté, issue des idéaux de la résistance : restaurer la démocratie et rendre sa dignité au peuple. C’est avec ce souffle que la Sécurité sociale est élaborée, en 1945. Un modèle solidaire au cœur de notre pacte républicain, qui protège sans exclure, accompagne sans distinction, unit sans diviser.

    Une promesse portée par Ambroise Croizat, alors ministre du Travail (PCF). Ouvrier, syndicaliste devenu parlementaire, il incarne cette volonté farouche de mettre l’humain au cœur des politiques publiques. Ambroise Croizat ne théorise pas la solidarité : il l’organise. Cet anniversaire permet de rendre hommage à son action. Pour cela, il faut refuser le démantèlement silencieux de ce qu’il a bâti.

    Transformations

    Depuis 80 ans, la Sécurité sociale est un bien collectif qui s’adapte et accompagne les grandes transformations de la société française : création des caisses d’allocations familiales en 1946, minimum vieillesse en 1956, loi Veil sur l’intégration des personnes handicapées en 1975, RMI (devenu RSA) en 1988 ou encore les premières aides pour les aidants familiaux en 2007.

    La Sécurité sociale est une révolution sociale. Elle protège chacun, quel qu’il soit. Une vision comptable présente la cotisation comme une charge. On cherche à privatiser, rogner, affaiblir ce qui a été conquis de haute lutte. C’est commettre l’erreur d’oublier que la Sécurité sociale n’est pas un luxe, mais un droit fondamental. Elle n’est pas un coût, mais un investissement dans la dignité. Une promesse à renouveler.

  • La Sécurité sociale, pilier des conquêtes sociales du XXe siècle

    La Sécurité sociale, pilier des conquêtes sociales du XXe siècle

    Il était surnommé « le ministre des travailleurs » : élu PCF, Ambroise Croizat est le créateur de la Sécurité sociale et des retraites, avec des effets immédiats sur l’espérance de vie et la mortalité infantile. Alors que ces conquêtes ouvrières sont aujourd’hui remises en cause, retour sur un parcours exceptionnel.

    La Marseillaise : Qui est Ambroise Croizat avant de devenir, à La Libération, ministre du Travail ?

    Pierre Caillaud-Croizat : Pour un homme qui sera amené à occuper des fonctions d’état, son parcours est plutôt atypique. Il a connu la misère ouvrière du début du XXe siècle. Quand son père est mobilisé en 1914, il n’a que 13 ans et va travailler à l’usine. Sans avoir le temps de passer son certificat d’études. Il suit l’exemple du père, métallurgiste très engagé syndicalement et politiquement.

    Quelques années plus tard, ayant pris des responsabilités dans le combat social, il est repéré, mis sur la liste noire des patrons de la Métallurgie et ne trouve plus à se faire embaucher. Il devient permanent pour le syndicat et s’ouvre alors une vie de réunions, organisation des luttes, prises de parole, multiples déplacements… Les très faibles moyens dont il dispose le maintiennent dans une situation de grande précarité. Quand viendra le temps du Front Populaire, il sera présenté aux élections législatives de 1936 par le Parti communiste et élu à Paris, dans le 14e arrondissement actuel. Une éclaircie de courte durée. Arrêté début octobre 1939 avec 26 autres députés communistes, ils croupiront d’abord dans diverses prisons et seront ensuite envoyés au bagne de Maison-Carrée, dans la banlieue d’Alger. Ils en sortiront en février 1943 dans un triste état physique, dû aux conditions de détention inhumaines, aux restrictions alimentaires qu’ils ont subies et à l’état de vétusté et d’insalubrité des lieux dans lesquels ils organisent leur survie.

    Par la suite, Ambroise Croizat participe à l’Assemblée consultative d’Alger, puis aux deux Assemblées constituantes. À l’issue des élections législatives d’octobre 1945, il est nommé ministre du Travail.

    Comment se passent les années
    de guerre pour lui
     ?

    P. C-C. : Comme je viens de l’expliquer, il fut mis en prison dès octobre 1939. Les courriers qu’il a adressés à ma grand-mère ont été précieusement conservés dans les archives familiales. Les dures conditions de détention y sont décrites. Ce qui revient constamment, c’est l’état de sous-alimentation dans lequel lui et ses camarades sont maintenus. Quand Croizat sortira du bagne, il aura perdu 30 kg. Certains contractent des maladies, ils sont attaqués par les vermines, les douches sont rares… Pour autant, pendant toute cette période de détention, ils resteront soudés, les bien-portants s’occupant des plus affaiblis, partageant scrupuleusement de rares colis qu’ils recevaient de l’extérieur. Et, malgré toutes les turpitudes de leur situation, ils gardent confiance dans un avenir meilleur, s’ils s’en sortent. à leur sortie du bagne, Croizat et les autres reprendront les activités politiques et syndicales. Croizat reviendra sur le territoire métropolitain en septembre 1944, par le port de Marseille.

    Quelles sont ses ambitions quand il devient ministre ?

    P. C-C. : C’est une période où il faut considérer le poids du Parti communiste et de la CGT, auréolés par le prestige du rôle majeur joué dans la Résistance. Les résultats des élections législatives d’octobre 1945 en sont le témoignage. Plus de 27% pour le PC, premier parti de France. La CGT compte entre 5 et 6 millions d’adhérents. La participation au gouvernement devient incontournable au vu du rapport de force qui se pose et permet de nourrir de grandes ambitions dans les mesures les plus urgentes à prendre.

    Comment va-t-il appliquer
    le programme du Conseil National de la Résistance
    dans son domaine
     ?

    P. C-C. : L’origine ouvrière de Croizat a eu pour effet un intérêt certain pour le domaine de la revendication sociale, liée aussi à son activité syndicale. Dès son élection comme député en 1936, il fait partie d’une délégation de négociateurs pour la CGT et sera rapporteur d’un projet concernant les conventions collectives. Il choisit également de participer à la Commission de discussion des lois sociales de l’Assemblée nationale.

    Cette fibre lui donne toute légitimité quand apparaît dans le programme du CNR le projet de mise en place d’un système complet de Sécurité sociale à appliquer dans les plus brefs délais possibles, après la libération du pays. Il aura le temps de mûrir sa réflexion sur les bancs de l’Assemblée consultative provisoire, dans laquelle il occupera déjà le poste de président de la commission du Travail et des Affaires sociales.

    Comment va-t-il imposer Sécurité sociale publique et retraites financées par des cotisations, dans un pays qui est pourtant en ruine ?

    P. C-C. : Quand il arrive au ministère, il existe les ordonnances de mise en place de la Sécurité sociale et un plan de Sécurité sociale rédigé par le haut fonctionnaire Pierre Laroque, sur lequel il va s’appuyer. Il s’agit pour lui, maintenant, de mettre en route la construction de l’édifice qui va donner une existence réelle et conforme aux exigences du CNR. Pour ce faire, partir des besoins et trouver le financement. Le choix se porte sur un prélèvement effectué sur les richesses générées par le travail, la cotisation sociale mise en commun à l’échelle nationale. Ceci va occasionner des budgets qui vont s’accroître très rapidement, celui de la Sécu venant à dépasser celui de l’état dans les années qui suivent.

    Il va aussi jouer sur l’effet de surprise par la rapidité de la mise en place du projet. Le syndicaliste Croizat sait établir la confiance avec le monde du travail. Les militants de la CGT et du PC seront nombreux à s’investir dans la construction et le fonctionnement du système. Grâce à cet engagement, tout commence à fonctionner en moins d’un an.

    Plus d’un million de personnes assistent à ses obsèques, en 1951. Que disait cet engouement ?

    P. C-C. : Celui qui fut surnommé le « ministre des travailleurs » avait déclaré : « Je ne mériterais plus votre confiance si j’oubliais vos souffrances, vos difficultés, en un mot vos intérêts, qui se confondent trop avec ceux de la nation ».

    Quand Croizat disparaît brutalement, le 11 février 1951, le souvenir des améliorations sociales auxquelles il avait contribué est encore très présent dans les esprits de la population. Avec la Sécu, les effets se sont fait rapidement sentir. La courbe de l’espérance de vie augmente en flèche et celle de la mortalité infantile diminue très sensiblement. Les Français se sentent libérés d’un poids, celui qui a pesé depuis toujours sur leurs épaules, l’angoisse de la maladie et des accidents du travail qui conduisaient inéluctablement à la déchéance, à court ou moyen terme.

    Il y avait aussi les plus anciens, ceux qui avaient vu leurs pensions fortement revalorisées, ce qui leur avait permis de passer de l’indigence à la dignité.

    De ce monde ouvrier, il émanait de la reconnaissance pour celui qui avait changé leur vie en les conduisant sur les chemins de l’émancipation. Il était l’un des leurs.

    Aujourd’hui, comment définiriez-vous son héritage ?

    P. C-C. : Un pays qui prend en considération la santé de sa population est un pays qui élève son niveau de civilisation. La Sécu, c’est la plus belle conquête sociale du XXe siècle.

    C’est aussi, dans ses premières années de fonctionnement, un formidable exemple de gestion ouvrière et démocratique. Le financement se faisant sur une partie des salaires des travailleurs, rien de plus normal que ce soit eux qui gèrent et prennent les décisions.

    Pour les possédants, c’est un affront qui ne correspond pas à leur conception des enjeux de pouvoir. Ils n’auront de cesse de renverser la vapeur pour reprendre le contrôle de la situation.

    Les discours et l’exemple de votre grand-père sont-ils des réponses face aux offensives libérales ?

    Dès sa création, la sécu a subi des attaques et a été vouée aux gémonies des décideurs financiers. Dans la représentation de la pensée unique, capitalisme et supériorité de la pensée libérale, c’est un caillou dans la chaussure. Ce budget énorme qui échappe aux règles prédatrices du marché aiguise les appétits.

    Les choix qui ont été faits par Croizat et tous ceux qui sont à l’origine de la Sécu répondaient à des valeurs de solidarité et de justice sociale.

    Ceux qui sont réalisés aujourd’hui vont dans un tout autre sens, celui d’un capitalisme débridé où tout se transforme en marchandise, même quand il s’agit de la santé de tous. Privilégier l’intérêt général ne semble pas faire partie des préoccupations des gouvernements, depuis des décennies. Le président des riches en est la caricature la plus aboutie.

    Cet entretien est extrait du numéro spécial « 80 ans de la victoire » édité par La Marseillaise disponible au prix de 8 euros sur : laboutique.lamarseillaise.fr