Tag: Seconde Guerre Mondiale

  • Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Bientôt huit ans après le dépôt de plainte du 17 janvier 2019 sur la rafle du Vieux-Port, la justice se dirige vers la reconnaissance des crimes perpétrés à Marseille en 1943. C’est l’aboutissement du long combat « pour la mémoire des disparus et la conscience des vivants » mené par le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, son président Antoine Mignemi, 88 ans, rescapé des rafles, et l’avocat Pascal Luongo.

    Ce drame de la Seconde Guerre mondiale a longtemps été occulté. L’opération Sultan a été ordonnée par Hitler et exécutée avec le concours du régime de Vichy et de la police française, du 22 janvier au 17 février 1943. Cette collaboration s’incarne dans un cliché mettant en présence Bernhard Griese, le chef des SS, et René Bousquet, le secrétaire général de la police de Vichy.

    « Je suis extrêmement heureux, confirme Me Luongo, dont le grand-père et les siens furent raflés. C’est une formidable nouvelle que nous avons annoncée aux victimes, aux membres du collectif, car en plus du crime contre l’humanité des rafles du Vieux-Port, les crimes de guerre de la destruction des Vieux-Quartiers sont reconnus aussi. »

    Selon le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, des magistrats du Parquet national anti-terroriste (PNAT) viendront, fin septembre, présenter aux plaignants cette décision historique à l’occasion d’une réunion publique exceptionnelle au Palais Monthyon. Des magistrats expliqueront aux parties civiles les conclusions du long travail d’enquête mené par le pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre. Depuis mai 2019, les investigations ont été confiées aux enquêteurs spécialisés de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), rattaché à la Gendarmerie nationale. Cette réunion doit être suivie d’une commémoration organisée par la Ville de Marseille.

    Interrogé, le Parquet national anti-terroriste en charge de l’enquête, au tribunal de Paris, s’est refusé à confirmer l’information. « Nous sommes en fin d’investigation. Nous travaillons sur une décision qui n’est pas encore prise. Cette décision ne sera matérialisée qu’à partir du moment où les victimes seront informées. »

    « 12 000 Marseillais ont été chassés des quartiers Saint-Jean et de l’Opéra et transférés à Fréjus. 1 500 d’entre eux furent déportés vers les camps de la mort, et parmi eux plus de 804 déportés parce que juifs », avait déclaré le ministre de l’Intérieur, à l’occasion du premier hommage national rendu le 29 janvier 2023 pour les 80 ans des rafles des 22, 23 et 24 janvier 1943. Gérald Darmanin était venu, au nom du président de la République, « réparer cette injustice et signifier sa portée nationale ». L’État reconnaissait que cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale était « bien trop peu relaté dans les livres d’histoire », un épisode dont il avait reconnu qu’il était « à la croisée de la grande histoire et des destins individuels, à la croisée de la honte de la collaboration et de la fierté de la Résistance ».

    Une mémoire occultée

    En mai 2019, le Pnat avait jugé « recevable » la plainte de 24 pages déposée au nom de huit Marseillais survivants et descendants (deux sont décédés en cours d’instruction) de la rafle du 24 janvier 1943 pour crime contre l’humanité. La plainte visait « toute personne ayant commis le crime contre l’humanité à Marseille, Fréjus et Oranienbourg (Allemagne), à l’encontre de la population civile du Quartier Nord du Vieux-Port, à Marseille, entre le 24 janvier 1943 [et] le 19 février 1943 et courant années 1944 et 1945, et en tout cas pour un temps non prescrit, en raison d’une atteinte volontaire à la vie, du transfert forcé de population, de la privation grave de liberté physique et des actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances et des atteintes graves physiques et psychiques ».

    La plainte détaillait combien la population civile, ces familles pauvres issues pour la plupart de l’immigration italienne et en particulier napolitaine, « a été ciblée pour son lieu d’habitation et ses origines, a vécu des arrestations arbitraires, des persécutions, des transferts forcés, des déportations et des atteintes volontaires à la vie, autant d’actes inhumains dans un plan concerté pour le compte d’un État, l’Allemagne nazie, mais aussi de l’État français de Vichy ».

  • Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    En 1943 et 1944, sur le plateau de Brigadel, sur les hauteurs de Puimichel, des agriculteurs acceptent d’arracher leurs amandiers pour créer une piste d’atterrissage pour pouvoir approvisionner en armes et en matériel les résistants qui se préparaient au débarquement de Provence. à proximité, une ferme sert de lieu d’asile et de refuge aux jeunes qui voulaient échapper au Service de travail obligatoire (STO) et au transfert en Allemagne.

    Vendredi, une dizaine d’élus, de femmes et d’enfants de ces combattants bas-alpins se sont réunis sur place, où une stèle a été érigée en 2018, pour leur rendre hommage et éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli. « Il faut faire circuler le devoir de mémoire. N’oublions jamais le courage, l’abnégation de ces jeunes gens qui n’ont pas hésité à offrir leur vie afin de s’opposer à l’occupation nazie », a souligné Gérard Lazaud, ancien adjoint aux anciens combattants d’Oraison, à l’initiative de cette stèle.

    Le maire de Puimichel, également présent, a tenu à insister sur « les résistants de l’ombre, tous ceux qui ont donné à manger, hébergé. Lors des parachutages, à l’aube, ils sortaient tous pour voir s’il n’y avait pas un parachute coincé dans un amandier. La résistance n’aurait rien été sans leur aide », a-t-il avancé.

    Jean Banner, à l’initiative de ce rassemblement, a tenu à « remercier ces jeunes qui ont décidé de dire non à la loi du plus fort et à la barbarie nazie ». Il a évoqué André Laurent, ancien résistant et auteur du livre La Résistance sur les plaines entre Asse, Bléone et Durance, décédé en 2022 : « Il a laissé aux générations futures un héritage que nous devons transmettre ». « Cela a scindé une jeunesse en deux, entre ceux qui sont partis travailler en Allemagne et ceux qui ont rejoint la résistance », a témoigné sa femme, Gilberte Laurent, également présente vendredi.

    « Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours les familles de ceux qui ont combattu », a insisté Jeanine Telme, la fille du résistant Gaston Telme, né en 1907 et décédé en 1992. « Il parlait très peu de la Résistance en famille. Tout ce que je sais, je l’ai retrouvé dans des documents », a-t-elle raconté.

    Bientôt une cérémonie annuelle ?

    Didier Derupty, vice-président de la Maison du combattant et des familles, récemment créée dans le département, a proposé son aide aux élus et aux citoyens présents pour organiser une cérémonie annuelle sur le lieu de la stèle. « Il faut arriver à fédérer les endroits, les stèles oubliées. La conservation du devoir de mémoire est importante », a-t-il martelé, alors que la stèle de Brigadel est très peu visitée et méconnue des habitants. « Il n’y a plus de résistants, mais il y a des descendants passionnés pour faire vivre le devoir de mémoire. »

    élus et familles de résistants présents ont également évoqué l’idée de proposer aux instituteurs et aux écoliers de participer à une cérémonie annuelle en hommage aux maquisards.

    Pendant le débarquement de Provence, le 15 août 1944, quelque 100 000 soldats, essentiellement américains, canadiens et britanniques, ont débarqué sur les plages du Var, ouvrant la voie à plus de 250 000 Français qui allaient reprendre Toulon puis Marseille en moins de deux semaines. Cette armée comptait 84 000 Français d’Afrique du Nord, 12 000 soldats des Forces françaises libres fidèles au général de Gaulle et 12 000 Corses, mais aussi 130 000 soldats d’Algérie et du Maroc et 12 000 soldats de l’armée coloniale.

  • Une épave de la Seconde Guerre mondiale ravagée : un voilier de luxe dans le viseur

    Une épave de la Seconde Guerre mondiale ravagée : un voilier de luxe dans le viseur

    Vendredi 17 juillet au matin, Patrick Bellantonio, gérant du club de plongée Aquanaut, à Saint-Cyr-Sur-Mer, plonge à 39 m de profondeur en direction de l’épave de l’avion de combat P-38 Lightning, immergé au large des côtes. Sur place, la découverte qu’il fait lui crève le cœur : le morceau d’histoire abattu en août 1944, sur lequel il a l’habitude de plonger avec ses stagiaires à la fin de leur formation, a été complètement ravagée. « Elle a été découverte en 1996 par les anciens gérants du centre de plongée de La Ciotat. Ils l’ont identifiée, ils l’ont désensablée, et depuis, c’était une attraction de la baie, maintenant elle est désintégrée », confie le plongeur.

    Les soupçons de Patrick Bellantonio se portent vers le plus grand voilier de croisières de luxe au monde : « L’Orient Express Corinthian a mouillé au-dessus de l’épave, la veille. » Selon le moniteur, le voilier aurait pu labourer l’avion en remontant son ancre, malgré sa signalisation sur les cartes marines.

    « Avant, c’était un avion, certes très abîmé, mais on reconnaissait sans problème la forme, maintenant, ce n’est plus que de la ferraille broyée, déplore Patrick Bellantonio. Dès le retour de ma plongée, j’ai contacté la mairie de Saint-Cyr-Sur-Mer pour qu’elle se joigne à la mairie de La Ciotat et qu’elles entament des démarches auprès de la préfecture maritime. » Celle-ci a pris un arrêté pour interdire la plongée au-dessus des restes en raison des débris contondants, et également pour éviter que des pillards désireux de récupérer des souvenirs de l’épave ne viennent se servir.

    La DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) a été contactée et doit inspecter, ce mardi matin, l’épave afin de constater les dégâts.

    Louis Golliot

  • En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    Huit heures retentissent sur la place du 23 janvier 1943 – Fortuné Sportiello (2e). « La République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite du “Gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais », peut-on lire sur l’une des plaques de marbres fixées sur le monument de la déportation. Ce quartier marqué par la barbarie nazie. « La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs ne se limita pas à une aide ponctuelle apportée à l’occupant allemand. Sous l’autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy, alla bien au-delà des exigences de l’occupant », rappelle Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille ce dimanche matin.

    Cette cérémonie nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux « Justes » de France, s’est tenue 84 ans, presque jour pour jour, après la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande organisée sur le territoire durant la Seconde guerre mondiale. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes, femmes et enfants juifs ont été arrêtés par la police parisienne avant d’être déportés et exterminés à Auschwitz par les nazis. « Parmi les victimes se trouvait ma grand-mère, Rachel Pozmentier, se trouvait mon père, un enfant âgé de 9 ans. Arrêtés à leur domicile, ils furent conduits dans les geôles du commissariat du 14e arrondissement de Paris », raconte Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA). « Ma grand-mère, fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 11, en juillet 1942. Elle n’en revint jamais, assassinée dans une chambre à gaz. Mon père, lui, fut sauvé grâce à une chaîne humaine, trop souvent clandestine, et à qui nous adressons toujours toute notre connaissance. Sans ces hommes et ces femmes, ces Justes, je ne serais pas là devant vous », insiste-t-elle.

    « Afin que nul n’oublie »

    Les représentants des associations, des collectivités locales, de l’État et quelques élus du Printemps marseillais sont présents ce matin-là. « Petit à petit, les témoins directs s’effacent et c’est d’autant plus important pour nous, par notre présence, par les témoignages, par les discours, de rappeler sans cesse cette Histoire. C’est primordial d’avoir ce passé en tête pour éclairer le présent », soulève le député socialiste Laurent Lhardit, présent en son nom propre et celui du maire de Marseille.

    « Nous vous léguons notre mémoire, à charge pour vous de la transmettre de génération en génération, afin que nul n’oublie, afin que nul ne doute, afin que nul ne nie », écrit Denise Toros-Marter, dans son testament d’Auschwitz, lu par le président du Fonds social juif unifié Marseille-Provence, Lionel Stora, qui représentait la rescapée du camp de la mort ce matin-là, « Puisse le flambeau de la mémoire collective, que nous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, nous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ».

    À la fin de cette commémoration, tous saluent les porte-drapeaux, qui ne faillissent pas malgré une chaleur étouffante. Venue de Sausset-les-Pins, Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, est présente à chaque cérémonie. « J’ai souffert de la mort de mon père. Il a été assassiné, j’avais 15 ans, je me trouvais là », confie cette pupille de la Nation de la guerre d’Algérie à l’aube de ses 80 ans, « soit on descend vers les profondeurs, soit on monte vers la lumière. C’est ce que j’ai décidé de faire ». Porte-drapeau depuis 18 ans, investie dans le travail de mémoire avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Onacvg), elle intervient auprès de collèges et lycées. « C’est important d’être là pour ne pas oublier et aller surtout vers la paix », répète-t-elle, calot vissé sur la tête, « on est que de passage sur Terre, il y a de la place pour tout le monde ».

  • Renée Marcos, rescapée et passeuse de mémoire

    Renée Marcos, rescapée et passeuse de mémoire

    Depuis l’annonce de son décès mardi, les hommages se multiplient pour saluer le courage de cette femme qui a consacré une grande partie de sa vie à témoigner auprès des jeunes générations. En janvier dernier, la Ville de Marseille lui avait d’ailleurs remis sa médaille pour son « courage et son engagement exceptionnel dans la transmission de la mémoire ».

    Née à Marseille le 14 janvier 1926 dans une famille juive originaire de Salonique, installée dans la cité phocéenne depuis 1915, Louise Renée Guelidi grandit au sein d’une fratrie de cinq enfants. Au printemps 1944, dénoncée par des voisins, elle est arrêtée à son domicile. Pour protéger ses frères et sœurs, elle affirme être fille unique, mensonge qui leur sauvera la vie. Après les Baumettes puis Drancy, âgée de 18 ans, elle est déportée par le convoi n°74 à Auschwitz, où sa tante et sa cousine sont gazées dès leur arrivée.

    Tatouée du matricule A-5503 au bras (et non sur le soutien-gorge comme indiqué dans notre édition de ce mercredi), elle survit au travail forcé, à la marche de la mort puis au camp de Theresienstadt. À la Libération, atteinte du typhus, elle ne pèse plus que 35 kg. Couturière de métier, épouse d’Isidore Marcos, elle consacrera ensuite sa vie à transmettre son histoire dans les collèges et lycées. Avec sa disparition, c’est une voix majeure de la mémoire de la Shoah qui s’éteint, laissant derrière elle un héritage de courage, de résilience et de vigilance face à toutes les formes de haine.

    « Rempart »

    Bruno Benjamin, président du Crif Marseille-Provence, a longuement réagi sur Facebook : « C’est une voix de la mémoire qui s’éteint. Une femme qui, par son témoignage, incarnait la vérité face au mensonge, la dignité face à la barbarie et la transmission face à l’oubli. Les survivants de la Shoah étaient les témoins vivants de l’Histoire. Leur seule présence constituait un rempart contre le négationnisme. » Bruno Benjamin ajoute : « Aujourd’hui, alors qu’ils disparaissent les uns après les autres, notre responsabilité est plus grande que jamais : porter leur parole, transmettre leur mémoire et combattre sans relâche ceux qui cherchent à nier ou à déformer la vérité. Demain, certains prétendront que la Shoah n’a pas existé. C’est […] pour empêcher cette falsification de l’Histoire que nous devons continuer à raconter ce qu’ils ont vécu […]. »

    Le maire de Marseille (DVG), Benoît Payan, a partagé ces mots : « Hommage à Renée Marcos, survivante d’Auschwitz, dont le témoignage et l’engagement inlassable pour transmettre la mémoire de la Shoah ont marqué des générations de Marseillaises et de Marseillais. » Martine Vassal, présidente (DVD) du Département des Bouches-du-Rhône, se dit « profondément émue par la disparition de la Marseillaise Renée Marcos, rescapée d’Auschwitz. Par son courage et son témoignage, elle a transmis inlassablement la mémoire de la Shoah et rappelé notre devoir de ne jamais oublier ».

  • [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    [Grand Entretien] Christian Philibert: « Une enquête sur les traces des maquisards »

    La Marseillaise : Comment avez-vous eu l’idée de ce documentaire sur
    le maquis Vallier
     ?

    Christian Philibert : 10 ans plus tôt, pour le 70e anniversaire du débarquement de Provence, j’avais tourné un documentaire qui s’appelait Provence août 1944, l’autre débarquement, qui était le premier documentaire consacré au débarquement de Provence. Ce film a beaucoup tourné et a permis de populariser cette page d’histoire oubliée, enterrée par le débarquement de Normandie. Je voyais arriver le 80e anniversaire, et je m’étais donné comme mission de récidiver. Plusieurs amis m’ont conseillé de lire le Cahier Rouge du Maquis, le journal de bord du maquis du Haut-Var. Pendant six mois, il a été envoyé dans le maquis pour prendre en main des jeunes qui fuyaient le STO (Service du travail obligatoire), et lui, il devait en faire des soldats en vue du débarquement de Méditerranée qui devait arriver. À la demande de De Gaulle, il fallait que les Français participent à leur propre libération. C’était important qu’on ne soit pas juste assistés. Ce journal de bord est un document unique dans l’histoire des maquis français. Et moi, ça m’intéressait de changer le point de vue, de ne pas raconter l’histoire du débarquement, que j’avais déjà fait, et dans lequel la partie de la résistance n’avait pas été trop développée. À l’époque, quand j’avais fait ce film, j’avais trouvé ce sujet intéressant, des maquis totalement ignorés par le cinéma. Moi, je suis toujours le cinéaste des causes perdues, des choses que personne ne veut raconter. Et puis les maquis, ça s’est passé dans les collines de chez nous. Les collines, c’est des endroits où je me sens bien, où j’aime bien travailler. Et donc, très vite est venue l’idée d’adapter ce Cahier Rouge du maquis au cinéma. Je ne savais pas trop comment l’aborder, parce qu’il n’y avait plus d’images d’archives consacrées à ce maquis, et plus de gens à interviewer, de témoins, ils étaient tous morts. L’idée, c’était de chercher autre chose, une autre manière de raconter ça. À la lecture du Cahier Rouge, ce qui m’avait sauté aux yeux, c’était la jeunesse de ces maquisards, qui avaient entre 16 et 20 ans. Ils ne voulaient pas partir en Allemagne travailler pour les Allemands. Je suis très soucieux de la transmission de l’histoire, comment arriver à intéresser les jeunes à l’histoire. Et je me suis dit, vu que c’est une histoire de jeunes, quoi de plus logique que de le faire avec des jeunes pour des jeunes.

    Comment avez-vous eu le projet
    de mêler cinéma et théâtre
    pour ce documentaire ?

    C.P. : Je me suis dit qu’on allait réunir des jeunes passionnés d’histoire, et mener une enquête sur les traces des maquisards, marcher sur leurs pas, là où ils sont allés, là où ils se sont cachés, là où ils se sont battus, là où ils sont morts, aller voir des descendants de maquisards, des historiens, des musées. Et à travers cette enquête, raconter l’histoire. C’est là où intervient Philippe Chuyen, un ami de longue date qui s’intéresse depuis longtemps à ce cahier rouge, il voulait l’adapter. Cela lui a donné envie de relancer cette idée de pièce de théâtre. C’est devenu évident : ces jeunes, on n’allait pas simplement les engager dans une enquête historique, on allait surtout les engager pour monter une pièce de théâtre. Et dans le cadre de cette pièce, on allait mener l’enquête historique que je voulais faire, mise au profit de la création théâtrale.

    Donc l’idée, c’était de produire une pièce de théâtre mise en scène par Philippe Chuyen, dans laquelle, 80 ans plus tard, jour pour jour, on lui confie la responsabilité de monter une pièce de théâtre avec des jeunes qui ne sont pas des comédiens et d’en faire des comédiens. Donc les deux histoires de la création théâtrale et celle du maquis se racontent en parallèle. La création théâtrale devient même une sorte de métaphore du maquis. Le but, c’était que ces deux histoires se croisent le plus souvent possible. Elles n’ont fait que ça. C’est ça qui donne au film sa force, son originalité. La prise de risque qui a été prise, c’est qu’on a recruté des jeunes qui n’étaient pas des acteurs professionnels. Le pari, c’était, sur une période de six mois, de les engager dans cette création théâtrale et de les amener jusqu’à la scène devant le public. C’était loin d’être gagné d’avance. Le film raconte bien cette difficulté de tenir les jeunes et de les amener à porter cette histoire de la même façon qu’à l’époque, il fallait aussi tenir les jeunes dans le maquis.

    Où avez-vous trouvé ces jeunes ?

    C.P. : On a sollicité des missions locales. Cela donnait un côté social au projet. J’avais vraiment l’intention de trouver des jeunes sans formation, un peu comme dans un casting sauvage, d’essayer de trouver des gens qui pouvaient représenter des profils de maquisards qui pouvaient monter au maquis à l’époque. Au départ, Philippe avait rejeté cette idée très vite, il avait dit, « moi, c’est du théâtre, c’est pas du cinéma, c’est une chose sérieuse, il me faut des jeunes qui sont capables de porter le texte, de l’apprendre, d’être là tous les jours ».

    Comment avez-vous financé
    ce projet
     ?

    C.P. : Cela aurait pu capoter à cause des politiques qui nous avaient fait des promesses de financement et qui ne les tenaient pas. À un moment, on était au bord du gouffre, on a dit on arrête, on a failli arrêter. L’argent ne tombait pas. Comme je filmais tout, tous ces problèmes étaient enregistrés. Il valait mieux qu’ils tiennent leurs promesses.

  • Le résistant Marc Bloch entre au Panthéon

    Le résistant Marc Bloch entre au Panthéon

    Pour la première fois de son histoire, le Panthéon, sanctuaire de la mémoire nationale, accueille un historien qui fut aussi un grand résistant, engagé dans la clandestinité à Lyon en 1943-1944. Issu d’une famille alsacienne attachée de longue date à l’idée de République, Marc Bloch a donné sa vie pour que la France demeure libre face au nazisme et que la pensée des citoyens puisse s’appuyer sur une critique rigoureuse des sources et des faits. Liberté et critique sont les maîtres mots qui guident et éclairent le parcours de chercheur et d’enseignant de Marc Bloch. Des bancs de l’École normale supérieure (1904) à Saint-Didier-de-Formans (Ain), où il est tragiquement assassiné quarante ans plus tard, il s’est efforcé de mettre en accord son discours et ses actes.

    Né à Lyon en 1886, agrégé d’histoire en 1908, professeur à Strasbourg puis à la Sorbonne, il traverse deux guerres mondiales. Combattant en 1914-1918, il analyse les rumeurs et fausses nouvelles du conflit, posant les bases d’une histoire attentive aux représentations collectives, prélude à ce que l’on appelle aujourd’hui « fake news ». Entre 1912 et 1914, il enseigne l’histoire-géographie au lycée de Montpellier, puis d’Amiens. Dans l’entre-deux-guerres, il renouvelle profondément la façon dont on comprend le Moyen Âge, en développant une histoire économique et sociale comparée. Mobilisé à sa demande en 1939, témoin de la débâcle, il rédige L’Étrange Défaite, témoignage lucide d’un intellectuel face à l’effondrement politique, militaire et moral de la France. Dans cet ouvrage, publié à titre posthume, il analyse le « plus atroce effondrement de notre histoire ».

    Torturé puis assassiné par

    la Gestapo en 1944

    À partir de 1942, il entre en résistance à Montpellier. Un an plus tard, il bascule définitivement dans la clandestinité, rejoint Lyon et intègre le mouvement Franc-Tireur, dont le programme socialiste modéré correspond à ses convictions républicaines. Sous le pseudonyme de « Narbonne », il assume des responsabilités importantes en matière de propagande et de logistique. « Quoi de plus utopique que l’idée d’organiser, dans un pays asservi et jeté au plus bas, un vain sursaut de révolte en un vaste réseau de volontés ? C’est pourtant ainsi que la Résistance a fini par voir le jour », écrivait-il deux ans auparavant dans l’Étrange Défaite.

    À près de 60 ans, l’historien devient un combattant de l’ombre, publiant des articles, coordonnant les Cahiers politiques du Comité général d’études, s’imposant comme l’une des têtes pensantes de la Résistance. Il est délégué régional de Franc-Tireur au sein des Mouvements unis de la Résistance (MUR). Le 8 mars 1944, dans le cadre d’une vaste opération contre les MUR, la Gestapo l’arrête à Lyon, sur le pont de la Boucle. Emprisonné au fort de Montluc dans la cellule 75, il est interrogé pendant des jours sous la torture. Pris pour un dirigeant communiste, il échappe à la déportation. Conformément aux consignes de la Résistance, Marc Bloch protège ses compagnons par des demi-vérités calculées : noms de résistants déjà arrêtés ou ayant changé de pseudonyme, descriptions qui égarent ses tortionnaires. Le 16 juin 1944, il est assassiné avec 27 autres prisonniers, dans un champ près de Saint-Didier-de-Formans, par la police politique du régime nazi. Deux survivants témoignent du massacre. Quelques jours plus tard, Simonne Vidal meurt à son tour, emportée par la maladie, sans avoir su le sort de son époux. Tous les deux reposeront désormais ensemble dans le temple des grands de la Nation.

    Cette panthéonisation est la sixième depuis qu’Emmanuel Macron est au pouvoir. Dans une lettre lui étant adressée, les héritiers du résistant ont expressément réclamé « que l’extrême droite, dans toutes ses formes, soit exclue de toute participation à la cérémonie », rappelant que l’œuvre de leur aïeul, « patriote convaincu », était « profondément anti-nationaliste, construite contre le roman national et la réduction de l’histoire française aux frontières nationales ».

    Une partie du texte est tirée de l’exposition conçue par l’association des Professeurs d’Histoire et de Géographie (APHG) et le Centre des monuments nationaux (CMN).

  • L’appel du 18 juin 1940 et son écho actuel

    L’appel du 18 juin 1940 et son écho actuel

    Trois minutes, un micro, un homme. Depuis Londres, sur les ondes de la BBC la radio publique britannique, un général de brigade français tout juste nommé, inconnu, entre dans la légende. « Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas », assène Charles de Gaulle le 18 juin 1940. Le mot est prononcé : « Résistance. » 86 ans plus tard, ce message contre la résignation prend un sens aigu alors que l’extrême droite menace.

    Retour en 1940. Vingt-quatre heures plus tôt, le maréchal Philippe Pétain devenu président du Conseil, utilise lui aussi la radio pour demander l’armistice à l’Allemagne nazie. « C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat », déclare-t-il aux troupes françaises. « Le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! », répond le lendemain de Gaulle. Exilé dans la capitale britannique à l’issue de la démission du gouvernement de Paul Reynaud où il était alors sous-secrétaire d’État à la Défense, le général de 49 ans entend négocier la poursuite du combat aux côtés des forces alliées britanniques : « J’invite les officiers et les soldats français avec leurs armes ou sans leurs armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi. » C’est d’abord à eux que ce message est initialement adressé.

    Contrairement à la croyance populaire, ce discours est en réalité peu entendu en direct au moment de sa transmission et il n’en existe aucun enregistrement. Le texte est publié dès le lendemain dans certains journaux français, rapidement reproduit et affiché clandestinement. Il résonne chez ceux qui refusent de capituler face à l’envahisseur, face au nazisme et de rejoindre ceux qui ont choisi la collaboration, mais de les combattre, de combattre la haine. Charles de Gaulle promet alors de s’exprimer à nouveau et dès le 22 juin 1940, il lance : « Quel serait le destin d’une France qui se serait soumise à l’ennemi ? » Le jour même l’armistice est signé entre le représentant du Troisième Reich allemand et celui du gouvernement français.

    Dans ses Mémoires de guerre, le général dévoile le contexte autour de l’un des messages les plus marquants de la Seconde guerre mondiale : « La première chose à faire était de hisser les couleurs. La radio s’offrait pour cela. Dès l’après-midi du 17 juin, j’exposai mes intentions à M. Winston Churchill. Naufragé de la désolation sur les rivages de l’Angleterre qu’aurais-je pu faire sans son concours ? Il me le donna tout de suite et mit, pour commencer, la BBC à ma disposition. Nous convînmes que je l’utiliserais lorsque le gouvernement Pétain aurait demandé l’armistice. Or, dans la soirée même, on apprit qu’il l’avait fait. Le lendemain, à 18 heures, je lus au micro le texte que l’on connaît. » Ce texte est inscrit au patrimoine immatériel de l’Unesco, au registre Mémoire du monde. Célébré chaque année, l’appel du 18 juin dépasse la figure de Gaulle, le temps et les frontières, pour devenir un symbole de résistance et de refus de la défaite.

    RN sans honte

    Le Collectif Six Fours à Gauche, Écologiste, Régionaliste et Citoyenne dénonce « la récupération honteuse de l’héritage gaulliste par le RN, par la commémoration par ses élus, ce jeudi, de l’appel lancé par le Général de Gaulle le 18 juin 1940 ». Et proteste « contre une nouvelle tentative de réécriture de notre Histoire par un parti crée sur un fond d’antigaullisme virulent ». Le collectif rappelle que Pétain a lui choisi « le déshonneur et la trahison ». Il interpelle : « Gaullistes sincères, allez-vous réagir ? »

    LES COMMÉMORATIONS

    Aix-en-Provence

    Hommage à 9h dans la cour de l’Hôtel de Ville.

    Avignon

    Le rendez-vous est donné à 11h30 aux monuments aux morts dans le jardin du rocher des Doms.

    Aubagne

    Organisée par la mairie, la commémoration a lieu à 17h30 sur l’esplanade du général Charles-de-Gaulle.

    Digne-les-Bains

    Le rassemblement est prévu à 9h30 devant le monument aux morts sur le rond-point du 11 novembre.

    Gap

    À 18h, des gerbes de fleurs seront déposées en souvenir de l’appel sur l’esplanade de la Légion-d’honneur, place Saint-Arnoux, devant le monument aux morts.

    La Ciotat

    La mairie organise à 18h30 à l’hôtel de ville une commémoration pour le 86e anniversaire de l’appel.

    Manosque

    Ce jeudi à 17h30 devant le monument départemental de la Résistance, sur le boulevard Elemir-Bourges, a lieu la cérémonie d’hommage à l’appel.

    Marseille

    Le préfet de région Jacques Witkowski préside la cérémonie de commémoration à 8h30 sur la place du général-de-Gaulle.

    Martigues

    Le maire les représentants des associations patriotiques de Martigues commémorent l’appel du Général de Gaulle à 18h30 devant le monument aux morts de 39/45, place du 8-mai-1945.

    Port-de-Bouc

    La commémoration a lieu à 18h au rond-point de l’appel du 18 juin.

    Sisteron

    Le rendez-vous est donné devant le monument de la résistance, cours Melchior-Donnet à 11h.

    Sorgues

    Rendez-vous à 18h15 devant le mémorial du Général de Gaulle.

    Toulon

    Commémoration à 18h au rond-point de l’appel du 18 juin (entrée Est des plages du Mourillon).

    Vitrolles

    La cérémonie de commémoration a lieu à 18h sur la place Bachaga-Boualem (Rond-Point Caucadis)

    Hyères

    La cérémonie a lieu à 9h30 place Théodore-Lefèvre.

  • À Marseille, Albert Corrieri saisit la Cour européenne

    À Marseille, Albert Corrieri saisit la Cour européenne

    Débouté par la juridiction administrative qui a considéré qu’une loi de 1951 avait déjà statué sur les « personnes contraintes au travail en pays ennemi », le Marseillais Albert Corrieri, 104 ans, un des derniers survivants des 800 000 déportés du Service du travail obligatoire (STO) instauré par le régime collaborationniste de Vichy, a saisi, vendredi, la Cour européenne des Droits de l’homme pour être indemnisé.

    « Ce combat est pour la mémoire, l’Histoire et l’honneur. Le STO a été le plus grand déplacement de travailleurs forcés de la Seconde Guerre mondiale. Il est temps que l’Europe des droits de l’homme l’admette et en tire les conséquences », déclare son avocat, Me Serge Pautot, qui a posté vendredi la saisine officielle dans laquelle il demande à l’État français 43 200 euros au titre des heures de travail forcé accompli par Albert Corrieri, au camp 6, baraque 2 023 à Ludwigshafen, en Allemagne, du 13 mars 1943 jusqu’au 15 avril 1945, jour de sa libération.

    L’avocat se fonde sur l’article 3 de la Convention européenne des Droits de l’homme qui énonce que « nul ne peut être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants » et sur l’article 4 qui pose que « nul ne peut être tenu en esclavage ni en servitude, nul ne peut être astreint à accomplir un travail forcé ou obligatoire ».

    « J’attends ce moment depuis des décennies. En vérité, j’ai été réduit à l’état d’esclave contraint d’effectuer les travaux les plus pénibles sous la menace des armes », a dit ce lundi Albert Corrieri, un centenaire qui frappe par la ténacité et la résilience qu’il a chevillées au corps. « Par miracle, j’ai survécu à ce traitement inhumain qui constitue un crime contre l’humanité, puisque je l’ai subi en groupe et parce que c’est l’État français qui l’a provoqué et qu’il n’est pas prescrit. »

    « Que la Cour européenne valide sa dignité »

    « Albert mène ce combat pour l’Histoire et la mémoire. Albert n’attend pas seulement une réparation financière, il attend que la Cour européenne valide sa dignité avant qu’il ne soit trop tard, soulignait lundi son avocat. L’État français aurait dû créer un Fonds d’indemnisation pour les rescapés comme Albert qui se comptent sur les doigts d’une main ! La Cour est donc notre ultime espoir. »

    Albert Corrieri avait 21 ans, quand il a été raflé le 13 mars 1943. De garçon de cuisine au restaurant La Daurade, rue Fortia, il se retrouve dans le complexe chimique d’IG Farben. « J’ai vu de mes yeux des gars brûler vivants, touchés par des crayons au phosphore. Ce sont des images qui m’ont hanté », avait relaté cet invisible, dont La Marseillaise a été le premier média à relater sa vie et son combat (La Marseillaise, 3 août 2019, « Travail forcé : à 97 ans, Albert ne lâche pas l’affaire »). 95 de ses camarades seront tués dans le long bombardement du 6 septembre 1943. « J’ai un ange gardien qui m’a sauvé plusieurs fois », dit celui qui rappelle que 60 000 des 800 000 travailleurs forcés du STO sont morts en Allemagne. Ni le président de la République, ni le Chancelier fédéral d’Allemagne, n’ont répondu à ses requêtes.

  • Le mur de la peste ausculté par les géomètres-experts

    Le mur de la peste ausculté par les géomètres-experts

    Ne touchez pas les pierres à la main. Camus disait que la peste dort et qu’elle se réveille si on les retourne », lâche à moitié sérieuse Danièle Larcena, présidente de l’association Pierre Sèche en Vaucluse et géographe, en s’engageant dans les premiers mètres des 28 kilomètres du mur de la peste ce vendredi 5 juin sur les hauteurs de Lagnes.

    Elle présentait à une cinquantaine de géomètres-experts et des apprentis l’ouvrage historique, construit en 1720, pour empêcher la peste d’atteindre le Comtat Venaissin qui était alors indépendant. La maladie venait de réapparaître à Marseille et la papauté, à qui appartenait ce territoire, voulait mieux contrôler les passages de la Provence à ses terres.

    Cette visite s’est faite dans le cadre de la semaine de réunion de géomètres-experts, qui lors de cette matinée ont effectué des prises de vues par drone, des géoréférencements ou encore des relevés de terrain. Quelques-uns d’entre eux avaient déjà réalisé plusieurs mesures en avril dernier. « L’objectif est de redéfinir avec précision ce lieu sur 8 kilomètres. Ce travail va sans doute être transmis aux Archives départementales. Cela peut aussi avoir une valeur foncière car il délimite aussi plusieurs communes », explique Jean-Baptiste Aubert, membre de l’Union nationale des géomètres-experts (Unge). Une démarche qui était dans le thème de cette semaine, à savoir « préserver le patrimoine » et « mesurer » l’histoire, appréciez le jeu de mots, « en mettant les nouvelles technologies au service de la mémoire et du patrimoine ».

    Querelles de clocher

    Danièle Larcena a, au pied du début de l’édifice, rappelé l’histoire de cette construction qui a duré une centaine de jours seulement. Ce qui n’a pas manqué de créer la discorde au sein des quelques communes du coin. La papauté, qui dirigeait l’enclave, avait demandé à chaque commune d’envoyer leurs meilleurs maçons pour construire l’édifice. Mais ceux-ci étaient déjà employés pour renforcer les fortifications… de ces mêmes communes. « Les différentes communes, toutes assez pauvres, ont envoyé des personnes peu qualifiées ce qui a fait traîner le chantier. Puis, les villages se sont querellés entre eux pour savoir qui devait construire quelle portion du mur », détaille Danièle Larcèna. Mais les 1 000 soldats du Comtat Venaissin chargés de garder la muraille n’y seront postés que 20 jours. « Des cas de peste avaient été signalés à Avignon. En ayant cette information, les autorités françaises ont décidé que ce serait à eux de garder les fortifications. Ce qui avait à nouveau agacé les dirigeants du Comtat », poursuit la responsable associative. Un quart de la population de l’enclave va finalement mourir de la peste en 3 ans…

    À noter que le mur de la peste avait été longtemps oublié. Et ce serait Jean Garcin, résistant pendant la Seconde Guerre mondiale et ensuite président du conseil général de Vaucluse, qui a soufflé l’idée de rappeler son existence. « Il m’a incité à défendre cet endroit car il y a passé son enfance. On s’y est penché en 1985 et c’était complètement recouvert par la végétation », explique la présidente de l’association des pierres sèches. À quelques dizaines de mètres de là, se trouve d’ailleurs le repaire du maquis du Chat où de nombreuses actions contre l’occupant nazi ont été organisées.

    En espérant qu’aucun géomètre n’a osé retourner l’une des roches lors de la randonnée. Une pandémie de peste noire se cache peut-être sous ces pierres blanches.

    « Les villages
    se sont querellés entre eux pour savoir qui devait construire quelle portion »