Tag: Seconde Guerre Mondiale

  • Le camp de GI’s de Calas, une mémoire à faire vivre

    Le camp de GI’s de Calas, une mémoire à faire vivre

    Une véritable ville dans un village. En 1944, après le débarquement de Provence, l’image prend tout son sens à Calas. Alors que le hameau compte 400 habitants, des milliers de soldats américains investissent le plateau de l’Arbois, au « Calas Staging Area ». Sur 750 hectares, ce camp, aujourd’hui à cheval sur Cabriès, Vitrolles et Aix-en-Provence, devient une ville éphémère : baraquements, hôpital, bureaux de poste, terrains de sport ou encore théâtres. Jusqu’en 1947, plus de deux millions de soldats y transitent.

    « Sa proximité avec Marseille, la typologie et l’immensité du plateau en faisaient un lieu bien adapté », explique Sylvie Cenci, adjointe à la culture et au patrimoine de Cabriès. La fonction de cette base arrière est double. « L’accueil des GI’s [les soldats américains, Ndlr.] qui arrivaient du débarquement et repartaient faire la jonction avec l’armée de Normandie. Puis la remise en forme des soldats pour repartir sur le front du Pacifique », détaille l’élue.

    Une partie du site accueille également le camp de prisonniers CCPWE 404, principalement destiné aux soldats allemands. Mais la vie sur place ne se résume pas qu’aux mouvements de troupes. « Il y avait plusieurs théâtres dont un en plein air où Marlène Dietrich et Mickey Rooney sont venus chanter et danser pour les GIs », raconte Sylvie Cenci.

    Une vie américaine qui ne reste pas complètement coupée de celle des habitants de Calas. Les témoignages récoltés depuis évoquent des échanges essentiellement commerciaux. Mais lorsque les soldats repartent, cette ville improvisée disparaît presque aussi vite qu’elle était apparue. « Il reste peu de vestiges, surtout quelques dalles de béton. Tout le reste avait été construit en matériaux faciles à enlever. Une fois partis, les Américains ont enterré énormément de choses », rappelle l’adjointe. Reste parmi les quelques éléments encore présents, une cabine de projection, aujourd’hui totalement dissimulée par la végétation.

    Pour qui ne connaît pas l’histoire du lieu, difficile alors d’imaginer qu’il a accueilli des millions d’hommes et constitué pendant plusieurs années une véritable ville américaine. Le peu de vestiges nourrit pourtant, encore aujourd’hui, les recherches de passionnés. Aixois, Christian Pastore découvre le camp de Calas alors qu’il est enfant, dans les années 1960, lors de promenades régulières sur le plateau de l’Arbois. « Avec ma sœur on jouait souvent au ballon près des dalles en béton et il m’est arrivé de trouver des plaques, les “dog tags”, avec l’identité des soldats américains passés par là », se souvient-il.

    Des décennies plus tard, avec l’arrivée d’Internet, Christian Pastore entreprend de retrouver les familles de ces soldats. Grâce aux noms et matricules inscrits sur les plaques, puis un long travail de généalogie mené en écumant les archives de l’armée américaine, il parvient à leur restituer une dizaine de « dog tags ». « Ça met la chair de poule de savoir que vous redonnez une part de l’identité d’un soldat à sa famille », s’émeut-il. En 2023, il signe Le camp américain, ouvrage consacré à ses recherches sur le site de Calas. Une manière pour le retraité de « faire connaître l’histoire ce camp encore trop peu connu ».

    Préserver les dernières traces

    Le paradoxe est désormais là : alors que le camp a accueilli des millions d’hommes, ses traces sont devenues extrêmement discrètes. Et cette discrétion explique aussi pourquoi son histoire reste encore largement méconnue. « Il n’y a pas encore eu de fouilles archéologiques parce que, pendant très longtemps, ce camp était extrêmement méconnu, pour ne pas dire inconnu », souligne Sylvie Cenci.

    Cette méconnaissance a toutefois laissé le champ libre au pillage. « Des gens ont déterré des médailles, des paquets de clopes, des grenades. Certains arrivaient même avec des mini tractopelles pour sonder le sol », pointe l’élue. Face au risque de voir disparaître les derniers témoins matériels, la question de la valorisation du site devient centrale.

    Avec le consulat américain, les archives d’Aix-en-Provence et le principal propriétaire des terrains, la commune de Cabriès continue de réfléchir à l’avenir du site. L’idée d’un lieu de commémoration existe, mais sa réalisation est complexe : « Quoi que ce soit qu’on puisse imaginer, ça coûterait des millions d’euros et représenterait un travail colossal notamment parce que le foncier a considérablement été morcelé depuis la guerre », constate Sylvie Cenci. Mais « construire quelque chose autour de ce camp est une idée qu’on ne veut pas du tout mettre de côté », conclut-elle.

  • En Provence, un débarquement décisif

    En Provence, un débarquement décisif

    Le 15 août 1944, à 8h, l’assaut des plages varoises est déclenché. Près de 350 000 soldats participent alors à cette offensive de grande ampleur et débarquent à découvert sous le feu ennemi. Parmi eux 230 000 combattent sous les couleurs françaises, la moitié, il est important de le rappeler, est d’origine africaine. Des Algériens, Marocains, Tunisiens qu’on appelait encore les indigènes, avec à leurs côtés aussi des tirailleurs sénégalais. Une chair à canon mobilisée pour défendre la liberté d’une nation alors pas très regardante sur la religion ou la couleur de peau de ses libérateurs.

    Les troupes d’assaut investissent les plages entre Cavalaire et Agay. Le 16 août, le premier échelon de l’armée B du général de Lattre de Tassigny débarque entre Cavalaire et Sainte-Maxime.

    La nuit précédant le jour J le terrain a été préparé pour tenter de créer des brèches dans la solide défense Allemande par de lourds bombardements aériens puis navals avec 5 000 avions et 631 navires engagés pour la mission, majoritairement américains et anglais. Ainsi on dénombrera près de 20 tonnes de bombes déversées par kilomètre de plage.

    Mais tout n’a pas commencé avec le débarquement. Avant l’arrivée de l’armada alliée de plus de 2 200 navires, des hommes et des femmes luttent déjà depuis longtemps avec courage et abnégation contre l’occupant nazi. Dans le Var, la lutte s’organise dans des maquis très actifs. Le premier se constitue dans le massif des Maures sur l’initiative de militants communistes.

    Autant dire que le jour J approchant, la Résistance intensifie ses opérations et va jouer un rôle militaire crucial dans la réussite de l’opération Dragoon en affaiblissant l’occupant. Que ce soit par le sabotage, le guidage des troupes débarquées et en prenant part directement à la libération des grandes villes du Sud comme Toulon et Marseille. C’est ainsi que dès le 17 août elle prend le contrôle de la préfecture de Draguignan.

    Informée depuis le 6 juin 1944 de l’imminence d’un autre débarquement, en Méditerranée celui-là, la Résistance s’est mobilisée très tôt, un peu trop peut-être puisqu’elle va payer un lourd tribut en essuyant de nombreux massacres sur les lieux où elle a concentré ses forces pour passer de la clandestinité aux actions ouvertes. Dès le débarquement de Normandie, les chefs toulonnais rassemblent en effet 400 hommes autour du plateau de Siou-Blanc et les répartissent en quatre groupes, chacun chargé d’assurer renseignement, sabotages ferroviaires, destructions de lignes téléphoniques et attaques contre les infrastructures afin de ralentir l’arrivée des renforts allemands.

    La Résistance

    multiplie les coups de force contre l’occupant nazi

    Juste avant 15 août, les maquisards multiplient donc les embuscades et les opérations de guérilla contre les unités allemandes. À Toulon où la ville est défendue par une importante garnison et par de puissantes positions fortifiées notamment sur les hauteurs, au Faron, les combats vont être particulièrement difficiles et nécessiter des actions coordonnées. Ainsi pendant que les unités de l’armée B attaquent les positions allemandes, les FFI combattent à l’intérieur de la ville, fournissent leur connaissance du terrain et guident les soldats français dans leurs offensives. Le 23 août, ils font jonction au centre du Port du Levant, place de la Liberté. Mais les combats vont se poursuivre encore pendant plusieurs jours, jusqu’à la défaite allemande définitive du 28 août.

    De la même façon à Marseille, le 19 août, la CGT appelle à une grève insurrectionnelle et la Résistance bloque les transports et attaque les troupes allemandes. Deux jours après la préfecture est libérée. Ici aussi les combats unissant résistants et soldats vont durer jusqu’au 28 août. Avec ces deux ports de la Méditerranée repris et la libération de la Provence en deux semaines seulement, l’opération Dragoon va être un succès dépassant même les attentes de l’état-major.

    « Ce qu’il est important de se rappeler en ces jours de commémoration, c’est qui nous a libérés. L’armée française c’était principalement des tirailleurs algériens et sénégalais. C’étaient eux, la chair à canon, qui étaient devant », insiste le réalisateur varois Philippe Maurel de La Draille de la liberté. Et de poursuivre : « C’est primordial de mettre l’accent sur ce point dans la période que nous vivons aujourd’hui. Je crois que je n’ai pas besoin de développer sur ce sujet ; vous avez compris ».

    Une piqûre de rappel de salubrité publique. D’autant que l’engagement massif des forces françaises en Provence – dont la moitié des combattants est donc d’origine africaine – alors que l’engagement n’était que symbolique en Normandie le 6 juin 1944, va permettre à la France, humiliée en 1940, de s’asseoir à la table des vainqueurs. C’est le général Jean de Lattre de Tassigny qui représentera la France et signera à Berlin l’acte de capitulation de l’Allemagne nazie. Aucun patriote digne de ce nom ne devrait l’oublier.

    À Toulon, un show aérien, pour les 82 ans de la Libération

    Samedi 15 août, un show aérien est organisé au-dessus des plages du Mourillon. Vous pourrez assister a l’évènement militaire dès 16h30. Au programme : démonstrations d’hélicoptères et d’avions de la Marine nationale. Le clou du spectacle se déroulera à 17h35 avec la venue de la Patrouille de France. À 22h, un spectacle pyrotechnique conclura la journée au fort Saint-Louis.

  • [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    Le moment était venu de passer à une action d’envergure et demandait que tous les travailleurs soient consultés sur cette action. Cette question souleva une déclaration solennelle de Léon Jouhaux : « Ce n’est pas sur le débat lui-même que je veux parler, déclara-t-il, je veux simplement souligner une déclaration consécutive à la décision que vous avez prise hier. » Il ajouta, soucieux de ne pas diviser le CCN : « Je refuse de souscrire à une décision qui en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières risque de briser l’unité ouvrière. »

    Benoît Frachon lui répondit que : « Dans la résolution et le manifeste votés, il a été indiqué que les ouvriers seraient appelés à connaître les propositions que nous faisons pour eux, qu’ils seraient appelés à donner leur avis sur ces propositions et que le prochain comité confédéral du 19 décembre, organisme régulier des organisations syndicales, prendraient des décisions ; par conséquent, je préférerais que Jouhaux me dise au lieu de parler de décision anti-statutaire : nous ne voulons pas que l’on occulte les ouvriers, cela serait plus clair et plus net. »

    Défendre l’unité

    Tout au long de ces débats, on sentait les efforts des scissionnistes pour préparer la scission en se servant du plan Marshall dans un objectif anticommuniste et anti-soviétique. À Marseille, Le Provençal n’était pas en reste. Dans son numéro du 14 novembre, un placard non signé proclamait « Travailleurs, prenez garde ! Attention aux grèves politiques ; avant toute décision, exigez : 1° le vote à bulletin secret / 2° le dépouillement et l’affichage du résultat. » Les socialistes marseillais affirmaient ainsi leur opposition au développement des grèves et aux revendications ouvrières. Pourtant, le 14 novembre, la grève s’élargissait après consultation des travailleurs.

    Ainsi, l’assemblée générale des marins qui avait décidé la reprise du travail reconsidérait sa décision et se joignait à la grève.

    Il est vrai que le syndicat des officiers observait à l’égard des marins en grève une neutralité bienveillante afin de ne pas porter préjudice à leurs actions. Cette prise de position leur valut une violente « Lettre ouverte » de Jean Fraissinet dans Le Méridional qui déclara : « En décidant d’adopter à l’égard d’un tel mouvement une “attitude bienveillante” les dirigeants des syndicats d’officiers, qu’il nous soit permis de l’observer, ne peut faire preuve que d’hypocrisie, de lâcheté et de candeur. » La continuation de la grève des marins paralysa totalement le trafic du port. Le conseil syndical des dockers élargi au comité de grève décida à bulletin secret, 64 voix contre une : qu’aucun débarquement de marchandises n’aurait lieu. La fédération algérienne des commerçants, alarmée par la prise de position des dockers, demanda par télégramme au préfet d’intervenir.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    [Entretien] Pierre Villard, Mouvement de la paix : « C’est toujours émouvant de venir à Hiroshima »

    La Marseillaise : Dans quel contexte s’inscrit votre nouveau déplacement au Japon ?

    Pierre Villard : L’urgence de l’élimination des armes nucléaires est encore plus forte aujourd’hui que ce qu’elle était il y a un an. Je le sens dans le contenu des débats. C’est-à-dire que 2025, était une année anniversaire, c’étaient les 80 ans des bombardements donc il y avait beaucoup d’expressions sur la réalité de la bombe avec des témoignages des hibakushas [personnes ayant survécu aux bombardements, ndlr]. Évidemment, c’est toujours très présent. Mais les mobilisations pour l’élimination des armes nucléaires, notamment en vue de la première conférence d’examen du Tian (traité sur l’interdiction des armes nucléaires), qui aura lieu en novembre prochain, ont pris plus de place. Nous sommes par ailleurs porteurs d’une action qu’on va proposer dans le monde entier le même jour à l’ouverture de la conférence du traité d’interdiction. La question de la convergence des actions pacifistes dans le monde entier, pour contraindre les gouvernements toujours réticents, reste au centre de nos discussions. Ces États sont de moins en moins nombreux quand même, puisque là, on vient d’avoir le centième, les Îles Tonga, qui a signé le traité d’interdiction des armes nucléaires, quand 75 l’ont ratifié. Aujourd’hui, la majorité des États s’engagent pour le traité, considérant que le seul moyen de se prémunir de la menace atomique, ce n’est pas de la contrôler, mais c’est de l’éliminer.

    Qu’est-ce qui a changé depuis
    votre première visite
     ?

    P.V. : C’est la sixième fois que je viens ici, la première fois, c’était il y a 15 ans donc je vois aussi des évolutions. Cette fois, il y a énormément de gens de Corée du Sud car c’est le pays où il y a le plus d’hibakushas après le Japon. Et pour cause, pendant la Seconde guerre mondiale, du fait de l’impérialisme japonais, il y avait énormément de prisonniers coréens au Japon, et qui, eux aussi, ont été victimes des radiations. En France, on a les victimes des essais nucléaires français, à la fois en Algérie et en Polynésie. Ici, j’ai posé concrètement la question du lien et de la solidarité entre toutes les victimes des politiques nucléaires, qu’elles le soient des bombardements ou des recherches et des essais. Les milliers de Français qui, actuellement, sont membres de l’Association des vétérans des essais nucléaires (Aven) eux, ne se revendiquent pas comme étant victimes de la bombe atomique.

    Comment ces échanges nourrissent vos actions ?

    P.V. : À titre tout à fait personnel, c’est toujours à la fois émouvant, enrichissant et rafraîchissant de venir ici. C’est émouvant parce qu’on a du mal à s’imaginer qu’il y a 80 ans, la ville était rasée. Cela renforce, à la fois la valeur de l’engagement pour la paix et l’interdiction des armes nucléaires et la nécessité de le développer encore. On réfléchit à faire venir les hibakushas à nouveau, début 2027 dans le cadre des actions qu’on va développer pour la campagne des élections présidentielles. Nous sommes engagés sur plusieurs mois d’actions pour l’élimination des armes nucléaires avec une montée en puissance jusqu’à l’élection présidentielle pour que cette question-là soit dans le débat public.

  • Un projet de musée sur la Seconde Guerre dans les Alpes-de-Haute-Provence

    Un projet de musée sur la Seconde Guerre dans les Alpes-de-Haute-Provence

    Soutenir les militaires blessés, les familles des combattants tués, et cultiver le souvenir des résistants décédés : tels sont les objectifs de la maison du combattant, créée début juin dans les Alpes-de-Haute-Provence, et présidée par Patrick Agli, lui-même ancien militaire, notamment au Liban.

    Depuis sa création, l’association s’est rapprochée de la mairie de Peipin, qui l’avait contactée pour redorer la tombe abandonnée de Marius Méyère, un résistant né dans le village et mort pour la France, abattu par des Allemands en 1944. Le maire de Peipin a ensuite proposé à la maison du combattant de s’installer dans les locaux de l’ancienne mairie, mesure qui doit encore être votée en conseil municipal. Après avoir rénové et remis en état le bâtiment, les membres de l’association ont pour projet d’y installer le premier musée du département consacré à la Seconde Guerre mondiale. La maison du combattant devrait signer un bail de 10 ans.

    « L’objectif serait de pérenniser le devoir de mémoire en s’adressant aux jeunes. Il faut que l’on suscite la curiosité des enfants », explique Patrick Agli. Son association compte sur les subventions de l’État ou encore de financeurs privés pour ce projet. Le bâtiment de 200 mètres carrés pourra également servir à « héberger certaines associations partenaires », avance le président de la maison du combattant, qui n’a pour l’instant pas de locaux, mais est domiciliée à Sisteron.

    Un maillage

    sur tout le département

    L’association compte déjà une quarantaine d’adhérents, et trois vice-présidents. Elle espère en recruter deux nouveaux pour avoir « un maillage complet » sur le département. Parmi les trois existants, Hubert Tassel, ancien colonel chasseur alpin, historien et chercheur ubayen, a récemment été enrôlé.

    L’association souhaite également organiser des conférences avec divers intervenants, et répertorier les sites ayant facilité le débarquement de Provence. « Le département, communiste à l’époque, fourmillait de maquisards, c’était l’un des plus actifs », avance Patrick Agli. Les membres du bureau ont déjà rencontré les élus de plusieurs mairies, comme celles de Sisteron et de Mison.

  • [C’est l’été] Lecture : « Les grands cimetières sous la lune », de Georges Bernanos

    [C’est l’été] Lecture : « Les grands cimetières sous la lune », de Georges Bernanos

    Préfacée par Vincent Duclert, la réédition du chef-d’œuvre de Georges Bernanos, écrit à mi-chemin du reportage et du pamphlet, et où se dégage une odeur de sang, nous rappelle qu’il y a 90 ans débutait la guerre d’Espagne, responsable de 600 000 morts, de la souffrance et de la terreur des innocents. Conflit qui opposa les républicains aux franquistes, et dont nous pouvons dire qu’elle fut le prélude de la Seconde Guerre mondiale. Un de ces rares romans que l’on referme en se disant « Je le relirai »… Si vous l’avez lu, relisez-le.

    Éditions Payot, 8,50 euros

  • Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Marseille 1943, la justice s’achemine vers la reconnaissance des crimes

    Bientôt huit ans après le dépôt de plainte du 17 janvier 2019 sur la rafle du Vieux-Port, la justice se dirige vers la reconnaissance des crimes perpétrés à Marseille en 1943. C’est l’aboutissement du long combat « pour la mémoire des disparus et la conscience des vivants » mené par le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, son président Antoine Mignemi, 88 ans, rescapé des rafles, et l’avocat Pascal Luongo.

    Ce drame de la Seconde Guerre mondiale a longtemps été occulté. L’opération Sultan a été ordonnée par Hitler et exécutée avec le concours du régime de Vichy et de la police française, du 22 janvier au 17 février 1943. Cette collaboration s’incarne dans un cliché mettant en présence Bernhard Griese, le chef des SS, et René Bousquet, le secrétaire général de la police de Vichy.

    « Je suis extrêmement heureux, confirme Me Luongo, dont le grand-père et les siens furent raflés. C’est une formidable nouvelle que nous avons annoncée aux victimes, aux membres du collectif, car en plus du crime contre l’humanité des rafles du Vieux-Port, les crimes de guerre de la destruction des Vieux-Quartiers sont reconnus aussi. »

    Selon le Collectif Saint-Jean 24 janvier 1943, des magistrats du Parquet national anti-terroriste (PNAT) viendront, fin septembre, présenter aux plaignants cette décision historique à l’occasion d’une réunion publique exceptionnelle au Palais Monthyon. Des magistrats expliqueront aux parties civiles les conclusions du long travail d’enquête mené par le pôle crimes contre l’humanité, crimes et délits de guerre. Depuis mai 2019, les investigations ont été confiées aux enquêteurs spécialisés de l’Office central de lutte contre les crimes contre l’humanité et les crimes de haine (OCLCH), rattaché à la Gendarmerie nationale. Cette réunion doit être suivie d’une commémoration organisée par la Ville de Marseille.

    Interrogé, le Parquet national anti-terroriste en charge de l’enquête, au tribunal de Paris, s’est refusé à confirmer l’information. « Nous sommes en fin d’investigation. Nous travaillons sur une décision qui n’est pas encore prise. Cette décision ne sera matérialisée qu’à partir du moment où les victimes seront informées. »

    « 12 000 Marseillais ont été chassés des quartiers Saint-Jean et de l’Opéra et transférés à Fréjus. 1 500 d’entre eux furent déportés vers les camps de la mort, et parmi eux plus de 804 déportés parce que juifs », avait déclaré le ministre de l’Intérieur, à l’occasion du premier hommage national rendu le 29 janvier 2023 pour les 80 ans des rafles des 22, 23 et 24 janvier 1943. Gérald Darmanin était venu, au nom du président de la République, « réparer cette injustice et signifier sa portée nationale ». L’État reconnaissait que cet épisode sombre de la Seconde Guerre mondiale était « bien trop peu relaté dans les livres d’histoire », un épisode dont il avait reconnu qu’il était « à la croisée de la grande histoire et des destins individuels, à la croisée de la honte de la collaboration et de la fierté de la Résistance ».

    Une mémoire occultée

    En mai 2019, le Pnat avait jugé « recevable » la plainte de 24 pages déposée au nom de huit Marseillais survivants et descendants (deux sont décédés en cours d’instruction) de la rafle du 24 janvier 1943 pour crime contre l’humanité. La plainte visait « toute personne ayant commis le crime contre l’humanité à Marseille, Fréjus et Oranienbourg (Allemagne), à l’encontre de la population civile du Quartier Nord du Vieux-Port, à Marseille, entre le 24 janvier 1943 [et] le 19 février 1943 et courant années 1944 et 1945, et en tout cas pour un temps non prescrit, en raison d’une atteinte volontaire à la vie, du transfert forcé de population, de la privation grave de liberté physique et des actes inhumains causant intentionnellement de grandes souffrances et des atteintes graves physiques et psychiques ».

    La plainte détaillait combien la population civile, ces familles pauvres issues pour la plupart de l’immigration italienne et en particulier napolitaine, « a été ciblée pour son lieu d’habitation et ses origines, a vécu des arrestations arbitraires, des persécutions, des transferts forcés, des déportations et des atteintes volontaires à la vie, autant d’actes inhumains dans un plan concerté pour le compte d’un État, l’Allemagne nazie, mais aussi de l’État français de Vichy ».

  • Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    Faire revivre le souvenir du maquis de Brigadel

    En 1943 et 1944, sur le plateau de Brigadel, sur les hauteurs de Puimichel, des agriculteurs acceptent d’arracher leurs amandiers pour créer une piste d’atterrissage pour pouvoir approvisionner en armes et en matériel les résistants qui se préparaient au débarquement de Provence. à proximité, une ferme sert de lieu d’asile et de refuge aux jeunes qui voulaient échapper au Service de travail obligatoire (STO) et au transfert en Allemagne.

    Vendredi, une dizaine d’élus, de femmes et d’enfants de ces combattants bas-alpins se sont réunis sur place, où une stèle a été érigée en 2018, pour leur rendre hommage et éviter qu’ils ne tombent dans l’oubli. « Il faut faire circuler le devoir de mémoire. N’oublions jamais le courage, l’abnégation de ces jeunes gens qui n’ont pas hésité à offrir leur vie afin de s’opposer à l’occupation nazie », a souligné Gérard Lazaud, ancien adjoint aux anciens combattants d’Oraison, à l’initiative de cette stèle.

    Le maire de Puimichel, également présent, a tenu à insister sur « les résistants de l’ombre, tous ceux qui ont donné à manger, hébergé. Lors des parachutages, à l’aube, ils sortaient tous pour voir s’il n’y avait pas un parachute coincé dans un amandier. La résistance n’aurait rien été sans leur aide », a-t-il avancé.

    Jean Banner, à l’initiative de ce rassemblement, a tenu à « remercier ces jeunes qui ont décidé de dire non à la loi du plus fort et à la barbarie nazie ». Il a évoqué André Laurent, ancien résistant et auteur du livre La Résistance sur les plaines entre Asse, Bléone et Durance, décédé en 2022 : « Il a laissé aux générations futures un héritage que nous devons transmettre ». « Cela a scindé une jeunesse en deux, entre ceux qui sont partis travailler en Allemagne et ceux qui ont rejoint la résistance », a témoigné sa femme, Gilberte Laurent, également présente vendredi.

    « Il ne faut pas oublier qu’il y a toujours les familles de ceux qui ont combattu », a insisté Jeanine Telme, la fille du résistant Gaston Telme, né en 1907 et décédé en 1992. « Il parlait très peu de la Résistance en famille. Tout ce que je sais, je l’ai retrouvé dans des documents », a-t-elle raconté.

    Bientôt une cérémonie annuelle ?

    Didier Derupty, vice-président de la Maison du combattant et des familles, récemment créée dans le département, a proposé son aide aux élus et aux citoyens présents pour organiser une cérémonie annuelle sur le lieu de la stèle. « Il faut arriver à fédérer les endroits, les stèles oubliées. La conservation du devoir de mémoire est importante », a-t-il martelé, alors que la stèle de Brigadel est très peu visitée et méconnue des habitants. « Il n’y a plus de résistants, mais il y a des descendants passionnés pour faire vivre le devoir de mémoire. »

    élus et familles de résistants présents ont également évoqué l’idée de proposer aux instituteurs et aux écoliers de participer à une cérémonie annuelle en hommage aux maquisards.

    Pendant le débarquement de Provence, le 15 août 1944, quelque 100 000 soldats, essentiellement américains, canadiens et britanniques, ont débarqué sur les plages du Var, ouvrant la voie à plus de 250 000 Français qui allaient reprendre Toulon puis Marseille en moins de deux semaines. Cette armée comptait 84 000 Français d’Afrique du Nord, 12 000 soldats des Forces françaises libres fidèles au général de Gaulle et 12 000 Corses, mais aussi 130 000 soldats d’Algérie et du Maroc et 12 000 soldats de l’armée coloniale.

  • Une épave de la Seconde Guerre mondiale ravagée : un voilier de luxe dans le viseur

    Une épave de la Seconde Guerre mondiale ravagée : un voilier de luxe dans le viseur

    Vendredi 17 juillet au matin, Patrick Bellantonio, gérant du club de plongée Aquanaut, à Saint-Cyr-Sur-Mer, plonge à 39 m de profondeur en direction de l’épave de l’avion de combat P-38 Lightning, immergé au large des côtes. Sur place, la découverte qu’il fait lui crève le cœur : le morceau d’histoire abattu en août 1944, sur lequel il a l’habitude de plonger avec ses stagiaires à la fin de leur formation, a été complètement ravagée. « Elle a été découverte en 1996 par les anciens gérants du centre de plongée de La Ciotat. Ils l’ont identifiée, ils l’ont désensablée, et depuis, c’était une attraction de la baie, maintenant elle est désintégrée », confie le plongeur.

    Les soupçons de Patrick Bellantonio se portent vers le plus grand voilier de croisières de luxe au monde : « L’Orient Express Corinthian a mouillé au-dessus de l’épave, la veille. » Selon le moniteur, le voilier aurait pu labourer l’avion en remontant son ancre, malgré sa signalisation sur les cartes marines.

    « Avant, c’était un avion, certes très abîmé, mais on reconnaissait sans problème la forme, maintenant, ce n’est plus que de la ferraille broyée, déplore Patrick Bellantonio. Dès le retour de ma plongée, j’ai contacté la mairie de Saint-Cyr-Sur-Mer pour qu’elle se joigne à la mairie de La Ciotat et qu’elles entament des démarches auprès de la préfecture maritime. » Celle-ci a pris un arrêté pour interdire la plongée au-dessus des restes en raison des débris contondants, et également pour éviter que des pillards désireux de récupérer des souvenirs de l’épave ne viennent se servir.

    La DRASSM (Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines) a été contactée et doit inspecter, ce mardi matin, l’épave afin de constater les dégâts.

    Louis Golliot

  • En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    En mémoire des victimes du racisme et de l’antisémitisme

    Huit heures retentissent sur la place du 23 janvier 1943 – Fortuné Sportiello (2e). « La République française, en hommage aux victimes des persécutions racistes et antisémites et des crimes contre l’humanité commis sous l’autorité de fait dite du “Gouvernement de l’État français” (1940-1944). N’oublions jamais », peut-on lire sur l’une des plaques de marbres fixées sur le monument de la déportation. Ce quartier marqué par la barbarie nazie. « La responsabilité de l’État français dans la persécution des juifs ne se limita pas à une aide ponctuelle apportée à l’occupant allemand. Sous l’autorité du maréchal Pétain, le régime de Vichy, alla bien au-delà des exigences de l’occupant », rappelle Michel Cohen-Tenoudji, président du Consistoire israélite de Marseille ce dimanche matin.

    Cette cérémonie nationale à la mémoire des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommages aux « Justes » de France, s’est tenue 84 ans, presque jour pour jour, après la rafle du Vel d’Hiv, la plus grande organisée sur le territoire durant la Seconde guerre mondiale. Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 hommes, femmes et enfants juifs ont été arrêtés par la police parisienne avant d’être déportés et exterminés à Auschwitz par les nazis. « Parmi les victimes se trouvait ma grand-mère, Rachel Pozmentier, se trouvait mon père, un enfant âgé de 9 ans. Arrêtés à leur domicile, ils furent conduits dans les geôles du commissariat du 14e arrondissement de Paris », raconte Caroline Pozmentier-Sportich présidente de l’Association Fonds Mémoire d’Auschwitz (AFMA). « Ma grand-mère, fut déportée à Auschwitz par le convoi numéro 11, en juillet 1942. Elle n’en revint jamais, assassinée dans une chambre à gaz. Mon père, lui, fut sauvé grâce à une chaîne humaine, trop souvent clandestine, et à qui nous adressons toujours toute notre connaissance. Sans ces hommes et ces femmes, ces Justes, je ne serais pas là devant vous », insiste-t-elle.

    « Afin que nul n’oublie »

    Les représentants des associations, des collectivités locales, de l’État et quelques élus du Printemps marseillais sont présents ce matin-là. « Petit à petit, les témoins directs s’effacent et c’est d’autant plus important pour nous, par notre présence, par les témoignages, par les discours, de rappeler sans cesse cette Histoire. C’est primordial d’avoir ce passé en tête pour éclairer le présent », soulève le député socialiste Laurent Lhardit, présent en son nom propre et celui du maire de Marseille.

    « Nous vous léguons notre mémoire, à charge pour vous de la transmettre de génération en génération, afin que nul n’oublie, afin que nul ne doute, afin que nul ne nie », écrit Denise Toros-Marter, dans son testament d’Auschwitz, lu par le président du Fonds social juif unifié Marseille-Provence, Lionel Stora, qui représentait la rescapée du camp de la mort ce matin-là, « Puisse le flambeau de la mémoire collective, que nous transmettons avant d’arriver au bout de notre voyage, nous protéger à tout jamais d’un nouvel Auschwitz ».

    À la fin de cette commémoration, tous saluent les porte-drapeaux, qui ne faillissent pas malgré une chaleur étouffante. Venue de Sausset-les-Pins, Marie-Thérèse Sempéré-Polichetti, est présente à chaque cérémonie. « J’ai souffert de la mort de mon père. Il a été assassiné, j’avais 15 ans, je me trouvais là », confie cette pupille de la Nation de la guerre d’Algérie à l’aube de ses 80 ans, « soit on descend vers les profondeurs, soit on monte vers la lumière. C’est ce que j’ai décidé de faire ». Porte-drapeau depuis 18 ans, investie dans le travail de mémoire avec l’Office national des combattants et des victimes de guerre (Onacvg), elle intervient auprès de collèges et lycées. « C’est important d’être là pour ne pas oublier et aller surtout vers la paix », répète-t-elle, calot vissé sur la tête, « on est que de passage sur Terre, il y a de la place pour tout le monde ».