Tag: sécheresse

  • [Entretien] « À horizon 2050, un déficit de 90 millions de m3 dans les nappes de la Crau»

    [Entretien] « À horizon 2050, un déficit de 90 millions de m3 dans les nappes de la Crau»

    La Marseillaise : Quel est l’état de la nappe actuellement ?

    Céline Tramontin : La nappe se recharge à 70% par l’irrigation gravitaire nécessaire à la production de foin de Crau, donc de l’eau de Serre-Ponçon qui arrive par la Durance, et à 30% par les eaux de pluie. Elle se vidange l’hiver et se remplit l’été, avec l’arrosage des agriculteurs, de mars à octobre. Ce qui soutient l’étiage, c’est-à-dire le niveau minium pour assurer l’ensemble des usages sur le territoire, ce sont les eaux de pluie. Depuis Serre-Ponçon, il y a 1,5 milliard m3 d’eau dérivée vers les Bouches-du-Rhône, dont 420 millions vers la Crau. Cette année, il y a eu de l’eau, le barrage était plein. Par contre, on a eu un hiver relativement sec. On est donc partis en début de saison avec des niveaux très hétérogènes en fonction des secteurs, avec des zones comme les Coussouls qui étaient bien remplies, avec des niveaux supérieurs à la moyenne, et d’autres avec les niveaux historiques les plus bas qu’on ait jamais relevés depuis dix ans. On a pu stabiliser le niveau grâce aux eaux de la Durance.

    Avec le réchauffement climatique, la sécheresse des hivers risque de devenir monnaie courante. Comment y faites-vous face ?

    C.T. : On a mené une étude scientifique dont l’objet était l’évolution du changement climatique et des besoins en eau sur ce territoire, puisque la nappe alimente 300 000 habitants en eau potable, l’agriculture, l’industrie de Fos et les bases militaires d’Istres et de Salon-de-Provence. Le résultat est sans appel : à horizon 2050, on aura un déficit de 90 millions de m3 au niveau du remplissage de la nappe, si on continue comme ça. Pour ne pas en arriver là et devoir faire des choix qui auront des impacts sur notre cadre de vie et le développement du territoire, on a lancé un Schéma d’aménagement des eaux avec les collectivités locales et les acteurs qui est élaboré dans le cadre d’une Commission locale de l’eau, installée fin août.

    L’idée est de prioriser les usages ?

    C.T. : Non. Il faut réduire le prélèvement de la Durance, parce que les effets du réchauffement climatique se feront ressentir aussi au niveau de Serre-Ponçon. On a déjà vécu une situation de sécheresse en 2022. Eux ont élaboré un plan de résilience à leur niveau. Il faut qu’on soit plus résilients aussi de notre côté. Il y a des solutions, comme la réhabilitation des canaux, créés pour les premiers au temps d’Adam de Craponne au XVIe siècle, pour les derniers au XXe siècle. On a aussi lancé une grande étude pour aller chercher des sources profondes en sondant le sol. On a fait trois forages, à Istres, Salon et Saint-Martin-de-Crau avec des pièzomètres profonds, entre 80 et 100m. Les matériaux carottés sont désormais à l’analyse. On sait d’ores et déjà qu’on va laisser tomber le forage d’Istres. Les résultats devraient être connus d’ici la fin 2026.

    Vous réfléchissez aussi à un partage des coûts plus équitable.

    C.T. : C’est la deuxième équation à résoudre. Ce sont les Associations syndicales autorisées intervenant pour l’irrigation collective, donc les agriculteurs, qui payent actuellement l’eau et son transport sur le territoire pour assumer l’usage agricole, mais aussi d’eau potable, d’eau industrielle etc. Il faut que ça évolue, que chaque bénéficiaire supporte ce coût.

    Entretien réalisé par Alice Magar

  • Incendie, délinquance, routes… l’État fait son bilan estival

    Incendie, délinquance, routes… l’État fait son bilan estival

    Au crépuscule de la saison estivale, l’heure est au bilan pour les services d’État décentralisés du Var. « Nous avions plusieurs enjeux : un exercice de transparence et de volume sur les contrôles, et des sanctions effectives et rapides », retrace le Préfet, Simon Babre. Et ses exigences ont été satisfaites sur plusieurs plans.

    Tout d’abord, celui de la sécurité routière. Le nombre de morts sur la route reste stable : 12 décès contre 11 l’été passé. « On est à 44 décès sur les routes cette année » note la directrice de cabinet du Préfet, Joséphine Guigliano-Boutonnet, mettant en exergue que ce chiffre correspond à la moyenne en cours (5,5 décès sur les routes par mois). Plus de 28 000 contrôles ont été effectués (environ 4 000 stupéfiants, 17 000 alcoolémies et 7 000 excès de vitesse), pour 657 suspensions de permis, soit une augmentation de 37% par rapport à 2024, dont 24,6% liés à l’alcool, 90,5% liés aux stupéfiants…

    En ce qui concerne ces derniers, 950 amendes ont été infligées. Les services des douanes annoncent par ailleurs la saisie de 198kg, dont 34kg de cannabis et 158kg de cocaïne, substance « en plein développement dans le Var » alertent-ils. Le tabac de contrebande n’est pas en reste avec 391kg saisis.

    La délinquance recule

    Si la délinquance routière a malheureusement progressé, celle du quotidien, elle, connaît un net recul selon la préfecture : entre autres,
    -4,24% de délinquance sur la voie publique, -21,12% de cambriolages, dont -37% à Toulon, -18% de vols avec violence,
    -9,7% des atteintes aux biens, -15% des violences sexuelles ou encore de -42,5% d’atteintes à l’environnement. « Ce sont de vrais résultats sur des faits qui ont l’été comme période propice », se satisfait le Préfet. Autre invité estival malencontreux : les feux de forêts. 183 incendies ont été relevés, pour 152 hectares brûlés. Une nette augmentation par rapport à l’an dernier (65 hectares), maîtrisée grâce à des moyens renforcés : 26 151 interventions des sapeurs-pompiers, quatre hélicoptères bombardiers d’eau (deux en 2024) pour 900 largages. Des renforts de départements voisins ont été mobilisés à hauteur de 12 journées. La carte d’accès aux massifs cessera d’ailleurs ses mises à jour le 29 septembre. En mer, 57 personnes ont été convoquées pour comportements dangereux suite à des contrôles, avec à la clé des suspensions de permis. On déplore 114 victimes de noyades, avec 9 décès après réanimation. 112 416 appels au Smur ont été décomptés (pour 2 153 sorties), et 1 812 appels par jour au Samu.

    Enfin, sur l’aspect sanitaire et environnemental, un cas de dengue a été relevé à Sanary et 71 cas de chikungunya. Au sujet de l’eau, 2 360 prélèvements ont été effectués en piscines (85% conformes), 2 650 en sites naturels (98% conformes). Des alertes renforcées ont été émises à la mi-août sur les zones Siagne, Arc Amont et Huveaune Amont. Le Gapeau, placé en alerte sécheresse, s’est quant à lui renfloué grâce aux récentes pluies et va voir les restrictions levées.

  • Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Depuis plusieurs semaines, le niveau d’eau du Canal du Midi inquiète les autorités. Les épisodes de canicule et le manque de pluie ont asséché les réserves qui alimentent ses 240 kilomètres, reliant Toulouse à la Méditerranée. En conséquence, les préfectures de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault s’apprêtent à annoncer une mesure inédite : réduire les horaires de navigation de huit à six heures par jour.

    Pour Voies navigables de France (VNF), gestionnaire du Canal, la décision est inévitable. « Nous sommes entrés en situation de crise plus tôt que prévu », confie Cédric Jaffard, adjoint au chef de service territorial Midi. La consommation des réserves a commencé avec un mois d’avance sur les années précédentes, et les épisodes caniculaires de juin puis d’août ont précipité l’entrée en crise. Résultat : les prélèvements d’eau pour la navigation ont chuté de 70%. À court terme, cette réduction des créneaux vise à limiter les débits utilisés pour les écluses. D’autres solutions sont étudiées, comme le regroupement des bateaux lors des passages, afin d’économiser l’eau.

    Le scénario de la fermeture pure et simple

    Mais si la sécheresse persiste, un scénario radical se dessine : la fermeture pure et simple du Canal à la navigation, une première dans son histoire et une éventualité que les autorités n’excluent plus. « Il n’est pas exclu de ne pas aller jusqu’à la fin de la saison de la navigation libre, en novembre », avertit Cédric Jaffard. Ce couperet serait un choc pour l’ouvrage de Paul Riquet, classé à l’Unesco, et un aveu de vulnérabilité face au dérèglement climatique. Ce spectre hante autant les acteurs du tourisme que les agriculteurs.

    Car le Canal du Midi n’est pas qu’un site de croisière : il sert aussi à irriguer des cultures et alimente des usages agricoles. En mars 2023 déjà, des exploitants avaient bloqué une péniche à Castelnaudary pour dénoncer une gestion jugée trop favorable au tourisme. « Il faut que les efforts soient partagés », plaidait alors Jérôme Barthès, président de la FDSEA de l’Aude. Pour lui, la priorité doit rester l’eau potable, puis l’agriculture, avant le tourisme.

    70 à 90 millions

    de retombées touristiques

    Or, l’impact économique du Canal est colossal. Selon la CCI Occitanie, sa fréquentation génère chaque année près de 70 millions d’euros de retombées, voire 90 millions en incluant les visiteurs de proximité. Quelque 70 000 touristes fluviaux, en majorité étrangers, parcourent chaque année cette voie classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Rien qu’à Béziers, le site des Neuf écluses de Fonseranes attire jusqu’à 430 000 visiteurs par an.

    Le Canal du Midi, joyau hydraulique et patrimoine universel, se retrouve ainsi au cœur d’un dilemme. Une telle manne est vitale pour les territoires traversés. « Le Canal du Midi a une notoriété internationale », rappelle Jean Muller, directeur de l’office de tourisme Béziers Méditerranée. La moindre restriction menace donc tout un pan de l’économie régionale, déjà fragilisé par la baisse générale de la plaisance. Mais au-delà de l’économie, c’est la symbolique d’un patrimoine vieux de plus de trois siècles qui vacille.

    L’ouvrage de Paul Riquet est autant un repère culturel qu’un outil vivant, au croisement des enjeux climatiques, agricoles et touristiques. Les sécheresses à répétition et l’avancée de la « crise hydrique » questionnent sa pérennité.

    L’urgence est telle que les préfets de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault multiplient réunions et mesures provisoires. Mais sans précipitations suffisantes dans les semaines à venir, les restrictions pourraient se durcir encore. Ainsi pour VNF, la saison pourrait ne pas aller jusqu’en novembre, date habituelle de fin de navigation.

  • Le tourisme du Canal du Midi en crise face à son pire déficit d’eau

    Depuis plusieurs semaines, le niveau d’eau du Canal du Midi inquiète les autorités. Les épisodes de canicule et le manque de pluie ont asséché les réserves qui alimentent ses 240 kilomètres, reliant Toulouse à la Méditerranée. En conséquence, les préfectures de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault s’apprêtent à annoncer une mesure inédite : réduire les horaires de navigation de huit à six heures par jour.

    Pour Voies navigables de France (VNF), gestionnaire du Canal, la décision est inévitable. « Nous sommes entrés en situation de crise plus tôt que prévu », confie Cédric Jaffard, adjoint au chef de service territorial Midi. La consommation des réserves a commencé avec un mois d’avance sur les années précédentes, et les épisodes caniculaires de juin puis d’août ont précipité l’entrée en crise. Résultat : les prélèvements d’eau pour la navigation ont chuté de 70%. À court terme, cette réduction des créneaux vise à limiter les débits utilisés pour les écluses. D’autres solutions sont étudiées, comme le regroupement des bateaux lors des passages, afin d’économiser l’eau.

    Le scénario de la fermeture pure et simple

    Mais si la sécheresse persiste, un scénario radical se dessine : la fermeture pure et simple du Canal à la navigation, une première dans son histoire et une éventualité que les autorités n’excluent plus. « Il n’est pas exclu de ne pas aller jusqu’à la fin de la saison de la navigation libre, en novembre », avertit Cédric Jaffard. Ce couperet serait un choc pour l’ouvrage de Paul Riquet, classé à l’Unesco, et un aveu de vulnérabilité face au dérèglement climatique. Ce spectre hante autant les acteurs du tourisme que les agriculteurs.

    Car le Canal du Midi n’est pas qu’un site de croisière : il sert aussi à irriguer des cultures et alimente des usages agricoles. En mars 2023 déjà, des exploitants avaient bloqué une péniche à Castelnaudary pour dénoncer une gestion jugée trop favorable au tourisme. « Il faut que les efforts soient partagés », plaidait alors Jérôme Barthès, président de la FDSEA de l’Aude. Pour lui, la priorité doit rester l’eau potable, puis l’agriculture, avant le tourisme.

    70 à 90 millions

    de retombées touristiques

    Or, l’impact économique du Canal est colossal. Selon la CCI Occitanie, sa fréquentation génère chaque année près de 70 millions d’euros de retombées, voire 90 millions en incluant les visiteurs de proximité. Quelque 70 000 touristes fluviaux, en majorité étrangers, parcourent chaque année cette voie classée au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1996. Rien qu’à Béziers, le site des Neuf écluses de Fonseranes attire jusqu’à 430 000 visiteurs par an.

    Le Canal du Midi, joyau hydraulique et patrimoine universel, se retrouve ainsi au cœur d’un dilemme. Une telle manne est vitale pour les territoires traversés. « Le Canal du Midi a une notoriété internationale », rappelle Jean Muller, directeur de l’office de tourisme Béziers Méditerranée. La moindre restriction menace donc tout un pan de l’économie régionale, déjà fragilisé par la baisse générale de la plaisance. Mais au-delà de l’économie, c’est la symbolique d’un patrimoine vieux de plus de trois siècles qui vacille.

    L’ouvrage de Paul Riquet est autant un repère culturel qu’un outil vivant, au croisement des enjeux climatiques, agricoles et touristiques. Les sécheresses à répétition et l’avancée de la « crise hydrique » questionnent sa pérennité.

    L’urgence est telle que les préfets de Haute-Garonne, de l’Aude et de l’Hérault multiplient réunions et mesures provisoires. Mais sans précipitations suffisantes dans les semaines à venir, les restrictions pourraient se durcir encore. Ainsi pour VNF, la saison pourrait ne pas aller jusqu’en novembre, date habituelle de fin de navigation.

  • La sécheresse a coûté 2 milliards d’euros en Paca

    La sécheresse a coûté 2 milliards d’euros en Paca

    L’addition est vertigineuse. Les impacts conjugués de la sécheresse et des vagues de chaleur en Provence-Alpes-Côte d’Azur, entre les mois de juin et de septembre, représenteront cette année une perte de 2 milliards d’euros, estime une étude publiée ce dimanche dans la revue European Economic Review. De quoi en faire la quatrième région la plus touchée en Europe. Pour les seules Bouches-du-Rhône, ces pertes cumulées pèsent 966 millions d’euros, quand le Var a perdu 358 millions d’euros. Des conséquences encore sous-estimées : les dégâts des feux de forêts en particulier ne sont pas comptabilisés, à l’image de celui qui a ravagé 750 hectares aux portes de Marseille début juillet. « L’impact économique total va bien au-delà des dégâts physiques, écrit la principale autrice de l’étude, Sehrish Usman, chercheuse à l’université de Mannheim en Allemagne, accompagnée par deux économistes de la Banque centrale européenne. Les vagues de chaleur par exemple, causent par essence peu de dégâts physiques mais peuvent réduire de manière substantielle les heures de travail et la production. » Au total, la perte pour l’Union européenne est ainsi estimée à 43 milliards d’euros et à 10,1 milliards d’euros pour la France.

    Rail et agriculture doivent s’adapter

    Dans le dernier numéro de sa revue, SNCF Réseau Provence-Alpes-Côte d’Azur pointait déjà une nette hausse des incidents liés aux aléas climatiques dans la région, en particulier pour les fortes chaleurs et les tempêtes, le principal risque restant lié aux inondations. « Nous faisons évoluer nos organisations en termes de surveillance mais aussi nos processus de gestion de crise », indiquait le directeur régional Karim Touati, avec des tournées fortes chaleurs renforcées et des adaptations du réseau, comme des peintures « athermiques » pour les rails. Si de nombreux trains Intercités ont dû être annulés à Marseille cet été, du côté de la SNCF Réseau, les vagues de chaleur n’ont pas eu d’incidence sur les voies principales de la région. Côté voirie, si aucun impact n’est recensé, le schéma directeur adopté en décembre dernier a inscrit la résilience du réseau face au changement climatique dans ses cinq priorités, indique le Département.

    Pour le monde agricole, « la sécheresse a un impact économique énorme », pointe de son côté la présidente de la chambre d’agriculture régionale, Giorgia Lambertin. Si l’on reste loin de la catastrophe de 2022, « nous avons surtout souffert de la canicule de fin juin, suivie du froid en juillet », précise-t-elle, en pointant une faible productivité pour les cultures pérennes. Et d’alerter : « Nous avons de gros soucis sur la pérennité des exploitations qui ne sont pas irriguées », soit 20% de la surface agricole utile en région.

    Jusqu’à 5,2 milliards en 2029

    L’étude publiée ce dimanche vient contredire la dernière note de conjoncture de l’Insee parue le 11 septembre, qui jugeait que « les épisodes caniculaires de 2025 n’auraient pas d’impact immédiat significatif ». L’analyse mettait ainsi en avant une consommation en hausse, pour l’électricité comme pour certains produits rafraîchissants, et prévoyait une augmentation de la production agricole cette année. Le 4 juillet dernier, l’assureur Allianz estimait de son côté que la vague de chaleur du mois de juin coûterait à elle seule 9 milliards d’euros à la France. Mais pour les auteurs de l’étude, ce n’est qu’un début : les répercussions en série des vagues de chaleur de cet été feront grimper la facture au fil des années, jusqu’à atteindre 5,2 milliards d’euros au total en Provence-Alpes-Côte d’Azur d’ici 2029, et 2,5 milliards pour les Bouches-du-Rhône. « Avec la poursuite du changement climatique, ces conséquences vont probablement s’accroître les prochaines décennies », alertent-ils en conclusion.

    « Les conséquences vont probablement s’accroître »

  • « Les feux fréquents bloquent la régénération naturelle »

    « Les feux fréquents bloquent la régénération naturelle »

    La Marseillaise : Nous avons vu plusieurs feux de grande ampleur cet été, comme à Martigues et au nord de Marseille. Comment la nature reprend-elle ses droits après son passage ?

    Laurent Vélasco : Le feu fait partie de la vie des milieux naturels méditerranéens. La sécheresse et la météo ont conditionné les espèces végétales avant et après le feu. Certaines ont des mécanismes de résistance au feu, comme le chêne vert qui repart à la base car ces racines sont protégées. Un rejet de souche qu’on aide en coupant le tronc brûlé. D’autres espèces sont résilientes, comme le pin d’Alep qui a une écorce fine, qui résiste moins à la chaleur. Un coup de chaud et la plante s’assèche et dépérit même s’il reste du vert. En revanche son cône est sérotineux, il pègue en raison de la résine collante qui l’entoure, le protège du feu et les graines à l’intérieur restent vivantes. Le feu fait fondre la résine et fait du semis. Si les conditions sont favorables on obtient un arbre, comme on voit à Martigues et sur l’Arbois. Des espèces d’herbacées émergent rapidement après l’incendie, dès le printemps suivant on a des fleurs grâce aux graines ou aux parties souterraines, et des bourgeons sortent des rhizomes souterrains 8 à 10 jours après un incendie.

    On ne voit pourtant pas beaucoup d’arbres là où a sévi le feu par le passé.

    L.V. : Tout simplement car les feux répétés font qu’il n’y a plus assez d’arbres pour permettre cette régénération. Il faudra attendre beaucoup plus longtemps pour que les adultes au loin dispersent leurs graines et recolonisent les espaces vides. Mais si le feu passe plus d’une fois tous les 20 à 25 ans, la régénération est impossible, ça vaut pour toutes les espèces. Car le feu épuise les ressources naturelles et appauvrit le sol et la biodiversité. Sur le massif de la Nerthe, des zones ont brûlé plus de 5 fois en 60 ans. On observe beaucoup de roches affleurantes, la litière organique nécessaire aux plantes est très faible et la végétation est bloquée durablement au stade de garrigue, le cycle de régénération aussi, faute d’un réservoir de vie suffisant. C’est un cercle vicieux.

    Ne peut-on pas replanter en masse pour casser cette dynamique ?

    L.V. : Cela arrive ponctuellement sur un parc périurbain en interface avec les habitations, par exemple, avec les limites de coût et d’entretien induits. Car quand on plante il faut assurer l’arrosage derrière. Le dynamisme naturel est plus efficace que la main de l’homme, tant en nombre qu’en termes de survie bien meilleur au naturel tout en étant moins cher. Les plantations artificielles sont vouées à l’échec pour contrer ce cercle vicieux à plus grande échelle. La seule solution est le temps long par la reconstitution de l’humus, Ce qui prend plusieurs dizaines à milliers d’années. On ne sait pas le faire à échelle humaine, peu importent les perturbations, mécanique ou chimique. Le seul levier d’action est d’empêcher les feux, particulièrement dans le contexte de changement climatique où l’on s’attend à des saisons sèches et caniculaires à la fois plus fréquentes et longues. Dans cette perspective, on imagine bien que la sensibilité de la végétation au feu va également s’amplifier avec la sécheresse.

    Alors que peut-on faire pour lutter contre les incendies ?

    L.V. : À problème complexe réponse complexe. 90% des feux sont d’origine humaine, dont 60 à 70% sont involontaires, sachant que la pyromanie a régressé par rapport aux années 1980-1990. Du reste, cela signifie ne plus jeter son mégot et ne plus faire de disqueuse ou de barbecue quand on est proche du milieu naturel. C’est très simple, mais trop souvent la cause. Cela pose aussi la question de l’aménagement du territoire pour faciliter la circonscription d’un feu. Mieux vaut des lignes franches que des serpentins entre nature et habitations. L’accessibilité aussi, pour permettre aux pompiers d’avoir de l’eau et d’étouffer au plus vite le feu, car passé une certaine ampleur la lutte est beaucoup plus difficile. Le débroussaillement est primordial pour retarder la progression du feu et garantir la sécurité des pompiers. Les politiques publiques doivent communiquer sur la prévention et accompagner les populations, qui doivent aussi y mettre du leur. C’est une approche globale.