Tag: sécheresse

  • Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Nîmes : la SNCF utilise l’eau usée pour ses travaux

    Sur les chantiers ferroviaires aussi, l’eau devient une question politique. À Nîmes, SNCF Réseau teste une solution encore rare dans le monde industriel : utiliser des eaux usées traitées pour ses travaux. Non pas pour faire boire les machines, mais pour rabattre les poussières, asperger les voies, limiter l’exposition des agents aux particules et maintenir la visibilité quand les engins brassent le ballast. L’idée, résume Marc-Axel Burette, responsable du groupe génie civil au sein du pôle d’ingénierie de SNCF Réseau à Montpellier, est de « faire le lien entre les stations d’épuration qui produisent une eau non potable mais de bonne qualité, et les chantiers ».

    Plutôt que de puiser dans le réseau d’eau potable ou dans les forages, l’expérimentation capte donc une ressource déjà disponible à la sortie des stations d’épuration. À l’été 2025, pendant six semaines, près de 500 m³ d’eau ont été acheminés depuis la station d’épuration de Nîmes jusqu’à la base travaux de SNCF Réseau. Une fois sur place, l’eau passe par un conteneur de traitement conçu par InovaYa, avec filtration et désinfection, avant d’être stockée dans des citernes violettes, couleur conventionnelle de la Reut.

    Une réserve contre la sécheresse

    Pour SNCF Réseau, l’enjeu n’est pas seulement écologique. Il est aussi très concret. En période de sécheresse, les restrictions d’usage de l’eau peuvent mettre un chantier à l’arrêt. Or, sur une opération ferroviaire lourde, une séance perdue peut coûter jusqu’à 1 million d’euros en immobilisation. Même plus chère que l’eau du robinet, l’eau réutilisée devient alors une assurance contre la panne sèche. « Si nous arrivons à sauver ne serait-ce qu’une semaine de travaux, le système peut être rentabilisé pendant des années », estime Marc-Axel Burette.

    L’étape décisive est prévue pour l’été 2026, toujours à Nîmes, avec un chantier de remplacement de voies par suite rapide. L’opération doit se poursuivre en 2027, avant une descente du train-usine vers les Pyrénées-Orientales en 2028.

    Reste un frein de taille : la réglementation. Pour l’heure, chaque usage nécessite des autorisations longues et coûteuses. Car derrière les rails nîmois se dessine un immense gisement : celui des milliards de mètres cubes rejetés chaque année par les stations d’épuration, encore trop peu réutilisés.

  • En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    En Catalogne, des usines de dessalinisation pour faire face à la sècheresse

    Deux cents millions de litres d’eau par jour. C’est la capacité de production de l’usine de dessalement du Llobergat, à Barcelone. Gérée par l’entreprise publique Ens d’Abastament d’Aigua Ter-Llobregat. L’usine permet de diversifier les sources d’approvisionnement en eau, notamment en période de sécheresse. « Lors de la sécheresse de 2021-2025, l’utilisation de l’eau superficielle est passée de 44 à 19% tandis que celle de l’eau dessalée est passée 14 à 23% », détaille Manel Giraldo, directeur des relations institutionnelles à Agües de Barcelona, une filiale de Veolia.

    Mise en service en 2009, l’usine de dessalement du Llobergat distribue de l’eau potable à 154 municipalités catalanes, soit cinq millions d’habitants. « Nous captons l’eau à 2,2 km des côtes, soit à 32 mètres de profondeur. Deux tours de 4m de diamètre récupèrent l’eau qui est envoyée via des canalisations vers la station de dessalement, à plus de 3 km », fait valoir Carlos Miguel, directeur de la station. Le procédé se déroule en plusieurs étapes : un premier traitement par flottation afin d’éliminer les micro-organismes et les algues suivi de plusieurs filtrations dont une par osmose inverse, avant d’être reminéralisée afin d’être consommée. « Sur 100 litres d’eau salée, nous obtenons 45 litres d’eau douce », poursuit Carlos Miguel. Le reste étant rejeté dans la mer. La méthode est louée notamment pour sa complémentarité avec la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). « Lors de fortes pluies, beaucoup de matière est en suspension, la qualité de l’eau du fleuve n’est pas bonne, ce qui fait que les usines de Reut ne peuvent fonctionner. Il faut donc utiliser le dessalement », insiste Carlos Miguel. Si aucun impact sur la faune et la flore marines n’est à relever selon le directeur de l’usine, son coût est néanmoins plus élevé que la Reut. « Alors que l’eau issue de la Reut et d’une station de potabilisation a un coût de 32 centimes le mètre cube, celui d’une usine de dessalement est de 64 centimes », observe Miquel Paraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Deux projets d’usine sont déjà dans les cartons, portant à quatre le nombre d’usines de dessalement en Catalogne.

  • [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    [Entretien] Nassim Ait Mouheb, G-Eau : « La réutilisation ne peut être une solution unique »

    La Marseillaise : Quand on parle
    de réutilisation des eaux usées,
    de quoi parle-t-on exactement ?

    Nassim Ait Mouheb : Généralement, on entend par réutilisation des eaux usées traitées, ou Reut, le fait de récupérer une eau à la sortie d’une station de traitement. Ce sont des eaux urbaines que l’on traite déjà pour améliorer leur qualité avant rejet dans le milieu, que ce soit dans un cours d’eau ou dans la mer. L’objectif, c’est d’en récupérer une partie, selon la réglementation, et d’améliorer sa qualité, notamment d’un point de vue pathogène, pour maîtriser les risques sanitaires avant un réusage. Initialement, cela a surtout été fait pour l’irrigation agricole, mais les usages commencent à se diversifier : nettoyage de voiries, parcs et jardins, golfs. Dans certains pays, on peut même aller jusqu’à une réutilisation indirecte pour l’eau potable.

    Pourquoi cette question revient-elle avec autant de force aujourd’hui ?

    N.A.M. : La pratique existe depuis longtemps, mais les dernières années de sécheresse ont changé le regard. Avec le Plan eau, l’État encourage cette ressource complémentaire aux eaux conventionnelles, qu’elles viennent des nappes ou des cours d’eau. Avant, on y réfléchissait moins parce qu’en France, on était assez gâtés en ressources en eau. Il y avait surtout des cas insulaires, comme Porquerolles ou Noirmoutier, où l’accès à l’eau conventionnelle n’était pas disponible. Là, avec les dernières années, on commence à réfléchir à des solutions pour rendre l’agriculture et les territoires plus résilients.

    La France a-t-elle pris du retard
    sur des pays comme l’Espagne ou l’Italie
     ?

    N.A.M : Oui, ces pays réutilisent davantage d’eau traitée, autour de 10 à 14%. En Espagne, cela tient à la gouvernance de l’eau et à un secteur agricole très fort, avec des besoins importants, notamment dans des régions comme Murcie. Ils ont aussi été confrontés plus tôt que nous à des sécheresses sévères. En France, la réutilisation existait surtout lorsqu’un facteur local rendait l’investissement nécessaire : l’irrigation de golfs, des situations insulaires, ou le maintien d’un secteur agricole sans accès à une autre ressource.

    Y a-t-il des usages plus pertinents que d’autres ?

    N.A.M : Il faut être vigilant, parce que l’eau, en soi, ne se perd jamais. Une eau qui sort d’une station est rejetée dans un milieu. En Occitanie, on le voit bien, ce rejet peut aussi contribuer à maintenir les cours d’eau. Donc il faut réfléchir à l’échelle du territoire : est-ce qu’on peut réutiliser cette eau ? Est-ce qu’il n’y aura pas un impact environnemental ? Ensuite, la question est de savoir si l’on réduit vraiment la consommation d’eau potable. Il faut que ce soit une substitution. Il ne faut pas que ce soit une manière d’avoir une nouvelle ressource et donc d’utiliser encore plus d’eau. Que ce soit pour l’agriculture ou pour les usages urbains, il faut garder cette réflexion de sobriété.

    Y a-t-il des usages de l’eau potable qui deviennent aberrants ?

    N.A.M. : Oui, il y a des usages comme le nettoyage des voiries ou le curage des conduites où l’eau potable peut être substituée. Bien sûr, il faut être vigilant sur la qualité de l’eau, sur les aérosols, sur les risques sanitaires. Mais techniquement, c’est tout à fait possible d’atteindre des qualités permettant d’éviter ces risques.

    L’agriculture est-elle le principal débouché ?

    N.A.M. : Dans le sud de la France, l’été, l’agriculture reste le secteur où les besoins en eau sont les plus importants. Avec le changement climatique et les restrictions, c’est aussi un secteur très exposé. Mais il ne faut pas présenter la réutilisation comme une solution unique. Pour la vigne, par exemple, il faut aussi réfléchir aux choix de cépages, aux pratiques agricoles, aux besoins réels au moment de la plantation. La réutilisation peut faire partie de l’adaptation, mais elle ne remplace pas une réflexion globale.

    Y a-t-il des risques sanitaires
    ou techniques ?

    N.A.M. : Le premier sujet, c’est de s’assurer que la qualité de l’eau correspond aux normes réglementaires, pour ne pas contaminer les cultures. Ensuite, il y a la question de la durabilité du projet. Les systèmes d’irrigation préconisés sont souvent le goutte-à-goutte, parce qu’ils évitent le contact direct de l’eau avec les cultures. L’inconvénient, c’est que ces eaux peuvent être plus chargées et donc boucher ou obstruer les systèmes. Nous, on réfléchit à des solutions, des capteurs, des goutteurs, des préconisations pour les agriculteurs, pour que l’efficience de l’irrigation reste continue. Sur la partie sanitaire, il y a une réglementation, des contrôles et des suivis réguliers. Sur des cultures comme la vigne, du moment qu’on respecte la réglementation, avec des barrières comme le sol, le goutte-à-goutte, les traitements et les suivis, les résultats ont montré qu’il n’y avait pas de transfert de pathogènes dans la partie consommable. Sur les polluants émergents, il y a encore des travaux pour évaluer les risques. De notre côté, pour rendre cette pratique acceptable pour le public, il faut continuer à travailler sur ces questions pour y répondre clairement, avoir des données fiables et communiquer autour.

    Qu’est-ce qui coûte cher dans ces projets ?

    N.A.M. : Comme dans tout projet de transfert d’eau agricole, le transport, le pompage et les réseaux pèsent beaucoup. À cela s’ajoutent les traitements complémentaires, la désinfection, les contrôles et le suivi sanitaire. Le coût dépend aussi de l’adéquation entre la ressource disponible et les besoins. C’est pourquoi certaines études de faisabilité n’aboutissent pas.

    Quelle idée reçue faudrait-il corriger ?

    N.A.M. : Il faut sortir de l’idée que la réutilisation des eaux usées serait une solution simple. C’est une solution intéressante, mais elle doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire. Ce n’est pas la panacée. L’essentiel est de vérifier qu’elle remplace réellement de l’eau potable ou conventionnelle, et qu’elle ne pousse pas à consommer davantage.

  • De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    De l’eau usée traitée au robinet des Barcelonais

    En 2021, la Catalogne est frappée par un épisode de sécheresse intense. Elle durera quatre ans et marqua profondément la région espagnole. « Au pic de la sécheresse, les réserves des cinq barrages étaient de 14%. C’était un moment délicat », raconte Josep Lluis Armentier-Ferrand, directeur de l’agence catalane de l’eau. En effet, alors que sur une période dite « normale » de 56 mois, 3 000 hm3 sont contenus dans les barrages, sur la même période concernant la sécheresse 2021-2025, le volume est passé à 1 500 hm3, soit une baisse de 51%. « L’aquifère alimentant Barcelone est même descendu jusqu’à neuf mètres en dessous du niveau de la mer », poursuit le directeur. Aujourd’hui, le niveau est à peine remonté à zéro mètre.

    Un coup de stress pour les 5,5 millions d’habitants de la métropole de Barcelone. Dès lors, il a fallu innover et mettre les bouchées doubles pour faire face à ce déficit hydrique, amené à se reproduire plus fréquemment sous l’effet du dérèglement climatique. C’est ainsi que les pouvoirs publics ont décidé de miser sur des usines de dessalement (lire ci-dessous) mais également sur la réutilisation des eaux usées traitées (Reut) via les stations d’épuration. Notamment celle de Baix Llobregat -construite au pied du fleuve Llobregat- gérée par Aigües de Barcelona, filiale de Veolia.

    Injection dans l’aquifère

    Capable de traiter 375 000 m3 d’eau par jour, elle est l’une des plus grande d’Europe. « Ici, nous produisons deux qualités d’eau. La première concerne l’usage “pré-potable”, notamment pour l’agriculture, l’augmentation des débits du fleuve ou encore le nettoyage des rues. Le traitement se fait par microfiltration, l’eau passe dans des membranes de 10 micromètres avant d’être désinfectée par rayonnement ultraviolet », détaille Claudia Carbonell, directrice de la station de Baix Llobregat.

    Et c’est là que l’innovation opère. « L’eau traitée va être rejetée 16 km en amont du fleuve Llobregat pour y être mélangée. L’eau sera ensuite acheminée et récupérée par la station de potabilisation de Sant Joan Despi. C’est ce qu’on appelle la potabilisation indirecte », souligne Miquel Peraira, directeur de la qualité de l’eau à Aigües de Barcelona. Ainsi, au plus fort de la crise, pas moins de 1 500 litres ont été injectés dans le fleuve par seconde, représentant jusqu’à 25% de la consommation d’eau de la métropole de Barcelone. Préalablement à cet usage intensif, des tests avaient été effectués en 2019 : sur 376 composés analysés, un seul dépassait la valeur guide, le 1,4 dioxane. « Mais nous avons repéré les deux industries qui déversaient ce polluant et elles ont arrêté », fait valoir Miquel Peraira.

    La station de Baix Llobregat lutte également contre l’intrusion saline. En plus du traitement UV, une partie suivra une filtration par osmose inverse. « Cela permet d’avoir une meilleure qualité de l’eau, qui sera injectée directement dans l’aquifère à 70m de profondeur », reprend Claudia Carbonell. Des procédés novateurs qui ont permis aux Barcelonais de passer la période de sécheresse sans avoir à couper le robinet. « Durant la sécheresse 2021-2025, 70% de l’eau était d’origine naturelle. L’objectif en 2030 est d’inverser ce rapport : 30% d’eau naturelle et 70% d’eau nouvelle, donc il faut augmenter les capacités de production de la région », fait valoir Josep Lluis Armentier-Ferrand.

    Il estime le coût -avec les usines de dessalement- à 2,5 milliards d’euros. De nouveaux projets sont d’ores et déjà sur les rails.

  • Jean-Pierre Squillari plaide pour une meilleure gestion des feux

    Jean-Pierre Squillari plaide pour une meilleure gestion des feux

    Les sapeurs-pompiers des Bouches-du-Rhône ont été sollicités pour 23 départs de feux, ce jeudi 11 juin. C’est dans ce contexte que Jean-Pierre Squillari, maire d’Aubagne (DVG) et ancien lieutenant-colonel des sapeurs-pompiers, alerte sur les « failles » du système de lutte contre les incendies.

    Le bilan de l’été 2025 est là pour rappeler l’ampleur du risque : 481 feux traités entre juin et août dans les Bouches-du-Rhône, 1 095 hectares brûlés, et un incendie aux Pennes-Mirabeau qui avait atteint les quartiers nord de Marseille, en juillet.

    Pour l’élu, ce dernier exemple illustre précisément les défaillances du système. « Le pompier sur place avait demandé des avions, l’état-major de zone l’a refusé. Et le feu est arrivé dans Marseille. C’est très grave », dénonce-t-il. Jean-Pierre Squillari va plus loin : « Ça veut dire que la personne dans son bureau pense mieux juger la situation que la personne sur le terrain. » Une critique directe de la chaîne de décision, qu’il juge déconnectée des réalités du terrain.

    S’adapter au calendrier

    En attendant les deux nouveaux Canadair commandés par l’État (lire notre édition du 5/06) « qui n’arriveront pas avant 2032 », le maire juge le dispositif actuel « insuffisant », plaidant pour des véhicules prépositionnés sur des points stratégiques et un débroussaillement rigoureux autour des habitations, « fait dans les règles », insiste-t-il.

    Car pour Jean-Pierre Squillari, la prévention prime sur la réaction : « Il faut s’adapter en fonction de la météo et des risques, et pas en fonction d’un calendrier », martèle-t-il. Selon lui, le risque ne s’arrête pas à l’été. « En 1973, j’ai participé à l’extinction d’un feu de 3 200 hectares dans le Var, le 4 décembre. L’hiver, les végétaux sont secs, sans sève, et s’il n’y a pas de pluies, mais par contre beaucoup de vents, il y a un risque sévère d’incendies. »

    De plus, l’élu relève une bataille budgétaire qu’il juge récurrente au sein du ministère de l’Intérieur, où les crédits sont partagés entre plusieurs corps. « La plupart reviennent presque toujours à la police. Je regrette que la profession de pompiers ne monte pas au créneau », déplore-t-il.

    Carmen Vollenweider

  • Eaux usées, l’eldorado pour sauver l’or bleu ?

    Eaux usées, l’eldorado pour sauver l’or bleu ?

    Ls joueurs de golf qui évoluent sur le green de La Grande-Motte, dans l’Hérault, savent-ils que leur chère pelouse est arrosée par des eaux usées traitées ? C’est l’une des premières mise en œuvre, en France, d’une technique : la réutilisation des eaux usées traitées (Reut). Et pour cause : alors que la crise de la ressource en eau s’aggrave, gaspiller de l’eau potable sur les parcours du Golf international de la Grande Motte devenait insoutenable. Pour autant, cette réutilisation ne va pas de soi et la France est à la traîne.

    L’Observatoire national des services d’eau et assainissement explique que dans notre pays « la réutilisation des eaux usées traitées demeure très marginale, représentant moins de 1% du volume total des eaux traitées, selon une estimation du Cerema [organisme qui accompagne l’État et les collectivités en matière de défi climatique] dans son document “Réutilisation des Eaux Usées Traitées – Le panorama français” publié en 2020 ». À titre de comparaison, souligne l’observatoire, « certains pays ont développé cette pratique de manière bien plus significative : Israël atteint un taux de réutilisation de 86%, l’Espagne 14% et l’Italie environ 8%. » L’Espagne justement et la Catalogne en particulier ont investi face à une sécheresse endémique (lire notre reportage page 6) grâce au savoir-faire du numéro un mondial de la gestion de l’eau, le groupe privé Veolia.

    Pour revenir sur le green du golf de La Grande-Motte, l’observatoire national des services de l’eau et assainissement juge que « cet exemple illustre bien les défis que soulève la réutilisation des eaux usées, tant sur le plan technique qu’économique ». En effet, la mise en place de la réutilisation des eaux usées traitées doit « garantir une qualité d’eau conforme aux usages publics » et nécessite souvent « des traitements complémentaires, afin d’atteindre des concentrations très faibles en bactéries et en polluants ». Cela peut impliquer « l’installation d’unités de désinfection supplémentaires et exige un suivi sanitaire permanent ». De gros investissements sont donc nécessaires. À Montpellier, la régie publique de la Métropole expérimente un camion itinérant dans cinq communes, équipé d’un système de traitement des eaux usées. Un projet financé par des fonds européens (lire page 7).

    Dépasser le facteur « beurk »

    Pour l’observatoire, « les contraintes, à la fois techniques et économiques, expliquent en partie pourquoi la réutilisation des eaux usées traitées reste encore peu développée en France ».

    Le CNRS planche sur le sujet pour sauter ces obstacles : « Plusieurs équipes de scientifiques du CNRS travaillent sur des technologies innovantes pour s’assurer que cette eau soit propre et sans danger. En Vendée, un projet teste la réutilisation des eaux usées pour produire de l’eau potable. Dans le Gard, un autre programme explore la recharge des nappes phréatiques », précise le centre de recherche. Et de rappeler que d’« ici à 2030, l’ambition du gouvernement est d’atteindre 10% de réutilisation ». Mais prévient le CNRS, « il reste un gros défi : dépasser le “facteur beurk”, une réaction de dégoût à l’idée de réutiliser une eau considérée comme insalubre. L’acceptabilité sociétale de la réutilisation des eaux usées est en effet cruciale pour son succès. »

    Il y a aussi la réglementation. Selon Veolia, « la Commission européenne estime que l’eau traitée pourrait être réutilisée 6 fois plus qu’elle ne l’est actuellement. Le premier règlement a été publié en 2020, et les spécifications techniques en 2024, pour harmoniser les règles et encourager la Reut en Europe. » En attendant, des essais sont mis en œuvre : À Toulouse, le projet Val REU a été lancé en 2023 avec pour ambition de retraiter des eaux usées pour les recycler vers de nouvelles utilisations, comme le nettoyage des voiries, l’alimentation de sanitaires ou l’arrosage des terrains de sports. Un nouveau type de membrane filtrante et durable, Neophil, est mis en service lors de cette opération. Une expérience est également menée avec le Stade Toulousain, pour l’arrosage de ses terrains de rugby.

    De son côté, la commune d’Argelès-sur-Mer, utilise le procédé Reut pour l’agriculture de cette commune située dans les Pyrénées-Orientales, un département frappé par une sécheresse depuis plusieurs années.

    Coût élevé, acceptation sociale, entretien, contrôles sanitaires accrus. La réutilisation des eaux usées traitées rencontre des freins objectifs. Cette technique doit faire partie du panel de solutions pour protéger la ressource en eau mais sans accroître sa consommation. C’est l’alerte de Nassim Ait Mouheb, directeur de recherche à l’Inrae, au sein du laboratoire G-Eau à Montpellier (lire ci-contre son entretien). Pour lui « cette solution doit être pensée de manière systémique, avec la sobriété, les autres solutions d’adaptation et les besoins du territoire ».

  • En Occitanie, l’agriculture en quête d’un second souffle

    En Occitanie, l’agriculture en quête d’un second souffle

    N’en déplaise à Pascal Praud et sa clique de climatosceptiques, le dérèglement climatique est un fait bien réel, en témoignent les fortes chaleurs de ces derniers jours, inimaginables pour un mois de mai. Ce dérèglement se traduit par des épisodes climatiques plus intenses et plus fréquents, notamment des périodes de sécheresses. Obligeant certaines professions à réinventer ses modes de production, sous peine de disparaître. C’est le cas des agriculteurs, aux premières loges de ce dérèglement. « L’augmentation des températures et l’évapotranspiration plus importante impactent les cultures. Chacun essaye de s’adapter en fonction de son territoire, de son fonctionnement. Dans le pastoralisme, beaucoup vont au Mont Lozère pour mettre leurs bêtes au frais pendant 15 jours, 3 semaines. Pour ceux qui traient à l’année, les bêtes sont dehors toute la nuit. En maraîchage, face aux fortes températures, les produits susceptibles de se faire brûler seront couverts, mis à l’ombre », détaille Dominique Soullier, secrétaire de la Confédération paysanne héraultaise.

    La relégation de l’écologie et de la défense de l’environnement au second plan par nos responsables politiques ne risque pas d’inverser la tendance du dérèglement climatique. « À la vitesse où ça va, que faire ? Nous, paysans, sommes seuls. Quand est-ce que les collectivités territoriales vont s’apercevoir qu’il y a une grosse problématique avec l’agriculture méditerranéenne. Avec toute la matière grise que l’on a à Montpellier, nous avons besoin de nous mettre autour d’une table et d’avoir une réflexion collective afin d’amener des réponses sur le devenir de l’agriculture méditerranéenne dans 5, 10, 15 ans », poursuit Dominique Soullier.

    Des pistachiers et grenadiers

    Et l’agriculteur d’envisager plusieurs pistes de réflexion. Notamment sur la culture. « Nous sommes en train de voir mourir une filière, la viticulture, qui a besoin d’être remplacée. Car ce n’est pas en mettant des bassines de rétention que cela va changer la donne pour le vigneron, qui a besoin de revenu plus que d’eau. Il faut repenser l’agriculture méditerranéenne. On pourrait planter des pistachiers, des grenadiers ou encore des caroubiers, des plantes qui consomment beaucoup moins d’eau et qui pourraient être cultivées ici. Mais il y a besoin d’organiser la filière », insiste Dominique Soullier. Des idées que le syndicaliste aimerait être mises au débat. Mais il semblerait que taper sur l’interdiction de pesticides est plus porteur électoralement.

  • [EQDD] Le temps de l’adaptation

    [EQDD] Le temps de l’adaptation

    Si la réduction des émissions de gaz à effet de serre demeure une priorité absolue dans la lutte contre le changement climatique, elle ne suffira pas à contenir l’inévitable : des phénomènes extrêmes plus intenses et plus fréquents. Inondations, cyclones, vagues de chaleur, fonte des glaciers, montée du niveau des mers, sécheresses… autant d’effets face auxquels il nous faut réduire notre vulnérabilité. Autrement dit, l’atténuation du changement climatique – qui consiste à agir sur ses causes – doit s’accompagner d’une démarche d’adaptation pour nous protéger de ses conséquences.

    Avec sa géographie contrastée, entre territoires métropolitains et ultramarins, la France est exposée à l’ensemble des risques climatiques. Des risques auxquels nous sommes, d’ores et déjà, toutes et tous vulnérables. Cet hiver encore, des crues exceptionnelles ont déclenché des alertes sur une vaste portion du territoire, tandis que le bilan climatique de 2025 classait l’année parmi les plus chaudes jamais enregistrées. Et cet été, le retour attendu d’El Niño – phénomène périodique qui affecte les précipitations et les températures à l’échelle mondiale – fait craindre un nouvel épisode de chaleur.

    À l’heure où l’État se prépare à une hausse de +4°C sur le territoire par rapport à l’ère préindustrielle – synonyme de sécheresses en série, de températures pouvant atteindre 50 degrés, de dix fois plus de jours de vagues de chaleur ou encore d’un risque de feux de forêts généralisés – il n’a jamais été aussi important de montrer comment nos territoires s’adaptent, concrètement, à un climat qui change. Comment ils se protègent – déjà – face aux impacts. Comment nous transformons nos manières d’habiter, de produire et de travailler. Et, plus largement, comment nous apprenons à vivre avec ces bouleversements, en développant une nouvelle culture du risque.

    C’est précisément cette réalité que ce supplément propose d’explorer. À l’initiative de Sparknews, 55 titres de la presse quotidienne régionale se rassemblent pour donner à voir les initiatives de citoyens, d’associations, d’entreprises et de collectivités qui, partout en France, inventent déjà de nouvelles façons de s’adapter à cette nouvelle réalité climatique.

  • [EQDD] Alpages sentinelles : plus de 20 ans d’études du changement climatique sur les alpages

    [EQDD] Alpages sentinelles : plus de 20 ans d’études du changement climatique sur les alpages

    Né après la sécheresse des années 2000 dans le Parc national des Écrins, il s’est étendu à plusieurs massifs alpins, dont le Parc naturel régional du Mont-Ventoux. Les chercheurs observent l’évolution de la végétation, du climat et des troupeaux afin d’aider les éleveurs à adapter leurs pratiques face à la hausse des températures et aux sécheresses. Sur le Ventoux, des parcelles protégées permettent de comparer les effets du pâturage sur l’herbe et la biodiversité. Les études montrent des changements dans les espèces végétales, certaines progressant, d’autres régressant malgré des pratiques plus prudentes. Ces résultats interrogent les modes de pâturage actuels et soulignent la nécessité de trouver un équilibre entre activité pastorale, biodiversité et adaptation au changement climatique.

    Par Laure Néron Vaucluse Matin

  • En Occitanie, des nappes phréatiques bien rechargées

    En Occitanie, des nappes phréatiques bien rechargées

    « Les précipitations hivernales et printanières ont permis une recharge efficace des aquifères du département de l’Hérault. Dans l’ensemble, les niveaux des nappes sont au-dessus des moyennes en cette fin de printemps. Les restrictions d’usages sur les aquifères étant fonction de leur état de remplissage, ces restrictions devraient être limitées dans les semaines à venir, par rapport à celles observées les années précédentes », assure Perrine Fleury, hydrogéologue pour le bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) en charge du périmètre de l’Hérault.

    « Toutefois, en ces périodes de très forte chaleur, le suivi des nappes se poursuit afin de qualifier l’évolution des situations dans les semaines et mois à venir, en effet le tarissement des nappes risque de s’accélérer en lien avec l’augmentation des prélèvements », précise tout de même cette dernière, au regard des épisodes de forte chaleur prévus avant l’été.

    Pour rappel, les restrictions d’usage de la ressource en eau ont été levées par la préfète de l’Hérault Chantal Mauchet en février 2026, après des épisodes pluvieux très encourageants.

    Après plusieurs années marquées par des sécheresses répétées et des restrictions d’usage parfois sévères, l’Hérault aborde l’été 2026 dans une situation hydrique plus favorable.

    Les pluies abondantes de l’hiver et du printemps ont permis de recharger efficacement les nappes phréatiques du département, poussant même la préfecture à lever dès février dernier les restrictions d’eau en vigueur. Une amélioration saluée par les spécialistes, qui restent néanmoins prudents face aux épisodes de fortes chaleurs déjà annoncés pour les prochaines semaines.

    Une situation meilleure, mais encore fragile

    Pour Guillaume Latgé, hydrogéologue, les pluies importantes enregistrées ces derniers mois ont permis de sortir d’une situation particulièrement critique. « On a eu une recharge pluviométrique nettement plus importante que les moyennes habituelles en fin d’année dernière et en début d’année, avec des épisodes assez conséquents et répétés qui ont permis une recharge efficace de la plupart des aquifères », explique-t-il. Résultat : les nappes affichent aujourd’hui des niveaux « modérément hauts », voire localement « hauts », une situation qu’il qualifie de « plutôt favorable par rapport à d’habitude ».

    Cette amélioration tranche avec les années précédentes, marquées par l’accumulation des déficits hydriques. Dans certains secteurs de l’Hérault, notamment dans les hauts cantons et la vallée de l’Orb, des communes avaient dû être approvisionnées par camions-citernes pour faire face au manque d’eau potable. « A priori, cette année, on ne devrait pas se retrouver dans des situations aussi critiques », estime l’hydrogéologue.

    Mais ce répit pourrait rester temporaire. Car la situation dépend désormais largement des précipitations à venir et surtout des températures estivales. « S’il ne pleut pas du tout, la situation va quand même s’aggraver un petit peu », prévient Guillaume Latgé, qui rappelle que certains aquifères disposent de faibles capacités de stockage et peuvent rapidement retomber en tension.

    L’hydrogéologue alerte également sur les conséquences du réchauffement climatique. « Les scientifiques mettent en évidence des étés de plus en plus chauds, de plus en plus précoces, avec des périodes de fortes chaleurs plus longues », souligne-t-il. Ces épisodes accélèrent la consommation d’eau par la végétation mais aussi par les usages humains. « On va vers des situations de plus en plus tendues si la météorologie continue comme ça », conclut-il.

    Si les restrictions d’eau devraient donc rester limitées à court terme, le département de l’Hérault demeure sous surveillance à l’approche de l’été.