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  • Volontaires : au feu sans compter leurs heures

    Volontaires : au feu sans compter leurs heures

    À 18h42, le bip arrache Léa à son café. Aide-soignante dans un Ehpad le jour, elle enfile en moins de deux minutes le pantalon de feu suspendu à son casier, lace ses bottes sans un mot. « Quand ça sonne, je pars. On ne réfléchit plus, le corps sait. On parlera après », lâche-t-elle en grimpant dans le fourgon. Ce soir, c’est un accident sur l’A9. Il y a trois ans encore, cette trentenaire originaire de Codognan ignorait tout des gestes de secours. Une soirée portes ouvertes au centre de secours, une discussion avec un voisin volontaire, et la bascule : « Je voulais que mon engagement serve à quelque chose de concret, pas juste à mon salaire. »

    Le lendemain matin, épuisée, elle retrouve à la caserne de Nîmes deux autres visages de ce même engagement : Karim, agent communal de 43 ans, et Julien, cuisinier dans un lycée. Trois métiers, trois vies, une même ligne rouge : rester disponibles lorsque le feu prend de l’avance. Une discipline qu’ils partagent avec près de 2 800 sapeurs-pompiers volontaires dans le Gard. Aux côtés de 717 professionnels, ils représentent à eux seuls plus des trois quarts des effectifs opérationnels du département.

    C’est sur ces épaules que repose l’essentiel de la réponse quand, l’été venu, la menace change d’échelle. Le mistral pousse les flammes, la fumée avale l’horizon et les heures se dilatent sous les casques. Les volontaires montent alors dans les fourgons après une journée de travail, sacrifient un week-end, écourtent un repas de famille. « On peut partir pour deux heures et rentrer le lendemain », résume Karim. Son employeur le libère lorsqu’il le peut ; dans les petites entreprises, l’absence pèse davantage.

    Mais le quotidien des volontaires ne se résume pas aux colonnes de fumée. Léa a vite été éloignée des images de héros qui accompagnent parfois la vocation : malaises, chutes, accidents et détresse sociale composent l’essentiel des sorties. « On entre parfois chez des gens qui n’ont vu personne depuis plusieurs jours. Avant de soigner, il faut rassurer. » Le feu laisse d’autres souvenirs : la chaleur qui traverse la veste, le craquement des pins, les braises qui franchissent une route que l’on croyait sûre. Pour affronter l’un comme l’autre, les heures de formation et les exercices s’accumulent. Dérouler les tuyaux, reconnaître les vents ou porter une victime ne s’improvise pas. « Il faut que les gestes reviennent même lorsque la fatigue et la peur brouillent tout », souffle Léa.

    Des vies réglées sur le bip

    Julien, lui, a appris à vivre au rythme du planning qu’il remplit chaque mois, disponibilité par disponibilité. À 51 ans, il compte près de vingt années de volontariat, et sa femme reconnaît le bip avant lui. « Pour un accident, elle s’inquiète. Pour un feu de forêt, elle ne dort pas. » Avec le temps, dit-il, il a aussi appris à moins foncer : « Avec l’âge, on lit mieux le terrain. Le courage, c’est aussi savoir quand reculer. »

    Cette expérience ne sera pas de trop : depuis le début de l’été, les sapeurs-pompiers du Gard ont déjà fait face à 508 feux, ayant parcouru 836 hectares. Dans les périodes les plus sensibles, jusqu’à 150 pompiers supplémentaires peuvent être mobilisés chaque jour. Autant de congés déplacés, de journées de travail abandonnées, de familles qui attendent. Une trentaine de centres de secours seulement couvrent ce vaste territoire exposé aux feux, aux inondations et aux accidents, et dans certaines casernes, chaque départ devient un calcul : qui peut quitter son travail, garder les enfants, remplacer le collègue déjà mobilisé ?

    Pourtant, aucun ne parle d’abandonner. Léa évoque les silences dans le camion après une intervention difficile. Karim, les repas interrompus et repris froids à deux heures du matin. Julien, cette main serrée par un habitant dont la maison venait d’être sauvée. « On ne fait pas ça pour être des héros, dit-il. Quand tout le monde recule, il faut bien que quelqu’un avance. » Mais derrière l’uniforme, le modèle tient sur des équilibres fragiles : la compréhension des familles, la bonne volonté des employeurs et des volontaires toujours plus sollicités. Lorsque l’un d’eux part plusieurs heures, un atelier, une mairie ou un service tourne parfois avec une personne en moins. Face à des incendies plus intenses, leur engagement demeure une force. Pourtant, à mesure que les étés s’embrasent, les épaules qui portent le système deviennent toujours plus rares.

  • Incendie du Gros Bessillon : la course contre la montre face au feu se double d’une traque aux incendiaires

    Incendie du Gros Bessillon : la course contre la montre face au feu se double d’une traque aux incendiaires

    Lundi et mardi se sont avérés plus calmes, mais non moins engagés dans la lutte contre la reprise de l’incendie du Gros Bessillon, qui n’a pas progressé et dont le bilan est de 1 850 ha parcourus. Une baisse des températures et du vent, et un air plus humide ont permis aux 1 250 sapeurs-pompiers engagés mardi de traiter les lisières et les points chauds.

    Un accusé avoue un départ de feu, 6 enquêtes ouvertes

    Un travail qui va se poursuivre mercredi avec le même engagement, car les heures sont comptées avant une journée de jeudi qui s’annonce périlleuse, avec des températures en hausse et le retour du mistral. D’autant plus que les sapeurs-pompiers doivent également lutter contre les incendiaires. Un homme de 23 ans, mis en examen pour une dizaine de départs de feux, a avoué être à l’origine de l’une de celles du 24 juillet.

    Par ailleurs, « deux nouveaux départs de feu dont l’origine volontaire est peu contestée », d’après le préfet du Var Simon Babre, ont été signalés dans la nuit de lundi à mardi, à Montfort-sur-Argens et Barjols. Celle du 31 juillet pourrait aussi l’être, toujours selon le Préfet. Depuis le 24 juillet, six départs de feu sont soupçonnés d’être d’origine volontaire, mais « rien ne permet de les relier entre eux », détaille le commandant de la Gendarmerie du Var Grégory Goumain, qui précise que six enquêtes distinctes ont été ouvertes.

  • Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Une « importante reprise » du feu à Bayons, celui de Thorame ne progresse plus

    Les pompiers rencontrent des difficultés en raison d’un relief « dangereux, marqué par des chutes régulières de pierres, de matériaux incandescents et de blocs rocheux. Ces conditions représentent un risque majeur et favorisent la propagation du feu », a regretté le Sdis. L’ONF a fourni un bulldozer aux pompiers, qui l’utilisent ce mercredi matin pour prolonger une piste. Le feu de Thorame-Basse n’a lui plus progressé depuis lundi, sa surface brûlée restant stable à 21 hectares. Les pompiers surveillent « toute reprise » et poursuivent leur « travail acharné » sur les deux incendies.

  • Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la lutte continue contre les feux

    Dans les Alpes-de-Haute-Provence, la lutte continue contre les feux

    Les pompiers continuent à lutter « sans relâche » contre les deux incendies survenus ce week-end, qui avaient parcouru 82 hectares à Bayons et 21 hectares à Thorame-Basse, lundi en fin de journée.

    Si le feu survenu à Thorame-Basse ne progresse plus, celui de Bayons continue à se répandre. Environ 60 sapeurs-pompiers et 30 engins traitaient lundi les différents foyers encore en activité. Leur travail a permis d’éviter toute propagation vers les zones habitées. Un sapeur-pompier a été légèrement blessé au cours des opérations.

    Les soldats du feu travaillent à Bayons dans « un environnement particulièrement exigeant, caractérisé par un relief très escarpé, de forts dénivelés et des secteurs difficilement accessibles. Ces conditions imposent des progressions lentes et complexes, aussi bien pour les moyens aériens que pour les personnels engagés à pied », a indiqué le Service départemental d’incendie et de secours (Sdis).

    Des renforts envoyés

    Trente sapeurs-pompiers étaient par ailleurs mobilisés lundi à Thorame-Basse, dans une dizaine d’engins. « Ils y sont renforcés par un moyen aérien de la sécurité civile afin d’acheminer du personnel et matériel au sommet du feu. L’équipe feu tactique a travaillé dimanche soir à limiter la progression du sinistre sur son flanc gauche », a relaté le Sdis. Un groupe d’intervention feux de forêt des Alpes-Maritimes ainsi que des moyens aériens nationaux y ont également été envoyés en renfort. « Le sinistre a évolué dans un secteur particulièrement difficile d’accès, au sein d’un relief escarpé, rendant les opérations de lutte particulièrement complexes », comme à Bayons, a constaté le Sdis 04.

  • Les syndicats dénoncent des défaillances structurelles

    Les syndicats dénoncent des défaillances structurelles

    En avril 2024, le ministère de l’Intérieur, alors dirigé par Gérald Darmanin, lançait le Beauvau de la sécurité civile, une large concertation nationale censée faire évoluer le modèle français « pour mieux l’adapter aux enjeux climatiques, technologiques et sociétaux ». Deux ans et quatre changements de gouvernement plus tard, ce modèle semble plus que jamais à bout de souffle.

    « Nous sommes au bout de ce système, que ce soit en termes de moyens humains ou matériels », affirme Mathieu Manetti, secrétaire départemental du syndicat Sud du Service départemental d’incendie et de secours du Gard (Sdis 30). Il rappelle qu’en France, ce sont les conseils départementaux et les communes qui financent en majorité les Sdis. « Nos conditions de travail sont donc différentes selon les territoires, puisqu’elles dépendent de la richesse des Départements, explique-t-il. Le Gard est un département pauvre, mais nous avons de la chance d’avoir une bonne volonté politique. » Il ajoute que le nombre d’interventions ne cesse d’augmenter, avec une hausse de 10% cette année dans le Gard. « Les interventions augmentent mais le financement ne suit pas, dans un contexte où le budget des collectivités ne cesse de diminuer. » Par ailleurs, certains sapeurs-pompiers professionnels ne sont pas payés durant l’intégralité de leurs heures de garde. « Dans le Gard, nous sommes rémunérés en heure pour heure dans presque toutes les casernes. En revanche, dans les Bouches-du-Rhône par exemple, beaucoup sont en 24h comptées 16 ou 17 heures », déplore le syndicaliste.

    Toujours dans le Gard, Sébastien Perrier, président départemental du Syndicat autonome SPP-PATS, attire l’attention sur une autre difficulté. « Avec l’actualité, nos confrères ont besoin de renfort en Gironde. Seulement, dans beaucoup de départements, les pompiers professionnels doivent obligatoirement avoir un contrat de volontaire pour partir en renfort. Cela revient à ce que certains d’entre eux posent des congés pour travailler, c’est absurde. » Une actualité qui pose aussi la question des risques pour la santé. « Depuis peu, l’état reconnaît deux types de maladies professionnelles pour les pompiers, explique Mathieu Manetti. Cependant, certains pays du Nord en reconnaissent une vingtaine. »

    La crise des pompiers volontaires

    En France, les sapeurs-pompiers volontaires (SPV) représentent environ 80% des effectifs de la sécurité civile. Selon Eric Bonijoly, secrétaire du syndicat Sud Sdis 34, « l’utilisation du volontariat à outrance est commune à tous les départements. Cependant, les SPV cumulent généralement une deuxième activité. Cela peut donc se ressentir dans la fatigue des agents et représenter, parfois, un danger pour eux et leurs collègues. »

    De son côté, Bernard Pedrotti est référent départemental du Syndicat des sapeurs-pompiers volontaires de France (SSPVF) dans l’Hérault. Il explique : « Il faut différencier deux sortes de SPV. Il y a des volontaires fixes, en caserne, qui sont en quelque sorte professionnalisés et qui effectuent des gardes de 24 heures. Et puis il y a le maillage des volontaires dans les villages, qui sont payés uniquement à l’heure d’intervention quand on les bipe. Ce sont eux qui sont la véritable puissance de la protection civile. Or, les SPV n’ont pas de dispositif de retraite sérieux. Ils bénéficient seulement de la Prestation de fidélisation et de reconnaissance, au bout de vingt ans de service. S’il y a moins de vocations, c’est parce qu’il faut donner beaucoup de sa personne contre trop peu de reconnaissance. »

    Selon Sébastien Perrier, l’accumulation de ces problèmes structurels se traduit dans l’actualité mais n’est pas nouvelle. « On va laisser passer la saison avant de donner rendez-vous aux pompiers dans la rue. Les troupes sont exaspérées, donc la rentrée sociale s’annonce bouillante », prévient-il.

  • Forte mobilisation pour contenir l’incendie du Gros Bessillon ce week-end, 1850 hectares parcourus depuis vendredi

    Forte mobilisation pour contenir l’incendie du Gros Bessillon ce week-end, 1850 hectares parcourus depuis vendredi

    Le feu n’est pas encore fixé, mais la situation s’améliore dans le massif du Gros Bessillon. Après une journée cataclysmique vendredi, durant laquelle 1 000 hectares ont été parcourus en quelques heures suite à une reprise du feu au sud-est de Correns, le travail des 1 500 sapeurs-pompiers a permis de limiter sa progression. Notamment grâce aux 675 largages effectués par les canadairs, avions Dash et hélicoptères bombardiers d’eau, dont 450 samedi, « un record », précisait le préfet du Var, Simon Babre. Des brûlages tactiques ont aussi été opérés pour éviter de donner du combustible à l’incendie. L’objectif principal : sécuriser les points chauds et éviter toute potentielle reprise. Deux ont eu lieu dimanche en début d’après-midi mais ont été rapidement traitées, offrant une fin de journée plus calme.

    Un travail dans la continuité de celui mené samedi, journée durant laquelle le principal combat a peut-être été gagné, a minima de manière provisoire. Après une nuit de vendredi durant laquelle les sapeurs-pompiers avaient déjà procédé à des brûlages tactiques, l’après-midi était particulièrement redoutée avec un mistral et une chaleur intenses. Ce qui laissait craindre que le feu au sud de Correns ne franchisse une nouvelle vallée, et ne rejoigne un autre massif, ce qui aurait menacé les communes de Montfort, le Val, Vins-sur-Caramy et 3 000 à 4 000 hectares supplémentaires. Et déjà, la sécurisation des points chauds avait été fructueuse.

    Nouvelle journée à risque lundi

    Dimanche soir, le bilan était de 1 850 hectares parcourus. Au vu de l’accalmie, l’ensemble des mesures d’évacuation et de confinement avaient été levées, et les axes routiers rétablis. « Mais de nouvelles mesures pourraient être prises », prévient le préfet.

    Car lundi, ce dernier craint une nouvelle journée périlleuse, avec « un fort vent de sud-est et des rafales à 50 km/h ». « Les 1 500 pompiers mobilisés restent sur place », ajoute le directeur du Sdis 83 Eric Grohin. Par ailleurs, la gendarmerie a mené « une action forte en matière de sécurité », précise Simon Babre, avec plus de 500 contrôles effectués quant au transport, interdit jusqu’à ce lundi, de dispositifs allume-feu, tandis qu’une mise à feu volontaire, rapidement contrôlée, a été déplorée du côté du Muy.

  • Var : 1800 hectares parcourus par le feu depuis vendredi mais le pire évité dans le Gros Bessillon

    Var : 1800 hectares parcourus par le feu depuis vendredi mais le pire évité dans le Gros Bessillon

    Samedi soir, Simon Babre, le préfet du Var, ne boudait pas sa satisfaction, qualifiant de « véritable exploit » la capacité des sapeurs-pompiers à contenir la progression de l’incendie du massif du Gros Bessillon, qui a connu une reprise vendredi en début d’après-midi à l’ouest de la commune de Correns, parcourant 1000 hectares en quelques heures. Car leur mobilisation au nord de la commune du Val a permis d’éviter que le feu « ne franchisse de nouvelles vallées et ne rejoigne un autre massif boisé, ce qui l’aurait conduit a épouser le couloir de feu du grand incendie de 1965, menaçant 3 à 4000 hectares supplémentaires. »

    Durant la nuit de vendredi à samedi, 1300 sapeurs-pompiers s’étaient échinés à défendre les secteurs les plus exposés à Correns et Montfort-sur-Argens, les deux communes les plus menacées, et à freiner la progression de l’incendie. 250 hectares supplémentaires avaient néanmoins été parcourus au matin, dont une partie sous l’effet de brûlages tactiques pour éviter que l’incendie ne s’étende plus tard, avant une après-midi particulièrement redoutée pour la chaleur annoncée et la violence du mistral. 1500 sapeurs pompiers étaient ainsi mobilisés, avec 4 Canadairs ; 2 avions Dash et 5 hélicoptères bombardiers d’eau (2 du Conseil départemental, 2 européens, 1 du ministère des Armées).

    « La stratégie fixée hier soir, qui a été respectée toute la nuit, de traiter les points sensibles, de rouvrir la route vers Correns et de mettre en place un verrou avec de nombreux sapeurs-pompiers au sol pour éviter que les massifs qui avaient déjà été parcourus par les flammes ne communiquent avec un autre massif qui menacerait trois communes plus au sud du feu actuel [Montfort, le Val, Vins-sur-Caramy, NDLR], reste d’actualité », annonçait le préfet en début d’après-midi. Sept nouvelles habitations ont néanmoins été touchées par les flammes.

    1800 hectares parcourus, focus sur le nord du massif dimanche

    La lutte aura une nouvelle fois été intense, et plusieurs centaines d’habitants du Val ont dû être évacués en direction de Brignoles en milieu d’après-midi. La population de Correns a également été accompagnée. Une livraison de 450 repas, fournis par le Conseil départemental du Var, a pu être effectuée, l’axe routier avec le village ayant été rétabli, afin de répondre aux besoins des personnes mobilisées et des habitants concernés. Par ailleurs, une citerne d’une capacité de 30 m³ a été mise à disposition par l’Organisation des transporteurs routiers européens (OTRE) afin de renforcer les moyens nécessaires sur le secteur. Enfin, 15 000 masques ont été acheminés grâce à l’appui de l’Agence régionale de santé (ARS) et du Centre hospitalier intercommunal Toulon-La Seyne (CHITS) afin de renforcer les moyens de protection disponibles pour la population et, si nécessaire, pour les services de sécurité et de secours engagés dans les opérations.

    Le soir, les dégâts avaient ainsi été limités, « grâce à 450 largages, ce qui est un record, et un chiffre qui explique pourquoi le feu, qui n’est pas du tout fixé ce soir, est stabilisé », annonçait le préfet, qui faisait part d’un bilan de 1800 hectares parcourus depuis vendredi, pour un total de 6300, et un feu contenu dans son enveloppe. « C’est une bataille remportée ce soir mais pas la fin de la guerre », mettait-il en garde, appelant à la « prudence car le vent tournant et vérité d’un soir n’est pas celle du lendemain matin. »

    Car ce dimanche, ce « feu toupie » va une nouvelle fois changer de direction, sous l’influence d’un vent du sud, après deux jours de mistral. « L’objectif sera de traiter le nord du brasier ce soir pour éviter que le feu ne menace de nouvelles étendues au nord du Gros Bessillon là où feu a commencé il y a douze jours », concluait Simon Babre, au terme d’une nouvelle journée éprouvante, qui ne sera certainement pas la dernière.

    La bonne nouvelle de la soirée : les habitants de Montfort ont été autorisés à rentrer chez eux, et les mesures de confinement du village et de Correns ont également été levées.

  • Le feu reprend à l’ouest de Correns dans le Var

    Le feu reprend à l’ouest de Correns dans le Var

    Le feu n’est pas encore maîtrisé et la prudence reste de mise. La mise en garde des autorités, au moment d’annoncer que l’incendie du massif du Gros Bessillon était fixé, mardi en fin de journée, alors que 4 500 hectares avaient été parcourus par les flammes, s’est révélée plus qu’un simple principe de précaution.

    Une reprise du feu a effectivement eu lieu, vendredi après-midi, peu avant 14h, à l’ouest de la commune de Correns, « attisée par un Mistral violent, avec des sautes de feu en direction de Montfort-sur-Argens », annonçait la préfecture du Var. « Nous avions anticipé une journée à risque avec un mistral menaçant et des rafales à près de 40 km/h, la sécheresse et des températures caniculaires, avoisinant les 40 degrés », déclarait le préfet du Var, Simon Babre, lors d’un point presse en début de soirée.

    Un avion avait ainsi été déployé « en guet aérien armé, pour survoler le Var en permanence et détecter toute fumée suspecte afin de pouvoir rapidement agir avec du retardant et de l’eau », précisait-il. C’est ce dispositif qui a permis de repérer la reprise.

    Les accès coupés

    Deux Canadair étaient restés prépositionnés à l’aéroport de Hyères et ont pu être mobilisés rapidement, aux côtés 250 sapeurs-pompiers et 4 hélicoptères bombardiers d’eau. Des moyens vite renforcés (700 pompiers, 6 hélicoptères bombardiers d’eau, 8 Canadair, 2 avions Dash, 40 gendarmes), en plus des forces disposées sur l’autre flanc du feu, plus au nord, en passe d’être maîtrisé.

    Le camping du Grand Jardin, à Correns, et plusieurs quartiers de Montfort-sur-Argens ont été évacués en début d’après-midi. Mais face à la progression de l’incendie, sous l’effet d’un vent qui ne cessait de changer de direction, d’autres quartiers de Montfort, de Correns, du Val, ainsi que l’ensemble du village de Châteauvert ont été évacués, soit un total de 2 500 personnes. Plusieurs axes routiers ont aussi été fermés pour faciliter la circulation des pompiers.

    L’incendie a parcouru 1 000 hectares, en plus des 4 500 déjà parcourus depuis le début de l’incendie, portant le total à 5 500. Correns s’est retrouvé « complètement isolé, l’incendie ayant dévalé les pentes, coupant tout accès au village », ajoutait le préfet, qui considérait toutefois la situation comme « rassurante », les axes routiers étant en voie de rétablissement.

    « On est maintenant sur la défense de points sensibles et quand la situation sera stabilisée, on essaiera de regagner le feu, en remettant des engins autour du périmètre pour le tenir », détaillait le directeur départemental du Sdis 83, éric Grohin, qui annonçait une accalmie du vent et une hausse de l’humidité, favorables à cette entreprise. Avant un retour de conditions défavorables ce samedi, entre vent, chaleur et sécheresse. Un arrêté préfectoral a été pris pour interdire le transport de carburant et de briquets de type allume-gaz sur tout le département, de vendredi à lundi, 8h. L’accès à tous les massifs forestiers du Var est interdit ce samedi.

  • [Entretien] colonel Sébastien Paletti : « Le Sdis 30 est organisé pour faire face aux risques »

    [Entretien] colonel Sébastien Paletti : « Le Sdis 30 est organisé pour faire face aux risques »

    Le département du Gard est particulièrement exposé aux risques de feux de forêt. Le colonel Sébastien Paletti revient sur la situation actuelle et les évolutions à prévoir pour faire face à la situation.

    La Marseillaise : Vous êtes né dans le Gard et vous y avez déjà effectué une partie importante de votre carrière. Que représente pour vous ce retour à la tête du Sdis 30 ?

    Sébastien Paletti : C’est beaucoup d’honneur, beaucoup de sens et beaucoup de plaisir puisque, comme vous le dites, je suis gardois de naissance et d’origine. J’avais commencé dans un premier temps mon parcours professionnel dans le Rhône et j’ai eu l’opportunité en 2002 de revenir dans le département du Gard au sein duquel j’ai servi pendant 16 ans. C’est un territoire que je connais. Pendant 8 ans, j’ai été amené à occuper d’autres fonctions : j’ai été directeur adjoint du Sdis de Haute-Savoie et j’ai occupé deux fonctions au sein du ministère de l’Intérieur, une de chef de bureau au sein d’un des services de la direction générale de la sécurité civile et puis dernièrement conseiller sécurité civile du ministère de l’Intérieur. Le fait de devenir directeur département de Sdis était un rêve et le faire dans le département qui m’est sans doute le plus cher, c’est très fort en termes d’engagement et de responsabilité.

    Vous revenez dans un département particulièrement exposé aux risques naturels, notamment les incendies de forêt. Quel diagnostic vous faites aujourd’hui de la situation du Gard face à ces nouveaux risques ?

    S.P. : Le département du Gard est un des départements de la façade méditerranéenne les plus exposés aux risques feux de forêt. Le département a construit un partenariat interservices depuis de nombreuses années, piloté par le préfet du Gard, en lien avec le département, la direction départementale des territoires et de la mer, l’ONF, la gendarmerie nationale. Ces partenaires travaillent de concert avec les collectivités locales, en particulier les maires ruraux, pour continuer à préparer le territoire à l’évolution du risque, à travers la défense de la forêt contre l’incendie, l’adaptation des massifs. J’ai constaté que ce partenariat était fort et nous permettait de se préparer au mieux à l’évolution du risque. Concernant le Sdis en tant que tel, il a au cours des dernières années, du fait des investissements, de la gouvernance et de l’appui du département du Gard, significativement renforcer ses moyens en investissant, en louant deux hélicoptères bombardiers d’eau et en renforçant les effectifs de permanence dédiés à la lutte contre les feux de forêt l’été. Donc le Sdis 30 est organisé pour faire face, avec beaucoup d’humilité, à ce risque-là et va devoir continuer à s’adapter.

    Les sapeurs-pompiers alertent régulièrement sur la tension entre l’augmentation des interventions et les moyens disponibles. Vous pensez qu’aujourd’hui le Sdis 30 dispose des ressources nécessaires pour répondre aux besoins du territoire ?

    S.P. : Aujourd’hui le Sdis répond aux besoins du territoire et a su s’adapter, mais il va devoir continuer à s’adapter. Le Sdis c’est 2 700 sapeurs-pompiers dont 730 pompiers professionnels et un peu plus de 2 000 volontaires qui sont mobilisés au quotidien. En matière de feux de forêt, il est important de noter que depuis le début de l’été, nous avons lutté contre plus de 500 feux de végétation, ce qui correspond à environ une dizaine de feux de végétation par jour et ces feux ont détruit à cette date 836 hectares de végétation. Nous avons dû faire face, en raison de risques importants, à plusieurs jours où nous avons lutté contre plus de 30 feux de végétation. Une des forces de la stratégie nationale de lutte contre les feux de forêt est fondée sur l’attaque des feux naissants, plus de 90% des feux de végétation contre lesquels nous luttons parcourent moins d’un hectare et sont traités avec un nombre minimum de moyens, parce que nous pré-positionnons des moyens au plus près du risque, nous avons des hélicoptères bombardiers d’eau qui sont engagés au plus tôt. Tout ça correspond à la mise en œuvre de la stratégie nationale qui, malgré le contexte de la saison feux de forêt que nous vivons, le niveau de risque et la sécheresse historique, porte ses fruits et doit être consolidée.

    Au vu de l’évolution des feux de forêt, de leur fréquence et de leur ardeur, pensez-vous que le Gard va devoir adapter ce modèle de lutte contre les incendies ?

    S.P. : Je pense que notre modèle de lutte contre les feux de forêt, qui est donc fondé sur l’attaque du feu naissant, la solidarité interdépartementale, la complémentarité entre les moyens aériens, les moyens terrestres, la complémentarité entre les moyens nationaux et les moyens locaux, a fait sens et est un modèle qui fonctionne bien. Au-delà des moyens, la vraie question, c’est l’aménagement du territoire : nous devons aménager nos territoires et les rendre plus résilients aux risques de forêt à travers des politiques de défense de la forêt contre l’incendie, à travers des moyens préventifs qui viseront à mieux protéger le territoire, à mieux protéger les citoyens et à faciliter l’action des secours. C’est ça le vrai enjeu des prochaines années.

    Le volontariat semble être une question centrale pour de nombreux Sdis. Comment se porte le Sdis 30 à ce niveau-là ?

    S.P. : Le volontariat est capital pour notre réponse opérationnelle, en complémentarité avec nos effectifs sapeurs-pompiers professionnels. Notre objectif est de faire en sorte que les engagements citoyens de nos sapeurs-pompiers volontaires soient le plus équilibrés possible, pour leur permettre d’être engagés le plus longtemps possible. Le sujet de la fidélisation, c’est le sujet de l’assouplissement, de tout ce qu’on peut mettre en œuvre de façon à ce que les pompiers volontaires souhaitent et soient en mesure de s’engager le plus longtemps possible. Toutes nos ressources sont indispensables aujourd’hui. Quand par exemple, sur le feu en Gironde, près de 3 000 pompiers sont engagés, cette capacité à mobiliser les ressources est liée à une complémentarité entre les professionnels et les volontaires. On travaille donc avec les entreprises et avec les collectivités pour faciliter les conventions, pour faciliter la mise à disposition. Ici comme ailleurs, nous avons besoin de nos pompiers volontaires pour répondre aux attentes de la population.

  • Sécurité civile : l’État ne peut plus jouer avec le feu

    Sécurité civile : l’État ne peut plus jouer avec le feu

    Et si c’était ce signal d’alarme qui déclenche enfin le passage à l’acte ? Tandis que les incendies, attisés par le réchauffement climatique, n’ont jamais autant ravagé la France, le Ceser vient de faire une proposition qui pourrait faire du bruit. Dans un courrier adressé au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Intérieur, le Conseil économique, social et environnemental régional (Ceser) d’Occitanie réclame de toute urgence à l’État « la création d’une filière d’excellence industrielle française pour la sécurité civile ».

    Le président Jean-Louis Chauzy fixe même une deadline au 31 décembre 2026 afin de ne pas subir chaque été la même catastrophe qui a déjà coûté la vie à 4 pompiers français. « Il n’y a plus de temps à perdre (…) La facture 2026 sera très lourde. Les pompiers comme la population s’épuisent. Les vies sont en danger », écrit-il. Joint par téléphone, Jean-Louis Chauzy insiste sur la nécessité de « ne pas laisser le soufflé retomber. Après il y a aura la présidentielle, les législatives… il y aura toujours quelque chose ». Selon lui, le modèle des Canadairs que les Services d’incendie et de secours (Sdis) louent la plupart du temps est obsolète. « On ne peut pas attendre 10 ans pour construire un Canadair et 5 ans pour le réparer. On a les moyens de faire nous-mêmes. » Son idée, c’est de s’appuyer sur le savoir-faire de l’Occitanie (et d’autres régions comme Sud Paca ou Nouvelle-Aquitaine) pour construire ici les avions dont les soldats du feu ont besoin. « On a le premier pôle aéronautique au monde, des ingénieurs et des chercheurs très compétents », fait valoir Jean-Louis Chauzy. Son vœu n’est pas vraiment utopique puisque mardi 28 juillet, il a visité la société « Positive Aviation » à Blagnac qui s’apprête à commercialiser en octobre le premier avion Ecopeur amphibie FF72.

    Une flotte aérienne famélique et obsolète

    Le président du Ceser entend ainsi convaincre l’État, les collectivités, les industriels et les financiers (BPI France, banques…) d’unir leurs efforts pour « faire émerger une filière d’excellence française avec une coopération européenne ». Une manière également de renforcer la souveraineté du pays et de créer des emplois au moment où plusieurs industries vacillent.

    Les feux à répétition subis depuis plusieurs étés sont le signal que « la France doit revoir en profondeur sa stratégie de sécurité civile ». C’est le constat dressé par les députés Sophie Pantel (PS) et Damien Maudet (LFI), coauteurs d’un rapport parlementaire consacré aux moyens aériens de la sécurité civile. La question des moyens, en premier lieu ceux alloués par l’État, responsable de la sécurité, est donc essentielle. Au-delà, ce document conseille de « développer une culture du risque au sein de la population » avec des réservistes dans les communes.

    Il faut dire que le système actuel tient beaucoup au volontariat. Et souffre cruellement de moyens dépassés et insuffisants. « Nous sommes au bout de ce système, que ce soit en termes de moyens humains ou matériels », affirme Mathieu Manetti, secrétaire départemental du Sdis 30. Mardi 28 juillet, le syndicat des sapeurs pompiers volontaires de France (SSPVF) a lancé un appel national à la mobilisation. Il vise à recenser les personnes qui souhaitent « proposer leurs compétences et leur disponibilité pour contribuer, dans un cadre organisé et sécurisé, à l’effort collectif ».

    « Pour une planification

    à long terme »

    Comment de ne pas approuver la démarche quand on connaît le manque de bras. Sans parler de l’état de la flotte aérienne française : 20 bombardiers d’eau soit un de moins que dans les années 1980, 12 Canadairs et 8 Dash. Famélique pour un pays de 69 millions d’habitants où les régions méditerranéennes comme l’Occitanie sont particulièrement exposées aux aléas climatiques. Pour le député LFI de l’Hérault, Sylvain Carrière, le constat est sans appel : « Les moyens n’ont pas évolué au rythme des besoins. » Et ce en raison d’un « manque d’anticipation » et de « volonté politique ». Emmanuel Macron n’a pas seulement enterré la convention citoyenne sur le climat, il n’a pas livré la flotte (16 Canadairs) promise en 2022. Pour les communistes de Béziers, « au-delà de l’émotion, il nous faut aussi comprendre et agir enfin sur la durée. En 2022, 20 000 hectares ont brûlé en Gascogne. Macron avait promis des Canadairs, des coupe-feux, de nouveaux moyens de lutte, une replantation forestière résiliente. Rien ou presque n’a été fait. Les représentants des pompiers et la population le dénoncent », souligne Nicolas Cossange élu d’opposition de la commune. Et de pointer la logique de rentabilité de la forêt gasgonne. « Sur notre territoire, bien que la garrigue soit un écosystème différend, les mêmes logiques de rentabilité nous exposent aux risques d’incendies » prévient-il. Il faut selon lui et son parti, « sortir de cette logique économique » pour « aller vers une planification à long terme des actions de la collectivité et des particuliers. C’est nécessaire pour donner la priorité aux solutions bénéfiques à tous face à la réalisation du profit immédiat ». Un changement sociétal en fait pour faire face au dérèglement climatique.