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  • Laboral Terra : dernier acte d’un combat exemplaire contre l’exploitation agricole

    Laboral Terra : dernier acte d’un combat exemplaire contre l’exploitation agricole

    Ce lundi 6 octobre, la chambre sociale de la cour d’appel d’Aix-en-Provence accueille ce qui pourrait être le dernier acte d’un combat judiciaire entamé, il y a plus de huit ans, par deux travailleuses agricoles contre l’entreprise espagnole de travail temporaire (ETT) Laboral Terra. Employées entre 2012 et 2017 dans les champs provençaux sous le régime du travail détaché, Yasmine Tellal et sa camarade dénoncent un système d’exploitation orchestré par cette société placée en liquidation judiciaire en 2020.

    Le procès vise à faire reconnaître la fraude au détachement et à obtenir la requalification de leurs contrats en CDI. Les plaignantes, soutenues par le collectif de défense des travailleurs étrangers dans l’agriculture (Codetras), demandent aussi des indemnités pour licenciement abusif, maladie non couverte et perte de chance de protection en cas d’accident du travail. Au cœur du dossier : des contrats de mission signés à la va-vite, « parfois sur le capot d’une voiture », souvent sans leur consentement réel, et des déplacements fictifs entre l’Espagne et la France où les deux femmes vivaient et travaillaient depuis des années.

    Dans cette affaire, la justice a déjà reconnu les abus. En 2020, le conseil des prud’hommes d’Arles a condamné l’entreprise pour non-respect du droit du travail : salaires inférieurs au minimum légal, heures supplémentaires impayées, absence de congés payés et de visite médicale, ou retenues frauduleuses sur salaires…

    « Délits de prêt illicite

    de main-d’œuvre »

    Et le jugement a reconnu la responsabilité solidaire des huit entreprises utilisatrices françaises. Au pénal, en 2021, le tribunal d’Avignon a condamné les deux gérants de Laboral Terra à 5 ans de prison, 10 000 euros d’amende et une interdiction d’exercer la mise à disposition de main-d’œuvre.

    Mais, l’enjeu de cette nouvelle audience en appel dépasse les cas individuels. La fraude au détachement doit aussi amener à « la reconnaissance des délits de prêt illicite de main-d’œuvre et de marchandage envers des saisonnières agricoles dont la vulnérabilité économique (et sanitaire) était apparente et connue de l’ETT et des entreprises utilisatrices, constituant une discrimination liée à l’origine et au genre », précise le Codetras.

    La décision pourrait donc faire jurisprudence pour des milliers de saisonniers agricoles confrontés à ces pratiques. Car le statut de travailleur détaché, censé encadrer les missions temporaires au sein de l’Union européenne, est ici détourné pour contourner le droit français. Le Codetras souligne que Laboral Terra n’avait aucune activité agricole en Espagne, se spécialisant dans la mise à disposition de main-d’œuvre précaire en France. Les entreprises utilisatrices françaises sont aussi dans le viseur.

    Ce procès incarne une lutte pour la dignité et la reconnaissance des droits des travailleuses invisibles de l’agro-industrie. Pour Yasmine Tellal, il s’agit d’imposer définitivement une voix trop étouffée par les rouages du travail transfrontalier.

  • Les vendanges pressent les professionnels

    Les vendanges pressent les professionnels

    Pour Clara Fischer, la journée a commencé à 6h30. Depuis ce lundi, premier jour des vendanges, elle n’arrête pas. « Nos journées s’arrêtent quand il n’y a plus de travail », résume-t-elle simplement. Habituellement chargée des assemblages, elle alterne depuis le début de la semaine organisation de la cave, vinification et travail dans les vignes, en compagnie de la première équipe de vendangeurs arrivée sur le domaine du château Revelette. à ses côtés, son frère, Hugo, gère plutôt la partie vigne. « On s’aide mutuellement », précise Clara Fischer.

    En 2023, frère et sœur ont également monté la « Family Fischer » négoce. « Pour contrer les aléas que l’on pourrait avoir, résume Peter Fischer, leur père. L’année dernière, on a perdu 75% de la récolte à cause du gel de printemps. On a décidé d’acheter du raisin pour temporiser un peu le volume », contextualise ce dernier. S’il tente de garder un œil positif sur le marché du vin, il ne cache pas son inquiétude pour les prochaines générations, le vin, « et le monde en général ». « On a un peu écarté l’export des états-Unis. On travaille beaucoup au Canada, c’est un peu en baisse aussi. Heureusement qu’on a de la demande en France », souligne Peter Fischer.

    « C’est plus le dérèglement (climatique) qui fait peur. D’une année à l’autre, ça va être différent. Mais, comme avec mon frère on a connu que ça, on sait que c’est le jeu », estime de son côté Clara. D’ici quelques mois, ce sont Clara et Hugo qui reprendront la main du château Revelette, jusque là dirigé par Peter Fischer, arrivé en 1985.

    Il est occupé, ce mercredi, troisième jour des vendanges, à gérer différents rendez-vous et à superviser la mise en bouteille, programmée depuis un an. Elle n’aurait pas du tomber en saison des vendanges, qui bat un record de précocité cette année, faute au dérèglement climatique. Alors ce jour, c’est double charge de travail au château Revelette. Le domaine appartenait autrefois au père de Sandra Fischer, épouse de Peter Fischer, chargée, elle, du volet administratif. « On a une petite équipe de saisonniers qui est là cette semaine pour les plants les plus précoces. Dimanche, le reste arrive. On va pouvoir attaquer sérieusement la semaine prochaine. En tout, ce sont 18 saisonniers qui viennent pour les vendanges, explique Peter Fischer. Une dizaine est dans les vignes, cinq qui arrivent le week-end et trois font des tâches diverses. On essaie de pas faire plus de six heures par jour, car ce sont des journées très physiques. L’équipe mange dans les vignes, descend ici en fin de journée pour prendre le café ensemble et on fait un jeu de boules, de fléchettes, les cartes… Ils restent un peu ici ». Les vendanges devraient être terminées d’ici fin septembre.

    Quatorze cépages poussent sur le domaine, chacun mûrissant à son propre rythme. Trois vins y sont produits : principalement du rouge (50%), ainsi que du blanc et du rosé (25% chacun), dédiés en partie aux « belles tables de restauration » et aux « bons cavistes ».

    Dans la cour du domaine ce matin-là, des caisses entières de raisin blanc sont rapatriées par tracteur. à quelques kilomètres de là, les saisonniers continuent de tailler le raisin blanc. Alors que 10h du matin sonnent, les travailleurs posent seaux et sécateurs au sol, direction le casse-croûte de la matinée. Dans le lot se trouvent des étudiants, retraités, reconvertis dans le vin ou simplement à la recherche de nouvelles expériences. « Globalement, on avance tranquillement, il y a une bonne ambiance », décrit Yona, 20 ans et étudiante en urbanisme, dont le père a longtemps travaillé dans les vignes. Cette semaine, c’est Jean-Régis Valour, ancien vigneron, qui chapeaute l’équipe. « On arrive encore à trouver des gens du coin, ou qui veulent faire des saisons. Mais c’est vrai qu’il y a beaucoup de prestataires qui se sont montés. On a de tous les âges, des anciens des nouveaux, et des jeunes, c’est mélangé ! (…) Là, on est sur la deuxième remorque, il faudrait qu’on en fasse quatre. »

    Clara elle, fait partie des novices du job. « J’en ai souvent entendu parler, j’ai eu envie d’essayer. L’équipe est géniale, on rencontre des personnes et moi qui viens de Metz, ça me fait découvrir des choses », résume la jeune femme de 20 ans, qui travaille aux côtés de plus expérimentés. « En dix ans, le métier n’a pas tant changé que ça finalement », résume Théo, qui vendange depuis une décennie. « Tous ces profils ne se seraient peut-être pas rencontrés dans un autre contexte de vie, conclut finalement Clara. C’est ça aussi, qui est chouette. »

    « On a de tous les âges, des anciens des nouveaux et des jeunes,
    c’est mélangé ! »