Tag: Révolte

  • [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    La Marseillaise : En avril dernier, vous alertiez dans nos colonnes sur la perte de sens de l’école et le manque de moyens de l’Éducation nationale. La mobilisation lycéenne est-elle la conséquence de cette situation ?

    Pascale Thoirey : Oui, bien sûr. Aujourd’hui, il y a des débordements, mais des jeunes ont des comptes à demander à l’institution. On observe aussi que seuls les manifestants qui dégradent obtiennent des choses. Il n’y a qu’à voir les agriculteurs ou même les gilets jaunes. C’est au moment où les gens commencent à s’énerver très très fort que le gouvernement décide de discuter. Au niveau de la fonction publique, on a toujours des manifestations plutôt calmes, rangées, et il ne se passe rien derrière. Après notre manifestation du 29 septembre, on nous a immédiatement annoncé que le gel du point d’indice était entériné et que 1 500 postes d’enseignants allaient être supprimés. On marche sur la tête. Depuis des années, nous alertons sur la dégradation du service public. Je ne suis pas en train de dire que les jeunes ont le droit de casser, mais simplement qu’on peut très bien l’expliquer.

    Quelle est la situation de ces lycéens aujourd’hui ?

    P.T. : Ils sont en première ou en terminale, ils ont des examens à passer en fin d’année et ils n’ont pas de prof, parfois pendant plusieurs semaines. Ils travaillent parfois dans des conditions délabrées. J’entendais que dans certains endroits en France, il n’y a pas d’eau potable dans les établissements. À côté de ça, par exemple à Nîmes, on ouvre une unité supplémentaire pour une école privée avec des fonds publics. Certains gamins ne peuvent pas manger à la cantine parce que c’est trop cher. Ce n’est pas normal. Il n’y a rien de farfelu dans les revendications des jeunes, dans le fait d’avoir une table pour pouvoir travailler, de ne pas aller chercher sa chaise dans la pièce à côté, de pouvoir avoir un enseignant face à soi ou d’avoir le temps de déjeuner sur une journée. Parcoursup est hyperangoissant aussi pour les lycéens qui ne savent pas s’ils pourront suivre la formation de leur choix après le bac. On est sur des demandes ultra-légitimes. On a laissé pourrir certaines situations, c’est normal qu’ils se révoltent. Et ce qui est intéressant en ce moment c’est que les lycées des beaux quartiers se montrent solidaires des autres lycées.

    Ce mouvement n’est-il pas
    aussi révélateur des inquiétudes d’une jeunesse sur son avenir
     ?

    P.T. : Bien sûr, nous avons une jeunesse désenchantée qui a peur. Il y a la guerre, le dérèglement climatique et ils ne savent pas comment ils vont vivre. Ils savent très bien comment leurs parents tirent le diable par la queue parce que tous les prix n’arrêtent pas d’augmenter. Les gamins ne vivent pas dans des bulles, ils voient bien ce que vivent leurs parents. D’ailleurs, s’ils se mobilisent, c’est qu’on n’a pas tout raté au niveau de l’éducation, parce qu’ils sont des citoyens éclairés. C’est pour ça qu’on les éduque, pour qu’ils utilisent leur cerveau pour penser, pour envisager un avenir meilleur. Ce que ne montrent pas les médias, c’est que les jeunes, sur les barricades, chantent la Marseillaise.

    Avez-vous constaté une forte répression policière ?

    P.T. : Oui. Pas partout, fort heureusement. Mais quand on voit certaines images, on se demande si on est dans le maintien de l’ordre ou dans le maintien du désordre. On a vu plusieurs vidéos de différents angles d’un policier qui lance des tessons de bouteille. Il y a eu cette jeune qui a fait les cadets de la gendarmerie, qui porte le drapeau à l’ordre du mérite et qui se fait arrêter et part en garde à vue alors qu’elle n’a rien fait. Un gamin de 14 ans a perdu ses dents, un autre un œil et un autre encore a perdu un bras à cause d’une grenade de désencerclement. Il y a un problème de discernement, la répression est disproportionnée.

    Dans cette période de mobilisation, quel est le rôle des professeurs ?

    P.T. : Lundi 5 au matin, tous les collègues étaient sur leur lieu d’exercice. Ils sont arrivés en avance pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débordement. Certains sont allés en renfort sur les établissements pour lesquels on craignait qu’il y ait des problèmes. J’ai discuté avec un parent d’élève qui me disait que son gamin avait pris un tir de LBD dans le dos. Moi aussi je suis allée protéger mes élèves, les élèves de manière générale, ce ne sont pas ceux que j’ai dans mes classes, mais je suis enseignante, fonctionnaire de l’État, j’ai une mission de service public d’éducation, et éduquer les élèves à la mobilisation ça fait aussi partie de mes missions. J’enseigne l’éducation morale et civique et nous avons un chapitre qui s’appelle « s’engager », dans le cadre duquel on leur apprend comment on s’engage, comment on défend une cause. Alors certes ils n’ont pas la méthode, mais ils apprennent. Nous allons discuter avec ces jeunes et nous faisons beaucoup de pédagogie.

    Comment sortir de la crise ?

    P.T. : Déjà, Sébastien Lecornu devrait revenir sur les suppressions de postes d’enseignants prévues parce qu’ils ont tellement dégraissé le mammouth qu’il est désormais à l’os. Et il devrait annoncer des embauches. Le problème, c’est qu’il y a aussi une absence de confiance. Après les gilets jaunes, ils ont organisé la convention citoyenne pour le climat et ils n’ont repris aucune mesure qui était proposée. Pour que la jeunesse arrive à se mobiliser de cette manière-là, et de façon aussi violente parfois, c’est qu’il y a un vrai désenchantement et plus de mots pour dire les maux.

  • Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Plusieurs dizaines de riverains, de membres d’associations dont Extinction Rebellion et des militants LFI, dont Victoire Diethelm et Imran Trocmé, conseiller d’arrondissement dans le 4/5, se sont opposés, lundi matin, à l’abattage de 37 nouveaux arbres du parc public de Bonneveine. La coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille s’interroge sur ce marché public de réhabilitation à 2,5 millions d’euros, sans attributaire connu.

    La Ville avait annoncé vendredi l’opération en brandissant une expertise de mars dernier d’ONF Vegetis. « Au total, 37 arbres présentent un niveau de risque élevé de chute, susceptible de porter atteinte à la sécurité des usagers et des riverains », écrit la Ville qui s’engage à planter « 210 nouveaux arbres tiges, d’une hauteur de 3 à 4 mètres ».

    L’annonce a été vécue comme une trahison par le collectif de riverains après déjà 14 arbres abattus. « Lors de la réunion du 10 août en mairie centrale, le directeur général adjoint et l’adjointe en charge des espaces verts, Mme Prigent, s’étaient engagés à nous transmettre la totalité des tests de l’ONF, la liste et l’emplacement des arbres à abattre et de nous laisser 15 jours avant de faire un point avec eux et de prendre la décision finale », dénonce Alain Sennetz, président du collectif.

    « On a attendu

    la fin de la nidification »

    Soutien de leur lutte, Richard Hardouin, le président de la FNE 13, dénonce « incompétence, défaut de transparence et parjure » de la ville. Lundi, face à la mobilisation citoyenne, c’est une policière municipale puis un haut fonctionnaire de la ville qui se sont collés à la tâche, aucun élu de la municipalité n’étant venu défendre la décision. « Il n’y a pas d’arrêté municipal pour l’abattage, tout simplement parce qu’il y a danger imminent », relaye la policière. « On a des expertises qui démontrent la dangerosité de ces arbres. On a attendu la fin de la nidification pour ne pas porter atteinte à des espèces protégées », complète Marc Foveau, patron de la Direction de la Ville du Quotidien.

    « On ne peut pas admettre d’être pris pour des idiots parce qu’ils cherchent à s’en tirer en disant que la fragilité structurelle vient des conditions de plantation initiales du parc en 1976 ! C’est une manœuvre », proteste Jérôme Nardi du collectif. Le rapport de l’ONF consulté par La Marseillaise énonce dit que le retrait d’enrobé et de pavage en septembre 2025 « a induit une désolidarisation du sol, aggravant une structure déjà peu cohésive. Impact immédiat : modification brutale des conditions racinaires entraînant une instabilité mécanique ». À 17h15, le prestataire lançait ses tronçonneuses. Tout a été décapité malgré des heurts entre des opposants et la police venue en nombre.

  • [Entretien] Kami Tavakoli : « En Iran, la peur a changé de camp »

    [Entretien] Kami Tavakoli : « En Iran, la peur a changé de camp »

    La Marseillaise : Ce mouvement de contestation est parti du bazar de Téhéran, contre la vie chère ?

    Kami Tavakoli : En effet, le point de départ était une dévaluation très importante de la monnaie iranienne, mais c’est une raison beaucoup plus profonde qui n’était pas seulement une contestation contre la vie chère. En réalité, depuis l’arrivée de ce régime, il y a 47 ans, à chaque fois la moindre contestation a été vraiment réprimée. C’est dû à une accumulation de beaucoup de choses et l’incapacité du régime d’offrir une vie normale pour les Iraniens. Le mouvement s’est propagé dans plus de 150 villes et localités. Le régime islamique ne s’attendait pas à un tel niveau de contestation vu la répression qu’il faisait régner. Les Iraniens sont descendus massivement dans les rues, mais très pacifiquement. Ils sont venus crier leur ras-le-bol, trois quarts des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté alors que l’Iran détient une richesse incroyable en termes de ressources.

    La répression est féroce, on parle de milliers de morts…

    K. T. : Selon le média Iran International, 12 000 Iraniens auraient été massacrés. Malheureusement, ce chiffre est sous-estimé, d’autres médias internationaux avancent des chiffres plus importants. C’est une tuerie de masse, un crime contre l’humanité. Il y a eu tellement de monde dans la rue que la République islamique a eu peur que les gens prennent les administrations, la télé. Donc comme ils ne pouvaient rien faire avec le gaz lacrymogène, ils ont mobilisé les gardiens de la révolution avec des armes de guerre pour tuer.

    Tous les mouvements antérieurs ont été écrasés et rien n’a changé…

    K. T. : On ne peut pas dire que rien n’a changé. La peur a changé de camp. Ce n’était pas du tout le cas avant la révolte « Femme, vie, liberté » de 2022. La preuve, c’est qu’il y a un slogan : « n’ayez pas peur, nous sommes ensemble ». Et après 47 ans de répression, cela a aussi amené une culture de laïcité, de liberté, de la démocratie.

    L’opposition pourra-t-elle se ranger derrière un leader ?

    K. T. : Il y a Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah d’Iran. Son nom est scandé dans les manifestations. Ce n’est pas sans raison parce qu’à la différence du mouvement « Femmes, vie, liberté », les Iraniens savent qu’il y a un programme après la République islamique. Reza Pahlavi a réussi à fédérer une opposition de la droite à la gauche autour de plusieurs axes. Un, l’unité de l’Iran, un et indivisible. Deux, la future constitution doit se baser sur la charte des droits de l’Homme. Troisièmement, la laïcité, un élément majeur. Enfin, le droit total et absolu des Iraniens à l’autodétermination dans les urnes. Les Iraniens font confiance à une personnalité qui représente vraiment une opposition plurielle pour faire tomber la République islamique.

  • Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Il restera évidemment anonyme pour préserver la puissance du personnage. Juché sur le camion de la CGT énergie ou devant la banderole, d’aucuns l’appellent « le diable ». Une apparition casquée, mélange de Mad Max et de bestiole à cornes diabolique, équipée de chaînes, effrayante et galvanisante. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, c’est un « martyr » au sens premier et profond, aux accessoires et à l’attitude savamment calculés. « La mort, les tourments, la souffrance du monde ouvrier qu’on enchaîne, anonyme, rebelle et qui n’accepte pas cette condition. C’est ça que je voulais représenter », explique-t-il, où loin de « toute fanfaronnade », « tout a un sens ». Du bokken, sabre de bois japonais, à la cravache, « pour montrer aux gens qu’on abuse d’eux, qu’ils acceptent une certaine soumission », pétris par le « discours dominant ».

    « Je voulais montrer, aussi, qu’il ne faut pas être faible avec les forts, que le monde ouvrier va se battre », ajoute-t-il. Au fil des réunions syndicales, le personnage est venu « tout doucement » s’imposer. L’idée : mettre en image le discours des « copains, qui ont de la faconde », au micro. « Moi, je suis là pour les épauler, pour choquer, marquer », poursuit-il. Heureux que les « gens viennent le voir après la manif » pour le remercier de sa présence, il ne se voit pas en « étendard ».

    Car pour ce gars du Nord, né d’un immigré arraché à son soleil italien pour se retrouver au fond d’une mine de Lorraine, l’engagement coule de source. « Mon père était syndiqué, militant, et entre mineurs, ça discutait sévère ! J’ai baigné là-dedans et connu tôt la violence du monde du travail », raconte l’énergéticien qui, à 14 ans, avant d’aller à l’école, faisait « les postes », se réveillant à 3h30 le matin pour descendre au fond, malgré ses capacités artistiques remarquées par la prof de dessin.

    L’énergie, un bien vital

    Un avenir tout tracé. Mais, revenu de l’armée à 19 ans, il voit s’envoler la promesse d’embauche. La France misant sur l’atome, le charbon, c’est fini. « Né en 68, j’ai fait partie de la dernière section, celle qui n’a pas été prise pour les houillères, j’ai passé un examen pour rentrer à EDF », poursuit-il. Au sein du service public de l’énergie, il retrouve les « valeurs et l’esprit de famille » de la mine, se syndique à la CGT.

    « Je savais ce que c’était de défendre un bien indispensable, fondamental », insiste-t-il avant d’évoquer une lente dégradation. Il se souvient de la privatisation d’EDF en 2005, où « on voulait se partager le gros gâteau ». Et de marteler : « on a voulu être compétitif, mais de quoi ? Comment l’imaginer quand on parle de quelque chose de vital ? » L’alignement du prix de l’électricité nucléaire sur celui du gaz, à la merci du marché, le révolte tout autant. « [Indépendants], on aurait dû être des nababs ! » balance-t-il.

    Parce qu’il n’accepte pas de vivre dans « un pays qui crève la faim, qui a peur, où on ne peut plus vivre dignement de son travail », il sera là ce jeudi. Et de lancer : « J’ai envie de dire aux gens libérez-vous de vos chaînes, osez vous fédérer, osez dire que vous n’êtes pas d’accord avec des réformes qui ne sont bonnes ni pour vous ni pour vos enfants. »