Tag: Révolte

  • 1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    1200 personnes ont manifesté à Toulon samedi en dépit de l’autorisation tardive d’un tracé

    Samedi matin, s’il demeurait certain qu’en dépit des nombreux arrêtés émis par le préfet du Var, de nombreux Toulonnais bâteraient une nouvelle fois le pavé dans l’après-midi, les modalités, elles, l’étaient beaucoup moins. Et elles sont restées floues jusqu’à 13h45, soit un petit quart d’heure avant l’heure de rendez-vous donnée pour le départ de la manifestation. En cause : l’attente de la décision du tribunal administratif concernant le référé liberté déposé vendredi par l’Union syndicale Solidaires du Var et l’association Résistance Handi Droits, au sujet de l’interdiction de manifester. Si celle-ci a été maintenue dans le périmètre du centre-ville, en vertu des arrêtés préfectoraux, un tracé alternatif a été autorisé, sur une distance d’à peine 1,5 km, dans le quartier du Pont-du-Las, avec un aller-retour de la place Martin Bidoure au rond-point de Bon Rencontre.

    Un parcours pourtant refusé la veille par l’Union syndicale Solidaires du Var, qui avait déposé une demande de manifestation en préfecture, au cours des négociations avec cette dernière. Mais qu’elle s’est résolue, faute de mieux, à accepter. « Ce n’est pas une vraie victoire car on voulait manifester en centre-ville », avouait Olivier Rosay, secrétaire Solidaires du Var, le verre à moitié vide avant le départ du cortège : « Il y a du monde, mais le déferlement médiatique a été dissuasif. Le gouvernement a réussi son coup en montrant en boucle des images de violence ».

    Mais c’est aussi cette organisation incertaine jusqu’à la dernière minute – bien indépendante de la volonté des organisateurs, qui avaient proposé de se retrouver à la Bourse du travail avant le départ, sans que cela ne parvienne aux oreilles de tout le monde –, et des informations contradictoires sur le lieu de rendez-vous (la gare était annoncée depuis le début de semaine), qui n’ont pas facilité l’acheminement des manifestants vers un lieu qui plus est peu identifiable. « Ça a été super compliqué de trouver le rassemblement », affirme Camille, qui s’est d’abord rendue porte d’Italie, à la gare, et place d’Armes, et avoue qu’elle et ses amies sont « tombées sur les manifestants par hasard ».

    20 gardes à vue, la police réprime des soignants

    Le cortège a donc grossi à vue d’œil au cours du kilomètre qui sépare la Bourse du travail de la place Martin Bidoure, où des manifestants sont ensuite arrivés par petits groupes, tandis que d’autres se sont joints à la foule une fois celle-ci engagée dans les rues du Pont du Las. 1 200 personnes ont alors défilé dans le calme, mais non sans revendications. Guélaud et Isabelle, qui n’avaient « même pas entendu parler des arrêtés », comptaient « être là quoi qu’il en soit ». Sur leur pancarte, on lit « Si nous ne sommes rien pour eux, soyons tout face à eux ». Une manière de dire que « nous sommes 80 millions. Qu’est-ce que vous allez faire si on se révolte vraiment ? », demandent-ils. Pour ces Varois, il est d’autant plus « important de manifester dans une région très à droite. La ville n’est pas dotée d’une grande force en termes de population comme de conviction, mais il est important que des voix s’élèvent partout, pas qu’à Paris ».

    « On continue notre mobilisation, et on appellera à l’amplifier car il y a une profonde colère sociale dans le pays », promet Olivier Rosay, qui donne déjà rendez-vous « pour la grève du 5 novembre, car ce sont les travailleurs qui font tourner l’économie. Les salariés, les couches populaires, n’arrivent pas à joindre les deux bouts ».

    Mais une fois le cortège revenu à son point de départ, l’après-midi a pris une autre tournure. Un groupe d’environ 150 personnes, pour la plupart d’un âge peu avancé, a pris la direction du centre-ville. Il a été stoppé à hauteur du lycée Bonaparte, sur le boulevard de Strasbourg, par des tirs de grenades lacrymogènes des forces de l’ordre. La tension est montée et a définitivement franchi un cap après des lancés de feux d’artifice de manifestants dans leur direction. Sous les coups des charges policières couplées à l’usage des grenades lacrymogènes et de quelques tirs de flash-ball répondant aux jets de pierre, le groupe de manifestants restant, qui s’est étiolé au fur et à mesure, au contraire du dispositif policier, a reculé jusqu’au Pont du Las, dans un tango où chaque pas en avant en précédait deux en arrière. Encerclé sur l’avenue du XVe Corps, jonchée de feux de poubelle, il a fini par se disperser aux alentours de 19h.

    Aucune casse majeure n’est à déplorer. 64 personnes ont été interpellées, dont 20 placées en garde à vue. La préfecture dénombre deux blessés parmi les manifestants, autant chez les policiers. Un bilan heureusement modéré, ces derniers ayant « enlevé le matériel médical de certains collègues », relate Jody, une soignante bénévole. Cela, avant le début de la manifestation, au prétendu motif qu’elle n’était alors pas encore autorisée. Pas de quoi freiner la motivation de la jeune aide-soignante et militante, qui s’est mobilisée, comme d’autres, après avoir vu « les images des blessés et de soignants ciblés la semaine dernière ». Mais il faut croire que les pansements et le désinfectant peuvent troubler l’ordre public.

  • [Entretien] Peter Mertens, PTB : « Porter une grille d’analyse marxiste qui n’est plus enseignée »

    [Entretien] Peter Mertens, PTB : « Porter une grille d’analyse marxiste qui n’est plus enseignée »

    La Marseillaise : Quelles sont les raisons qui vous ont poussé à écrire ce livre ?

    Peter Mertens : Il y a tellement de choses qui changent dans le monde, on est dans une ère très violente avec l’extrême droite qui monte ainsi que la répression. Pour beaucoup de gens, il est difficile de voir le fil rouge dans tous les événements. Je voulais avoir un outil à donner, pour comprendre quelles sont les forces économiques et les intérêts derrière. Porter une grille d’analyse critique marxiste qui n’est plus enseignée ni à l’école ni dans les syndicats. La question n’est pas de savoir si Donald Trump est fou ou non mais de voir ce qui se passe réellement avec l’empire américain et pourquoi il se trouve au début du déclin. Comprendre le monde, c’est le premier pas pour le changer.

    Qu’est-ce que vous définissez par « l’ère trumpienne » ?

    P.M. : L’ère trumpienne, c’est surtout un accélérateur du nationalisme économique, de la guerre commerciale, la guerre des tarifs, des guerres impérialistes et dans la destruction du droit international. On a déjà vu que sous Obama, il y avait le « pivot vers l’Asie », en définissant la Chine comme l’ennemi principal. Dans mon précédent livre Mutinerie, j’avais écrit que c’était la fin d’un pan du néolibéralisme et qu’on entrait dans une nouvelle ère qui n’avait pas encore de nom.

    C’est ce qui est théorisé dans le Projet 2025 ?

    P.M. : Derrière Trump, il y a tous genres de cercles de réflexion, de puissances économiques, théoriques, parmi lesquels la Heritage Foundation. Cette organisation d’extrême droite estimait qu’elle n’avait pas pu opérer autant de changements qu’espérés durant le premier mandat de Donald Trump. Ils en ont tiré des leçons et écrit Mandate for Leadership (ou Mandat pour le leadership) un document de 900 pages, aussi connu sous le nom de Projet 2025, pour le second mandat. Leur objectif premier est d’assainir l’État, d’écarter les démocrates, les syndicalistes, les gens critiques de toutes fonctions de l’État et de la justice. Deuxièmement, c’est de donner de plus en plus de pouvoir au président seul. Troisièmement, c’est d’entamer une bataille économique et politique vis-à-vis des contre-pouvoirs dont les syndicats et en particulier ceux de l’enseignement. Enfin, la quatrième partie est de renforcer la militarisation de la police. Tout ce qui se passe en ce moment était déjà préparé scientifiquement : le déploiement de l’ICE, la militarisation des blue cities, les villes qui sont contrôlées par le Parti démocrate [dont la couleur officielle est le bleu, Ndlr.]. C’est un manuel de l’extrême droite dont le but est la concentration de tout le pouvoir aux mains du président et l’écartement de tout contre-pouvoir. Je crois que les macronistes du monde sont un peu jaloux sur ce plan.

    Ce que vous pointez en tant que guerre culturelle comme alternative à la lutte des classes ?

    P.M. : Il y a une volonté qui est écrite dans le Projet 2025 de Heritage Foundation, de nommer tout ce qu’on n’aime pas comme une infiltration marxiste dans l’État, comme antifasciste. En juillet dernier, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a rassemblé 77 pays sous le drapeau de la lutte contre le terrorisme d’extrême gauche, en présence de pays européens dont la Belgique et le gouvernement de Benjamin Netanyahu. Ils préparent l’interdiction des forces de gauche, des syndicats et leur criminalisation sous le nom de terrorisme d’extrême gauche ou d’antisémitisme. On l’avait vu déjà contre Corbyn en Angleterre, Die Linke à Berlin et contre nous. Ils utilisent tous ces grands mots pour instaurer un genre d’autoritarisme et des lois d’exception en Europe. Un des mécanismes, c’est de criminaliser la résistance des écoliers, des lycéens, de la CGT, des manifestations, etc. Si on prend un petit peu de recul, ce qui se passe à Bruxelles, à Paris ou à Dublin, cette volonté de criminaliser la contestation sociale parce qu’on n’a plus la volonté de négocier, ça vient immédiatement du manuel de la Heritage Foundation. Ce n’est pas encore le fascisme mais un processus de fascisation qui est en cours.

    Cette criminalisation vise
    les jeunes qui manifestent
    en Belgique et en France
     ?

    P.M. : Dans les années à venir, il y aura des mobilisations partout. On le voit déjà maintenant, une grève générale se prépare en Italie, il y a un grand mouvement de contestation, en Irlande et même aux Pays-Bas et en Allemagne où les syndicats étaient un peu endormis. Et ce, parce qu’il y aura de la casse sociale partout. Au début de mon livre, je parle du ministre belge de la Défense Theo Francken qui dit clairement vouloir aller vers un modèle américain où il y a beaucoup plus d’argent qui est injecté dans le militaire et moins dans la sécurité sociale. C’est la même chose en France avec un budget qui prévoit l’austérité pour tous les ministères sauf pour celui des Armées. Le livre commence avec l’école allemande de Domschule où l’eau s’infiltre dans les salles de classe, c’est ce qui se passe ici en Belgique ainsi qu’en France. On ne part pas d’une situation neutre : après trois décennies de néolibéralisme, de sous-investissement dans l’enseignement et les soins de santé, les services publics se sont détériorés. Ce choc-là a déjà lieu en Europe. Je suis super content que la jeunesse en France soit dans la rue. Les exigences, les revendications, que ces lycéens portent, ce sont celles de toute la jeunesse de l’Europe. Les jeunes allemands les écoutent et s’en inspirent. Il y aura de la révolte contre la casse sociale, des questions autour de l’enseignement, des retraites, des soins de santé, que l’on doit lier à l’antimilitarisme. On n’est plus dans la même logique néolibérale. On est en train d’aller vers une logique de militarisation de l’État, de pensée par bloc, de guerre commerciale. Lier la lutte contre la militarisation et contre l’austérité, c’est un enjeu majeur dans les années à venir. C’est à cela que sert ce livre.

    Vous citez une étude menée aux Pays-Bas qui révèle que les trois quarts des jeunes interrogés sont hermétiques à la propagande belliciste. Ils rejettent cette vision de la société qu’on veut leur imposer ?

    P.M. : Les États Européens vont dépenser 8 000 milliards d’euros dans le militaire. On a déjà investi trois fois plus en Europe que la Russie. On dispose déjà de quatre fois plus de navires de combat que les Russes, de trois fois plus d’artillerie, deux fois plus de chars, d’avions de combat, etc. Mais on nous dit que non, ça ne suffit pas, il faut huit fois plus ! Il faut la casse sociale pour payer tout ça. On est en train de construire pas seulement une armée de défense européenne mais aussi une armée impérialiste. Il y a beaucoup de gens qui sentent ça et disent « notre futur ce n’est pas de crever dans un pays que je ne connais pas pour les intérêts de dirigeants, qu’ils aillent combattre eux-mêmes ». Trois fois déjà il y a eu des grèves écolières en Allemagne et en Belgique, ce qui impressionnant parce que la culture de lutte des classes n’est pas grande comme en France. Ces jeunes sont de plus en plus conscients que dans une guerre, ce n’est pas les enfants des riches qui crèvent, mais ceux de la classe ouvrière. Au niveau de la gauche, des communistes, notre tâche c’est porter de l’espoir, pas de manière naïve mais en montrant le fait que les gens ne se laissent pas faire, qu’ils se mobilisent et s’organisent.

    Aux Éditions Agone, 22 euros

  • [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    [Entretien] Pascale Thoirey, FSU du Gard : « Ces lycéens sont des citoyens éclairés »

    La Marseillaise : En avril dernier, vous alertiez dans nos colonnes sur la perte de sens de l’école et le manque de moyens de l’Éducation nationale. La mobilisation lycéenne est-elle la conséquence de cette situation ?

    Pascale Thoirey : Oui, bien sûr. Aujourd’hui, il y a des débordements, mais des jeunes ont des comptes à demander à l’institution. On observe aussi que seuls les manifestants qui dégradent obtiennent des choses. Il n’y a qu’à voir les agriculteurs ou même les gilets jaunes. C’est au moment où les gens commencent à s’énerver très très fort que le gouvernement décide de discuter. Au niveau de la fonction publique, on a toujours des manifestations plutôt calmes, rangées, et il ne se passe rien derrière. Après notre manifestation du 29 septembre, on nous a immédiatement annoncé que le gel du point d’indice était entériné et que 1 500 postes d’enseignants allaient être supprimés. On marche sur la tête. Depuis des années, nous alertons sur la dégradation du service public. Je ne suis pas en train de dire que les jeunes ont le droit de casser, mais simplement qu’on peut très bien l’expliquer.

    Quelle est la situation de ces lycéens aujourd’hui ?

    P.T. : Ils sont en première ou en terminale, ils ont des examens à passer en fin d’année et ils n’ont pas de prof, parfois pendant plusieurs semaines. Ils travaillent parfois dans des conditions délabrées. J’entendais que dans certains endroits en France, il n’y a pas d’eau potable dans les établissements. À côté de ça, par exemple à Nîmes, on ouvre une unité supplémentaire pour une école privée avec des fonds publics. Certains gamins ne peuvent pas manger à la cantine parce que c’est trop cher. Ce n’est pas normal. Il n’y a rien de farfelu dans les revendications des jeunes, dans le fait d’avoir une table pour pouvoir travailler, de ne pas aller chercher sa chaise dans la pièce à côté, de pouvoir avoir un enseignant face à soi ou d’avoir le temps de déjeuner sur une journée. Parcoursup est hyperangoissant aussi pour les lycéens qui ne savent pas s’ils pourront suivre la formation de leur choix après le bac. On est sur des demandes ultra-légitimes. On a laissé pourrir certaines situations, c’est normal qu’ils se révoltent. Et ce qui est intéressant en ce moment c’est que les lycées des beaux quartiers se montrent solidaires des autres lycées.

    Ce mouvement n’est-il pas
    aussi révélateur des inquiétudes d’une jeunesse sur son avenir
     ?

    P.T. : Bien sûr, nous avons une jeunesse désenchantée qui a peur. Il y a la guerre, le dérèglement climatique et ils ne savent pas comment ils vont vivre. Ils savent très bien comment leurs parents tirent le diable par la queue parce que tous les prix n’arrêtent pas d’augmenter. Les gamins ne vivent pas dans des bulles, ils voient bien ce que vivent leurs parents. D’ailleurs, s’ils se mobilisent, c’est qu’on n’a pas tout raté au niveau de l’éducation, parce qu’ils sont des citoyens éclairés. C’est pour ça qu’on les éduque, pour qu’ils utilisent leur cerveau pour penser, pour envisager un avenir meilleur. Ce que ne montrent pas les médias, c’est que les jeunes, sur les barricades, chantent la Marseillaise.

    Avez-vous constaté une forte répression policière ?

    P.T. : Oui. Pas partout, fort heureusement. Mais quand on voit certaines images, on se demande si on est dans le maintien de l’ordre ou dans le maintien du désordre. On a vu plusieurs vidéos de différents angles d’un policier qui lance des tessons de bouteille. Il y a eu cette jeune qui a fait les cadets de la gendarmerie, qui porte le drapeau à l’ordre du mérite et qui se fait arrêter et part en garde à vue alors qu’elle n’a rien fait. Un gamin de 14 ans a perdu ses dents, un autre un œil et un autre encore a perdu un bras à cause d’une grenade de désencerclement. Il y a un problème de discernement, la répression est disproportionnée.

    Dans cette période de mobilisation, quel est le rôle des professeurs ?

    P.T. : Lundi 5 au matin, tous les collègues étaient sur leur lieu d’exercice. Ils sont arrivés en avance pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débordement. Certains sont allés en renfort sur les établissements pour lesquels on craignait qu’il y ait des problèmes. J’ai discuté avec un parent d’élève qui me disait que son gamin avait pris un tir de LBD dans le dos. Moi aussi je suis allée protéger mes élèves, les élèves de manière générale, ce ne sont pas ceux que j’ai dans mes classes, mais je suis enseignante, fonctionnaire de l’État, j’ai une mission de service public d’éducation, et éduquer les élèves à la mobilisation ça fait aussi partie de mes missions. J’enseigne l’éducation morale et civique et nous avons un chapitre qui s’appelle « s’engager », dans le cadre duquel on leur apprend comment on s’engage, comment on défend une cause. Alors certes ils n’ont pas la méthode, mais ils apprennent. Nous allons discuter avec ces jeunes et nous faisons beaucoup de pédagogie.

    Comment sortir de la crise ?

    P.T. : Déjà, Sébastien Lecornu devrait revenir sur les suppressions de postes d’enseignants prévues parce qu’ils ont tellement dégraissé le mammouth qu’il est désormais à l’os. Et il devrait annoncer des embauches. Le problème, c’est qu’il y a aussi une absence de confiance. Après les gilets jaunes, ils ont organisé la convention citoyenne pour le climat et ils n’ont repris aucune mesure qui était proposée. Pour que la jeunesse arrive à se mobiliser de cette manière-là, et de façon aussi violente parfois, c’est qu’il y a un vrai désenchantement et plus de mots pour dire les maux.

  • Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Colère citoyenne pour sauver 37 arbres du Parc Bonneveine à Marseille

    Plusieurs dizaines de riverains, de membres d’associations dont Extinction Rebellion et des militants LFI, dont Victoire Diethelm et Imran Trocmé, conseiller d’arrondissement dans le 4/5, se sont opposés, lundi matin, à l’abattage de 37 nouveaux arbres du parc public de Bonneveine. La coalition citoyenne Comm’un Possible Marseille s’interroge sur ce marché public de réhabilitation à 2,5 millions d’euros, sans attributaire connu.

    La Ville avait annoncé vendredi l’opération en brandissant une expertise de mars dernier d’ONF Vegetis. « Au total, 37 arbres présentent un niveau de risque élevé de chute, susceptible de porter atteinte à la sécurité des usagers et des riverains », écrit la Ville qui s’engage à planter « 210 nouveaux arbres tiges, d’une hauteur de 3 à 4 mètres ».

    L’annonce a été vécue comme une trahison par le collectif de riverains après déjà 14 arbres abattus. « Lors de la réunion du 10 août en mairie centrale, le directeur général adjoint et l’adjointe en charge des espaces verts, Mme Prigent, s’étaient engagés à nous transmettre la totalité des tests de l’ONF, la liste et l’emplacement des arbres à abattre et de nous laisser 15 jours avant de faire un point avec eux et de prendre la décision finale », dénonce Alain Sennetz, président du collectif.

    « On a attendu

    la fin de la nidification »

    Soutien de leur lutte, Richard Hardouin, le président de la FNE 13, dénonce « incompétence, défaut de transparence et parjure » de la ville. Lundi, face à la mobilisation citoyenne, c’est une policière municipale puis un haut fonctionnaire de la ville qui se sont collés à la tâche, aucun élu de la municipalité n’étant venu défendre la décision. « Il n’y a pas d’arrêté municipal pour l’abattage, tout simplement parce qu’il y a danger imminent », relaye la policière. « On a des expertises qui démontrent la dangerosité de ces arbres. On a attendu la fin de la nidification pour ne pas porter atteinte à des espèces protégées », complète Marc Foveau, patron de la Direction de la Ville du Quotidien.

    « On ne peut pas admettre d’être pris pour des idiots parce qu’ils cherchent à s’en tirer en disant que la fragilité structurelle vient des conditions de plantation initiales du parc en 1976 ! C’est une manœuvre », proteste Jérôme Nardi du collectif. Le rapport de l’ONF consulté par La Marseillaise énonce dit que le retrait d’enrobé et de pavage en septembre 2025 « a induit une désolidarisation du sol, aggravant une structure déjà peu cohésive. Impact immédiat : modification brutale des conditions racinaires entraînant une instabilité mécanique ». À 17h15, le prestataire lançait ses tronçonneuses. Tout a été décapité malgré des heurts entre des opposants et la police venue en nombre.

  • [Entretien] Kami Tavakoli : « En Iran, la peur a changé de camp »

    [Entretien] Kami Tavakoli : « En Iran, la peur a changé de camp »

    La Marseillaise : Ce mouvement de contestation est parti du bazar de Téhéran, contre la vie chère ?

    Kami Tavakoli : En effet, le point de départ était une dévaluation très importante de la monnaie iranienne, mais c’est une raison beaucoup plus profonde qui n’était pas seulement une contestation contre la vie chère. En réalité, depuis l’arrivée de ce régime, il y a 47 ans, à chaque fois la moindre contestation a été vraiment réprimée. C’est dû à une accumulation de beaucoup de choses et l’incapacité du régime d’offrir une vie normale pour les Iraniens. Le mouvement s’est propagé dans plus de 150 villes et localités. Le régime islamique ne s’attendait pas à un tel niveau de contestation vu la répression qu’il faisait régner. Les Iraniens sont descendus massivement dans les rues, mais très pacifiquement. Ils sont venus crier leur ras-le-bol, trois quarts des Iraniens vivent sous le seuil de pauvreté alors que l’Iran détient une richesse incroyable en termes de ressources.

    La répression est féroce, on parle de milliers de morts…

    K. T. : Selon le média Iran International, 12 000 Iraniens auraient été massacrés. Malheureusement, ce chiffre est sous-estimé, d’autres médias internationaux avancent des chiffres plus importants. C’est une tuerie de masse, un crime contre l’humanité. Il y a eu tellement de monde dans la rue que la République islamique a eu peur que les gens prennent les administrations, la télé. Donc comme ils ne pouvaient rien faire avec le gaz lacrymogène, ils ont mobilisé les gardiens de la révolution avec des armes de guerre pour tuer.

    Tous les mouvements antérieurs ont été écrasés et rien n’a changé…

    K. T. : On ne peut pas dire que rien n’a changé. La peur a changé de camp. Ce n’était pas du tout le cas avant la révolte « Femme, vie, liberté » de 2022. La preuve, c’est qu’il y a un slogan : « n’ayez pas peur, nous sommes ensemble ». Et après 47 ans de répression, cela a aussi amené une culture de laïcité, de liberté, de la démocratie.

    L’opposition pourra-t-elle se ranger derrière un leader ?

    K. T. : Il y a Reza Pahlavi, le fils du dernier Chah d’Iran. Son nom est scandé dans les manifestations. Ce n’est pas sans raison parce qu’à la différence du mouvement « Femmes, vie, liberté », les Iraniens savent qu’il y a un programme après la République islamique. Reza Pahlavi a réussi à fédérer une opposition de la droite à la gauche autour de plusieurs axes. Un, l’unité de l’Iran, un et indivisible. Deux, la future constitution doit se baser sur la charte des droits de l’Homme. Troisièmement, la laïcité, un élément majeur. Enfin, le droit total et absolu des Iraniens à l’autodétermination dans les urnes. Les Iraniens font confiance à une personnalité qui représente vraiment une opposition plurielle pour faire tomber la République islamique.

  • Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Un personnage qui incarne un appel à se dé-chaîner

    Il restera évidemment anonyme pour préserver la puissance du personnage. Juché sur le camion de la CGT énergie ou devant la banderole, d’aucuns l’appellent « le diable ». Une apparition casquée, mélange de Mad Max et de bestiole à cornes diabolique, équipée de chaînes, effrayante et galvanisante. Mais, qu’on ne s’y trompe pas, c’est un « martyr » au sens premier et profond, aux accessoires et à l’attitude savamment calculés. « La mort, les tourments, la souffrance du monde ouvrier qu’on enchaîne, anonyme, rebelle et qui n’accepte pas cette condition. C’est ça que je voulais représenter », explique-t-il, où loin de « toute fanfaronnade », « tout a un sens ». Du bokken, sabre de bois japonais, à la cravache, « pour montrer aux gens qu’on abuse d’eux, qu’ils acceptent une certaine soumission », pétris par le « discours dominant ».

    « Je voulais montrer, aussi, qu’il ne faut pas être faible avec les forts, que le monde ouvrier va se battre », ajoute-t-il. Au fil des réunions syndicales, le personnage est venu « tout doucement » s’imposer. L’idée : mettre en image le discours des « copains, qui ont de la faconde », au micro. « Moi, je suis là pour les épauler, pour choquer, marquer », poursuit-il. Heureux que les « gens viennent le voir après la manif » pour le remercier de sa présence, il ne se voit pas en « étendard ».

    Car pour ce gars du Nord, né d’un immigré arraché à son soleil italien pour se retrouver au fond d’une mine de Lorraine, l’engagement coule de source. « Mon père était syndiqué, militant, et entre mineurs, ça discutait sévère ! J’ai baigné là-dedans et connu tôt la violence du monde du travail », raconte l’énergéticien qui, à 14 ans, avant d’aller à l’école, faisait « les postes », se réveillant à 3h30 le matin pour descendre au fond, malgré ses capacités artistiques remarquées par la prof de dessin.

    L’énergie, un bien vital

    Un avenir tout tracé. Mais, revenu de l’armée à 19 ans, il voit s’envoler la promesse d’embauche. La France misant sur l’atome, le charbon, c’est fini. « Né en 68, j’ai fait partie de la dernière section, celle qui n’a pas été prise pour les houillères, j’ai passé un examen pour rentrer à EDF », poursuit-il. Au sein du service public de l’énergie, il retrouve les « valeurs et l’esprit de famille » de la mine, se syndique à la CGT.

    « Je savais ce que c’était de défendre un bien indispensable, fondamental », insiste-t-il avant d’évoquer une lente dégradation. Il se souvient de la privatisation d’EDF en 2005, où « on voulait se partager le gros gâteau ». Et de marteler : « on a voulu être compétitif, mais de quoi ? Comment l’imaginer quand on parle de quelque chose de vital ? » L’alignement du prix de l’électricité nucléaire sur celui du gaz, à la merci du marché, le révolte tout autant. « [Indépendants], on aurait dû être des nababs ! » balance-t-il.

    Parce qu’il n’accepte pas de vivre dans « un pays qui crève la faim, qui a peur, où on ne peut plus vivre dignement de son travail », il sera là ce jeudi. Et de lancer : « J’ai envie de dire aux gens libérez-vous de vos chaînes, osez vous fédérer, osez dire que vous n’êtes pas d’accord avec des réformes qui ne sont bonnes ni pour vous ni pour vos enfants. »