Tag: résistants

  • [Week-end] Le Secours populaire fête 90 ans de congés payés

    [Week-end] Le Secours populaire fête 90 ans de congés payés

    Pour célébrer les 90 ans des congés payés, mais aussi tous les autres acquis sociaux obtenus de haute-lutte par le Front Populaire et ses mobilisations sociales en 1936, les comités du Secours Populaire des Écrins proposent une série de réjouissances ce samedi. À partir de 14h au parc de la Schappe de Briançon, sont prévues des animations pour les enfants. Rien de moins qu’une maquilleuse, un magicien, des contes, un jongleur, et un jeu de bulles géantes viendront divertir les petits (et aussi les grands qui le souhaitent).

    La fanfare invisible et Jean-Christophe Keck, accordéoniste, saupoudreront le tout d’un style guinguette qui donnera le rythme aux réjouissances, tandis que La chorale des tournesols, entonnera les airs en vogue parmi les grévistes de 1936, comme Tout va bien Madame la marquise ou Le temps des cerises. Le but est d’évoquer l’imagerie de 1936. Pour cela, un espace « déco 1936 » sera aménagé avec des objets d’époque, vélos ou parasols, tirés des brocantes locales et qui rappellent cette époque des premières vacances de la classe ouvrière.

    Un évènement « revendicatif »

    « On axe bien sûr sur les 90 ans des congés payés mais le Front Populaire, c’est aussi les conventions collectives dans les entreprises, la semaine de 40 heures et tout plein de droits obtenus, affirme Josiane Pinault, trésorière du comité du pays des Écrins. Même si le Secours Populaire prône son indépendance totale des partis politiques, dans un contexte actuel où on essaye bien souvent de nous grignoter nos droits, on ne cache pas que cet évènement est franchement revendicatif. Le Secours Populaire a quand même été créé en 1945 par des communistes qui faisaient partie de la Résistance. » Sur place, sont invités les historiens et professeurs d’histoire de l’Institut d’Histoire Sociale de la CGT, pour apporter du contexte et historique et aider les familles qui se verront distribuer des petits quiz et questionnaires sur l’histoire du Front Populaire.

    La semaine suivante, à l’Argentière-la-Bessée, ouvre une exposition qui documente les grèves de 1936 dans la ville, qui a longtemps vécu au rythme de l’usine d’aluminium de Pechiney, aujourd’hui en friche. Le 7 novembre sera aussi diffusé au cinéma local l’Eau vive de l’Argentière le film La rage au cœur, de Pierre Verquin, qui revient sur les grèves de 1936.

  • Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Hommage à Mala Kriegel assassinée par les nazis

    Alors que la Libération de Marseille a commencé, que nos fondateurs ont pris d’assaut le siège du journal collaborationniste Le Petit Marseillais et que La Marseillaise paraît au grand jour depuis le 24 août, le destin de Mala Kriegel bascule boulevard Oddo dans le 15e arrondissement de Marseille alors qu’elle n’a pas encore 32 ans.

    Accompagnée de trois autres résistants, elle diffuse notre journal. Leur voiture ornée d’un drapeau tricolore est stoppée par une patrouille nazie en embuscade. Ils sont tirés du véhicule, plaqués au mur, traités de terroristes. Un coup de sifflet. Ils sont laissés pour morts.

    Tombée au sol, Mala Kriegel est très grièvement blessée. Elle touche ses blessures, perd beaucoup de sang, comprend qu’elle va mourir. Pour lui éviter de répéter son geste, les camarades qui lui portent secours lui couvrent le corps d’exemplaires de La Marseillaise.

    Une héroïne

    Première femme du résistant Maurice Kriegel-Valrimont, Mala Kriegel vivait à Marseille avec le résistant communiste allemand, Hermann Burkhardt.

    Elle était née Mala Ehrlischster le 15 septembre 1912 à Varsovie, en Pologne. Juive, communiste, résistante, elle était tout ce que les nazis haïssaient. Elle était une héroïne, notre sœur en humanité, elle est notre honneur.

  • « La Marseillaise » honore les résistants qui l’ont fondée

    « La Marseillaise » honore les résistants qui l’ont fondée

    Moment solennel au siège de La Marseillaise, ce lundi, date anniversaire de la première parution légale de notre journal.

    Pour la première fois, l’hommage rendu à nos fondateurs tombés au combat se tient
    dans les locaux rénovés de La Marseillaise, là où se tenaient les rotatives du Petit-Marseillais, journal collaborationniste pris d’assaut pour les résistants pendant l’insurrection de Marseille. « Ces locaux ont été pris par les armes… on a toujours refusé de les quitter par le tribunal de commerce », glisse Serge Baroni, président des Amis de La Marseillaise.

    Sur la plaque, les noms de Léon Paranque, Jean De Bernardy, Francis Aicard et Mala Kriegel rappellent le sacrifice que fut le combat pour faire vivre notre journal et pour libérer la France du joug nazi.

    Léo Purguette, président et directeur éditorial, s’incline devant leur mémoire et rappelle « La Marseillaise est un journal d’information et de résistance contre les battus de 1944 qui cherchent à ressortir des poubelles de l’histoire ».

    Dehors, les participants ont fleuri la plaque de la place du Journal La Marseillaise.

  • Le maire de Saint-Raphaël poursuit sa croisade anticommuniste

    Le maire de Saint-Raphaël poursuit sa croisade anticommuniste

    Inauguré l’été dernier une stèle dédiée aux « cent millions de morts du communisme », le maire De Saint-Raphaël a organisé ce week-end plusieurs événements sur ce thème devenu semble-t-il pour lui obsessionnel. Une focale très politique permettant tout en pointant les dérives de ceux qui se sont accaparés l’idéal d’émancipation pour exercer leur tyrannie, comme les Khmers rouges au Cambodge, de salir les résistants communistes et banaliser les dictatures d’extrême droite. C’est ce que dénonce avec force la section du PCF de Fréjus-Saint-Raphaël « choquée par cette falsification de l’Histoire ».

    « M. Masquelier poursuit sa croisade anticommuniste cette année encore oubliant tous les totalitarismes du XXe siècle à commencer par la barbarie nazie », s’indigne-t-elle.

    Et de conclure : « Les Khmers rouges ont commis un génocide au nom d’un ultranationalisme à l’opposé de l’internationalisme des communistes et de la libération des peuples ».

  • [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    [Patrimoine] La citadelle de Sisteron, un témoin de l’histoire

    Libération de résistants emprisonnés, bombardements de Sisteron, travail forcé de prisonniers politiques… La citadelle de Sisteron témoigne de nombreuses pages de l’histoire de France, et en particulier celle de la Seconde guerre mondiale. Des résistants y avaient été emprisonnés par des Allemands, qui avaient investi la citadelle pendant la guerre. « Leurs collègues ont usé d’un stratagème à la manière d’un cheval de Troie. Ils se sont déguisés en gendarmes, et ils ont fait comme s’ils amenaient un prisonnier à la citadelle. Les Allemands leur ont ouvert grand les portes. D’autres résistants cachés dans les environs sont alors rentrés et ont délivré leurs amis », raconte Sylvie Normand, guide de pays depuis 23 ans. Quelques jours après, le 15 août 1944, la citadelle était accidentellement bombardée par les Alliés, en majeure partie détruite, au moment du débarquement de Provence. Leur objectif était de bombarder les ponts afin que les Allemands ne puissent pas s’enfuir. En larguant par erreur plusieurs bombes sur la ville et ses habitations, ils ont tué une centaine de civils. « Le bâtiment le plus important de la citadelle qui a été détruit, c’était l’église, qui datait du XVe siècle. Cela a été un massacre. Elle a été reconstruite à l’identique, dans le style gothique, sur le rocher, à partir de 1967, grâce à des dons et à des subventions », explique Sylvie Normand. À l’intérieur, le maître verrier Claude Courageux a réalisé les vitraux, dont l’un représente une vierge enveloppée dans la Durance et le Buëch, les deux rivières qui confluent au pied de la citadelle. Aux pieds de la vierge se trouve une perle, représentant Sisteron, surnommée « la perle de la Provence ». Dans la pierre murale de l’église, on trouve encore des fossiles, comme celui d’un oursin.

    « Les hommes ont toujours choisi ce rocher pour faire un camp fortifié parce qu’on y domine la Durance. On a une vue à 360 degrés, donc c’est fabuleux pour se protéger et voir les ennemis arriver. C’est aussi un lieu de passage intéressant, puisqu’il y avait la Via Domitia, à l’époque romaine, qui venait du nord de l’Italie et qui allait jusqu’en Espagne, qui était en rive droite de Durance. C’était une voie de passage avec des échanges commerciaux entre les Alpes et la Méditerranée », relate la guide.

    Un lieu de détention de prisonniers politiques

    La nouvelle muséographie de la citadelle a été inaugurée cette année, avec de nouveaux panneaux explicatifs et une maquette. « J’ai pour habitude d’utiliser la métaphore anatomique : les remparts, tout ce qui date du XVIe siècle, c’est le squelette de la citadelle, comme si c’était un dragon, une grosse bête. L’épine dorsale, c’est le chemin de ronde, construit sur la crête du rocher, où se trouvent également le donjon et l’église », lance Sylvie Normand. Un escalier souterrain de 258 marches relie la citadelle à la ville. « La citadelle était un lieu de détention au XIXe jusqu’au début du XXe. Les prisonniers, pour certains politiques, ont été contraints de creuser toutes les marches et le tunnel. Il y en a probablement pas mal qui sont morts en creusant », regrette la guide.

    Dans la poudrière de la citadelle, construite par Vauban, une exposition célèbre les 70 ans du festival des Nuits de la citadelle, avec les noms des différents artistes qui y ont participé, derrière un rideau rouge renvoyant au théâtre. « Vauban est passé à Sisteron au XVIIe, la citadelle était déjà construite. Il a estimé qu’il n’y avait pas grand-chose à y refaire, si ce n’est qu’il fallait rehausser les courtines, les petits chemins qui passent sous les remparts. Finalement, il a dit qu’il fallait juste construire une poudrière au nord, parce qu’il y en avait une au sud, et ça n’allait pas du tout en cas d’attaque. Elle n’était pas du tout protégée », explique Sylvie Normand.

    « Ce qui fait toute l’originalité de Sisteron et de la citadelle, c’est la clue. Cette formation géologique exceptionnelle s’appelle un millefeuille géologique. Ça résulte du fait qu’il y a des millions d’années, avant l’apparition de l’Homme, lorsque la mer recouvrait complètement le territoire, vous aviez des strates de sédiments calcaires. Les Pyrénées subissaient la poussée du continent africain, et donc, en sortant, elles ont exercé une poussée en direction de notre région. Les Alpes ont fait de même, et la convergence des deux poussées a fait que, dans cette région, les strates qui se trouvaient à l’horizontale se sont redressées à la verticale », relate la guide.

  • [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    [Parcours] Marseille, capitale oubliée des secrets de la Résistance

    Dès son arrivée en zone libre, Jean Moulin avait entamé l’exploration des milieux clandestins sans succès au début semble-t-il. Ce n’est qu’après l’obtention de son visa américain et son installation à Marseille qu’il consacra tout son temps à une prospection systématique de l’activité clandestine », écrit Daniel Cordier (1920-2020), son secrétaire et biographe.

    1. Modern Hôtel, 5, la Canebière

    Jean Moulin séjourne souvent au Modern Hôtel, au 5, la Canebière, avec son amie, la résistante Antoinette Sachs et déjeune à l’angle, à la brasserie Florida, 15, quai des Belges, note l’historien Robert Mencherini. Marseille grouille de réfugiés, d’exilés en attente de visa que l’américain Varian Fry s’efforce de leur obtenir. De sa propre initiative, Jean Moulin s’efforce d’établir le contact avec les acteurs de ces premiers réseaux émergents.

    2. Le foyer des étudiants, 6, rue du Chevalier Roze

    C’est dans le bureau orné d’une croix du pasteur résistant Jules Belpeer (1910–2001) qui tient le « foyer des étudiants africains et asiatiques », au 6, rue du Chevalier-Roze, 2e, que Jean Moulin rencontre en juillet 1941 Maurice Chevance-Bertin, le bras droit d’Henri Frenay avec qui il organise les premiers noyaux de la résistance dans la région. Leur boîte aux lettres est un marchand de journaux des allées Léon Gambetta.

    3. Le cabinet médical du 67 rue Rome

    La première rencontre de Moulin avec le chef résistant Henri Frenay se fait à la mi-juillet 1941 par l’intermédiaire du pasteur américain Howard Brooks. Elle a lieu au deuxième étage du 67 rue de Rome, au cabinet médical des docteurs Maurice et Marcel Recordier. Elle pose les bases du rapprochement avec le premier Mouvement de Libération Nationale / Combat, créé à l’été 1940 par Frenay avec Berty Albrecht (1893-1943).

    4. La cuisine du 103 rue Kléber

    C’est deux ou trois jours après son parachutage du 2 janvier 1942 que Jean Moulin revoit Henri Frenay, son principal contact en zone sud. Rex circule désormais avec des lunettes fumées et une fausse moustache. La rencontre se fait 103, rue Kléber, 2e, chez Agnès Bidault, la sœur du journaliste résistant Georges Bidault, un des dirigeants du groupe Combat. Dans la cuisine, Rex extrait d’une boîte d’allumette l’ordre de mission microfilmé et signé De Gaulle qui l’investit pour unifier les forces clandestines et qu’Henri Frenay raconte avoir lu avec une loupe. Moulin lui remet 250 000 francs pour aider les mouvements résistants avec des consignes organisationnelles strictes.

    5. 32, rue Saint-Ferréol

    Le 12 janvier 1942, une réunion de travail se tient au 32, rue Saint-Ferréol chez mademoiselle Grisé, une inspectrice du travail qui est une amie de Berty Albrecht. Il y a Jean Moulin, son officier radio Hervé Montjaret, Henri Frenay, Henri Aubry et Maurice Chevance-Bertin.

    6. La villa de Gratte-Semelle

    La famille de Jérôme Monod, professeur au lycée Thiers, habitait une villa au milieu des pins sur les Hauts de Périer qui possède une longue galerie souterraine. L’entrée donnait boulevard Estrangin. Elle avait été mise à leur disposition par leur oncle, Gustave Monod, inspecteur de l’enseignement révoqué par Vichy pour avoir protesté contre les lois antisémites. Selon son épouse, Jean Moulin et plusieurs dirigeants de Combat sont passés dans la villa au printemps 1942 pour une réunion du mouvement.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Les visages oubliés de la Libération de la région

    Les visages oubliés de la Libération de la région

    Alors qu’Hitler est lourdement déstabilisé par le débarquement des alliés en Provence dans la nuit du 14 au 15 août 1944, il ordonne le 18 août à ses armées de défendre Marseille et Toulon « jusqu’à la dernière cartouche ». D’après Robert Mencherini, historien regretté, cette décision est tout sauf un hasard : « Ces deux ports en eau profonde constituent des enjeux stratégiques pour l’approvisionnement des armées alliées en marche vers l’Allemagne », expliquait-il. Après Toulon, le port de Marseille est finalement libéré le 28 août 1944, par l’armée B. « Commandée par le général de Lattre de Tassigny mais placée, pour le débarquement, sous direction américaine, elle regroupe environ 260 000 hommes », précisait Robert Mencherini. « Elle compte, aux côtés des “Français libres, une majorité de soldats africains », précisait l’historien, notamment des tirailleurs sénégalais, algériens ou encore marocains, alors appelés les soldats « indigènes ».

    « Tout l’empire colonial s’est massivement engagé dans l’armée, notamment les Européens d’Afrique du Nord », souligne Grégoire Georges-Picot, historien du Groupe Marat. Fondée en 1998 par d’anciens résistants et historiens, l’association s’est donné pour mission de mettre en lumière l’histoire des soldats de l’empire colonial, venus au secours des insurgés marseillais en août 1944. « Lors du défilé de la victoire, sur les photos de l’époque, les soldats coloniaux sont au premier rang », rappelle l’historien. Mais cette « mémoire immédiate en sortie de guerre » s’efface peu à peu à mesure que les anciennes colonies accèdent à l’indépendance, une « phase d’occultation » qui dure près de quarante ans, selon lui. « C’est à la fin des années 1980 que le sujet revient. Les jeunes issus de l’immigration se mettent en quête de leurs racines, et les historiens commencent à documenter cette histoire qui ressurgit », révèle Grégoire Georges-Picot.

    Une mémoire longtemps occultée

    Pour l’historien du Groupe Marat, la reconnaissance du combat de ces soldats est « aujourd’hui fondamentale ». Il insiste cependant sur le rôle décisif joué par la résistance marseillaise dans la Libération. « On célèbre la libération de Marseille comme une opération purement militaire. Mais on a tendance à oublier que, dès le lendemain du débarquement du 15 août, à 100 kilomètres de Marseille, la ville se soulève déjà. Pendant une semaine, les résistants tiennent tête à une armée allemande, seuls », précise-t-il. « La bataille de Marseille a été terriblement meurtrière : 577 personnes sont tuées en dix jours. Le point d’orgue des morts sont les 21 et 22 août, avant même l’arrivée de l’armée française. C’est une insurrection ! Aussi bien à l’Estaque qu’au boulevard Michelet, du côté de la Valbarelle, dans les quartiers Saint-Barnabé, Saint-Julien … Partout », dépeint l’historien.

    Après six ans de travail, le Groupe Marat a identifié ces 577 personnes tombées au combat dans une liste aujourd’hui affichée devant le char Jeanne-d’Arc devant Notre-Dame de la Garde. Fier de ce travail, Grégoire Georges-Picot se souvient encore avoir assisté à la découverte, par un jeune homme, du prénom de son oncle sur cette liste. Pour l’association, « l’idée est de réunir la mémoire résistante et la mémoire militaire ». « Deux mémoires qui s’excluent l’une de l’autre, alors que la libération de Marseille est précisément la conjonction des deux. Si la population marseillaise ne s’était pas insurgée aux côtés des résistants pour rendre la vie infernale aux Allemands, la libération de Marseille n’aurait pas été aussi simple », conclut l’historien.

    Andréa Goyard-de Castro

  • [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    [Memoire ouvrière] Lucien Molino. Le mouvement de grève s’élargit

    Le moment était venu de passer à une action d’envergure et demandait que tous les travailleurs soient consultés sur cette action. Cette question souleva une déclaration solennelle de Léon Jouhaux : « Ce n’est pas sur le débat lui-même que je veux parler, déclara-t-il, je veux simplement souligner une déclaration consécutive à la décision que vous avez prise hier. » Il ajouta, soucieux de ne pas diviser le CCN : « Je refuse de souscrire à une décision qui en faisant dépendre l’activité syndicale d’autres assemblées que les assemblées régulières risque de briser l’unité ouvrière. »

    Benoît Frachon lui répondit que : « Dans la résolution et le manifeste votés, il a été indiqué que les ouvriers seraient appelés à connaître les propositions que nous faisons pour eux, qu’ils seraient appelés à donner leur avis sur ces propositions et que le prochain comité confédéral du 19 décembre, organisme régulier des organisations syndicales, prendraient des décisions ; par conséquent, je préférerais que Jouhaux me dise au lieu de parler de décision anti-statutaire : nous ne voulons pas que l’on occulte les ouvriers, cela serait plus clair et plus net. »

    Défendre l’unité

    Tout au long de ces débats, on sentait les efforts des scissionnistes pour préparer la scission en se servant du plan Marshall dans un objectif anticommuniste et anti-soviétique. À Marseille, Le Provençal n’était pas en reste. Dans son numéro du 14 novembre, un placard non signé proclamait « Travailleurs, prenez garde ! Attention aux grèves politiques ; avant toute décision, exigez : 1° le vote à bulletin secret / 2° le dépouillement et l’affichage du résultat. » Les socialistes marseillais affirmaient ainsi leur opposition au développement des grèves et aux revendications ouvrières. Pourtant, le 14 novembre, la grève s’élargissait après consultation des travailleurs.

    Ainsi, l’assemblée générale des marins qui avait décidé la reprise du travail reconsidérait sa décision et se joignait à la grève.

    Il est vrai que le syndicat des officiers observait à l’égard des marins en grève une neutralité bienveillante afin de ne pas porter préjudice à leurs actions. Cette prise de position leur valut une violente « Lettre ouverte » de Jean Fraissinet dans Le Méridional qui déclara : « En décidant d’adopter à l’égard d’un tel mouvement une “attitude bienveillante” les dirigeants des syndicats d’officiers, qu’il nous soit permis de l’observer, ne peut faire preuve que d’hypocrisie, de lâcheté et de candeur. » La continuation de la grève des marins paralysa totalement le trafic du port. Le conseil syndical des dockers élargi au comité de grève décida à bulletin secret, 64 voix contre une : qu’aucun débarquement de marchandises n’aurait lieu. La fédération algérienne des commerçants, alarmée par la prise de position des dockers, demanda par télégramme au préfet d’intervenir.

    à suivre la semaine prochaine…

  • Un projet de musée sur la Seconde Guerre dans les Alpes-de-Haute-Provence

    Un projet de musée sur la Seconde Guerre dans les Alpes-de-Haute-Provence

    Soutenir les militaires blessés, les familles des combattants tués, et cultiver le souvenir des résistants décédés : tels sont les objectifs de la maison du combattant, créée début juin dans les Alpes-de-Haute-Provence, et présidée par Patrick Agli, lui-même ancien militaire, notamment au Liban.

    Depuis sa création, l’association s’est rapprochée de la mairie de Peipin, qui l’avait contactée pour redorer la tombe abandonnée de Marius Méyère, un résistant né dans le village et mort pour la France, abattu par des Allemands en 1944. Le maire de Peipin a ensuite proposé à la maison du combattant de s’installer dans les locaux de l’ancienne mairie, mesure qui doit encore être votée en conseil municipal. Après avoir rénové et remis en état le bâtiment, les membres de l’association ont pour projet d’y installer le premier musée du département consacré à la Seconde Guerre mondiale. La maison du combattant devrait signer un bail de 10 ans.

    « L’objectif serait de pérenniser le devoir de mémoire en s’adressant aux jeunes. Il faut que l’on suscite la curiosité des enfants », explique Patrick Agli. Son association compte sur les subventions de l’État ou encore de financeurs privés pour ce projet. Le bâtiment de 200 mètres carrés pourra également servir à « héberger certaines associations partenaires », avance le président de la maison du combattant, qui n’a pour l’instant pas de locaux, mais est domiciliée à Sisteron.

    Un maillage

    sur tout le département

    L’association compte déjà une quarantaine d’adhérents, et trois vice-présidents. Elle espère en recruter deux nouveaux pour avoir « un maillage complet » sur le département. Parmi les trois existants, Hubert Tassel, ancien colonel chasseur alpin, historien et chercheur ubayen, a récemment été enrôlé.

    L’association souhaite également organiser des conférences avec divers intervenants, et répertorier les sites ayant facilité le débarquement de Provence. « Le département, communiste à l’époque, fourmillait de maquisards, c’était l’un des plus actifs », avance Patrick Agli. Les membres du bureau ont déjà rencontré les élus de plusieurs mairies, comme celles de Sisteron et de Mison.