Tag: Religion

  • [Entretien] Nicolas Cadène : « La neutralité ne s’impose qu’à l’administration et non aux citoyens »

    [Entretien] Nicolas Cadène : « La neutralité ne s’impose qu’à l’administration et non aux citoyens »

    La Marseillaise : Au fil des années, cette loi a été modifiée et le principe de laïcité dévoyé ?

    Nicolas Cadène : Les dernières propositions de sénateurs ou de députés LR sont, en la matière, totalement contraires au principe même de la laïcité. Elles s’opposent à ses fondements puisqu’elles ne ciblent qu’une catégorie de la population, qu’une catégorie de croyants, en demandant en l’espèce l’interdiction de certaines pratiques cultuelles d’une seule religion : l’islam. Cela rompt avec le principe d’égalité que pose la laïcité. Cela rompt aussi avec le principe de liberté en restreignant la liberté de religion sans motif objectif. Enfin, rappelons que la neutralité ne s’impose qu’à l’administration publique et non aux citoyens. Ainsi, lorsque ces parlementaires veulent interdire le port du foulard ou du voile dans la rue, ils s’opposent au principe de laïcité.

    Pour des raisons électoralistes ?

    N.C. : Il semblerait, car ils surfent sur les peurs et les émotions pour attirer un électorat. Cela est favorisé par une information insuffisamment plurielle, qui fausse le débat public. Quand ces peurs sont diffusées très largement, en particulier par des médias mainstream et même du service public, les idées les plus sombres et les logiques de division de la population, ciblant pour l’essentiel les Français de confession musulmane, infusent dans l’opinion. Et ce d’autant plus qu’elles sont justifiées, à tort, par une laïcité dévoyée. Loin de chercher à élever le débat, à dénoncer ces instrumentalisations, ces clichés, beaucoup de responsables politiques préfèrent aller dans le sens de l’opinion facile.

    Avec le risque d’exclure une catégorie de la population et de provoquer un repli communautaire…

    N.C. : Évidemment. Ces propositions sont totalement contre-productives puisqu’elles ne font que stigmatiser davantage cette population, ce qui ne peut qu’aboutir à son repli encore plus net. Si on exclut une partie de la population du cadre commun, celle-ci va évidemment se replier sur une communauté de solidarité. De plus, le fait de poser des interdits sans justification objective réelle rend possible, demain, de poser des interdits à l’encontre de toute opinion qui ne serait pas considérée comme majoritaire, et qui serait considérée comme à bannir par le camp au pouvoir. C’est très dangereux et cela bafoue nos principes fondamentaux. Pourtant, c’est un discours que l’on entend régulièrement et qui n’interroge plus. C’est sans doute le plus inquiétant : ça ne choque plus grand monde.

    Comment se battre contre toutes ces dérives et réaffirmer
    ce principe de laïcité
     ?

    N.C. : Si vraiment on veut se battre pour la laïcité et si ces responsables politiques étaient véritablement fidèles à la laïcité, ils s’assureraient par exemple qu’il y ait des offres publiques laïques partout sur le territoire. Ils s’engageraient pour un soutien massif à l’enseignement public pour éviter le séparatisme scolaire, pour éviter qu’il n’y ait plus de mixité sociale dans les écoles, ce qui conduit évidemment à des replis communautaires. Pourtant, alors qu’ils ne soutiennent pas ces offres, ils s’étonnent ensuite que, dans certains quartiers ségrégués, il y ait des replis communautaires ! C’est trop facile. Ils se disent laïques mais ils dissocient question laïque et question sociale. Pour revenir à la polémique sur le voile et les jeunes filles, s’ils veulent vraiment protéger ces dernières, pourquoi refusent-ils de donner plus de moyens aux services sociaux et à l’aide sociale à l’enfance, qui peut sanctionner tout abus de la part des parents ?

    Pour réaffirmer le principe de laïcité, des contrats d’engagements républicains ont été mis en place à destination des associations. Une bonne chose ?

    N.C. : Cela émane de la loi dite « Séparatisme » de 2021. Le fait que les engagements républicains soient respectés n’est pas un problème. Le problème c’est la définition que l’on donne à ces engagements. Par exemple, le septième engagement n’est pas très clair et parle de « respecter les symboles de la République ». L’interprétation peut être très large. Si dans un festival, quelqu’un joue une chanson qui se moque de La Marseillaise – comme l’ont fait beaucoup de chanteurs – est-ce que l’association organisatrice sera sanctionnée ? Heureusement, à ce stade, les juges qui ont eu à se prononcer sur certaines interprétations trop larges par certains préfets, ont cassé les sanctions. Mais il faut être très vigilant pour ne pas tomber dans une sorte de suspicion généralisée et finalement dans la mise à mal du tissu associatif qui pourtant fait énormément pour l’intérêt général. C’est un partenaire majeur qu’il faut renforcer plutôt que suspecter.

  • Plaintes après des tags sur une église à Marseille

    Plaintes après des tags sur une église à Marseille

    C’est par un communiqué ce mercredi matin que le diocèse de Marseille a exprimé « sa grande tristesse » face aux tags réalisés dans la nuit de dimanche à lundi sur les murs de l’église des Chartreux (4e), « avec des phrases insultantes et incitant à la violence ». « S’en prendre à une église, c’est toucher en plein cœur la communauté catholique », déplore le diocèse, indiquant que la paroisse a déposé plainte.

    Le maire (DVG) de Marseille lui-même annonçait la veille que la municipalité comptait également déposer plainte et que ces services allaient nettoyer les inscriptions indiquant que « la seule église qui illumine est celle qui brûle », et que « si Dieu existe il faut le butter ». « Voilà le résultat d’années de laisser-faire », dénonçait la candidate de la droite et du centre évoquant un tag « christianophobe », alors que le sénateur d’extrême droite Stéphane Ravier s’était filmé devant les lieux plus tôt dans la journée. L’ex-maire (Hor.) des 4-5 Bruno Gilles assurait de son côté que la Ville était alertée « depuis plusieurs jours ».

  • Une soirée dédiée à la lutte des femmes iraniennes à Martigues

    Une soirée dédiée à la lutte des femmes iraniennes à Martigues

    « Tout ce qui arrive aux femmes est de leur faute. » Sara, installée en France depuis 2018, fait partie de ces Iraniennes à avoir refusé de se soumettre aux hommes et au régime des Mollah. Ce vendredi soir, elle vient partager son expérience de la lutte des femmes iraniennes à l’invitation du collectif féministe du PCF de Martigues.

    « Au départ, je pensais que c’était moi qui étais bizarre. On me disait que j’étais rebelle, car je ne voulais pas être leur poupée », raconte la trentenaire. « Car on ne peut rien dire contre les hommes. Sinon on se fait insulter avec des mots très durs. Cette sensation de ne rien pouvoir dire est étouffante », poursuit-elle. « Tout ce qui arrive aux femmes est de leur faute », affirme Sara, prenant comme exemple « si l’homme trompe sa femme, c’est de sa faute car c’est son rôle de satisfaire son homme ».

    Sororité contre patriarcat

    Dans la lutte des femmes iraniennes, Sara pense qu’« il faut d’abord se rendre compte que c’est le gouvernement qui permet tous ces problèmes que connaissent les femmes, en imposant la religion et l’éducation qui les contrôlent et les fait taire ». Elle est solidaire de « ces filles qui ne portent plus le hijab même si elles se font frapper par la police des mœurs ».

    Aujourd’hui, Sara a « espoir contre ce gouvernement qui vit ses dernières minutes », et trouve « rassurant que des hommes soient avec nous au lieu de se protéger entre eux ».

    Le témoignage de Sara est à retrouver au complet ce vendredi soir au 1 bd Gérard-Philipe à Martigues, à partir de 18h. Une initiative du collectif féministe du PCF dont fait partie Marianne Bocca, qui l’inscrit « dans le cadre de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes du 25 novembre » et pour « dénoncer le patriarcat » dans tous les pays.

    Entrée libre, repas à prix libre.

  • Vers une campagne polluée par les polémiques et les récupérations ?

    Vers une campagne polluée par les polémiques et les récupérations ?

    Montpellier vivra-t-elle encore « la campagne la plus folle de France » ? En 2020, le casting (le milliardaire Mohed Altrad, le clown Rémi Gaillard), les coups de théâtre (l’investiture retirée à l’Écologiste Clothilde Ollier pourtant donnée favorite) et les alliances improbables (fusion entre les listes de M. Altrad et d’Alenka Doulain) avaient braqué les projecteurs sur le Clapas.

    Cinq ans plus tard, alors même que le casting reste très incertain – Philippe Saurel voudra-t-il sa revanche ? Qui Altrad soutiendra-t-il ? Patricia Mirallès représentera-t-elle la Macronie ? – l’ambiance est déjà sulfureuse à quatre mois du premier tour. Chaque semaine, les postulants déclarés à l’Hôtel de Ville s’en donnent à cœur joie pour fustiger tantôt le bilan, tantôt les positions du maire Michaël Delafosse (PS). Lequel n’a toujours pas indiqué s’il briguera un second mandat.

    Cette semaine, c’était au tour de la tête de liste LFI, Nathalie Oziol, de prendre la foudre. En cause ses propos jugés « scandaleux » au sujet de l’assassin de Samuel Paty. Dans une vidéo exhumée, la députée insoumise indiquait ne pas être d’accord avec la qualification de « fanatique musulman » choisie par Michaël Delafosse pour qualifier le terroriste islamiste. Nathalie Oziol précisait que « ce n’est pas une question de religion, mais de moyens, de hiérarchie », l’enseignant ayant été laissé seul malgré ses alertes.

    À ces mots, M. Delafosse s’est indigné dénonçant par écrit une « absence totale de responsabilité à l’égard des professeurs ». Il fustige des propos qui « constituent une infidélité profonde aux valeurs de la gauche ». Le maire PS appelle à ne jamais « nier, relativiser ou transiger » avec le « fanatisme religieux, fléau de l’humanité ».

    Depuis la polémique enfle. Dans la presse, N. Oziol se défend, estimant que le sens de ses propos est détourné en vue de discréditer LFI. Elle insiste : « Amalgamer musulman et islamiste c’est inacceptable et insultant pour des millions de musulmans ».

    Tandis que la sœur de Samuel Paty a demandé à son avocate d’examiner la qualification des propos de N. Oziol au regard du délit d’apologie du terrorisme, d’autres candidats remettent de l’huile sur le feu, en ciblant… le maire et enseignant M.Delafosse. Isabelle Perrein juge « ses déclarations réductrices » et rappelle que « la laïcité est un principe républicain universel ». Serge Martin, l’ancien socialiste élu sur la liste Altrad, est plus virulent. « L’amalgame est une erreur peu commune aux historiens, « Mikka » est vraiment atypique ! Il se dit de gauche et s’exprime comme Zemmour ! ». Ça démarre fort.

  • Une ONG proche de Ménard dans le viseur pour complicité de crimes en Syrie

    Une ONG proche de Ménard dans le viseur pour complicité de crimes en Syrie

    L’ONG SOS Chrétiens d’Orient a été perquisitionnée cette semaine dans le cadre des investigations menées depuis la fin 2020 en France pour complicité de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre commis en Syrie », a indiqué samedi 27 septembre le Parquet national antiterroriste (Pnat).

    Sans forcément connaître cette ONG, les Biterrois ont eu affaire à elle. Le 12 novembre 2014, était créée à Béziers l’association SOS Maaloula, dont l’objectif était d’aider à la reconstruction du village syrien du même nom avec lequel la Ville de Béziers venait de se jumeler. Elle était présidée par Gérard Duguay, ancien para et proche de Robert Ménard. « …des populations entières du Moyen-Orient sont persécutées par des fous d’Allah en raison de leur foi. Les chrétiens sont particulièrement menacés. Face à ces persécutions, la municipalité de Béziers ne peut rester inactive », écrivait alors le service communication du maire, élu en mars 2014. Robert Ménard s’est d’ailleurs rendu dans ce village pendant cinq jours en octobre de la même année, avec le directeur de SOS Chrétiens d’Orient, Benjamin Blanchard. Le maire de Béziers n’y cachait pas avoir « une obligation à défendre le régime » de Bachar Al-Assad. Maaloula est un village en majorité chrétien pris en septembre 2013 par des groupes djihadistes et libéré le 14 avril 2014 par l’armée syrienne aidée du Hezbollah. Mais ce dernier « détail » a échappé à l’association chrétienne dont les fondateurs sont tout juste reposés de leur combat contre le mariage pour tous. L’instrumentalisation de ce village par Chrétiens d’Orient comme par sa déclinaison locale biterroise SOS Maaloula n’est pas une première. Le dictateur syrien lui-même y avait installé un institut de la langue araméenne (langue biblique) pour vendre l’idée d’une Syrie « creuset des civilisations ». Or la bataille de Maaloula, montée en épingle bien que fait mineur de faible importance stratégique -le village n’a jamais été administré par les djihadistes- va devenir, grâce à SOS Chrétiens d’Orient dont les deux créateurs sont d’anciens assistants parlementaires de l’extrême droite, l’argument massue contre l’aide occidentale aux rebelles.

    « Ressusciter les vignes

    du Christ »

    À Béziers, un des projets n’est rien moins que de « ressusciter les vignes du Christ » à Maaloula. Cela se terminera en fiasco dans un pays qui fait plus de pâturages que de vin et où la moitié des 57 000 pieds de vignes ont gelé. Vont se succéder concerts, spectacles son et lumière « Martyre et espérance des chrétiens d’Orient, de Saint-Paul à nos jours », soirée à Zinga Zanga, la grande salle de spectacle de Béziers, remise de chèque à SOS Chrétiens d’Orient… tout cela la plupart du temps dans des salles municipales… L’association n’en fait pas mystère, remerciant lors de ses assemblées générales le maire et les élus « qui nous fournissent aide et appui logistique ».

    Ce qui interpelle en tout cas la Cour régionale des Comptes dès 2014 ce sont ces 10 000 euros pris dans la caisse de la cantine scolaire pour financer SOS Maaloula. Gérard Duguay
    s’en est défendu auprès de Médiapart, déclarant que 70 000 euros ont été récoltés par l’association « dont près d’un tiers sous forme de subventions liées aux associations ».

    De l’argent en partie pris, donc, au contribuable par l’intermédiaire de SOS Maaloula pour financer SOS Chrétiens d’Orient sous le coup, depuis 2020, d’une enquête due à sa proximité avec des miliciens chrétiens pro-Assad accusés de crime de guerre.

    Enquête du parquet national antiterroriste

    L’enquête du Parquet national antiterroriste vient donc de franchir un cap avec les perquisitions organisées par ce service. Charles de Meyer, président de l’association créée en 2013 et maurassien (royaliste d’extrême droite) revendiqué, a confirmé à l’AFP les perquisitions, qui ont visé notamment son ordinateur. SOS Maaloula, dont le maire de Béziers est à l’origine avec le soutien de ses élus et celui de la Ville, a continué à soutenir SOS Chrétiens d’Orient même après 2020, quand elle a été l’objet d’une enquête antiterroriste.

  • Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    Crèches et santons, la collection de Régis Bertrand

    On a souvent consulté le livre de Régis Bertrand à propos des Santibelli et puis aussi Crèches et Santons de Provence, l’édition de la thèse qu’il avait soutenue en décembre 1989 sous la direction de Michel Vovelle. On a assisté à des conférences de ce chercheur-transmetteur qui enseigna pendant 25 ans l’histoire de la Provence à la Faculté des Lettres d’Aix. Pour autant on ne pouvait pas concevoir la finesse, la diversité et l’étendue de la collection qu’il divulgue cet été dans les vitrines d’un musée pour l’heure faiblement visible : en dépit des foules qui affluent, ils sont rares les visiteurs qui fréquentent le rez-de-chaussée de la Basilique de Notre-Dame.

    Quand on aura apprécié tel ou tel détail étonnant ou bien savoureux parmi les pièces que cet homme de grande discrétion a choisies pour son exposition – par exemple, les créations de Jean-Louis Lagnel, son Dresseur de marmottes, des Adorants, une Porteuse de légumes, un Valet à la lanterne, un Joueur de cor – on appréhendera mieux l’inlassable curiosité, le désir de comprendre et l’empathie qui sont les moteurs de la collection qu’il a composée en pleine entente avec son épouse Geneviève. Avant les publications de Régis Bertrand, les approximations d’auteurs pionniers comme Elzeard Rougier, Marcel Provence et Pierre Ripert, ou bien la propagande touristique des livres consacrés à la Provence empêchaient de mesurer les évolutions engendrées par deux siècles de création.

    Une fois de plus on éprouvera qu’un bon historien, par ailleurs capable d’assumer avec talent le rôle d’un commissaire d’exposition, affûte notre regard : il met de l’ordre parmi les souvenirs et les observations sur le terrain. Les objets et les cartels de son exposition situent impeccablement les grandes articulations de sa thèse. Preuves à l’appui, on voit qu’au fil des ans, les incarnations, les émotions et les récits de la religion se transforment, peuvent trouver leurs extensions dans des registres de l’imaginaire délibérément profanes. En provençal un « santoun » est un petit saint. Au milieu du XVIIIe siècle, une propagation s’effectue, on imite dans les églises du Midi des figurines en provenance de la Bohème, de Naples et de l’Italie. Les premières crèches, ce sont trois ou quatre personnages en bois qui accompagnent sur les autels les offices de l’Évangile de Noël. À côté de Joseph et Marie, les bergers et les mages vont se multiplier.

    Un village qui oublie Bethléem

    Assez vite, aux figures de la piété religieuse, s’ajoutent des personnages de la vie quotidienne. Le précurseur Jean-Louis Lagnel moule et invente des figurines qui imitent les silhouettes des personnes qu’il croise au Panier. Son meunier et son Ravi, le vannier ou la fileuse qui peuplent ses crèches ne viennent certes pas de la Palestine. Au fourmillement de cette population locale, correspond un détournement du territoire de la création. L’étable de la naissance de Jésus n’est plus le centre de la représentation, elle est reléguée sur la droite de la scène. À la place de Bethléem, on se retrouve parmi d’autres ritournelles, dans la Crau, à Moustiers ou dans les Alpilles : voici des moulins, des cyprès, un puits, des ponts et des montagnettes. Des boulangers, des fermières et des tambourinaires, une micro-société traditionnelle vêtue avec des gilets, des bonnets, des cotillons et des jupes d’indienne, des stéréotypes s’imposent. La niche d’une économie souterraine survivra, une civilisation s’efface doucement, un fragment de la société « contemple son reflet miniaturisé ».

    Pour paraître on ne sait pas encore quand, 2027 ? Régis Bertrand achèvera prochainement un vaste chantier, la rédaction d’un Dictionnaire des Santons et des Santonniers. Un autre mérite de son exposition est d’identifier clairement des écarts, des styles et des inventions : à côté de l’aubagnaise Thérèse Neveu et de l’aixois Paul Fouque, on découvrira les mini-biographies de plusieurs artistes-artisans que l’historien sort de l’anonymat. Entre autres, des Marseillais comme les Carbonnel, la famille de Pierre Pagano qui fut d’abord libraire-papetier, un autodidacte varois l’électricien André Filippi qui affectionnait le primitivisme de Dellepiane ainsi que des femmes-santonnières, Simone Jouglas, Émilie Pucilleni-Meinier et Marie Rouvier.

    Exposition « Pour une histoire des santons ». Jusqu’au 30 octobre, Musée Notre-Dame de la Garde, rez-de-chaussée de la Basilique, sauf lundi de 9h à 17h, entrée 3 euros.

  • Le diocèse conteste avoir tardé à agir face à des agressions sexuelles

    Le diocèse conteste avoir tardé à agir face à des agressions sexuelles

    « L’Église de Marseille s’efforce d’être à la hauteur de la confiance de tous ceux qui se tournent vers elle », insiste le diocèse de Marseille. Ce jeudi matin, c’est par un communiqué de presse que les autorités ecclésiastiques sont venues répondre à une enquête de l’hebdomadaire Paris Match, qui accusait le cardinal Aveline d’une gestion « erratique, voire complaisante », face à des signalements de violences sexuelles au sein de l’archevêché.

    Ainsi l’article indique-t-il que l’archevêque de Marseille n’a alerté le parquet qu’en 2019 pour des faits d’agressions par le curé d’Auriol, cinq ans après avoir été alerté. « Si le Cardinal Aveline avait reçu, au milieu des festivités de son ordination comme évêque auxiliaire une information à propos d’agissements du père Sighieri, il aurait sans aucun doute proposé à la personne, selon son habitude, de prendre rendez-vous », oppose le diocèse, qui rappelle qu’il a été suspendu dès septembre 2020, dix mois après le signalement au procureur et trois ans avant sa condamnation.

    Le communiqué indique aussi qu’il n’a pas connaissance d’abus par un formateur du séminaire d’Aix, relevant du diocèse d’Aix et Arles, malgré les accusations ciblant le recteur de la formation, qui avait reconnu un « manque de chasteté » à l’encontre d’une femme de 28 ans. S’il a été suspendu le temps de l’enquête préliminaire, il a réintégré son poste après le classement sans suite de la plainte.

    De même, le diocèse indique avoir immédiatement prévenu, en août 2020, la congrégation des Oblats de Marie Immaculée et demandé qu’un signalement soit fait au parquet après avoir été alerté avec des aveux filmés sur des faits d’agressions sexuelles présumées, dans les années 1990, du père Hours – ce qui sera fait à l’automne. Mais le cardinal « dément formellement » avoir invité une victime à « ne pas faire de vagues », comme le rapporte l’hebdomadaire.

    Enfin, « il n’a jamais été question de violences sexuelles ni même de gestes équivoques ou ambigus de nature sexuelle » en ce qui concerne le vicaire général de l’archidiocèse, accusé d’une relation « anormale » avec une famille, termine le communiqué. « Certes, il y a encore beaucoup à faire et à mieux faire », conclut le diocèse, « mais il est indéniable que […] des progrès ont été réalisés ». Promettant de poursuivre ces efforts.

  • [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    [Entretien] Robert Guédiguian : « Je raconte ce qui est préoccupant »

    La Marseillaise : Présentez-nous les grandes lignes de votre prochain film…

    Robert Guédiguian : Comme toujours, je cherche à raconter ce qui est le plus préoccupant aujourd’hui. Et ce qui nous préoccupe aujourd’hui, ce sont souvent des questions ignorées ou minorées en tout cas. Pendant deux générations, on ne s’est pas trop occupé d’identité, d’ethnie, de féminisme, de violences sexuelles. C’étaient des questions qui existaient, certains y travaillaient évidemment, mais ça apparaissait très secondaire quelque part dans le débat public. Par exemple, en politique, dans la prise en compte de ces questions dans les programmes, on en parlait très peu. Bien sûr, les uns et les autres avaient des propositions plus ou moins féministes, plus ou moins anticoloniales, plus ou moins antiracistes. Cela existait, bien entendu. Mais on ne mesurait pas à quel point ces questions demeuraient capitales, et pas secondaires du tout. Et aujourd’hui, on se prend une explosion suite à plusieurs dizaines d’années de sous-estimation de ces questions.

    Vous dites, dans le synopsis, que les questions d’origine, de religion, de genre ou de couleur de peau semblaient dépassées mais qu’on s’aperçoit que nous avions tort…

    R.G : C’est-à-dire qu’il faut prendre ces questions à bras-le-corps. Ce sont des questions auxquelles il faut apporter des réponses, qui peuvent être d’ordre institutionnel, politique, sociétal… Mais il faut les traiter car elles déterminent la vie des gens autant que leurs conditions matérielles d’existence, à mon sens. On s’est peut-être trop préoccupé des questions matérielles, je pense. La vie ce n’est pas qu’avoir le Smic qui augmente… C’est évidemment très important mais la vie n’est pas que matérielle. D’un point de vue anthropologique, elle est aussi spirituelle. Et dans le spirituel, il y a les mœurs, les rapports hommes-femmes, les rapports amoureux, les questions de genre… Ces questions développent des clivages assez fous dans les pays occidentaux. Trump a été élu sur une base « anti-changement civilisationnel ». Je ne dis pas « anti-progrès »

    Vous partez quand même d’une femme qui se pense « émancipée » mais qui change suite une agression ?

    R.G : Le film essaie de parler de toutes ces questions évoquées précédemment. Mais comment le faire ? C’est toujours la problématique : Parler du monde contemporain dans un film de fiction. Théoriquement, je pourrais écrire un texte, faire une conférence et avoir un discours rationnel sur ces sujets, sur la forme des luttes aujourd’hui. Mais dans un film, il faut que cela s’incarne dans des actions, des événements. Donc je pars d’une femme qui pense que tout va bien. Elle gagne bien sa vie, elle est heureuse et émancipée, y compris sexuellement. Elle a une très bonne situation mais elle vient d’un milieu populaire. Cette situation génère quelques frictions avec sa famille : les parents sont modestes et habitent dans une cité, alors qu’elle habite dans une villa au Roy d’Espagne. Elle est le stéréotype de la réussite. On ne précise pas sa profession dans le détail mais on suppose qu’elle est dans les fusions-acquisitions, des actions de boursicotage. C’est lié au capitalisme financier… Assez vite, elle est agressée sexuellement. Évidemment, cela l’atteint physiquement et psychologiquement. À tel point que cela va remettre peu à peu en cause son rapport au monde. Et pour faire de la fiction, elle va avoir un accident, par hasard, devant un foyer de jeunes mineures enceintes… On passe donc des bureaux de la tour Nouvel à une maison qui accueille des filles mineures de toutes origines. C’est là qu’elle va rencontrer d’autres mondes, d’autres univers, d’autres pauvretés, d’autres rapports sexuels. Il y a aussi le décès d’un oncle qui implique des révélations familiales, puisque la mère de notre personnage est née en Algérie. Elle découvre des choses difficiles sur ce qui s’est passé là-bas. À travers tout cela, on parle d’immigration, de mineures enceintes, on parle de notre rapport aux colonies… Ce n’est pas un film sociologique mais on fait attention à ne pas être en contradiction avec le réel.

    Votre traitement de ces questions est en lien avec la montée d’une internationale d’extrême droite dans le monde ?

    R.G : Par capillarité oui. Shakespeare disait que les auteurs sont des éponges de leur époque. Je suis surinformé, j’ai toujours aimé me préoccuper des autres, de ma rue ou du monde entier. Ce qui se passe en Ukraine, à Gaza, au Soudan ou au Congo m’intéresse. Quand j’écris, j’écris forcément avec tout ça. C’est de manière naturelle, je ne fais pas ça pour ça. Dans ce monde de confusion, avec Trump, Meloni, Erdogan, Orban, des figures émergent et ressemblent à des dictateurs élus. Évidemment, cela me préoccupe. Et ça nous pend au nez ici en France.

    Dites-nous en plus sur le casting, le tournage à venir…

    R.G : Il y a un petit décentrement. Le film s’appelle Une femme aujourd’hui. Pour rire, en général, j’ajoute : « Et ce n’est pas Ariane Ascaride ». Elle joue la mère, Gérard Meylan le père, Jean-Pierre Darroussin joue le voisin, les frères sont Robinson Stévenin et Adrien Jolivet. Il y a aussi Géraldine Loup et Sophie Payan. Il y a tout le monde, ou presque. Et le personnage principal est Marilou Aussilloux, de La Pie voleuse.

    Depuis « Twist à Bamako », vous êtes revenu à Marseille, c’est un retour aux sources naturel ?

    R.G : Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Pour moi, Marseille est une forme, c’est mon théâtre. On tourne rarement dans les mêmes quartiers, sauf à l’Estaque. Mais là, on n’est pas dans un conte comme d’habitude. On est dans un film beaucoup plus dur, plus « réaliste ». Et ce type de récits, je peux les tourner où je veux. Et où je veux, ça peut être ici. Je me dis que toutes les histoires du monde peuvent se passer n’importe où, y compris à Marseille. Je n’ai pas un regard sur la ville mais sur le récit. Toutes les histoires que je raconte peuvent se tenir ailleurs. Elles tiennent debout sans Marseille. Mais le film n’aura pas la même couleur, pas la même lumière, pas les mêmes matières. La forme change, mais le contenu reste. C’est mon regard sur le monde en général qui compte, pas sur Marseille. Et là, c’est les questions qui préoccupent l’occident dont je veux parler. Je pourrais en parler depuis Hambourg, Barcelone ou Liverpool.

    « Je tourne des histoires à Marseille et pas sur Marseille. Marseille est une forme, c’est mon théâtre »

  • Israël-Palestine : le cardinal Aveline appelle à la paix depuis Taybeh

    Israël-Palestine : le cardinal Aveline appelle à la paix depuis Taybeh

    Le symbole est fort, alors que se poursuivent les massacres de l’armée israélienne à Gaza. Pour son premier déplacement depuis son élection à la tête de la Conférence des évêques de France, le cardinal Jean-Marc Aveline, archevêque de Marseille, a décidé de se rendre en Israël et en Palestine, pour un voyage de quatre jours, accompagné de plusieurs évêques français. Un déplacement qui passait par Jérusalem, mais aussi par le monastère bénédictin d’Abu Gosh, à l’ouest de la ville sainte, et surtout par la ville de Taybeh, en Cisjordanie, à majorité chrétienne.

    « Nous avons souhaité que notre pèlerinage manifeste le soutien de l’Église de France aux communautés chrétiennes de Terre Sainte et soit aussi l’expression de notre solidarité avec tous les amis de la paix quelles que soient leurs convictions ou leurs religions », expliquait ainsi le cardinal marseillais face aux fidèles de la ville, saluant la solidarité entre les communautés religieuses de Cisjordanie, le « souci que vous portez de vos frères musulmans qui sont vos voisins ». Et promettant de témoigner à son retour sur les violences subies. Au mois de juillet en effet, « une série dangereuse d’attaques systématiques » avait touché la population, a témoigné son curé, le père Bashar Fawadleh, expliquant que « la ville avait récemment été la cible de plusieurs agressions de la part de colons, touchant les propriétés et inquiétant les habitants » comme le rapporte la paroisse. De plus en plus, les colons israéliens, armés, font ainsi paître leurs troupeaux sur les terres palestiniennes pour empêcher qu’elles soient cultivées, instituant un climat de peur, jusqu’à mettre le feu à un terrain voisin d’une église byzantine du Ve siècle. « Votre visite aujourd’hui n’est pas seulement une rencontre spirituelle, mais aussi un soutien moral important pour tous ceux qui vivent ici », insistait le curé auprès de l’archevêque de Marseille. Et celui-ci de dire qu’il priait « pour que notre pèlerinage puisse soutenir votre espérance de justice et de paix ».