Tag: Religion

  • « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    « Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage »

    La Marseillaise : Quelle a été votre réaction aux révélations de Mediapart sur les propos tenus par Jordan Bardella ?

    Haïm Bendao : Je n’ai été ni surpris ni choqué, bien au contraire. On ne peut pas être à la tête d’un tel parti politique en balayant les idées fondatrices de ce parti. Ça devait sortir un jour ou l’autre. Ça me fait plaisir de pouvoir dire à ma communauté que je les avais prévenus. Le RN est le FN un peu plus jeune et avec un autre visage. On espère toujours que les gens changent mais malheureusement ce n’est pas le cas. Avoir ce genre d’idées à 17 ans, ça en dit long. Il y a quelque chose de profond, d’intellectuel, on n’est pas sur une erreur liée à la fougue de la jeunesse. Et vouloir adhérer, si jeune, à un parti qui était clairement affiché comme antisémite à l’époque, puis vouloir y rester et dire qu’on ne l’est pas… Pourquoi ne pas partir ailleurs dès le début alors ? Si l’on n’est pas antisémite, on claque la porte du RN et on change ses fréquentations. En parlant de fréquentations, je pense, par exemple, à un élu qui tenait une librairie négationniste. Au moins, Jean-Marie Le Pen assumait avec franchise ses idées antisémites, alors que là ils essayent de séduire. J’ai énormément de peine de voir des gens de ma communauté qui se sont alliés avec des gens de ce parti. Après le 7 octobre, avoir vu marcher une partie de ma communauté avec des élus du RN à la banderole, je me suis dit que c’était la fin. Pire, certains sont même entrés dans des synagogues… Je rappelle que le seul extrême permis dans le judaïsme, c’est de ne pas avoir d’orgueil.

    Justement, ce soutien à la communauté juive fait partie
    de la défense du RN…

    H.B. : Ils sont capables de tout pour arriver au pouvoir. Cela me rappelle l’affaire Cahuzac, qui était capable de mentir sans cligner des yeux. Avec le désespoir ce genre d’idées s’installe très rapidement dans beaucoup de foyers. C’est peut-être étonnant pour un rabbin de dire ça, mais beaucoup de gens cherchent une religion et une politique « pompières ». C’est-à-dire que dans la galère, une famille va écouter un Bardella, un rabbin ou un imam parce qu’il promet qu’il va régler tous les problèmes. C’est très messianique comme histoire. Malheureusement, le RN et Bardella ont embrigadé du monde et sont le messie de quelque chose. Mais comment peut-on être des personnes de religion qui connaissent le passé du RN et se dire qu’il va nous sortir de quelque chose ? Cela me fait penser qu’une fois, je faisais une conférence à l’église de Saint-Joseph, à la fin, un jeune est venu me tendre sa carte du RN. Je n’ai même pas compris sa démarche, d’autant que j’étais avec un prêtre et un imam. D’ailleurs certains de ma communauté les ont suivis… Il faut avoir en tête qu’au lendemain du 7 octobre, se rapprocher de la communauté a permis à certains de prendre des galons. Mais je condamne aussi une partie de l’extrême gauche qui parle du Hamas comme un mouvement de résistance et c’est tout aussi dangereux.

    Quel message délivrez-vous
    à quelques mois de l’élection présidentielle
     ?

    H.B. : Il faut prendre le temps de dialoguer et de discuter. Cela me rappelle une anecdote. Une fois j’étais dans le bus pour la Timone avec un Maghrébin, on discutait et je lui ai dit : « Si le RN monte au pouvoir, ça sera vous les premiers et nous les deuxièmes. Nous sommes des boucliers l’un pour l’autre ». Il faut réussir à trouver de la lumière dans toute cette obscurité. Cela fait 30 ans que je suis dans les quartiers Nord, et à force de semer on récolte. Comment se fait-il qu’il y ait un seul rabbin dans toute l’Europe qui prend le temps d’aller distribuer le pain le jeudi, d’aller le vendredi à la mosquée ? Je plaide pour un espace de dialogue avec les imams et les prêtres de terrain. Il faut que les jeunes des quartiers puissent s’identifier à un discours terre à terre mais de paix.

  • [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    [Entretien] Michel Ficetola, historien : « L’affaire a été classée sans suite à juste titre »

    La Marseillaise : quel sentiment vous vient aujourd’hui ?

    Michel Ficetola : C’est une reconnaissance importante car les victimes obtiennent satisfaction et que mes travaux d’historien ont quelque part servi, mais ce n’est pas un moment historique dans le sens où on savait dès mai 2019 que c’était un crime contre l’Humanité reconnu dès lors que le ministère public acceptait d’ouvrir une enquête préliminaire. C’est une rafle-évacuation, un crime contre l’Humanité non génocidaire, dans le but d’expulser la population de Saint-Jean pour pouvoir raser le quartier. Cela avait été décidé dès la fin 1940 par Pétain et mission avait été donnée à l’architecte-urbaniste Eugène Beaudouin de réaliser un plan d’aménagement. À la différence de la rafle de l’Opéra du 22 janvier qui est un crime génocidaire où l’on vise une religion, les Juifs et une ethnie, les Tziganes, qualifiés de vagabonds.

    Il n’y aura pas de procès, est-ce une déception ?

    M.F. : L’affaire a été classée sans suite à juste titre car les responsables que l’on connaissait ont été jugés en 1955 avec des peines qui nous laissent pantois car des condamnations à mort ont été commuées en travaux forcés et des peines de prison n’ont pas été exécutées. Il y a eu des non-lieux scandaleux pour les principaux dirigeants français, c’est-à-dire René Bousquet, chef de la police de Vichy qui venait de commettre la rafle du Vél d’Hiv, le préfet de région Antoine Lemoine et Pierre Barraud, l’administrateur provisoire de la ville de Marseille. On n’allait pas juger un policier de 105 ans.

    Quelle leçon tirer pour le présent
    de ces crimes
     ?

    M.F. : Traiter un groupe de personnes de façon inhumaine, cruelle ou même dégradante est un crime contre l’Humanité. Quand je vois comme on tient les Roms dans l’humiliation et la dégradation des conditions de vie, les Tziganes aujourd’hui sont encore discriminés et persécutés.

  • [Exclusif] Benoît Payan va rencontrer le pape Léon XIV vendredi

    [Exclusif] Benoît Payan va rencontrer le pape Léon XIV vendredi

    Trois ans après la visite du pape François à Marseille, c’est à Paris que Benoît Payan rencontrera son successeur, à l’occasion du déplacement du pape Léon XIV en France. Convié par la présidence de la République avec le maire (PS) de Paris Emmanuel Grégoire, il participera à la rencontre avec les autorités, la société civile et le corps diplomatique organisée à l’Élysée, vendredi matin.

    « Nous connaissons les liens forts qui ont été créés entre Marseille et le pape lors de la venue de son prédécesseur en 2023 », explique-t-on dans l’entourage du maire, en se disant « très honorés » de l’invitation. Et de rappeler le rôle important joué par le cardinal Jean-Marc Aveline.

    «Je le connais un peu, il a été mon patron pendant deux ans, témoignait ce mercredi matin, sur France Inter, l’archevêque de Marseille, à l’origine de cette visite en France. Quand je lui ai proposé, c’était oui, mais il fallait trouver la date, c’était plus compliqué ». C’est alors qu’il se rendait à l’aéroport pour revenir à Marseille qu’il a appris que le pape acceptait, après l’annulation d’un voyage. « Ce jour-là, je m’en souviens, j’avais gardé 24 heures de silence total pour prendre la mesure intérieure de cette nouvelle et de tout ce qu’elle permettrait », partageait le cardinal.

  • [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    [Quoi de neuf] « Il y a un angle mort sur le Midi blanc, conservateur »

    Rémy Cougnenc : Le festival les Fourmilières contre les idées l’extrême droite est une première. Qu’est-ce que cela révèle du climat actuel ?

    Emmanuel Négrier : L’importance de l’enjeu et la très grande difficulté dans laquelle se trouvent les grands mouvements ciblés par l’extrême droite aujourd’hui. À savoir : trouver les armes pour lutter contre cette ascension. On voit dans le spectre électoral, les dynamiques de partis, les prises de position, une droitisation généralisée du discours et donc la fragilisation de personnes, groupes sociaux ou culturels ciblés par le RN. On le constate dans les premières expériences des villes conquises par le RN. L’urgence que manifestent ces mouvements, c’est de reprendre un peu la main pour faire le travail des partis politiques [de gauche, ndlr]. Il est essentiel de revenir sur l’Histoire pour ne pas se laisser berner par des discours populistes.

    Rémy Cougnenc : Philippe Secondy, c’est une plus-
    value historique que vous avez amenée au débat
    à la Carmagnole du 15
     septembre ?

    Philippe Secondy : Tout à fait. Je donne un éclairage sur l’esprit des lieux. Chaque territoire a des singularités politiques. Il est nécessaire de faire un long détour dans les archives pour montrer comment ces territoires ont été imprégnés sur le plan politique par des conflits parfois ancestraux avec des dimensions sociales, religieuses, économiques… qui ont pu peser.

    Rémy Cougnenc : Dans votre ouvrage, « La persistance du Midi Blanc » (catholicisme traditionnel, royauté, antirépublicains), vous expliquez que la crise viticole de 1907 a bouleversé les rapports de force avec le « Midi Rouge »…

    Philippe Secondy : Pour comprendre 1907, il faut comprendre ce qui s’est passé depuis la fin du XVIIIe siècle. En Languedoc et dans le sous-secteur rhodanien, on a un affrontement net entre les « rouges » et les « blancs ». Les « bleus » – les Orléanistes et Bonapartistes – étaient quelque peu marginaux. L’extrême droite a des racines dans ce Midi royaliste, dans lequel la religion va jouer un rôle de ciment fédérateur. Au XIXe, il y aura plusieurs dimensions. Dès 1819 avec la Restauration, durant Louis XVIII, Montpellier est la première ville de France à ériger un monument en l’honneur du « roi martyr », Louis XVI. La pose de la première pierre a donné lieu à un grand rassemblement populaire en 1819. La statue a été érigée place des Capucins aujourd’hui place du marché aux fleurs (à côté de la préfecture). On a des grands propriétaires terriens nobles alliés à la haute bourgeoisie mais aussi un enracinement de cette culture politique au sein des couches populaires. Tout cela sera confirmé lors des élections de 1849 après l’instauration du suffrage universel direct masculin. On va voir surgir des bastions « blancs » notamment dans l’est de l’Hérault. Au fil du siècle, ce Midi blanc va se consolider avec le journal L’Éclair qui naît en 1881 et qui existera avec un impact important jusqu’en 1944, dirigé par des membres de la noblesse et de la grande bourgeoisie. Ils seront rejoints par l’évêque Monseigneur de Cabrières qui jouera un rôle central durant un demi-siècle. En 1907, il va tendre la main aux révoltés de la viticulture et des perches à certains membres du « Midi rouge » qui est assez éclaté avec des radicaux-socialistes vus comme des radis : rouges de l’extérieur mais blancs de l’intérieur. Il va profiter de ce moment d’union nationale pour essayer de récupérer sur le plan politique ces viticulteurs massivement mobilisés contre l’État central [face à la surproduction de vin].

    Olivier Nottale : C’est vrai que les jeunes de 2026 n’ont pas forcément connaissance qu’il a pu exister ce « Midi blanc » à Montpellier…

    Philippe Secondy : En fait, il y a longtemps eu une focalisation sur le « Midi rouge » avec des travaux importants de l’historien Jean Sagnes ou Paul Alliès en science politique. Il y a un angle mort de ce Midi conservateur structuré par les royalistes. Chez eux, il y aura des entrepreneurs politiques qui ont accepté les règles de la modernité électorale avec le suffrage universel. Je pense notamment à l’avocat André Vincent qui à la fin du XIXe siècle va développer la jeunesse royaliste, laquelle va entamer un bras de fer avec les notables « blancs », favorables à une sorte d’honorable modération, ne souhaitant pas participer au jeu politique. Or, André Vincent et ses émules comprennent que pour agir concrètement, il faut adopter les nouvelles règles. Grâce au concours de l’Église, ils vont créer des structures de type associatif, vecteurs essentiels pour ancrer ce « Midi blanc ». On met aussi en avant ce qu’il se passe dans les monarchies européennes voisines. Une sorte de programme politique assez moderniste sur certains points se met en place.

    Rémy Cougnenc : Comment le « Midi blanc » a-t-il encaissé la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État ?

    Philippe Secondy : Cela a été un coup derrière la tête mais aussi un moment important de mobilisation politique. Mgr de Cabrières qui sera aussi cardinal va défier le Pape Léon XIII qui prônait le ralliement à la République. Il va écrire le manifeste d’Avignon.

    Écoutez l’émission en cliquant sur le lien.

  • [Entretien] André Chassaigne : « Croyants et communistes ont à cœur la fraternité et l’égalité »

    [Entretien] André Chassaigne : « Croyants et communistes ont à cœur la fraternité et l’égalité »

    La Marseillaise : On assimile souvent la doctrine marxiste au message évangélique. La première a été pervertie comme l’on sait, tandis que le second a permis la domination de la classe bourgeoise. Comment expliquez-vous cette dérive ?

    André Chassaigne : Cela s’explique par le fait que dans l’ancien régime, l’Église catholique était étroitement liée au pouvoir politique. Au fil des siècles, l’absolutisme était devenu inséparable du catholicisme. L’absolutisme royal n’a tenu que parce qu’il avait le soutien de l’Église catholique. C’est la Révolution de 1789 qui a renversé le pouvoir d’une Église qui a tenté ensuite de revenir en première ligne. Mais le principe de la laïcité était posé. Ce grand acquis est un pur produit de la Révolution.

    Laquelle laïcité a connu heurs et malheurs au cours du XIXe siècle jusqu’à la loi de 1905…

    A.C. : Mais depuis le Siècle des Lumières, les tentatives de la hiérarchie de l’Église catholique de revenir politiquement au premier plan ont échoué. Paradoxalement et à terme, la laïcité, telle qu’elle a émergé avec la Révolution, a été un bienfait pour l’Église elle-même. Elle aboutira en 1905 à une loi de la séparation des Églises et de l’État qui assure à chacun la liberté de conscience.

    Actuellement, la laïcité, telle qu’elle a été conçue en 1905, a été accaparée par l’extrême droite pour en faire un cheval de bataille contre les musulmans.

    A.C. : Ce sujet réel est abordé dans mon livre. Il faut lutter contre l’idée qu’une religion serait incompatible avec la laïcité. Cette conquête qu’est la laïcité doit permettre à chaque religion de se développer sans intervenir dans la sphère publique. Il y a une dérive de l’islam extrémiste qui voudrait qu’il n’y ait pas de séparation entre religion et pouvoir politique, en imposant que les principes religieux commandent aussi l’ordre politique. J’essaie de montrer qu’il y a une grande majorité de musulmans qui vivent et pratiquent dans un cadre laïc. La grande erreur consisterait à stigmatiser les musulmans en les amalgamant à l’islamisme radical. Cette attitude ne peut produire que des frustrations, pousser même certains à rejoindre ce courant religieux réactionnaire et profondément antidémocratique. Il est donc important de démontrer qu’il n’y a pas d’exclusion dans les principes de la laïcité, comme dans les luttes sociales, et inviter tout un chacun à faire société au-delà de ses croyances. Déjà, en 1936, quand le fascisme menaçait la France, cette démarche a inspiré Maurice Thorez, qui a lancé son appel aux catholiques [« La main tendue », Ndlr]. Ensuite, en 1976, Georges Marchais a élargi cet appel à l’ensemble des chrétiens. Désormais, compte tenu de l’évolution de la société, il faut étendre cette démarche. Je pense qu’il serait bon de lancer un appel à l’ensemble des croyants, et notamment les musulmans qui risquent d’être instrumentalisés par les extrémistes radicaux. Il serait dangereux de prendre prétexte de l’islamisme radical pour changer la loi de séparation des Églises et de l’État avec, in fine, l’objectif d’exclure une partie des citoyens.

    Lorsque vous parlez d’un « appel aux croyants », n’est-ce pas une cause perdue dès lors que les sondages montrent qu’en France, 40% de la population se dit d’origine catholique et que moins de 5% sont pratiquants ?

    A.C. : Il est bon de réaffirmer des principes. Mais en adressant cet appel à tous les croyants, notamment aux chrétiens, musulmans, juifs, il doit rappeler que tous sont égaux et considérés comme tels par notre République laïque, qu’ils doivent eux-mêmes protéger.

    Un milliardaire présenté comme « fervent catholique » tente actuellement de rallier par des médias populistes les classes populaires à un vote d’extrême droite. Comment le Parti communiste peut-il réagir ?

    A.C. : C’est encore l’un des objets du livre. Je fais « appel » à l’image de Jésus pour que l’on puisse se retrouver dans une société qui ne brime pas les individus au titre de leur religion, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, voire sociale. Que l’on puisse se retrouver, s’unir contre ce fléau commun, l’argent-roi, qui aboutit à asservir les êtres, piller les ressources naturelles et mépriser les peuples. Il est le terreau des fondamentalistes en tous genres. Je rappelle que l’essence même du christianisme est incompatible avec les adeptes de la haine et de cet argent-roi. Il n’échappe à personne que certains essaient d’instrumentaliser l’Église pour servir des causes réactionnaires de rejet de l’autre, visant à préserver la domination financière d’une « caste ».

    N’est-il pas paradoxal que le même Jésus auquel vous vous référez soit commun en Amérique latine à la fois aux théologiens de la Libération, qu’on rapproche à la gauche, et aux évangéliques, soutiens acharnés de l’extrême droite ?

    A.C. : C’est une dérive. Je ne me suis pas particulièrement penché sur ce que pensent les différents courants évangéliques, c’est un paradoxe qui mérite d’être débattu avec les chrétiens eux-mêmes. Pour ma part, j’ai aussi voulu montrer qu’on peut se retrouver pour constituer une société protectrice, libératrice et respectueuse de tout le monde et de chacun. L’Église a évolué sur les questions sociétales et morales. J’ai voulu valoriser cette mutation en soulignant ce qui va, à mes yeux, dans le bon sens. C’est pour cela que je rappelle la théologie de la Libération et le rôle de certains papes. Les propos du pape François sont puissants et justes, il faut les valoriser davantage, d’autant qu’ils sont rejetés parfois par des intégristes, au sein même de l’Église.

    Cette mutation sociétale de l’Église catholique que vous évoquez est-elle bien réelle lorsque ses évêques enjoignent aux sénateurs de s’opposer à la loi sur la fin de vie ?

    A.C. : À titre personnel, je n’étais pas favorable à cette loi sur la fin de vie. Mais j’estime que les évêques n’auraient pas dû intervenir. Il n’est pas dans leur rôle de s’adresser aux parlementaires. C’est même contre-productif : cela signifiait une opposition au titre d’une vision chrétienne et morale, alors que l’on pouvait invoquer une approche sociétale du problème. Je vis dans un milieu rural où j’assiste à un phénomène terrible. Des personnes âgées vivant en Ehpad culpabilisent de continuer à vivre parce qu’elles sont en train de liquider le peu de biens qu’elles peuvent laisser à leurs enfants. C’est une vraie question posée à notre société et son système.

    Puisque vous venez d’y faire allusion, un communisme rural est-il encore imaginable à l’heure où, après avoir conquis les territoires industriels en déshérence, l’extrême droite gagne des points dans la France profonde ?

    A.C. : C’est un terreau fertile parce qu’il y a une grande souffrance, due notamment à l’abandon des services publics, une perte de valeurs républicaines et démocratiques qui incite à voter pour le Rassemblement national. C’est une expression politique au premier degré. Au lieu de stigmatiser ceux qui utilisent ce vote pour exprimer leur mécontentement, il nous faut démontrer que le vote d’extrême droite n’est pas une solution et aggraverait même la situation. Le communisme rural s’est construit sur ce que l’on appelle « la famille large », par les contacts de proximité et de solidarité. Voilà pourquoi, nous organisons deux fois par an à Ambert, dans le Puy-de-Dôme, une vente solidaire de fruits et légumes, qui attire un monde considérable et qui nous permet de discuter avec les gens. Le Parti communiste est vécu comme une grande famille et cette fraternité vécue fait tache d’huile.

    Quel rôle communistes et catholiques de France peuvent-ils jouer actuellement ?

    A.C. : Les communistes et les catholiques – dont certains sont d’ailleurs membres du PCF – partagent deux valeurs essentielles : la fraternité, que je viens d’évoquer, et l’égalité. Or, ce principe d’égalité est aujourd’hui durement mis à mal, aussi bien par ceux qui défendent le système actuel que par les radicaux religieux de tous bords. Si nous voulons vivre dans une société apaisée, soucieuse du bien-être individuel comme du bien commun – aspiration profonde de la majorité de nos concitoyens –, il est temps de réagir et de rassembler nos forces. « Vous êtes tous frères », affirme Jésus dans l’Évangile selon Saint Matthieu. « Nous sommes tous égaux », confirment les communistes français. Ces deux convictions forment une cause commune. Face aux menaces qui se dessinent et à ceux qui prospèrent sur les divisions, l’urgence est de nous unir. Unir nos forces pour faire barrage aux faiseurs de haine et de division, et faire triompher une société fondée concrètement sur la Fraternité et l’Égalité.

    * « Cheminement d’un communiste en terre chrétienne », aux Éditions Deborée,
    184 pages, 22
     euros.

  • Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Qu’il semble loin le temps où l’État endossait son rôle de défenseur de la laïcité. Avec les arrivées au pouvoir de Robert Ménard à Béziers et de Julien Sanchez à Beaucaire en 2014, la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État a vite été piétinée par l’extrême droite. Laquelle se sert de la religion catholique comme un outil idéologique d’exclusion et de repli identitaire.

    Les premières années, même si elles avaient parfois besoin d’être alertées par les associations, les préfectures du Gard et de l’Hérault contre-attaquaient face à l’installation en mairie de crèches de la nativité. Avec succès d’ailleurs, le prosélytisme des maires d’extrême droite ayant été sanctionné à maintes reprises. Et puis, plus rien ou presque.

    Dans l’Hérault, pas un préfet n’a jugé utile d’engager de recours contre la crèche illégale de Robert Ménard depuis le 8 décembre 2017. Même tendance dans le Gard quand bien même 2022 a fait figure d’exception sous la pression associative. Voilà bientôt une décennie que si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou la Libre Pensée n’agissaient pas régulièrement contre cette violation manifeste d’un principe essentiel de la République française, personne ne trouverait à y redire.

    La préfète dans son droit

    Ce mutisme devenu la norme représente, face à la transgression de la loi de 1905, une forme de renonciation de la part de l’État. On peut même aller plus loin. Et voir dans la présence régulière des préfets à la messe d’ouverture de la Feria de Béziers (en rien une « tradition » puisqu’elle a été inventée par Robert Ménard en 2014 avec la procession de la Vierge), un signe d’approbation.

    Au cours de l’édition 2026 de la Feria, le discours trumpiste de Robert Ménard en a scandalisé plus d’un. Mais il n’a suscité aucune réaction de la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, alors même que l’image des femmes et des valeurs républicaines telles que la fraternité ont été malmenées par l’édile d’extrême droite.

    Rappelant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 sur la laïcité), la Libre Pensée a écrit à la préfète pour lui demander deux précisions. Premièrement : le financement municipal du char de la Vierge, emblème religieux par excellence, ne constitue-t-il pas une violation manifeste de la loi ? Deuxièmement : la présence à une cérémonie religieuse d’élus municipaux ceints de leurs écharpes tricolores ainsi que de Chantal Mauchet elle-même en sa qualité de préfète, n’est-elle pas une autre entorse au principe de laïcité ?

    À la première question, la préfecture de l’Hérault donne sa lecture de la jurisprudence. À savoir que « la seule représentation d’un symbole appartenant à une tradition religieuse ne permet pas, à elle seule, de qualifier la dépense de subvention cultuelle. Une telle appréciation suppose d’examiner la destination de l’œuvre ou de l’équipement, son contexte d’utilisation, sa fonction au sein de la manifestation, ainsi que ses éventuelles dimensions artistique, culturelle, patrimoniale ou festive. » Ce à quoi la Libre Pensée s’étonne. « Il nous semble difficilement contestable qu’une représentation de la Vierge Marie dans le cadre d’une procession un 15 août intitulée “défilé de la Vierge” puisse avoir le moindre caractère culturel indépendant du culte de la Sainte Vierge. »

    Sur le fait que les élus sont soumis à « une forme de réserve lorsqu’ils représentent la collectivité publique » (article L. 1111-13 du Code général des collectivités territoriales, CGCT) ou que l’usage de l’écharpe tricolore se limite aux « cérémonies publiques », (…) « fonctions d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire » (article D. 2122-4 du CGCT), Chantal Mauchet précise. « La présence d’un maire à une cérémonie religieuse ne saurait être regardée comme constituant une méconnaissance du principe de laïcité. Dans le contexte d’une fête locale, cette présence peut relever des fonctions de représentation de l’élu et de sa participation à la vie institutionnelle, culturelle et traditionnelle de la commune. »

    Même raisonnement pour les préfets. « Il convient de distinguer la présence institutionnelle à une cérémonie cultuelle de l’accomplissement personnel d’actes relevant du culte : la présence d’un représentant de l’État à une messe ne permet pas de caractériser une méconnaissance du principe de neutralité ». Interrogée par La Marseillaise, la préfecture ajoute que le préfet « n’a pas une interdiction absolue de participer à des offices religieux dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, dès lors qu’il s’abstient d’y participer activement ».

    La Libre Pensée, elle, déplore « l’absence de mesure qui encadre strictement la participation des préfets » aux cérémonies religieuses. Quoi qu’il en soit, les préfets sont désormais plus enclins à assister à la messe d’une fête populaire qu’à attaquer une crèche religieuse en mairie reconnue maintes fois illégale.

  • Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Lors des jours fériés, bon nombre de responsables d’exécutifs s’en font l’écho sur les réseaux sociaux. Même lorsque ces jours sont liés à des fêtes religieuses. Le 15 août, jour de l’Assomption, plusieurs maires vauclusiens en ont fait mention. Comme le maire RN de Morières, Grégoire Souque, voire celui (DVG) de Bollène, Anthony Zilio. Mais de manière assez neutre, adressant une sorte de pensée républicaine aux catholiques.

    En revanche, les maires RN d’Orange et de Bédarrides ont développé un message plus prosélyte aux yeux de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre pensée. Les deux associations ont adressé un courrier au préfet *. La Libre pensée demande à Thierry Suquet de bien « vouloir rappeler » à Jean-Dominique Artaud (Orange) et Guillaume Taddio (Bédarrides) « leur obligation de respecter la loi de 1905 et, en conséquence, de retirer le message qu’ils ont publié ». « La République ne reconnaissant aucun culte, elle n’en privilégie donc aucun de quelque manière que ce soit », rappelle La libre pensée.

    Le maire d’Orange parle ainsi d’un « héritage chrétien qui a profondément façonné la France » évoquant « nos processions, nos églises, nos fêtes et nos traditions », quand le maire de Bédarrides souligne une « une fête qui occupe une place particulière dans notre patrimoine et nos traditions ». « Ces formulations peuvent donner le sentiment que ces deux maires associent l’identité de la commune à une référence religieuse particulière », juge la LDH rappelant qu’une « collectivité territoriale s’adresse à l’ensemble de ses administrés, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques : sa communication doit respecter les exigences de neutralité qui s’attachent à l’action publique ».

    Une « polémique » qui « emmerde » Guillaume Taddio. Sur Ici Vaucluse, le maire s’érige contre « une conception de la laïcité qui consiste à effacer notre histoire et notre tradition ». Et de remettre en cause la neutralité de la LDH se demandant si elle agirait de la sorte s’il « faisait le même genre de post avec l’Aïd », accusant la LDH d’être « de gauche et christianophobe » et finissant par dire qu’il ne publiera rien sur les fêtes juives ou musulmanes car pas liées à l’histoire de France. La LDH réclame « une égale considération des religions ».

    * Sollicitée, « la préfecture
    ne souhaite pas s’exprimer
    sur ce sujet
     ».

  • La crypte révèle l’histoire de Digne

    La crypte révèle l’histoire de Digne

    Mausolées, murs vieux du Ier siècle, basilique du Ve… De nombreux vestiges témoignent du passé et de l’histoire de la ville de Digne au sein de la crypte archéologique de la cathédrale Notre Dame Du Bourg. Le projet de création de cette crypte a vu le jour dans les années 1980, « alors que la cathédrale était en très mauvais état et menaçait de s’effondrer », explique Amin Sankon, guide pour la crypte. L’architecte des monuments historiques Francesco Flavigny a donc été appelé pour constater les dégâts : « il était temps de faire quelque chose pour sauver cet édifice, et sa solution a été d’enlever la toiture et voir l’état des fondations », relate le guide. Mauvaise surprise : l’architecte se rend alors compte que la cathédrale est construite sur une nappe aquifère, laissant l’eau circuler et causer des dégâts. Pour maintenir les murs de la cathédrale, il décide d’installer un plancher en béton armé. En faisant ses sondages, il retrouve de nombreux vestiges archéologiques. La priorité devient ainsi de conserver ces derniers, tout en construisant le plancher pour éviter que la cathédrale ne s’écroule. Demande est faite à l’État de lancer une vaste campagne de fouilles.

    Gabrielle Démians d’Archimbaud, professeure à Aix-en-Provence précurseure de l’archéologie médiévale, se saisit alors du lieu et mène la campagne de fouilles, qui commencera enfin en 1987. Des « armées d’archéologues » débarquent alors, raconte Amin Sankon. « Dans les années 1960, l’archéologie médiévale n’était pas vraiment un sujet. C’était une discipline toute nouvelle, on s’intéressait surtout à la préhistoire et à l’antiquité en archéologie. Comme il y avait beaucoup de textes écrits sur l’époque du Moyen-Âge, on disait que ce n’était pas la peine de mener des fouilles », explique le guide.

    L’archéologue aixoise demande ensuite une deuxième autorisation pour mener d’autres campagnes de fouilles afin de partir à la recherche d’un baptistère. « Elle ne trouve pas le baptistère, mais en revanche elle va trouver deux mausolées : l’un du IIIe siècle et l’autre du IVe », exposés aux yeux des visiteurs dans la crypte, relate Amin Sankon.

    Le déplacement

    du centre-ville

    Une troisième campagne de fouilles permet à l’archéologue de trouver des vestiges de la ville de Dinia, Digne à l’antiquité. « Voilà comment ont débuté ces fouilles et comment le musée a vu le jour plus tard en 2010 », conclut le guide qui propose des visites les vendredis après-midi.

    « Les recherches ont permis de retrouver les origines antiques de la ville de Digne. Les fouilles ont permis de localiser l’emplacement exact de la ville de Dinia, Digne à l’époque antique, qui était enfouie entre 4,5 et 6 mètres de profondeur », explique Josiane Richaud, responsable de la crypte archéologique.

    Digne est l’une des rares villes à compter deux cathédrales. « La ville antique s’est développée autour de la cathédrale Notre Dame du Bourg, puis l’évêque, qui était le seigneur des lieux, va se déplacer et construire son château dans le centre-ville actuel de Digne. Les gens vont petit à petit s’agglutiner autour de cette construction, et finalement la ville va se déplacer », relate la responsable de la crypte. Le château de l’évêque va finalement être détruit « par les Dignois pendant les guerres de Religion, pour éviter qu’il devienne un bastion protestant », avance Josiane Richaud. Le pape va finalement demander à l’évêque de choisir entre les deux églises, et Saint-Jérôme est ainsi devenue co-cathédrale. « La première et la vraie cathédrale, historiquement, c’est Notre Dame du Bourg », affirme la responsable de la crypte.

    Rue du Prévôt, Digne-les-Bains

  • Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    « Aujourd’hui, dans une atmosphère sereine et joyeuse, toute l’assemblée s’est réunie avec ferveur pour célébrer la cérémonie d’ouverture du 37e séminaire d’enseignement du bouddhisme », scande le vénérable Thich Quang Dao, de la pagode Truc Lam, à Marseille (11e). Ce mercredi matin s’est tenue la cérémonie d’ouverture du 37e rassemblement annuel de la Congrégation bouddhique vietnamienne unifiée en Europe.

    Venus de tout le continent, fidèles et sages se rassemblent à Marseille pour partager, du 22 au 30 juillet, la philosophie bouddhiste. « Les vénérables ont la responsabilité de transmettre l’enseignement du bouddha, les laïques (les fidèles Ndlr) reçoivent l’enseignement du bouddha pour l’appliquer dans leur quotidien, dans la famille ou dans la société », explique Thich Nhu Dien, vice-président de la congrégation et vénérable de la pagode d’Évry.

    Devant la halle sportive du lycée professionnel de la Cadenelle (12e), transformée en pagode sacrée pour l’événement, les chaussures des 1 200 participants s’accumulent. à l’intérieur, en tenue traditionnelle, tous les sympathisants sont assis en tailleur sur de petits coussins marron. Face à eux, se tiennent les vénérables des différentes pagodes de la congrégation, assis dans une tribune. Entre discours, invocations et chants rituels, la cérémonie suit son cours.

    « Cela représente un an de préparation, de rencontres et d’études préalables, puis plus d’une semaine d’aménagement du campus », témoigne Romain Birot, directeur général du lycée. Les salles de classe ont notamment été reconfigurées en dortoir.

    Pour préserver la culture

    Les fidèles présents au séminaire sont majoritairement d’origine vietnamienne. Ces rassemblements « permettent aussi aux enfants vietnamiens nés en Europe de pratiquer la langue, la culture et la religion vietnamienne », remarque Lan Mayet Nguyen, organisatrice de l’événement. Au-delà des vertus spirituelles du rassemblement, c’est l’aspect culturel et l’importance que revêt l’événement pour la diaspora vietnamienne en Europe qui sont mis en avant. L’organisatrice ajoute : « Il y a 10 000 habitants vietnamiens à Marseille, dont 5 000 sont des pratiquants bouddhistes ». Selon Romain Birot, le choix de la Ville de Marseille s’ancre lui aussi dans cette logique, « au regard de la forte communauté vietnamienne dans le sud de la France ».

    Le reste de la semaine sera partagé entre méditations et échanges, permettant à chaque fidèle de s’enrichir spirituellement.
  • Les croix de la discorde à Comps

    Les croix de la discorde à Comps

    Sommes-nous revenus au XIXe siècle, époque durant laquelle l’Église catholique avait entrepris une reconquête symbolique de l’espace public en installant des croix au sommet des montagnes en opposition à la déchristianisation de la fin du XVIIIe siècle et à la Révolution française ? Dans le Gard, certains doivent le penser, puisqu’ils ont accroché deux croix catholiques sur les hauteurs de Comps, près de Beaucaire.

    Tout commence en 2025. Une première croix en bois est installée sans autorisation et y restera plus d’un an, jusqu’à ce qu’un inconnu la démonte. Mais en mai dernier, une nouvelle croix, cette fois en métal, est solidement accrochée à la roche au même endroit. L’association Action citoyenne anti-raciste et antifasciste à Beaucaire (ACAAB) alerte alors la Ligue des droits de l’Homme et la Libre pensée du Gard pour que cette croix illégale soit démontée, en respect de la loi de 1905.

    La polémique devient alors particulièrement violente. Laure Cordelet, présidente de l’association ACAAB, reçoit plusieurs menaces. Dans le même temps, de très nombreux habitants se mobilisent pour sauver cette croix symbole, selon eux, du patrimoine et de la culture française… Une pétition est même lancée en ligne pour rassembler les soutiens à la présence du symbole religieux dans l’espace public (348 personnes l’ont déjà signée).

    « Sur des parcelles qui appartiennent à une collectivité publique, c’est interdit d’apposer des symboles religieux quels qu’ils soient en vertu de l’article 28 de la loi de 1905. Sur une parcelle privée, chacun fait ce qu’il veut, même si elle est visible de l’extérieur. Toutes les croix installées avant 1905 peuvent être restaurées sans problème parce qu’elles sont devenues patrimoniales et qu’elles datent d’avant la séparation historique de l’Église et de l’État », recadre Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.

    Une deuxième croix apparaît

    Pendant que la polémique enfle et s’accompagne de tags de soutien, une nouvelle croix, celle-ci en bois, apparaît, toujours sur les hauteurs de Comps. Après vérification, il s’avère que ces croix ont été apposées sur des terrains appartenant à la mairie de Beaucaire pour la première, et au Département du Gard pour la seconde. Le maire de Comps, Alain Laget, a ainsi contacté les deux collectivités pour leur demander d’appliquer la loi. Le Département a rapidement réagi en signifiant que la croix en bois serait retirée. Pour l’heure, la municipalité de Beaucaire n’a pris aucune décision et son maire RN Nelson Chaudon, qui avait été condamné à 103 000 euros pour avoir laissé une crèche dans la mairie, ne semble pas opposé à la présence de la croix.

    D’autres militants d’extrême droite ont même tenté un parallèle hasardeux entre la présence de la croix dans l’espace public et le port du voile islamique. « Ça n’a rien à voir. Est-ce que les croix sont interdites sur les gens ? Grâce à la laïcité, les gens ont le droit à la liberté de conscience et de conviction. Il y a d’un côté l’administration qui doit être neutre pour traiter tout le monde à égalité. De l’autre, les citoyens qui ne sont pas neutres, sinon on est dans un régime autoritaire où plus personne ne peut avoir des idées. Porter un voile n’est pas du prosélytisme. Le prosélytisme, ce sont des prises de parole, des écrits, des slogans, ça n’a rien à voir », rappelle Nicolas Cadène. Reste que la croix, à l’instar de la crèche, pourrait bien devenir la nouvelle marotte du maire RN de Beaucaire.