Tag: Religion

  • Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Laïcité : face à l’extrême droite, l’État semble avoir capitulé

    Qu’il semble loin le temps où l’État endossait son rôle de défenseur de la laïcité. Avec les arrivées au pouvoir de Robert Ménard à Béziers et de Julien Sanchez à Beaucaire en 2014, la loi de 1905 qui consacre la séparation des Églises et de l’État a vite été piétinée par l’extrême droite. Laquelle se sert de la religion catholique comme un outil idéologique d’exclusion et de repli identitaire.

    Les premières années, même si elles avaient parfois besoin d’être alertées par les associations, les préfectures du Gard et de l’Hérault contre-attaquaient face à l’installation en mairie de crèches de la nativité. Avec succès d’ailleurs, le prosélytisme des maires d’extrême droite ayant été sanctionné à maintes reprises. Et puis, plus rien ou presque.

    Dans l’Hérault, pas un préfet n’a jugé utile d’engager de recours contre la crèche illégale de Robert Ménard depuis le 8 décembre 2017. Même tendance dans le Gard quand bien même 2022 a fait figure d’exception sous la pression associative. Voilà bientôt une décennie que si la Ligue des droits de l’Homme (LDH) ou la Libre Pensée n’agissaient pas régulièrement contre cette violation manifeste d’un principe essentiel de la République française, personne ne trouverait à y redire.

    La préfète dans son droit

    Ce mutisme devenu la norme représente, face à la transgression de la loi de 1905, une forme de renonciation de la part de l’État. On peut même aller plus loin. Et voir dans la présence régulière des préfets à la messe d’ouverture de la Feria de Béziers (en rien une « tradition » puisqu’elle a été inventée par Robert Ménard en 2014 avec la procession de la Vierge), un signe d’approbation.

    Au cours de l’édition 2026 de la Feria, le discours trumpiste de Robert Ménard en a scandalisé plus d’un. Mais il n’a suscité aucune réaction de la préfète de l’Hérault, Chantal Mauchet, alors même que l’image des femmes et des valeurs républicaines telles que la fraternité ont été malmenées par l’édile d’extrême droite.

    Rappelant que « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2 de la loi de 1905 sur la laïcité), la Libre Pensée a écrit à la préfète pour lui demander deux précisions. Premièrement : le financement municipal du char de la Vierge, emblème religieux par excellence, ne constitue-t-il pas une violation manifeste de la loi ? Deuxièmement : la présence à une cérémonie religieuse d’élus municipaux ceints de leurs écharpes tricolores ainsi que de Chantal Mauchet elle-même en sa qualité de préfète, n’est-elle pas une autre entorse au principe de laïcité ?

    À la première question, la préfecture de l’Hérault donne sa lecture de la jurisprudence. À savoir que « la seule représentation d’un symbole appartenant à une tradition religieuse ne permet pas, à elle seule, de qualifier la dépense de subvention cultuelle. Une telle appréciation suppose d’examiner la destination de l’œuvre ou de l’équipement, son contexte d’utilisation, sa fonction au sein de la manifestation, ainsi que ses éventuelles dimensions artistique, culturelle, patrimoniale ou festive. » Ce à quoi la Libre Pensée s’étonne. « Il nous semble difficilement contestable qu’une représentation de la Vierge Marie dans le cadre d’une procession un 15 août intitulée “défilé de la Vierge” puisse avoir le moindre caractère culturel indépendant du culte de la Sainte Vierge. »

    Sur le fait que les élus sont soumis à « une forme de réserve lorsqu’ils représentent la collectivité publique » (article L. 1111-13 du Code général des collectivités territoriales, CGCT) ou que l’usage de l’écharpe tricolore se limite aux « cérémonies publiques », (…) « fonctions d’officier d’état civil et d’officier de police judiciaire » (article D. 2122-4 du CGCT), Chantal Mauchet précise. « La présence d’un maire à une cérémonie religieuse ne saurait être regardée comme constituant une méconnaissance du principe de laïcité. Dans le contexte d’une fête locale, cette présence peut relever des fonctions de représentation de l’élu et de sa participation à la vie institutionnelle, culturelle et traditionnelle de la commune. »

    Même raisonnement pour les préfets. « Il convient de distinguer la présence institutionnelle à une cérémonie cultuelle de l’accomplissement personnel d’actes relevant du culte : la présence d’un représentant de l’État à une messe ne permet pas de caractériser une méconnaissance du principe de neutralité ». Interrogée par La Marseillaise, la préfecture ajoute que le préfet « n’a pas une interdiction absolue de participer à des offices religieux dans le cadre de l’exercice de ses fonctions, dès lors qu’il s’abstient d’y participer activement ».

    La Libre Pensée, elle, déplore « l’absence de mesure qui encadre strictement la participation des préfets » aux cérémonies religieuses. Quoi qu’il en soit, les préfets sont désormais plus enclins à assister à la messe d’une fête populaire qu’à attaquer une crèche religieuse en mairie reconnue maintes fois illégale.

  • Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Des publications religieuses de maires RN font polémique

    Lors des jours fériés, bon nombre de responsables d’exécutifs s’en font l’écho sur les réseaux sociaux. Même lorsque ces jours sont liés à des fêtes religieuses. Le 15 août, jour de l’Assomption, plusieurs maires vauclusiens en ont fait mention. Comme le maire RN de Morières, Grégoire Souque, voire celui (DVG) de Bollène, Anthony Zilio. Mais de manière assez neutre, adressant une sorte de pensée républicaine aux catholiques.

    En revanche, les maires RN d’Orange et de Bédarrides ont développé un message plus prosélyte aux yeux de la Ligue des droits de l’Homme et de la Libre pensée. Les deux associations ont adressé un courrier au préfet *. La Libre pensée demande à Thierry Suquet de bien « vouloir rappeler » à Jean-Dominique Artaud (Orange) et Guillaume Taddio (Bédarrides) « leur obligation de respecter la loi de 1905 et, en conséquence, de retirer le message qu’ils ont publié ». « La République ne reconnaissant aucun culte, elle n’en privilégie donc aucun de quelque manière que ce soit », rappelle La libre pensée.

    Le maire d’Orange parle ainsi d’un « héritage chrétien qui a profondément façonné la France » évoquant « nos processions, nos églises, nos fêtes et nos traditions », quand le maire de Bédarrides souligne une « une fête qui occupe une place particulière dans notre patrimoine et nos traditions ». « Ces formulations peuvent donner le sentiment que ces deux maires associent l’identité de la commune à une référence religieuse particulière », juge la LDH rappelant qu’une « collectivité territoriale s’adresse à l’ensemble de ses administrés, quelles que soient leurs convictions religieuses ou philosophiques : sa communication doit respecter les exigences de neutralité qui s’attachent à l’action publique ».

    Une « polémique » qui « emmerde » Guillaume Taddio. Sur Ici Vaucluse, le maire s’érige contre « une conception de la laïcité qui consiste à effacer notre histoire et notre tradition ». Et de remettre en cause la neutralité de la LDH se demandant si elle agirait de la sorte s’il « faisait le même genre de post avec l’Aïd », accusant la LDH d’être « de gauche et christianophobe » et finissant par dire qu’il ne publiera rien sur les fêtes juives ou musulmanes car pas liées à l’histoire de France. La LDH réclame « une égale considération des religions ».

    * Sollicitée, « la préfecture
    ne souhaite pas s’exprimer
    sur ce sujet
     ».

  • La crypte révèle l’histoire de Digne

    La crypte révèle l’histoire de Digne

    Mausolées, murs vieux du Ier siècle, basilique du Ve… De nombreux vestiges témoignent du passé et de l’histoire de la ville de Digne au sein de la crypte archéologique de la cathédrale Notre Dame Du Bourg. Le projet de création de cette crypte a vu le jour dans les années 1980, « alors que la cathédrale était en très mauvais état et menaçait de s’effondrer », explique Amin Sankon, guide pour la crypte. L’architecte des monuments historiques Francesco Flavigny a donc été appelé pour constater les dégâts : « il était temps de faire quelque chose pour sauver cet édifice, et sa solution a été d’enlever la toiture et voir l’état des fondations », relate le guide. Mauvaise surprise : l’architecte se rend alors compte que la cathédrale est construite sur une nappe aquifère, laissant l’eau circuler et causer des dégâts. Pour maintenir les murs de la cathédrale, il décide d’installer un plancher en béton armé. En faisant ses sondages, il retrouve de nombreux vestiges archéologiques. La priorité devient ainsi de conserver ces derniers, tout en construisant le plancher pour éviter que la cathédrale ne s’écroule. Demande est faite à l’État de lancer une vaste campagne de fouilles.

    Gabrielle Démians d’Archimbaud, professeure à Aix-en-Provence précurseure de l’archéologie médiévale, se saisit alors du lieu et mène la campagne de fouilles, qui commencera enfin en 1987. Des « armées d’archéologues » débarquent alors, raconte Amin Sankon. « Dans les années 1960, l’archéologie médiévale n’était pas vraiment un sujet. C’était une discipline toute nouvelle, on s’intéressait surtout à la préhistoire et à l’antiquité en archéologie. Comme il y avait beaucoup de textes écrits sur l’époque du Moyen-Âge, on disait que ce n’était pas la peine de mener des fouilles », explique le guide.

    L’archéologue aixoise demande ensuite une deuxième autorisation pour mener d’autres campagnes de fouilles afin de partir à la recherche d’un baptistère. « Elle ne trouve pas le baptistère, mais en revanche elle va trouver deux mausolées : l’un du IIIe siècle et l’autre du IVe », exposés aux yeux des visiteurs dans la crypte, relate Amin Sankon.

    Le déplacement

    du centre-ville

    Une troisième campagne de fouilles permet à l’archéologue de trouver des vestiges de la ville de Dinia, Digne à l’antiquité. « Voilà comment ont débuté ces fouilles et comment le musée a vu le jour plus tard en 2010 », conclut le guide qui propose des visites les vendredis après-midi.

    « Les recherches ont permis de retrouver les origines antiques de la ville de Digne. Les fouilles ont permis de localiser l’emplacement exact de la ville de Dinia, Digne à l’époque antique, qui était enfouie entre 4,5 et 6 mètres de profondeur », explique Josiane Richaud, responsable de la crypte archéologique.

    Digne est l’une des rares villes à compter deux cathédrales. « La ville antique s’est développée autour de la cathédrale Notre Dame du Bourg, puis l’évêque, qui était le seigneur des lieux, va se déplacer et construire son château dans le centre-ville actuel de Digne. Les gens vont petit à petit s’agglutiner autour de cette construction, et finalement la ville va se déplacer », relate la responsable de la crypte. Le château de l’évêque va finalement être détruit « par les Dignois pendant les guerres de Religion, pour éviter qu’il devienne un bastion protestant », avance Josiane Richaud. Le pape va finalement demander à l’évêque de choisir entre les deux églises, et Saint-Jérôme est ainsi devenue co-cathédrale. « La première et la vraie cathédrale, historiquement, c’est Notre Dame du Bourg », affirme la responsable de la crypte.

    Rue du Prévôt, Digne-les-Bains

  • Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    Le plus grand rassemblement bouddhiste d’Europe est lancé à Marseille

    « Aujourd’hui, dans une atmosphère sereine et joyeuse, toute l’assemblée s’est réunie avec ferveur pour célébrer la cérémonie d’ouverture du 37e séminaire d’enseignement du bouddhisme », scande le vénérable Thich Quang Dao, de la pagode Truc Lam, à Marseille (11e). Ce mercredi matin s’est tenue la cérémonie d’ouverture du 37e rassemblement annuel de la Congrégation bouddhique vietnamienne unifiée en Europe.

    Venus de tout le continent, fidèles et sages se rassemblent à Marseille pour partager, du 22 au 30 juillet, la philosophie bouddhiste. « Les vénérables ont la responsabilité de transmettre l’enseignement du bouddha, les laïques (les fidèles Ndlr) reçoivent l’enseignement du bouddha pour l’appliquer dans leur quotidien, dans la famille ou dans la société », explique Thich Nhu Dien, vice-président de la congrégation et vénérable de la pagode d’Évry.

    Devant la halle sportive du lycée professionnel de la Cadenelle (12e), transformée en pagode sacrée pour l’événement, les chaussures des 1 200 participants s’accumulent. à l’intérieur, en tenue traditionnelle, tous les sympathisants sont assis en tailleur sur de petits coussins marron. Face à eux, se tiennent les vénérables des différentes pagodes de la congrégation, assis dans une tribune. Entre discours, invocations et chants rituels, la cérémonie suit son cours.

    « Cela représente un an de préparation, de rencontres et d’études préalables, puis plus d’une semaine d’aménagement du campus », témoigne Romain Birot, directeur général du lycée. Les salles de classe ont notamment été reconfigurées en dortoir.

    Pour préserver la culture

    Les fidèles présents au séminaire sont majoritairement d’origine vietnamienne. Ces rassemblements « permettent aussi aux enfants vietnamiens nés en Europe de pratiquer la langue, la culture et la religion vietnamienne », remarque Lan Mayet Nguyen, organisatrice de l’événement. Au-delà des vertus spirituelles du rassemblement, c’est l’aspect culturel et l’importance que revêt l’événement pour la diaspora vietnamienne en Europe qui sont mis en avant. L’organisatrice ajoute : « Il y a 10 000 habitants vietnamiens à Marseille, dont 5 000 sont des pratiquants bouddhistes ». Selon Romain Birot, le choix de la Ville de Marseille s’ancre lui aussi dans cette logique, « au regard de la forte communauté vietnamienne dans le sud de la France ».

    Le reste de la semaine sera partagé entre méditations et échanges, permettant à chaque fidèle de s’enrichir spirituellement.
  • Les croix de la discorde à Comps

    Les croix de la discorde à Comps

    Sommes-nous revenus au XIXe siècle, époque durant laquelle l’Église catholique avait entrepris une reconquête symbolique de l’espace public en installant des croix au sommet des montagnes en opposition à la déchristianisation de la fin du XVIIIe siècle et à la Révolution française ? Dans le Gard, certains doivent le penser, puisqu’ils ont accroché deux croix catholiques sur les hauteurs de Comps, près de Beaucaire.

    Tout commence en 2025. Une première croix en bois est installée sans autorisation et y restera plus d’un an, jusqu’à ce qu’un inconnu la démonte. Mais en mai dernier, une nouvelle croix, cette fois en métal, est solidement accrochée à la roche au même endroit. L’association Action citoyenne anti-raciste et antifasciste à Beaucaire (ACAAB) alerte alors la Ligue des droits de l’Homme et la Libre pensée du Gard pour que cette croix illégale soit démontée, en respect de la loi de 1905.

    La polémique devient alors particulièrement violente. Laure Cordelet, présidente de l’association ACAAB, reçoit plusieurs menaces. Dans le même temps, de très nombreux habitants se mobilisent pour sauver cette croix symbole, selon eux, du patrimoine et de la culture française… Une pétition est même lancée en ligne pour rassembler les soutiens à la présence du symbole religieux dans l’espace public (348 personnes l’ont déjà signée).

    « Sur des parcelles qui appartiennent à une collectivité publique, c’est interdit d’apposer des symboles religieux quels qu’ils soient en vertu de l’article 28 de la loi de 1905. Sur une parcelle privée, chacun fait ce qu’il veut, même si elle est visible de l’extérieur. Toutes les croix installées avant 1905 peuvent être restaurées sans problème parce qu’elles sont devenues patrimoniales et qu’elles datent d’avant la séparation historique de l’Église et de l’État », recadre Nicolas Cadène, ancien rapporteur général de l’Observatoire de la laïcité.

    Une deuxième croix apparaît

    Pendant que la polémique enfle et s’accompagne de tags de soutien, une nouvelle croix, celle-ci en bois, apparaît, toujours sur les hauteurs de Comps. Après vérification, il s’avère que ces croix ont été apposées sur des terrains appartenant à la mairie de Beaucaire pour la première, et au Département du Gard pour la seconde. Le maire de Comps, Alain Laget, a ainsi contacté les deux collectivités pour leur demander d’appliquer la loi. Le Département a rapidement réagi en signifiant que la croix en bois serait retirée. Pour l’heure, la municipalité de Beaucaire n’a pris aucune décision et son maire RN Nelson Chaudon, qui avait été condamné à 103 000 euros pour avoir laissé une crèche dans la mairie, ne semble pas opposé à la présence de la croix.

    D’autres militants d’extrême droite ont même tenté un parallèle hasardeux entre la présence de la croix dans l’espace public et le port du voile islamique. « Ça n’a rien à voir. Est-ce que les croix sont interdites sur les gens ? Grâce à la laïcité, les gens ont le droit à la liberté de conscience et de conviction. Il y a d’un côté l’administration qui doit être neutre pour traiter tout le monde à égalité. De l’autre, les citoyens qui ne sont pas neutres, sinon on est dans un régime autoritaire où plus personne ne peut avoir des idées. Porter un voile n’est pas du prosélytisme. Le prosélytisme, ce sont des prises de parole, des écrits, des slogans, ça n’a rien à voir », rappelle Nicolas Cadène. Reste que la croix, à l’instar de la crèche, pourrait bien devenir la nouvelle marotte du maire RN de Beaucaire.

  • La moto américaine efface le 1er mai

    La moto américaine efface le 1er mai

    Comme toutes les mairies gérées par le Rassemblement national, la politique culturelle à Beaucaire s’inscrit dans la défense des traditions locales. Ici, c’est donc naturellement la culture taurine qui capte toutes les attentions. « Une école taurine est en cours de mise en place avec une association qui a eu une subvention exceptionnelle à la création, ce qui est assez rare. Il y a aussi une novillada qui va voir le jour. Pour eux, la culture c’est la culture taurine et provençale, point », explique Luc Perrin.

    L’élu d’opposition, également secrétaire de l’association Latinos Sin Fronteras, remarque qu’il est aussi très difficile pour certaines associations d’obtenir une salle  : « Il y a toujours de grandes difficultés pour avoir des réponses. Nous essayons d’organiser une fête avec l’association pour le 20 mai. On a demandé une salle il y a plus d’un mois et je n’ai aucune réponse. J’ai fait une relance, toujours sans réponse. Si ce qu’on demande ne leur plaît pas, ils préfèrent ne pas répondre plutôt que de dire non ».

    À Beaucaire, la culture chrétienne est également à l’honneur avec notamment la traditionnelle crèche installée chaque année dans la mairie malgré les multiples condamnations judiciaires. « Il y a aussi la Sainte-Madeleine, les vendanges de la Madeleine, la cuvée de la Madeleine où les maires sont toujours présents sans écharpe. Le maire assiste à des messes et on voit bien qu’il ne fait pas ça en toute discrétion, il s’affiche mais sans écharpe », détaille Luc Perrin.

    Les USA à l’honneur

    Comme depuis onze ans, les drapeaux américains ont envahi les rues de Beaucaire vendredi 1er mai. En effet, la fête des travailleurs a toujours été fustigée par l’extrême droite. Alors à Beaucaire, la municipalité RN a décidé de l’invisibiliser en organisant une grande fête de la moto américaine. Harley-Davidson, tatouages, musique country et jeeps sont au rendez-vous de cet événement qui a tout du rassemblement Maga (Make America Great Again, la devise de Donald Trump). Une procession de motards est même bénie par des prêtres. Pendant le temps d’une journée, la municipalité RN ne voit donc pas d’objection à célébrer une culture étrangère…

    « Ça fait toujours très bizarre de voir le curé bénir les motards sous une nuée de drapeaux américains. Mais cet événement a un succès énorme donc si on le critique, on passe pour un rabat-joie », explique Luc Perrin. « À Beaucaire, on met en place ces fêtes américaines pour effacer le 1er mai des calendriers », confirme Jean Vanhaute, président de l’institut d’histoire sociale de la CGT du Gard.

  • Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Comment Robert Ménard revisite l’Histoire à des fins idéologiques

    Trente ans de chantier, dix-neuf hectares aménagés, treize millions de budget, premiers coups de pioche espérés en 2028. Le projet « Béziers antique », porté par l’édile d’extrême droite Robert Ménard, se veut faramineux. L’objectif affiché étant de reconstruire la cité de Riquet telle qu’elle était en l’an 30 après Jésus-Christ, avec les techniques employées pendant l’Antiquité. Un amphithéâtre, une nécropole, un forum, un ludus (une école de gladiateurs) devraient ainsi voir le jour le long de la route de Lespignan. « Béziers antique » se veut pédagogique, notamment en montrant différentes techniques utilisées par des artisans et en proposant des animations et démonstrations toute l’année.

    Sauf que le maire semble se servir de ce projet pour mener une bataille idéologique propre à l’extrême droite en réécrivant l’Histoire. « Il le pratique depuis 2014 mais il varie beaucoup sur son positionnement partisan puisqu’il a soutenu Marine Le Pen, Éric Zemmour, maintenant Bruno Retailleau. Sur le fond, il a une vision réactionnaire, une sorte de national-catholicisme qui s’inscrit dans la longue tradition de l’extrême droite depuis Charles Maurras. Ménard a des usages de l’Histoire qui sont problématiques et idéologiques », soutient Richard Vassakos, historien et auteur de l’ouvrage La Croisade de Robert Ménard : Une bataille culturelle d’extrême droite (éditions Libertalia, 2021).

    Un âge d’or révolu

    Une vision d’un passé fantasmé, une nostalgie d’un âge d’or révolu, dont l’apogée aurait été la chrétienté dans l’Antiquité. « Ce n’est pas n’importe quelle Rome antique, c’est celle de l’an 30 après Jésus-Christ, donc du début de la christianisation. Il y a là quand même un biais, une orientation assez claire. Ce n’est pas la Rome républicaine, c’est la Rome impériale qui va vers la christianisation et on prend le point de départ de l’ère chrétienne. Donc il y a quand même quelque chose qui n’est pas anodin », poursuit Richard Vassakos. L’an dernier, l’édile s’était illustré en installant un olivier bimillénaire – de l’âge du Christ – devant la mairie. Sans oublier les crèches de la nativité, les messes de la Feria, les cérémonies patriotiques, etc. « Il y a une volonté de remettre la religion au centre du village qui, en fait, est une construction de la guerre, du choc des civilisations, c’est-à-dire que c’est les chrétiens contre les autres, c’est nous et eux  », soutient l’historien.

    Or Béziers est le fruit de mélanges des multiples populations qui se sont succédé : les Celtes sont les premiers puis viennent les Romains avant que les Wisigoths, les Francs et les Arabes ne s’arrêtent à Béziers.

    « Le but est de mener la bataille culturelle via un certain nombre de forces réactionnaires, d’implanter un récit ou un méta-récit et donc de construire cette dimension identitaire. Le projet “Béziers antique” pourrait être très bien. Effectivement, Béziers a été une ville romanisée. Il n’y a aucun souci avec ça. La difficulté, c’est ce qu’on y met derrière », observe Richard Vassakos, qui craint que le projet biterrois ne devienne une sorte de Puy-du-Fou, complexe de loisirs porté en Vendée par l’ultra réac Philippe de Villiers, connu pour son interprétation de la Révolution controversée. L’extrême droite aurait-elle un problème avec la République ?

  • Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le CIL de Besse-sur-Isole défend Sœur Mathilde, accusée de ne pas être une religieuse

    Le communiqué de Monseigneur Touvet, évêque du Diocèse de Toulon-Fréjus, publié le 17 avril, a de nouveau troublé la tranquillité du village de Besse-sur-Issole, 3 200 habitants. Il y est affirmé que sœur Mathilde des Cœurs Unis (Mathilde Rocoffort de Vinnière de son nom civil) « n’est pas une “religieuse” ».

    Arrivée à Besse-sur-Issole en 2020, elle prononce des vœux de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, le 2 février de cette année, en présence de l’évêque de l’époque, Mgr Rey. Des vœux privés, qui, selon Mgr Touvet « ne donnent droit ni au titre de religieuse, ni au port d’un habit religieux ».

    Gonfaron,

    point de discorde ?

    Pourtant, l’actuel évêque envisageait de lui confier une mission à Gonfaron, en 2025, mission qu’elle aurait refusée. L’évêque aurait alors estimé qu’elle ne pouvait être considérée comme religieuse et ne pouvait donc pas assurer de fonction religieuse. « C’est faux, elle avait accepté, mais ne pouvant payer trois mois de loyer d’avance pour son logement, elle a dû se raviser », rétorque François Paz, président d’un Comité d’intérêt local (CIL) laïc créé la même année, pour soutenir sœur Mathilde, « une personne qui mène une vie de religieuse tout en étant très utile et aimée ». Fort de 600 adhérents, le CIL l’a d’ailleurs missionnée pour s’occuper d’enfants, « sans dispenser de formation religieuse », précise-t-il.

    Après cet épisode, en octobre, le curé de la paroisse, l’abbé Bonfils, refuse de célébrer une messe en l’honneur de l’anniversaire de ses vœux. Conséquence du différend de Gonfaron ? « Je pense que cette situation a commencé avant, on voulait se débarrasser d’elle pour une raison que j’ignore », estime François Paz. Après les élections municipales, un nouvel épisode survient. Selon le président du CIL, sœur Mathilde est accusée « d’avoir fait perdre le maire sortant » et serait devenue la cible d’insultes, ce qui la pousse à déposer plainte. Dans le cadre de l’enquête, l’abbé Bonfils ainsi qu’un prêtre d’un village voisin sont convoqués par la gendarmerie, « sous prétexte qu’ils refuseraient de la considérer comme une religieuse », écrit Mgr Touvet. « Il ne prend pas en compte les mesquineries qu’elle a subies », juge le président du CIL. Tous deux disent vouloir le « retour du calme » au sein du village. « C’est notre ligne directrice et pour cela, il faut du dialogue », conclut François Paz.

  • [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    [Rétrospective 2025] Extrême droite, toujours haineuse

    Hichem Miraoui, nouvelle victime du racisme

    Samedi 31 mai 2025, 22h30. Hichem Miraoui, coiffeur immigré tunisien âgé de 45 ans et domicilié depuis plusieurs années à Puget-sur-Argens, est en visioconférence avec sa famille restée au pays. Ils ne le savent pas encore, mais ce sont les derniers mots qu’ils échangent. Dans quelques secondes, le racisme va une nouvelle fois tuer, un mois après l’assassinat d’Aboubakar Cissé dans une mosquée du Gard.

    Et le racisme a un nom : Christophe Belgembe, 53 ans, voisin d’Hichem Miraoui, qu’il insultait et menaçait régulièrement de mort. Ce soir-là, il se rend chez lui et l’abat de cinq balles. Un geste qui semble prémédité : témoins et proches affirment que le meurtrier était animé d’une haine marquée envers les immigrés, en particulier les musulmans, qu’il partageait ouvertement sur les réseaux sociaux. Il y affirmait aussi, régulièrement sa sympathie pour le Rassemblement national. Et son comportement ce soir-là ne laisse aucune place au doute : avant sa cavalcade meurtrière, Belgembe tire un coup de feu dans son domicile et profère des menaces racistes dans une vidéo publiée sur les réseaux. Après son passage à l’acte, il en publie une autre, dans laquelle il affirme vouloir « que la peur change de camp », dans un amalgame aussi raciste que paranoïaque.

    Des réactions officielles qui se sont fait attendre

    Sa compagne, qui a prévenu la police, affirme également qu’il ne supportait pas la présence de tous les travailleurs étrangers de son quartier. Preuve par l’acte : après avoir tué Hichem Miraoui, il s’en prend à d’autres immigrés, dont Afik B., un jeune Turc de 25 ans, que Belgembe traque puis blesse par balle, à la main. Un mobile xénophobe auquel le contexte ambiant, empreint d’une islamophobie décomplexée, appuyée par les propos anti-voile de Bruno Retailleau alors ministre de l’Intérieur, n’est sûrement pas étranger. Il a d’ailleurs fallu près de 48 heures pour que ce dernier réagisse. Le maire de Puget-sur-Argens, lui, « ne veut pas réagir. On est en réunion de crise pour un autre dossier important », nous disait-on. Le dossier en question ? L’installation de gens du voyage sur le terrain de football communal.

    Belgembe, lui, réfute le caractère raciste de ses actes et plaide le coup de folie et l’alcoolémie. Il a été mis en examen le 5 juin pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste, motivés par la race, la religion ou l’origine ». Le Parquet national antiterroriste (Pnat) a ouvert une enquête, la 20e depuis 2017 concernant des faits liés à des idées d’extrême droite, mais la première pour une affaire d’assassinat.

    8 juin : deux marches blanches à Puget-sur-Argens et à Marseille

    Une semaine après l’assassinat d’Hichem, plusieurs centaines de personnes, dont des responsables politiques, se sont réunies à Marseille pour lui rendre hommageet demander justice à travers une marche blanche. Une seconde a eu lieu l’après-midi, au départ de son salon de coiffure, à Puget-sur-Argens, où l’émotion était palpable. 1 600 personnes y ont pris part.

    Ad.B.

    7 octobre : mobilisés contre l’emprise Stérin

    Devant la salle de spectacle du 6MIC, le 7 octobre, une foule de citoyens, d’associations et de syndicats a poussé l’organisation de la Nuit du bien commun à se replier. La tenue de l’événement, lié au milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, a suscité une vague d’indignation. « Notre mot d’ordre était : pas de Stérin au 6MIC : mission réussie », se félicitait Catherine Le Coq, de la CGT Spectacles. Le 17 novembre, devant l’Arena, une mobilisation similaire s’est tenue contre la programmation du spectacle Notre Dame de Pierre, lui aussi soutenu par Stérin.

    E.B.-G.

    25 avril : crime raciste à La Grand-Combe

    Aboubakar Cissé, 22 ans, étudiant d’origine malienne, poignardé à mort dans la mosquée de La Grand-Combe. L’assassin, un jeune homme obsédé par l’idée de tuer, a ciblé au hasard ce fidèle en pleine prière. Cinquante-sept coups de couteau, filmés, partagés. L’horreur. Il sera arrêté en Italie.

    Le choc dépasse les frontières du Gard. Le vendredi 2 mai, 700 fidèles se recueillent dans la mosquée Khadidja, où le drame s’est produit. Le même jour, à Nîmes, un rassemblement silencieux se tient devant la Maison Carrée. À Montpellier, une cérémonie d’hommage est organisée par la mairie. À Paris, près de mille personnes défilent, aux côtés d’Assa Traoré et de SOS Racisme, pour dénoncer l’islamophobie et réclamer justice. Les avocats de la famille, eux, demandent une requalification en assassinat terroriste. L’enquête est toujours en cours.

    A.J.

    Deux identitaires condamnés pour racisme

    En mars, le tribunal d’Avignon a reconnu coupables d’agression deux militants identitaires, dont l’un pour propos racistes, contre le maire isérois de Péage-de-Roussillon et sa famille.

    Le 27 mars, le tribunal judiciaire a condamné deux militants identitaires, épilogue d’une affaire entamée près d’un an et demi plus tôt. En décembre 2023, André Mondange, maire (PCF) de Péage-de-Roussillon, et sa famille se trouvaient, à titre privé, dans un bar avignonnais lorsqu’une bagarre éclata. Le visage tuméfié de l’édile s’est ensuite retrouvé à la Une. Finalement, la justice n’a pas reconnu la circonstance aggravante de statut du maire dans son jugement.

    Les deux prévenus, proches de la mouvance ultra-droite, avaient également engagé des poursuites contre le maire et sa famille mais ont été déboutés. La justice reconnaît donc comme seules victimes, André Mondange ainsi que sa fille et sa nièce. Hugo H., est jugé coupable d’agression, mais également d’avoir proféré des insultes à caractère raciste, à l’encontre de la fille métisse de l’élu. Il a été condamné à un an de prison avec sursis et 1 200 euros d’amende. Il devait verser respectivement 3 000 euros à la nièce du maire pour lui avoir porté un coup de bouteille en verre au visage et 2 000 euros à la fille de l’édile pour les injures. Quant à son acolyte, Siméon S. seule une amende de 800 euros lui a été infligée ainsi que 2 000 euros de dommages et intérêts à André Mondange. Un verdict qui a satisfait le maire et sa famille, le caractère raciste ayant été retenu. Les deux condamnés n’ont, eux, pas fait appel, le jugement devenant donc exécutoire.

    F.C.

  • La laïcité comme vecteur de vivre-ensemble au collège

    La laïcité comme vecteur de vivre-ensemble au collège

    Une vraie ruche. Le hall du collège Coutarel d’Istres était rempli d’élèves de toutes les classes jeudi après-midi à l’occasion de la journée de la laïcité organisée par l’établissement. Dès l’entrée, l’exposition du Département sur le sujet se présente avec explications. « Avant l’Église intervenait dans les affaires de l’État », présente un professeur à ses élèves. « Il y a une loi pour séparer l’Église et l’État en 1905. Une loi est une obligation, sinon punition. Mais la laïcité n’est pas une loi, c’est un principe moral qui doit être respecté par tout le monde », nuance-t-il.

    Outre ce principe, on y parle aussi de harcèlement, de culture provençale comme japonaise, de religion aussi. On peut aussi manger un bout de saucisson à la table corse. À cette table, quatre élèves s’activent à distribuer verres d’eau et tranches de lonzo. Mais ce n’est pas seulement de gourmandise dont il s’agit.

    « Ce moment sert surtout à réunir tout le monde, peu importe son origine ou sa religion, pour s’amuser » avance Nikki Jezewski, élève de 3e. « Ça nous oblige à être en groupe, ensemble, à discuter », complète sa sœur Luan. Loredana Rodrigues, amie des deux précédentes, fait remarquer que « certains peuvent envoyer de la haine. Mais nous, on essaie de sympathiser quand même ». Est-ce que c’est ça le vivre-ensemble ? « oui c’est ça en fait », répond directement la jeune fille, « les gens ont leur histoire et la laïcité c’est pas être ami avec tout le monde, c’est respecter les autres et pas les juger ».

    « Réunir les gens »

    Leur réflexion sur la laïcité ne s’arrête pas là. « Ça permet aussi de réunir les gens pour vivre sans problème car il n’y a que ça dans le monde », reprend Nikki Jezewski. « Et sans TikTok » lance Loredana Rodrigues, « y’a des gens ça leur monte à la tête et ils deviennent violents ou harceleurs », estime-t-elle. Luan Jezewski nuance : « Les réseaux peuvent aider certains à s’ouvrir, mais d’autres c’est le contraire et sortent ce qu’il y a de moche en eux.»

    À entendre ces paroles, la principale Isabelle Décoret se dit « touchée que ces élèves dans notre établissement dit violent prouvent qu’il y a des valeurs auxquelles elles croient ». « Cet enseignement quotidien fait partie de leur parcours de futurs citoyens », estime la principale. Son adjointe Nathalie Reiniche parle d’en faire « une expérience tactile, et non un cours frontal ». « La laïcité est souvent abîmée car mal comprise. Avec cette expérience, ils peuvent se l’approprier, et ce dès la sixième », conclut-elle.

    Un travail nécessaire selon Carine Benarous, du stand du centre culturel Edmond-Fleg, présente pour expliquer la fête juive de Hanouka. « Il y a de l’incompréhension et une recrudescence de l’antisémitisme. Mais les enfants sont des éponges, il faut leur en parler », estime l’intervenante, « la laïcité nous permettant d’être ce qu’on est ».

    Et de vivre, échanger, partager ensemble.