Tag: Region SUD PACA

  • Préserver la nuit, pour préserver la vie

    Préserver la nuit, pour préserver la vie

    La nuit fait un pas.

    « Les choses de l’ombre vont vivre », écrit Victor Hugo dans un poème simplement titré La nuit. Car la nuit est aussi synonyme de vie et c’est pour permettre au monde nocturne de survivre et de se développer que des actions sont désormais menées par les communes pour diminuer la pollution lumineuse. La première motivation n’est certes pas la préservation du vivant. Elle est plutôt guidée par la dure réalité des budgets publics qui ont explosé lors de la crise de l’énergie, et par le tour de vis austéritaire imposé aux collectivités locales. Les villes et les villages ont alors croulé sous des factures insoutenables.
    Il a fallu éteindre les lumières pour des raisons budgétaires. Ces décisions ont néanmoins permis d’améliorer le bien-être de la faune
    et de la flore comme le démontrent de récentes études.

    Le service public a saisi les enjeux

    Mieux encore, des actions spécifiques sont orchestrées par des villes à l’image d’Aix-en-Provence qui travaille sur des corridors, une trame noire, pour protéger les chauves-souris. Une espèce « parapluie » essentielle pour protéger les autres espèces.

    Si le service public a en partie saisi les enjeux et améliore la lutte contre la pollution lumineuse, le privé est beaucoup moins sensible à cette bataille, pour ne pas dire indifférent. Laisser des bâtiments éclairés pour montrer sa présence dans le milieu urbain et, en conséquence, faire une démonstration de sa puissance économique, a des conséquences délétères sur la biodiversité mais aussi sur les êtres humains. D’où l’importance des actions de sensibilisation pour laisser la nuit reprendre toute sa place dans nos cités.

  • Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    Moins de lumière, plus d’étoiles : pourquoi de plus en plus de villes provençales éteignent leurs lampadaires

    L’allumeur de réverbères de Saint-Exupéry, aujourd’hui, aurait peut-être du mal à trouver de l’emploi. En six mois, à partir de l’automne 2022, près de 30% des communes des Bouches-du-Rhône, et 20% dans le Var comme en Vaucluse, ont éteint leur éclairage public. Désormais, quatre communes sur dix, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, n’allument plus leurs lampadaires au cœur de la nuit, révèle une étude du Centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement, la mobilité et l’aménagement (Cerema) réalisée à partir d’observations satellites et publiée le 30 juillet.

    « Le sud de la région n’était pas un territoire qui éteignait beaucoup la nuit, pour des questions de ressenti sur l’insécurité notamment, explique Paul Verny, responsable de la mission éclairage du Cerema Méditerranée. La crise de l’énergie de 2022 a levé le verrou. Beaucoup de communes y sont arrivées, forcées par les difficultés financières. » C’est que l’éclairage public représente, selon l’Agence de la transition écologique (Ademe), 30% de la consommation d’électricité des collectivités, jusqu’à 18% de leur facture d’énergie.

    Pièges à biodiversité

    Les comptes sont rapides pour des municipalités frappées par les restrictions budgétaires. Dans le même temps, la rénovation des lampadaires s’est aussi accélérée : près de la moitié des communes des Bouches-du-Rhône ont réalisé de tels travaux lors de la dernière décennie, plus d’un tiers dans le Var et en Vaucluse. Saint-Paul-lez-Durance faisant figure de pionnière en France. Gérant l’éclairage de 23 communes, dont Marseille, la Métropole Aix-Marseille a ainsi déjà équipé 49% de ses 121 067 points lumineux de LEDs (contre 40% au niveau national). En plus du chantier lancé pour des « trames noires », elle a voté, en décembre dernier, un programme de près de 50 millions d’euros d’investissements pour rénover 20% de son parc.

    Au-delà des enjeux budgétaires et de la sobriété énergétique, ces décisions apportent une nouvelle respiration à la biodiversité sur le territoire. « L’éclairage peut avoir des impacts forts sur les espèces la nuit, rappelle Paul Verny. Vous créez des pièges lumineux pour tout un tas d’insectes, qui deviennent des garde-mangers avec une surprédation, et vous créez des barrières lumineuses pour d’autres espèces obligées de les contourner. »

    Lumières lucratives

    Cela d’autant plus que les abus ont été nombreux par le passé. « La compétence a disparu dans les collectivités, explique le responsable du Cerema. Alors les études sont faites gratuitement par les fabricants d’éclairages. » Dès lors, pourquoi se priveraient-ils d’ajouter quelques lampadaires de plus sur les chantiers qui leur sont confiés ? « Cela a généré des dérives, nous sommes parfois sidérés des niveaux lumineux que l’on mesure », souffle Paul Verny. S’ajoutent les demandes des habitants, y compris pour des hameaux en pleine campagne, mais aussi la multiplication des maîtres d’ouvrage. À Saint-Estève-Janson, si la municipalité travaille à la réduction de l’éclairage, c’est la Métropole qui a aménagé l’entrée de ville… avec force réverbères.

    Mais les collectivités ne sont pas seules à illuminer la nuit. À Gignac-la-Nerthe, le dépôt logistique de Decathlon apparaît ainsi nettement sur les images satellites, fonctionnant 24 heures sur 24. « C’est plus compliqué de travailler avec ces acteurs parce qu’il faut aller voir chaque industriel et le coût est minime pour eux par rapport au reste », raconte le responsable du Cerema. Le parking de la gare TGV d’Aix-en-Provence en est un exemple. « Il est éclairé de façon catastrophique avec des projecteurs visibles de très loin, alors que c’est reconnu comme un secteur à enjeu environnemental », s’agace Paul Verny.

    S’ajoute, enfin, l’échéance des élections municipales. « Cela fait plaisir aux habitants quand on rallume », reconnaît le responsable. Sur les 23 communes où la Métropole est compétente en la matière, quatre ont d’ores déjà réclamé le retour de la lumière. Les allumeurs de réverbères, finalement, trouveront encore du travail.

  • Emploi : pourquoi les ruptures conventionnelles explosent en Provence-Alpes-Côte d’Azur

    Emploi : pourquoi les ruptures conventionnelles explosent en Provence-Alpes-Côte d’Azur

    Les ruptures conventionnelles plus plébiscitées que jamais en Provence. C’est ce qui ressort des derniers chiffres de la Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités (DREETS) de la Région Paca. Sur le seul 1er trimestre de cette année, on ne décompte pas moins de 26 484 ruptures. À titre de comparaison, 55 498 demandes étaient homologuées, au total, sur l’année 2023… Une progression fulgurante qui fait écho aux chiffres nationaux, puisqu’elles passent de 440 000 en 2019 à 514 000 en 2024. Et qui explique, peut-être, pourquoi patronat et gouvernement tendent à s’attaquer à ce dispositif, instauré sous la présidence de Nicolas Sarkozy, en 2008, et qui permet la rupture d’un contrat de travail, d’un commun accord entre le salarié et le patron.

    Pour rappel, ces ruptures conventionnelles donnent accès aux allocations chômage et à une indemnité. Les organisations syndicales ont longtemps pointé ce dispositif comme un moyen de procéder à des licenciements déguisés pour l’employeur. Mais Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre du Travail, a dénoncé, dans les colonnes de Capital, à la mi-juillet, des « démissions déguisées en rupture conventionnelle » et pointe des « abus ou dévoiement du principe ». Des propos à mettre en parallèle de ceux du président du Medef, Patrick Martin, quelques jours plus tard. Ce dernier dénonce « des comportements déviants » et appelle à « corriger le dispositif sans fondamentalement le remettre en cause ».

    En tout cas, les Provençaux sont friands de la rupture conventionnelle. Depuis 2014, la région est constamment au-dessus de la moyenne nationale. Et pour cause : on en décompte plus de 12 000 dans les Bouches-du-Rhône au 1er trimestre, 4 700 dans le Var et 2 645 dans le Vaucluse. Dans le détail, c’est le secteur du tourisme qui concentre le gros des ruptures conventionnelles, avec plus de 4 000 ruptures sur la même période, puis vient le BTP, avec plus de 2 500. Une tendance qui se confirme si l’on se penche du côté des entrées à France Travail dans la région. Au 2e trimestre 2025, les ruptures conventionnelles représentent une part importante des inscriptions d’ex-salariés en tant que demandeur d’emploi (catégorie A, B et C).

    Loin devant les démissions

    Au nombre de 3 990, elles sont bien loin devant les 1 740 démissions, mais aussi 740 licenciements économiques et les 2 870 autres types de licenciements qu’on dénombre en Paca. En revanche, les ruptures conventionnelles sont moitié moins que les fins de contrats classiques, au nombre de 8 170. De là à dire qu’elles remplacent les démissions comme le sous-entend la ministre ? Pas vraiment. Si la tendance récente est forte dans la région, elle ne se retrouve pas au niveau national. Au 1er trimestre 2025, 128 000 ruptures conventionnelles ont été signées, en France métropolitaine, selon les calculs de la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques). Loin derrière les 239 700 licenciements recensés sur la même période et les 492 900 démissions. Ce qu’on constate, par contre, c’est que l’évolution des licenciements économiques et des ruptures conventionnelles se croisent depuis l’apparition de ces dernières. En avril 2009, un an après la mise en place du dispositif, on décomptait plus de 71 000 licenciements économiques par trimestre, quand les ruptures conventionnelles ne concernaient que 43 000 salariés. Trois ans plus tard, en avril 2011, les chiffres s’inversent presque : le nombre de ruptures atteint presque les 70 000, quand les licenciements économiques avoisinent les 27 000. L’inversion des écarts est frappante si l’on revient au 1er trimestre de cette année, où les licenciements économiques s’élèvent à 18 000 face aux 128 000 ruptures…

    D’après des chiffres de France Travail révélés par Les Échos, le dispositif a coûté dix milliards d’euros en 2024, soit plus d’un quart des dépenses de l’assurance-chômage. D’où la petite musique patronale contre l’indemnisation de ces ruptures, toujours à l’affût d’une opportunité de dépecer le modèle social français.