Tag: redressement

  • Les salariés d’Alinea entre lassitude et espoir

    Les salariés d’Alinea entre lassitude et espoir

    Aujourd’hui on ne sait pas du tout vers quel scénario on se dirige, c’est l’inconnu. C’est ce qui stresse un peu les salariés, même si Alinea a été placée en redressement judiciaire et non en liquidation », réagit, vendredi, Sébastien Laisne, délégué syndical. La veille, le tribunal de commerce de Marseille a en effet placé l’enseigne Alinea, qui regroupe 35 magasins et 1 172 salariés, en redressement judiciaire. La période d’observation a été fixée à six mois, jusqu’au 20 mai 2026. Les dettes d’Alinea, propriété de la « galaxie Mulliez », s’élèvent à 10,9 millions d’euros, mais elle dispose encore de trésorerie.

    « Il y a un potentiel »

    Sébastien Laisne reprend : « C’est notre deuxième redressement judiciaire en cinq ans [en 2020, 17 magasins sur 26 avaient été fermés et près de 1 000 salariés licenciés sur 1 800, Ndlr]. Tout au long de ces années, les salariés ont fait des efforts, alors il y a un peu de lassitude. Mais il y a le sentiment dans la société qu’il y a un potentiel, notamment la spécificité de nos produits qui s’inspirent de la Provence. » Parmi les causes qui ont conduit à ce nouveau redressement, il pointe : « L’enseigne fondait de grands espoirs sur l’absorption des magasins Zodio pour avoir la “taille critique” c’est-à-dire être à l’équilibre financier et générer des bénéfices. » Suite à cette reprise, le chiffre d’affaires estimé était « basé à 4 000 euros par mètres carré, mais il est tombé aujourd’hui à environ 1 300 euros ». Le président du tribunal a souligné que « le changement d’orientation marketing, plusieurs fois, a pu brouiller le message auprès de la clientèle. » Il a aussi relevé que « les prix de certains produits étaient un peu élevés, notamment après la conjoncture Covid et la consommation en berne ». D’ici le 12 janvier, l’enseigne devra présenter au tribunal « des pistes sérieuses de restructuration ».

  • Les copros en crise se prennent en main à Marseille

    Les copros en crise se prennent en main à Marseille

    Un mur de soutènement qui faute d’entretien conduit au péril et nécessiterait des travaux à hauteur de 600 000 euros à la Mazenode (11e). Des réparations d’ascenseurs à plus d’un million à Bel Ombre (11e). Des factures astronomiques pour des chantiers non réalisés à la Sauvagère (10e). Une dette abyssale de 3 millions d’euros à la Maurelette (15e) et 18 millions d’euros de travaux pour lever l’arrêté de péril. Et toute ces cités placées en cessation de paiement…

    C’est un véritable « système » que sont venus dénoncer des co-propriétaires dont les logements se dégradent lentement ce lundi 10 novembre devant le Palais de justice. « Notre syndic nous a placés en redressement, nous sommes venus contester cette décision », explique Radhouane, secrétaire d’une association créée au nom des propriétaires et habitants de la Mazenode. Leur bâtiment abrite 106 logements sur les 500 que compte la résidence. Tout a basculé en avril, quand ils apprennent que l’état d’un des murs jouxtant l’immeuble a déclenché un arrêté de mise en sécurité, entraînant un chantier de taille. « Ce n’est pas un refus de payer mais nous demandons comment nous en sommes arrivés là, et nous ne voyons pas pourquoi il faut démolir et reconstruire. Rien ne nous démontre que c’est nécessaire, nous n’avons pas voté cette résolution », explique Radhouane, évoquant un conseil syndical incompétent et un syndic négligeant. Syndic qui s’est désengagé au profit d’un administrateur judiciaire, AJAssociés, concentrant nombre de dossiers marseillais.

    Un scénario qui se reproduit, déplorent les manifestants. « C’est toujours la même spirale », raconte Mohamed venu de Bel Ombre, « les bâtiments s’abiment, l’insalubrité s’installe, les réseaux de drogue aussi », avec des atteintes « à la dignité humaine » quand les habitants sont coincés en haut de leur tour, faute d’ascenseur. À la Maurelette, Ahmed décrit un syndic « qui ne respecte pas son mandat », un administrateur qui laisse courir et « va finir le travail » par « la revente à des prix dérisoires ».

    Unis, ils réclament dans une lettre ouverte commune de la transparence, un contrôle renforcé des syndics, un encadrement des mandataires, s’interrogeant sur leur rémunération et leurs « pratiques peu lisibles et difficilement justifiables ». Et en appellent à l’action des collectivités et de l’État.

    Des dossiers à la pelle

    Du côté d’AJAssociés, on déplore des recours bien trop tardifs. « Après une ou plusieurs années d’impayés, les situations sont complexes », indique-t-on. Et de confirmer que l’administrateur judiciaire devient le seul maître à bord quand il est désigné par le tribunal car « les co-propriétaires n’ont pas été capables de gérer ». Quand on lui demande quelle est sa marge de manœuvre, AJAssociés dit avoir accès à des aides. « Prenons Bel Ombre, ils ont eu droit à 50% du montant des travaux pour les ascenseurs, estimé à 1,7 millions TTC, payés par l’État », précise-t-on. À la Maurelette, « dans un parc privé, ce sont 18 millions qui sont injectés », insiste-t-on. Quant au nombre de dossiers dont l’administrateur judiciaire a la charge, il va effectivement croissant. De quelques-uns « lors de notre arrivée à Marseille en 2017, nous sommes passés à 10 ou 15 de plus après la rue d’Aubagne ». Il y a eu aussi le rachat par Foncia, un des leaders du secteur, d’énormément de syndics. Le temps de « faire le tri », les copros les plus problématiques comme le Mail, la Sauvagère, Bel Ombre, sont passées sous administration provisoire. La loi du 9 avril 2024 où le syndic peut être condamné s’il ne demande pas de « mandat ad hoc » en cas de difficulté financière, en clair une mesure de protection avant d’arriver à la cessation de paiement, a aussi joué. Si AJAssociés s’est lancé dans ce secteur c’est parce que « sa structure nationale » le lui permet, ses « autres missions » comme le redressement des entreprises lui donnant l’assise financière en attendant de récupérer la mise avec des procédures. Et de se féliciter que les co-propriétaires se mobilisent, même s’ils auraient « dû le faire avant et payer leurs charges. » « Le pouvoir est entre leur main » estime-t-on.

  • Le groupe Entraide placé en redressement judiciaire

    Le groupe Entraide placé en redressement judiciaire

    Moins de neuf mois après l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, le groupe Entraide a été placé en redressement judiciaire par le tribunal des activités économiques de Marseille le 15 octobre dernier. Un jalon de plus pour l’association qui gère sept Ehpad et autant de résidences autonomie dans les Bouches-du-Rhône. Grevée aujourd’hui par une dette de 37 millions d’euros, celle-ci devait assumer ses lourds investissements alors que l’activité s’était effondrée avec le Covid, s’alarmait le commissaire aux comptes qui avait rendu une « opinion avec réserve » sur le bilan de l’année 2023 face à une « incertitude significative liée à la continuité d’exploitation ».

    Pour le groupe Entraide, cet automne avait été fixé comme la période ultime pour recevoir un projet de plan de sauvegarde en raison des délais légaux, retraçait lors de l’audience du 6 octobre dernier l’administratrice judiciaire nommée au début de l’année. « Malgré des relances avec une certaine insistance, les administrateurs judiciaires n’ont pas été destinataires d’un projet de plan à ce jour », s’alarmait-elle. Et pour cause. Alors même que le conseil départemental assurait au mois de juin, au travers d’une délibération pour rembourser des dettes de l’Entraide, que « des scénarios sont désormais à l’étude pour une pérennité du groupe » à travers des cessions, des revalorisations des prix, de nouvelles subventions (notre édition du 27/06), celui-ci semble avoir changé de braquet.

    Ainsi lors de l’audience, le président de l’association Hervé Cilia craignait qu’il y ait une volonté de « tuer l’Entraide », partageant son sentiment « que l’association est mise à l’épreuve et que des obstacles lui sont ajoutés jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus les relever », comme le reprend le jugement. En filigrane, on retrouve les deux dossiers qui ont mis l’association sous les projecteurs médiatiques. La vente de la résidence autonomie du Roy d’Espagne, dans les pinèdes du 8e arrondissement de Marseille, et la fermeture ordonnée par l’agence régionale de santé de l’Ehpad du Clos Saint-Martin à Pélissanne le 12 septembre après les décès considérés comme « potentiellement évitables » de trois résidents cet été (notre édition du 30/10).

    En face, la représentante du conseil départemental jurait que celui-ci « est très préoccupé par la situation », mais qu’il reprochait à l’Entraide « des carences dans la planification ainsi que la gestion de ses budgets depuis plusieurs années ». De quoi étonner le président du tribunal. Alors que la procédure avait été ouverte au mois de janvier, celui-ci n’entendait que lors de l’audience « qu’un plan de continuation ne serait pas intéressant ». Et de s’interroger ouvertement « sur la vision du donneur d’ordre ». L’administratrice judiciaire elle-même indique qu’elle a sollicité la collectivité pour déterminer le nombre d’établissements à maintenir, sans réponse. La représentante du Département balaie : celui-ci « n’a plus confiance et ne souhaite pas soutenir un plan de continuation ». Ne laissant la porte ouverte qu’à d’éventuels repreneurs.

    Salariés éprouvés

    À l’audience, les administrateurs judiciaires minimisaient la situation à l’Ehpad de Pélissanne avec des mots dans la presse « qui n’ont pas lieu d’être ». Mais sans cacher leurs inquiétudes « sur la situation des autres établissements et sur l’accélération de la dégradation constatée ». « Les salariés se sentent, eux, abandonnés », alertait de son côté la représentante du conseil social et économique. Et de rappeler que la situation de l’association résulte « uniquement des conséquences de décisions politiques » faute de soutien du Département ou de l’ARS.

    Face à « son périmètre humain trop important pour ne pas utiliser tous les outils à la disposition du tribunal afin de trouver des solutions de sortie positive », celui-ci a donc prononcé le redressement judiciaire, donnant un pouvoir de représentation aux administrateurs judiciaires « pour tous les actes de gestion ». Rendez-vous est donné le 7 janvier pour apprécier la capacité de l’association à maintenir son activité. « La liquidation judiciaire potentielle sera également abordée », prévient le jugement.

    Sollicité, le Département n’a pas donné suite. L’association a indiqué qu’elle répondrait ultérieurement.