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  • [Week-end] L’esprit de 1936 : Dans le Var, la singulière dynamique du Front populaire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : Dans le Var, la singulière dynamique du Front populaire

    Jacques Girault, ancien professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris 13, a publié des « Réflexions sur la victoire du Front populaire dans le Var » dans le numéro 5 de la revue de l’association Promémo. Il pointe « plusieurs particularités dans le Var ».

    « Première particularité, la situation économique n’explique pas mécaniquement la réaction politique. Alors que la France connaît une crise économique qui frappe avant tout la production industrielle, dans le Var, la crise est surtout agricole. Le revenu des agriculteurs se dégrade fortement. Par exemple, les marchés extérieurs se ferment et les cultures fruitières et horticoles en souffrent. La crise viticole se traduit par une brusque dégradation des cours du vin. L’industrie, le plus souvent dépendante de l’État, souffre moins mais les dépenses diminuant, la politique de défense nationale en subit les conséquences. Le chômage menace et Le Petit Var, dès le 2 juin 1934, lance un cri d’alarme, « les chantiers de La Seyne faute de commandes sont sur le point de licencier ». Pour le moment, les étrangers, comme d’habitude, seront sans doute sacrifiés ! À partir du milieu de l’année 1934, en région toulonnaise, la protestation s’organise, d’autant que la diminution des dépenses, des salaires, des pensions civiles et militaires frappe directement les milieux populaires et les couches moyennes », explique-t-il.

    Selon lui, la deuxième particularité, dans le monde ouvrier, est la mémoire de l’échec et de la répression consécutive aux grandes grèves de 1919 (Forges et chantiers de la Méditerranée à La Seyne) et de 1920 (Arsenal maritime et chemins de fer) qui explique le retard de l’entrée en grève des ouvriers varois. « À la différence du reste du pays où les grèves générales avec occupation des lieux de travail imposent les négociations de Matignon, il faut attendre la signature des accords Matignon, dans la nuit du 7 au 8 juin 1936, pour que les ouvriers des chantiers de La Seyne entrent en grève », note Jacques Girault.

    Troisième particularité, la menace du fascisme se présente dans le département de façon indirecte. En France, les ligues d’extrême droite s’activent. Dans le Var, elles jouent un rôle plus effacé. Mais la présence de l’armée, les nombreuses manifestations lors des réunions assurées par les dirigeants activistes (Henriot ou Ybarnegaray) inquiètent d’autant plus que depuis longtemps, notamment par l’intermédiaire des immigrés italiens, le fascisme et l’antifascisme entrent dans le quotidien populaire. Le Var apparaît comme un laboratoire.

    Quatrième particularité pour l’historien : « Le pays, en 1932 donne une majorité de gauche à la Chambre des députés, mais la rue, après le 6 février 1934, impose le retour de la droite. Le Var a élu cinq députés de gauche en 1932, dont quatre membres du Parti socialiste SFIO. Or depuis 1933, ces quatre dirigeants dont Pierre Renaudel, exclus du Parti, s’engagent dans un nouveau Parti socialiste de France qu’il faut construire. La même nécessité s’impose pour ceux qui restent au Parti socialiste SFIO dont ils entreprennent la renaissance. Or ces militants actifs, autour du secrétaire fédéral Jacques Toesca, se réclament de la tendance de gauche du parti. Dans le même temps, les communistes s’efforcent de sortir d’une longue période de repli sectaire et utilisent les ressources de leurs militants souvent en rapport avec les syndicats, dont l’ouvrier de l’Arsenal maritime de Toulon, Jean Bartolini. »

  • [C’est l’été] Spectacle à Gap

    [C’est l’été] Spectacle à Gap

    Le conteur musicien Abdellatif Targhaoui entraîne le public avec humour dans sa vie rocambolesque.

    De 16h30 à 17h30. Gratuit dès 7 ans.

    Réservations au 04.86.15.31.80

  • [C’est l’été] Le Château d’If, partagé entre Histoire et histoires

    [C’est l’été] Le Château d’If, partagé entre Histoire et histoires

    « Et voici le château d’If, rendu célèbre par le comte de Monte-Cristo […] Il était réputé impossible de s’en évader » scande un haut-parleur alors que le bateau s’approche de l’île. Après une vingtaine de minutes de traversée, du vieux port à l’ancienne prison politique, il ne reste qu’à débarquer et monter à l’entrée des fortifications. Une fois le billet d’entrée en poche, (7 euros pour les adultes, gratuit pour les moins de 18 ans), se trouve le château d’If.

    Construit au XVIe siècle sur ordre du roi François 1er pour protéger la côte des attaques, le lieu a ensuite été transformé en prison d’exception, aussi appelée prison politique. Entre histoire et fiction, l’édifice a abrité les plus célèbres des détenus de l’époque. Mais le plus connu reste sans doute Edmond Dantès du célèbre livre d’Alexandre Dumas. « J’ai lu le livre et vu le film, il fallait que je visite le château » déclare comme une évidence Laure, retraitée en visite avec son mari, avant de franchir la grande porte du lieu. Celle-ci débouche directement sur une petite cour carrée. En son centre un puits et tout autour s’articulent les cellules, sur deux étages. L’entrée de ces dernières est surmontée d’une plaque indiquant les noms des condamnés. Parmi lesquels l’Homme au masque de fer, l’Abbé Faria, codétenu du comte de Monte-Cristo, ou encore le comte de Mirabeau. Sur les murs, les ancêtres des graffitis actuels, réalisés par les prisonniers au marteau et au burin : date d’incarcération, nom, fonction.

    Imprégnés d’histoire et de légendes, ces lieux se découvrent aussi grâce aux guides, qui partagent avec passion anecdotes et récits pour en dévoiler les moindres détails. Une fois les deux premiers étages, leurs cachots et leurs expositions visités, le clou du spectacle reste à venir. Tout en haut des escaliers en colimaçon, le point culminant, une vue à 360° autour de l’île, depuis laquelle on peut voir le Frioul ou encore observer Marseille, de l’Estaque aux Goudes. « Ce que j’aime particulièrement ici, c’est la vue en haut, on connaît le château d’If vu de Marseille mais Marseille vu du château d’If est bien différent » retiennent Christelle et Océane, venues entre mère et fille.

  • [Lecture] Jean Giono, l’écrivain des bonheurs simples et gratuits

    [Lecture] Jean Giono, l’écrivain des bonheurs simples et gratuits

    Il y a presque quarante ans, Julie Sabiani nous rappelait que le monde naturel, et le « réalisme terrien », étaient au premier plan de l’œuvre gionienne. Ces cinq textes, publiés au mois d’avril 2026 dans la collection « sagesses vertes », que nous vous invitons à lire, le prouvent. Tous vous conduisent vers L’homme qui écrivait les arbres. Grâce à lui, vous marcherez le long des crêtes des collines et des vastes plateaux, couverts d’amandiers, vous essaierez patiemment de guetter la naissance d’une feuille, vous serez les témoins de « l’organisation la plus noble de la terre », vous vous inquiéterez aussi à la vue des oliviers malades, ces arbres qui nous sont tant familiers, et dont Virgile disait qu’ils symbolisaient la sagesse et la paix.

    Comme son berger, Jean Giono, écologiste avant l’heure, a réussi à faire surgir, sur ses pages provençales, un « pays de Canaan » – terre tout aussi promise que pleine de richesses. Son œil va du plus élevé au plus infime, et n’a nul besoin de la science pour comprendre les forces et le langage de la nature. Plus qu’un écrivain, le plus grand conteur de notre Provence est un peintre, à la riche palette. Dans ses textes-tableaux, rien n’est négligé, ni les végétaux, ni les animaux, ni les bruits, ni les lumières, ni les mystères derrière lesquels se cache l’évidence, ni les murettes de vieilles pierres, ni les silences qui lui semblent sonner comme des cloches, ni les « nobles chevelures de rosiers fleuris dans lesquelles chante un rossignol ». Transcendant.

    Folio, 4 euros.

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    [Week-end] L’esprit de 1936 : SFIO, PCF, Radicaux, trois partis unis avant la victoire

    L’union jusqu’alors inédite de la SFIO, du PCF en 1934, rejoints par le Parti radical en 1935 va permettre grâce à la discipline républicaine du retrait pour le candidat le mieux placé au premier tour de donner une majorité conséquente au Front populaire.

    Pain, Paix, Liberté. » Ces trois mots résument le programme des trois partis qui ont signé l’accord de désistement réciproque qui donnera la victoire au Front Populaire lors des législatives du printemps 1936. La SFIO, le Parti radical et le PCF vont ainsi constituer une coalition de gauche qui va marquer durablement l’histoire du pays. Chacun des trois partis va présenter ses propres candidats dans les circonscriptions, mais tous s’engagent à se retirer au second tour en faveur du candidat le mieux placé.

    El là encore, les régions du sud de la France vont donner le la et serviront de modèle au reste du pays. Ainsi, dans les Bouches-du-Rhône c’est en juin 1934 qu’est signé le pacte départemental d’unité d’action entre la SFIO et le PCF, une signature qui intervient un mois avant la signature d’un même accord à l’échelon national le 27 juillet 1934, pacte qui sera ensuite rejoint par les radicaux en juin 1935.

    « La mutation opérée par le PCF n’aurait toutefois pas eu l’effet escompté si, au même moment, au sein de la SFIO, une minorité très active n’avait pas poussé à des actions communes avec la SFIC (Section française de l’Internationale communiste, autre nom du PCF). La conjonction de ces efforts aboutit en juin 1934, un mois avant la ratification d’un accord similaire au niveau national, à la signature d’un pacte départemental d’unité d’action entre la SFIC, représentée par le tandem François Billoux-Jean Cristofol, et la SFIO emmenée par son secrétaire Rémi Roux et par Jean Calvelli », note l’historien Jean Domenichino, auteur de Les communistes des Bouches-du-Rhône en Front populaire (Editions Les Fédérés), qui ajoute que « ce rapprochement ne tarde pas à porter ses fruits ». « Cette unité retrouvée permet un succès des partis de gauches aux élections municipales de 1935, en particulier à Marseille avec l’élection du socialiste Henri Tasso qui bat la liste Pierre-Ribot-Sabiani. En fait, les élections de 1935 préfigurent le succès électoral des partis du Front populaire de mai-juin 1936. »

    À Marseille, lors du VIIIe congrès national des Jeunesses communistes au cinéma de l’Alcazar du 19 au 22 mars 1936 en présence de Jacques Duclos, Raymond Guyot secrétaire de l’Internationale communiste des jeunes et de Victor Michaut secrétaire des Jeunesses communistes, le mouvement décide de tout mettre en œuvre pour l’unité de la jeunesse ouvrière en une seule fédération et de rassembler toutes les forces de la jeunesse antifasciste.

    À Marseille toujours, François Billoux comprend que la progression de l’influence communiste passe par un combat acharné contre Sabiani et son équipe. Aussi, tout en développant la politique générale du parti, il lance celui-ci dans une vaste campagne dénonçant la corruption et le gangstérisme qui rongent la cité phocéenne.

    Cette campagne ardente pour un « Marseille Propre » est au centre de toute l’action communiste lors des élections législatives. Le 20 avril à la place Marceau, François Billoux décide d’affronter Sabiani dans son propre fief. La reculade de ce dernier lors de la réunion contradictoire montre que le rapport de force s’est modifié. Billoux est élu député de la 3e circonscription, au second tour avec 7 285 suffrages contre 6 323 voix à Sabiani, en ayant bénéficié du désistement du candidat SFIO, Ferri-Pisani.

  • [C’est l’été] Lecture : « Une journée dans la vie de Maria Ivanova », de Lionel Duroy

    [C’est l’été] Lecture : « Une journée dans la vie de Maria Ivanova », de Lionel Duroy

    Cette femme, c’est la protagoniste du roman de Lionel Duroy, que fascine les pays de l’Est. Dans un précédent roman, l’auteur écrivait que la vie des autres intéresse, à condition de trouver les mots pour la raconter. Ces mots, il les a trouvés, et les a même illustrés d’images en noir et blanc. S’il fallait ajouter quelque chose à cette courte présentation, nous dirions, en toute sincérité, que Duroy n’a jamais écrit un texte aussi fort.

    Éditions Flammarion, 19 euros

  • [C’est l’été] Lecture : « La petite fleuriste de Tokyo »,de Yukihisa Yamamoto

    [C’est l’été] Lecture : « La petite fleuriste de Tokyo »,de Yukihisa Yamamoto

    Huit histoires racontées par Yukihisa Yamamoto, et traduites par Meredith Lacuve, qui prouvent que les plantes ne sont pas seulement le plaisir des yeux et de l’odorat, mais le langage, parfumé et coloré, de l’indicible joie, des peines de l’âme, et autres émotions qui font de nous des « êtres-dans-le-monde »…

    Un roman aux vertus curatives, qui nous rappelle la force tranquille des fleurs.

    Éditions Albin Michel.

    19,90 euros

  • À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    À Marseille Gilberto Bosques ouvrait la porte de l’espoir vers le Mexique

    Il connaît parfaitement le parcours de Gilberto Bosques, le consul du Mexique en France, qui sauva des milliers de républicains espagnols en leur délivrant des visas pour le Mexique entre 1939 et 1942.

    Qui était Gilberto Bosques ?

    José Luis Morro : Gilberto Bosques fut professeur, journaliste et diplomate mexicain, né en 1892 à Chiautla de Tapia, Puebla. Il fut un combattant de la Révolution mexicaine et participa à la rédaction de l’article 3 de la Constitution mexicaine relatif à l’Éducation. Le Président du Mexique Lázaro Cárdenas, le nomma consul général en France en 1938. Il prit ses fonctions le 1er janvier 1939. Avec l’arrivée de dizaines de milliers de républicains espagnols durant les mois de janvier et février 1939, il entreprit la mission de visiter les camps où ils avaient été internés, les aidant à en sortir et à voyager vers le sol mexicain en leur délivrant des visas. Environ 25 000 d’entre eux purent ainsi se rendre au Mexique.

    À Marseille quelle fut son action pour aider les Espagnols, juifs et autres étrangers antifascistes ?

    J.L.M. : Avec la débâcle en juin 1940, Bosques transféra le consulat général à Marseille, inaugurant une période qui lui valut l’admiration pour son courage, sa dignité et sa grande humanité. L’accord franco-mexicain d’août 1940, fut utilisé par le consul pour intensifier l’aide envers ceux qui avaient tout perdu. Il loua deux châteaux, La Reynarde et Montgrand, où des centaines de républicains, d’antinazis et de juifs purent se mettre à l’abri des humiliations infligées par les collabos de Vichy et les phalangistes espagnols. Il parvint à faire sortir de Marseille des dizaines d’entre eux grâce à la « ligne de la Martinique ». Varian Fry, journaliste américain qui, depuis Marseille, a sauvé des centaines de Juifs et militants antinazis en les aidant à fuir, avait appris par Gilberto Bosques l’existence de cette voie maritime de salut. Il créa alors les célèbres « visas Bosques », un document indiquant que le réfugié était autorisé à voyager au Mexique dès que cela serait possible. Ce papier n’avait aucune valeur légale, mais il renforçait l’espoir des réfugiés de pouvoir embarquer vers une terre porteuse de nouvelles espérances.

    Quelles furent les circonstances de son arrestation par les Allemands ?

    J.L.M. : Tout cet engagement à aider les autres, entraîna son arrestation à l’ambassade de Vichy en novembre 1942, lorsque toute la France fut occupée. Il fut envoyé à Bad Godesberg près de Bonn, où il resta 14 mois. Il fut échangé en février 1944 contre des soldats allemands détenus aux États-Unis et au Mexique, puis envoyé à Lisbonne, où il embarqua sur un vapeur suédois à destination de Baltimore.

    Le 31 mars 1944, Gilberto Bosques, sa famille et les fonctionnaires diplomatiques arrivèrent à la gare de Buenavista, au Mexique, où des milliers de personnes les attendaient. La plupart étaient des personnes que Bosques avait aidées à échapper aux fascistes sur les terres dramatiques de la France de la Seconde Guerre mondiale.

  • [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    [La guerre d’Espagne 3/3] Guerre, exil et résistance antifasciste

    Du 18 juillet 1936 jusqu’aux premières années de la « transition démocratique » après la mort de Franco le 20 novembre 1975, nombre de républicains espagnols exilés en France n’ont jamais cessé de mener la lutte antifasciste, ceux qui sont restés en Espagne, après la fin de la guerre ont subi la répression féroce, les emprisonnements, la torture, des dizaines de milliers ont été fusillés. Cette mémoire historique est racontée et transmise essentiellement par les familles et les descendants des républicains espagnols, par les associations mémorielles, et des historiens. Cependant, elle reste complètement occultée dans les livres d’histoire que ce soit en France ou en Espagne.

    À 90 années de distance, la guerre pour abattre la République espagnole, déclenchée le 18 juillet 1936 par le fascisme international et des généraux félons dont Franco, reste l’événement historique du XXe siècle à propos duquel sont produits aujourd’hui le plus d’études, de livres, de documentaires, qui soulèvent de nombreuses polémiques et aussi qui fait l’objet de diverses réécritures de l’histoire.

    Les historiens sont divisés entre ceux qui considèrent qu’il s’agissait d’une guerre civile, désignant les franquistes comme « nationalistes » mettant dos à dos victimes et bourreaux, et ceux, qui pensent plutôt qu’il s’agissait bien du prologue de la seconde guerre mondiale. Cette guerre d’Espagne, guerre d’indépendance contre le fascisme disaient les communistes espagnols, portait en elle tout ce que peut produire l’Humanité en bien ou en mal. La solidarité internationale avec les brigades internationales, la défense des valeurs de la République, mais aussi les trahisons, les luttes intestines qui opposaient ceux qui donnaient la priorité à l’union pour combattre le fascisme, et ceux qui pensaient que l’heure de la révolution était arrivée. Les uns, les communistes, étaient à l’origine de la constitution d’une armée populaire, et fervents défenseurs du « Frente Popular » et de la lutte antifasciste, les autres, notamment anarchistes et POUM voulaient faire de cette guerre, une guerre révolutionnaire.

    Mais, c’est bien l’intervention des forces fascistes et nazies, italiennes et allemandes en Espagne, accompagnée par la politique criminelle de non-intervention de la France et l’Angleterre, qui sont la principale cause de la chute de la République espagnole.

    En février 1939, les troupes franquistes appuyées par l’aviation italienne bombardent les populations civiles qui se dirigent vers la frontière française. De janvier à février un demi-million de républicains espagnols va traverser les Pyrénées. Plus de 200 000 vont être enfermés dans des camps de concentration sur les plages du Roussillon et en Afrique du Nord après le 31 mars. La France de la troisième République, va nommer Pétain comme ambassadeur auprès de Franco alors que la République continue de résister à Madrid et dans le centre. Le 31 mars 1939, après trois années de résistance héroïque le peuple espagnol va basculer dans une terrible dictature qui fera davantage de morts pendant les années d’après-guerre que pendant. On estime à plus de 100 000 les victimes du franquisme qui gisent dans des fosses et dont les familles sont toujours à la recherche.

    La nomination de Pétain à Burgos a été une ultime trahison de la France républicaine qui s’apprête à livrer le pays à Hitler. Un visage de la France loin de l’image qu’avaient les républicains espagnols du pays des droits de l’Homme. Comme il était prévisible, les nazis vont occuper la France, les républicains espagnols seront parmi les premiers à prendre les armes pour libérer le pays, aux côtés des résistants français poursuivant ainsi leur lutte contre le fascisme. Quelques décennies plus tard leur Mémoire nous appelle à la vigilance.

  • [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    [La guerre d’Espagne 2/3] La « non-intervention » une trahison française

    Le coup d’État du 18 juillet 1936 contre le gouvernement légitime de la République espagnole bénéficiera
    de ce que l’on a appelé
    le pacte de « non-intervention » initié par la France et l’Angleterre. Hitler et Mussolini ont pu aider militairement Franco en toute impunité pendant
    près de trois années.

    Le 18 juillet 1936, la rébellion de Franco contre le gouvernement républicain légitime de l’Espagne a éclaté avec le soutien d’Hitler et Mussolini. Le 25 juillet, le gouvernement de Léon Blum dénonce partiellement le traité commercial franco-espagnol conclu en 1935 qui faisait obligation au gouvernement de Madrid de passer par priorité toute commande d’armes à la France. La politique dite de « non-intervention » est alors inaugurée. Le 8 août, ce traité avec l’Espagne est totalement abrogé. Cette « non-intervention », en fait, était bien une forme d’intervention, puisqu’elle modifiait, en opérant un blocus sur la fourniture d’armes, le rapport de force au détriment de la République espagnole.

    Au sein du gouvernement de Léon Blum, deux courants s’opposaient, ceux qui voulaient que l’Espagne républicaine soit aidée craignant à juste titre que la France à terme en paierait les conséquences, et d’autre part ceux qui pensaient que Franco pourrait abattre la République en quelques jours, et qu’il valait mieux ne rien faire, afin de préserver les futures relations gouvernementales avec les vainqueurs. Léon Blum devait alors se ranger de ce côté, persuadé que c’était la meilleure façon d’éviter une extension du conflit.

    À l’Assemblée Nationale, le 4 décembre 1936, cinq mois après le début de la guerre, le député communiste Gabriel Péri dénonce la non-intervention comme étant une duperie : « Les 5 et 6 août, la France proposait une mesure internationale d’embargo sur les armes destinées à l’Espagne… » embargo qui concernait donc aussi l’Allemagne et l’Italie qui ont souscrit à cet accord le 21 et 24 août. Le député cite alors un correspondant du Times à Hendaye qui constate que « les rebelles franquistes ont reçu le 25 août 21 avions Junker avec lesquels ils ont effectué le bombardement de deux aérodromes près de Madrid ». Le 29 septembre un lot de matériel de guerre, provenant d’Italie était expédié de Lisbonne pour passer en Espagne. L’Allemagne et l’Italie, comme on pouvait s’y attendre n’entendaient pas respecter le pacte de non-intervention. « C’est dans la période qui va de fin août à la fin septembre 1936 que les rebelles ont pris Irun, Saint-Sébastien, Tolède et progressivement resserré leur étau sur Madrid. Ce n’est pas la République, c’est la rébellion et ce sont les ennemis de la France qui ont été les plus grands bénéficiaires de la non-intervention » dénonce alors Gabriel Péri au Parlement.

    Quelle aurait été l’issue de la guerre d’Espagne, si la France et l’Angleterre avaient soutenu le camp républicain, qui combattait contre l’agression fasciste internationale ? Nul ne le sait. Ce qui est sûr, c’est que la politique de « non-intervention », a carrément été ressentie comme un coup de poignard dans le dos de la part de ces deux pays, et plus particulièrement de la France, qui s’était dotée tout comme l’Espagne d’un gouvernement de Front Populaire.

    L’Espagne républicaine, n’a pu compter pendant les trois années de guerre contre le fascisme, du 18 juillet au 31 mars 1939, que sur l’aide des brigades internationales, ces 35 000 volontaires internationaux venus de 54 pays, et sur le soutien de l’URSS. Certes, on ignore si Franco aurait été empêché de renverser la République espagnole, mais une attitude loyale du gouvernement de la République française à l’égard de la République espagnole en danger de mort, aurait été d’un apport considérable pour lutter contre l’ennemi commun. Hitler a pu agir impunément en Espagne pour en faire son terrain d’entraînement, et ainsi lancer son offensive destructrice sur l’Europe.