Tag: récit

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    [Week-end] L’esprit de 1936 : Une issue victorieuse

    Si la victoire électorale a lieu le 3 mai, le gouvernement Blum n’entrera en fonction qu’un mois plus tard. Ce temps de latence va être marqué par de grandes grèves qui vont déboucher sur les avancées mémorables des accords de Matignon dans la nuit du 7 au 8 juin.

    Rappelons tout d’abord que le Front populaire gagne les élections législatives le 3 mai 1936 et que le gouvernement Blum ne se mettra en place que le 4 juin. Il y a donc un mois entre les deux moments. C’est dans cet entre-deux que commence la grande vague de grèves. On cite souvent la grève du 11 mai chez Breguet au Havre comme point de départ. Le 13 mai, c’est Latécoère à Toulouse, puis l’usine Bloch à Courbevoie. Après le 25 mai, c’est toute la métallurgie de la région parisienne qui entre dans la grève. Début juin, d’autres corporations se joignent au mouvement (industrie, commerce, banques…). Au total, on comptera près de deux millions de grévistes, du privé essentiellement, les services publics étant restés à l’écart du mouvement. Dans une grande majorité des cas, les grévistes vont occuper leur entreprise, ce qui va peser lourdement dans le rapport de force avec le patronat. » Directeur de l’Institut CGT d’histoire sociale, David Chaurand résume l’importance de l’immense et historique mouvement de grève qui va toucher l’ensemble du pays en ce printemps 1936 et va déboucher sur des conquêtes sociales dont nous bénéficions tous encore aujourd’hui. Car ces grèves, souvent spontanées mais encadrées par la CGT réunifiée, vont jouer dans les négociations qui vont déboucher sur les fameux « Accords de Matignon » dans la nuit du 7 au 8 juin.

    « Au moment où les grèves battent leur plein, le gouvernement Blum décide de réunir à l’hôtel Matignon, le 7 juin, la Confédération générale de la production française (le patronat !) et la CGT. Au niveau national, une telle réunion est une première. Après plusieurs heures de négociation, un accord en sept points est signé qui comprend notamment l’augmentation des salaires, la généralisation des conventions collectives et l’élection de délégués ouvriers dans les établissements de plus de dix salariés », poursuit David Chaurand. « Plusieurs lois sociales interviennent dans la foulée de l’accord Matignon : deux semaines de congés payés (20 juin), semaine de quarante heures (21 juin) et conventions collectives (24 juin). »

    Dans nos régions, la mobilisation est elle aussi massive. « Dans les Bouches-du-Rhône, ce sont les ouvriers métallurgistes de l’usine Coder qui ouvrent le banc. Le 29 mai, ils se mettent en grève pour protester contre le licenciement de sept ouvriers ayant chômé le 1er mai, tous des militants chevronnés formant l’ossature du syndicat CGT de l’usine. Ils demandent, en outre, une augmentation de 2 francs par jour et l’application du contrat collectif. Non seulement la grève est suivie par la quasi-totalité des 950 ouvriers du site, mais il s’agit d’une grève sur le tas, la “grève des bras croisés” pour reprendre la formulation du Petit Provençal », rapporte l’historien Jean Domenichino. Comme dans la région parisienne, l’issue du conflit est rapide, la direction ayant accédé à toutes les revendications. Pour beaucoup, tout semble rentrer dans l’ordre. La suite des événements ne tarde pas à démontrer le contraire. À partir de juin, la chronologie des conflits méridionaux n’a plus d’autonomie. Comme partout ailleurs, la noria des grèves
    recommence : le 3 juin, aux Forges et Chantiers de la Méditerranée ; le lendemain, les chantiers de construction navale sont occupés par près de 2 000 ouvriers. Pour la première fois, les grèves sortent de Marseille. Le mouvement gagne aussi d’autres branches comme l’huilerie et la savonnerie avec les établissements Fournier-Ferrier, et le bâtiment avec la Société des bitumes d’asphaltes.

    Remerciements

    Ce magazine a reçu l’aide et le soutien sans faille et bienveillant de l’association Promémo et de son président Gérard Leidet. Ouverte à toutes les sensibilités associatives, syndicales et politiques liées au monde du travail, comptant dans ses rangs aussi bien des universitaires que des militants des mouvements sociaux et associatifs, l’association Provence, Mémoire et Monde ouvrier (Promémo), créée en 1999 a pour objet de contribuer à l’élaboration, la rédaction et la diffusion du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, l’œuvre immense commencée en 1955 par Jean Maitron ; d’encourager et de développer les recherches scientifiques autour de l’histoire du monde et du mouvement ouvriers en Provence et de favoriser la conservation des documents et archives les concernant. Remerciements également à Yann Bertolone des archives de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône, à Frédéric Rosmini de la fédération Léo Lagrange et de Parcours, à l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) au niveau national et dans tous les départements et à la Fondation Gabriel Peri.

    Lire la suite ainsi que de nombreuses interviews d’historiens prestigieux dans notre hors-série.

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. La grande colère des travailleurs

    En conseil des ministres, le sinistre Jules Moch plaida pour une politique plus autoritaire et fit alors parler les matraques et organisa les arrestations. Pourtant, ces grèves étaient revendicatives et les complots dénoncés par Jules Moch n’étaient que dans sa tête ou celles de Ramadier et Léon Blum qui obéissaient aux injonctions américaines. L’aide du plan Marshall était accordée à la France à condition que des mesures soient prises contre le Parti communiste et la CGT. Ils ont obéi. Ils ont sur la conscience des morts comme Voulant et Bettini abattu à l’Estaque par un policier, des poursuites contre les travailleurs et leurs dirigeants. Moi-même, sur les ordres du préfet Beylot, je fus poursuivi pour une affiche diffamatoire accusant le gouvernement : « les chiens aboient, la caravane passe ».

    La mise à sac de l’Alcazar

    Je me souviens aussi de la venue à Marseille, à la préfecture, de Daniel Mayer, ministre du travail, socialiste. Les raffineries de sucre de Saint-Louis étaient alors en grève pour les salaires et les conditions de travail, contre les licenciements. Il accepta une rencontre avec une délégation du bureau syndical que je conduisais. Je lui présentai la délégation en lui faisant connaître les raisons de la grève. Il m’écouta, puis, s’adressant en particulier aux membres de la délégation, il s’exprima en ces termes : « Savez-vous que les ordres de grève viennent du comité central du Parti dont Molino est le représentant à Marseille. Je n’accepte pas vos revendications et votre grève est politique et vous demande de quitter le bureau immédiatement ». Mécontente et en colère, la délégation décida de faire une assemblée générale des travailleurs de raffineries de sucre en grève à 100%.

    Je leur suggérai : «Daniel Mayer et Gaston Defferre organisent un meeting ce soir à 18 heures à l’Alcazar, je vous propose d’occuper la salle une heure avant et j’apporterai la contradiction. » Le soir, la salle de l’Alcazar était pleine à craquer. Des milliers de personnes se trouvaient à l’extérieur. Le premier orateur fut Gaston Defferre qui fut accueilli par 40 000 travailleurs mains en l’air. Elles font les « petites marionnettes » ne pouvant s’expliquer ! Daniel Mayer s’avança rageusement vers le micro des travailleurs qui scandaient « Molino ! ». J’attendais le moment, étant présent au bar de l’Alcazar où nous avions décidé que je porterai la contradiction à Daniel Mayer. Arrivé dans la salle, je fus propulsé sur la tribune pour prendre la parole, les socialistes m’agressèrent ce qui déchaîna la colère des travailleurs.

    Daniel Mayer, ministre du travail, et Gaston Defferre ne durent leur salut qu’à une fuite par la porte de secours entourés de policiers. Quant aux travailleurs des raffineries, déchaînés par l’attitude de ces deux dirigeants socialistes, ils s’en prirent au matériel, arrachant les fauteuils, brisant les glaces, etc. et ils mirent l’Alcazar à sac. Le directeur engagea des poursuites qui se retournèrent contre les organisateurs du meeting, c’est-à-dire le Parti socialiste.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    [C’est l’été] Lecture : « Hommageà la Catalogne »

    S’ensuit le roman autobiographique dont il est question dans cet article. Traduit et préfacé par Léa Gauthier, le roman est considéré, depuis sa publication en 1938, comme l’un des plus importants reportages sur la guerre civile espagnole, mais aussi comme un moment crucial pour celui qui ne cessera jamais de dénoncer, ouvertement ou métaphoriquement, les totalitarismes, la division de classe, les trahisons, le cynisme politique, le contrôle de la pensée, la falsification de l’Histoire.

    Payot, 7,90 euros.

  • Il y a 82 ans… la naissance légale de « La Marseillaise »

    Il y a 82 ans… la naissance légale de « La Marseillaise »

    Après des numéros clandestins diffusés au péril de la vie de nos fondateurs, traqués par l’occupant et ses complices de Vichy, notre journal sort enfin de l’ombre pour jouer pleinement son rôle d’information de la population et d’appel à la mobilisation, afin que notre région et la France tout entière recouvrent leur liberté. Les efforts conjugués de la Résistance et des troupes du débarquement de Provence permettront la libération définitive de Marseille le 27 août 1944.

    Extraits du témoignage d’André Remacle, livré en 1979, résistant et principal artisan de ce numéro

    avec sa femme Rosette.

    La nuit du 23 au 24 août, Marseille est secouée par les bruits du canon. D’incessantes rafales troublent les rues du quartier. Dans l’imprimerie, l’agitation joyeuse bat son plein… Sur le « marbre » s’élaborent unis dans cette première victoire, comme ils l’ont été dans le combat commun, La Marseillaise et Rouge Midi.

    Les « formes » sont serrées, pressées sous la prise d’empreinte, coulées, portées aux rotatives, et bientôt le premier numéro de La Marseillaise dans le papier tendu autour du rouleau jaillit de la rotative, avec sous une bande tricolore ce titre sur huit colonnes : « Marseille est libérée » et des photos du général de Gaulle, de Roosevelt, de Staline et Churchill. Elle dit la ville en armes, la prise de la préfecture racontée par un témoin, la disparition des journaux locaux, l’entrée à Marseille des troupes, un résumé de ce qu’avait été cette longue et dramatique semaine du mois d’août.

    Au petit matin, dans les quartiers libérés, dans ceux qui sont encore au combat comme Endoume, le Roucas Blanc, les quartiers Nord, La Marseillaise et Rouge Midi sont littéralement arrachés dans les mains de ceux qui les vendent.

    La Marseillaise a tenu son rôle… Tout son rôle, c’est une autre histoire ! Les illusions de ces journées où éclatait la liberté n’ont pas été perdues mais parfois rognées.

    Nous roulions il y a quelques jours avec des amis sur les routes de l’Embrunais et un écriteau nous sauta aux yeux sur un de ces rudes chemins au flanc de la montagne : « route non déneigée, chaussée déformée ». Il y a encore devant nous beaucoup de routes non déneigées et de chaussées déformées, beaucoup de travail reste à faire et à refaire pour déblayer une voie qui, nous l’avons appris, n’est pas une voie royale.

    Oui, mais je veux toujours et longtemps encore entendre les vers de Verlaine : « L’espoir luit comme un brin de paille dans l’étable. »

  • [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    [Grand entretien] Jean-Paul Ceccaldi : « Je suis attaché à Marseille et au port autonome »

    La Marseillaise : Quelle est la genèse

    de votre nouvel ouvrage ? Pourquoi l’envie d’écrire sur le monde des dockers ?

    Jean-Paul Ceccaldi : Ce qui m’a donné l’envie, ce sont des documentaires qui ont été faits sur d’autres ports comme au Havre et en Belgique : des problèmes rencontrés par des dockers qui ont été agressés, menacés et même assassinés. Je me suis dit que, peut-être sur le port de Marseille, que je connais bien, on a le même genre de problèmes. Ceci dit, moi je travaillais à la Police judiciaire, à l’évêché, pas loin du port. Quand j’étais jeune, j’allais plonger à la Jetée, dans le port autonome. C’est un lieu qui m’est cher. En plus, je suis Corse, et le monde des dockers en compte quelques-uns. Au début du livre, qui se passe dans un bar de la caserne, vous avez un docker qui aime parler et qui raconte son histoire. C’est du vécu.

    Dans « La mafia des docks », pourquoi avez-vous tenu à adresser quelques clins d’œil au poète marseillais Louis Brauquier (1900-1976) ?

    J.-P.C. : C’est ma lecture de Jean-Claude Izzo qui m’a fait découvrir Louis Brauquier. J’ai notamment adoré son recueil Je connais des îles lointaines. Et il a même fait un poème qui s’intitule La mort du docker. L’œuvre de Brauquier, notamment celle qui concerne le port, m’a habité pendant l’écriture de mon polar. Je m’en suis imprégné. Quand vous lisez certains passages de Brauquier, c’est du polar mis en vers et en rimes. C’est pas courant.

    Votre polar illustre aussi une certaine sympathie que vous avez pour les dockers…

    J.-P.C. : Je suis très attaché à Marseille et au port autonome. J’ai aussi voulu montrer son côté cosmopolite avec des personnages arméniens, corses, maghrébins. Je parle aussi des jeux clandestins qui sont joués sur les docks. À une époque, ils jouaient carrément dans l’enceinte du port. Je dis la mafia des dockers, mais à mes yeux, ils sont plus victimes que mafieux. La mafia, elle est installée autour et profite du port en usant de la corruption. Il ne faut pas oublier que les dockers sont avant tout des travailleurs, qui ont pris des positions à travers l’histoire dans des conflits internationaux, par exemple en refusant de charger des armes. Tout cela, ça attire ma sympathie.

    Film réalisé dans les années 1950
    par Paul Carpita, «
     Le rendez-vous
    des quais
     » a-t-il aussi imprégné
    votre imaginaire
     ?

    J.-P.C. : Bien sûr. Il y a aussi un artiste qui a peint les dockers, Antoine Serra, pour en faire des tableaux magnifiques. À l’époque, écrivains, cinéastes, peintres ont beaucoup été inspirés par les docks.

    Si votre récit se déroule en 2023, il est quand même nourri de beaucoup de références historiques…

    J.-P.C. : Oui car un polar, qu’est-ce que c’est ? Et bien c’est un roman. Et un roman, vous avez une intrigue, des anecdotes et des thèmes.

    Jusqu’à quel point le flic du roman
    est inspiré par votre propre vie
     ?

    J.-P.C. : Moi, j’ai été flic. Même si je fais de la fiction, j’essaie de la rendre la plus réaliste possible.

    L’auteur de polar Maurice Gouiran déclarait il y a deux mois dans ces colonnes : « sous prétexte qu’ils connaissent le métier, des flics écrivent des romans. Mais ce sont des romans policiers et pas des polars car ils n’abordent pas la réalité sociale »

    J.-P.C. : Pour moi, le polar c’est une espèce de rubrique qui couvre plusieurs genres : le roman policier, le roman social, le roman historique… Mais certains, à qui cela n’a pas plu, ont préféré parler de néo-polar. Le premier d’entre eux était un Marseillais, Jean-Patrick Manchette. Dans le roman noir, le roman social, il n’y a pas forcément une enquête ni de policiers, mais où on trouve du social. Parfois, on me demande s’il faut avoir été policier pour écrire un polar, je réponds : non. Quand je lis un polar, même si l’auteur se trompe sur des points de procédure, ça ne me dérange pas s’il est bon. Moi, j’ai essayé justement de me détacher de la procédure. Je fais du policier mais avec des thèmes qui sont à caractère social. Je m’inspire aussi de l’affaire d’un journaliste hollandais qui s’est trop mêlé des affaires du port et qui a été assassiné. [Peter R. de Vries, en 2021]. Et à Marseille, on a quand même un juge qui a été assassiné [le juge Pierre Michel, tué en 1981] Une demi-heure avant qu’il se fasse tuer, j’étais dans son bureau pour une commission rogatoire pour une affaire d’escroquerie qui n’avait rien à voir avec le grand banditisme.

    Quels souvenirs gardez-vous du juge Michel ?

    J.-P.C. : En ce qui me concerne, il avait donné du temps et de sa présence pour une petite affaire. Il ne plaisait pas aux voyous. Après son assassinat, le milieu a fait courir tout un tas de fausses pistes pour noyer le poisson. Après, on a fait une espèce d’opération pour donner un coup de pied dans la fourmilière, on est allés perquisitionner dans tous les bistrots. À mon avis, le juge Michel était quelqu’un de bien. Magistrat, c’est un métier dangereux, surtout quand on fait trop bien son travail.

    « La police est comme le pendant d’un crime organisé, où des parrains établissent la règle du plus fort pour asseoir leur pouvoir dans une société ultralibérale qui laisse, malgré les prohibitions, libre cours à leurs trafics et à leurs fantasmes d’empereurs », écrivez-vous.
    Deux faces d’une même pièce
     ?

    J.-P.C. : Avec cette phrase, vous devez comprendre quelles sont mes idées politiques. Après, je n’aime pas trop commenter ce que j’écris. Mais je peux vous dire que je suis contre tout ce qui est pour et pour tout ce qui est contre.

    Propos recueillis par Philippe Amsellem

  • [C’est l’été] Des contes en musique à La Garde

    [C’est l’été] Des contes en musique à La Garde

    La compagnie Zyane a mis en musique « Les bas des flamants », un récit venu d’Amérique du Sud. « La tricoteuse de mots », un conte du Moyen-Orient, est récité par une comédienne en duo avec un musicien. La soirée sera conclue avec une histoire québécoise.

    G.C.

    19h30, prix en accès libre.

  • [C’est l’été] Lecture : « Visitez la Grèce avec… »

    [C’est l’été] Lecture : « Visitez la Grèce avec… »

    Alors, à l’heure où la littérature et le cinéma rendent hommage à Homère et à son Odyssée, n’hésitez pas, et, comme vous l’aurait dit ce cher Balzac : embarquez-vous sur leurs mots, et accomplissez ce délicieux voyage !

    La Table Ronde,
    26
     euros

  • [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    [Mémoire ouvrière] Lucien Molino. Dockers, traminots, métallos… à l’arrêt

    Le préfet intervint mais il fut renvoyé sur les roses. Il essaya vainement de faire intervenir les militaires mais il ne put déloger les piquets de grève des dockers.

    Le samedi 15 novembre, nous apprenions que le Conseil des ministres avait décidé un « nouveau train de hausse sous pression » qui augmentait de 45% le prix de l’électricité et du gaz, de 25% les tarifs SNCF. Ces décisions confortèrent nos positions en faveur de l’augmentation des salaires. Les syndicats redoublèrent d’efforts, la grève s’étendit : métallurgie, produits chimiques… Le bâtiment fut la première branche professionnelle à développer la grève sur le plan départemental après consultation des travailleurs. À Marseille, le syndicat du livre et typo fait connaître leur solidarité. Mais ayant obtenu des augmentations, ils ne s’engagent pas dans la grève. Cette prise locale de position de camarades socialistes comme Dumonceau reflétait l’ampleur prise par le mouvement. En effet, au soir de cette journée, nous estimions au bureau de l’Union départementale que 85% de l’activité économique de Marseille était paralysée.

    Face à l’inflation

    Je décidais alors d’envoyer les secrétaires de l’UD et du bureau dans les grandes villes du département pour demander aux syndicats ou sections syndicales de réunir les travailleurs afin qu’ils se déterminent après le vote sur les revendications et les 25% d’augmentation demandés au CCN. Les arrêts de travail s’étendirent rapidement dans le département.

    À l’assemblée générale du syndicat des traminots à Marseille, salle Ferrer, à la vieille Bourse du travail, à 21 heures, 3 500 traminots étaient présents. Prirent la parole Isoard, secrétaire du syndicat, et Exbrayat du secrétariat de l’UD. Après un vote unanime, la grève totale et illimitée avec occupation des ateliers et dépôts fut décidée en dépit de l’opposition de l’administrateur séquestré de la compagnie du préfet.

    Cette grève priva Marseille de tout transport en commun à partir du dimanche matin. Le 16 novembre (chiffre contrôle), on comptait 90 000 grévistes. Ce qui est certain, c’est que cette grève a quintuplé en trois jours. Notre rôle était d’aider, d’organiser et de coordonner le mouvement. Le Méridional et Le Provençal nous accusaient d’être le chef d’orchestre de ces mouvements, arguments que nous dénoncions dans Rouge Midi et La Marseillaise du lundi 17 novembre en faisant connaître la composition du Comité central de grève : celui-ci regroupait les secrétaires de l’UD avec les représentants des syndicats les plus importants, métaux, bâtiments, produits chimiques, dockers, traminots et marins, habillement, corporations en grève illimitée. Il avait une double fonction : intervenir auprès des unions locales des Bouches-du-Rhône et gérer la grève.

    à suivre la semaine prochaine…

  • [Week-end] L’esprit de 1936 : dans le Vaucluse, des grèves tous azimuts

    [Week-end] L’esprit de 1936 : dans le Vaucluse, des grèves tous azimuts

    Dans le département, la gauche l’emporte largement aux législatives et des mouvements de grève touchent autant l’industrie que les travailleurs agricoles.

    Le Vaucluse va lui aussi connaître la victoire du Front populaire et le mouvement de grève qui va suivre. « Pour la circonscription d’Avignon, le PCF a présenté Fernand Arnal, ouvrier électricien qui obtient 3 842 voix sur les 23 634 inscrits. Le Radical-socialiste Gonnet et lui appellent à voter, au deuxième tour, pour Vaillandet, SFIO, arrivé en tête au premier tour. Pour celle d’Orange, Étienne Charpier a été désigné pour affronter Daladier. Il recueille 4 885 suffrages mais Daladier est élu au premier tour avec 7 983 voix sur 18 580 inscrits. Dans la circonscription d’Apt, Ayme est devancé par Lussy de la SFIO par 9 506 voix contre 1 715 sur 11 702 inscrits. Dans celle de Carpentras, le maire de Velleron, Clerc, ne se présente finalement pas et Girard qui le remplace obtient 19 059 voix au premier tour. Il se désiste, tout comme Allègre de la SFIO, pour le Radical-socialiste Guichard au deuxième tour », racontent Roselyne Bouriche, Nadia Boyer, André Castelli, Frédéric Meyer, Thierry Maillet et Vivian Point dans leur livre Communistes en Vaucluse, regards sur un siècle d’histoire. « Au total, le PCF obtient environ 9 000 voix de plus qu’aux législatives de 1932 mais aucun élu. »

    Du côté syndical, le mouvement de grève a été soudain et a pris au dépourvu les cadres syndicaux car « la plupart de ces mouvements se sont déclenchés dans des industries et des usines où la CGT n’avait aucune espèce d’organisation et qu’il a donc fallu que les camarades à la tête des syndicats existants canalisent le mouvement impétueux », racontait alors Gaston Dijon, secrétaire adjoint de l’UD CGT et membre du PCF qui avait lui-même dirigé la grève chez Vouland et Sud électrique.

    Alors que les grévistes « ne commettent aucun dégât, aucune dégradation », des acquis sont obtenus par la grève, mais aussi comme à l’usine à soie ou à l’usine à gaz d’Avignon, par des négociations avec des patrons « moins intransigeants ». Une grève dans le bâtiment aboutit à un accord sur les congés payés et une convention collective après des échauffourées sur la rue de la République d’Avignon avec des non-grévistes, mais aussi avec une partie du monde agricole car les grévistes ont voulu s’opposer à l’expédition des denrées agricoles, provoquant l’indignation des commerçants et des maraîchers.

    Alors que depuis un décret d’appellation du 15 mai Châteauneuf-du-Pape est devenue la 1re AOC viticole de France, « en revanche, la grève des ouvriers viticoles de Châteauneuf-du-Pape, est un échec », notent les auteurs de Communistes en Vaucluse, regards sur un siècle d’histoire. « Dans le Vaucluse où les productions maraîchères sont étroitement dépendantes des conditions d’acheminement, les mouvements grévistes atteignent directement les intérêts des cultivateurs », soulignait l’historien Édouard Lynch dans son livre Les socialistes français et la société paysanne durant l’entre-deux-guerres.

    À la fin de l’année 1936, la CGT du Vaucluse va compter 20 000 adhérents et cinq unions locales à Avignon, Cavaillon, Orange, Pertuis et Carpentras.

    Remerciements

    Ce magazine a reçu l’aide et le soutien sans faille et bienveillant de l’association Promémo et de son président Gérard Leidet. Ouverte à toutes les sensibilités associatives, syndicales et politiques liées au monde du travail, comptant dans ses rangs aussi bien des universitaires que des militants des mouvements sociaux et associatifs, l’association Provence, Mémoire et Monde ouvrier (Promémo), créée en 1999 a pour objet de contribuer à l’élaboration, la rédaction et la diffusion du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social, l’œuvre immense commencée en 1955 par Jean Maitron ; d’encourager et de développer les recherches scientifiques autour de l’histoire du monde et du mouvement ouvriers en Provence et de favoriser la conservation des documents et archives les concernant. Remerciements également à Yann Bertolone des archives de la fédération du PCF des Bouches-du-Rhône, à Frédéric Rosmini de la fédération Léo Lagrange et de Parcours, à l’Institut d’Histoire Sociale (IHS) au niveau national et dans tous les départements et à la Fondation Gabriel Peri.

  • [C’est l’été] Lecture : « Ma priorité privée »

    [C’est l’été] Lecture : « Ma priorité privée »

    Regard posé aussi sur l’amour, le bonheur, l’art, le temps, la mort, les moments les plus significatifs d’une vie. Un livre d’une puissance métaphorique saisissante, qui défie la structure conventionnelle des genres littéraires.

    Le Castor Astral.

    16 euros.