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  • Des modalités de fusion incertaines pour l’IRD

    Des modalités de fusion incertaines pour l’IRD

    Beaucoup de questions et peu de réponses. Le bilan de la réunion organisée par la présidente de l’Institut de recherche pour le développement (IRD), Valérie Verdier, n’a pas levé les interrogations des représentants de salariés présents, ce 28 juillet. À l’ordre du jour, les modalités du projet de fusion entre l’IRD et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), souhaitée par le Gouvernement.

    L’absorption, prévue au 1er janvier 2027, préoccupe le personnel, tant pour leur avenir professionnel que pour le modèle unique de l’institut, qui réalise des missions en partenariat avec les pays du Sud. « On a exprimé nos inquiétudes. On réfléchit actuellement à notre demande d’allocation de moyens pour 2027, mais les agents nous demandent si cette projection budgétaire a du sens », raconte Fabienne Cartieaux, secrétaire générale de STREM-CFDT, syndicat majoritaire de l’établissement. Et de préciser : « Mais la présidente a affirmé qu’il y aurait un budget pour 2027 ».

    Selon la syndicaliste, Valérie Verdier a aussi soutenu que les engagements de l’IRD s’étendaient sur trois ans, et qu’ils seraient « tous honorés ». Un discours qui se veut rassurant, également au niveau d’une potentielle réduction d’effectifs. La présidente a assuré avoir « à cœur de défendre le personnel », selon Fabienne Cartieaux, qui émet des doutes : « Concernant les postes supprimés, la question se pose pour les contractuels. Le CNRS ne pourra pas gérer cet afflux de nouveaux agents ».

    Une fusion

    bien trop rapide

    Un des autres enjeux abordés pendant la réunion est l’autonomie de l’IRD au sein du CNRS. « Comment pourrait-on garder notre autonomie ? Rien ne nous garantit que le conseil d’administration du CNRS votera un budget adapté à nos missions Sud, s’alarme la secrétaire générale. Normalement, toutes les instances paritaires doivent être consultées, au niveau de l’IRD, du CNRS et du ministère de la Recherche ». Des étapes brûlées, selon la syndicaliste. Le personnel demeure donc dans le flou après cette réunion. « On poursuit nos projets, en attendant de savoir à quelle sauce on sera mangés », conclut-elle.

  • [Week-end] Le jade, ce minéral absent du Costa Rica mais très utilisé il y a 2 000 ans

    [Week-end] Le jade, ce minéral absent du Costa Rica mais très utilisé il y a 2 000 ans

    Il y a environ 2 500 ans, les habitants de l’actuel Costa Rica se mettent à produire des objets en pierre verte : perles, pendentifs… et surtout des « dioses hachas » – des petites figurines rituelles les typiques de la région. Mais de quoi sont-ils faits ? La pierre verte peut aussi bien être du quartz, de la serpentine, du jade… « Difficile de le savoir à l’œil nu, admet Matthieu Ménager. Cela n’avait jamais été étudié précisément sur des objets au contexte archéologique connu. » C’est-à-dire des objets dont on sait l’origine et quand ils ont été produits. « Beaucoup ont été pillés, précise le chercheur à l’Université d’Avignon. Cela induit des biais et une perte d’information. »

    Avec ses collègues du projet MayaCosta, le chercheur a sélectionné plus de 900 objets au contexte archéologique clair, issus de 54 sites du Costa Rica et conservés dans deux musées : le Musée national du Costa Rica et le Muséum d’histoire naturelle de Carnegie, à Pittsburgh (États-Unis). Les analyses révèlent une variété de minéraux qui sont très souvent ceux présents sur place – la serpentine ou le quartz, par exemple. « Les artisans utilisaient principalement des matériaux disponibles localement qui ne semblent pas avoir été échangés d’une région archéologique à l’autre », pointe Matthieu Ménager. Sauf pour un minéral : le jade, pour lequel il n’y a pas de gisement au Costa Rica. « Les blocs et objets en jade venaient donc de plus loin et il existait des échanges inter-régionaux », ajoute le chercheur.

    Trois gisements

    Le jade était donc particulièrement apprécié. « Le côté symbolique a dû jouer, estime Matthieu Ménager. C’est une pierre qui était déjà importante chez les peuples olmèques. » C’est-à-dire il y a plus de 3 000 ans parmi ces populations établies sur la côte du Golfe du Mexique. Mais c’est aussi une pierre très dure aux coloris allant du vert au bleu. « Le bleu était très prisé des populations précolombiennes du Costa Rica », précise le chercheur.

    D’où vient ce jade utilisé par les populations costaricaines de l’époque ? « Il n’y a que trois gisements connus dans la région », relève Matthieu Ménager. Un au Guatemala, un en République Dominicaine et un autre à Cuba. Des glyphes sur les objets évoquaient une relation avec le Guatemala, à environ 1 000 kilomètres au nord-ouest, là où vivait une grande partie de la civilisation maya. « Nos analyses semblent confirmer cette origine », glisse le chercheur, précisant que l’étude est faite et l’article en cours de rédaction. « Peut-être ces objets en jade étaient-ils importés en échange de coquillages prisés des élites mayas : des espèces de spondyles absentes des côtes de la zone maya mais abondantes sur celles du Costa Rica, avance-t-il. Il nous faut encore confirmer cette hypothèse. » Tout comme il reste à éclaircir pourquoi, il y a 1 400 ans, le jade disparaît des objets façonnés au Costa Rica.

    REPÈRES

    MayaCosta

    C’est le projet financé par l’Agence nationale de la recherche dans le cadre duquel a été réalisée cette étude. Il vise à étudier les échanges de biens précieux entre Mayas et habitants du Costa Rica à l’époque précolombienne.

    Mayas

    Cette civilisation a vécu en Amérique Centrale, principalement dans les territoires correspondant au sud du Mexique, au Guatemala et à certaines parties du Honduras et du Salvador, sur environ 3 000 ans. L’arrivée des colons espagnols au XVIe siècle a bouleversé les sociétés mayas.

    Jade

    Depuis le Néolithique, cette pierre verte est utilisée pour faire des objets symboliques. Le terme désigne deux matériaux : le jade à jadéite et le jade néphrite. Des gisements du premier sont connus au Guatemala et dans les Alpes italiennes. On trouve le second plutôt en Chine, en Russie, en Nouvelle-Zélande et au Canada.

  • L’IRD, fleuron de la recherche, cible de l’état

    L’IRD, fleuron de la recherche, cible de l’état

    La nouvelle a fait l’effet d’une bombe auprès des 2 300 agents. Vent debout, des directrices et directeurs scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) réclament au gouvernement, dans une tribune publiée mi-juillet dans Le Monde, de suspendre le projet d’intégration de leur établissement au Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Cette perspective suscite l’inquiétude chez les personnels.

    Créé il y a 80 ans, cet établissement dont le siège est basé depuis 2008 à Marseille, est un organisme de recherche public français pluridisciplinaire engagé dans des partenariats équitables sur le développement durable et solidaire avec une cinquantaine de pays du Sud. Il intervient en Afrique, en Amérique latine, en Asie et dans les Outre-mer. Ses travaux portent sur la santé, le climat, la biodiversité, l’agriculture ou les dynamiques sociales et géopolitiques.

    Mission « état efficace »

    Dans le cadre de la mission « État efficace » portée par le gouvernement Lecornu, l’IRD serait appelé à rejoindre le CNRS. Et le conditionnel prend ici tout son sens. « Officiellement, il n’y a aucune lettre écrite des ministères aux PDG du CNRS et de l’IRD », souligne Gilles Béna, directeur de recherche à l’IRD. Et si l’échéance du 1er janvier 2027 circule avec insistance, « formellement, les discussions sur comment on intègre le personnel et on maintient les activités de l’IRD, n’ont pas commencé. On est dans le flou le plus total ».

    L’option a d’abord été accueillie avec incrédulité par le personnel. « C’est un éternel serpent de mer. J’ai été recrutée en 2002 et on parlait déjà de projet de rapprochement avec le CNRS », note Fabienne Cartieaux, secrétaire générale du STREM-CFDT, syndicat majoritaire de l’établissement.

    La critique porte d’abord sur le manque de visibilité de l’opération. « On a essentiellement des informations en off », souligne la syndicaliste. Si la PDG de l’institut, Valérie Verdier, a confirmé l’existence de discussions en ce sens, les contours du projet restent incertains.

    Aucun document officiel n’a été présenté aux instances représentatives du personnel. Or une réforme d’une telle ampleur nécessite a minima d’être examinée en comité social d’administration. « Ce qui se dit avec insistance, c’est que ça se fera à marche forcée puisque le ministère souhaiterait que ce soit acté au 1er janvier 2027 », reprend Fabienne Cartieaux. Selon nos informations, un décret est attendu et des lettres de mission doivent arriver vendredi sur les bureaux des présidents du CNRS et de l’IRD.

    Outil stratégique

    Pour ses détracteurs, le projet menace bien davantage qu’une structure administrative. « Rapatrier l’IRD au CNRS veut dire que toute la spécificité de ses implantations dans le Sud et toute notre diplomatie sur le savoir et la coopération, vont être minés », s’alarme Hendrik Davi, député marseillais de L’Après qui a adressé une lettre ouverte au Premier ministre. L’élu redoute que cette réorganisation « déstabilise les collectifs existants » et fragilise des recherches stratégiques « en océanographie, sur les maladies infectieuses et émergentes, le chikungunya, la dengue ou le changement climatique ».

    Les organisations syndicales sont vite montées au créneau. Le 9 juillet lors d’un comité social d’administration, les représentants du personnel ont demandé des précisions sur le calendrier et les modalités. Sans succès. Dans un communiqué, le SNCS-FSU et le SNTRS-CGT dénoncent l’absence de concertation et alertent sur ses conséquences pour les agents de cet « outil stratégique de la France, au service de la science, de la diplomatie, du développement durable, des Outre-mer et des partenariats internationaux ».

    La pérennité des missions inquiète en premier lieu les chercheurs. « On aurait pu imaginer que l’IRD devienne un onzième institut du CNRS avec des missions et des vocations préservées mais on s’oriente vers une fusion. Une véritable vente à la découpe », poursuit Fabienne Cartieaux. Une perspective qui nourrit les craintes d’une dilution progressive des activités de l’établissement.

    Économies de bout

    de chandelles

    « Des dizaines de chercheurs et d’étudiants de pays qui ont besoin de développer leur recherche scientifique et voient comme une opportunité extraordinaire le fait de le faire avec un institut français, vont rester sur le carreau », insiste l’anthropologue Kali Argiriadis qui travaille depuis 25 ans sur Cuba, le Mexique et Haïti. « Chaque représentation IRD qui disparaît, c’est une ou plusieurs dizaines de personnes des pays où sont implantées ces représentations qui disparaissent aussi. Cette façon de travailler est d’une richesse extraordinaire. » Pour elle, la France « va perdre des opportunités de découvertes et d’avancées scientifiques ».

    Les opposants au projet rappellent aussi que l’IRD représente un puissant outil d’influence internationale. « C’est 80 ans de partenariats tissés et de relations de collaboration très fortes qui ont un rôle de soft power diplomatique, énorme », rappelle Fabienne Cartiaux. Des coopérations qui ont permis de former des générations de chercheurs devenus parfois responsables académiques ou ministériels dans leur pays. « Ça nous permet d’avoir des relations d’une qualité exceptionnelle. En ces temps pas très réjouissants il semble malvenu de détricoter tout ça », insiste-t-elle, regrettant « des économies de bout de chandelle : les budgets de nos travaux au Sud, c’est autour de 22 millions par an. à l’échelle du budget de la France c’est ridicule mais l’impact est énorme ».

    L’AFD déjà minée

    Le projet du gouvernement pour l’IRD fait écho aux difficultés de l’AFD (agence française de développement), principal opérateur public de la politique française dans le monde qui a perdu 70% de ses ressources en trois ans, rappelle la CGT dans un communiqué, estimant que 160 à 380 postes seraient menacés en 2027, « avec une réorientation des priorités vers les intérêts économiques des grands groupes, au détriment des pays les plus vulnérables ».

  • L’impasse de l’austérité

    L’impasse de l’austérité

    Dans la novlangue du gouvernement, il faut traduire l’opération « État efficace », concocté par le Premier ministre Sébastien Lecornu, par « destruction du service public et des outils remarquables de la recherche français ». C’est plus long mais cela colle parfaitement à la réalité. On sait depuis Orwell que « la paix, c’est la guerre » et que « 2+2 = 5 ». C’est donc la sidération qui domine au sein des travailleurs de l’Institut de recherche pour le développement, l’IRD depuis qu’ils ont appris qu’un projet de fusion avec le CNRS était sur la table du gouvernement. Selon les informations de La Marseillaise, l’affaire pourrait être pliée en moins de six mois. Mais rien n’est fait et la médiatisation, la mobilisation des personnels pourraient mettre un coup d’arrêt à ce projet d’appauvrissement de la recherche publique. Quelle est, de plus, la légitimité réelle d’un gouvernement en fin de course, à quelques mois de l’élection présidentielle pour qu’il se croie autorisé à détruire 80 ans d’histoire et de travaux nécessaires ?

    Lecornu sort le rabot

    Le Premier ministre a dévoilé ses intentions dans Paris Match, propriété de Bernard Arnault, un des individus les plus riches du monde, qui n’aime pas payer des impôts et dîne à l’occasion avec Marine le Pen. Et que nous dit l’autoproclamé « moine soldat » de la macronie finissante ? Qu’il faudra, dans le budget 2027, raboter encore les finances publiques sans augmenter les impôts mais en demandant, par exemple « un effort à ceux qui achètent plus de 50 boîtes de médicaments par an ou vont plus de 25 fois chez le médecin par an ». Ce sont des recettes libérales éculées à des années-lumière des défis à relever et des aspirations citoyennes. Des propos qui illustrent aussi la terrible impasse de l’austérité.

  • [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    [Entretien] « À l’échelle des Alpes, nous ignorons les effectifs de lièvres variables »

    La Marseillaise : Y a-t-il beaucoup de lièvres variables dans les Alpes françaises ?

    Jérôme Letty : Nous n’avons pas une vision claire des effectifs à l’échelle des Alpes, ni de données permettant de dire s’il y a une baisse. Nous avons une idée à des échelles plus petites, sur certains massifs ou dans certaines vallées. Mais les données manquent à d’autres endroits, notamment dans les massifs plus à l’écart. Or, c’est probablement dans ces massifs où les sommets sont moins hauts qu’il est le plus exposé à l’évolution de l’environnement. Pour la gestion de l’espèce, ces données seraient précieuses et intéresseraient nos partenaires – parcs naturels nationaux, régionaux et fédérations de chasse.

    Y a-t-il d’autres espèces exposées aux « sky islands », c’est-à-dire qui voient leur aire de répartition se restreindre à des zones isolées en altitude avec le réchauffement climatique ?

    J.L. : Oui, le lagopède alpin est encore plus contraint car il est spécifiquement adapté à la vie en milieu arctique. Le lièvre variable peut vivre à des altitudes où il y a encore de la forêt, mais pas le lagopède. Il vit au-dessus, entre 1 800 et 3 000 mètres, dans les pelouses rases, les éboulis et les combes à neige. Par contre, il vole, ce qui peut être un avantage pour passer d’un massif à l’autre. Mais cela fonctionne jusqu’à un certain point…

    Lequel ?

    J.L. : C’est toute la question que nous voudrions explorer. Il ne peut pas voler sur de très longues distances, donc il n’arrive pas à traverser les vallées trop larges, au-delà de quelques kilomètres.

  • Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    Le gendarme du nucléaire livre un bilan globalement satisfaisant

    L’antenne marseillaise de l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) dressait mardi le bilan 2025 de ses contrôles en région PACA, Occitanie et Corse. Elle couvre 22 installations nucléaires de base dont 20 à Cadarache, mais aussi de nombreux sites d’activités nucléaires dans le champ médical avec notamment 13 services de radiothérapie externe, 16 services de médecine nucléaire, de radiothérapie, 96 scanners, 8 200 appareils de radiologie médicale et dentaire. Elle surveille 400 établissements industriels et de recherche et 600 cliniques vétérinaires.

    En 2025, l’ASNR a procédé à 216 inspections dont 106 en sûreté nucléaire et 95 relevant du nucléaire de proximité. 6 incidents significatifs de niveau 1 (mineur) sur l’échelle INES ont été relevés notamment des vols d’appareils de mesure embarquant une source radioactive. On notera pour l’aspect insolite, la découverte fortuite en octobre dernier de 163 sources radioactives scellées dans un local d’entreposage de déchets contaminés du service de médecine nucléaire de l’hôpital de la Timone. Dans ce fatras radioactif qui n’était pas référencé, on retient pour les plus redoutables 6 sources d’américium 241, 3 sources de césium 137 et 1 source de plutonium 239 !

    Cadarache et ses sites et sols pollués

    Le bilan est globalement « satisfaisant ». Pour ne prendre que le centre CEA de Cadarache, l’ASNR considère que « le niveau de sûreté nucléaire se maintient à un niveau satisfaisant dans l’ensemble ». « La stratégie de gestion des démantèlements et des déchets reste “un sujet majeur de vigilance” ». La découverte de défauts de génie civil sur l’INB 37-A a également mis en évidence « la fragilité de la filière de traitement des déchets de moyenne activité à vie longue du CEA ».

    En matière de protection de l’environnement, « le niveau de maîtrise reste satisfaisant mais des améliorations sont attendues, notamment pour la gestion des eaux pluviales et des sols historiquement marqués ». Le suivi des nappes phréatiques, la réhabilitation des ouvrages et la prévention des pollutions connaissent des progrès. Le gendarme du nucléaire dit « attendre encore des améliorations sur la politique de gestion des sites et sols pollués » sur Cadarache. « La conformité des 400 piézomètres de surveillance des nappes répartie sur le site est un sujet à Cadarache », développe Pierre Juan. « L’exploitant nous doit des dossiers de dépollution dans sa gestion des sites et sols pollués historiques. On a aussi un sujet de gestion des réseaux des eaux pluviales et des eaux industrielles. L’exploitant a régulièrement des écarts avec des fuites dans les réseaux d’eaux industrielles. Il y a des kilomètres de tuyaux sur le site. L’enjeu, c’est de surveiller leur bonne étanchéité. »

    L’impact des épisodes caniculaires ?

    Interrogé sur l’impact des canicules répétées sur les installations, Pierre Juan, le chef d’antenne de l’ASNR, rassure : « Les installations les plus sensibles sont les réacteurs d’EDF. On n’en a pas dans la région. Un épisode caniculaire n’a pas de conséquences sur les installations nucléaires de la région. Il n’y a pas de sujet d’évacuation de puissance. On a la capacité d’arrêter nos installations qui sont conçues pour tenir sur des plages de températures extrêmes “grand chaud-grand froid”. » Pierre Bois, directeur général adjoint de l’ASNR, confirme : « ce n’est pas un enjeu de sûreté mais un enjeu de modulation de production de l’électricité. L’enjeu pour EDF est de moduler la production thermique pour limiter des rejets d’eau de refroidissement dans les rivières les plus exposées. »

  • [Science] « La vérité, rien que la vérité » : quelle efficacité du serment ?

    [Science] « La vérité, rien que la vérité » : quelle efficacité du serment ?

    Le cheminement a été long. « Il y a eu quelques réticences au départ dans la communauté scientifique, se souvient Stéphane Luchini. Certains considéraient que le serment n’était pas un objet d’étude scientifique ». Après quinze ans de travail et des collaborations avec des collègues psychologues pour mettre au point et réaliser une expérience, les scientifiques sont aujourd’hui en mesure de l’affirmer : oui, les témoins mentent moins sous serment. « Ce n’est pas juste un cérémonial », résume le chercheur, coauteur d’un article paru dans Journal of Experimental Criminology. Et ce n’est pas anodin quand on connaît l’importance, lors d’un procès, d’un témoin oculaire qui a tout vu et quand on sait que « le faux témoignage est la première cause d’erreurs judiciaires », écrivent les auteurs.

    Gros menteurs

    L’expérience est à la croisée de la psychologie sociale et de l’économie. « C’est très original, souligne Stéphane Luchini. Cela n’avait jamais été fait. » Confrontés à la vidéo d’un vol avec agression dans un parking, les participants devaient ensuite répondre à des questions. Exemple : « Les assaillants arrivaient-ils de la gauche ou de la droite de la voiture ? » Seulement, certains étaient incités à mentir en se voyant retirer une petite somme d’argent à chaque bonne réponse, faisant fondre la rémunération qui leur revenait pour leur participation. La comparaison entre les individus ayant prêté un serment obligatoire et ceux qui en étaient exemptés montre une différence : « Le serment réduit le mensonge de 39% », résume Stéphane Luchini.

    Un autre groupe avait le choix de prêter serment ou pas. Dans ce cas, presque tous les participants acceptent. « C’était attendu », précise le chercheur. Plus étonnant en revanche : quand le serment est libre, les gros menteurs mentent moins. « Quand il est obligatoire, ils mentent pleinement, note Stéphane Luchini. Cela souligne l’importance de la liberté dans l’engagement ».

    L’efficacité prouvée du serment invite à l’étendre au-delà du procès, par exemple dès les premiers instants de l’enquête, quand les souvenirs sont frais, les pressions extérieures déjà présentes et le risque de mensonge élevé. Voire dans d’autres contextes, comme l’éthique professionnelle ou la protection de l’environnement, concluent les auteurs de l’article.

  • Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Le centre français de recherche aérospatiale fête ses 80 ans

    Pour entrer dans l’enceinte du bâtiment Onera, il faut passer plusieurs niveaux de sécurité. D’abord, les barrières la base aérienne 701 de Salon-de-Provence, qui abrite l’École de l’air et de l’espace. C’est dans les 450 hectares de ce terrain militaire, proche des pistes, que se situent les locaux bien gardés de ce que le directeur du centre Paolo Gomes appelle « la Nasa française ».

    Le département des Bouches-du-Rhône a beau avoir une culture aérospatiale profondément ancrée – tant par son histoire, avec le premier vol en hydravion d’Henri Fabre au-dessus de l’étang de Berre, que par la présence de l’armée ou son économie, avec une filière bien implantée et des locomotives telles qu’Airbus Helicopters ou Dassault -, la présence du centre de recherche n’est connue que des initiés. Pourtant, cette année, cette entité qui compte huit sites répartis dans l’Hexagone fête ses 80 ans.

    L’importance

    des souffleries

    En 1946, l’Onera « nait des cendres de la guerre », suite à la fusion de plusieurs petits laboratoires aéronautiques. L’idée, derrière cette mutualisation : organiser la recherche à l’échelle nationale. « On ne voulait pas prendre de retard par rapport à nos alliés, au premier rang desquels les États-Unis et la Russie », raconte Paolo Gomes. La découverte d’une soufflerie allemande en Savoie, véritable prise de guerre, est le second fait marquant de la création du centre français de recherche aérospatiale.

    Aujourd’hui encore, ces souffleries, au nombre de 12, sont primordiales pour sa bonne santé. « On dit que quand les souffleries vont mal, l’Onera tousse », confie le directeur du site. Son collègue Jean-François Nouvel, directeur du rayonnement scientifique pour la région Paca précise : « Actuellement, tous les avions en opération sont passés dans nos souffleries, du Concorde aux fusées en passant par les Airbus. On a l’avantage d’avoir des installations qui couvrent toutes les gammes de vitesses. » En 2025, les prises de commandes ont atteint 60 millions d’euros, un record. Dans les années 1940, « les premiers efforts de recherches concernaient l’aérodynamique, la définition du dessin des nouveaux avions pour gagner en robustesse, en performance et en autonomie », retrace Jean-François Nouvel.

    Depuis, l’Onera multiplie les faits d’armes. Ses scientifiques ont par exemple travaillé sur les propulseurs, le design, l’entrée dans l’atmosphère d’Ariane. « L’une de nos cartes de visite, c’est nos modélisations sur les risques de foudroiement des fusées. On travaille aussi sur le givrage pendant le vol des avions, ce qui est aussi une niche. »

    Les spécialités salonaises

    Le centre de Salon-de-Provence, le seul installé sur une base militaire, est le plus récent de l’Onera. « On y est installés depuis 1992 », précise Paolo Gomes. L’unité dédiée au « facteur humain », créée en 2018, y occupe une grande place et son activité est en plein essor. De 5 chercheurs il y a 8 ans, elle est passée à 33 scientifiques, avec des métiers allant de neurophysiologistes à des électroniciens en passant par des mathématiciens et des informaticiens. Le directeur régional du rayonnement scientifique résume ses missions : « C’est l’ergonomie, comment on passe l’information de la machine vers l’équipage et inversement. »

    À la tête de l’équipe majoritaire du site, Jean-Christophe Sarrazin. Le responsable explique : « Nous avons une démarche expérimentale, en particulier autour de la thématique de l’autonomisation des systèmes, qui repose sur un ensemble de moyens qui permettent de maquetter des interfaces et un environnement qui immergent l’opérateur dans un scénario réaliste. » Parmi ces moyens, des simulateurs dernier cri, faits maison sur-mesure, dont un poste de pilotage d’avion type Airbus financé en interne à hauteur de 2 millions d’euros en 2020.

    L’unité achèvera en juillet le projet « Medieval », démarré il y a quatre ans sous l’égide de la Direction générale de l’aviation (DGA), en partenariat avec les armées. L’objectif : permettre d’opérer des drones depuis le cockpit d’un hélicoptère en développant des fonctions d’autonomie décisionnelle. L’interface créée sera intégrée aux futurs engins industriels.

    L’autre spécialité du centre salonais sont les capteurs radars. Deux « pods » ultra-compacts y ont été développés. « On travaille avec des PME pour les faire voler sur des drones à voilure fixe avec une autonomie et capacité de déploiement plus intéressantes pour des opérations que ce qu’on fait ici, qu’on appelle des preuves de concept », apprend Jean-François Nouvel. À l’Onera, le prototype de radar permet de faire des mesures de signature des véhicules « qui intéressent beaucoup la DGA » puisqu’elles aident à la détection automatique par ordinateur. Autant d’applications concrètes issues d’une recherche discrète, mais décisive pour l’avenir de l’aérospatial.

  • Autonomie

    Autonomie

    Pas de programmes militaires ou civils sans technologie, ni de technologie sans recherche : c’est la philosophie qui, dans la France exsangue d’après-guerre, a motivé le ministre communiste de l’Armement Charles Tillon à créer par décret en mai 1946 l’Office national d’études et de recherches aérospatiales : l’ONERA, le bras armé technologique de l’État en matière aérospatial.

    Aujourd’hui, acteur incontournable de la décarbonation de l’aviation, il mêle une recherche à la fois civile et militaire et affiche des jolis succès dans de nombreux domaines et dispose de moyens d’essais uniques au monde qui lui ont permis d’être au cœur de la filière aéronautique française, européenne et internationale. Des succès reconnus qui lui valent régulièrement d’être qualifié de « pépite » même si ses laboratoires sont assez peu connus du grand public.

    Bataille pour les financements publics

    Et pourtant. Son quotidien est celui de bataille pour ses financements publics. Certes, son budget est élevé et dépasse les 330 millions d’euros mais pour moitié seulement de crédits publics. Crédits publics qui comme pour l’ensemble de la recherche sont passés sous les fourches caudines de la réforme générale des politiques publiques. D’autant que, domaine oblige où sévissent les industriels (Safran, Thales, Airbus), l’organisme public de recherche est incité à développer la recherche… de ressources propres via des contrats passés avec le privé. Ce en quoi il excelle. Une bonne nouvelle ? N’est-ce pas les fonds publics qui permettent de lancer des initiatives précieuses à l’heure où les menaces sur la paix invitent notre pays à s’assurer de capacité de protection et de décision en toute autonomie ?

  • [Entretien] Andrea Pasini, CNRS : « Il y a un intérêt grandissant des biologistes autour de “Trichoplax” »

    [Entretien] Andrea Pasini, CNRS : « Il y a un intérêt grandissant des biologistes autour de “Trichoplax” »

    La Marseillaise : Vous avez étudié le déplacement
    de «
     Trichoplax », cet animal marin multicellulaire très simple. Est-ce un organisme classique sur lequel les biologistes aiment travailler ?

    Andrea Pasini : Non, pas du tout. Il a été, et reste, peu étudié. Découvert en 1883, il est tombé dans l’oubli jusqu’aux années 1970 quand un zoologiste allemand s’est rendu compte que, avec d’autres organismes semblables, ils composaient une famille d’animaux plats : les placozoaires. Depuis les années 1980, il y a un intérêt grandissant des biologistes autour de ces animaux.

    Pourquoi ?

    A.P. : D’un point de vue évolutif, ils pourraient nous renseigner sur la transition qui s’est produite pour passer d’organismes composés d’une seule cellule vers ceux composés de plusieurs cellules. Ils pourraient ressembler aux premiers animaux multicellulaires apparus à la surface de la Terre au cours de l’évolution. Ensuite, ils peuvent nous renseigner sur les conditions minimales nécessaires pour la survie d’un animal. Car il s’agit d’êtres multicellulaires, mais dépourvus de muscles, d’organes, de systèmes nerveux, digestif ou reproducteur. Et pourtant, ils arrivent à survivre dans des environnements parfois complexes et agressifs.

    D’où viennent ceux que vous étudiez ?

    A.P. : Nous les avons prélevés dans un magasin d’aquariophilie du centre de Marseille. Dans un aquarium d’eau de mer avec des coraux et des algues tropicales, il y avait des petits organismes sur la vitre. Il s’agissait de Trichoplax. Depuis six ans, nous cultivons cette même souche au laboratoire.