Tag: réalisateur

  • Le film « L’Abandon », outil de réflexion

    Le film « L’Abandon », outil de réflexion

    Environ 70 personnes étaient présentes, vendredi matin, dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région, pour assister à la diffusion du film L’Abandon, sorti en 2026 et réalisé par Vincent Garenq. Ce dernier était sur place pour répondre aux questions des spectateurs après la projection. Des lycéens, des étudiants en cinéma, des professeurs et des élus étaient présents. Le film retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans les Yvelines, avant qu’il ne soit tragiquement assassiné, le 16 octobre 2020, à l’âge de 47 ans. Il avait été diffamé sur les réseaux sociaux par le père d’une élève pour avoir montré des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression.

    échanges avec le public

    Cette projection, portée par la Région Sud, a pour objectif de « rappeler l’histoire de Samuel Paty, de montrer que l’on pense encore à lui », mais aussi de « développer l’esprit critique des jeunes, et montrer les risques des fake news et du mensonge », explique Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle. « Cela s’inscrit dans la conviction que la culture contribue à former des citoyens libres. La liberté de penser et de s’exprimer est précieuse, elle demande de respecter les personnes, même si on ne partage pas les mêmes convictions », poursuit l’élu. Cette initiative s’inscrit également dans la démarche de commémoration du décès de cet enseignant et de celui de Dominique Bernard, professeur de lettres, tué le 13 octobre 2023, à Arras, lors de l’attaque de son lycée par un terroriste islamiste.

    Après le discours de l’élu régional, une minute de silence a été observée en leur honneur, comme c’est le cas dans tous les établissements scolaires français cette semaine.

    Dès la fin du film, de chaleureux applaudissements ont résonné dans l’hémicycle, suivi de nombreux compliments. Comme prévu, un échange sous forme de masterclass a eu lieu dans la foulée. Les spectateurs ont eu l’occasion de poser leurs questions. Le réalisateur est revenu, dans un premier temps, sur les raisons qui l’ont poussé à faire naître ce film : « C’est le producteur qui m’a proposé d’être réalisateur sur le film. Il vient d’une famille de professeurs, donc il a été traumatisé par l’histoire. Il avait d’ailleurs écrit un livre sur Samuel Paty. » Vincent Garenq a également éclairé les spectateurs sur la rigueur avec laquelle le film a été écrit : « Quand on s’attaque à une histoire comme cela, on a une obligation de rigueur. J’ai lu beaucoup d’interrogatoires et d’enquêtes sur l’affaire, de manière à reconstruire la chronologie. Et étrangement, le fait de tout remettre dans l’ordre amène naturellement la tension. »

    Un impact « énorme »

    Enfin, il a aussi évoqué le succès du film, qui a dépassé ses espérances : « Je ne soupçonnais pas que l’impact du film soit aussi énorme. Je savais que cette histoire était un traumatisme national, mais je n’avais pas imaginé une telle intensité dans la réception du public. Sa nomination au Festival de Cannes lui a permis de toucher un public plus large. » « Finalement, tout le monde connaît son nom mais pas son histoire », conclut-il.

    À la sortie de la salle, le film semble avoir rempli son objectif. « À la base, je ne connaissais pas l’histoire, donc je trouve que c’est une bonne chose que ce film nous soit montré », avoue un élève du lycée professionnel Le Chatelier, à Marseille.

  • Le film L’Abandon projeté à l’Hôtel de Région avec le réalisateur

    Le film L’Abandon projeté à l’Hôtel de Région avec le réalisateur

    Environ 70 personnes étaient présentes, vendredi matin, dans l’hémicycle de l’Hôtel de Région, pour assister à la diffusion du film L’Abandon, sorti en 2026 et réalisé par Vincent Garenq. Ce dernier était sur place pour répondre aux questions des spectateurs après la projection, lycéens, étudiants en cinéma, professeurs ou élus. Le film retrace les onze derniers jours de la vie de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie dans les Yvelines, avant qu’il ne soit tragiquement assassiné, le 16 octobre 2020, à l’âge de 47 ans. Il avait été diffamé sur les réseaux sociaux par le père d’une élève pour avoir montrer des caricatures de Mahomet lors d’un cours sur la liberté d’expression. Ce projet porté par la Région Paca, a pour objectif de “rappeler l’histoire de Samuel Paty, de montrer que l’on pense encore à lui”, mais aussi de “développer l’esprit critique des jeunes, et montrer les risques des fakes news et du mensonge”, énumère Michel Bissière, conseiller régional délégué à la vie artistique et culturelle. “Cela s’inscrit dans la conviction que la culture contribue à former des citoyens libres. La liberté de penser et de s’exprimer est précieuse, elle demande de respecter les personnes, même si on ne partage pas les mêmes convictions”, poursuit l’élu. Cette initiative s’inscrit également dans la démarche de commémoration du décès de cet enseignant et de celui de Dominique Bernard, professeur de lettres, tué le 13 octobre 2023, à Arras, lors de l’attaque de son lycée par un terroriste islamiste.

    Après le discours de l’élu régional, une minute de silence a été observée en leur honneur, comme c’est le cas dans tous les établissements scolaires français cette semaine.

    Questions du public

    Dès la fin du film de chaleureux applaudissements ont résonné dans l’hémicycle, suivi de nombreux compliments. Un échange sous forme de masterclass a eu lieu dans la foulée. L’occasion pour le réalisateur du film de revenir, dans un premier temps, sur les raisons qui l’ont pousser à faire ce film : “C’est le producteur qui m’a proposé d’être réalisateur sur le film. Il vient d’une famille de professeurs donc il a été traumatisé par l’histoire. Il avait d’ailleurs écrit un livre sur Samuel Paty”. Vincent Garenq a également insisté sur la méthode avec laquelle le film a été écrit : “Quand on s’attaque à une histoire comme cela, on a une obligation de rigueur. J’ai lu beaucoup d’interrogatoires et d’enquêtes sur l’affaire, de manière à reconstruire la chronologie. Et étrangement, le fait de tout remettre dans l’ordre amène naturellement la tension”. Enfin, il a évoqué le succès du film qui a dépassé ses espérances : “Je ne soupçonnais pas que l’impact du film soit aussi énorme. Je savais que cette histoire était un traumatisme national mais je n’avais pas imaginé une telle intensité dans la réception du public. Sa nomination au Festival de Cannes lui a permis de toucher un public plus large”. “Finalement, tout le monde connaît son nom mais pas son histoire”, conclut-il.

    À la sortie de la salle, le film semble avoir rempli son objectif. “À la base je ne connaissais pas l’histoire, donc je trouve que c’est une bonne chose que ce film nous soit montré”, avoue un élève du lycée professionnel Le Chatelier à Marseille. Une des professeures accompagnant les élèves enchaîne : “En tant qu’enseignant on est super seuls à la sortie de ce genre de film. Par la suite, le débat peut vite se retourner et dégénérer sans que le professeur ne puisse répondre aux élèves, si il n’a pas le bagage pour ce genre de situations”. “On voit aussi à travers le film qu’il y a une grande dangerosité autour des réseaux sociaux et de la désinformation, qui vont plus vite que l’administration”, ajoute un autre enseignant. Tant de problèmes qui sont mis en lumière dans le film, qui met en avant l’abandon subi par Samuel Paty, qui a mené à ce drame.

  • Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Projection et masterclass autour du film « L’abandon » à l’Hôtel de Région

    Le long-métrage retrace les jours ayant précédé l’assassinat du professeur d’histoire-géographie Samuel Paty en octobre 2020. Initiée par la Région, cette séance s’inscrit dans une « démarche de démocratisation culturelle et de sensibilisation des jeunes aux enjeux citoyens ». Une masterclass avec le réalisateur est prévue à l’issue de la projection afin d’échanger autour de la liberté d’expression, de la laïcité et du respect de l’autre.

  • Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Une projection pour éclairer la minute de silence pour Samuel Paty

    Le 16 octobre 2020, le professeur d’histoire géographie Samuel Paty était assassiné par un terroriste islamiste, non loin de son établissement à Conflans-Sainte-Honorine. Le Département des Bouches-du-Rhône a organisé ce lundi une projection de L’abandon, fiction documentée qui retrace les derniers jours de l’enseignant, signée Vincent Garenq, présentée hors compétition lors du Festival de Cannes 2026. « C’est important d’avoir des professeurs qui s’engagent pour le respect de la liberté » a souligné la présidente (DVD) du Département, Martine Vassal, en ouverture de la séance. « Cette semaine est un temps d’hommage aux deux grands serviteurs de la République Samuel Paty et Dominique Bernard » a appuyé Bruno Martin, secrétaire général de l’académie.

    300 élèves de 3e venus d’établissements divers, ainsi que leurs professeurs, se sont rassemblés au cinéma de la Joliette à Marseille, pour une séance autour de la laïcité et de la liberté d’expression.

    Rétablir les faits et tirer des enseignements

    « Peu d’élèves connaissaient réellement l’histoire de Samuel Paty », a observé Marion de Blaÿ, productrice du film L’abandon. Ce constat a d’abord motivé la création du film, puis sa diffusion auprès des publics scolaires. Un travail a été engagé avec des professeurs pour construire un dossier pédagogique visant à faciliter le travail avec les collégiens en amont. Après la projection, les collégiens ont questionné l’acteur principal du film, Antoine Reinartz, et sa productrice, Marion de Blaÿ. Une partie des interrogations ont porté sur la façon dont l’acteur s’est emparé du rôle : « Quel était votre ressenti en jouant Samuel Paty ? », « Comment avez-vous travaillé le rôle ? » « Avez-vous rencontré les élèves de monsieur Paty ? » D’autres élèves ont questionné l’équipe sur la réalisation du film : « Est-ce que vous avez présenté les faits réels ? », « Comment avez-vous trouvé toutes vos informations ? » « Vous avez fait vous-même votre enquête ? »

    Marie Delouze, déléguée académique à l’éducation artistique et à l’action culturelle du rectorat de l’académie d’Aix-Marseille, a tiré un bilan très positif de cette médiation. « C’est un travail très utile, on a beaucoup de témoignages d’élèves qui ne savaient pas exactement ce qu’il y avait derrière la minute de silence annuelle en hommage au professeur », a-t-elle ajouté, estimant que le film « incarne cette minute de silence ». « C’est une œuvre d’utilité publique », a-t-elle conclu.

  • Des êtres déracinés qui rêvent d’envol

    Des êtres déracinés qui rêvent d’envol

    Originaire du Caucase, le jeune réalisateur russe vit aujourd’hui en exil à Los Angeles après s’être opposé à la guerre en Ukraine. Il a fallu qu’il remanie l’histoire censée se passer dans sa ville natale. Tourné loin de Naltchik, son récit nous plonge désormais dans une Amérique d’expatriés.

    Puisant son inspiration dans ses propres origines, il creuse les rapports compliqués entre un père fantasque, Azik, et son fils Temir qu’il aime par-dessus tout. C’est l’Irlandais Barry Keoghan (Les Banshees d’Inisherin, Bird) qui donne vie à cette paternité non évidente. Cuistot dans un « diner » circassien du New Jersey tenu par sa sœur Zalya, ce boute-en-train au sourire angélique passe son temps à boire avec ses potes et foire le peu qu’il entreprend. Temir surnommé Pyteh (le Petit) malgré sa corpulence massive, est partagé entre fidélité envers les siens et envie de fuir. L’acteur turco-américain né au Kazakhstan Talha Akdogan incarne cet adolescent inquiet qui s’entraîne pour devenir champion de lutte et pousse son père à voir plus grand. Il l’encourage dans sa passion pour les delens, sorte de galettes, une spécialité culinaire de famille. Jusqu’à la tragédie qui précipite l’adolescent dans une vie d’adulte.

    Une distribution étonnante

    Dans ce casting inattendu, l’Anglais Harry Melling (Pillion) incarne Marat, l’indéchiffrable ami en errance perpétuelle et paresse intellectuelle. À l’affût d’argent facile, c’est par lui que le drame arrive.

    Surprenants sont aussi les portraits de femmes qui évoluent dans cet univers présumé masculin. À l’image de Zalya, la tante enceinte jouée par l’Américaine Riley Keough. Dotée d’une force de caractère, c’est elle qui prend les décisions qui s’imposent et gère le petit restaurant en difficulté. Autre personnage fort, la jeune athlète rencontrée à la salle d’entraînement. Temir n’ose se déclarer à Alika (Jaliyah Richards), une Nigériane aux attributs peu féminins, qui cache son acné aux yeux de tous. Une scène les montre dos à dos, à l’image d’un mur porteur, qui diffuse en eux une paix intérieure. Alika et Temir suivent les mêmes cours d’entraînement supervisés par une femme qui impose avec naturel discipline et ponctualité. Toutes sont subordonnées au pouvoir non pas des hommes mais de la précarité.

    Mémoire et corps

    Kantemir Balagov confirme la singularité de son style, optant pour une caméra intranquille et sensorielle qui interroge les liens d’interdépendance familiale et amicale… faite d’attirance et de rejet. Des séquences d’une grande vitalité qui traduisent ce besoin d’exister et ce désir d’envol. Comme la scène où le père et le fils déclenchent une ribambelle d’alarmes de voitures qui se mettent à hurler et à clignoter de mille feux. Le cadeau extravagant d’Azik pour la naissance de sa nièce, un immense pélican qui apparaît comme un porte-bonheur et le symbole d’une vie libre et sans frontière. Azik a beau être mort, il envoie des signes comme on sème des graines sur terre.

    Malgré quelques longueurs dans la première partie, signe du changement d’angle décidé par le cinéaste, le film détonne néanmoins par ce regard humain porté sur les personnages, la volonté optimiste de croire à un avenir meilleur. À la manière d’une confiture de papillon (Butterfly Jam), comme un doux rêve qui devient réalité.

  • L’œuvre de Jacques Tati,« poète de la pellicule », à Aix

    L’œuvre de Jacques Tati,« poète de la pellicule », à Aix

    La tournée épique et burlesque, vitesse grand V, de François le facteur, inspiré par les méthodes de ses homologues américains, dans Jour de fête (1949) ; une partie de tennis ubuesque au cours de laquelle des mouvements dégingandés moquent l’effort des joueurs traditionnels dans Les vacances de Monsieur Hulot (1953) ; le jet d’eau d’une maison bourgeoise qui jaillit de la bouche d’un poisson, uniquement lorsqu’un invité de haut rang social déboule dans la demeure dans Mon oncle (1958)… 44 ans après sa disparition, les scènes imaginées par Jacques Tati qui arrachent un sourire ou une réflexion sur la pseudo-modernité habitent toujours les cinéphiles, illustre un cycle consacré par l’Institut de l’image d’Aix, pendant le mois d’octobre. À voir à l’Ecole supérieure d’art d’Aix jusqu’au 25 du mois.

    Il a été l’un des réalisateurs les plus ingénieux de l’histoire du septième art, un grand professionnel aux personnages avares en paroles, mais diablement éloquents par leurs gestuelles. Et le grand témoin artistique, mais aussi visionnaire, des évolutions de la société française au cours des Trente Glorieuses.

    Métronome comique

    « Héritier du burlesque, inventeur de formes, Tati joue du détail, porte son regard amusé sur le monde. Géométrique, musicale, sa mise en scène, d’une modernité sidérante, est celle d’un métronome, qui lui permet d’enregistrer les soubresauts de l’époque comme l’industrialisation, le design, l’architecture », résume le programme de la Cinémathèque française, qui lui a dédié une rétrospective l’été dernier.

    Double de Jacques Tati à l’écran, qu’il incarne lui-même, Monsieur Hulot vient dévergonder l’écran dans quelques bobines mémorables du cinéaste. Dans Mon oncle par exemple, le voici venu fendre de sa causticité le quotidien aseptisé et plutôt austère de la famille Arpel. Un film à l’issue duquel un certain Boris Vian loua : « Tati est bien plus qu’un Chaplin français. C’est un créateur original, un poète de la pellicule, un artiste aussi simple qu’il est bourré de talent ». Des éloges annonciateurs de son chef-d’œuvre Playtime, « le plus grand film qui ait été jamais tourné sur les temps modernes », qualifia Marguerite Duras.

    Parmi les autres films de Jacques Tati projetés à l’école supérieure d’art d’Aix-en-Provence, la comédie Trafic (1971), dernière apparition de Monsieur Hulot dans sa filmographie, ou encore son ultime long-métrage Parade, sorti trois ans plus tard sur les écrans, avec Tati dans le rôle du Monsieur Loyal d’un cirque cinématographique où son mime fait fureur.

    Horaires détaillés sur www.institut-image.org

  • [Entretien] « En France, nous avons un patrimoine unique qui a besoin d’être restauré »

    [Entretien] « En France, nous avons un patrimoine unique qui a besoin d’être restauré »

    Comment est venue l’envie de réaliser ce documentaire ?

    Thierry Jourdan : Au départ nous avons été contactés avec ma femme Lana par la mairie de Cavaillon pour réaliser des films courts sur certaines phases de réalisation. Pour la dernière vidéo, nous avons filmé la fonte des cloches à l’hippodrome. C’était un moment unique, un spectacle extraordinaire puisqu’ils ont coulé les cloches dans la terre même, une technique ancestrale médiévale. On ne voulait pas que de telles images historiques se retrouvent noyées au milieu de la rapidité des réseaux sociaux. Alors nous sommes allés voir le service de la mairie et nous avons demandé à faire ce film. On est devenu réalisateurs et producteurs de cette belle aventure.

    Au-delà de la restauration, c’est l’artisanat et une aventure humaine que vous mettez en lumière.

    T.J. : Je dirais que plus que des artisans ce sont des artistes complets, d’une précision incroyable. Ce sont des gens qui sont passionnés et l’aventure humaine elle est là. Au total plus de 40 corps de métiers étaient réunis et ils adorent transmettre leur savoir-faire et le partager notamment auprès des jeunes.

    Quel est le message derrière ce documentaire ?

    T.J. : On fait ce métier pour les générations futures. Pour leur dire la vie est là, venez la vivre. Il y a aussi un enjeu patrimonial puisqu’en France notre patrimoine est unique et il a besoin d’être restauré.

  • [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    [Entretien] Vincent Hérissé : « Le rapport de Marseille avec la drogue est ancien »

    La Marseillaise : Le trafic de drogue à Marseille a déjà été beaucoup traité. Pourquoi avoir décidé de faire un documentaire sur ce sujet ?

    Vincent Hérissé : L’idée, c’était aussi de décadrer le regard pour essayer de comprendre comment on en était arrivés là, en plongeant un petit peu dans le passé, en remontant à l’origine de tout ça. Il y a, effectivement, beaucoup de littérature et de reportages produits sur ce qui se passe aujourd’hui. Et moi, j’avais envie un petit peu de comprendre comment Marseille est devenue ce qu’elle est aujourd’hui. De fil en aiguille, je suis remonté jusqu’au début du XXe siècle, donc dans les années 1920, qui sont, on va dire, le point de départ de la présence de la drogue à Marseille. L’intention de la série c’était aussi de faire une sorte de portrait de Marseille, mais vue au travers de ce prisme, de la présence de la drogue dans la ville.

    Et aussi de rappeler que la violence que l’on connaît aujourd’hui a déjà existé dans
    le passé
     ?

    V.H. : Absolument. Quand j’ai commencé à creuser le sujet, je me suis rendu compte que l’année 2023 a été une année paroxysmique au niveau de la violence. Mais je me suis aussi rendu compte que Marseille avait déjà connu des périodes d’extrême violence en lien avec le trafic de drogue : les années 80. Dans la série, il y a donc un épisode consacré à ces années, où on est sortis de la French Connection [réseau d’exportation d’héroïne vers les États-Unis. ndlr]. On a déclaré qu’on avait gagné la guerre contre la drogue et qu’on avait réussi à battre ce réseau, mais ce n’était pas tout à fait vrai. Au début des années 80, il y a l’assassinat du juge Michel à Marseille par un groupe de trafiquants, car il avait commencé à nouveau à découvrir et démanteler plusieurs laboratoires d’héroïne. C’était la preuve que le trafic continuait et qu’il s’était réorganisé. Et ces années ont été terribles. Notamment en 1986, où il n’y a eu qu’un mort de moins que lors de l’année 2023. Donc on se rend compte que ce qui a été terrible il y a quelques années, Marseille l’avait déjà connu par le passé, mais l’a relativement oublié. Les gens ne se souviennent pas de cette période qui a été extrêmement violente avec déjà des victimes collatérales.

    Pourquoi c’était important de faire ce retour dans le passé ?

    V.H. : Je trouvais ça intéressant de raconter que le narcotrafic n’est pas né comme ça spontanément, de rien. Le rapport de Marseille avec la drogue, il est ancien. Il s’explique par un tas de choses. Le port colonial d’abord, puis les différentes vagues de migration de communautés très pauvres notamment les Corses, et les Italiens du Sud. Et enfin, le trafic commercial qui était très important au début du siècle et après la guerre. Ces éléments expliquent pourquoi Marseille a tenu cette place si importante dans le trafic de drogue, notamment au moment de la French connection. Mais c’est aussi ce qui explique, comment ce trafic s’est développé. C’est cette histoire que je trouvais importante à raconter pour arriver à comprendre comment on en arrive à cette situation sidérante.

    Une situation qui aurait été
    sous-estimée
     ?

    V.H. : C’est ce que l’on montre dans les deux derniers épisodes. Elle a été volontairement sous-estimée, tolérée, on peut le dire comme ça, pendant très longtemps. Jusqu’à ce que ça explose quand il y a eu des morts. Lorsqu’en 2010 deux adolescents sont rafalés sur un point de deal, dont un jeune de 15 ans qui en est mort et un gamin de 11 ans qui en réchappe. D’un seul coup, tout le monde se précipite sur Marseille et on semble découvrir qu’il y a un problème. Sauf qu’à ce moment-là, c’est déjà trop tard, le trafic est trop ancré, et ça génère déjà énormément d’argent.

  • [Cinéma] Disparition de Jean Paul Rappeneau

    [Cinéma] Disparition de Jean Paul Rappeneau

    Autodidacte, ce cinéaste méticuleux et parcimonieux a réalisé au total huit longs-métrages, tournant avec les plus grands comédiens, de Yves Montand (Le Sauvage) à Catherine Deneuve (La vie de château), ou Isabelle Adjani (Tout feu tout flamme).

    Cyrano, son grand succès

    Connu pour son perfectionnisme, Jean-Paul Rappeneau, choisissait ses projets avec soin, ne craignant pas de laisser s’écouler de longues années entre chaque film. « Je ne suis pas comme un pommier qui fait tomber ses fruits chaque automne. Mon rythme, c’est plutôt un film tous les cinq ou six ans. Je ne vois pas pourquoi on devrait enchaîner les projets. À moins bien sûr d’avoir besoin d’argent… », disait-il à Paris Match en 2015. C’est en portant à l’écran les aventures de Cyrano et ses amours contrariées avec sa cousine Roxane que Jean-Paul Rappeneau avait connu son plus grand succès au début des années 90.

  • [C’est l’été] Clôture du Festival de la Lune à Carqueiranne

    [C’est l’été] Clôture du Festival de la Lune à Carqueiranne

    Un espace restauration est proposé dès 18h30, la projection en plein air est prévue à 21h, après une présentation du film par le réalisateur.

    G.C.

    Tarifs : 8 euros, 7 euros (réduit),
    5
     euros (- de 14 ans, chômeurs).