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  • [Quoi de neuf] Boris Chenaud : « La physique quantique on ne la comprend pas mais on s’habitue ! »

    [Quoi de neuf] Boris Chenaud : « La physique quantique on ne la comprend pas mais on s’habitue ! »

    Le prix Nobel de physique 2025 a été décerné mardi 7 octobre au Britannique John Clarke, à l’Américain John M. Martinis et au Français Michel H. Devoret pour leurs travaux dans la mécanique quantique. Un Nobel qui a mis en joie Montpellier et l’équipe métrologie quantique du Laboratoire Charles Coulomb dont le domaine de recherche porte également sur les circuits quantiques, de l’effet tunnel aux qubits. Explication avec le physicien Boris Chenaud*.

    Françoise Verna : Ce prix Nobel de physique est l’aboutissement d’une recherche fondamentale qui remonte à combien de temps ? Et, question complémentaire, dans quel domaine on se situe avec cette découverte, je cite, « de l’effet tunnel quantique macroscopique et de la quantification de l’énergie dans un circuit électrique » ?

    Boris Chenaud : Cette recherche remonte au moins à une trentaine d’années ce qui montre que les choses se construisent petit à petit, brique après brique. Avec cette découverte, nous sommes vraiment à la frontière entre le monde classique et le monde quantique. Avec les circuits électriques et électroniques dont on parle là. La physique quantique, on l’étudie à l’échelle atomique. Pour donner un ordre de grandeur : la taille d’un atome c’est très très petit. Si vous avez une barre d’un mètre, vous pouvez mettre 10 000 milliards d’atomes côté à côté pour montrer comment ils sont petits. Avec ces circuits électriques, on est de l’ordre du micro-mètre, six ordres de grandeur en dessous du mètre. Mais on arrive quand même à voir des effets quantiques parce que l’on travaille à très basse température. On a les moyens expérimentaux avec des frigos un peu spéciaux, des cryostats à dilution.

    Olivier Notalle : Pourquoi faut-il une température très très basse pour étudier ces phénomènes quantiques ?

    Boris Chenaud : Parce que dans la température il y a des énergies que l’on appelle d’agitation thermique, c’est des choses qui expliquent, par exemple, le mouvement brownien, Albert Einstein avait fait un article magnifique sur ces questions en 1905. Et donc la température c’est l’agitation des atomes, des molécules. Or, si vous voulez percevoir, mesurer des phénomènes quantiques, il ne faut pas être perturbé par l’extérieur, l’environnement avec des températures trop hautes. C’est l’inverse de la physique des accélérateurs de particules. Là, on essaie d’avoir des signatures très fines de phénomènes quantiques qui ont des niveaux d’énergie très fins.

    Françoise Verna : Qu’ont pu observer les lauréats du prix Nobel de physique ?

    Boris Chenaud : Ce qu’ils ont réussi à faire il y a trente ans c’est l’électronique à un électron. C’est-à-dire de manipuler les électrons un par un pour les mettre dans des boîtes qu’on appelle des transistors à un électron et ce pour pouvoir gérer la quantité d’électrons qu’il y a dans ces boîtes. Cela a été la brique de base de leur travail qui après a donné les qubits.

    Olivier Nottale : En quoi c’est exceptionnel ?

    Boris Chenaud : L’expérience montée par les trois lauréats qui a vraiment mis le pied à l’étrier à tout un domaine, celui de l’électronique quantique où on essaie de mesurer des effets quantiques, que cela soit sur la conduction, l’inductance, l’énergie de ces circuits électriques et de les utiliser un peu comme des atomes, ce qui va nous permettre de les manipuler et d’en faire des qbits, c’est-à-dire la brique de base des ordinateurs quantiques.

    Françoise Verna: La recherche fondamentale se déroule essentiellement dans le secteur public. On sait que l’enjeu est de développer l’ordinateur quantique. Cela existe déjà ?

    Boris Chenaud : Oui et la grosse course actuelle est d’avoir le plus de qubits, le plus de cellules actives possibles. Nous, au laboratoire Charles Coulomb de Montpellier, nous avons accès grâce à un partenariat avec IBM à des ordinateurs quantiques qui ont 5 ou 9 qubits. Mais il y a des programmes de recherche avec plusieurs centaines voire quelques milliers de qubits avec d’autres grandes entreprises. Cela demande beaucoup de moyens.

    Olivier Nottale : La physique quantique a des applications en astrophysique mais votre domaine c’est la métrologie. C’est-à-dire ?

    Boris Chenaud : On participe au mouvement international qui a pour but de définir des unités le plus précisément possible. Nous ne le faisons pas comme avant avec des objets mais à partir des constantes fondamentales que sont la charge de l’électron, la constante de Planck etc.

    Françoise Verna : Quels sont vos outils pour enseigner la physique quantique difficile à conceptualiser ?

    Boris Chenaud : On dit souvent à nos étudiants, la physique quantique, comme la relativité, on ne la comprend pas vraiment mais on s’y habitue ! Notre rôle d’enseignants c’est d’essayer d’habituer nos étudiants à ces phénomènes que l’on ne croise pas au quotidien car nous sommes baignés dans le monde classique.

    * Boris Chenaud est l’auteur
    de l’ouvrage «
     1905, l’année miraculeuse d’Einstein ». Éditions ellipses.

    À écouter ici

  • [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    [Quoi de neuf] « Ce festival n’est pas du cinéma sorti de l’industrie »

    À Sète, l’association Salsa (Sète Amérique latine semaine artistique) organise chaque année les Rencontres du cinéma latino-américain. Son président Americo Bollati et Robert Chaluleau, programmateur, nous livrent les dessous de cette 19e édition qui se déroule du 4 au 10 octobre.

    Louis Dupin : Pouvez-vous nous parler de votre association, Salsa ?

    Americo Bollati : Salsa a été créée par Michel Maillet en 2006. C’est parti de sa passion pour l’histoire des pays d’Amérique latine, notamment Cuba. À l’origine, il est allé à Cuba plusieurs fois où il a fait deux documentaires. Il est revenu à Sète avec l’envie de faire une association autour de Cuba puis, finalement, l’idée s’est élargie sur
    toute l’Amérique latine. Malheureusement, Michel Mailly nous a quittés en 2016 et à ce moment-là, qu’on m’a mis la casquette de président.

    Louis Dupin : Vous organisez les Rencontres qui proposent 14 projections de films, dont cinq qui seront
    en compétition ?

    Americo Bollati : Pendant des années, notre festival ne donnait pas de prix. On a commencé l’année dernière avec le prix du public. Ça a très bien fonctionné, aussi bien comme une façon d’intégrer le public dans la dynamique de la projection que comme un moyen pour le réalisateur de mettre en valeur son film. Cette année, c’est tout nouveau, nous avons fait appel à des cinéastes, des réalisateurs pour constituer un jury qui remettra son prix.

    Louis Dupin : Comment s’opère cette sélection ?

    Robert Chaluleau : Ça prend du temps. Nous faisons notre marché en quelque sorte, parce qu’il faut quand même savoir d’où viennent les films. On va sur le festival Cinélatino à Toulouse, on prend des idées au Viva Mexico de Paris, le festival de Biarritz. On prend des contacts avec des réalisateurs, des acteurs ou des distributeurs, ce qui nous facilite souvent les choses. Il y a quelques années, on courait toujours, nous, pour aller chercher des films et maintenant il y a des distributeurs qui nous les proposent. Donc pour nous c’est quand même un gage de reconnaissance, de notoriété du festival.

    Olivier Nottale : Ces Rencontres permettent aussi de faire venir des acteurs, réalisateurs à Sète pour parler de leur travail et de leur pays ?

    Americo Bollati : Absolument. Cette année, on a deux réalisateurs invités, Jean-Louis Gonterre et Victor Excoffier, qui viennent à la médiathèque de Sète pour présenter leurs films dans un registre tout à fait inattendu. Il y a un documentaire sur la pomme de terre, réalisé par Jean-Louis Gonterre. Victor Excoffier a réalisé Apapachar, documentaire sur la Colombie, sur la quête du bonheur, comment être heureux. Ce sont des pièces uniques, parfois un peu fait à la main donc ce n’est pas le cinéma qui nous sort de l’industrie.

    Olivier Nottale : Il y a également d’autres événements autour du festival, de la musique, des rencontres littéraires…

    Robert Chaluleau : Pour la musique, on fait l’ouverture du festival avec un groupe cubano-français, Chamacos. Et pour la soirée de clôture, nous avons prévu un quatuor à cordes avec une cinquième personne qui jouera du bandonéon, instrument emblématique de l’Argentine.

    Americo Bollati : À Salsa, il n’y a pas que du cinéma. Mais aussi un club de lecture où des amateurs de la littérature latino-américaine se réunissent pour commenter des auteurs qu’ils ont lus. Chaque année, ils sélectionnent un invité pour une rencontre littéraire. Cette année, l’auteur argentin Diego Mucio présentera son dernier livre, L’œil du Goliath. Un livre non seulement très bien écrit, mais très intéressant, très original.

    Louis Dupin : L’Amérique latine a connu grand nombre de dictatures
    au cours du XX
    e siècle, impliquant un devoir de mémoire qui doit occuper une grande place dans
    le cinéma
     ?

    Robert Chaluleau : Oui, il y en a eu beaucoup. Et ça continue. Donc il nous semble important de faire reconnaître d’une part l’Histoire, mais d’apporter par ce biais-là aussi un soutien. Il y a des pays comme la Colombie ou même le Mexique, dirigés par des gens de gauche qui ont quand même besoin d’un soutien populaire chez eux, mais aussi vu de l’extérieur. Ils ont besoin d’une reconnaissance internationale. Donc ça nous semble en fait important de parler de tout ça et d’appuyer et de supporter ça.

    Louis Dupin : Le retour
    de l’extrême droite dans certains pays d’Amérique latine met-il en danger
    la culture ?

    Americo Bollati : Ça fait beaucoup de dégâts. L’Argentine avait créé l’Institut cinématographique des arts audiovisuels, l’INCAA. [Le président] Milei l’a tout simplement démantelé.

    Or, c’était une référence non seulement pour la création et la réalisation de films argentins, mais qui finançait aussi beaucoup de travaux de post-production, des films de l’Amérique latine en général. Des réalisateurs chiliens, mexicains, colombiens profitaient de cette expertise. Et pour l’Argentine, même dans une logique économique purement capitaliste, c’était un avantage.

    À écouter sur divergence-fm.org

  • « Le handicap, une question politique au sens premier »

    « Le handicap, une question politique au sens premier »

    « L’autodétermination c’est prendre en compte la personne dans ce qu’elle est capable de faire. C’est un accompagnement adapté. »

    La Marseillaise, en partenariat avec radio Divergence (DAB+ et Divergence-fm.org) participe à l’émission « Quoi de neuf ? » . Cette semaine, notre invité est Jacques Mallet, président adjoint de l’Unapei 34, engagée auprès des enfants et personnes en situation de handicap mental.

    L’Union nationale des associations de parents d’enfants inadaptés (Unapei) est implantée dans toute la France et de nombreuses associations y sont affiliées. Dans l’Hérault, l’association Unapei 34 s’occupe de 1 300 personnes en situation de handicap mental, gère 33 établissements et services médico-sociaux et emploie 860 équivalents temps plein. Lors de la rentrée scolaire, elle a dénoncé l’absence de scolarisation pour plus de 700 enfants dans l’Hérault et révèle que près de 300 enfants sont sur liste d’attente pour une place en établissements médico-éducatifs (IME). Rencontre avec son président adjoint, Jacques Mallet, pour ce premier numéro de la nouvelle saison de Quoi de Neuf.

    Françoise Verna : Comment expliquez-vous les grandes difficultés de scolarisation en milieu ordinaire des enfants en situation de handicap ?

    Jacques Mallet : La grande difficulté de la scolarisation des enfants c’est déjà, tout simplement, la prise en compte du handicap, la prise en charge de l’enfant en difficulté. Qu’il ait simplement un trouble Dys : dysorthographie, dyscalculie, etc, ou autre. Nous travaillons en ce sens actuellement. Nous relançons madame la rectrice de Montpellier pour pouvoir mettre en place des passerelles, des liens et arriver à mutualiser nos efforts, à la fois l’éducation nationale et à la fois notre association, qui n’est pas la seule dans le département de l’Hérault à prendre en charge des enfants en situation de handicap mental ou de déficience intellectuelle, mais qui représente sur l’arrondissement de Montpellier, l’une des plus importante.

    Olivier Nottale : Il y a les accompagnants d’enfants en situation de handicap, les AESH. Est-ce que la difficulté vient du manque de ces accompagnants ? d’une mauvaise gestion ?

    Jacques Mallet : On pourrait dire d’emblée que c’est une question de moyens qui manquent. Je ne suis pas persuadé que c’est cela qu’il convient de mettre en avant, tout de suite. Je pense que la première des choses c’est la volonté politique, au sens premier du terme. Au sens de la vie dans la cité. Quelle place veut-on donner aux personnes en situation de handicap ? Quand on parle de handicap mental ou de déficience intellectuelle, c’est souvent un handicap invisible. je prends l’exemple de ma fille qui est atteinte d’un trouble autistique, et bien vous allez la voir très sociable, capable de communiquer sans problème, mais elle vous cachera toutes les périodes d’angoisse et de grandes difficultés. La question est avant tout politique : qu’est-ce qu’on veut faire dans notre société pour les personnes en situation de handicap ? Près de 65%d’enfants suivis par l’Unapei n’ont pas de numéro INE, c’est-à-dire d’identification de l’élève. Pour schématiser, ils n’existent pas pour l’éducation nationale.

    Françoise Verna : La loi de 2005 dit pourtant que la scolarisation est un droit. Nous pourrions revenir sur l’Histoire, Marc ?

    Marc Ossorguine [administrateur de Radio Divergence, ancien formateur et éducateur spécialisé ] : La loi de 2005 suit celle de 1975, dîte « loi d’orientation en faveur des personnes handicapées ». Elle a mis en place beaucoup de choses mais n’a pas atteint ses objectifs, loin s’en faut. La loi de 2005 était là pour la toiletter avec un slogan clé, « l’enfant au cœur du dispositif ». C’est là que l’on a commencé à parler de « personnes en situation de handicap » et non plus « d’élèves ou de personnes handicapé(e)s ». Je me suis toujours dit deux choses : la première c’est que beaucoup de gens ont pris cette formulation comme du politiquement correct sans mesurer toutes les conséquences que cela disait. Et puis, je me suis dit que cela n’allait pas assez loin et qu’il faudrait parler de « situation de handicap » tout court. Cela veut dire qu’il n’y a pas un enfant qui est « responsable » de son handicap mais qu’il y a une situation qui fait qu’une personne se retrouve handicapée. Cela tient aux déficiences et aux capacités qu’elle peut avoir mais pas seulement. Cela tient aussi à l’environnement, à l’organisation matérielle d’un espace, au suivi, etc. qui disent que l’on parle bien d’« une situation de handicap ». C’est une question collective, pas individuelle.

    Jacques Mallet : Il y a un mot très important dans la loi de 2005 : c’est une loi pour « l’égalité des chances ». Quand je vous parlais d’inclusion, ce n’est pas un mouvement qui va de la personne handicapée vers la société. C’est à la société d’aller vers l’enfant en situation de handicap. Ce n’est pas rien. Aujourd’hui, on avance un autre mot : l’autodétermination. Nous avons mis ce terme dans nos objectifs stratégiques et dans nos statuts de l’association Unapei 34.

    Olivier Nottale : Qu’est-ce que cela veut dire précisément « l’autodétermination » ?

    Jacques Mallet : C’est prendre en compte la personne dans ce qu’elle est capable de faire. Ce n’est pas laisser faire l’enfant tout seul ! L’autodétermination, ce n’est pas l’absence d’accompagnement. C’est un accompagnement adapté, mesuré, qui prend en compte les difficultés mais aussi le potentiel et les capacités d’un enfant.

    Site internet : Unapei34.org