Tag: Protection de l’enfance

  • Un tribunal pour enfants bientôt créé à Alès

    Un tribunal pour enfants bientôt créé à Alès

    C’est une annonce attendue depuis des années par les acteurs judiciaires et les élus cévenols. Dans un courrier daté du 19 janvier, le ministre de la Justice Gérald Darmanin a confirmé au maire d’Alès, Christophe Rivenq, sa décision de créer un tribunal pour enfants de plein exercice dans la capitale des Cévennes. Une avancée qui vise à rapprocher la justice des familles et à améliorer le traitement des dossiers concernant les mineurs.

    Jusqu’ici, l’ensemble des affaires pénales et éducatives impliquant des mineurs du ressort d’Alès étaient traitées à Nîmes. Une organisation qui impliquait de nombreux déplacements pour les familles, les avocats, les éducateurs et les forces de l’ordre, et qui allongeait les délais. Le ministre reconnaît lui-même que ces contraintes « nourrissent légitimement un sentiment d’éloignement du service public de la justice des mineurs pour les Alésiennes et les Alésiens ». Dans sa lettre, Gérald Darmanin souligne le « contexte territorial spécifique » du bassin alésien, marqué par l’étendue du ressort couvrant également l’arrondissement du Vigan, et par des difficultés d’accès à la juridiction nîmoise pour une part importante de la population.

    Un combat qui aboutit

    La décision intervient aussi dans un contexte local tendu. Depuis 2023, les affaires impliquant des mineurs se sont multipliées dans le bassin alésien, avec des faits de violence, de trafic et plusieurs dossiers très médiatisés. Pour les avocats du barreau d’Alès, qui réclamaient cette création depuis longtemps, l’engorgement du tribunal pour enfants de Nîmes et les délais de traitement nuisaient à la prévention et à la réinsertion.

    Sur ses réseaux sociaux, le maire d’Alès s’est félicité de cette annonce, estimant qu’elle permettra de rendre « une justice encore plus efficace sur notre territoire ». Il évoque « une belle victoire pour le territoire » après « plusieurs années de rencontres et d’échanges avec de nombreux ministres ».

    Si le feu vert politique est donné, la mise en œuvre reste conditionnée à la disponibilité de locaux adaptés et l’évaluation des moyens humains nécessaires. Darmanin a d’ailleurs interrogé la commune sur sa capacité à proposer rapidement un site opérationnel. En attendant, pour de nombreux professionnels, cette annonce marque déjà un tournant vers une justice des mineurs mieux ancrée dans les réalités locales.

  • Var : les cinq grands défis de Jean-Louis Masson pour 2026

    Var : les cinq grands défis de Jean-Louis Masson pour 2026

    Pour ses traditionnels vœux, le président (LR) du Département Jean-Louis Masson s’est entouré du préfet du Var, Simon Babre, et de ses conseillers départementaux. Étaient également présents de nombreux édiles, l’évêque de Fréjus-Toulon François Thouvet, mais aussi l’ancien maire de Toulon (2001-2023) et président du Département (1994-2002) Hubert Falco, proche de Jean-Louis Masson, qui l’a chaleureusement salué en dépit de sa condamnation en justice : « J’ai une affection spéciale pour lui. Il a parlé d’un département équilibré et unitaire. J’essaie de faire vivre cet héritage et j’espère en être digne. »

    Un hommage en forme d’interlude au cours d’un discours débuté par la présentation d’un « contexte international que je n’avais jamais connu. Je n’avais jamais vu l’armée américaine s’emparer du président d’une autre nation, qu’elles qu’en soient les raisons, ce qui est surprenant au XXIe siècle, comme voir la Russie attaquer un pays voisin. Et pour la situation intérieure, il n’y a aucune majorité et le budget n’a pas encore été voté. Si la France apporte encore des services du quotidien, c’est par l’engagement des collectivités ».

    Normes, budget, enfance…

    Jean-Louis Masson a ensuite énuméré cinq défis à relever pour la collectivité : « Le premier est celui des normes. Il y a dans ce pays 77 codes. L’association des maires de France dénombre 403 000 normes pour les élus. L’adage “nul n’est censé ignorer la loi” est une chimère. » Il a ensuite cité « le défi budgétaire. 3 400 milliards d’euros de dette, c’est une tragédie. J’avais proposé en tant que député une règle d’or : ne pas souscrire d’emprunt pour équilibrer un budget à base de dettes. Ça n’a pas été retenu. L’État a comprimé les dotations générales de fonctionnement des communes, mais la dette a doublé. »

    Troisième défi, celui de la protection de l’enfance : « Le nombre d’enfants placés sous la protection du Département a doublé en 10 ans, à près de 2 400. On a été désigné département d’expérimentation sur le sujet, en compagnie de la Gironde, avec qui on va organiser une mission. » Jean-Louis Masson a ensuite abordé le sujet de la « transition environnementale. On vient de vivre des catastrophes exceptionnelles : 2 ans de sécheresse, des inondations et incendies ravageurs. La réponse publique doit être au rendez-vous. » Dernier défi : la transition numérique et l’IA : « Le Var est quasiment totalement équipé en haut débit, mais la fracture numérique concerne encore un certain nombre de concitoyens. Quant à l’IA, elle ne doit pas prendre la place de l’intelligence humaine mais être un outil », a martelé le président du département, avant de conclure : « Travailler en équipe est essentiel. Et je crois que dans ce département on travaille en équipe, et c’est pour ça qu’on arrive à trouver des solutions. »

  • Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    Entendre la jeunesse des foyers sociaux

    L’aide sociale à l’enfance est en souffrance. Cela ne concerne pas uniquement le département des Bouches-du-Rhône mais l’ensemble du territoire national. Les métiers liés à la prise en charge des enfants en danger subissent une telle crise de recrutement que le turnover des éducateurs et des personnels est massif. Comment, dans ces conditions, assurer la stabilité à des enfants, des adolescents et des jeunes adultes aux vies déjà fracassées par les violences, l’abandon ? Comment se reconstruire si l’aide à l’enfance vacille ? Réinvestir massivement dans ces métiers, revaloriser ses fonctions c’est prévenir les insupportables dérives, heureusement minoritaires, qui ont lieu dans les maisons d’accueil.

    Protéger

    Le premier impératif est de protéger les enfants et, dans le même temps, de respecter leurs droits absolus à être bien traités, entourés, aimés, accompagnés. Cela vaut pour tous les enfants et plus encore pour ceux qui sont placés par la justice et donc confiés à la collectivité. Les jeunes adultes et adolescents de Bois Fleuri prennent aujourd’hui la parole pour être considérés, écoutés, respectés. Leur force collective fait avancer les choses et le dialogue est désormais ouvert entre eux et le Département avec un rendez-vous important vendredi 19 décembre. Leur désir est de ne plus être ballottés, de pouvoir tracer leur avenir, s’émanciper en dépit des obstacles, des carences affectives, est d’une énergie remarquable.

    L’aide à l’enfance mérite toute notre attention car son niveau de qualité est le baromètre d’une société qui fait le choix de la solidarité, de la protection des plus fragiles et de l’inclusion de toutes et tous.

  • Mobilisés devant Bois Fleuri, ils obtiennent une audience

    Mobilisés devant Bois Fleuri, ils obtiennent une audience

    Le constat était alarmant. Des faits graves mettaient les enfants en danger. Je suis ici depuis un mois dans un esprit de dialogue, je vérifie le nombre de personnels, le niveau des diplômes et le respect des conditions de travail », s’est adressé Philippe Houbart, administrateur mandaté par le Conseil départemental 13, au comité de soutien. Et de préciser : « C’est une suspension d’un mois, renouvelable, non une fermeture. ».

    « Que vont devenir les jeunes et les salariés ? », a interrogé Bernard Cresta, délégué syndical central des établissements médico-sociaux. Le président de l’association Bois Fleuri, qui l’accompagnait, s’est simplement rangé « du côté de l’administrateur », regrettant une mobilisation, le jour du Noël des enfants. Mais si l’heure est à la réflexion pour l’institution, elle est à l’urgence pour les jeunes, car les appartements doivent être libérés le 22 décembre. « Nous ne sommes pas manipulés, nous sommes adultes, nous avons juste demandé un soutien. Et des réponses claires car on y a droit », a clarifié Shayma. « Soyons réalistes, c’est pour un mois ou pour toujours ? » a insisté Mascillia. Également déterminée, Abygaël a souligné : « Ma colloc et moi, on n’a toujours aucune solution, c’est lundi le 22 ! »

    Faire remonter

    les demandes

    « Le problème de la Mecs a été signalé il y a déjà des mois… » reproche encore une éducatrice. « C’est bien plus qu’une histoire de logement. Vous réalisez ça ? », embraye un autre salarié. « On a pas reçu les 400 euros de budget du mois. On va le toucher ? », s’inquiète encore Shayma. Les nouvelles structures d’accueil prendront le relais. Sur les 26 jeunes et enfants placés concernés par la fermeture provisoire des deux unités, « il ne reste que six cas à régler », a indiqué Philippe Houbart. « On vous le dit, on ne bougera pas si les solutions sont intenables », ont assuré les jeunes. Devant leur ténacité, avant de repartir partager « les crêpes avec les enfants », l’administrateur n’a pu que convenir : « Je vais faire remonter vos questions. Voir s’il est possible de garder ouverts les appartements… » Les lignes semblent bouger et les lettres et les appels à l’aide ont commencé à porter leurs fruits. « On a rendez-vous vendredi au Département », confiait Shayma.

    Pour leur part, l’adjointe au maire en charge de la place de l’enfant dans la ville, Sophie Guerard et Christophe Hugon, conseiller municipal délégué au numérique, venu sur le rassemblement, déclarent qu’« il est urgent de suspendre cette suspension et de trouver une solution plus humaine ».

  • Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Ces jeunes placés veulent sortir du chaos

    Je refuse de ne pas avoir le droit à la parole, je refuse de ne pas avoir le choix. » Blessée tout autant que déterminée, Kheira, 19 ans, fait irruption dans le salon d’un des 13 appartements du service autonomie que la Maison d’enfants à caractère social Bois Fleuri qui doit fermer. Dans le décor sobre du T2, où les jeunes ont décidé de se réunir, des bouteilles de soda et des petits fours ont été disposés sur la table. Mais l’heure n’est pas à la fête. « On cherche une stratégie parce qu’on ne veut pas être foutus dehors, mais on est coincés, explique Pierre, qui va tout juste sur ses 18 ans, ils ne prennent pas en compte notre situation, ceux qui décident ça. »

    Il existait bien des signes avant-coureurs. « On savait qu’il y avait des problèmes d’argent. Certains ne recevaient plus rien pour acheter à manger, mais cette décision, c’est vraiment brutal. C’est pas normal que ce soit encore nous qui trinquons. On n’a rien fait », continue-t-il. Tous craignent que la fermeture temporaire cache une fermeture définitive. « Il y a quelque chose qui cloche, n’en démord pas Mascillia, pourquoi on doit déménager si la fermeture c’est pour un mois ? Et quand je demande au chef de service si on revient après, il dit que non, il ne croit pas. » Aux griefs de dysfonctionnements et de gestion calamiteuse de l’association, il faut ajouter un gouffre financier, creusé au fil des années (lire les précisions du Département ci-contre).

    Une rupture de trop

    « La seule certitude qu’on a, c’est qu’on sera virés le 22 », résume un jeune de 19 ans, sans emploi. Il a été le premier à être informé par un coup de fil le 11 au matin. « Pour me demander de préparer mes affaires, parce que le 22 je devais me trouver une porte de sortie. J’ai paniqué. J’ai appelé les éducs mais ils n’étaient pas encore au courant. » Alors qu’il est scolarisé sur le secteur Canebière, il apprend, le 15 décembre, qu’il sera « finalement replacé dans un foyer de jeunes travailleurs vers Vitrolles. Comment je fais ? »

    Mais ce même 11 décembre, ils sont tous convoqués à une réunion d’information en fin de journée. « Nous, les cinq mineurs non accompagnés, on a été pris à part par le nouveau responsable. On va en foyer à la Blancarde », explique Said, un peu abattu. Marie-Louise avoue sa colère : « Si je refuse, le contrat jeune majeur saute. Je me suis sentie menacée et j’ai pleuré pendant le rendez-vous. Parce que j’avais noué des amitiés ici, avec ce groupe. »

    Depuis l’annonce, « c’est le ballet des inspecteurs et des inspectrices. La mienne est en maladie. Je n’ai personne à qui parler », regrette Shayma, qui comme Yasmine et Jenna, n’a toujours pas obtenu l’ouverture de son contrat jeune majeur. « Avant d’être là, j’étais ballottée de foyers en hôtel. Mais on ne peut pas cuisiner et le peu d’argent qu’on arrive à mettre de côté sert à payer la bouffe », déplore la toute jeune femme, qui n’aura eu droit qu’à une courte parenthèse d’apaisement dans son parcours semé d’embûches et de violences. « J’ai emménagé le 20 novembre. Je commençais à me sentir mieux, à bien dormir, j’étais moins troublée. Mais depuis jeudi, l’angoisse reviens, je ne dors plus », assure-t-elle.

    Mascillia et Kheira sont sorties sur le balcon, pour souffler un peu. Les jeunes filles passent d’une émotion à l’autre. « C’est la 5e fois que je me fais jeter, craque Kheira, je suis passée de famille d’accueil en foyers, j’ai été battue et remise à la rue. Pour la première fois de ma vie, je commençais à être heureuse, à trouver une certaine stabilité, je reprenais confiance en l’avenir. » Tentant de retenir des larmes, elle lâche, entre colère et dépit : « Au moment où on commence à construire notre vie, il y a ça qui vient encore tout fracasser. »

    La soirée vire à la recherche d’une « stratégie » pour se faire entendre, pour obtenir des réponses plus claires. « On ne veut pas partir. Mais on fait comment s’ils nous jettent dehors ? interroge Assoumani, on a besoin de soutien. » Les jeunes veulent agir. Vite. « Parce qu’on a que quelques jours », rappelle Abigaël qui réalise quelques vidéos dans lesquelles chacun apporte son témoignage. Un éducateur est aussi sollicité et mis à contribution. Shayma envoie des courriers aux services du Département. Dès le lendemain, une cagnotte « cotizup.com/aiderbf13010 » est mise en ligne, « parce que sans prise en charge, même ceux qui ont un revenu, ça ne suffira pas pour vivre et payer un loyer ».

    Il n’y a « pas d’autre solution », selon le Département
    Interrogée, la direction des services du conseil départemental des Bouches-du-Rhône apporte des précisions sur les motifs de l’arrêté concernant ces deux unités de la Mecs Bois Fleuri pris le 10 décembre. Le Département qui a en charge la gestion des enfants placés, « a été alerté sur un encadrement défaillant mettant en danger ces enfants ». Des cas d’agression sexuelle d’enfants sur d’autres avaient été signalés dans le groupe des petits. Une lettre a été envoyée le 8 avril 2025 pour une mission d’inspection des quatre services de l’établissement. Un rapport à suivi le 18 août. Suite à quoi, « nous avons fait une série d’injonctions à laquelle la directrice n’a pas répondu. Elle n’est pas venue au rendez-vous. C’est pourquoi nous avons nommé un administrateur provisoire », précise le Conseil départemental 13. L’administrateur « a pris la main sur la structure et doit permettre de retrouver les conditions de sécurité nécessaires ». Vider les logements des jeunes majeurs était-il si nécessaire et urgent ? « C’est un bouleversement, entend la direction de l’institution, mais l’encadrement était défaillant. On ne peut pas mettre d’autres salariés en place tant que l’enquête est en cours. On doit respecter le droit du travail et respecter le droit des enfants à être protéger. Quelle autre solution ? » Puis, de promettre : « quand tout sera revenu en ordre, les jeunes réintégreront leurs appartements ».Quant à la baisse du forfait jeune majeur de près de 50% décidée par l’autorité de tutelle, « elle est légale et nous nous mettons en conformité avec la loi », balaie l’institution. Dans son rapport de 2022, l’IGAS avait pourtant qualifié de « modeste » l’allocation de moyens alloués par le CD 13 au secteur associatif chargé de l’exécution des mesures de placement.La direction du CD 13, voit dans la médiatisation de ce dossier emblématique du malaise dans le secteur de la protection de l’enfance, « une instrumentalisation sur un sujet sensible dans la période d’enjeux politiques ». Pour autant, Martine Vassal, la présidente (DVD) de la collectivité a finalement accédé à la demande du groupe communiste d’organiser des Assises de la protection de l’enfance en 2026.M.G.
  • Martine Vassal concède des Assises de la protection de l’enfance

    Martine Vassal concède des Assises de la protection de l’enfance

    La demande est réitérée depuis près de cinq ans, lors de chaque séance publique, par le groupe communiste. Vendredi, Martine Vassal, la présidente (DVD) du Conseil départemental, y a enfin répondu favorablement. Des Assises de la protection de l’enfance seront organisées en 2026 dans les Bouches-du-Rhône.

    Le matin même dans nos colonnes, Gérard Frau, le président du groupe PCF, expliquait son intention de saisir le préfet si la nouvelle demande qui allait être formulée restait encore sans réponse. « Nous les demandons pour mettre autour de la table l’ensemble des acteurs : État, familles, structures associatives, syndicats, professionnels, ARS, justice… Martine Vassal ne peut pas y échapper. Ce n’est pas une posture politique », martelait l’élu de Martigues.

    En séance, c’est sa camarade Audrey Garino qui a pris la parole sur le sujet et exigé la tenue de ce rendez-vous, en se saisissant du rapport n°9. Il portait sur les actions en justice du Département, dont un grand nombre concernait des mineurs non accompagnés. Ces MNA face auxquels la collectivité a été plusieurs fois condamnée pour défaut de prise en charge.

    Il y a quelques jours, Audrey Garino avait reçu, avec son groupe, le collectif Alerte protection enfance 13, regroupant la plupart des associations du département travaillant dans ce secteur. Elles représentent 4 000 salariés et plus de 80% des enfants confiés.

    Ligne claire, méthode

    et stratégie à long terme

    « Des structures, pour certaines centenaires, qui se regroupent pour la première fois et prennent la parole pour alerter et dénoncer, et c’est leurs mots, une maltraitance institutionnelle systémique qui touchent les enfants, les familles et les professionnels », martèle l’élue marseillaise. Changements de tarification unilatéraux et rétroactifs fragilisant les structures, évolutions réglementaires, comme la fin du dispositif de placement à domicile, sans discussion ni concertation : « Ce constat, lourd, terrible, pèse évidemment sur la qualité de prise en charge que nous devons à ces enfants et conduit à des dérives inacceptables régulièrement dénoncées dans la presse. »

    « Trois ans après le rapport de l’IGAS, aucun redressement structurel n’a été engagé, aucune inflexion réelle… la situation s’est même détériorée », abonde Azad Kazadjian (PS). Pour le groupe communiste, l’objectif des Assises « est d’établir une ligne claire, une méthode et une stratégie à long terme au bénéfice des enfants suivis », rappelle un communiqué saluant la décision de Martine Vassal et assurant leur plein engagement dans l’organisation de cet événement. Le rendez-vous aura lieu en juin prochain.

    Un calendrier pensé pour enjamber les municipales et « ne pas faire du dossier un sujet de la campagne municipale », glisse l’entourage de la présidente. Son organisation sera confiée à Agnès Amiel, conseillère déléguée à l’enfance et la famille, Audrey Garino et Denis Rossi.

    « Il faut prendre le problème à bras le corps, nous avons créé la maison des discriminations, nous avons travaillé sur l’observatoire de l’enfance avec un petit livret qui va sortir, le 17 décembre a lieu l’observatoire de l’enfance, et nous aurons ces Assises en juin, conclut Martine Vassal. On en a besoin parce que nos enfants en valent la peine, parce qu’il faut qu’on soit exemplaires sur les Bouches-du-Rhône et parce que je veux qu’on le soit ensemble pour l’avenir de ces petits. » Mieux vaut tard que jamais.

  • Le Département ferme la maison d’enfants Bois Fleuri

    Le Département ferme la maison d’enfants Bois Fleuri

    Deux unités doivent fermer le 22 décembre. « Un choc. Surtout à la veille de Noël. On est presque tous ressortis en pleurs, même si on se sent soulagés que ce gros problème de management qu’on a tous subi a enfin été épinglé », confie un membre du CSE de Bois Fleuri, où une réunion a été convoquée en urgence, ce jeudi. Si les personnels, en dehors d’une mise à pied pour violence qui a déjà eu lieu, restent en place durant tout le temps de l’enquête en cours, les éducateurs se montrent très inquiets pour les enfants.

    « Les postes ont été maintenus sur la Mecs car il y a eu énormément de démissions », précise un éducateur. Actuellement 7 postes sont à pourvoir. Parmi les enfants, 8 sont concernés par la fermeture dans le groupe Interlude, l’unité des tout-petits, et 18 autres, âgés de 16 à 21 ans, du service autonomie, doivent quitter les logements en diffus où ils étaient placés. « Pour tous, c’est extrêmement déstabilisant. Pour certains des grands, c’est dramatique. L’un d’eux, âgé de 20 ans, s’est entendu dire qu’il fallait qu’il se trouve une solution car l’administration n’en avait pas. Comment peut-on le laisser à la rue un 22 décembre, alors qu’il est sans emploi et fragile psychologiquement ? »

    « Depuis mercredi, on a des doutes, car d’autres établissements qui accueillent les enfants adressés par la Protection de l’enfance ont appelé pour le transfert des petits », explique une autre éducatrice. Des faits extrêmement graves ont conduit à cette décision de fermeture en urgence, pour un mois renouvelable, mais la situation, « dénoncée depuis un an et demi » s’est progressivement dégradée, « sans qu’aucune véritable aide nous soit apportée », déplorent les éducateurs. Ils étaient plusieurs à alerter leur direction, dès l’été dernier, sur « les allocations versées aux adolescents et jeunes adultes en hébergement d’autonomie qui ne tombaient jamais à temps. Ils se retrouvaient sans nourriture », décrit la jeune femme. L’alerte donnée par les jeunes à leur inspectrice a fini par faire effet.

    En avril, une inspection de trois jours avait été diligentée par le conseil départemental des Bouches-du-Rhône (CD 13) au sein de l’Association. Au-delà d’une gestion calamiteuse, de mésententes entre la direction et ses équipes, la collectivité pointe « la multiplicité de signalements d’agressions sexuelles concernant plus d’une dizaine de mineurs sans que des dispositions n’aient été prises pour éloigner et protéger les mineurs concernés ». L’enquête suit son cours, précise le CD 13 (lire notre article du 21 novembre 2025).

    Si cette décision paraît « sans appel » aux personnels, ils s’interrogent sur le fait qu’elle arrive « si tard et si brutalement ». Selon eux, « une première enquête n’avait pas abouti sur les révélations de violences alors que huit salariés avaient témoigné contre l’encadrant maltraitant ». Et de regretter : « On dirait qu’ils ferment pour dire “on a agi”. »

    Des solutions d’urgence

    « Plutôt que de chercher des solutions, on cherche des coupables, c’est une perte de temps et d’énergie colossale, alors qu’il y a urgence », avait par ailleurs déploré les directeurs des plus importantes structures partenaires de la Protection de l’enfance. Réunis au sein du Collectif Alerte 13, ils ont lancé un SOS à la collectivité, le 20 novembre dernier, dressant un état des lieux très précaire dans un contexte de malaise général. « Nous sortons de négociations budgétaires violentes assorties de baisses drastiques de nos financements », avait dénoncé un directeur d’association. Leur conseil d’administration évoquait des faits tragiques : un garçon de 9 ans qui avait tenté d’en étrangler un autre de 4 ans avec une corde. Sortis de l’hôpital ils sont renvoyés dans leur structure d’accueil. « Au CD 13, on nous répond “débrouillez-vous”, mais comment protéger les autres enfants et sa petite victime quand on nous refuse un transfert ? Et comment le protéger de lui-même, il n’a que 9 ans ?  »

    « Le fruit d’années d’errance »

    « C’est le fruit d’années d’errance, de ces décentralisations qui ont amené depuis 30 ans a laissé la Protection de l’enfance aux Départements, sans assiettes compensatrices. Il s’est passé ça, mais les professionnels de Bois Fleury font leur travail, essaient d’accompagner au mieux, sans budget, en mode hyper-dégradé, des gosses qui sont très abîmés », réagit Valérie Marque, secrétaire de la CGT au Département, suite à l’arrêté de suspension de la Mecs (Maison d’enfants à caractère social). « Tous les agents du social et du médico-social, au vu du gouffre dans lequel ils se trouvent, sont en demande. Mais il y a une responsabilité de l’état. Quand on regarde l’impact du PLFSS (projet de loi de financement de la Sécurité sociale), on peut craindre un impact majeur sur le budget des collectivités territoriales », reprend la déléguée syndicale. « Les conseils départementaux sont exsangues. Ils font des choix, mais j’observe quand même une idéologie sous-jacente au niveau du Gouvernement, une idéologie de droite qui dit qu’un enfant est un produit qu’ils aimeraient ouvrir au privé et faire des marchés publics pour les grandes boîtes. »

    Dans la foulée des 13e Rencontres nationales du travail social en lutte, tenues mi-octobre à Marseille, trois jours de grève sont programmés les 16, 17 et 18 décembre. Ch.C.

    Question écrite à la Ministre

    Le député (l’Après) de Marseille, Hendrik Davi, a interpellé, dans une question écrite, la ministre de la Santé face aux dysfonctionnements constatés sur la protection de l’enfance dans les Bouches-du-Rhône : « Quelles évaluations ont été réalisées par le ministère sur la situation dans le département, quelles actions correctrices sont envisagées à court et moyen terme, et quelles garanties peuvent être apportées pour assurer une sécurité aux agents et aux mineurs, conforme aux obligations légales et aux besoins ? » interroge le député. Ch.C.

  • [Entretien] Gérard Frau : « Si Martine Vassal refuse les Assises, nous les demanderons au préfet »

    [Entretien] Gérard Frau : « Si Martine Vassal refuse les Assises, nous les demanderons au préfet »

    La Marseillaise : Que vous inspire cette suspension de la Mecs de Bois Fleuri ?

    Gérard Frau : C’est une nouvelle alerte sur la protection de l’enfance sur laquelle on ne met pas les moyens. Votre journal révélait, il y a un mois, qu’elle avait été mis sous tutelle. Mais pourquoi ? Parce que ces associations doivent avoir les financements adaptés à leur action. Et aujourd’hui, malheureusement, qu’elles gèrent des structures, qu’elles soient comme la Sauvegarde dans l’action éducative en Milieu Ouvert, elles voient leurs moyens se réduire. Si on ne donne pas les moyens à ceux qui sont au cœur des difficultés, d’accueillir les enfants et de les protéger, forcément ça se passe mal.

    Vous pointez évidemment les orientations du Département ?

    G.F. : C’est une question budgétaire, mais c’est surtout une volonté politique, car le budget d’une collectivité reflète sa politique. Il faut que la présidente du conseil départemental et son exécutif se rendent compte que la protection de l’enfance est au cœur de leur mission. Les associations se sont regroupées en collectif car elles ont reçu une lettre leur signifiant que, d’un coup, l’accueil d’enfant passait de 50 à 30 euros.

    Vous rappelez aussi le rôle de l’État ?

    G.F. : Oui, c’est à la fois une compétence du Département, mais aussi une action interministérielle. L’État ne peut pas se dédouaner de la question. Dans l’accompagnement des enfants en danger, il intervient avec les Agence régionales de santé (ARS) ou la justice, qui ordonne les placements. L’État doit renforcer l’ensemble de la politique de protection de l’enfance. Il n’y a pas que les Bouches-du-Rhône, partout en France, des éducateurs disent que parfois, il vaudrait mieux laisser l’enfant en danger dans sa famille plutôt que l’accueillir en foyer, tant ça s’y passe mal. Le constat est terrible. L’État est défaillant. Ils sont en danger partout.

    Vous avez rencontré récemment les associations. Elles disent quoi ?

    G.F. : Déjà, le collectif s’est créé parce que les associations sont si dépendantes du Département qu’elles ne voulaient pas apparaître individuellement. ça situe le rapports avec ces structures qu’il a labellisé. Il y avait des professionnels et des bénévoles qui nous ont dit qu’ils n’y arrivent plus, qu’il n’y a plus de sens, qu’ils sont à bout de souffle, avec des injonctions qui mettent fin à un travail mené depuis des mois…

    Vous continuez de réclamer des Assises de la protection de l’enfance ?

    G.F. : Nous interpellons la Présidente, pas depuis six mois et ces affaires de prostitution, mais depuis quatre – cinq ans pour ces Assises de la protection de l’enfance. Nous les demandons pour mettre autour de la table l’ensemble des acteurs : État, familles, structures associatives, syndicats, professionnels, ARS, justice… Martine Vassal ne peut pas y échapper. On ne peut pas nous dire « vous agitez le chiffon rouge », le constat est réel. Ce vendredi, en séance publique, nous les demanderons une dernière fois, ces Assises. Si Martine Vassale les refuse, nous demanderons au préfet de les organiser. Tout le monde a besoin de parler et peut avoir des solutions qui ne sont pas que financières. Il faut aller de l’avant. On ne peut pas laisser les enfants comme ça. Tous les trois jours, un enfant meurt sous les coups de ses parents ou d’une famille plus élargie.

  • Devoir de protection

    Devoir de protection

    Des enfants qui seraient maltraités, ou subiraient des violences, dans un cadre qui, théoriquement, a pour but de les « protéger », c’est-à-dire de leur éviter tout risque potentiel ou immédiat. Tous les minots qui sont sous la responsabilité d’une structure d’aide sociale à l’enfance (ASE) et dans une maison d’enfance à caractère social (Mecs) ont vocation à connaître une autre vie que celle à laquelle ils ont été soustraits sur décision de justice. Un placement est en soi un traumatisme, une rupture, brutale, même si les conditions de vie étaient devenues intenables. Prendre en charge ces enfants est une affaire d’adultes, de personnes en capacité de prendre ses responsabilités. Las, c’est à une véritable fuite en avant à laquelle on assiste. La « gestion » de ce secteur par la collectivité en charge, le Département, pose évidemment question.

    Un constat implacable

    à commencer par l’absence de « dialogue », comme le dénonçaient encore, le mois dernier, les professionnels du collectif Alerte 13,
    constitué par une quinzaine d’associations représentant 80% de la prise en charge d’enfants sur le territoire.

    Ensuite, par le constat. Froid et implacable d’un désordre prompt à renvoyer ses enfants dans le chaos. Alors effectivement, les politiques d’austérité successives, les baisses de budget à répétition, d’aides et de subventions à tous les étages, rendent la tâche difficile, puis impossible et en définitif illusoire. Jusqu’à ce que des pans entiers de l’aide sociale soient pris en charge par des organismes privés à but lucratif. Une menace directe, voire une intention avérée.

  • Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    Les bras manquent pour protéger les enfants placés

    La salle de réfectoire de la maison d’enfants Canopée est calme, les pensionnaires sont en cours à l’exception de Lorenzo et Dylan*, 7 ans, placés depuis respectivement un an et demi et deux ans. Déposés à 8h30 à l’école, Nadia, leur éducatrice, les a récupérés à 8h50. « J’ai crié sur le directeur, je l’ai tapé », avoue Dylan. Pas plus gêné de son forfait de la veille : « J’ai monté sur ta voiture ! », lance-t-il en direction de Carine Fotinar, directrice de Canopée depuis un an. Lorenzo, déjà exclu de la cantine, précise : « Mais je préfère ici », en s’accrochant aux jambes de Carine.

    En attendant que la maîtresse de maison prépare le repas, les pitchounes dérapent dans le couloir pour une visite de leur chambre, « que la plupart des enfants ont du mal à investir », prévient Nadia. Seules les couleurs de la couette égayent la sobriété du décor et de l’armoire, vide à l’exception d’une peluche. « Les vêtements sont dans une pièce vestiaire. Le matin, on les retrouvait en vrac, parfois avec du pipi dessus. De quoi nous mettre encore en retard pour l’école », précise l’éducatrice. Au réfectoire, ils retrouvent Alexis, 11 ans, visage fermé. Placé en urgence il y a deux jours, il doit être rescolarisé dans le secteur. « En fin d’année, on s’est retrouvé avec toute une unité d’ados déscolarisés. On a pris une enseignante » explique Nadia, alors qu’une chamaillerie vire brutalement aux cris et à la bagarre. Anaë, en formation, Carine et Nadia ne seront pas trop de trois pour éviter que la crise ne dégénère.

    Un papier peint arraché, une vitre brisée, une salle de bains réparée deux fois dans l’année, sont autant de stigmates des moments où la douleur de ces enfants explose en violence. « Parfois c’est l’hôpital, se souvient la directrice, on a emmené un petit qui s’était tailladé l’entrejambe avec une lame, démontée sur un taille-crayon. On nous a reproché de ne pas l’avoir surveillé. » Les fugues sont signalées, mais les foyers n’ont pas accès à l’alerte disparition et ne sont pas informés des suites. Avec 18 ans d’expérience, Michaël Koch a vu évoluer la situation : « On a de plus en plus d’enfants qui relèvent du soin, avec des troubles cognitifs, et qui ont besoin d’une présence à H24 mais le médico-social (Itep, IME) est aussi saturé. » Entre 8h et 12h, le moniteur éducateur a couru de collèges en rendez-vous psychiatre ou orthophoniste avec trois ados et déplore : « Au lieu d’une heure de cours chacun, c’est la matinée que tous ont manquée. » Faire front avec les moyens humains et financiers très réduits « nous oblige à bricoler pour offrir le meilleur. Parfois il y a des ratés ».

    Mais de belles réussites

    Les nuits, les week-ends et jours fériés, avec un éducateur pour 13 enfants, sont des moments difficiles, où les enfants se confient autant qu’ils craquent. « Il n’y a pas de théorème de l’humain. Il faut s’autoriser à les aimer. Mais il y a un impact sur notre vie. Quand on se retrouve face à un suicide ou une agression, quand on revoit un de nos jeunes en prison, on le vit comme un échec et on est seul dans cette détresse », lâche-t-il en se raccrochant au meilleur : « Il y a aussi tout le champagne qu’on ne sabre pas… » Dans ce métier passion, l’épuisement combiné à un niveau de salaire très bas pose « d’énormes difficultés à recruter » à Carine Fotinar qui doit « recourir à l’Intérim et former les plus motivés, c’est un Tetris permanent pour avoir un adulte devant les enfants ». Ainsi de Samuel Dokpondu, chef de service. À l’embolie des dispositifs, il ajoute « les injonctions paradoxales : notre priorité c’est que l’enfant puisse retourner dans sa famille quand c’est possible, pour l’administration, c’est le prix de la journée. Le serpent se mord la queue ». Canopée dépend des seuls moyens alloués par le Département et « le forfait jeune majeur vient d’être divisé par trois sans explication ».

    Placée à 9 ans avec ses frères et sœurs, Baya revient d’une audience au tribunal où elle a exprimé son refus de retourner chez elle. Si Baya avoue la douleur d’être arrachée à un foyer, même maltraitant, elle assure : « Ici c’est rassurant. On est avec d’autres enfants et on a ça en commun. » À 17 ans, elle prépare déjà sa sortie en enchaînant les boulots pour financer ses études : « C’est comme une famille, mais c’est pas notre famille. Et quand on doit en sortir, on est seul. »

    *Les prénoms des mineurs ont été changés

    Le droit à une justice adaptée

    Dans son rapport annuel, la défenseure des droits, Claire Hédon, rappelle un principe fondateur : « Un enfant n’est pas un adulte et nécessite une réponse adaptée qui sanctionne mais qui en parallèle éduque, protège et accompagne l’enfant dans sa reconstruction. » Sur le constat d’un « manque criant de moyens humains et matériels. Faute d’éducateurs spécialisés », des mesures provisoires ne sont pas appliquées. Le rapport souligne que plus de la moitié des mineurs délinquants (55%) sont suivis par la protection de l’enfance et 72% ont connu une déscolarisation prolongée.