Tag: Protection de l’enfance

  • Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Avignon : le foyer pour enfants Le Regain va rester définitivement fermé

    Il n’y aura pas eu de regain de confiance entre, d’un côté le conseil départemental et la préfecture, et, de l’autre, l’association Coallia. Alors que tout le monde s’accorde sur le fait que la protection de l’enfance traverse une situation préoccupante en Vaucluse (notre édition de jeudi), le département perd une structure d’accueil. Un arrêté en date du 8 octobre, cosigné par Dominique Santoni, présidente LR du Département, et Thierry Suquet, préfet de Vaucluse, acte la « cessation définitive de la totalité des activités de la Mecs [maison d’enfants à caractère social] Le Regain ». La structure accueillait 29 jeunes, dont 12 en internat rue de l’Arousaire à Avignon, et 17 en semi-autonomie, dans des logements diffus.

    En avril, les mêmes autorités de tutelle avaient pris une décision similaire, mais provisoire pour six mois (notre édition du 14/04). Plusieurs inspections accablantes avaient constaté l’absence totale d’encadrement, des activités éducatives inexistantes, des locaux dégradés ou la présence d’alcool et de produits stupéfiants. Ainsi, malgré plusieurs rencontres et deux visites en juin et le 6 octobre, mais aussi la « transmission par Coallia de 184 pièces depuis le 30 mars en réponse aux injonctions formulées », Département et préfecture jugent que les conditions ne sont pas réunies pour rouvrir et rétablir le fonctionnement normal du foyer.

    Coallia prêt à se défendre devant la justice

    L’arrêté relève que la dernière visite du 6 octobre « permet d’identifier des manquements persistants, présentant un risque pour les mineurs et une impossibilité de reprise de l’activité en sécurité ». En creux, les autorités de tutelle dénoncent un décalage entre le discours de son gestionnaire et la réalité : « Les écarts concernent plusieurs composantes essentielles du fonctionnement de l’établissement : la constitution et la stabilité des équipes, l’organisation et la gouvernance de l’encadrement de proximité, la traduction opérationnelle du projet d’établissement et le contenu concret de l’action éducative. »

    Par conséquent, « la persistance, la nature et le cumul des difficultés qui perdurent après les six mois, période laissée au gestionnaire pour y remédier, remettent en cause la capacité même de celui-ci à garantir l’exercice de la mission autorisée », juge l’arrêté. Celui-ci précise que « des mesures nécessaires ont été prises » pour assurer le placement des mineurs de la Mecs. Contacté, le Département n’a pas souhaité communiquer davantage, notamment sur le devenir en lui-même du site.

    Comme en avril, où Coallia dénonçait « un contrôle à charge », le gestionnaire n’entend pas se laisser faire. Sollicité, ce géant associatif créé en 1962 (5 000 salariés, plus de 700 établissements), spécialisé dans l’accompagnement de publics fragilisés, « exprime sa profonde incompréhension et sa vive préoccupation face à cette décision radicale ». Sans entrer dans le détail des manquements reprochés, Coallia les réfute : « La protection des jeunes accompagnés demeure notre priorité. L’association a engagé des mesures d’amélioration et en a présenté l’état d’avancement aux autorités. Au vu des éléments dont elle dispose et des actions correctives engagées, elle ne partage pas l’analyse selon laquelle les jeunes auraient été exposés à un risque justifiant une décision de cette nature. » Coallia se réserve même le droit de contester l’arrêté et « étudie les voies de recours ouvertes, y compris juridictionnelles ». Un recours peut être déposé sous deux mois.

  • La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La CGT réalerte sur des failles dans la protection de l’enfance en Vaucluse

    La protection de l’enfance est une compétence majeure du Département. « Une question prégnante à laquelle je suis attachée », assurait il y a un an la présidente Dominique Santoni (LR), qui annonçait récupérer elle-même cette délégation. Mais, selon la CGT, la situation reste ultra-problématique. Il y a un peu plus d’un mois, le syndicat des personnels du Département a adressé une lettre ouverte à la présidente et au préfet pour dénoncer l’état des lieux général au sein de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).

    « Nous ne voulons pas attendre un accident, une violence ou un drame pour entendre, demain, que chacun connaissait les difficultés, mais que personne n’avait mesuré leur gravité », écrit Amandine Laugier, secrétaire générale de la CGT du CD84, qui demande « un état des lieux réel des moyens humains consacrés à la protection de l’enfance » et « pas uniquement des organigrammes ou des effectifs théoriques ». La CGT ne pointe pas une défaillance ponctuelle, mais bien un problème plus structurel. « C’est la capacité même du dispositif à garantir pleinement et en permanence la protection des enfants confiés qui doit aujourd’hui être interrogée, nous considérons que certaines situations signalées sont susceptibles d’exposer les enfants comme les professionnels à des risques graves qui ne peuvent être banalisés », estime le syndicat.

    Depuis, le courrier est resté lettre morte. Mobilisée auprès des lycéens et étudiants, la CGT ne prévoit exceptionnellement pas de rassemblement, ce vendredi, en marge de la séance plénière. Contacté, le Département assure qu’une réponse sera apportée lors de la séance. Il est prévu à l’ordre du jour la contractualisation avec l’État sur la protection de l’enfance. De 4,9 millions d’euros en 2025, le partenariat passe à 5,3 millions en 2026 avec une forte progression de la part du Département quand celle de l’État reste stable.

  • À Marseille, le foyer pour ados Calendal doit fermer ses portes

    À Marseille, le foyer pour ados Calendal doit fermer ses portes

    Par arrêté préfectoral du 4 septembre 2026, la Mecs (Maison d’enfants à caractère spécialisé) de l’association JB Fouque, dans le 5e arrondissement, doit cesser son activité et fermer ses portes, le 7 janvier prochain. Elle dispose de 52 places d’hébergement pour des jeunes de 13 à 21 ans, avec la particularité d’accueillir dix mineurs suivis par la protection judiciaire de la jeunesse.

    à la veille des Assises de la protection de l’enfance, de nouvelles places destinées aux jeunes confiés par l’Aide sociale à l’enfance disparaissent encore, en raison de dysfonctionnements. Soit 25 places en internat pour les garçons, confiés par l’Aide sociale à l’enfance et par la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse). « Les 27 autres en appartements dans le diffus pour garçons, et pour filles depuis 2021, devraient être conservées », espère encore Malik, représentant syndical Sud Solidaires, très inquiet de n’avoir « aucune précision de la direction de JB Fouque sur le suivi des jeunes, ni de proposition pour les personnels ».

    Une gouvernance instable

    Ils ne sont plus que 28 salariés sur une quarantaine, après « des démissions, des départs chez les cadres en rupture conventionnelle, des arrêts de CDD et plus aucun recours à l’intérim », décrit l’éducateur. Depuis 2021, ce ne sont pas moins de « quatre directions différentes qui se sont succédé » à la tête de l’établissement. De quoi sentir le mauvais vent venir. « Une enquête du Département, à l’été 2026, a permis d’écarter toute suspicion de maltraitance », précise Malik. L’Arrêté mentionne en effet « une instabilité importante de la gouvernance ». Ce n’est que le 7 septembre dernier, avec l’arrivée de l’administrateur judiciaire, que les personnels ont été informés « de la cessation définitive d’activité et de la vente de la bâtisse ».

    Du côté des jeunes confiés, « 19 sont encore en appartement et 8 en internat, les autres ont été replacés dans d’autres Mecs ». Sur les neuf établissements que possède l’association JB Fouque qui, contactée, n’a pas donné suite, deux ont déjà fermé, le Service éducatif d’adaptation progressive (SEAP) des Caillols dans le 12e et l’Institut médico-éducatif (IME) Les deux platanes dans le 5e.

  • [Entretien] Magali Giorgetti, PCF : « Le Département doit être sur ses compétences »

    [Entretien] Magali Giorgetti, PCF : « Le Département doit être sur ses compétences »

    La Marseillaise : Dans un contexte budgétaire contraint, quelles priorités doit se fixer le Département ?

    Magali Giorgetti : Le FN, qui se dit proche des travailleurs et des travailleuses, vote avec Macron pour une baisse de 5 milliards de budget aux collectivités territoriales. Le Département, qui gère la politique sociale, la Région et les communes, qui mettent en place le service public de proximité et sont les derniers remparts pour protéger les populations en difficulté, se retrouvent lésés. Et donc il faut qu’ils fassent des arbitrages, qui diffèrent selon la couleur politique. Le Département doit se concentrer sur ses compétences notamment l’action sociale, qui est la plus importante. Pour ça, Gérard Frau le rappelle systématiquement : il faut arrêter de financer la construction de gendarmeries par exemple.

    La protection de l’enfance est
    au cœur de vos préoccupations. Quelles mesures demandez-vous
     ?

    M.G. : On veut que la protection de l’enfance relève de l’État, pour garantir les mêmes droits et standards de qualité partout en France, tout en maintenant une mise en œuvre adaptée aux territoires. On veut un ministère, avec des compétences propres, et que la protection de l’enfance soit inscrite dans la Constitution. Aujourd’hui on n’a plus les moyens d’accompagner les jeunes. C’est une carence absolue. Dans les Bouches-du-Rhône comme ailleurs. Les métiers du social n’attirent plus. Un effort a été fait par le Département sur le régime indemnitaire. Toutefois, nous demandons que le point d’indice soit revalorisé pour que nos professions soit mieux reconnues, et là, c’est à l’État que revient la responsabilité.

    Le budget départemental
    de la protection de l’enfance
    a augmenté de 45% entre 2016
    et 2025. Est-ce suffisant
     ?

    M.G. : C’est une bonne chose, mais ce n’est toujours pas à la hauteur des enjeux. Les situations explosent et se dégradent, on n’arrive plus à briser le cycle de la reproduction sociale. On a plus de 5 000 mineurs et jeunes majeurs pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. On aimerait un état des lieux de la protection de l’enfance… Les 18 et 19 novembre, il y aura des assises dédiées à la question. Les communistes militent pour qu’elles soient populaires et ouvertes.

  • Les communistes portent secours à la protection de l’enfance

    Les communistes portent secours à la protection de l’enfance

    « Peser collectivement pour exiger la mise en place d’une véritable politique nationale et départementale ». Après avoir poussé le Département des Bouches-du-Rhône à organiser des assises, les communistes préparent le terrain. Samedi, les sections des 4e, 5e, 9e, 10e et 11e arrondissements ont invité parents, responsables associatifs, citoyens et professionnels du secteur à venir échanger au foyer du Peuple de Mempenti pour enrichir les propositions qui y seront portées.

    Abandonnée au national, sacrifiée dans les Bouches-du-Rhône, la protection de l’enfance ne joue plus son rôle. Une situation « catastrophique dans les Bouches-du-Rhône, où 963 mesures judiciaires pour protéger un enfant en danger, sans le retirer de sa famille, ne sont pas appliquées, où les travailleurs sociaux ne sont plus en capacité de suivre les familles, ni d’accompagner les 5 000 enfants placés », cite à titre indicatif, Gérard Frau. Assurant que « l’État, qui donne les compétences mais pas les moyens, est le premier déficient », le conseiller départemental accuse « l’absence de volonté politique d’un Département, plus riche que d’autres, aux mains de la droite, pointé par un rapport de l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) et un autre de la Cour des comptes accablants ».

    Nathalie Tessier inaugure la délégation aux droits des enfants mise en place par le Printemps Marseillais « à construire avec l’Unicef ». Des premiers travaux sont à l’œuvre : « la création d’un baromètre des droits, un conseil pour laisser s’exprimer une jeunesse qui parle, un travail sur la prostitution… ». Magali Giorgetti, conseillère départementale, s’élève « contre la marchandisation » du secteur, « où les structures sont en concurrence sur des appels d’offres publics et tirent sur l’emploi » et propose « qu’il revienne dans le giron de l’état ».

    Zéro de conduite

    Cadre de santé aux urgences gynécologiques, Bénédicte Lamourette témoigne être en présence « au quotidien avec des enfants de Marseille ou venus d’autres communes où il y a encore moins de structures » et déplore « l’inexistence de plateforme dédiée aux violences sexuelles ». Elle propose de s’appuyer sur des expériences telle que « l’Amicale du Nid, qui a recensé 87 cas de viols cet été ».

    Des données qui manquent cruellement, sans lesquelles « on ne peut faire aucun travail, aucun suivi car on ne sait pas ce qui se passe. Les observatoires départementaux de la protection de l’enfance ont été créés en 2007. Ici, 20 ans après on a zéro chiffre » rappelle Johanne Ghénard, conseillère technique à la protection de l’enfance. Parmi les interventions dans la salle, Sophie Guérard, adjointe au maire apporte sa contribution : « Dans les réunions, on entend que les satisfecits des institutions. Ces assises doivent déboucher sur des actes ». Les communistes y veilleront.

    Les réunions publiques à venir

    Le 14 octobre à 18h15, halle Léo Ferré à Gardanne.

    Le 20 octobre à 18h15, salle Fernand Ros à Septèmes-les-Vallons.

    Le 3 novembre à 18h, Espace Simone Veil, salle Raoul Dufy à Martigues.

    Le 7 novembre à 17h, à la section PCF, place Voltaire, Arles.

    Le 12 novembre à 18h, Salle Gagarine ou Cinéma Le Méliès à Port-de-Bouc (à préciser).

    M.G

  • Une Maison d’enfants à caractère social s’installe aux Arcs-sur-Argens

    Une Maison d’enfants à caractère social s’installe aux Arcs-sur-Argens

    Ces structures sont parfois accueillies avec réticence par certains riverains qui, à travers leurs préjugés et comme souvent pour tout ce qui relève du domaine social, les associent à des perturbateurs de la tranquillité publique. Pourtant, les MECS n’accueillent pas « de délinquants, mais des enfants sous protection de l’Aide sociale à l’enfance (ASE), qui ont subi des violences et qui nécessitent des placements. La société a le devoir de les protéger, et le Département le fait du mieux qu’il peut », rappelle le président (LR) du conseil départemental, Jean-Louis Masson.

    Un message que la mairie des Arcs-sur-Argens a souhaité relayer auprès de la population à travers cette journée portes ouvertes organisée mardi à la Villa Saint-Exupéry. L’occasion de présenter l’établissement, qui vient de s’installer dans la commune, au sein d’un bâtiment flambant neuf. Coût du projet : plus de 4,3 millions d’euros, dont 1,47 million financé par le Département du Var.

    Surface triplée,

    confort amélioré

    Heureusement, « on a été très bien accueilli par le maire et les habitants, qui se montrent curieux », se réjouit Bénédicte Zafosnik, directrice adjointe de l’établissement et de la filière protection de l’enfance du groupe Uman, gestionnaire des lieux. Ce déménagement était prévu depuis 2016. Il a permis de tripler la surface d’accueil (1 200 m²) et d’augmenter le nombre de résidents de 18 à 22. Avec 20 chambres, toutes dotées de sanitaires (contre 7 pour 3 sanitaires auparavant). Et pour un meilleur confort de vie, « même en passant de la mer à la forêt », sourit Bénédicte Zafosnik : salles de jeu, espaces de repos et pour les familles, cuisines coopératives, terrasses, le tout encadré par une équipe d’éducateurs, psychologues, agents techniques, maîtresses de maison, surveillants de nuit…

    « Ce déménagement était très attendu, même s’il a fallu travailler avec les enfants, notamment sur le changement d’école », note la directrice adjointe. Si le personnel n’a pas changé, la directrice avoue que « ça a été une question pour certains, mais la maison importe plus que les kilomètres parcourus le matin. »

  • Viols et prostitution d’enfants : le coup de gueule de maître Amas

    Viols et prostitution d’enfants : le coup de gueule de maître Amas

    De bon matin, devant le palais de justice de Marseille, ce lundi 29 juin, Michel Amas est en croisade, comme il le reconnaît volontiers. Face à ce qu’il considère comme l’inaction du gouvernement, l’avocat au barreau de Marseille s’appuie sur son expérience de terrain pour sensibiliser à « l’absence de politique, en France, de lutte coordonnée contre les pédophiles ».

    Bien avant l’affaire de la petite Lyhanna, il a alerté sur la prostitution des mineures, particulièrement dans les foyers de l’Aide sociale à l’enfance (ASE). Au nom de familles, il avait déjà assigné, en avril 2025, la présidente du Département des Bouches-du-Rhône, Martine Vassal (DVD), en charge de l’ASE, pour faute lourde. Des foyers « ouverts » déplore-t-il, permettant aux enfants placées de sortir et de tomber sous la coupe de proxénètes.

    Selon lui, c’est tout un système à revoir quand 40% des agressions sexuelles sont le fait aussi d’« un mineur sur un mineur ». « Au foyer, on ne prend pas en charge l’agresseur, on le déplace. Pas plus que la victime, qui n’est pas traitée sur son traumatisme », s’indigne-t-il. Résultat, « on a des gamins qui se constituent sur une adolescence entière de viols, d’agressions sexuelles », pousse-t-il.

    Autre cheval de bataille, un « site internet repéré depuis juin », l’année dernière, sur lequel des « enfants sont commercialisés », selon lui. Il indique que le ministère de l’Intérieur et de la Justice lui avait promis de le fermer. Il revient sur son quotidien, « des enfants de 11 ans, 12 ans, 13 ans, 14 ans, 15 ans, prostituées, vendues jour et nuit sur ce site ». Des gamines qui pourraient « faire jusqu’à 12 passes par jour » à raison de 1 000 à 1 500 euros, balance l’avocat.

    « J’accuse »

    Il affirme : « Bruno Retailleau était tout feu tout flamme, mais il est parti un mois après que nous ayons eu le rendez-vous. Depuis, ils ont fait une plateforme interministérielle Justice, Enfance, Intérieur et Santé et puis plus de son, plus d’image. »

    À la façon d’un Émile Zola, maître Amas s’enflamme : « Moi, j’accuse le ministre de la Justice d’inaction. Je l’accuse de ne pas avoir fermé le site sur lequel des enfants sont vendues. Je l’accuse de ne pas avoir mis en place immédiatement un suivi médical de ces enfants, une procédure pour suivre leur addictologie. » Pour lui, le ministre de la Justice ne réagit que « par rapport aux faits divers ». Le seul acte posé, retient-il, « ça a été de faire une liste noire des agresseurs sexuels et de mettre les enfants chez les grands-parents. Mais ça existe déjà ».

    L’avocat explique avoir travaillé, avec plusieurs magistrats de Vienne, Marseille et Avignon, à une proposition de directive qui aurait pu être mise en œuvre rapidement. Elle visait notamment, selon lui, à mettre fin au principe des foyers ouverts.

    L’avocat revient aussi sur l’impunité de ceux qui ont recours à ces services abjects. « En France, ça coûte moins cher d’avoir une relation sexuelle tarifée avec un enfant – la plupart des gens qui [les] violent prennent 500 euros – plutôt que d’avoir une relation sexuelle avec une chèvre », compare-t-il, rappelant qu’un violeur de caprin a été condamné, la semaine dernière à Marseille, à 30 mois de prison.

    Contacté par nos soins, le ministère de la Justice n’a pu réagir.

    À noter que, dans sa lettre en date du 10 avril 2026 sur le système prostitutionnel en France, l’Observatoire national des violences faites aux femmes recense 704 victimes, dont 94% sont des filles. Se basant sur les chiffres du service national d’accueil téléphonique de l’enfance en danger, le 119, le rapport indique que « la majorité des victimes dont l’âge était connu avait entre 15 et 17 ans (70%). Une sur cinq avait entre 12 et 14 ans (20%) ».

  • Des enfants, pas des numéros

    Des enfants, pas des numéros

    L’émotion légitime soulevée par la mort tragique de la jeune Lyhanna s’est exprimée hier soir dans toutes les villes de la région.

    Au-delà de la colère face à la faillite de l’institution judiciaire dans cette affaire reconnue par le garde des Sceaux lui-même, ces rassemblements ont exigé des mesures d’urgence pour la protection de l’enfance.

    Alors que de nombreuses associations, députés et citoyens réclament une « loi intégrale » de lutte contre les violences sexistes et sexuelles, Gérald Darmanin a estimé que « ce n’est pas une nouvelle loi (…) qui aurait changé quelque chose » dans ce drame, pas davantage que « des moyens supplémentaires ».

    Une société qui ne sait pas protéger ses enfants

    Un discours fataliste, inaudible pour les manifestants qui dénoncent une forme de paralysie des pouvoirs publics à propos de la protection de l’enfance, que ce soit dans les familles ou dans les foyers de l’aide sociale à l’enfance. Depuis la mise en place de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), et ses rapports de 2023 et 2025, peu de choses ont changé sur le terrain.

    Pourtant ce sont des plus fragiles, des vies humaines dont il est question. Des vies d’enfants qui ne pourront jamais être réduites à des numéros de dossier dans une République qui proclame l’égalité en droits et la dignité de tous.

    Une société qui ne sait pas protéger ses enfants est une société qu’il faut impérativement révolutionner.

  • La proposition de loi post-Bétharram examinée

    La proposition de loi post-Bétharram examinée

    Des discussions sous le regard de plusieurs victimes, venues assister aux débats depuis les tribunes de l’Assemblée.

    « Vous avez brisé des décennies de silence, d’omerta, de honte. Vous avez témoigné devant notre commission d’enquête avec une dignité qui nous a bouleversés. Et cet après-midi, c’est pour vous que nous sommes là », leur a lancé la rapporteure du texte, la députée Renaissance Violette Spillebout. En 2025, l’élue du Nord a conjointement mené avec le député LFI Paul Vannier la commission d’enquête sur les violences dans le milieu scolaire, qui avait notamment entendu François Bayrou, alors Premier ministre, sur sa connaissance supposée des sévices infligés aux élèves de l’établissement Notre-Dame-de-Bétharram, près de Pau.

    De ces mois de travaux et d’auditions, est née cette proposition de loi, rédigée à quatre mains, afin de mieux prévenir les violences, en renforçant notamment le contrôle de l’État. « Ils sont si nombreux en ce moment même, à la subir encore, comme le relève notamment l’ampleur des crimes commis dans le périscolaire à Paris », a souligné Paul Vannier à la tribune.

    Au banc, le ministre de l’Éducation, Édouard Geffray, a révélé que 255 signalements de violences sexistes et sexuelles ont ainsi été recensés dans le milieu scolaire et périscolaire depuis le début de l’année. Les députés n’avaient que jusqu’à minuit pour étudier le texte, le groupe de Gabriel Attal ayant refusé de soutenir une proposition de loi portée conjointement avec un député insoumis, ce qui lui aurait permis d’être inscrite sur du temps transpartisan, avec davantage de temps. « On est en train de vivre une journée historique (…) Je veux que tous les parlementaires sachent qu’on compte sur eux », a déclaré à l’AFP Constance Bertrand, ancienne élève et créatrice du groupe de victimes de l’Institution Saint-Dominique à Neuilly-sur-Seine.

    « Tentative d’obstruction »

    Le « comité de suivi de la commission d’enquête Bétharram » et plusieurs représentants des collectifs de victimes ont dénoncé des « tentatives d’obstruction » de la part de députés de différents groupes, les encourageant à voter un « texte essentiel », dans une tribune publiée dimanche.

    En fin d’après-midi, les députés ont adopté le volet symbolique du texte : la condamnation par la Nation de ces violences, mais aussi la reconnaissance des défaillances de l’état qui leur ont permis de perdurer. Il prévoit la création d’une journée d’hommage pour les victimes, le 19 novembre. L’Assemblée a réécrit à la marge cet article, en adoptant un amendement du gouvernement, qui met l’accent sur la chaîne de responsabilité, de l’auteur des violences, aux établissements censés les prévenir, jusqu’à l’État qui se doit de les contrôler. Initialement, le texte prévoyait la création d’un fonds national d’indemnisation pour les victimes qui ne pourraient pas aller en justice du fait des délais de prescription notamment. Mais le gouvernement a mis en doute la faisabilité d’un tel fonds, et les députés ont finalement voté pour que l’exécutif étudie cette question dans un rapport à remettre au Parlement.

    était attendu, dans la soirée, le volet judiciaire du texte qui allonge le délai de prescription du délit de non-dénonciation de faits de violences sur un mineur. Mais surtout les dispositions renforçant les contrôles des adultes exerçant dans les établissements.

  • Le service autonomie de Bois fleuri définitivement fermé

    Le service autonomie de Bois fleuri définitivement fermé

    Des alertes graves lancées par les enfants placés avaient révélé de lourds dysfonctionnements dans la gestion de la Mecs Bois fleuri. Financée par le service départemental de l’aide sociale à l’enfance, deux services de l’établissement avaient été fermés provisoirement en décembre. L’arrêté du 20 février condamne définitivement l’accueil des jeunes adultes.

    Dès le mois de juin les salariés avaient donné l’alerte, fait remonter des difficultés à fonctionner, à habiller, voire à fournir des repas corrects aux enfants. Face aux « carences manifestes » dans la gestion de cette Mecs du 10e arrondissement, un administrateur provisoire a été nommé le 13 novembre à la tête de Bois fleuri. Au-delà d’un déficit de plus de 700 000 euros, d’une gestion calamiteuse, de mésententes entre la direction et ses équipes, la collectivité pointait « la multiplicité de signalements d’agressions sexuelles concernant plus d’une dizaine de mineurs sans que des dispositions n’aient été prises pour éloigner et protéger les mineurs concernés ». Des agressions perpétrées par des mineurs placés. La gravité des faits avait conduit la direction de la protection de l’enfance à produire un arrêté le 10 décembre dernier. L’arrêté ne mentionnait cependant plus que « des violences de personnels éducatifs sur mineurs » et stipulait que le service Interlude n’était « pas adapté à l’accueil de très jeunes enfants ».

    Des éducateurs écœurés

    Dans le nouveau document, il est indiqué que « les mesures correctrices mises en œuvre par l’association gestionnaire n’ont pas permis de remédier de manière suffisante aux dysfonctionnements ». Si la situation financière n’a pas été redressée, « les travaux de mise aux normes réalisés sur l’unité Interlude permettent de garantir des modalités d’hébergement et des conditions d’accueil attendues » et justifient sa restauration. « C’est un soulagement car on sauve la prise en charge des plus petits », réagit une éducatrice, qui déplore cependant que « la mauvaise gestion condamne 18 places pour les jeunes ». Pire, « c’est sur le dos des éducateurs que la faute retombe. Alors qu’on avait alerté, qu’on s’est démené pour tenir ce service, sans argent, et que le CSE avait alerté sur l’incohérence de passer de 4,5 à 2,5 éducateurs, alors qu’il y a deux postes de directeur ».

    L’arrêté du 20 février relève en effet « l’absence de mise en œuvre de démarche d’accompagnement » pour les mineurs non accompagnés, et le « peu d’intervention des professionnels aux domiciles des jeunes » ou « pas de travail sur l’insertion professionnelle » pour les jeunes en autonomie. Côté éducateurs, comme jeunes majeurs, l’annonce de fermeture avait été « brutale », avec une injonction à libérer les appartements trois jours avant Noël. Le 18 décembre, les jeunes s’étaient mobilisés devant la Mecs, soutenus par leurs éducateurs, pour dénoncer la situation.

    Du côté des salariés, c’est l’hécatombe : les cinq éducateurs et les deux psychologues sont en arrêt maladie. Tous
    « choqués, écœurés par ces décisions. Alors que le prix de journée alloué par le Département ne cesse de baisser, que les Mecs crient à l’agonie, on supprime un service jugé trop cher et on fait peser les responsabilités sur les épaules des salariés pour protéger des directions incompétentes », lâche l’un d’entre eux, si amer, qu’il compte « jeter l’éponge », dans ce secteur qui peine à recruter.