Tag: propriétaires

  • À Marseille, l’ultime procès de la tragédie du 5 novembre 2018 s’ouvre

    À Marseille, l’ultime procès de la tragédie du 5 novembre 2018 s’ouvre

    Le procès en appel des effondrements tragiques de la rue d’Aubagne, survenus le 5 novembre 2018, s’ouvre ce lundi à 14h, à Marseille, dans la même salle des procès hors-norme de la caserne du Muy où les faits ont été jugés il y a deux ans.

    Le jugement de première instance, rendu le 7 juillet 2025, avait tranché, en 777 pages, en faveur de la culpabilité de dix protagonistes et prononcé la relaxe de six autres dans la mort de Simona Carpignano, Oulouma Said Hassani, Taher Hedfi, Mohamed Cherif Zemar, Julien Lalonde-Florès, Pape Magate Niasse, Fabien Lavieille et Marie-Emmanuelle Blanc. Mal accueillie tant par les collectifs et les 101 parties civiles que par certains prévenus, cette décision a également été frappée d’appel par le parquet. Seule la relaxe d’un cadre de Marseille Habitat est définitive. La Ville, partie civile irrecevable, pourrait néanmoins intervenir dans les débats.

    La chaîne des défaillances

    Sur le banc des prévenus, qui feront face au président de la cour d’appel, Fabrice Naudé, treize personnes, une société d’économie mixte et un syndic composent la chaîne complexe des défaillances et des fautes accumulées qui ont conduit à l’effondrement soudain et inéluctable, le 5 novembre 2018 à 9h07, des immeubles des 63 et 65 rue d’Aubagne, en péril, avec leurs huit occupants.

    Tous répondent de blessures involontaires et homicides involontaires par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de sécurité ou de prudence, et pour certains propriétaires, de mise en danger de la vie d’autrui et de soumission à des conditions d’habitat indigne.

    Trente-cinq journées d’audience sont prévues, contre vingt-neuf en première instance, pour cerner les responsabilités dans l’effondrement d’un immeuble dégradé criblé d’arrêtés de péril et d’alertes ignorées. En cause, une litanie de dysfonctionnements, de fautes caractérisées mêlant la négligence, l’incompétence, la désinvolture, les calculs économiques, l’indifférence certaine. Le réquisitoire de l’avocat général, Franck Lagier, est prévu le 11 décembre.

    Le jugement mi-chèvre mi-chou, prononcé le 7 juillet 2025 par le tribunal correctionnel, a relaxé la SEM Marseille Habitat, propriétaire du 61 rue d’Aubagne, et ses deux cadres, Christian Gil et Christian Coulange (la relaxe de ce dernier est définitive). Les juges ont également relaxé Sylvie Coellier, propriétaire bailleuse au n° 65, estimant qu’elle n’avait pas délibérément voulu mettre en danger ses locataires, ainsi que Michèle Bonetto et son fils Alexis.

    Le tribunal correctionnel avait reconnu coupable les trois membres de la famille Ardilly et leur SCI pour leur « désintérêt total et constant aux problèmes structurels » du n° 65 et du taudis loué à une mère de famille décédée. Le tribunal avait fustigé par quatre ans de prison, dont deux ferme, la « stratégie d’obstruction » de Xavier Cachard, avocat, propriétaire et vice-président de la Région, ainsi que sa SCI, qui a tout fait pour retarder les travaux. Pour sa négligence grossière, son indifférence au sort des locataires, son calcul économique, le cabinet Liautard avait écopé de 100 000 euros d’amende et son gestionnaire, Jean-François Valentin, de trois ans de prison avec sursis et de 8 000 euros d’amende.

    Pour s’être « désintéressé du sort de l’immeuble et de ses occupants », l’architecte Richard Carta, qui a bâclé son expertise, pressé de partir en congés le lendemain de sa visite, avait écopé de deux ans de prison avec sursis et de l’interdiction définitive de réaliser des expertises. Une mansuétude qui a choqué les familles, tout comme celle dont a bénéficié Julien Ruas, l’ex-adjoint de Jean-Claude Gaudin délégué à la gestion des risques, condamné à deux ans de prison avec sursis, à 47 amendes à 100 euros et à cinq ans d’interdiction d’exercer une fonction publique, alors que le jugement souligne « sa passivité », ne s’étant « aucunement mobilisé pour concevoir et impulser une politique volontariste, efficace, organisée et coordonnée de lutte contre les immeubles en péril ».

    La cour d’appel va tout remettre à plat.

    « Ce n’est pas normal que
    la deuxième ville de France soit devenue
    la capitale
    de l’habitat indigne »

  • Une appli d’alerte pour les commerces d’Avignon

    Une appli d’alerte pour les commerces d’Avignon

    Sur un grand écran, ce jeudi 22 octobre, dans le bureau du maire d’Avignon, s’affiche une carte du centre-ville : divers points bleus représentent les commerces de la ville. Une démonstration de l’application intitulée « Mon Avignon Alerte » avec laquelle, en quelques clics, les commerçants inscrits pourront, dès ce samedi, déclencher une alerte « en cas de danger imminent », explique le maire (DVD), Olivier Galzi.

    L’outil permettra ainsi aux propriétaires et gérants de magasins d’être informés en temps réel d’éventuelles dégradations. Pour rappel, le week-end dernier, six commerces ont été dégradés et pillés. « Il faut d’abord appeler le 17 évidemment. Mais cela permet d’être un complément et d’informer ses voisins. On génère un périmètre et ceux qui reçoivent une alerte seront conscients du danger imminent et pourront fermer leurs grilles », précise Olivier Galzi. Un logiciel développé par son adjoint délégué à la transformation digitale et au système d’information, Matteo Boso. « J’ai travaillé jour et nuit en urgence. On doit pouvoir être réactif », assure celui qui est programmateur de métier. Il est aussi possible de transmettre photos et vidéos dans la même interface.

    Couvre-feu ce week-end

    Durant les prochaines 48 heures, la mission des équipes municipales sera d’enregistrer les 2 000 commerçants dans le système. Il devrait être reconduit pour d’autres manifestations, mais pas à plein temps tout au long de l’année… Son fonctionnement nécessite en effet la supervision d’une personne maîtrisant parfaitement l’outil, en l’occurrence Matteo Boso.

    Dans le même temps, la municipalité indique s’être entretenue avec la préfecture pour d’autres mesures. Elle affirme que les manifestations seront interdites en centre-ville de la Cité des Papes. La Ville annonce également la mise en place d’un couvre-feu visant les mineurs non accompagnés les samedi 24 et dimanche 25 octobre, dans le centre-ville d’Avignon ainsi qu’aux niveaux des centres commerciaux. Une boutique de Mistral Sud avait notamment été pillée, le 17 octobre.

  • Une expulsion sauvage déjouée dans un immeuble en péril à Marseille

    Une expulsion sauvage déjouée dans un immeuble en péril à Marseille

    Des propriétaires ont requis la police, jeudi, pour « récupérer leur bien » alléguant que des squatteurs s’étaient introduits au premier étage du 3, rue Moustier. Dans un premier temps, les policiers nationaux ont laissé le serrurier changer la serrure alors que l’avocate des trois locataires s’était présentée sur place avec des militants du Syndicat du logement, pour dénoncer une expulsion extrajudiciaire. « On n’expulse personne, on dialogue et on essaie de comprendre », répond à La Marseillaise le chef d’équipage, tandis que six de ses collègues ont pénétré dans l’appartement pour séparer les protagonistes.

    L’immeuble est frappé d’un arrêté de mise en sécurité depuis septembre 2023, qui interdit les caves et les commerces et qui suspend les loyers de tout l’immeuble. Un nouvel arrêté a été pris, en juillet 2026, qui constate l’insuffisance des travaux et maintient la procédure. « On est dans cette situation depuis bientôt quatre ans et les propriétaires ne font aucuns travaux », se désole un voisin. Le T4 litigieux n’est pas un squat. Il a été loué à des étudiants en médecine qui ont réussi leur internat, puis en juillet, la propriétaire l’a reloué à trois jeunes gens, Jeanne, Rosa et Pierre. « On est trois, on a un bail oral comme les anciens locataires qui sont restés un an. On loue l’appartement meublé 1 500 euros. On a un état des lieux signé et daté. On passe par la fille ou la petite-fille de la propriétaire âgée. On fait chacun un virement bancaire de 500 euros à Martine B. On a versé le loyer en juillet et août et on a arrêté en septembre, quand on a appris qu’il y avait un arrêté de péril », explique Jeanne, 26 ans, salariée.

    Vers midi, les policiers obtiennent le départ des trois proches de la propriétaire. Ils filent sans remettre les nouvelles clés à leurs locataires. Le parquet de Marseille a été informé de ce qui ressemble fort à une tentative d’expulsion sauvage doublée d’une perception illicite de loyers dans un immeuble en péril.

  • La Ville de Marseille reste ferme sur les meublés touristiques

    La Ville de Marseille reste ferme sur les meublés touristiques

    Découpage de boîtes à clés, dixième ! Armés d’une disqueuse et d’une pince, les agents municipaux ont fait, ce mercredi 7 octobre, une tournée dans les quartiers du Panier et de la Joliette (2e) pour retirer de l’espace public les boîtes à clés installées par des propriétaires de meublés de tourisme, en conséquence hors-la-loi. L’occasion pour Audrey Garino, adjointe PCF au logement, et Anthony Krehmeier (PS), maire des 2e et 3e arrondissements, de faire le bilan des actions menées par la Ville sur la question.

    « On a choisi ce quartier parce qu’il était particulièrement touché, comme ailleurs dans le centre-ville, par le phénomène », explique l’élue, ajoutant que 250 cadenas ont été enlevés depuis le 1er janvier 2025. La démarche, « symbolique », se veut le reflet d’une politique municipale volontariste dans un contexte de crise du logement forte à Marseille. « Et on a des résultats », assène Audrey Garino. Après une « explosion » des logements de type Airbnb entre 2020 et 2023, avec « une augmentation de 73% des offres, on constate une baisse de 16% sur l’année 2025 », se félicite-t-elle.

    Un plan ultra-restrictif

    Le plan d’action de la Ville se veut, avec celui de Paris, « le plus restrictif en France », assure Audrey Garino. Le nombre de nuitées sur la résidence principale a été réduit à 90 jours par an, une compensation pour les résidences secondaires imposée. Où en échange d’un meublé de tourisme, le propriétaire doit proposer un local équivalent sur le marché locatif classique.

    Les amendes, jusqu’à 440 000 euros récemment pour un mutltipropriétaire, sont aussi dissuasives. Sans « impact sur le tourisme, puisque cet été, les réservations et nuitées hôtelières ont progressé de 5% », précise l’élue. En dix ans, on a dérivé « dans une économie capitaliste pure », constate Anthony Krehmeier, regrettant que le Panier devienne « Disneyland-sur-Mer », un quartier « qui se perd, sans boucherie ou boulangerie ».

    L’élu revient sur « la gentrification qui fait monter les loyers ». Ici, « 12% du parc locatif a disparu au profit de ces meublés, enchaîne Audrey Garino, avec des loyers qui ont augmenté de 6% ». Et de rappeler que la Ville est candidate à leur encadrement, sans feu vert de l’État pour l’instant.

  • Un village mobilisé face à la destruction de sa forêt

    Un village mobilisé face à la destruction de sa forêt

    « Notre bois s’est transformé en cimetière, en clairière, toute la forêt a disparu » : les habitants de Revest-Saint-Martin, petit village de 88 habitants situé au nord de Forcalquier, dans les Alpes-de-Haute-Provence, essayent de se mobiliser face aux coupes illégales de centaines d’arbres qui détruisent leur forêt.

    Des coupes qui ont eu lieu sans le consentement des propriétaires des parcelles en question. « Il est en train de créer une catastrophe écologique monstrueuse. C’est du vol manifeste, il se sert chez nous », regrette l’une des propriétaires concernées, qui n’a jamais porté plainte de peur que l’homme coupant illégalement ses arbres s’en prenne à sa mère, selon elle. « Il a tout coupé chez lui, il n’a plus rien à couper chez lui, maintenant, il se sert chez les autres », avance-t-elle, dénonçant « un saccage » avec des « dégâts irréversibles ».

    Du bois de chauffage

    Les habitants du village parlent sous couvert d’anonymat et craignent de confronter l’homme, qu’ils décrivent comme « dangereux » et « menaçant ». « Tout le monde a toujours reculé devant lui et devant ses menaces », explique l’une des propriétaires. Ils essayent tout de même de se mobiliser et de lutter. Ils ont créé un groupe Whatsapp « pour se sentir plus fort » et réfléchir à de potentielles actions. Quatre habitantes se sont rendues en mairie, la semaine dernière, pour protester et signaler la découverte de nombreuses nouvelles coupes.

    Une enquête avait été ouverte suite à une plainte déposée par la maire pour des coupes illégales de 64 arbres sur une parcelle communale, mais elle a été classée sans suite, les habitants n’ayant pas encore réussi à prendre en photo l’homme en flagrant délit.

    Une réunion avait également été organisée en sous-préfecture à ce sujet, avec des membres de l’OFB (Office français de la biodiversité) et de l’ONF (Office national des forêts), à la demande de la sous-préfète. « Cela n’a rien donné, et les coupes d’arbres ont toujours continué », regrette la maire du village, Nadine Curnier.

    Des forêts « décimées »

    L’homme, déjà vu en train de couper des arbres sur une parcelle qui ne lui appartient pas par une habitante du village, revend le bois pour en faire du bois de chauffage. Il embaucherait plusieurs hommes pour l’aider à couper les arbres, selon les habitants, les propriétaires de parcelles et la maire du village.

    De nombreux propriétaires des parcelles où l’homme a coupé des centaines d’arbres n’ont pas porté plainte par peur des représailles, ce que déplore la maire. « C’est aux propriétaires privés de porter plainte, je ne peux pas me substituer à eux », avance-t-elle, regrettant de voir les forêts de son village « décimées ». L’une des propriétaires d’une parcelle, où l’homme a coupé de nombreux arbres, a fait faire un constat d’huissier.

    La coupe d’arbres dans une forêt appartenant à autrui constitue un délit. Le Code forestier vise notamment les arbres présentant au moins 20 centimètres de circonférence et prévoit des sanctions pénales pouvant aller jusqu’à plusieurs dizaines de milliers d’euros d’amende.

  • [Entretien] « Des loyers étudiants trop élevés de 161 euros »

    [Entretien] « Des loyers étudiants trop élevés de 161 euros »

    La Marseillaise : Pourquoi avoir mené une étude sur le logement étudiant ?

    Marie-Amandine Stévenin : Elle porte sur les difficultés à se loger en général : le logement représente 27% des dépenses de consommation des ménages. Et les logements étudiants, souvent des studios, sont encore plus coûteux au m2 pour une population par définition précaire. Un étudiant sur trois est mal logé. Le parc public du Crous ne loge que 10% des étudiants.

    Des garde-fous existent comme l’encadrement des loyers dans les grandes villes…

    M.-A.S. : La loi qui date de 2019 définit à +20% du loyer moyen le seuil maximum de loyer autorisé dans les zones dites en tension. Notre étude et d’autres montrent la difficulté à faire respecter cette loi dont l’expérimentation se termine en novembre.

    Qu’avez-vous observé pour le logement étudiant à Montpellier ?

    M.-A.S. : D’après notre enquête, sur 11 grandes villes étudiantes, 95% des annonces en lignes (Le Bon coin, Se loger…) ne respectent pas l’encadrement des loyers. À Montpellier, pour 83% des 15 annonces étudiées, les loyers étaient trop élevés de 161 euros en moyenne. C’est une prise de température mais le même phénomène se répète dans chaque ville. Il faut responsabiliser ces plateformes qui doivent publier des annonces qui respectent la législation. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de sanctions actuellement.

    Quelles démarches peut engager un locataire lésé ?

    M.-A.S. : D’abord prévenir son propriétaire que le loyer doit être plafonné (critères fixés par arrêté préfectoral en fonction du bien, de l’emplacement…). Si besoin saisir la commission départementale de conciliation. Et si rien ne bouge, aller devant le juge car le locataire est sûr de gagner, à moins de loyers impayés, de troubles à l’ordre public… Les locataires connaissent encore mal leurs droits mais un étudiant qui a signé un bail n’a pas aliéné son consentement. Les portes de Que choisir ensemble sont ouvertes…

    Certains propriétaires semblent ruser…

    On a été alertés par des jeunes actifs sur le « coliving », pratique entre la colocation et le bail classique avec des parties communes et des prestations annexes qui justifieraient des loyers plus élevés. Il s’agit de prétextes pour sortir de la loi de bail standard de 1989 et ainsi échapper à l’encadrement des loyers. Autre moyen de contournement : le complément de loyer en cas de prestations particulières (piscine, terrasse ombragée…). Certains propriétaires font n’importe quoi mais la jurisprudence est floue sur les critères. On demande que ces compléments de loyers soient plafonnés à 15% du loyer. Quel que soit le toit, il faudrait que l’encadrement des loyers s’applique, ce qui n’est pas le cas. On espère que le Sénat votera des dispositions supplémentaires.

  • La justice propose à RTE une médiation pour la ligne THT

    La justice propose à RTE une médiation pour la ligne THT

    Le juge des référés n’a pas voulu trancher. Saisi par une requête de RTE pour enjoindre sous astreinte, sept propriétaires exploitants agricoles à laisser ses « agents et tous salariés des entreprises mandatées (…) pénétrer sur leurs parcelles afin de réaliser des études préalables autorisées » dans le cadre du projet de ligne très haute tension (THT) entre Jonquières-Saint-Vincent et Fos, Jean-Marie Argoud a imposé une médiation. Une décision rare pour cette juridiction dont l’objet semble surtout de dénouer les tensions sur l’accès aux parcelles.

    Le président du tribunal a vite rappelé que seules les questions de l’urgence, des mesures utiles et des contestations seraient examinées. La première lui a suffi. Pour rappel, des arrêtés préfectoraux signés fin 2023 autorisaient ces accès pour la réalisation d’un inventaire écologique nécessaire à la demande de déclaration d’utilité publique de la ligne THT. Démarré en 2024 sur une étude élargie, celui-ci n’a depuis pas pu être affiné au tracé.

    Yannick Bocquenet explique à la barre que cette étape lancée en mai 2026 doit se faire sur quatre saisons consécutives. Or depuis, les écologues se disent empêchés. Le chef de projet RTE évoque des menaces et des dégradations de véhicules ayant abouti à des droits de retrait.

    Pas d’urgence

    Les agriculteurs démentent, plaident leur bonne foi, assurent n’être opposés qu’au projet de ligne aérienne. Mais ce sujet caractérisant l’urgence aux yeux de RTE n’est pas poussé. La défense plaide le non-recours autorisé à la force publique pour accompagner les écologues afin de faire rejeter l’urgence. Et en bout de course le président du tribunal menace.

    « À ce stade il n’apparaît pas que le juge des référés retient l’urgence », prévient-il, après qu’une première proposition de médiation ait été repoussée par l’avocat de RTE. « On n’est pas ici pour faire la volonté du gouvernement », reprend le juge : « demander une phase de trois mois reconductible pour un projet d’intérêt stratégique à l’horizon 2030 n’est pas une urgence ». Nouvelle suspension d’audience. De retour, le conseil de RTE plaide alors que la médiation serait acceptée si les écologues pouvaient démarrer leurs travaux. Le juge revient à la charge arguant qu’une réunion de médiation sous dix jours permettrait de gagner du temps et s’engage à proposer un médiateur de qualité en la personne d’un ancien président du tribunal administratif, dans l’attente de son éventuelle tenue, sa décision est mise en délibéré.

  • À La Ciotat, des restaurants poursuivis refusent de tirer le rideau

    À La Ciotat, des restaurants poursuivis refusent de tirer le rideau

    « La Préfecture reprend la syntaxe de l’enquête, alors qu’elle est pleine d’erreurs. On ne peut pas exiger une fermeture sur la base de soupçons, il faut des certitudes », s’est indigné Maitre Nicolaï Gregory, jeudi, devant le Tribunal administratif de Marseille, dans le cadre d’un plaidoyer pour demander la réouverture des restaurants cassidains Don Camillo et Dolce Vita, dans le viseur de la justice depuis quelques mois. Visés par enquête menée par le parquet de Marseille, la brigade de recherches d’Aubagne et le groupe interministériel de recherche (GIR) de Marseille pendant un an d’après La Provence, les établissements avaient été perquisitionnés en juin pour soupçons de blanchiment et travail dissimulé. Les enquêteurs estimaient alors, toujours selon La Provence, une dissimulation de recettes d’au moins 700 000 euros par an et par établissement. Les propriétaires avaient dans la foulée été placés sous contrôle judiciaire et ont été interdits de gérer leur structure. Mais, alors qu’aucun procès n’a encore eu lieu, la Préfecture des Bouches-du-Rhône a décidé de renforcer ses mesures de précaution en ordonnant leur fermeture administrative pour six mois, sur le fondement de la loi narcotrafic, dans le cadre de soupçons de blanchiment d’argent. De quoi pousser Maitre Nicolaï, avocat des deux structures, devant le Tribunal administratif à demander l’annulation de cet arrêté. « Les anciens responsables ont été écartés et c’est désormais un nouveau gérant qui s’occupe des structures et, malgré le harcèlement que lui imposent les forces de police, aucune infraction n’a été constatée, a-t-il souligné pendant l’audience. Et cette durée de six mois est folle, les restaurants ne pourront pas survivre. »

    La Préfecture entend

    « défendre l’économie »

    La représentante de la Préfecture a, sans surprise, maintenu ses positions, soulignant que les activités de blanchiment, répondant à un « système installé depuis plus de 10 ans d’après l’enquête », constituaient un danger pour l’équilibre de l’économie locale. « Le blanchiment ne se contente pas d’accompagner, il participe à la criminalité organisée, (…) ce qui justifie cette décision », a-t-elle par ailleurs souligné en introduction. À propos du changement de propriétaire, elle assure que la Préfecture ne l’a jamais directement mis en cause, mais insiste sur sa présence dans l’entreprise depuis 2024 et note « une forme de continuité » entre l’ancienne et la nouvelle équipe. Concernant le reste des employés, pour beaucoup venus en soutien lors de l’audience, une démarche interprétée par Maître Nicolaï comme preuve de l’absence de « traite des êtres humains » évoquée dans l’enquête, la Préfecture y voit, elle, une certaine logique. « Nombreux d’entre eux sont là depuis un moment et sont même accusés d’avoir participé aux infractions », a-t-elle asséné.

  • L’insalubrité, une lutte qui ne connait plus de répit

    L’insalubrité, une lutte qui ne connait plus de répit

    « On commence à taper, à monter sur des astreintes financières », annonçait en avril le préfet des Bouches-du-Rhône, Jacques Witkowski, chef d’orchestre des dispositifs de lutte contre l’habitat indigne. La création à titre expérimental d’une « mission interservices de lutte contre l’habitat indigne » confiée à une commissaire divisionnaire, a en effet mis en synergie toute la chaîne de coproduction des arrêtés de traitement de l’insalubrité qui associait l’ARS, les inspecteurs de salubrité de la Ville, le DDTM et le CODERST, sous la houlette de la préfète à l’égalité des chances, Isabelle Epaillard sur le départ.

    Le nombre de signalements de situation de mal-logement dans les Bouches-du-Rhône enregistrés sur la plateforme Signal Logement et traités par les services de la DDTM continue de croître : 2 612 en 2023, 3 536 en 2024, 3 473 en 2025 et déjà 2 267 depuis le début de l’année, même si une grande partie relève plus de l’indécence, que de l’insalubrité. « La réalité dépasse de beaucoup les 60 000 logements potentiellement indignes dans les Bouches-du-Rhône [dont environ 40 000 à Marseille] » avait prévenu le préfet d’un département où la moitié de l’habitat exige d’être rénové.

    Une pièce noire, humide

    et sans ouvrant

    Depuis le début de l’année, 93 arrêtés préfectoraux d’insalubrité initiaux ont été publiés sur les Bouches-du-Rhône dont 51 à Marseille et déjà 9 arrêtés fixant une astreinte à des propriétaires récalcitrants dont des bailleurs sociaux (13 Habitat et Provence Métropole Logement). Pour l’année 2025, on comptait 70 arrêtés d’insalubrité engageant une procédure dont 39 à Marseille et 5 astreintes. Pour rappel, en 2016, aucun arrêté d’insalubrité n’avait été pris à Marseille, capitale de l’habitat indigne. C’est dire le coup d’accélérateur donné depuis. 11 arrêtés ont prononcé la main levée après constat de travaux dûment exécutés. Un arrêté du 30 juin 2026 a clôturé une procédure ouverte en février 2017. Il s’agissait d’un logement 15 rue des tours à Martigues et interdit temporairement du fait que sa pièce principale était une pièce noire, humide et sans ouvrant.

    En juillet, le préfet a signé un arrêté ordonnant au propriétaire du local situé 33 rue du refuge au Panier de cesser de le mettre à disposition et de procéder au relogement de l’occupant. Là encore, le taudis est sans eau chaude, sans fenêtre, sans éclairage naturel. Son accès se fait d’ailleurs « depuis la façade arrière entre le 4 et 6, rue du Bouleau » avec une porte d’entrée laissant passer l’air et de hauteur insuffisante…

    À la Capelette, le 20 juin, le préfet a interdit définitivement de mettre à disposition un local « impropre à l’habitation » en fond de cour du 24-26 rue des Forges, et qui constitue un « danger pour la santé et la sécurité physique des personnes ». Aucune pièce de vie n’a de surface ou de volume suffisant. La situation d’insalubrité est aggravée par la ventilation insuffisante et l’absence de stabilité de l’échelle de meunier. L’obligation de reloger le locataire est signifiée.

    À Fuveau, le préfet a fait fermer un logement non seulement insalubre au 21 chemin d’Arles à Fuveau mais « sans existence légale faute d’autorisation d’urbanisme ». Il est relevé que le logement présente en particulier une « absence partielle ou totale de la toiture, avec un réseau fuyard des eaux usées à proximité du logement ». Une curiosité est notée : l’occupante serait titulaire d’un bail depuis six ans dans le parc social.

    Parfois, l’insalubrité et le péril structurel se conjuguent. Ainsi au 1er étage du 9 boulevard Féraud à Saint-Mauront sous arrêté de mise en sécurité depuis novembre 2024 : la pièce principale est inférieure à 7 m2 là où le seuil légal minimal est de 9 m2. Il est noté aussi qu’une pièce louée comme pièce principale ne dispose pas de fenêtres sur l’extérieur. L’arrêté ordonne de « remédier aux causes de moisissure qui prolifère sur les murs de façade de la chambre et du bureau », dans un délai de trois mois.

    Au 6 rue d’Anvers, le préfet a ordonné de traiter en procédure d’urgence un risque d’intoxication aux peintures au plomb. Un diagnostic a détecté sur des revêtements dégradés la présence de plomb à une concentration supérieure à 1 mg/cm².

  • La Ville de Marseille poursuit le retrait des boîtes à clés de meublés

    La Ville de Marseille poursuit le retrait des boîtes à clés de meublés

    Partant de la place Joseph-Étienne, un cortège de techniciens municipaux, d’élus et de journalistes déambule dans les rues d’Endoume. Le rituel est rodé : une disqueuse thermique cisaille une première boîte à clés repérée plus tôt, accrochée à une balustrade de la place Joseph-Thierry, les flashes crépitent, le trophée est brandi puis envoyé avec les autres aux objets trouvés, où curieusement, personne ne vient les réclamer.

    Quinze jours avant, une brigade municipale a repéré 47 boîtiers dans le secteur et apposé des stickers prévenant leur propriétaire de l’interdiction de leur pose sur le mobilier urbain. Mercredi matin, 15 propriétaires avaient vite retiré leur cadenas avant l’arrivée de la patrouille.

    L’adjointe au logement, Audrey Garino (PCF), souligne combien « l’impact de la réglementation extrêmement dure de la Ville de Marseille commence à porter ses fruits ». Pour preuve, « les dernières condamnations ont abouti à réintégrer 18 logements sur le parc locatif qui étaient transformés en 34 meublés de tourisme, donc ça fonctionne et on revient contrôler. En 2025, on a eu une baisse des meublés de tourisme alors qu’entre 2020 et 2023, ça explosait avec 74% d’augmentation sur la ville. En 2024, ça s’est tassé et fin 2025, on a une baisse de 16% des offres globales de meublés de tourisme et de 22% sur le segment des résidences secondaires sur lesquelles l’obligation de compensation est la plus dure. Donc progressivement, on baisse la jauge », résume Audrey Garino. Ainsi, de 12 937 meublés recensés fin 2023, Marseille comptait fin 2025 un peu moins de 11 000 meublés. La décrue se confirme donc.

    « On a commencé il y a deux ans et on s’inscrit dans la durée de nos politiques de régulation de locations saisonnières. Le cadenas, c’est symbolique, mais ça incarne bien des nuisances pour les habitants qui nous en parlent », complète Sophie Camard, la maire(GRS) des 1er et 7e arrondissements, très impactés, l’hypercentre captant jusqu’à 9% du parc locatif avec des pointes de 15 à 20% à l’échelle d’une rue ou d’un îlot comme au Panier ou autour de l’Opéra.