Tag: promoteurs

  • Des baux immobiliers solidaires à Château-Gombert

    Des baux immobiliers solidaires à Château-Gombert

    Le quartier de Château-Gombert accueillera, au quatrième trimestre 2027, la résidence Nouvel Orizon. Composée de 55 logements, répartis sur trois bâtiments, ce projet immobilier a la particularité d’être exclusivement commercialisé en Bail réel solidaire (BRS). Cet acronyme renvoie à un dispositif législatif qui a pour objectif prioritaire de « faire baisser le prix de l’immobilier et de lutter contre la spéculation immobilière », détaille Pierre Le Jeune, directeur général de Procivis Provence aux côtés duquel était également présent Lionel Seropian, DG de Nexity région sud, co-promoteur sur le projet. Ce régime d’accès à la propriété repose notamment sur la dissociation du foncier et du bâti : l’acquéreur achète les murs et paie une redevance à un organisme de foncier solidaire à but non lucratif, qui reste propriétaire du terrain (ici Procivis Provence). Le principal avantage de ce type d’acquisition est le prix, avec des logements environ 30% moins cher que le prix du marché.

    Ces baux sont réservés à des acheteurs qui font du logement leur résidence principale. Aucun investissement locatif n’est possible avec un BRS. Des plafonds de ressources restreignent également l’accès à ces habitations.

    Élargir l’accès

    à la propriété

    La mise à disposition, sur le marché immobilier, de logements en BRS, permet de rendre « la propriété accessible au plus grand nombre », justifie Pierre Le Jeune. Audrey Garino, adjointe (PCF) au maire de Marseille déléguée au logement, à l’hébergement et à la lutte contre l’habitat indigne, partage cette volonté d’élargir l’accès à la propriété à un public qui en serait exclu en temps normal. Cette initiative ferait en sorte de créer « des parcours de logement, en permettant à des ménages de se projeter en accédant à la propriété », complète l’élue.

    Claire a deux enfants de 13 et 16 ans et fait partie de ceux qui ont acquis un logement dans cette résidence grâce au BRS : « Je suis actuellement en instance de divorce et mes enfants voulaient rester à Château-Gombert. Avec un seul salaire, c’est compliqué de trouver un logement décent dans le quartier, mais en faisant des recherches, on a découvert cette possibilité d’acheter en BRS. Ça correspond exactement à mes besoins. »

  • À Montpellier, la friche Chaptal fait monter la colère des voisins

    À Montpellier, la friche Chaptal fait monter la colère des voisins

    À dix minutes de la Comédie, les trois hectares autrefois occupés par la MSA, Groupama et les finances publiques ont été progressivement désertés. Après des mois de squats et de dégradations dénoncés par les voisins, le site s’apprête à changer de visage : un permis d’aménager a été délivré en mars. Les promoteurs Cogedim et Nexity projettent quelque 500 logements dans dix immeubles pouvant atteindre huit étages. S’y ajouteraient un hôtel, une crèche, une salle de sport, un parc de 3 600m² et une esplanade.

    Depuis son balcon du boulevard Renouvier, Delphine Jaoul contemple les anciens bureaux des impôts. Demain, un nouvel immeuble pourrait lui faire face. « On se sent complètement zappés, oubliés », lâche cette architecte, membre d’ACRe, l’Association Chaptal-Renouvier. Créé au printemps, le collectif approche désormais la centaine d’adhérents. À l’origine de cette mobilisation, les nuisances liées à l’abandon du site. « Au début, c’étaient des gens sans logement », raconte Delphine Jaoul. Puis seraient venus les trafics, les agressions et les dégradations. Selon elle, l’ancien bâtiment des impôts a été dépouillé de ses fenêtres, tuyaux et câbles de cuivre, malgré la présence d’amiante. « Ce site n’était pas du tout surveillé », dénonce-t-elle, pointant les risques sanitaires.

    Mais c’est la découverte du projet immobilier qui a fait grandir la colère : « On s’est rendu compte de l’existence du projet par pur hasard », déplore D. Jaoul, regrettant le manque d’information. Depuis, malgré plusieurs réunions publiques et échanges avec la mairie, elle ne constate que « de toutes petites améliorations ». De son côté, la municipalité défend une « opération de renouvellement urbain permettant de créer des logements sans artificialiser de nouveaux terrains ». Son cadre d’aménagement prévoit notamment « 40% de pleine terre, des cheminements piétons et la conservation d’une partie du bâti ». Des garanties insuffisantes pour le collectif, qui dénonce une concertation tardive.

    Une aberration écologique

    L’association conteste surtout la démolition de près de 60% du bâti existant, selon ses estimations. « Je ne peux pas imaginer qu’à l’heure actuelle, on détruise un bâtiment qui soit en bon état », insiste D. Jaoul. Architecte spécialisée dans la réhabilitation, elle dénonce le « coût carbone considérable des démolitions, entre matériaux détruits, déchets produits et nouvelles constructions ». L’abattage de vieux micocouliers, la hauteur des immeubles et les risques d’engorgement du quartier nourrissent également la contestation. Enfin, malgré l’esplanade publique annoncée, ACRe déplore que le futur parc risque d’être réservé aux seuls résidents.

    Les premiers permis de construire pourraient être délivrés dès fin octobre. « Au final, c’est aussi un acte manqué pour la municipalité : il y avait tous les ingrédients pour faire un projet emblématique », regrette l’architecte. À Chaptal, la question n’est plus seulement de bâtir un quartier. Mais de savoir avec qui.

  • « Atom », 97 logements pour jeunes actifs en construction

    « Atom », 97 logements pour jeunes actifs en construction

    Première pierre officielle pour la résidence « Atom » ce vendredi 2 octobre même si sous la grue, le bâtiment a déjà bien avancé. Une satisfaction pour les co-promoteurs Oceanis et Immostone, le propriétaire, le bailleur social 3F, le gestionnaire Vivacité et la Ville de Marseille.

    Un programme de 97 logements, à 5 minutes à pied du Parc du 26e centenaire (10e) et vue sur le Prado Carénage, dont la livraison est prévue pour le quatrième trimestre 2027, à destination d’un public jeune, étudiants ou actifs. L’affaire n’a pas été sans obstacles « administratifs ou techniques » dans un contexte où le foncier se fait rare, a rappelé en préambule Marie-Françoise Prat de Garam, gérante et fondatrice d’Immostone.

    « Une offre de logements sociaux accessible à des personnes qui commencent un parcours professionnel et qui ont besoin de se loger à Marseille », se félicite Florelle Guisante-Klein, présidente d’Oceanis. Et de revenir sur le défi relevé : « Construire du logement, transformer un site existant, et permettre à des services déjà présents dans le quartier de continuer à trouver leur place. » Sont proposés des studios d’une vingtaine de mètres carrés répartis sur 5 étages. Au rez-de-chaussée, entre laverie et espace de co-working, l’atelier Saint-Eloi, 250m2 dédiés aux artistes, sera relocalisé. « L’ambition n’était pas de construire un bâtiment supplémentaire, mais de définir un projet qui réponde aux besoins du territoire », martèle-t-elle.

    Des résidents « acteurs » de la cité

    De quoi permettre aussi aux résidents « d’être connectés avec la ville et de pouvoir jouer un rôle dans la cité », estime Elisabeth Novelli, directrice de 3F Résidences. Audrey Garino (PCF), adjointe au logement, opine du chef. « Pour notre ville, c’est un enjeu fort que d’apporter une réponse aux jeunes qui se trouvent en difficulté pour se loger dans un moment charnière de leur vie », enchaîne-t-elle, avant de rappeler que plus de 600 logements en résidence sociale jeunes et plus de 1 700 places en résidence étudiante ont été ouverts ces dernières années. Et d’espérer que l’État autorise l’encadrement des loyers du parc privé à Marseille pour « réguler [leur] flambée qui touche particulièrement les petites surfaces, donc les publics les plus jeunes ».

  • À Aubagne, le promoteur du Pin Vert veut repasser en force

    À Aubagne, le promoteur du Pin Vert veut repasser en force

    Ce mardi a été déposée la demande d’autorisation environnementale pour la construction de 142 logements dans le quartier du Pin Vert, à Aubagne, par le promoteur Les Nouveaux constructeurs. Un projet déjà connu des habitants, mobilisés contre depuis plus d’un an. Jusqu’à ce que le promoteur n’en vienne, au mois de septembre 2025, à menacer de poursuites les riverains qui avaient déposé un recours contre le projet.

    Mais passée la suppression d’une partie de l’orientation d’aménagement et de programmation (OAP), ordonnée le 2 juillet 2025 par le tribunal administratif de Marseille pour préserver un corridor écologique, et surtout passées les municipales, le promoteur revient à la charge, avec un permis modificatif, déposé en juin. Ainsi, les huit bâtiments de logements collectifs sont-ils regroupés en quatre bâtiments distincts de 127 appartements (au lieu de 119), auxquels s’ajoutent 15 logements individuels « en continuité avec le tissu pavillonnaire existant ». Une partie du stationnement en sous-sol est également supprimée au profit de parkings en surface avec 265 places. Face aux 10 000 m² de surface de plancher prévus, ils proposent de planter 118 arbres supplémentaires pour atteindre 259 arbres plantés, quand 42 seront abattus.

    Pas de quoi satisfaire la municipalité, qui a refusé la demande le 4 juillet dernier. « Il n’y avait absolument rien sur les déplacements à vélo, des problèmes sur les cheminements piétons et la circulation en voiture, sur le ruissellement », énumère l’adjointe (DVG) à l’urbanisme, Clémentine Fardoux. L’unique sortie aboutit ainsi sur un rond-point déjà congestionné. « Nous sommes sur un dossier qui était emblématique de la politique de Gérard Gazay sur l’urbanisme », rappelle l’élue. Sans même dialoguer avec la municipalité, le promoteur a décidé de contester ce refus en justice. Alors la Ville presse l’intercommunalité d’accélérer la troisième modification du plan local d’urbanisme pour supprimer au plus tôt cette OAP. « C’est une position que nous tenons depuis deux ans », insiste Clémentine Fardoux. Sollicité, le promoteur n’a pas donné suite.

  • Les associations veulent des garanties sur Legré Mante

    Les associations veulent des garanties sur Legré Mante

    Une réunion pour faire un point de situation. C’est ce que proposent, ce lundi 8 juin, Union Calanque littoral, l’association Santé Littoral Sud, Fare Sud au centre social Mer et Colline, engagées depuis des années pour réduire l’exposition des habitants et des visiteurs du littoral Sud aux polluants.

    Leur recours a permis de contraindre l’État, par une décision de justice en décembre 2024, de mener à bien un vaste chantier de dépollution entre le Mont Rose et Callelongue d’ici juin 2038. Si les associations se félicitent de « l’engagement de la préfecture » et « du professionnalisme des équipes de l’Ademe (Agence pour la transition écologique) qui ont appliqué les normes en vigueur », lors des travaux menés du 1er septembre au 31 mars, elles posent la question de l’avenir de l’usine Le gré Mante.

    Un véritable serpent de mer. Fermée en 2009, l’usine de production d’acide tartrique, précédée par une activité de traitement du plomb et de soude, a laissé près de 8,5 hectares de sol pollué au plomb, à l’arsenic, au zinc ou au cadmium, avec des « seuils inacceptables dépassés », pointe dans une étude l’Institut national de veille sanitaire.

    Une lettre au préfet

    Ce qui n’a pas empêché les promoteurs de proposer de nombreux projets immobiliers, au grand dam des riverains, qui ont soulevé les conséquences de l’arrivée massive de nouveaux habitants, sans moyens de transport supplémentaires, ni équipements publics. Le dernier, déposé en août 2025, porté par le fonds d’investissement Ginkgo propriétaire du site, et le promoteur Constructa, prévoit environ 130 logements, et reste pour le moment suspendu. Ginkgo a également été condamné par la justice à dépolluer et mis en demeure par la préfecture de sécuriser le site.

    Inquiètes, les associations relèvent elles que « ces travaux de dépollution (…) n’appliquent pas les mêmes standards que sur les calanques » et de s’interroger : « La dépollution sera-t-elle conforme à la réglementation des sites et sols pollués, la seule pouvant garantir la sécurité des futurs habitants et des riverains ? » Dans une lettre adressée au préfet le 13 mai, l’association santé littoral Sud rappelle que les trois parcelles du site « qualifiées de zones concentrées » en termes de pollution « au sens de la réglementation actuelle » nécessitent des « mesures de gestion adaptées au niveau de la pollution ». Elle s’inquiète d’un plan qui prévoit « un simple recouvrement de terre de 50 cm », alerte sur les jours d’épisodes orageux méditerranéens qui peuvent faire subir au terrain « en déclivité », un « fort lessivage » entraînant des « déchets en contrebas jusqu’au village de la Madrague ». Elle se demande également comment concilier « l’extrême sensibilité d’un secteur résidentiel où vivront des familles avec une utilisation limitée des espaces communs des résidences… »

    À 18h au 16 bd de la Verrerie (8e)

  • À Nîmes, un projet contesté de parking-silo stoppé net

    À Nîmes, un projet contesté de parking-silo stoppé net

    C’est un premier signal politique envoyé depuis l’hôtel de ville. À peine installée, la nouvelle majorité municipale de Vincent Bouget a décidé de suspendre le projet de parking-silo prévu rue de l’Hôtel-Dieu, dans le quartier de la Placette à Nîmes. Porté par la Holding Tissot et GGL, ce programme devait faire sortir de terre un bâtiment de quatre niveaux, pour environ 318 places de stationnement, à l’emplacement de l’ancien Vaisseau 3008. Un projet validé dans les derniers jours de l’ancienne municipalité.

    « Comme nous nous y sommes engagés, la voix des Nîmoises et des Nîmois sera écoutée et guidera nos décisions. […] Je ne souhaite aucun passage en force », a tranché Vincent Bouget. Le maire de Nîmes a estimé que ce parking « entraînerait des nuisances insolubles pour les habitants » et demande désormais à son adjoint à l’urbanisme, Pierre Jaumain, de retravailler le dossier avec les riverains et le promoteur. La formule marque une rupture assumée avec la séquence précédente, accusée d’avoir imposé le projet sans écoute suffisante.

    Car à la Placette, la mobilisation ne date pas d’hier. Le comité de quartier, accompagné d’un syndicat d’immeuble et de requérants individuels, avait déposé en mars un recours contentieux puis un recours gracieux. En cause : un parking jugé « surdimensionné », susceptible d’entraîner « bruit, pollution, encombrement » et risques accrus autour de la sécurité de l’école. « Par son ampleur, ce projet dédié essentiellement au stationnement est défavorable au respect du cadre de vie des résidents », alertait le comité.

    Un premier test pour

    la méthode Bouget

    Pour le comité de quartier, le changement de ton est déjà notable. Après plusieurs mois d’alerte, ses représentants estiment désormais être davantage entendus par la nouvelle municipalité que par l’ancienne équipe. La mairie, elle, marche sur une ligne de crête. Pierre Jaumain affirme vouloir éviter l’affrontement juridique. « Nous ne sommes pas dans un esprit de contentieux. Je suis pour le respect de la parole des porteurs de projet ainsi que des habitants du quartier. » L’adjoint reconnaît aussi qu’il faudra composer avec un terrain privé et avec certains besoins de stationnement dans ce secteur proche du centre des congrès H2 et des hôtels haut de gamme. « Tout est question de proportion », souligne-t-il.

    Côté promoteur, la prudence domine. Propriétaire du terrain, Romain Tissot rappelle que l’opération relève d’un projet immobilier privé, autorisé après instruction par les services compétents. Sans détailler d’éventuelles évolutions, il se dit disposé à poursuivre les échanges avec la Ville pour chercher une solution équilibrée dans ce quartier en pleine mutation. Une réunion avec la municipalité doit permettre d’ouvrir cette nouvelle séquence. Après des années d’urbanisme mené au nom de l’attractivité, la nouvelle majorité affiche avec cette décision une autre boussole : l’écoute et le dialogue.

  • Lionel de Cala, pour un nouveau mandat à Allauch

    Lionel de Cala, pour un nouveau mandat à Allauch

    Sur la place de l’Hôtel de ville, l’ambiance est festive et la météo clémente pour ce conseil municipal d’installation. Plusieurs centaines d’Allaudiens et d’Allaudiennes se sont réunies. Lionel de Cala (DVD) avait récolté 75,77% des voix au premier tour. Le maire sortant a été officiellement réélu pour un deuxième mandat avec 32 voix, à l’issue du vote des conseillers municipaux.

    La première ambition du maire reste : « La préservation de notre cadre de vie. » Il est revenu dans son discours sur son engagement pour « maîtriser totalement l’urbanisation et résister aux pressions foncières », et compare Allauch au « village gaulois qui résiste aux grands promoteurs immobiliers et aux pressions de l’État au titre de la loi SRU ». Un sujet que la gauche, qui revient au conseil municipal, aura à cœur de défendre, promet d’ores et déjà le communiste Frédéric Dutoit. Débat en perspective.

  • Marc Pena face aux lecteurs à Aix-en-Provence

    Marc Pena face aux lecteurs à Aix-en-Provence

    Le logement

    Denise Tardy : Que comptez-vous faire pour le logement social et comment cela va évoluer dans nos quartiers ?

    Marc Pena : Nous allons commencer par appliquer la loi SRU. Aix est très loin du compte et paie des pénalités car elle ne respecte pas la loi SRU, qui est une boussole. Je mettrais tout en œuvre pour que l’on puisse atteindre les objectifs de celle-ci. Cela signifie construire, qui est un vrai sujet alors que nous avons un foncier très cher, avec des promoteurs qui préfèrent investir dans des résidences secondaires plutôt que dans du logement social.

    Ce n’est pas si facile, mais il y a un chemin. Chaque fois qu’il y a un projet immobilier, la mairie aujourd’hui, à partir de 1 000m2, à l’obligation de mettre proportionnellement le même nombre de logement social. L’obligation était à 2 000m2 au début du mandat de Maryse Joissains. Mais nous étions les premiers dans l’opposition, que nous représentons, à dire que vis-à-vis des autres villes, nous n’étions pas dans la norme. Finalement, la majorité est descendue à 1 000m2. Mais on peut aller plus loin. On pourrait envisager de construire des logements sociaux dès 500m2.

    Se pose ensuite la question d’où et de comment. L’erreur à ne pas faire, est de concentrer les logements sociaux en un seul endroit. Il faut qu’ils puissent être de partout dans la ville, et pas seulement à Encagnane, qui supporte l’essentiel des logements sociaux. Ailleurs, nous n’avons pas assez de logements sociaux. Il y a entre sept et dix ans d’attente à Aix, pour un logement social. On a le temps de changer de vie avant d’en avoir un.

    Je le dis aussi, il y a un clientélisme éhonté, il n’y a aucune transparence en ce qui concerne l’attribution des logements, ce sont des éléments fondamentaux qu’il faut changer. Nous proposons des procédures claires, transparentes, dans ce domaine. Au-delà de la construction, il y a les conditions d’habitat, et le lieu. Ce qui est dramatique à Aix, c’est qu’en plus d’avoir un manque de logement social, celui que nous avons n’est pas un logement pour les plus vulnérables, les plus précaires : ce n’est pas le logement social très social.

    Si Sophie Joissains était reconduite, j’ai peur que ce manque soit encore plus important, puisqu’on a privatisé le parc social de logements qui appartenait à Pays d’Aix Habitat. ça a été donné à Famille & Provence, ce sont plus de 700 millions d’euros de mètres carrés d’immobilier qui a été donné au privé. Ce que je vois, c’est un bailleur qui ne fait pas dans le social : il achète, rénove, revend, et n’est pas dans la philosophie générale de ce que nous proposons. Il y aura aussi à retrouver une organisation des bailleurs sociaux publics, sur lesquels on peut agir.

    Céline Urbaniak : On est en train d’entrer dans le piège du surtourisme en ce qui concerne le logement en centre-ville, essentiel pour les étudiants et les jeunes travailleurs. Comment sortir de ce piège-là ?

    Marc Pena : On entend continuellement la municipalité actuelle se réjouir du développement du tourisme depuis quelques années et se forme une communication autour d’Aix comme étant la ville la plus visitée, la plus belle du monde… Puis on joue de ses atouts, l’été, les festivals de musique, etc. Or, ce surtourisme à des conséquences négatives.

    Sur un plan économique, il y a des retombées qui pourraient apparaître être positives pour les commerces, c’est à discuter. Parce que dans ce surtourisme il arrive des cars entiers de touristes qui viennent, qui prennent un bout de lavande, qui ne savent pas s’ils sont à Rome, Florence, ou Aix à ce moment-là et qui consomment rapidement. Il y a des questions à se poser même pour les gens liés directement au tourisme. Je connais des cafetiers qui dès qu’il y a des événements comme l’Iron Man, ferment, plutôt que d’avoir des problèmes.

    Il y a à s’interroger sur ce qu’on appelle l’attractivité d’Aix et cette politique du surtourisme, qui conduit indirectement ou directement à un fléau, celui des Airbnb. C’est une manière de capter, d’enlever des logements au marché privé classique qui permettrait à des jeunes de se loger. La Ville ne fait rien, rien en termes de Airbnb.

    Pendant le Covid, les étudiants, quand ils le pouvaient, sont partis, le centre-ville était vide : il n’y a pas de familles, peu de gens qui ont une vie banale de tous les jours. Ça pose la question de ce que l’on entend par attractivité. Je ne suis pas contre, mais elle ne se limite pas aux hôtels particuliers ou la Biennale.

    L’attractivité doit concerner tous les habitants de la ville. L’enjeu de refaire venir les familles en centre-ville est difficile, il va avec celui de la commercialité, il faut retrouver des commerces de proximité, lutter contre la spéculation immobilière, arriver à trouver des loyers à des prix où les classes moyennes vont pouvoir vivre en centre-ville toute l’année me semble important. Aussi, j’espère être maire parce que j’espère que la ville ne va pas avoir la main totale sur la rénovation du quartier Faubourg. C’est une opération de spéculation immobilière qui va faire monter les prix sur le cours Sextius quand il sera rénové, provoquer une gentrification et une expulsion des classes moyennes.

    Sécurité

    Denise Tardy : à Encagnane, nous avons eu plusieurs incidents (tirs, attaque sur gendarme en civil, etc.) Comment lutter contre
    les incivilités, que faire pour la tranquillité publique, notamment dans les quartiers populaires
     ?

    Marc Pena : La sécurité est un droit fondamental, il est normal que les habitants des quartiers populaires puissent se sentir délaissés sur ce sujet-là. Je veux redire d’abord que la sécurité et la tranquillité publique sont une problématique de gauche. ça a pu être accaparé, instrumentalisé par la droite et l’extrême droite mais c’est une problématique de gauche : c’est la mère de toute liberté.

    Aujourd’hui, il y a, notamment lié au narcotrafic mais pas que cela, une délinquance qui monte en puissance, alors que faire ? La première chose que l’on veut faire, avant tout, c’est rétablir de l’humain. C’est retrouver, autrement, ce que l’on appelle la police de proximité que Nicolas Sarkozy avait jetée par-dessus bord il y a quelques années tout en disant qu’avec le karcher, il allait résoudre tous les problèmes. La police de proximité, c’est assumer un recrutement en matière de police municipale, un recrutement où la police municipale connaît le quartier dans lequel elle travaille et elle agit, et vice versa. Ce n’est pas un corps étranger qui arrive une fois puis repart. La police est présente, en tenue, et n’est pas seulement là pour faire faire du sport aux enfants. On va par ailleurs recruter à cet effet des animateurs, des moniteurs, des personnes qui vont accompagner les dispositifs qu’on va mettre en place. Encore une fois, en matière de sécurité, la police de proximité est fondamentale.

    On va recruter, sur la mandature, 80 policiers municipaux. Au début, dans la première année, une vingtaine. Ce sont des choix budgétaires que l’on va faire mais c’est indispensable. Aussi, les policiers sont des ouvriers de la sécurité, ce sont des travailleurs.

    En ce sens je me distingue de la gauche qui dit que la police tue. C’est dangereux d’expliquer que l’on rentre dans une société de conflit ouvert entre les habitants et sa police. On a aussi des dispositifs d’alerte, par exemple des bornes qui permettent d’alerter en direct la police municipale, et selon le type de sujet, travailler avec la police nationale pour une intervention immédiate et efficace dans certains cas.

    J’ai beaucoup insisté sur la sécurité dans mon meeting, où j’ai eu l’honneur de recevoir Amine Kessaci. Je pense qu’à Aix-en-Provence il y a une insuffisance. Je pense surtout que cette question de la sécurité est une question capitale pour les habitants. Il faut qu’on retrouve un sens du collectif, des responsabilités.

    Sarah Trevisiol-Peccini : Quels sont les dispositifs que vous comptez mettre en place pour améliorer la sécurité des femmes dans l’espace public. Il serait envisageable d’ouvrir un centre d’accueil permanent et municipal pour les victimes de violences sexistes et sexuelles (VSS) ?

    Marc Pena : C’est dans le programme. On peut envisager de former des agents municipaux dans ce domaine, puisque l’accueil n’est pas un accueil ordinaire dans ces cas-là. On veut en faire une cellule qui soit celle de l’accueil, de l’humanité, et d’alerte de manière plus générale pour éviter les drames. Pour que ces femmes puissent trouver une réponse première à leur situation, souvent de grande difficulté dans ce cas-là. Je le disais au travers des transports, il y a chez la jeunesse et jeunes femmes, un sentiment d’insécurité. On va prévoir dans les bus un système d’arrêt à la demande, qui n’a l’air de rien mais peut permettre en cas de danger potentiel, de s’extirper rapidement et au chauffeur, d’alerter sur le problème. On va faire une pédagogie autour de ces questions de façon très forte. C’est un sujet global, national, de société et touche toutes les catégories, et Aix-en-Provence doit être exemplaire en la matière.

    Transport

    Lionel Nari : Au sujet de la desserte des Milles et du Pôle d’activités de la Duranne, les élus métropolitains ont voté un nouveau Bus à haut niveau de service (BHNS). Ne serait-il pas mieux d’exploiter la voie ferrée Rognac-Aix ? Pour éviter 5 ans de travaux et coûter moins cher à la collectivité ?

    Marc Pena : Cette municipalité n’a rien compris aux enjeux des transports sur son territoire et de manière générale, n’a rien compris à ce qu’il se passait aux Milles. Elle nous propose une desserte par BHNS au moins pour 2030, plutôt pour 2035 selon moi. Une desserte qui est en fait un vieux projet qui revient. C’est une ligne droite qui va à un endroit et qui en revient, sans desservir l’ensemble du pôle d’activité, ni les autres quartiers. On se demande comment on met tant d’argent pour desservir la Duranne, qui doit l’être, mais c’est tout puisque les salariés qui travaillent sur le Pôle d’activité viennent de partout : et ils sont loin d’être tous aixois.

    Je suis un fervent partisan du ferroviaire, et il y a des années que des associations, des collectifs, parfois des responsables politiques ont montré et démontré que cette ligne ferroviaire desservirait bien mieux l’ensemble du territoire métropolitain et qu’elle était une solution plus accessible que les BHNS. Il faut que cette ligne ferroviaire soit rapidement utilisée car dans quelques années, elle risque d’être réellement détériorée. C’est le moment d’agir dessus. Avec les progrès que nous avons faits, nous pouvons avoir des trains qui ne soient pas trop lourds, ne demandent pas à ce que toute la ligne soit à refaire, et où l’on puisse être opérationnels rapidement. Nous allons évidemment, si nous sommes aux affaires, proposer et essayer d’entraîner un changement dans la politique métropolitaine en la matière, en obtenant que si l’on a des financements, ils doivent d’abord revenir au ferroviaire. Le tracé de la ligne Aix-Rognac permet de desservir très largement toute cette zone autour des Milles et au-delà. Je suis convaincu, avec d’autres communes peut-être, que l’on peut agir si nous la demandons. Le BHNS encore une fois ne dessert qu’une partie des Aixois, est relativement restreint, en plus avec un débit en termes de fréquence et de desserte qui ne serait de toute façon pas satisfaisant. Il faut véritablement changer de politique sur les transports.

    Lionel Nari : Il ne serait pas temps de fusionner la régie des transports métropolitains pour récupérer toutes les activités interurbaines et urbaines afin d’arrêter la casse sociale des salariés des transports qui subissent les logiques des entreprises privées ?

    Marc Pena : Quand on est candidat aux municipales, dans le meilleur des cas, on aborde la question du transport dans sa généralité. On oublie parfois ceux qui travaillent dans ces entreprises, les salariés. Là où je vous rejoins : le bilan de la concurrence (européenne) après 25 ans est très mauvais. Autrefois, il y avait un lien entre les chauffeurs et les usagers. Aujourd’hui, c’est totalement anonyme, c’est une entreprise commerciale, ils vous parleraient en anglais, vous trouveriez ça normal. On a un vrai sujet et surtout, les salaires sont extrêmement faibles. Une municipalité ne peut pas s’occuper de tout, mais ce n’est pas une fatalité de n’avoir que des délégataires de service public. Aussi, ceux que l’on connaît à Marseille au niveau de la RTM, on pourrait le développer beaucoup plus au niveau métropolitain. Si une ville comme Aix dit ses besoins en ce domaine, porte ce type de projet, ça pourrait avoir un écho et un effet pour les autres communes qui joueront le jeu. C’est un enjeu social, sociétal, un enjeu économique en matière de transport, un enjeu de santé publique aussi, puisqu’on se retrouve souvent dans des embouteillages monstres. Il faut changer la donne. Une commune ne va pas transformer la société mais elle peut changer la ville et améliorer largement la qualité de vie des citoyens et de ceux qui ont l’honneur de faire ce métier-là.

    Marc Barrieu : Est-ce que l’on peut avancer vers la gratuité totale des transports ?

    Marc Pena : Oui, dans le programme il y a l’objectif d’avancer, au cours du mandat, vers la gratuité. Le droit de se déplacer est un droit fondamental. Il implique pouvoir aller à son travail, aux enfants d’aller faire des activités sportives et culturelles, aux personnes âgées de trouver des moyens de transport qui leur correspondent… Dans la société d’aujourd’hui, c’est un impératif. Si on doit penser à une gratuité, il faut peut-être aussi la penser à une échelle métropolitaine. C’est difficile, mais c’est un rapport de force politique et c’est là qu’on revient à ces élections. Si dans un rapport de force politique à la Métropole nous avons une majorité, on pourra changer de politique y compris dans ce domaine.

    Santé

    Marc Barrieu : Si vous êtes élu maire vous siégerez au conseil d’administration de l’hôpital. L’offre de santé, Montperrin incluse, est mise en concurrence avec les cliniques qui se rassemblent dans l’hôpital privé. Quelle sera votre action sur la matière ?

    Marc Pena : L’action de nos communes sur les soucis de santé publique existe, même à une échelle modeste. C’est une politique nationale, d’ensemble de santé publique, qui fait l’état de l’hôpital public aujourd’hui. Il reste à l’hôpital public tout ce qu’il n’est pas rentable mais tout ce qui est essentiel, pourtant. Derrière cette crise-là, ce n’est pas qu’une crise conjoncturelle de concurrence, mais l’idée d’une certaine politique d’affaiblir tellement le service public que finalement la santé ne serait plus publique, mais réservée à la catégorie de citoyens qui peuvent se la payer, et donc on a là un vrai sujet. L’hôpital public d’Aix-en-Provence est aujourd’hui défavorisé par rapport à ce qu’il se passe dans le privé. Axium va s’étendre énormément. Et la commune va siéger dans le conseil stratégique de l’hôpital. C’est là où elle peut faire valoir ses besoins, c’est là où elle peut non pas contrecarrer à elle seule toutes les politiques de santé publique en la matière, mais où elle peut dire ses besoins, être aux côtés des salariés de l’hôpital public et donc, peser sur les décisions prises.

    Je pense qu’à Aix, il est très important de défendre cet hôpital. L’hôpital de Montperrin, est un symbole, un hôpital ouvert sur la cité, ce n’est pas un hôpital de l’enfermement global. Aujourd’hui avec le peu de moyens qui lui reste, toute cette philosophie de prise en compte autrement se perd de plus en plus. Aussi, autour de Montperrin, il y a beaucoup de foncier, qui a déjà été grignoté, et c’est directement visé. Pas pour faire des logements sociaux, je vous assure ! Si on pouvait ou le faire disparaître, ou le restreindre au minimum, on le ferait. Alors qu’il y a une crise de la psychiatrie en France.

    Jeunesse

    Céline Urbaniak : Quel peut-être le rôle d’une équipe municipale dans une ville étudiante pour qu’on lutte mieux contre la précarité étudiante et que ce qui peut être proposé par la ville soit plus lisible, plus accessible, pour que les étudiants puissent étudier, puisqu’ils viennent pour ça.

    Marc Pena : En ce moment, on perd 5 000 étudiants chaque année. Ils choisissent Montpellier, l’académie de Nice, Grenoble ou Lyon, car à Aix, le loyer et la vie quotidienne sont trop chers. Les étudiants qui vont pouvoir être intéressés par des hauts niveaux de formation, de Master, vont faire un arbitrage qui n’est pas en faveur de notre région. Si on continue comme ça, on va continuer à perdre des étudiants. De ce point de vue là, ce devrait être un enjeu fondamental pour les pouvoirs publics, pour ceux qui ont fait l’Université unique qui avait pour but d’attirer le plus d’étudiants et de compétences possibles. Aujourd’hui, dans l’environnement qui est celui d’Aix ce n’est plus le cas.

    Le mot précarité, pour les étudiants, commence à être usé. C’est pire que ça. Aujourd’hui, les étudiants sont pauvres. C’est un sujet encore plus important. Ils pourraient, pour un certain nombre d’entre eux, être classés parmi les 10 millions de pauvres dans notre pays. On est pauvre quand on diffère les soins et la santé : les étudiants ne peuvent même pas avancer l’argent. Ils vont donc ne pas se soigner. Vous savez les problèmes de santé publique que ça va entraîner, globalement, et évidemment sur la santé de notre jeunesse. Au moment de l’âge de la vie où l’on s’émancipe, c’est d’une tristesse infinie de voir cela. On a tout de même réussi à obtenir le repas au Crous à un euro à l’Assemblée, qui était depuis très longtemps une revendication des associations étudiantes et des partis de gauche de manière générale. Il devrait permettre à nos étudiants de ne plus différer leurs repas.

    Sarah Trevisiol-Peccini : Que comptez-vous mettre en place pour faciliter l’accès à la culture pour les jeunes et les enfants, mais aussi aux étudiants et étudiantes, la jeunesse en général ?

    Marc Pena : À ce sujet, il y a beaucoup de choses à dire. Vous avez, par exemple, le Théâtre du Bois de l’Aulne, une programmation remarquable, des spectacles gratuits, possibles, même s’il faut réserver à l’avance. En même temps, s’il y a de quoi se nourrir en termes de culture, les habitants du quartier n’y vont pas. Cela signifie que pour eux, cela reste un corps étranger et qu’une politique de fond n’est pas menée. Je pense que la culture commence très tôt. Par exemple, nous avons de grandes ambitions pour le périscolaire : je l’ai redit en meeting il n’y a pas si longtemps. On a notamment l’éveil à la culture dans ce plan, en lien avec le Conservatoire, pour la maîtrise d’un instrument de musique par exemple. Il y a le besoin très tôt d’installer la culture comme un élément essentiel de développement individuel et collectif, de développement pour l’individu dans son ensemble. Ensuite, il faut qu’il y ait une offre culturelle qui corresponde aux catégories, aux besoins de cette jeunesse-là. Si elle va au festival d’Arts Lyriques immédiatement, c’est très bien. Mais on n’a pas de réseau d’activité culturelle, de spectacle, dans lequel les étudiants se reconnaîtraient et participeraient. Les étudiants, même s’ils ne restent que quelques années à Aix, doivent être associés à la ville. Ça implique de concevoir différemment les étudiants dans la ville. On a un vrai sujet. J’ai un plan jeunesse qui va de la crèche, jusqu’au périscolaire et jusqu’à l’enseignement supérieur, qui fasse en sorte que les étudiants n’aient pas que des nourritures terrestres mais aussi des nourritures spirituelles. Pour cela, il faut s’appuyer sur les organisations étudiantes, parce que la mairie actuelle a créé un conseil étudiant, mais pour 80%, ce sont des clones de la majorité. Ils ne sont pas très reconnaissants, j’en vois beaucoup faire campagne pour Philippe Klein.

    Sarah Trevisiol-Peccini : Comment aider les petits commerces de proximité liés à la culture face aux grandes chaînes de magasin ?

    Marc Pena : Aujourd’hui, vous n’avez plus qu’une seule librairie, c’est Goulard. Sur ma liste, il y aura un monsieur qui s’appelle Jean-Michel Durafour. Il vit à Aix et travaille aux presses universitaires d’Aix-Marseille. Il avait créé, avec son épouse, une librairie qui s’appelait le Lagon Noir, avec BD, romans policiers, dans une rue qui n’est pas dans le centre immédiat. Or, elle a dû fermer. Il a plusieurs fois écrit à la mairie pour le minimum de subventions qui l’auraient aidé dans son entreprise, il n’est jamais rentré dans les réseaux de cette mairie et n’a jamais obtenu quoi que ce soit. Il y avait aussi un système d’arrêt ponctuel en voiture, rester un quart d’heure, une demi-heure, pour acheter ses livres, discuter avec le libraire et repartir. Cela, sans explication, a été supprimé par la mairie. Finalement, comme c’est périphérique et qu’on ne peut plus y aller, les gens ont fini par ne plus y aller. Il a dû fermer [en novembre, Ndlr.]. Là-dessus, la mairie peut avoir un droit de préemption commerciale. Sous la pression de l’opposition, la mairie d’Aix l’a mis en place mais n’en fait pas grande chose. Ce droit permet à la commune de décider globalement du type de commerce qu’elle veut dans sa commune, et du type de commerce qui correspond à ses quartiers ou son centre-ville. Ce sont des choix qui peuvent être faits, des accompagnements qui peuvent être donnés… Nous, nous serons une commune à l’écoute de ce type d’initiatives, nous les accompagnerons aussi.

  • Gaby Charroux face à la presse

    Gaby Charroux face à la presse

    La candidaturE

    Norhène Ouerfelli : C’est une liste citoyenne, avec 50% de renouvellement, que vous proposez ?

    Gaby Charroux : La liste est diverse, citoyenne, comme elle l’a toujours été. C’est drôle d’entendre le contraire, alors Paul Lombard avait décidé, en 1989, que la majorité communiste et socialiste allait s’ouvrir aux citoyens, dont je faisais partie par mes engagements professionnels et associatifs sportifs. C’est une liste citoyenne avec des gens du PCF, du PS, de Génération écologie et de Place publique, et des gens sans engagement politique. Ils sont à mon image : ils n’ont pas de dogme et prennent des décisions dans l’intérêt des Martégaux. Par exemple, je défends dans le même temps la clinique privée et l’hôpital, car on a besoin de ces médecins et chirurgiens dans ces deux pôles, avec les deux maisons de santé.

    Norhène Ouerfelli : Vous parlez souvent du bouclier martégal. De quoi s’agit-il concrètement ?

    G.C. : Ce sont toutes les actions sociales portées par la municipalité, comme le maintien à domicile avec portage de repas, ou le développement des foyers avec un cinquième ouvert au début du mandat, par exemple. Ce sont toutes les crèches municipales. C’est les gratuités, le prix du repas à la cantine de 2,30 euros, les colonies de vacances… Nous avons calculé une moyenne 400 euros de dépenses en moins par mois et par famille. Les centres d’initiation sportive, gratuits, permettent aux plus jeunes de découvrir le sport, dès 2 ans avec des activités adaptées, sans oublier l’inclusion des enfants handicapés. L’accès à la culture aussi, au conservatoire Picasso, où l’on peut apprendre un instrument jusqu’à 12 ans gratuitement.

    Philippe Boccara : Quelle est votre stratégie de succession ?

    G.C. : Ma seule stratégie est d’être au service de l’intérêt général des habitants de ma ville. Vous me voyez me présenter aux électeurs pour passer la main dans six mois, un an ? Les accidents de la vie, Il y en a pour tout le monde, tout peut arriver. Moi, j’ai la forme et la santé. On verra la suite en avançant. Ça fait 10 ans que je regarde autour de moi pour savoir qui pourra être là 24h sur 24, comme moi, et j’ai des idées. Des échéances électorales vont venir, comme les législatives au moins dans 2 ans, Pierre [Dharréville] sera notre candidat sans aucun doute et j’espère qu’on regagnera cette circonscription.

    La Sémivim

    Philippe Boccara : L’affaire de la Sémivim (Société d’économie mixte immobilière de la Ville de Martigues) a empoisonné votre mandat. Aujourd’hui, vous êtes encore mis en examen ?

    G.C. : Je rappelle qu’il s’agit d’une mise en examen seulement au motif de favoritisme. La corruption, l’enrichissement ou tout autre sujet ont été éliminés. Je remarque aussi qu’on parle de l’affaire Sémivim, alors que la victime, c’est la Sémivim ! Car des personnes ont considéré qu’elles pouvaient détourner de l’argent par le lien établi entre des agents et des entreprises, auxquelles elles ont fait croire que, pour bénéficier de marchés, il fallait les intéresser. La mise en examen repose essentiellement sur les fonctions occupées alors par quelques élus, membres de la CAO [commission d’appel d’offres], et moi en tant que président directeur général, à ce moment-là. Et aucun élu, ni moi, sommes concernés par la corruption ou la prise illégale d’intérêts. Nous sommes aujourd’hui partie civile. Nous avons été reconnus comme victime, également la Ville et la Sémivim.

    Léo Purguette : Est-ce que cela a abîmé le lien de confiance avec la population ?

    G.C. : J’ai chaque jour des preuves de la confiance que m’accorde la population. Elle a compris la réalité de cette affaire. Les entreprises ont reconnu leurs fautes et ont versé des indemnités à la Sémivim et la Ville. Le procès traitera de la corruption et je n’ai aucun lien avec ça. Sur la question qui me concerne, oui, j’étais PDG de la société, mais complètement étranger à ces agissements et je n’ai rien à me reprocher.

    La Santé

    Norhène Ouerfelli : Il est parfois difficile de trouver un médecin spécialiste aujourd’hui. Quelles mesures pour y arriver ?

    G.C. : L’accès à la santé n’est pas égalitaire pour tous aujourd’hui. J’ai l’exemple de quelqu’un qui s’est fait opérer de la cataracte par un ophtalmo à Châteauneuf, il a payé 400 euros de dépassement d’honoraires. Il peut payer, il le fait. Mais combien d’autres renoncent aux soins ? Mon obsession, c’est l’accès au droit à la santé égal pour tous.

    Thierry Bezer : Martigues est parfois vue comme un désert médical…

    G.C. : Au contraire ! Quand je vois des villes comme la nôtre et non loin sans les mêmes moyens… On a une perspective, pour l’hôpital, de mettre à disposition le foyer de l’Adret. La Chrysalide va déménager et les internes seront à 100 mètres de l’hôpital. Nous avons une politique d’acquisition de locaux commerçants pour les mettre à disposition des cabinets à loyer très bas, pas comme le privé. Il y a deux cas : un en centre-ville avec des médecins généralistes, l’autre à Croix-Sainte avec le cabinet dentaire.

    La sécurité

    Philippe Boccara : Vous proposez une brigade de police de centre-ville dans votre programme. Dans quel but ?

    G.C. : La brigade de centre-ville a pour but de remplacer la police de proximité. Les gens sont contents, même dans les quartiers, car ça vient contrecarrer les dealers. On a perdu 50 policiers nationaux depuis 15 ans. Je l’ai dit au ministre de l’Intérieur Laurent Nunez : je veux plus de police. L’Assemblée nationale travaille un projet de loi qui donnera plus de compétences à la police municipale. Ça veut dire plus de moyens humains à la charge des communes et moins pour la police nationale ? Ça donne une sécurité à deux vitesses : les villes qui peuvent donner des moyens et celles qui ne peuvent pas.

    Philippe Boccara : Et les caméras, elles fonctionnent toutes ?

    G.C. : On a 180 caméras de surveillance et 18 lectures automatiques de plaques d’immatriculation, qui ont permis de résoudre beaucoup d’affaires, et elles marchent toutes. On a des agents au central devant les caméras de 6h à 1h du matin. On est aussi exemplaires sur la prévention que sur la répression.

    Le Logement

    Norhène Ouerfelli : Martigues est au-delà du seuil légal de logements sociaux. Est-ce qu’il faut arrêter d’en construire ?

    G.C. : Nous avons 28% de logements sociaux, soit 6 000 sur les 25 000 de Martigues. Il y a 12 000 demandes, car 72% des Français sont éligibles au logement social. Sur les 12 000 demandes, 5 000 concernent des Martégaux. Faut-il arrêter de construire ? Au domaine de Manon, il y 250 logements sociaux, mélangés avec de l’accession à la propriété, du locatif à coût maîtrisé, et vous ne faites pas la différence quand vous passez devant. C’est fini les cités de 745 logements comme avant.

    Philippe Boccara : Est-ce que ça marche, les contrôles sur les ventes pour garantir que ce sont des martégaux qui achètent ?

    G.C. : Oui ça marche, on contrôle, les promoteurs doivent nous dire à qui ils vont vendre et on vérifie que ce soient des Martégaux. C’est un accord avec le promoteur. Cette préférence n’est pas contre ceux qui viennent d’ailleurs, mais contre les autres maires qui ne construisent pas les logements ! Ça explique aussi les 12 000 demandes, car les gens savent où chercher. Pas comme sur le reste la Côte bleue…

    L’industrie

    Léo Purguette : Martigues est un territoire industriel historique concerné par les projets de décarbonation. Comment faire pour accueillir les 10 000 nouveaux travailleurs qu’on nous promet ?

    G.C. : Depuis 100 ans, Martigues a une zone industrielle pétrochimique à Lavéra. Nous en sommes fiers et nous voulons préserver ce qui existe. Soit des milliers d’emplois, avec de bons salaires car les syndicats luttent. On y est attaché. La décarbonation pourra peut-être enfin réconcilier l’industrie et l’environnement. J’ai proposé une organisation de la gouvernance au Président de la République, à territoire d’exception, loi d’exception. Il l’avait acté. Même si la gouvernance n’est pas encore mise en place.

    Léo Purguette : Pour décarboner, il faut de l’électricité. Pour ou contre la ligne à très haute tension ?

    G.C. : Je suis pour, y compris pour préserver l’environnement. On peut enterrer tout ou partie, c’est toujours une question d’argent. Il faut préserver la Camargue, mais aussi la richesse du territoire.

    Léo Purguette : Martigues est aussi une terre de cinéma…

    G.C. : Le cinéma offre une opportunité extraordinaire, avec les studios d’Olivier Marchetti. Il y a un projet d’hôtel 4 étoiles de 80 chambres en cours, sur le boulevard maritime, au bord du canal, c’est acté. Accor est dessus, mais je voudrais mieux, on discute pour augmenter d’un cran.

    La Métropole

    Norhène Ouerfelli : Jusqu’où êtes-vous prêt à aller dans le bras de fer que vous avez engagé avec la Métropole ?

    G.C. : Le sujet qui fâche, c’est les ordures ménagères : c’est catastrophique. Quand on était en responsabilité, on gérait Port-de-Bouc, Saint-Mitre et Martigues, ça marchait parfaitement. Avec la Métropole, on éloigne les décideurs de la population et ça produit le résultat qu’on avait prédit. À l’automne, sur 24 bennes dédiées aux trois communes, 20 avaient besoin de réparations et ne sont pas envoyées au garage. J’en veux aux services de Martine Vassal qui ne nous entendent pas quand ça va mal. On a dû suppléer et engager de nouvelles équipes à la propreté urbaine de Martigues. C’est la multi-peine ! J’ai demandé qu’on nous rende la compétence, les trois communes sont d’accord. La réponse, c’est « on peut pas c’est la loi ». Il y a une autre solution, nous rendre seulement l’organisation locale. Peut-être peut-on arriver à faire changer la loi avec la grande ville centrale, Marseille.

    Léo Purguette : Vous avez été candidat à la présidence de la Métropole. Le serez-vous encore ?

    G.C. : Je ne crois pas que je serai candidat. On n’en est pas là, on prépare des municipales, on verra ce qui en ressort, car la seule Ville de Marseille n’a pas la majorité à la Métropole. C’est un enjeu très important sur l’eau et l’assainissement, aujourd’hui, on voit l’alignement du prix alors qu’on avait les plus bas du département et tout le bénéfice était réinvesti. Les partages de subventions devraient être équitables pour tous. Ça n’est pas le cas.

    L’étang de Berre

    Antonin Maja : Vous avez soutenu le classement de l’étang de Berre à l’Unesco. Quelle est la suite ?

    Gaby Charroux : L’étang de Berre est le cœur de notre métropole et de notre département. La candidature à l’Unesco a réveillé tout le monde. On n’a pas réussi, mais l’essentiel est de sauver l’étang et poursuivre sa réhabilitation, pour la pêche ou le tourisme. On a besoin de rouvrir le tunnel du Rove, mais surtout de la dérivation de l’eau de la Durance, qui ne va pas coûter 16 millions, mais 2 milliards d’euros. Il faut que la Région aide quand elle aura fini de financer les JO. Je suis pour, en tant que passionné de sport.

    La presse

    Léo Purguette, président et directeur éditorial – La Marseillaise

    Norhène Ouerfelli, journaliste – Maritima

    Philippe Boccara, grand reporter – Ici Provence

    Thierry Bezer, journaliste – France 3

    Antonin Maja, journaliste – La Marseillaise

  • Le Saint-Siège dissout et vend la Grande compassion à Marseille

    Le Saint-Siège dissout et vend la Grande compassion à Marseille

    Leur départ était prévisible. Installée depuis 1845 sur les hauts de la Blancarde, la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame de la Compassion n’existera bientôt plus. Avec son majestueux portail, se refermera fin juin un grand livre d’histoire. L’annonce émeut et inquiète les riverains de la longue allée de la Compassion. Ce territoire bastidaire suspendu au-dessus de la ville, constitue un havre de verdure et de quiétude hors du commun.

    Après la fermeture et la vente l’an dernier du foyer pour étudiants de la rue Saint-Savournin (1er) que la Ville a pu préempter, et la cession en cours du couvent de la Petite Compassion avec son domaine fermier d’un hectare, rue du Docteur Cauvin (12e), la fermeture de la Grande compassion et de son domaine unique de trois hectares, scelle le dernier acte et la dissolution d’une congrégation dont les religieuses s’éteignaient les unes après les autres.

    Le vaste domaine bastidaire des Blancard

    Les familles des dix derniers seniors de cette résidence autonomie qui en avait compté jusqu’à trente, doivent leur trouver une nouvelle destination. Les deux dernières religieuses vont s’en aller comme les huit personnels de ce domaine qui vivait aussi de la location des chambres de deux hôtelleries aménagées dans des corps de ferme. Ce serait d’ailleurs une piste de développement idéal pour un futur acquéreur.

    Cet enclos religieux est le fleuron d’un territoire unique et confidentiel qui compte plusieurs bastides et maisons de maître protégées, un étang. La Grande compassion, c’est une suite de quatre bâtiments reliés avec la chapelle de 1848 à la bastide Blancard posée sur un promontoire avec vue imprenable sur la Bonne mère. Elle possède même un petit musée. Orienté sud-ouest, son jardin à la française est organisé autour d’un bassin rond, des bosquets de buis et des pins centenaires remarquables. Les Blancard étaient une riche famille qui possédait au XVIIe les terres agricoles et des vignes le long de la vallée du Jarret. Le bâti le plus ancien est en réalité antérieur à la bastide. Sa cave exceptionnelle et remarquablement conservée sur double voûte en berceau brisé est de la fin du XVe siècle.

    La congrégation a été fondée en 1843 par Jean-François Régis Barthès (1790-1861) un père jésuite qui repose dans une petite chapelle du parc aux côtés de nonnes. Sa vocation initiale était de s’occuper des enfants. C’est en 1907 qu’elle se transforme en maison de repos pour dames âgées. Plus tard en 1930, elle est reconnue de droit pontifical, ce qui explique que la décision de fermeture a été prise directement au Vatican par le Dicastère des Instituts de Vie Consacrée. Contactée, la Prieure générale de la Congrégation, Marisa Adami, n’a pas répondu à notre demande d’entretien.

    « Que la beauté du lieu soit préservée »

    Une période d’incertitude s’ouvre pour ce site exceptionnel à forte valeur patrimoniale et historique, convoité par les promoteurs et marchands de biens. La reprise idéale par un Ehpad exigerait de lourds investissements. « On nous a dit que la décision a été prise au Vatican et que la résidence devait fermer fin juin », confie une des propriétaires croisée dans l’allée. « On accueille cette nouvelle avec beaucoup de tristesse et de préoccupation aussi, car c’est un pan de l’histoire de notre allée qui s’en va. Ce n’était pas une maison de retraite comme une autre. Il y a une sérénité, une ambiance très particulière. On est éminemment triste et dans l’incertitude de ce que cela va devenir. Nous voulons que la beauté du lieu soit préservée, que ce ne soit pas rasé et loti » nous dit-elle, ne nous cachant pas qu’à ses yeux, « il y a péril en la demeure ».

    « On se méfie des promoteurs » claque un autre propriétaire qui tient à souligner que lui et ses voisins ont toujours eu à cœur de laisser l’allée ouverte aux promeneurs. « On n’a pas voulu garder jalousement l’allée pour nous en installant un portail à digicode comme on le voit dans tant d’endroits à Marseille. C’est un joyau patrimonial dans la ville qui doit le rester et on aimerait que cette maison protégée reste telle qu’elle est. »

    Le domaine constitue un ensemble paysager exceptionnel qui jouit de protections au PLUi : les bois centenaires de haute tige sont classés en EBC et les bâtiments reconnus comme des éléments bâtis remarquables (EBR) du patrimoine bastidaire. La protection s’étend au portail du couvent orné d’une pietà avec l’inscription en latin « Monstra Te Esse Matrem » (montre que tu es mère) mais aussi aux piliers monumentaux près de l’avenue de Saint-Barnabé, vestiges du grand domaine agricole originel. En cas d’urgence, une instance de classement aux monuments historiques préserverait l’intégrité du site.