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  • [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    [C’est l’été] Didier Tronc, producteur de foin de Crau, un maillon essentiel de l’élevage

    Carrure solide, larges épaules. Didier Tronc a l’allure de ceux qui portent un métier, une exploitation et toute une histoire familiale. Pour ce producteur de foin de Crau, installé près d’Istres, l’agriculture a été une suite logique, « c’est comme Obélix. Je suis tombé dans la marmite quand j’étais petit ». Des deux côtés de la famille, on produit. Son père, lui, fait partie des figures historiques de la filière : en 1976, il est l’un des quatre producteurs à refonder le comité du foin de Crau pour en garantir les droits et la qualité.

    Aujourd’hui soixantenaire, c’est en 2002 que Didier Tronc prend la tête de l’exploitation de son père. Au lycée agricole de Miramas, il apprend le métier. Puis il bifurque vers le comité du foin de Crau dont il est le directeur depuis 35 ans. « À l’époque, je devais m’installer avec mon père. Mais il a perdu un fermage [bail rural de gestion de terres agricoles] et on ne pouvait pas vivre à deux familles. Donc je suis parti travailler au comité de foin de Crau », raconte-t-il. Il y avait tout à faire, mais l’agriculteur relève le défi. Il se sensibilise aux appellations et développe la filière. Le foin de Crau devient le premier produit agricole non destiné à l’alimentation humaine à obtenir une AOC (appellation d’origine contrôlée) en 1997, puis une AOP (Appellation d’origine Protégée) en 2015. En 1894, un syndicat regroupant les agriculteurs d’Arles et Saint-Martin-de-Crau, avait déjà le projet de déposer un label de qualité. « Le label AOP n’existait pas encore », précise-t-il. Un récit que Didier Tronc connaît par cœur et qu’il continue de transmettre.

    « Ça, c’était la belle histoire », avoue-t-il. Car depuis deux ans, la situation se dégrade. « Le foin de Crau est en crise. » Coûts de production élevés liés à l’irrigation, concurrence accrue, changement climatique… et baisse du cheptel français : « Moins d’animaux à nourrir, c’est moins de ventes », résume l’agriculteur.

    Tiraillé entre passion

    et épuisement

    « C’est un métier passionnant parce qu’on touche à tout », affirme-t-il encore aujourd’hui, le regard empreint de passion et d’usure. Sur ses 15 hectares, les prairies en pente sont irriguées par un système par gravité : l’eau de la Durance, chargée en minéraux, glisse et nourrit les sols. La plus ancienne technique utilisée par l’Homme. Tous les deux jours, il faut inonder et faucher trois fois par an. Le reste du temps, il faut tenir : « Je ne fais que ça. Travailler. » Ses dernières vacances remontent à 2020. Une semaine. Avant cela, c’était en 2014. À 60 ans, le producteur de foin de Crau laisse transparaître sa fatigue : « J’ai plus que quatre ans à tirer, après j’arrête ». Même ses activités bénévoles ne s’éloignent jamais trop de son métier. Lui qui est, entre autres, bénévole à l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) ; mais aussi impliqué dans les Association Syndicales Autorisées (ASA) qui agissent sur l’irrigation collective en France…

    Une transmission incertaine

    Cette vie-là, il ne la transmettra pas en famille. « J’ai deux filles. Et j’ai tout fait pour qu’elles ne restent pas dans l’agriculture », lâche-t-il, « très inquiet » pour l’avenir. Lui-même a connu les limites de sa passion : jongler avec deux emplois pour vivre, les contraintes administratives et « le manque de reconnaissance des concitoyens, ça c’est le plus dur », souffle-t-il l’air contrarié, sinon triste face à ce constat. Son métier, il l’aime pourtant : « J’ai la chance de ne pas me lever le matin avec la boule au ventre ».

    Seulement, si le foin de Crau se perd, c’est tout un système qui en pâtit. Car il participe à un équilibre écologique. « La disparition de cette production serait une véritable catastrophe économique et écologique », alerte le producteur. Grâce à l’irrigation, les prairies alimentent à hauteur de 70% la nappe phréatique de la Crau, qui fournit en eau potable près de 300 000 habitants. Chaque année, une prairie reçoit en moyenne 20 000 m³ d’eau. En s’infiltrant, elle recharge artificiellement cette réserve.

    « Entre l’eau et l’air, il y a des enjeux très très forts », résume-t-il, car les prairies de foin de Crau jouent aussi un rôle de puits de carbone : jusqu’à 120 tonnes de CO2 stockées par an, contre environ 80 tonnes pour des prairies « classiques ».

    Marie Moreau

    Une histoire à rebondissement

    Grâce à l’eau de la Durance, le Foin de Crau est riche en minéraux. Le soleil et le Mistral favorisent le séchage et limitent l’altération des éléments nutritifs. À la fin du XIXe siècle, sa qualité est telle que les trafics de certifications se multiplient. En 1976, le syndicat fraîchement reconstitué a l’idée de remplacer des étiquettes facilement interchangeables, une ficelle rouge et blanche brevetée à l’INPI que seul le comité du foin de Crau est capable de fabriquer.

  • À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    À Châteaurenard, Attal pointe « la démence normative » française

    Après la Vendée, les Yvelines, la Savoie, le Morbihan où le Finistère, avec cette douteuse sortie médiatique sur les aires d’accueil des gens du voyage, la tournée estivale de campagne de Gabriel Attal, passait jeudi par les Bouches-du-Rhône et le Marché d’intérêt national (MIN) de Chateaurenard.

    à l’aube, entre deux cagettes de fruits et légumes, face aux agriculteurs, grossistes et acheteurs, le macroniste à la chemise blanche, aurait pu parler de la baisse annoncée de la production sous l’effet du dérèglement climatique. Il a choisi cette fois encore de gratter à sa droite en rappelant sa volonté de mettre fin à la « démence normative française », donnant l’exemple d’un agriculteur verbalisé car un salarié ne portait pas de chaussures de sécurité « en plein été ».

    « Ne pas avoir réussi à libérer toutes les énergies, tous ceux qui ont envie de faire et de travailler, c’est peut-être l’un des échecs de ces dernières années », note celui qui entend aller plus loin dans la destruction du modèle social français en promettant de « rapprocher le salaire net du salaire brut ». Caressant les agriculteurs en leur promettant de lutter contre la concurrence déloyale, il assure que leur revenu, et plus largement les salaires et les rémunérations français, sont une des quatre grandes priorités de son projet.

  • [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    [C’est l’été] Laurent Belorgey, oléiculteur : « S’adapter, c’est un défi »

    « Après des études d’ingénieur, je suis parti dans une banque au Luxembourg. Pas vraiment destiné à faire un métier agricole. Au décès de mon père en 2002, je fais des allers-retours hebdomadaires sur l’exploitation pendant un an. Viens ensuite l’heure du choix » explique Laurent Belorgey. Et de préciser : « Je me souviens très bien, c’était au mois de mai à Marseille. J’ai pris la corniche pour me rendre à la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et je me suis dit que c’était vraiment trop beau. Le Luxembourg y a que des banquiers et des assureurs. Faut être honnête, ce n’est pas la vraie vie ».

    En constante adaptation

    Au mois de septembre de l’année suivante, il rentre au pays avec sa petite famille. La Lieutenante est le nom de son exploitation à Saint-Martin-de-Crau près d’Arles qui doit son nom à la femme d’un lieutenant qui, sous le règne du roi Henri IV, à la suite des guerres de religion avait repris le domaine. « Mon histoire familiale commence là, sur cette propriété transmise depuis deux siècles. à l’origine, il y a avait du foin, des oliviers plantés en 1961 par mon grand-père Jean et puis un troupeau ovin IGP agneau de Sisteron label rouge » détaille Laurent. En 1963, Jean rachète avec quelques amis et voisins un moulin pour transformer les olives en huile et préparer des olives de bouche. « A partir de 1992, mon père Marc Bélorgey poursuit le développement de l’oliveraie familiale et participe au plan de relance de l’oléiculture française », retrace-t-il. En 2008, suite à une décision de l’ARS, une partie du troupeau doit être abattue, le reste est cédé à un berger.

    La passion pour moteur

    Une variété locale d’olivier est longue à produire, presque une dizaine d’année, Laurent le sait, alors il continue de planter des oliviers comme son grand-père et son père. « Si dans l’imaginaire, un olivier n’a pas besoin d’eau, il faut savoir que poussé à l’extrême, il ne produit plus. Il est hyper résiliant mais pour avoir des olives, il faut de l’eau et au bon moment » précise l’oléiculteur. Equipé de dendrométres pour mesurer la respiration de l’arbre, et les flux de sève et d’outils multispectraux… Il faut arroser juste.

    Son foin de Crau voit aussi de fait son système d’irrigation s’améliorer. Convaincu que « le tabouret tient mieux avec 3 pieds », Laurent avec un voisin s’intéresse aux amandiers à partir de 2017, et il commence à en planter. « La monoculture est trés compliqué dans l’agriculture. on est en première ligne du changement climatique. On le voit sur les dates de récoltes, de floraison. » L’olivier a besoin d’être pollinisé, un décalage sur la floraison impacte forcément la chaîne de l’écosystème. Aujourd’hui 80 hectares d’amandiers, 50 d’oliviers et 80 de foin composent le domaine. « La récolte est avancée de 15 jours actuellement. S’en rendre compte c’est une chose, s’adapter, c’est un défi. » Une seule certitude reste : il n’y a pas d’agriculture sans eau. Mais attention « Ce n’est pas du gaspillage, l’évapotranspiration des arbres, donne un climat plus frais dans la Crau. On doit être 5 degrés de moins que dans la Crau sèche, où il n’y a pas de foin. L’eau, c’est un cycle. »

    En agriculture, mieux vaut être passionné mais pas que. « La résiliance, le fait d’aller au bout des projets, de se donner tous les moyens pour y aller, c’est un travail de tous les jours » confie Laurent. Mais il ne faut pas oublier l’humilité. « On est face à la nature, on ne peut pas tout expliquer, tout maitriser. On est obligé de s’adapter en permanence. On doit faire avec le climat. » Laurent se pose quelques minutes puis poursuit « avec les fortes chaleurs de mai, on a fait du foin comme jamais au niveau qualité depuis 10 ans. » Ensuite vient l’interrogation : « Mais pour les oliviers ? Ils venaient juste de fleurir, je ne suis pas certain du coup de chaud sur les fleurs et sur les petites olives qui venaient à sortir. »

    Laurent garde en tête la nécessité de la polyculture et l’attachement à produire des beaux produits. « Voir les gens prendre du plaisir à consommer ce qu’on produit. C’est ma plus grande satisfaction. C’est concret. »

    Des huiles labellisées AOP

    Les quatre variétés d’oliviers, reconnues par l’appellation de la Vallée des Baux de Provence A.O.P sont cultivées au domaine de la Lieutenante : la Salonenque, la Béruguette, la Verdale des Bouches-du-Rhône et la Grossane.

    Grand cru noir ou vert ou encore huiles aromatisées sont proposées.

  • [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    [C’est l’été] Olivier Rolland, vigneron : « Je suis un homme de projet »

    Au pied du château des Baux-de-Provence, c’est moi. Ce sont mes vignes », lance taquin Olivier Rolland. Poursuivant « le mas Sainte-Berthe appartenait à mes grands-parents arlésiens qui l’avaient acheté en 1951. Un peu de vigne, beaucoup d’abricotiers et quelques oliviers, et la volonté d’agrandir la partie viticole ». Dès 1955, c’est chose faite, l’aïeul plante sur 25 hectares principalement du grenache et carignan et construit sa cave. « Il réalise son premier millésime, 21 ans plus tard. Cette année en 2026, on va fêter le 50e millésime. » Une longue histoire de passation de flambeau en famille pour atteindre les 41 hectares de vignes et 10 hectares d’oliviers. Le grand-père passe la main en 1980, la grand-mère en 2000, la mère en 2020, et Olivier reprend les choses en main en 2021.

    « Mes enfants ayant grandi, mon rêve s’est transformé en projet. J’avais 50 ans, je retourne à l’école à l’université du vin à Suze-la-Rousse dans la Drome. Sur place aux Baux, j’avais une équipe qui était là pour certains depuis 30 ans, je me suis beaucoup appuyé sur eux au début. Aujourd’hui ça fonctionne, je suis animé par le plaisir que ça me procure. Le partage est mon moteur. » Depuis 2025, élu président de l’AOP Baux-de-Provence, cet ancien directeur de système d’information bancaire reconnaît volontiers que ses revenus n’ont rien à voir. « Aujourd’hui je vis plus simplement. J’ai bien gagné ma vie avant, ça m’a donné les moyens de faire ce que je voulais. Avant je fabriquais du capital pour pouvoir investir dans mon rêve d’enfant. »

    Faire un beau produit accessible

    Cette ancienne vie, lui a donné le luxe de pouvoir cultiver ses 45 parcelles au cas par cas s’ouvrant ainsi un éventail des possibles. « Je fais un beau produit avec une vigne de cépage carignan qui a 60 ans dans laquelle il manque un pied sur deux. Je ne vais pas l’arracher, je la renouvelle tranquillement. » Une démarche qui prend beaucoup de temps et d’argent, ce qu’Olivier reconnaît volontiers : « Il faut le faire sur quelques parcelles, des petits îlots. »

    Vigneron est un métier solitaire, Olivier essaie de le faire autrement. Au caveau par exemple, pour aller à la rencontre des clients, ou bien organiser des dégustations. Plus rare, il fait ses assemblages avec le caviste et l’œnologue conseil. Et l’avoue : « Même si un mélange me plaît beaucoup, si je ne suis pas suivi, je renonce. »

    Le mas Sainte-Berthe propose à la vente 13 vins différents en bouteille soit 4 rouges, 2 rosés et 3 blancs. « 80% de mon vin se vend en bouteille et 60% à la propriété. Pas de vrac mais quelques bag in box, pour ne pas frustrer les fidèles. » Avec un caveau ouvert, 7 jours sur 7, pas de mystère, le retour client est quotidien. « C’est très gratifiant », avoue le passionné sourire aux lèvres.

    Si la majorité des clients sont Français, les étrangers qui se baladent dans les Alpilles sont aussi présents… Belges, Allemands. Face à la baisse de la consommation nationale, Olivier n’est pas très inquiet. « Notre appellation n’a fait que progresser depuis 30 ans. Nous avons l’appellation Bio depuis 2023. Les prix sont raisonnables soit entre 10 et 20 euros pour 80% de la cave. Les clients se font plaisir. »

    Un homme de projet

    « Je suis un homme de projet permanent. La nuit, le jour… », avoue Olivier en riant. Il complète : « Reprendre un domaine à 50 ans, ce n’est pas rien. Surtout quand ce n’est pas la formation initiale. J’aime pas la routine. » Quand on évoque le meilleur souvenir de cette nouvelle vie, spontanément Olivier répond : « Ma troisième vendange parce que je l’ai faite quasiment tout seul. Au début, j’étais assisté. Là j’ai fait mes premiers pas comme un enfant et j’ai réussi à gagner la confiance de mon équipe. » Pourtant son regard s’assombrit rapidement : « J’aurai dû le faire 10 ans avant. J’ai rencontré un professionnel qui m’a confié avoir mis 10 ans à comprendre le vin. J’ai eu un flash, j’aurai alors 60 ans. Combien de récoltes me restera-t-il à faire ? » En viticulture, on fait une récolte par an, si on se manque quelle que soit la raison, le rendez-vous c’est l’année d’après. À l’échelle d’une vie, on parle de 40 vendanges, et le passionné déduis qu’il lui en reste 15 ou 20. « C’est là, où les années d’expérience valent 10. En même temps ça fabrique un autre rapport au temps. Je réfléchis quatre fois avant d’agir. » Un ange passe. Il reprend : « Mais à la fin, moi je me régale. »

    Mas Sainte-Berthe

  • [C’est l’été] Jean-Louis Lautard, apiculteur : « Je suis au service des abeilles »

    [C’est l’été] Jean-Louis Lautard, apiculteur : « Je suis au service des abeilles »

    « La qualité des miels et l’idée qu’en suivant les fleurs, en allant au bon moment au bon endroit des différentes floraisons, je pouvais ramener sur la table le goût de l’endroit m’ont passionné », avoue Jean-Louis Lautard apiculteur. Il précise : « J’ai 69 ans, l’âge de la retraite, mais je suis toujours en activité ». Et pourtant, rien n’était écrit. « Adolescent, j’ai été aidé par hasard un voisin apiculteur. J’ai fait une transhumance avec lui, et ça m’a marqué. L’odeur du miel propagé par les ailes des abeilles qui ventilent, les aiguilles de pin qui brûlent dans l’enfumoir. C’était sensuel, j’en ai gardé un souvenir olfactif inoubliable. »

    « Adulte, très tôt, alors que je n’avais absolument pas l’argent, je me suis dit que ce serait intéressant d’en faire un métier. » C’était il y a 45 ans. « J’ai alors emprunté et j’ai consacré toute mon énergie à ça », poursuit-il tout naturellement.

    Apiculteurs à temps complet, c’est rare. La récolte familiale est souvent l’usage. La majorité n’en fait pas un métier. Jean-Louis, oui, et ses yeux bleus pétillent quand il évoque l’arrivée sur le plateau de Valensole de nuit, l’odeur des champs de lavande au lever du jour.

    Plusieurs cordes à son arc

    « Je suis producteur mais j’ai aussi accepté le mandat de président du syndicat des miels de Provence et des Alpes du Sud (Simpas) » précise ce passionné. Poursuivant : « Je suis aussi chargé de parler très officiellement de la filière car c’est un métier. L’apiculteur a souvent peu d’interlocuteurs. C’est un travail d’équipe où je me suis investi passionnément. Je suis au service des abeilles ». Ce syndicat gère l’indication géographique protégée (IGP) miel de Provence est enregistré au niveau européen depuis 2003, et de fait possède un cahier de charges bien précis. Le label rouge est aussi associé à l’IGP, il est l’unique signe officiel qui garantit une qualité supérieure résultant d’un terroir. Il respecte les bonnes pratiques apicoles comme l’interdiction des mélanges de miels, un signe de qualité. Il est aussi référent au pôle compétence qualité de l’institut de l’abeille (ITSAP).

    Inquiétudes à venir

    Jean-Louis s’assombrit et rappelle que « le miel qui a fait vivre l’apiculture provençale jusqu’ici, c’est le miel de lavande, il représente 60 % de notre économie ». à Valensole, Sault, Albion, dans la Drome provençale, ou le nord du Mont Ventoux… C’est le seul miel issu d’une culture. Les autres proviennent de la nature sauvage. « Il est important de comprendre que le changement climatique majeur est très inquiétant. L’an dernier, avec 40 degrés sur le plateau de Valensole, au mois de juin, au début de la floraison, les lavandes ont fané avant de s’ouvrir, c’est inbutinable. C’est très grave. »

    S’ajoute à ça, la question de la rentabilité de la culture de lavande. Sur le plateau de Valensole, on est à 5 000 hectares arrachés en une année, des arbres sont plantés en remplacement. « Alors on ne peut que se poser des questions sur le devenir des champs de lavande et de fait sur le devenir de la profession », poursuit l’apiculteur.

    Il y a aussi, un autre danger. C’est le développement du frelon asiatique qui est exponentiel, les ruches sont décimées. Il est classé danger sanitaire de 2e catégorie pour l’abeille domestique sur tout le territoire français. « Je suis monté jusqu’à 1 200 ruches, mais c’est très variable. Aujourd’hui, on a des gros problèmes de maintien de cheptel avec cette espèce exotique envahissante », témoigne Jean-Louis.

    Transmission du goût

    Partant du constat que lorsque le climat est complètement déréglé, certaines plantes n’y résistent pas. Comment trouver le nectar et le pollen nécessaires pour avoir de belles ruches ? C’est un cercle vicieux. Quid des grands classiques romarin, bruyère blanche, lavande, sarriette… « Mais on continue, on est des coriaces. La vie, c’est l’adaptation. Mais soyons honnêtes, c’est difficile », soupire l’apiculteur soudain envahi de tristesse. Et de poursuivre « Je me dis qu’on risque de perdre un patrimoine, celui du goût. Si on n’est plus capable de produire, comment va-t-on transmettre le goût du miel authentique ? » Pour ce passionné, le miel est un produit local populaire et répandu. L’apiculteur le martèle : « Le miel de Provence est un patrimoine vivant, pas un produit de luxe réservé à quelques-uns. Je veux que les enfants et petits enfants de demain le connaissent. »

    Filière IGP et Label Rouge

    L’IGP (Indication géographique protégée) est un signe Européen, il garantit un savoir-faire traditionnel. La zone de production du miel d’appellation IGP Miel de Provence englobe une zone spécifique en Paca située à la frontière de la Drôme Provençale et de la partie Est du Gard. Le label Rouge est un signe français attestant d’un goût et d’une qualité reconnue.

  • [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    [C’est l’été] Sandrine Faucou, productrice de petit épeautre : « Je sais le poids de l’effort »

    « Ma famille a vécu pendant la guerre parce qu’elle avait du petit épeautre, mon père n’avait que ça à manger parce que les Allemands prélevaient tout. Mais moi aujourd’hui, j’essaie de porter la voix du petit épeautre et des produits de qualités le plus loin possible » pose en préambule Sandrine Faucou, pétillante rousse qui avoue « ne pas s’être coiffée à la sortie de la douche ce matin » quand le moment de la photo est évoqué. Elle s’était tout d’abord tournée vers des études d’italien, avec pour objectif l’enseignement. De cette partie-là de sa vie, elle lance dans un éclat de rire : « Mangiare. »

    Si dans le cadre d’une agriculture vivrière, ses grands-parents cultivaient le petit épeautre, son père Aimé, dans les années 80 avec la mise en place de la politique agricole commune (PAC) marque un tournant avec un de ses collègues néo rural. Il décide de le protéger en enclenchant une démarche d’agriculture bio loin de l’agriculture productiviste des Trente glorieuses. « Au fil des années, il obtient l’indication géographique protégée, la fameuse IGP. C’était un pionnier », lance sa fille fiérote.

    Domiciliée dans le Luberon, côté Alpes-de-Haute-Provence, Sandrine précise : « C’est une zone où se croisent les quatre départements du Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes-de-Haute-Provence et Drôme. » Comprendre à environ 700 m d’altitude une terre aride, qui fleure bon le ciste et la bruyère, vous y êtes ? « J’ai compris très vite en ayant grandi à la campagne, que j’avais besoin d’être libre, d’être à l’extérieur, j’ai alors réorienté mes études vers un monde où je pourrais être mon propre patron, tout en profitant des paysages », commente-t-elle. Délaissant la fac de lettres, elle bifurque vers des études agricoles avec une spécialisation agriculture biologique. Démarre alors une nouvelle vie de conseillère agricole pendant 8 ans avant de s’installer en 2009 à la prise de retraite de son père. « À sa grande surprise, d’ailleurs. Mais au fond, je pense qu’il est fier. On naît agriculteur, mon père était un passionné, toujours à mes côtés », ponctue la productrice. La réalité du métier nécessite d’être très polyvalent, des travaux des champs, du semi à la moisson, en passant par la mécanique. « Sans oublier le décorticage, la transformation en farine par exemple, et la commercialisation », complète-t-elle.

    Appelé espeouto en provençal, le Petit Épeautre, aussi connu sous le nom d’engrain est un blé très ancien vieux de près de 12 000 ans qui demande peu d’eau.

    Histoire et humilité

    Aujourd’hui il est redécouvert et apprécié pour sa grande digestibilité due à son faible taux de gluten. L’agricultrice détaille son métier : « Le petit épeautre se moissonne, mais reste dans une enveloppe protectrice. Il est stocké au fur et à mesure. Tous les mois, je décortique, je trie et j’ensache de sorte que mon produit soit au plus près du moment où il est mis sur le marché pour une fraîcheur optimale. La farine se fait aussi au dernier moment. » Avec une ferme de 50 hectares dont 7 ou 15 hectares sont dédiés au petit épeautre, c’est un métier passion qui nécessite beaucoup d’investissement. « Moi, ce que j’aime, c’est toucher mon produit, la relation charnelle avec lui. En bouche, il faut qu’il soit comme le chocolat ferme et fondant à la fois. J’essaie de faire du mieux que je peux avec la terre, pour donner le meilleur de moi-même au consommateur. C’est comme l’éducation des enfants, on les confie qu’à des gens avec qui on sait qu’ils sont en confiance. J’essaie de porter la voix du petit épeautre le plus loin possible. »

    La génération de Sandrine a créé et développé les magasins de producteurs, se regrouper a sécurisé les ventes. Mais le climat change. En Provence, on dit Eici l’aigo es d’or [ici, l’eau est d’or]. Les pluies se raréfient, et sont en même temps plus denses. « Je n’ai pas d’eau du tout. On doit rester vigilant mais aussi évoluer. Par exemple, je fais un peu de lentilles, mais si l’année s’annonce très sèche, je choisis autre chose car je sais qu’elles vont griller. On se pose des questions sur les variétés à implanter, la conduite à avoir. Il faut garder de l’humilité. »

    Et de conclure : « Je sais le poids de l’effort du producteur pour avoir un beau produit et le prix à payer pour atteindre l’excellence. C’est sans doute en ça que je rends à ma famille et au monde agricole ce que j’en retire d’un autre côté ».

    Filière indication géographique protégée (IGP)

    Ce signe officiel d’identification de la qualité et l’origine du produit est un signe Européen. Il garantit qu’au moins une étape clé de la production est réalisée d’une zone géographique délimitée. Le produit doit être ancré dans l’historique de son territoire et ses particularités sont liées à un savoir-faire traditionnel et local.

  • L’agriculture durable à l’honneur à Marseille

    L’agriculture durable à l’honneur à Marseille

    Promouvoir une agriculture durable et ouverte à tous, telle est la mission que se sont donnés les Paniers marseillais, il y a déjà 19 ans. Née de l’idée de faire des consommateurs des « consomm’acteurs », l’association permet à chacun de s’approvisionner auprès de producteurs locaux et bios et ainsi de faire vivre l’économie du territoire.

    Pour ce nouvel anniversaire, elle investit le parc du 26e centenaire, dimanche, de 9h à 17h, avec « une programmation gourmande et participative », indique l’association. Un marché bio de 20 producteurs proposera des produits frais et locaux, ainsi que des dégustations. Tout au long de la journée, des initiatives de consommation alternative seront présentées au village associatif, comme le supermarché collaboratif Super Cafoutch.

    Sensibiliser les jeunes

    Pendant une journée, les Paniers marseillais laissent entrevoir une nouvelle manière de cohabiter avec la nature et de la respecter. Il sera ainsi possible d’apprendre à fabriquer son levain, de participer à un atelier sur les plantes sauvages ou encore à une découverte du métier de potière.

    Des ateliers sont également prévus pour les enfants, afin de sensibiliser la jeune génération aux enjeux agricoles. Après quelques saynètes théâtrales participatives, la journée s’achèvera avec l’assemblée générale annuelle de l’association, pour faire le point sur ses activités.

    Accès libre, de 9h à 17h.

  • La centrale d’achat rapproche les champs et des cantines

    La centrale d’achat rapproche les champs et des cantines

    Au cœur du Salon des agricultures de Provence, c’est un petit stand. Mais à l’échelle du Département, il s’agit d’une grande avancée. Depuis 2025, la collectivité présidée par Martine Vassal (DVD) a décidé de se lancer dans la commande de fruits et légumes dans le cadre de la centrale d’achat qu’elle a créée, en 2023, permettant de « franchir une étape décisive pour concilier qualité et proximité ».

    L’objectif premier :
    « Garantir à nos collégiens une alimentation saine, équilibrée et accessible », affirme l’élue. Chaque jour, près de 58 500 élèves déjeunent à la cantine dans les Bouches-du-Rhône, pour la somme de 3 euros, ou d’1,20 euro pour les boursiers. Parmi eux, 20 000 mangent des fruits et légumes locaux et de saison issus du marché de la centrale d’achat. En un an, environ 23 tonnes de ces produits végétaux ont été servies dans les 61 établissements adhérents. « 25% des fruits et légumes consommés dans les collèges du département sont locaux », précise Laurence Angeletti, conseillère départementale déléguée au bien-être et à la santé alimentaire des collégiens.

    La centrale d’achat gère aussi un marché épicerie (69 collèges partenaires) et un marché beurre, œufs et fromage (68 collèges partenaires). Au total, 131 des 132 établissements du département sont adhérents à la centrale d’achat.

    La part de bio consommée par les élèves atteint 10%. Pour rappel, la loi Egalim fixe notamment un objectif d’au moins 20% de produits bio en valeur d’achat, au 1er janvier 2022, pour les cantines de France métropolitaine. « La difficulté, c’est le prix des denrées, poursuit l’élue. On privilégie toujours le raisonné au conventionnel en augmentant la part de bio, tout en respectant le budget des collèges et des ménages. »

    Sécuriser les débouchés des exploitants

    Au-delà de cette « montée en gamme dans les repas des élèves » que salue Mickael Mangos, chef cuistot à la cantine du collège Pierre-Matraja de Sausset-les-Pins, la centrale d’achat répond à l’ambition du Département de soutenir l’économie agricole des Bouches-du-Rhône, de structurer les filières locales et de renforcer les circuits courts. « Il faut assurer des débouchés aux exploitants et prendre en charge la logistique qu’il y a autour », affirme Laurence Angeletti. Cette logistique est organisée par le plus grand hub alimentaire du Sud de la France, le Grand marché de Provence et sa plateforme de 7 hectares implantée à Châteaurenard.

    À l’heure actuelle, 27 exploitants locaux ont rejoint le marché fruits et légumes de la centrale d’achat, dont Sébastien, producteur de poires et de pommes à Saint-Andiol. Lui estime que cette démarche est importante à « trois égards » : « Elle permet de rapprocher les jeunes du territoire de notre agriculture, ce qui nous permet de faire de la pédagogie, d’expliquer la saisonnalité des produits etc. La 2e raison, c’est de valoriser notre agriculture régionale, qui est de grande qualité, mais qui est consommée à 90% en dehors de notre territoire. Aujourd’hui, 100% des pommes consommées par les collégiens viennent de la région depuis le démarrage de ce partenariat. Enfin, les producteurs ont une vraie place autour de la table pour discuter de la rémunération, des coûts de production, ce ne sont pas les distributeurs qui se chargent de ça. Et puis, ça nous sécurise des débouchés, c’est beaucoup moins volatil parce qu’on s’engage sur la durée. »

  • Les producteurs locaux à l’honneur à Terroirs en fête

    Les producteurs locaux à l’honneur à Terroirs en fête

    Un « événement festif et familial pour lancer l’été », c’est ainsi que le Département de Vaucluse qualifie Terroirs en fête, événement qui va rassembler producteurs et éleveurs locaux dans une ambiance chaleureuse les samedi 13 et dimanche 14 juin au parc de l’Arbousière à Châteauneuf-de-Gadagne.

    Pas moins de 15 000 personnes sont attendues dans la douceur de l’ombre des grands arbres du lieu pour profiter du marché de saveurs avec plus de 100 exposants venus de tout le Vaucluse. Mais aussi d’un espace élevage où l’on peut découvrir des brebis, des moutons ou encore des cochons de Vaucluse.

    Mercotte en guest

    Sans oublier l’espace pour enfants avec notamment une grande roue en bois, un accrobranche ou encore des parcours de draisienne et de poney. « On veut que la manifestation soit très familiale. Et donc on a aussi beaucoup développé la partie jeux, entre autres tout l’aspect jeux en bois », explique Pierre Chaline, responsable événementiel pour le Département de Vaucluse.

    Plusieurs animations inédites vont également être proposées aux visiteurs. Avec la marraine de cette 9e édition, la blogueuse et présentatrice de l’émission Le Meilleur Pâtissier sur M6, un concours de tarte aux fraises va se tenir tout au long du week-end. Mais aussi, le dimanche, la finale française du World Food Championships France Burger, comprenez en quelque sorte un championnat de France de hamburgers. Sans oublier le salon des vins et des spiritueux avant une soirée festive jusqu’à minuit.

    Programme complet sur terroirsenfeteenvaucluse.fr. Entrée gratuite

  • [EQDD] Drôme : pistaches et grenades à l’épreuve, au pays de l’abricot

    [EQDD] Drôme : pistaches et grenades à l’épreuve, au pays de l’abricot

    De petites boules vertes à l’extrémité d’une branche. « Vous les voyez ? Dans quelques mois, ce seront des pistaches. » Camille Micheli œuvre à la ferme expérimentale d’Étoile-sur-Rhône, au cœur de la Drôme, dans un laboratoire à ciel ouvert. Chargée d’expérimentation pour la Chambre d’agriculture, elle s’occupe d’un petit bout de champ où deux rangées de pistachiers, d’ordinaire férus de garrigue, de Turquie ou d’Iran, tentent de s’acclimater. À quelques encablures, son collègue Christophe Chamet s’occupe d’arbustes épineux, eux aussi nouveaux sur le territoire : des grenadiers. Si tout se goupille bien, la récolte se fera en septembre et octobre.

    L’opération commune lancée en 2023 s’appelle Pépigramette (acronyme de PÉcan, PIstache, GRenade, AMande et noisETTE). Elle est financée par la région Auvergne Rhône-Alpes et portée par plusieurs structures. Son but : diversifier les vergers en tenant compte du réchauffement climatique.

    Trouver la variété la mieux adaptée

    Cap sur 2050. « Deux degrés de plus en moyenne, la même quantité de pluie mais moins bien répartie », résume Christophe Chamet, et moins d’eau disponible pour les cultures. Alors même que la production traditionnelle d’abricots, de pêches et de cerises souffre déjà dans la Drôme. S’adapter semble inévitable. Exemple avec les grenadiers du chargé d’expérimentation : « Ils demandent 1 000 à 1 500 m3 d’eau par an, contre 2 500 à 3 000 m3 pour les abricotiers. En plus d’offrir une meilleure tolérance à la sécheresse. »

    L’objectif est aussi de déceler les problématiques auxquelles pourraient faire face les arboriculteurs de demain. « Le grenadier n’aime pas le sol calcaire », d’après les petites mains de Pépigramette. Un problème quand on cultive au pied du Vercors, essentiellement constitué de cette roche blanche. « Il n’aime pas la pluie non plus, qui peut perturber sa floraison ou causer un craquement de la peau des fruits pouvant être à l’origine d’un problème de qualité. »

    Charge à Christophe Chamet de trouver la variété la mieux adaptée pour supporter ces conditions. Quinze sont actuellement testées. « Certaines sont trop acides, avec une couleur plus ou moins belle, ou avec des pépins trop durs qui rendent difficile sa consommation. Auquel cas on peut faire du jus… Mais il faut avoir pensé la transformation et anticipé la commercialisation. » Et ce, bien avant de planter les grenadiers, capables de donner des fruits après trois ans en terre.

    Patience est de mise pour la pistache. « La première récolte n’arrive que six ans après la plantation, et ce n’est pas la meilleure », prévient Camille Micheli, dont les plans les plus anciens commencent tout juste à donner leurs fruits. Seize variétés sont testées. « Certains ont été greffés en pépinière pour tenter de leur donner de la vigueur. Le pistachier n’aime pas l’humidité. Il faut un sol drainant, comme ici, à Étoile-sur-Rhône. » Malgré une bonne tolérance à la sécheresse, « planter sans irrigation n’est pas conseillé », poursuit la spécialiste. « Un été sans eau ne mettrait pas l’arbre à mal mais signifierait une baisse de rendement. » Rendement assuré par un plant mâle pour huit plants femelles. « Pas de pollinisateur pour les pistachiers, qui ont besoin du vent. » Et ce n’est pas ce qui manque en vallée du Rhône… La première récolte est prévue pour septembre.

    « Il y a de la demande pour les agrumes »

    Se lancer dans les pistaches n’est pas anodin. D’après Claire Goral, conseillère en arboriculture pour la Chambre d’agriculture, « les plants coûtent généralement entre 16 et 20 euros en racines nus. S’ils sont en pots, la facture peut vite monter. » Si plusieurs hectares sont envisagés, cela mérite réflexion… Tout comme pour la grenade : « Il faut d’abord se poser les bonnes questions. A-t-on un marché ? Est-ce viable ? Quelle distribution ? » Autant d’enjeux que l’équipe étoilienne porte à la connaissance des agriculteurs intéressés par la diversification de leur activité.

    Mais alors, ces fruits ont-ils un avenir dans la Drôme ? « La grenade ne remplacera jamais l’abricot et la pêche en termes de surface et restera certainement une culture de niche », estime Christophe Chamet, qui se pose la question de sa consommation en France. « Mais qui sait, en 2050 cela sera peut-être différent ? »

    Pour la pistache, Camille Micheli se veut prudente. « C’est encore tôt pour se prononcer. Cela pourrait dépendre de notre capacité à atteindre un stade mûr, lorsque la coquille s’ouvre. C’est cette pistache qui est consommée en snacking et qui se récolte facilement. Mais si elle reste fermée, le travail se complexifie avec de la machinerie. Cela sert ensuite pour les pâtisseries, les glaces… Ce qui n’est pas du tout le même marché, or mieux vaut être sûr de ses débouchés pour se lancer. »

    Cette phase, la seconde du programme Pépigramette, prendra fin en 2028. Un bilan sera rendu et prendra en compte d’autres expériences effectuées non loin de là, en Isère, sur des amandes, de la noix de pécan et des noisettes. « On aimerait poursuivre ! », assurent d’emblée les membres de la ferme expérimentale. « Il y a de la demande pour les agrumes : pomelos, mandarines, citrons… Des productions ont déjà été lancées dans la Drôme et on espère les accompagner. »

    Par Jérémy Perraud Le Dauphiné Libéré