Tag: prévention

  • [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    [Entretien] Amine Kessaci : « Les jeunes ont aussi besoin de vivre et de respirer »

    Figure de la lutte contre le narcotrafic, le jeune élu écologiste a commencé à mettre en pratique un projet pour la jeunesse dont il martèle que la Ville a fait une priorité.

    La Marseillaise : Quand les éducateurs vous transmettent leur rapport, que devient-il ?

    Amine Kessaci : Je le fais suivre à la fois au CLSPDR et au service prévention de la délinquance, qui ont les associations qu’on a déjà mandatées et avec qui on a démarché pour accompagner des jeunes, trouver des solutions emploi, etc. Et justement, ce que je suis en train de créer depuis mon arrivée, c’est une coordination entre les services, pour que, dès qu’on a des remontées comme celle-ci, on ait quelqu’un qui puisse justement faire le suivi, relancer, proposer des entretiens, des rendez-vous. Car j’ai constaté à mon arrivée, qu’il n’y avait pas de coordination entre les remontées terrain et le suivi de ces demandes. Jeunesse, prévention de la délinquance et CLSPDR, les trois services qui sont sous ma délégation travailleront ensemble.

    De quels moyens et budget disposez-vous pour ce faire ?

    A.K. : En tant que président du CLSPDR, le procureur de la République est le premier vice-président et peut nous donner les moyens niveau justice. On a la préfète de police qui est également vice-présidente et les structures sociales qui font les accompagnements. La Mission locale peut prendre le relais. Quand il s’agit de questions d’addictologie, on a des associations spécialisées. Marseille Habitat en tant que bailleur social peut aussi faire le lien, débloquer les situations. Ces dispositifs existaient déjà, je ne crée rien de nouveau, ce que j’apporte c’est la coordination. Niveau financier, nous sommes sous le coup des restrictions, la situation de la métropole nous met dans une situation inconfortable mais le maire l’a assuré, la jeunesse reste une priorité.

    Avez-vous des objectifs précis ?

    A.K. : Avec le maire, on s’est fixé deux lignes sur les politiques jeunesse. Premièrement, protéger les jeunes Marseillais face à l’entrée dans les narcotrafics, au mal-logement, au manque d’information, de formation, d’emploi, de dispositifs d’insertion. Le deuxième objectif, c’est de faire rêver la jeunesse, de permettre aux jeunes Marseillaises et Marseillais de pouvoir faire la fête, s’amuser. On se rend compte, qu’on est juste sur de l’action sociale, d’urgence, ce qui est important et nécessaire, mais les jeunes ont aussi besoin de respirer, de vivre. C’est quelque chose qu’on a oublié, notamment depuis le Covid. C’est pour ça aussi qu’on a lancé le dispositif « Vacances pour tous » qu’on a piloté avec Farida Benaouda [DVG, conseillère municipale déléguée en charge des vacances pour tous et des cités éducatives, Ndlr.] et Hassan Guenfici [DVG, adjoint au maire, en charge des centres sociaux et de l’éducation populaire]. La semaine dernière je me suis rendu à La Paternelle (14e), pour un départ en car des familles. Ces dernières sont meurtries, même si elles n’ont peut-être pas perdu des proches dans leur chair, elles ont en tout cas vu la guerre de la drogue de très près en 2023. Aujourd’hui elles peuvent partir, profiter d’une journée à l’extérieur grâce au dispositif « s’évader », mené avec ma collègue Anne-Sophie Sidani [PS, conseillère municipale déléguée à la politique de la ville].

    Peut-on déjà tirer un premier bilan de votre action, cinq mois après avoir été élu ?

    A.D. : Nous sommes en train de mettre en place toutes ces actions de coordination et de lancer une nouvelle dynamique au sein du CLSPDR. Sur le décrochage scolaire par exemple, on attendait que le jeune ait plusieurs centaines d’heures de décrochage scolaire pour le convoquer et pour mettre en place des dispositifs. Maintenant on agit dès le départ. Dès qu’on voit qu’il y a des jeunes qui commencent à avoir beaucoup d’heures d’absence répétées sans justification, l’Éducation nationale et le procureur de la République nous saisissent pour justement éviter aux familles les placements, les actions judiciaires. Et on réunit ces jeunes avec leurs parents, les deux parents. On met en place aussi un accompagnement social. Avec des associations qu’on mandate, qu’on finance et à qui on demande de faire le suivi avec un bilan un mois après pour voir si le jeune est retourné à l’école.

    C’est un travail de dentelle ?

    A.K. : Oui et franchement c’est nécessaire. Les jeunes ont besoin aussi de voir un jeune comme eux en face. Piloter au niveau « macro », c’est très bien et cela fait partie évidemment de mon rôle, mais la proximité ça a toujours été ma marque et je compte bien continuer.

  • À Bel Horizon, les ados rêvent d’ailleurs

    À Bel Horizon, les ados rêvent d’ailleurs

    Momo, y en a plus du thé ? Et ces trucs à manger là, c’est quoi ? » Deux tables, un banc, des cages de foot transportables et un ballon, le bus nomade de Mohamed Benmeddour, éducateur de l’association Apis, paré des couleurs de Marseille, s’est posé comme tous les vendredis soir cet été au pied de la tour Bel Horizon, dans le quartier Saint Lazare (3e). Une barre en béton de 60 mètres de haut des années 60, 19 étages pour 133 logements, posée au bord de l’A7, elle fait partie des copropriétés les plus dégradées de Marseille. Dans le hall d’entrée, le point de deal, signalé par des graffitis, qui tourne H24 et un petit parking jonché de poubelles et de débris. C’est là le terrain de jeu des petits et ados du quartier.

    L’occasion pour Mohamed d’engager la conversation. « Alors qu’est-ce que vous faites à la rentrée ? Le lycée ? » demande-t-il. « Moi je vais à l’école, mais je veux travailler parce que dans la France à Macron t’as besoin de beaucoup d’argent », balance Nassim, 15 ans, tout fiérot. « Mais enfin pas à ton âge, t’es chez tes parents, tu paies pas le loyer, si tu veux des sous c’est que tu fais des bêtises », rétorque l’éducateur. « Ouais mais mes parents, ils y arrivent pas », balance le gamin.

    Depuis le mois d’avril, Mohamed a décidé de sillonner les quartiers : La Cayolle (9e), La Viste (15e), le complexe Vallier (4e) et Bel Horizon à la rencontre des gamins « livrés à eux-mêmes ». « Cela permet de les occuper, de les éloigner des mauvaises ondes… Je prends aussi leurs coordonnées pour leur proposer des activités et je transmets un rapport au service prévention de la Ville, dirigé par Amine Kessaci, qui les met en relation avec les services en fonction des besoins », explique-t-il.

    À ses côtés ce jour-là, Dimitri, éducateur lui aussi, dit « le colonel » par les petits « parce qu’il est carré et qu’il sait tout », de l’association Familles en action, implantée depuis plus de dix ans, avec un local à deux pas de la tour. « Nous, on fait un travail de fourmi, on crée du lien avec l’école, les institutions », analyse-t-il. Il a vu la dégringolade du quartier après le Covid, « pas que sur l’immobilier », et puis les effets du trafic de stupéfiants avec « une guerre entre clans, des morts », et le squat par « des gens là pour foutre le bronx ». La police est intervenue, ils sont arrivés après, en prévention.

    Le squat et les rats

    « On est là pour montrer le quotidien de ces familles, les rats, l’insalubrité », ajoute-t-il. Trouver des solutions aussi quand par peur des « zombies », en clair les consommateurs de crack, les petits n’osent plus sortir de chez eux pour aller à l’école. Quand cette dame dont le mari vient de décéder n’a plus d’électricité parce qu’on a volé son disjoncteur, quand un ascenseur sur trois seulement fonctionne… « Moi j’habite au 19e étage », nous raconte d’ailleurs Toufaï, 15 ans, « heureusement pour monter les courses dans ma famille, il y a plein d’hommes ».

    La présence des éducateurs en pied d’immeuble est un indispensable « premier contact ». Après, il faut s’armer de patience. « Le déclic peut prendre des années. On n’est pas là pour juger, on les prend comme ils sont, avec leurs difficultés et leurs compétences », poursuit Dimitri.

    Tandis que les clients venus acheter leur dose défilent, les gamins espèrent obtenir leur place à la sortie Aqualand ou en bouée tractée. Une bouffée d’air malgré les préjugés. « Quand on arrive à 60, que des renois et des rebeus, on le voit bien que les gens ont peur mais on se fait tout petits », raconte Toufaï avant d’embrayer sur « le séjour en Espagne ». L’éducateur expliquant qu’après un chantier d’insertion, il s’agissait là de se détendre. On cause aussi permis scooter, le passeport vers la liberté.

    Du coin de l’œil, Mohamed a remarqué que Mahmoud se fait tout petit derrière une voiture. « Il se cache de son père, parce que ce dernier a appris qu’il vendait à la Viste », nous explique-t-il avant d’aller discuter. Il faut dire que le « daron » en question a l’air passablement furieux, suivant son fils à la trace. « Il ne me fait pas confiance mais ici c’est pas plus dangereux qu’ailleurs, il peut m’arriver des trucs n’importe où », tente de se justifier l’ado. Mohamed réussira à le convaincre de rejoindre le « Snap » du groupe.

    « Araaah ! » Changement d’ambiance quand une voiture de police se gare. Une agression pour les gamins. « Regarde, ils nous admirent », se marrent-ils, mi-bravaches, mi-inquiets. « Aie, j’ai une interdiction [de paraître], faut pas qu’il me choppe », balance un autre qui vient d’arriver et tente de se confondre avec le banc sur lequel il est assis.

    Finalement, l’équipage repart. « En général, ils savent qu’on est là, on prévient », précisent les deux animateurs avant de replier, vers 21h. Les petits aident à charger la camionnette et promettent d’être au rendez-vous la semaine d’après. Histoire de changer d’horizon…

  • Prendre le large

    Prendre le large

    Contrairement à la répression dont les coups d’éclat font souvent la une des journaux, la prévention ne fait pas bruit. Un travail de longue haleine, silencieux, qui exige de la « patience », comme le disent les éducateurs, pour entamer le dialogue, écouter, puis inciter et orienter. Las, cette année encore, le gouvernement a décidé de rogner une nouvelle fois sur le budget alloué au fonds interministériel de prévention de la délinquance qui est passé de 62 millions d’euros en 2025 à… 42,4 millions d’euros pour l’exercice actuel. Soit « une baisse historique de 30% », au point que l’association des maires de France est une nouvelle fois montée au créneau. Si elle se félicite des orientations et du renforcement de la coordination, comme le détaille ici Amine Kessaci pour Marseille, elle « alerte sur le risque de voir cette stratégie demeurer inefficace, faute de moyens à la hauteur des enjeux ».

    Le besoin d’une approche globale

    Et d’en appeler, notamment, à un plan de financement pluriannuel pour inscrire ladite stratégie « sur une trajectoire cohérente ». Indispensable pour œuvre à moyen et long termes dans les différents quartiers prioritaires des communes et au-delà. Sortir les minots des cités, leur permettre d’avoir un autre horizon que l’argent facile – et ô combien dangereux – du narcotrafic, de travailler et de vivre honnêtement dans un logement décent, nécessite une approche globale incluant aussi l’habitat et l’accès aux formations, pour que les uns et les autres puissent prendre le large plutôt que de rester à quai, au pied d’immeubles délabrés.

  • La posidonie au cœur d’une campagne de prévention

    La posidonie au cœur d’une campagne de prévention

    Lison, cheveux blonds attachés, t-shirt vert clair, se penche par-dessus la bouée du zodiac pour ramasser un sac plastique. « Hier, on en a ramassé plusieurs, quand j’ai ouvert le bidon pour les jeter, l’odeur était horrible », raconte Lola. Elles sont toutes les deux salariées de l’association Naturoscope depuis 5 ans, l’une des 17 structures ambassadrices de la campagne Écogeste Méditerranée, qui se déploie sur tout le littoral méditerranéen, financée par l’Agence de l’Eau et la mairie de Marseille. Dans ce cadre, chaque été, plusieurs fois par semaine, Lola et Lison partent en mer pour sensibiliser les plaisanciers aux bons gestes écologiques à adopter en mer pour protéger la posidonie et la biodiversité marine. En moyenne, elles accostent une dizaine de bateaux par jour.

    La plante à fleurs

    de la Méditerranée

    Lola a repéré un bateau dans une calanque de l’archipel du Frioul avec six jeunes écoutant de la musique. Lison tente : « Bonjour, vous connaissez la campagne Écogeste ? », alors que Lola rapproche l’embarcation. Les jeunes répondent par la négative. Lison prend son questionnaire sur les pratiques écologiques : « Vous faites attention lorsque vous ancrez le bateau ? » ; « Euh oui, il faut planter dans le sable », répond Kassim, capitaine du bateau, encore en pleine baignade. Lison insiste car il s’agit de protéger la posidonie, une plante à fleurs sous-marine protégée au niveau national et international. Elle se déracine lorsque les bateaux ancrent aux endroits où elle pousse et quand le fond est raclé par l’ancre. Or, la posidonie protège plus de 400 espèces de plantes et 1 000 espèces animales. Elle est fragile à cause de sa lente repousse. Un garçon du groupe répond : « On n’ancrera pas à ces endroits parce que j’ai peur des algues, croyez-moi ! »

    « Et comment vous gérez les nuisances sonores ? », poursuit Lison, en prenant des notes dans son carnet. Les animaux marins sont sensibles aux bruits ; les ondes sonores se propagent environ cinq fois plus vite qu’à la surface. Le bruit peut poser problème aux animaux marins pour interagir, les paniquer ou causer des blessures. Un garçon aux longs cheveux blonds, avec des lunettes de soleil sur le nez, rigole. « En vrai, on ne met pas la musique trop fort, l’enceinte ne pousse pas trop », dit-il. Lison et Lola qui ont entendu la musique en arrivant, hochent la tête.

    Pensez au savon

    de Marseille

    Dans une autre calanque de l’archipel, un voilier de 15 mètres a posé son ancre. Les deux plaisanciers irlandais arrivent d’Espagne et vivent sur leur bateau depuis janvier 2026. David balbutie quelques mots en français. « Ola, ça va être compliqué, on a un questionnaire en anglais ? », dit Lola en interpellant Louison. « Est-ce que vous donnez de la nourriture aux poissons ? », teste-t-elle en anglais, accompagnée de gestes pour se faire comprendre. « Non, on fait attention, on sait que c’est pas bon pour eux », assure David dans un français sommaire. Les poissons sont une attraction dans les calanques. « Les nourrir permet de les attirer, mais cela menace l’équilibre des espèces, explique Lola. L’Oblade a une façon de se nourrir opportuniste. Elle va manger tout ce que donne le plaisancier, et elle se reproduit très vite, au détriment des autres espèces », décrit-elle, pour exemple. « Et vous faites comment pour les douches ? », poursuit Lola. « Vous utilisez quoi comme savon ? », ajoute Lison. « Il certifié écologique en Australie », répond David. Pour diminuer la pollution en mer, les deux salariées recommandent d’utiliser des savons et des produits certifiés par des labels verts. « Ok, on ne connaît pas ça… Mais n’hésitez pas le savon de Marseille c’est super ! », répond Lison en rigolant. En repartant, Lola sourit, « ils étaient super eux, ils connaissaient tout ».

    Gabrielle Cartellier

  • Des cas de dengue autochtone recensés cet été

    Des cas de dengue autochtone recensés cet été

    La dengue ou « grippe tropicale » est une maladie qui se transmet par l’intermédiaire de la piqûre d’un moustique tigre femelle (Aedes albopictus) préalablement infecté par le virus auprès d’une personne malade. Cette maladie se caractérise le plus souvent par une forte fièvre d’apparition brutale, souvent accompagnée de maux de tête, de nausées, de vomissements et de douleurs musculaires. Bien que la France ne fasse pas partie de la zone de circulation habituelle de ce virus, deux cas ont déjà été détectés cette saison.

    « Un cas est dit “autochtone” quand une personne contracte la maladie sans avoir voyagé en zone de circulation du virus dans les 15 jours précédant l’apparition des symptômes », précise l’ARS Occitanie. De plus, depuis le 1er mai et jusqu’au 16 juillet, 22 cas importés de dengue, 9 cas importés de chikungunya et 2 cas importés de Zika ont déjà été signalés à l’ARS Occitanie.

    Des mesures de prévention renforcées

    La dengue est apparue en France métropolitaine sous forme de transmission locale en 2010. Depuis, le nombre de foyers autochtones augmente progressivement, favorisé par l’implantation du moustique tigre et des conditions climatiques de plus en plus favorables à sa prolifération.

    En raison de sa capacité à transmettre des maladies telles que le Zika, la dengue ou encore le chikungunya, le moustique titre fait déjà l’objet d’une surveillance renforcée en France. Ce dispositif vise à réduire le risque de survenue de chaînes de transmission locale de ces virus.

    L’ARS Occitanie, Santé publique France, les professionnels de santé du territoire et l’opérateur de démoustication sont déjà mobilisés pour éviter toute transmission supplémentaire du virus. « La lutte contre le moustique tigre, qui est vecteur potentiel de maladies, s’appuie sur la mobilisation de chacun et l’adoption des bons réflexes pour éliminer les larves de moustiques », explique l’agence régionale de santé. Elle déploie donc des mesures de prévention sur tout le territoire, pour expliquer les bons réflexes aux citoyens. « Éliminer les endroits où l’eau peut stagner : changer l’eau des plantes et des fleurs au moins une fois par semaine ou, si possible, supprimer ou remplir de sable les soucoupes des pots de fleurs, vérifier le bon écoulement des eaux et nettoyer régulièrement les gouttières, regards, caniveaux, couvrir les réservoirs d’eau avec un voile moustiquaire ou un simple tissu, couvrir les petites piscines hors d’usage, mais aussi éliminer les lieux de repos des moustiques adultes en débroussaillant et taillant les herbes hautes et les haies, ramasser les fruits tombés et les débris végétaux, réduire les sources d’humidité », autant de mesures que les Français devront intégrer pour limiter la propagation de maladies jusqu’ici cantonnées aux régions tropicales.

  • [Entretien] Christel-Aurore Machado, ARS : « Le moustique tigre s’installe et progresse sur le territoire »

    [Entretien] Christel-Aurore Machado, ARS : « Le moustique tigre s’installe et progresse sur le territoire »

    Pourquoi le moustique tigre
    est-il spécifiquement dangereux
     ?

    Christel-Aurore Machado : Ce n’est pas le moustique en lui-même qui est dangereux, mais sa capacité à incorporer et transmettre des virus. On peut dire qu’il est un vecteur qui transmet les maladies virales qui sont la dengue, le zika et le chikungunya. Elles ne circulent pas naturellement dans les Hautes-Alpes mais dans des pays tropicaux et ont été importées en France par des voyageurs, qui reviennent infectés par l’une de ces maladies. Si le moustique pique une de ces personnes infectées puis va piquer d’autres personnes, cela va répartir le virus.

    Où en est sa prolifération ?

    C.-A.M. : Le moustique tigre est un animal invasif qui s’installe et progresse sur le territoire. Au niveau des Hautes-Alpes, on a une trentaine de communes colonisées, du Val-Buech-Méouge jusqu’à l’Argentière-la-Bessée. Au-delà, il ne survit pas aux températures froides du Briançonnais. On a encore une majorité de communes qui ne sont pas infestées, mais c’est maintenant qu’il faut se mobiliser et réduire la population si l’on ne veut pas qu’il se répande dans les Hautes-Alpes. Pour ce qui est des virus qu’il transporte, pour cette année, les données de Santé Publique France donnent deux cas autochtones de dengue confirmés dans le Tarn et dans l’Hérault. Depuis le 1er mai, début de la surveillance renforcée, il y a eu en France 80 cas importés de Chikungunya, 231 cas importés de dengue et 8 de Zika.

    Comment l’empêcher de se répandre ?

    C.-A.M. : Le moustique ne se développe pas dans les lacs et les rivières mais dans des petites quantités d’eau stagnantes. Il faut éviter les soucoupes sous les pots de fleurs, les seaux et arrosoirs qui traînent, les récupérateurs d’eau laissés ouverts, les gouttières obstruées, bâches mal tendues, jouets laissés à l’extérieur… Il leur suffit de quelques centimètres d’eau pour pondre des centaines de larves. Le moustique a commencé à s’installer mais on peut encore agir efficacement. Notre but n’est pas d’inquiéter mais de faire mobiliser les gens car ils sont les premiers acteurs à pouvoir limiter durablement son implantation par des gestes simples.

  • La prévention, l’autre front contre les incendies

    La prévention, l’autre front contre les incendies

    Avant les dégâts humains et matériels causés par les flammes – contre lesquelles les pompiers luttent toujours en Gironde notamment – les autorités misent sur la prévention. Parmi les acteurs de la sensibilisation et aux comportements à adopter pour limiter les feux dans les massifs qui composent notre région, les jeunes de la garde régionale forestière. Polos et short kaki, rangers au pied, ils sont quatorze, répartis en patrouille, à arpenter le grand site Concors Sainte-Victoire. Souvent étudiants, ils sont intégrés au plan « Guerre du Feu », lancé en 2018 par la Région. Cette année, ils sont au total 250 gardes régionaux forestiers à être déployés sur 23 territoires locaux. Ce mercredi matin, rendez-vous à l’entrée du barrage de Bimont, départ d’un des principaux axes empruntés par les randonneurs pour rejoindre la Sainte-Victoire. Rosalie, Manuel et Nils, déjà en poste, s’attellent à la sensibilisation des premiers touristes en promenade.

    « Une dizaine de départs de feu repérée et maîtrisée »

    Prévenir, rappeler les « bons gestes » à adopter dans les massifs est l’une des missions principales de ces jeunes, engagés de juin à septembre pour aider à la prévention incendie. Ils sont un appui au dispositif de surveillance interservice existant. L’équipe est rejointe par Sophie Joissains, vice-présidente de la Région et maire (UDI) d’Aix, et Arnaud Mercier, président du grand site Concors Sainte-Victoire et maire (DVD) de Venelles, venus prendre le pouls du terrain. « À ce jour, 40 millions d’euros ont été alloués à ce plan [Guerre du feu] et aujourd’hui nous avons renfloué notre équipe de garde régionale forestière au grand site Sainte Victoire », rappelle Sophie Joissains. En 2026, 1,4 million d’euros sont alloués par la Région, à la GRF. La lutte contre les incendies est une « priorité » pour la Région, rappelle l’élue, les effectifs de la GRF pourraient être augmentés « autant que de besoin ». Sur le terrain, la sensibilisation commence dès le kiosque, à l’entrée du barrage. Dans les massifs, des binômes circulent dans des véhicules récupérés le matin même sur le site de Beaurecueil. « Il y a parfois des personnes têtues, confie Rosalie, qui intègre la GRF pour la première fois. Mais globalement, le public est compréhensif. On informe des lois. Nous, on ne pourra rien faire, mais on collabore avec la police et les gendarmes. On les informe aussi du montant des amendes, des patrouilles régulières… Ça les résigne, normalement. » En cas de danger repéré, les membres de la patrouille ont un contact direct avec les pompiers. Sophie Herete, directrice des espaces naturels et grand sites de France à la Métropole rappelle qu’une « dizaine de [départs] de feux depuis début juillet, autour de Sainte-Victoire » ont été recensés. « Nous avons réussi à tous les maîtriser. » « Mais notre mission va au-delà de la prévention incendie, on est là pour assurer la sécurité globale des gens », précise Manuel, qui revient pour une deuxième année. Et s’il reste encore du travail pour la GRF, « la plupart des gens sont consciencieux, au courant des réglementations et sont à même de repérer chez d’autres des comportements à risque. Dans la région, on a une conscience collective par rapport au risque du feu de forêt », estime Nils qui lui aussi, renouvelle son engagement. Arnaud Mercier rappelle d’ailleurs que le grand site Sainte-Victoire, qui fait partie d’un réseau national, est d’ailleurs « une référence nationale », en termes de prévention incendie.

    EN CHIFFRES

    400

    Le nombre d’hectares brûlés dans les Bouches-du-Rhône, depuis le début de l’été. Le département est l’un des plus exposés au risque de feu de forêt en France, dû aux fortes chaleurs, au vent, à la sécheresse végétale ainsi qu’au dérèglement climatique. 40% de la surface du département est positionnée sur des massifs forestiers.

    90 %

    Parmi les départs d’incendies, 90% sont d’origine humaine. Dans les Bouches-du-Rhône, 30% de ces départs sont liés à des travaux, notamment à la non-application de la réglementation. Entre autres, la présence d’un extincteur est obligatoire, tout comme le débroussaillement d’un chantier situé à moins de 200 mètres d’une forêt.

    9

    C’est le nombre de forestiers de l’ONF, actifs pour la mission spécifique d’entretien du massif forestier dans les Bouches-du-Rhône. Des effectifs très réduits. En presque 20 ans, l’Office a perdu quatre agents sur ce territoire, alors que la superficie de forêts à entretenir a augmenté de 8 000 ha. Une réduction des postes à l’image de la tendance nationale.

    54

    Pour assurer les missions d’extinction des incendies et assister les équipes sur place, les Bouches-du-Rhône, l’ONF et les sapeurs-pompiers disposent de 54 véhicules de soutien aux intervenants (VSI). Dès qu’un départ de feu est déclaré, le véhicule arrive sur le lieu de l’incendie entre cinq et dix minutes après l’alerte.

  • Avant l’incendie…

    Avant l’incendie…

    Tandis que la macronie n’assume pas son impréparation, ses comptes d’apothicaires pour l’achat de canadairs et globalement son déni, il est des régions qui n’ont jamais baissé la garde en matière de prévention du risque incendie. Il est vrai que dans le Sud-Est, il y a eu un avant et un après 1989. Du 28 au 31 août de cette année-là, la Sainte Victoire brûle. 60% du site est ravagé. La résilience fut au rendez-vous : plantations nouvelles, pistes DFCI (défense de la forêt contre l’incendie) surveillance et moyens accrus. Le tout essentiellement financé par les collectivités locales. Grâce aux services publics locaux, notamment les Services départementaux d’incendie et de secours, les Sdis, nos massifs régionaux sont sous surveillance. S’y ajoute le dispositif de la garde forestière régionale qui n’emploie pas moins de 250 vigies.

    La santé de nos forêts

    Le contraste est saisissant avec le sort réservé à l’Office national des forêts, l’ONF, affaiblie à force de diminution de ses effectifs au nom de la réduction des déficits. Or, ces forestiers nationaux sont indispensables pour le maintien de la bonne santé de nos forêts qui, rappelons-le, représentent un tiers du territoire métropolitain.

    Des leçons sont à tirer d’ores et déjà des ravages des feux dantesques, en Gironde notamment. La prévention doit être un des piliers de la lutte contre le risque incendie. Le gouvernement a fait savoir mercredi qu’il souhaite la création d’une « filière » des industriels « de lutte contre les incendies ». Pourquoi pas. Mais il ne s’agit pas de se payer de mots. Il y a 37 ans que
    des solutions ont été apportées dans le Sud !

  • Les trottinettes électriques mises au pas à Nîmes

    Les trottinettes électriques mises au pas à Nîmes

    Dans les rues étroites de l’Écusson nîmois, le sifflement électrique devra désormais céder la place au bruit des pas. Par un arrêté pris le 8 juillet, la municipalité durcit les règles applicables aux trottinettes électriques, gyropodes, monoroues et autres engins de déplacement personnel motorisés (EDPM). Une réponse aux plaintes de piétons et de commerçants, régulièrement confrontés aux slaloms entre les terrasses et les passants.

    La circulation n’est pas interdite dans tout le centre-ville, mais les usagers doivent descendre de leur engin et le pousser à la main dans les secteurs les plus fréquentés : rues piétonnes de l’Écusson, mail de l’Esplanade, avenue Feuchères, abords de l’Hôtel de Ville et de la Maison Carrée. Les trottoirs restent interdits.

    Le casque pour tous

    Autre changement majeur : le casque homologué devient obligatoire sur l’ensemble de la commune, pistes cyclables comprises. Les règles nationales demeurent : avoir au moins 14 ans, circuler seul, ne pas dépasser 25 km/h et être assuré. Sur plusieurs grands axes limités à plus de 50 km/h, les EDPM devront également rester sur les pistes cyclables. La Ville justifie ce tour de vis par la multiplication des usages et des comportements dangereux. « Nous voulons la protection des Nîmois et le partage apaisé de l’espace public », défend Nicolas Nadal, adjoint à la sécurité.

    Vendredi 17 juillet, policiers municipaux et élus ont arpenté le centre ancien, rappelant le casque aux uns et invitant les autres à mettre pied à terre. Tout l’été, la prévention doit primer, avec des opérations régulières, des stands et une nouvelle signalisation. Mais ensuite, le message changera de ton : circuler dans une zone interdite ou sans casque pourra coûter 150 euros. Entre nouvelles mobilités et droit de marcher sans crainte, la Ville tente de dessiner une ligne de partage. Dans le cœur de Nîmes, elle passera désormais par le pied à terre.

  • Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Le tribunal suspend le couvre-feu estival pour les moins de 16 ans à Meyrargues

    Parmi les rares passants croisés à Meyrargues, ce mardi matin estival, ils ne sont qu’une poignée, dans cette commune de 4 000 habitants, à savoir que l’arrêté municipal signé par le maire, Fabrice Poussardin (DVC), instaurant un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans, pour le quatrième été consécutif, vient d’être suspendu par ordonnance du 24 juillet 2026, par le tribunal administratif de Marseille.

    Renouvelé en juin, l’arrêté municipal interdisant aux mineurs non accompagnés de sortir entre 22h et 6h du matin, du 18 juin au 1er septembre, était en place depuis quatre ans. Saisie par le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire, la Ligue des Droits de l’Homme a, à son tour, saisi la justice, qui a donné raison à l’association.

    « On en voit fleurir un peu partout et régulièrement, ils sont annulés ou suspendus, contextualise Philippe Sénégas, pour la Ligue des Droits de l’Homme. C’est étrange de la part d’un village où, manifestement, les troubles à l’ordre public sont, semble-t-il, mineurs. C’est évident qu’il y a bien d’autres mesures qui peuvent être imaginées. »

    « Liberté d’aller et venir »

    Au sujet des nuisances et du désordre public mis en avant par la municipalité, le tribunal estime que « la commune de Meyrargues n’apporte aucun élément à l’appui de ces allégations » et « ne démontre pas davantage le risque de voir ces événements se réitérer, justifiant qu’une telle mesure de prévention soit adoptée ». Le point le plus inquiétant, dans cet arrêté, pour la LDH, reste l’atteinte à la « liberté d’aller et de venir. On ne va pas confiner les enfants au domicile de leurs parents et transformer les parents en gardiens », conclut Philippe Sénégas.

    Le groupe d’opposition Meyrargues Citoyenne et Solidaire (DVG) se réjouit de la décision. « On nous disait le reconduire pour la quatrième année parce que (l’arrêté) avait fait ses preuves. On lui a demandé de nous dire quel était l’état de la baisse de la délinquance nocturne (…), on n’a jamais eu d’élément concret, palpable, autre qu’une appréciation générale », note Christian Salque, à la tête du groupe. Il préconise l’instauration d’une « politique jeunesse ».

    Sollicité, le maire n’a pas pu nous répondre dans les délais impartis. Dans La Provence, il a indiqué ne pas faire appel.

    Eva Bonnet-Gonnet