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  • « Tant qu’il reste des requins-anges en Corse, il y a de l’espoir »

    « Tant qu’il reste des requins-anges en Corse, il y a de l’espoir »

    La Marseillaise : Qu’est-ce qui menace le requin-ange ?

    Nadia Faure : Principalement l’urbanisation des côtes et la pêche. Les individus pris dans les filets sont relâchés, mais selon une étude 27% ne s’en remettent pas et meurent. Nous espérons que nos travaux aideront à trouver des mesures de conservation en bonne intelligence avec les pêcheurs pour qu’ils puissent continuer à exercer leur métier – 95% de la pêche en Corse est artisanale – tout en préservant cette espèce qui pourrait s’éteindre dans les prochaines années si rien n’est fait. Mais pour l’instant il en reste en Corse. Et tant qu’il en reste, il y a de l’espoir.

    Que pourrait-on faire ?

    N.F. : D’abord continuer à l’étudier. Ensuite essayer de ne pas endommager les zones côtières, estuaires et autres marécages qui sont importants pour lui et d’autres espèces. Enfin, peut-être y a-t-il quelque chose à faire au niveau des nids de picarels. Chaque printemps, ces petits poissons se reproduisent dans le sable. Cela attire des prédateurs, dont le requin-ange, et crée un écosystème riche et éphémère pendant quelques semaines. Peut-être serait-il judicieux de restreindre la pêche à ces endroits pendant ce court laps de temps où les requins sont vulnérables.

    Il y a encore des choses à apprendre sur ce requin…

    N.F. : Oui beaucoup ! Nous avons vu une chose étonnante en Corse : une femelle fécondée par plusieurs mâles a donné naissance à des demi-frères et demi-sœurs dans une même portée. Cela avait déjà été observé chez d’autres espèces de requins, mais jamais chez le requin-ange.

  • [Entretien] Carole Rovère : « L’alimentation demeure la cause principale de l’obésité »

    [Entretien] Carole Rovère : « L’alimentation demeure la cause principale de l’obésité »

    Ses recherches portent sur les mécanismes cérébraux qui régulent les comportements alimentaires et particulièrement l’obésité.

    La Marseillaise : Parle-t-on d’intelligence ou de régulation ?

    Carole Rovère : J’essaie de comprendre comment notre cerveau arrive à contrôler les dérégulations du comportement. L’hypothalamus est la partie du cerveau qui contrôle cet équilibre physiologique. On peut parler d’intelligence alimentaire ou nutritionnelle. C’est essayer de manger le meilleur pour notre corps, tout en gardant le plaisir des saveurs.

    Vous insistez sur la prévention ?

    C.R. : Car revenir en arrière est très compliqué lorsque le cerveau est dérégulé. Si les causes de l’obésité sont multiples, soit génétiques (5%) ou hormonales ( 5%), l’alimentation demeure la cause principale avec 90% des cas. Les régimes hyper lipidiques sont dangereux, mais c’est le sucre le plus mauvais, car beaucoup plus addictif.

    Comment se rend-on compte que l’hypothalamus est déréglé ?

    C.R. : Les neurones qui le composent expriment des peptides (soit des neuro hormones), qui sont normalement à l’équilibre. Si elles sont anorexigènes, elles coupent l’appétit et on maigrit. Si elles sont orexigènes, c’est la prise de poids.

    Peut-on les réguler ?

    C.R. : Ces hormones ont d’autres fonctions physiologiques. Elles sont impliquées dans le sommeil ou l’humeur. Les modifier peut faire intervenir des signes d’anxiété ou de dépressions. C’est l’exemple du médicament Médiator, qui à l’origine était prévu pour réguler le diabète et a été détourné pour la perte de poids. N’étant ni étudié, ni quantifié pour agir sur l’obésité, toute une série de problèmes sont apparus.

    Comment agir autrement ?

    C.R. : Au laboratoire, nous travaillons plus sur des approches nutritionnelles. On a enrichi les croquettes des souris en huile de colza, de tournesol ou de soja-maïs, en jouant sur les rapports Oméga 6-Oméga 3 du régime alimentaire. L’OMS préconise un résultat autour de 5. Si le taux est très inférieur, c’est très bénéfique. C’est par exemple le résultat avec de l’huile de colza, riche en Omega 3. En revanche, à l’inverse, avec trop d’huile de tournesol, le taux peut approcher les 17. Une IRM révèle que le cerveau est alors inflammé au bout de 4 mois de ce régime, il y a une prise de poids, des troubles anxieux et de mémoires, selon notre étude publiée en 2024.

    Y a-t-il des aliments qui rendent intelligents ?

    C.R. : (Rires) Sur le Vieux-Port, il y a les poissons bleus, qui sont riches en Omega 3, bénéfiques pour développer la mémoire, un des critères de l’intelligence. Il faut essayer de manger des aliments sains, non transformés, bon pour notre cerveau tout en gardant le plaisir de manger.

  • Durance : les poissons vont revivre comme il y a 50 ans

    Durance : les poissons vont revivre comme il y a 50 ans

    Rarement une centaine de plots en acier aura procuré tant d’émotions. Pourtant, ils devraient permettre la résurrection d’une faune mise à mal depuis un demi-siècle. « C’est le plus important boom de biodiversité piscicole des 50 dernières années », s’enthousiasme Christian Doddolli, directeur général du Syndicat mixte d’aménagement de la vallée de la Durance (SMAVD). Mardi matin, des dizaines de personnes étaient réunies sur les berges de la Durance, à Avignon, près du pont de Rognonas, pour inaugurer « la plus grande passe à poisson de la région », selon le directeur.

    « La concrétisation d’un projet de plus de 20 ans », rappelle Yves Wigt, maire de Charleval et président du SMAVD. « Des travaux titanesques pour réconcilier le développement des activités avec la pacification écologique », ajoute le préfet, Thierry Suquet. « Une immense fierté qui se mesure aux legs pour les générations futures », complète David Fournier, vice-président du SMAVD et adjoint (PS) avignonnais.

    Aider l’alose, saumon local

    Ce projet de 7,1 millions d’euros a été financé presque pour moitié par l’Agence de l’eau, ainsi que par l’Union européenne et les Départements de Vaucluse et des Bouches-du-Rhône. Cette enveloppe comprend également la réalisation d’une autre passe à poissons, située à 500 m en amont. Les travaux ont été menés dans un calendrier contraint (deux fois 8 semaines durant les étés 2024 et 2025), entre lâchers d’eau des barrages EDF et reproduction de la faune.

    Quelques minutes avant les discours, la foule a assisté à la mise en eau de cette passe à poissons de 1 600 m2. « On essaie de recréer les conditions d’une rivière avec une centaine de plots en acier et un fond en béton à la rugosité artificielle, le tout compatible à toutes les espèces de poissons », développe Christian Doddolli. Bref, reconstituer la biodiversité d’avant les « Trente glorieuses, où il fallut des matériaux pour construire des routes et bâtiments dont on prit les granulats dans le lit de la Durance », resitue le directeur. Pour éviter l’effondrement des nappes phréatiques, des seuils ont été construits pour stabiliser le lit de la rivière. Des sortes de barrages qui ont condamné les poissons. « À la confluence [croisement du Rhône et de la Durance], on dénombre, selon les années, entre 10 000 et 100 000 anguilles, ici il n’y en a plus qu’une centaine », détaille Pierre Campton, directeur technique de l’association MRM (migrateurs Rhône Méditerranée).

    Le SMAVD suivra de près l’impact du dispositif et espère que les anguilles pourront remonter jusqu’à 50 km en amont et bientôt jusqu’à 100 km, après la pose d’une nouvelle passe à Mallemort. Outre les anguilles, le dispositif vise aussi l’autre grand poisson migrateur, l’alose, sorte de saumon local qui remonte la rivière pour se reproduire.