Tag: Plan Marseille en grand

  • À Marseille, quatre copropriétés enfin dignes d’intérêt national

    À Marseille, quatre copropriétés enfin dignes d’intérêt national

    Enfin. Réclamées par la Ville de Marseille en novembre 2022, lors de ses États généraux du logement, elles avaient fait l’objet d’un engagement signé par le préfet et la Métropole. En juin 2023, au pied de la cité Benza, le président de la République, en visite d’étape du Plan Marseille en grand, en avait acté le principe.

    Dix ans après le rapport Nicol, comme un cadeau au pied du sapin, les décrets déclarant d’intérêt national les Opérations de requalification des copropriétés dégradées (Orcod-in) du Mail (14e), de la Maurelette (15e), des Rosiers-Super Belvédère (14e) et de Consolat (15e), ont été publiés. Au printemps, des études de préfiguration ont évalué le montant global de l’opération de 577 à 613 millions d’euros.

    « S’agissant d’énormes investissements et d’opérations très longues, il a fallu du temps pour qu’elles se mettent en place. Marseille c’est aussi 28 copropriétés avec des problèmes lourds, dont dix font l’objet d’un programme d’intérêt national », rappelle Patrick Amico, adjoint (GRS) au logement de la Ville de Marseille, satisfait de voir ce dossier « mobilisant l’ensemble des collectivités », et passé entre les mains de plusieurs préfets, franchir cette étape.

    L’EPF à la manœuvre

    Qualifiées d’intérêt national, ces opérations facilitent la mobilisation d’une large boîte à outils comprenant un droit de préemption urbain renforcé et des prérogatives plus spécifiques. De quoi répondre à la situation de ces quatre copropriétés privées comptant parmi les plus fragilisées de la ville. Elles font partie du Programme d’intérêt national qui priorise depuis 2023 treize sites métropolitains dont les parcs Bellevue, Bel Horizon I et II, Corot, le Gyptis, Kallisté et Maison Blanche. La Mariélie à Berre, les Facultés à Aix et le Florida Parc à Marignane complètent le sinistre tableau. Les attendues Orcod-in concernent 98 immeubles, 2 600 logements et plus de 9 000 habitants. Depuis des décennies, les plans de sauvegarde s’y sont multipliés sans succès. La Maurelette (2 500 habitants) a par exemple bénéficié en 2024 d’une subvention exceptionnelle de 18 millions de l’Agence nationale de l’habitat pour des travaux d’urgence. 33,2 millions avaient été engagés sur sept copropriétés dans l’année. 21 millions étaient programmés en 2025. Sans réels résultats.

    Si Euromed a un temps été évoqué, leur réalisation sera confiée à l’Établissement public foncier Provence-Alpes-Côte d’Azur, chargé de lancer dès 2026 les études d’aménagement, tout en poursuivant la mise en œuvre des plans de sauvegarde. « Ces opérations vont se dérouler sur une dizaine d’années, ce sont de véritables opérations d’aménagement avec du foncier, de l’acquisition publique, du relogement, des démolitions parfois, de l’équipement et de l’espace public… énormément de choses vont réintégrer ces copropriétés dans le tissu urbain », poursuit Patrick Amico.

    Dans les Bouches-du-Rhône, les 47 654 copropriétés recensées représentent 60% des logements du territoire et Marseille en concentre plus de la moitié (24 863) et se trouve en première ligne face à leur vieillissement, accentué par la précarisation croissante des locataires, des propriétaires occupants et des bailleurs, l’infiltration de marchands de sommeil et de syndic inopérants.

    Les quatre « orcodées » sont la partie immergée d’un iceberg. Début 2025, une note de la préfecture des Bouches-du-Rhône, compte 9 000 copropriétés « considérées comme fragiles ou en difficulté ». Parmi elles, 64 devraient faire l’objet de dispositifs de redressement ou de recyclage au vu de « leur indice de dégradation avancé ou de fragilité », pour éviter la chute.

  • La préfecture donne son feu vert au tramway mais alerte sur l’accessibilité

    La préfecture donne son feu vert au tramway mais alerte sur l’accessibilité

    Il n’y a plus qu’à couper le ruban. Le vendredi 19 décembre dernier, le préfet de région Jacques Witkowski a signé les autorisations de la mise en service commerciale des extensions du tramway T3 au nord et au sud, avec l’approbation de leur dossier de sécurité. De quoi concrétiser les 350 millions d’euros d’investissements, cofinancés par l’État dans le cadre du plan Marseille en grand, pour prolonger la ligne jusqu’à Capitaine-Gèze au nord et la Gaye au sud. Après les inaugurations prévues les 6 et 10 janvier prochain, les Marseillais pourront enfin profiter de ces 6,2 km de rails supplémentaires.

    Mais ces autorisations s’accompagnent de quelque dix-sept prescriptions imposées par les services de l’État, auxquelles s’en ajoutent dix supplémentaires pour le dossier de sécurité de la phase deux de l’extension du tramway vers le nord, jusqu’à la Castellane. Ainsi, les services de l’État ordonnent-ils de retirer avant la mise en service un panneau directionnel au croisement de la rue d’Anthoine et le boulevard Salengro (2e) « situé au milieu de la piste cyclable ». Des aménagements supplémentaires doivent aussi être réalisés, d’ici un mois, au niveau du carrefour du parc Bougainville, « afin d’interdire aux cycles d’emprunter le site banal en contresens », alors que les conflits d’usages des voies entre cyclistes et tramway font partie des points noirs de la marche à blanc. « Les stations de l’extension devront respecter la réglementation d’accessibilité », réclame aussi la préfecture. Deux points qui inquiètent pour la phase 2 de l’extension du tramway : l’État demande plus de vigilance « à la continuité et la lisibilité des aménagements cyclables », plus particulièrement sur le boulevard de la Méditerranée (15e) et rappelle à la Métropole qu’elle ne peut pas demander à déroger aux règles d’accessibilité pour la future station La Castellane. Et de pointer des quais « parfois en dessous des largeurs préconisées ».

    La Métropole rassure

    « L’accessibilité est au cœur du projet », nous répond la Métropole, qui indique que « toutes les nouvelles stations sont pensées pour être faciles d’accès », avec chemins piétons continus et rampes lorsque le terrain le nécessite. Quant aux aménagements cyclables, « ils sont travaillés avec les services techniques et les associations de cyclistes, afin de garantir des déplacements sûrs et confortables, même dans des rues étroites », promet l’intercommunalité.

  • Un Samu tout neuf pour le printemps

    Un Samu tout neuf pour le printemps

    Tout ne sera livré qu’au printemps, mais l’essentiel des murs du futur Samu « zonal », dont le périmètre s’étend de Marseille à la Corse en passant par l’Occitanie, a été monté. Implantés à la Timone, à deux pas du futur pôle Femmes Parents Enfants, les 7 500 mètres carrés de ce bâtiment aux dernières normes environnementales accueilleront également le centre de régulation des réception et de régulation des appels au 15, le centre anti-poison et les équipes du Smur (service mobile d’urgence et de réanimation). Un bond dans la modernité, conviennent les équipes médicales. Et une immense satisfaction pour le président de la Région, Renaud Muselier (Ren.), qui a participé à hauteur de 6 millions d’euros sur les 23 millions de coût du projet.

    « J’ai fait toutes mes études dans les urgences et je me souviens, on se reposait sur des brancards », commente l’élu en découvrant les chambres de garde. Espace de coworking, vaste salle de régulation et PC de crise, parking pour les 16 ambulances… Des dimensions adaptées à l’activité du « deuxième Samu de France derrière celui de Lille », explique le docteur Fouzia Heireche, directrice médicale du Samu 13, avec 800 000 appels au 15 et 40 000 interventions par an. « Et cela ne fait que monter, nous prévoyons dans nos projections d’atteindre le million », ajoute-t-elle.

    Un engagement collectif

    « Ce projet s’inscrit dans le cadre d’un plan de modernisation de l’AP-HM », précise François Crémieux, son directeur général, rappelant qu’au sortir du Covid, le système était « déstabilisé », même s’il se félicite que les bâtiments des années 60 aient « tenu le coup ». Mais « on est arrivé a une fin de cycle », estime-t-il. C’est aussi pour lui le résultat d’un « engagement collectif ». D’abord de l’État avant 2020, assorti d’une rallonge dans le cadre du plan Marseille en grand, puis des collectivités territoriales, souligne-t-il, avec 31 millions d’euros de la part de la Région, « quand partout ailleurs c’est quelques centaines de milliers d’euros ».

    Un investissement justifié estime Renaud Muselier. Si ce n’est pas dans ses compétences, « j’ai la charge de l’aménagement et du développement de ce territoire et ce n’est pas possible de ne pas avoir de réponse sur la santé », déclare-t-il, ajoutant que 130 millions d’euros ont été débloqués pour ce faire. « On a ventilé sur les 6 départements, on avait 15 maisons de santé ouvertes, on en a maintenant 124 », détaille-t-il. Et d’insister sur sa volonté pour le Samu, d’avoir « quelque chose d’efficace tout de suite » et qui serve à toute la région.

  • Un président les mains presque vides

    Un président les mains presque vides

    Un mois après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le président de la République était particulièrement attendu à Marseille ce mardi, pour apporter des réponses face aux menaces du narcotrafic. Mais à l’issue de cette visite marathon, il n’aura guère sorti de ses poches qu’une seule nouvelle proposition, celle de sanctionner toujours plus durement les consommateurs de drogue avec une amende forfaitaire délictuelle passant de 200 à 500 euros. Déroulant pour le reste les actions déjà lancées dans le cadre du plan Marseille en grand.

    Taper le portefeuille

    « Nous avons tous une pensée pour la famille de Mehdi Kessaci après le drame qui s’est passé », a commencé Emmanuel Macron au cœur de l’entrepôt solidaire de la CMA CGM, à la Joliette, après s’être recueilli sur la tombe du jeune homme en présence de sa famille. « On avait déjà commencé le combat, et je vais tenir les engagements que j’ai pris », assure il au milieu des cartons d’aide humanitaire, entouré par quelque deux cent personnalités triées sur le volet pour un « Face aux lecteurs » de La Provence. Il énumère la création de l’Office anti-stupéfiants (Ofast), les renforts de police à Marseille avec 300 policiers en plus depuis 2021, l’arrivée de nouveaux magistrats. « Nous avons diminué par deux le nombre de points de deal physiques, je sais que c’est dur à entendre, mais on ne lâche rien », assène-t-il. Et d’annoncer le passage à une deuxième étape, après l’adoption de la loi narcotrafic au mois de juin. Le parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) sera installé le 5 janvier, à Paris malgré les demandes des élus marseillais, les initiatives diplomatiques se poursuivront dans les prochains jours pour pouvoir arrêter les têtes de réseau à l’étranger tandis que l’action continue à l’échelon européen pour peser sur des réseaux sociaux de plus en plus mêlés au narcotrafic, des ventes en ligne à l’embauche des petites mains, jusqu’aux images des exécutions. « On ne doit rien lâcher, on doit pilonner », insiste Emmanuel Macron.

    Mais c’est face aux consommateurs qu’il durcit le ton. « Rien de tout ça n’arriverait s’il n’y avait pas des gens qui achètent de la cocaïne, du hash, lâche-t-il. Moi j’en ai ras-le-bol d’avoir des jeunes qu’on pleure et dans d’autres quartiers des gens qui considèrent que c’est festif d’acheter de la drogue. » Et donc d’annoncer cette hausse de l’amende forfaitaire délictuelle. « Il faut taper au portefeuille ceux qui consomment », défend-il, promettant une nouvelle campagne de communication.

    Mais au milieu de l’entrepôt glacial, il reste sourd aux interpellations des acteurs du terrain. « On voit les budgets des services publics diminuer drastiquement, les centres sociaux, les missions locales qui sont une part essentielle de la lutte contre le trafic perdre beaucoup », alertait Fadella Ouidef, de l’association culturelle Busserine, rappelant les coupes de la Métropole et de la Région. « L’État ne peut pas se substituer aux associations, c’est à vos collectivités de le faire », balaie Emmanuel Macron. Le plan Marseille en grand, répète-t-il, avec ses trois milliards d’euros de l’État déjà engagés, « est un plan qui n’a pas d’équivalent ailleurs ».

    « L’amende, c’est un pansement sur une jambe de bois, lâche de son côté l’éducateur spécialisé Mohamed Benmeddour à la sortie des échanges. Un jeune au chômage, qu’est-ce que vous voulez qu’il en ait à foutre ? » Et de témoigner : « Ces jeunes, ils se disent que ce qui va les sortir de la misère sociale, c’est le narcotrafic. Tu vas pouvoir dealer 6 mois puis acheter un commerce. »

    « On n’arrive pas à suivre »

    Les chantiers promis par l’Élysée sont pourtant bien sortis de terre, et le président de la République tour à tour s’est rendu au nouveau commissariat des 13e et 14e arrondissements (13,5 millions d’euros), puis à l’extension du centre pénitentiaire des Baumettes 3 (92 millions d’euros). Des avancées saluées par les agents concernés. Mais malgré tout, le désarmement des services publics s’y fait aussi sentir. « Il nous manque du matériel, des balises, expose une capitaine de l’Ofast. On doit prioriser des dossiers, c’est compliqué au quotidien. On n’arrive pas à suivre la grande criminalité. » « On retrouve une situation équilibrée, mais il y a un déficit de personnels, reconnaît de son côté le chef d’établissement des Baumettes, Jean-Marie Landais. On espère récupérer des sorties d’école en mai pour avoir des effectifs complets. » Le président, lui, écoute, puis part. Sans que la presse ne puisse lui poser de questions.

    Et aussi

    Feu vert pour la rénovation des copropriétés dégradées

    C’est en fin de journée, sur le chantier de construction de la nouvelle gare Saint-Charles souterraine, que le président de la République a annoncé que les quatre opérations marseillaises d’intérêt national de requalification des copropriétés dégradée ont obtenu le feu vert du Conseil d’État. « On sait que c’est une des choses les pires en matière de rénovation urbaines, partageait Emmanuel Macron. Quand on a plein de copropriétaires, on n’arrive pas à avancer. » De quoi déroger au droit commun pour rénover les 2 450 logements des Rosiers (14e), de Consolat (15e), du Mail (14e) et de la Maurelette (15e). Quant aux transports, la présidente (DVD) de la Métropole Martine Vassal se félicitait d’avoir déjà consommé le milliard d’euros de subventions : « Tout ce que j’espère, c’est que prochainement nous allons pouvoir renouveler ce contrat. »

    Une loi pour une majorité numérique en janvier

    À l’occasion de son tour de France de la presse quotidienne régionale imposé aux grands éditeurs par l’Élysée, le président de la République a répété, comme lors des précédents rendez-vous, son souhait : « L’idée, c’est d’arriver au début de l’année prochaine avec un texte qui définit la majorité numérique à 16 ans. » C’est qu’il a fait le constat, après des rencontres répétées auprès des propriétaires des réseaux sociaux, que « ceux qui produisent ces contenus ne sont pas intéressés par la santé mentale des jeunes, pour eux, ce ne sont que des produits ». Résolu à pousser au niveau européen pour faciliter la censure de contenus mensongers susceptibles de créer des troubles à l’ordre public, il ne rappelle que par un mot, à la fin, les besoins de trouver un modèle économique pour la presse, après les travaux des états généraux de l’information. Plus intéressé pour débrider la législation sur l’IA.

  • Marseille n’est pas un « laboratoire »

    Marseille n’est pas un « laboratoire »

    « Il va falloir rêver Marseille » déclarait en septembre 2021 le chef de l’État lors d’une visite de trois jours dans la deuxième ville de France. Alors qu’il vient à nouveau ce mardi pour une visite marathon, Marseille n’a pas besoin de rêves mais d’actes concrets.

    En 2021, le chef de l’État venait poser les bases du plan Marseille en grand. Dans les faits, c’est un plan de rattrapage pour une ville longtemps délaissée par l’État en dépit de l’opération Euroméditerranée. Obtenue par le maire Jean-Claude Gaudin auprès du Premier ministre de l’époque, Édouard Balladur, Euromed visait plus, en 1995, à faire sortir de terre des opérations d’affaires qu’à recoudre les quartiers paupérisés par la destruction de l’industrie.

    Les Marseillais veulent l’égalité

    Emmanuel Macron s’inscrit dans cette histoire. Si l’argent mis dans Marseille en grand n’est que justice la question de la maîtrise démocratique de ce plan et de ses budgets demeure entière à l’heure où les associations et les services publics subissent des coupes budgétaires drastiques. Dans sa vision, Macron voulait faire de Marseille « un laboratoire de nouvelles politiques publiques ».

    Sauf que Marseille n’est pas un laboratoire mais une grande cité dont les habitants, notamment des quartiers populaires, exigent l’égalité. Or, la ségrégation spatiale et sociale est toujours là, en dépit des efforts du Printemps marseillais à la tête de la mairie depuis 2020. Cet enjeu d’égalité et les réponses à la question sociale doivent être au cœur des prochaines municipales qui planeront sur cette visite élyséenne.

  • Le narcotrafic rattrape Marseille en grand

    Le narcotrafic rattrape Marseille en grand

    Convaincre, encore et encore, que le plan Marseille en grand se concrétise. Ce mardi, de nouveau, le président de la République se rend à Marseille pour défendre le bilan d’un plan à 15 milliards d’euros – dont un tiers de l’État – pensé pour rattraper le retard de la cité phocéenne en matière de transports, d’éducation, de sécurité. Initialement prévue au début de l’été, cette venue s’inscrit cette fois dans le tour de France initié par l’Élysée et organisé avec les grands éditeurs de la presse quotidienne régionale pour débattre de la démocratie face aux réseaux sociaux, avec une rencontre dans les locaux de La Provence. « Ce sera également l’occasion de faire une revue de chantier » du plan Marseille en grand, explique-t-on à l’Élysée. Emmanuel Macron vient ainsi inaugurer le commissariat des 13e et 14e arrondissements, puis l’extension des Baumettes 3 avant une visite du chantier de la future gare Saint-Charles souterraine.

    « Mains dans les poches »

    De quoi donner le ton. Car un mois après la mort de Mehdi Kessaci, un assassinat d’intimidation comme l’a présenté le ministre de l’Intérieur, la question de la lutte contre le narcotrafic s’est largement imposée. Certes, elle avait déjà été évoquée dans les précédents déplacements. Déjà en visitant le chantier des Baumettes en juin 2023, le chef de l’État promettait de sanctionner plus durement les consommateurs, tandis qu’il avait présenté les premières esquisses de ce qui allait devenir la loi « narcotrafic » lors d’une visite surprise, à la cité de la Castellane (15e), pour lancer les opérations « place nette XXL ».

    Des sillons dans lesquels il s’inscrit toujours. « Il faut nous inspirer de ce que nous avons fait en matière de lutte contre le terrorisme pour lutter contre le narcotrafic », insiste-t-on à l’Élysée. Après une première réunion de crise le 18 novembre, celle qui s’est tenue jeudi dernier a permis d’assurer un suivi des mesures de la loi narcotrafic, et de lancer de nouveaux chantiers. Avec une priorité donnée pour « neutraliser » les têtes de réseau à l’étranger, renforcer les services d’enquête, réprimer la consommation, assurer la sécurité des ports, apporter de nouveaux moyens à la justice, poursuivre l’action sur des quartiers haute sécurité qui expliquent la fébrilité des « cartels », selon l’Élysée. Sur les 500 policiers nationaux supplémentaires, ils sont déjà 350 à être arrivés dans le département, et onze nouveaux magistrats s’ajouteront aux trente déjà installés. Une rallonge de 2 millions d’euros a aussi été décidée, la semaine dernière, pour installer 154 caméras de vidéosurveillance de plus en 2026 et atteindre l’objectif de 500 caméras supplémentaires.

    Cela suffira-t-il ? « Je ne peux pas imaginer un président de la République venir ici les mains dans les poches », déplorait mercredi dernier le maire (DVG) de Marseille, Benoît Payan. « J’attends qu’il annonce des choses fortes, qu’il incite son gouvernement à faire revenir des services publics dans toute la ville », appuyait-il encore ce lundi face à la presse, demandant de nouveaux renforts de police spécialisée. « C’est un policier municipal qui a permis à l’enquête sur l’assassinat de Mehdi Kessaci d’avancer de manière extrêmement sensible », insiste-t-il, pour démontrer qu’il a fait sa part du travail en doublant ses effectifs. L’édile plaide aussi, une nouvelle fois, pour installer le parquet national anti-criminalité organisée à Marseille.

    L’infrastructure d’abord

    Dans l’entourage du chef de l’État on refuse de commenter les propos du maire. Mais de nouveau, cette implantation marseillaise est repoussée, pour privilégier le lien avec les autres juridictions nationales et le tout nouvel état-major de lutte contre la criminalité organisée (Emco) à Nanterre. Mais tandis que l’action sociale du plan Marseille en grand se limite à l’entrepreneuriat, la prévention pour agir sur le terrain face aux réseaux reste toujours cantonnée aux dispositifs classiques. « L’État continue à mobiliser très fortement ses moyens financiers », promet l’Élysée, soulignant les 20 millions d’euros à Marseille pour la politique de la ville. Une politique touchée par les coupes budgétaires. Mais on assume : « Marseille en grand s’est concentré sur le rattrapage en termes de structure et d’infrastructure. » Avec des effets qui, enfin, se concrétisent, veut rassurer l’entourage du chef de l’État. « Entre 2024 et 2025, le plan est passé de 31% des crédits engagés à 62% des crédits engagés », annonce-t-on. Un site a même été mis en ligne ce week-end – elysee.fr/marseille-en-grand – pour rendre plus visible cette action. « On a fait ce qu’on a dit qu’on allait faire », disait en son temps Emmanuel Macron. Avec toutes les limites que cela implique.

    Manifestation pour la défense des Spip

    « Il est l’heure de sonner la fin de la partie. » À l’appel du syndicat CGT Insertion Probation, les agents du service pénitentiaire d’insertion et de probation (Spip) de Marseille se rassembleront ce mardi à 12h45 sur le parvis du Palais Monthyon pour défendre les métiers et les missions des Spip et dénoncer les premières orientations du projet de loi présenté par le garde des Sceaux. Magistrats et avocats s’associent à ce rassemblement à l’appel du syndicat de la magistrature. D.C.

  • [Rue de la République] Anthony Krehmeier : « On attend du président de la République qu’il ne vienne pas les valises vides »

    [Rue de la République] Anthony Krehmeier : « On attend du président de la République qu’il ne vienne pas les valises vides »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h10 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies. « Rue de la République » accueille chaque semaine une personnalité marquante de la vie du territoire. Ce week-end, Anthony Krehmeier, maire PS des 2e et 3e arrondissements de Marseille et conseiller départemental.

    Le bilan

    Didier Gesualdi : De chasseur en 2020, vous êtes devenu chassé puisque cette fois vous êtes sortant. Il y a un bilan à défendre, il va falloir prouver qu’il est bon.

    Oui, c’est un exercice nouveau pour nous. Nous étions dans l’opposition. Aujourd’hui, on a un bilan, des réalisations qui sont concrètes dans les 2e et 3e arrondissements, comme dans tout Marseille. Les habitants voient que la ville a changé.

    Didier Gesualdi : Qu’est-ce qui a changé justement ?

    La ville est plus attractive qu’il y a 5 ans, c’est une évidence, sur ses fondements, en matière de solidarité, c’est une ville qui est plus unitaire, on est arrivé à recoudre la ville. Il y a encore beaucoup de travail, mais on est arrivé à envoyer des signaux dans ce sens. Je prends seulement l’exemple des 2e et 3e arrondissements. Quand je suis arrivé, il n’y avait pas de bibliothèque, pas de transports, pas de piscine. Aujourd’hui, c’est le cas. On a rénové tout un tas d’écoles dans ce quartier, qui comptait pourtant le plus d’écoles dans des états catastrophiques. Ce qu’il s’est passé dans ce secteur s’est passé aussi dans le reste de la ville. Marseille n’a plus honte de ses écoles ni de son image au plan national comme international, puisque nous avons accueilli de très grands événements. On est redevenu ce que nous n’aurions jamais dû cesser d’être : la 2e ville de France et la capitale de la Méditerranée.

    Léo Purguette : Que répondez-vous à ceux qui trouvent que ça ne va pas assez vite ?

    Ça ne va jamais assez vite. Je leur réponds : dans quel état nous avez-vous laissé la ville ? Je vous prends exemple : à l’école Pommier, les chaudières dataient de 1954. Nous avions été obligés d’embaucher une personne pour crier dans une corne en cas d’incendie puisque le système incendie était défaillant. Vous imaginez ça en 2020 ? Aujourd’hui, nous avons des écoles qui fonctionnent, des conditions de travail dignes pour les agents, ça évite des grèves à répétition, une police municipale quasiment doublée. Nous avons fait progresser cette ville.

    Le plan Marseille en grand

    Didier Gesualdi : La droite dit que vous avez gagné au loto avec le plan Marseille en grand. 1 milliard d’euros pour neuf écoles rénovées. Vous contestez ce chiffre ?

    Je conteste ce chiffre et cette façon de parler. Nous n’avons pas gagné au loto, le maire de Marseille a pris son bâton de pèlerin, il est allé, avec beaucoup d’humilité, dire au président de la République : « Je suis dans l’incapacité d’exercer mes missions, j’ai besoin de l’aide de l’État. » Ce n’était pas facile. Il aime cette ville, il nous a entendus. Nous avons travaillé ensemble puisque la Ville de Marseille a autant financé le plan écoles que l’État. Le maire de Marseille a inauguré, rien que cette année, 17 écoles.

    Didier Gesualdi : Pourquoi cette différence de chiffres ?

    Je me base sur les chiffres de la préfecture, je crois que c’est le mieux.

    Léo Purguette : Le président de la République est à Marseille mardi. Qu’attendez-vous de sa visite ? Benoît Payan semble à nouveau très exigeant vis-à-vis de l’État.

    C’est normal. Nous sommes reconnaissants à l’égard du président de la République pour ce qu’il a fait pour cette ville en reconnaissant son rôle de 2e ville de France. Vous savez, on a toujours été fiers d’être Marseillais, mais avant, le dire, ça faisait un peu sourire. Aujourd’hui, la capacité d’attractivité a complètement changé. On attend du président de la République qu’il ne vienne pas les valises vides. Nous avons encore besoin de beaucoup de moyens sur les transports, la sécurité… On attend qu’il vienne remettre les pendules à l’heure sur ces sujets-là.

    La sécurité

    Didier Gesualdi : Tout ne va pas bien à Marseille. Dans votre secteur, les salariés d’Orange ont été obligés de tirer le rideau, même s’ils reprennent ce lundi.

    Nous ne nions rien. Nous ne nions pas la réalité de cette ville. Elle est frappée par des assassinats horribles, des guerres liées au narcotrafic, mais aussi par une délinquance plus classique, même si je n’aime pas ce mot car il ne faut jamais banaliser. En ce qui nous concerne, nous avons doublé la police municipale, nous avons une brigade de nuit, il n’y avait pas de commissariat dans le 3e arrondissement, nous avons ouvert un poste de police. Bien sûr que les choses ne vont pas en matière de sécurité, mais s’agissant de la Ville de Marseille, les efforts ont été faits. Nous avons installé des caméras de vidéosurveillance, nous avons augmenté les effectifs, nous allons continuer dans un prochain mandat, si les Marseillais nous font confiance. Nous ne prenons pas ce sujet à la légère. C’est une priorité pour nous comme pour les Marseillais et les Marseillaises. Le Front national n’est pas propriétaire des questions de sécurité, ni des questions de nation. Trop longtemps à gauche, on a laissé ces sujets à l’extrême droite. Qui est frappé par l’insécurité ? Les gens des quartiers populaires, les pauvres, pas les riches ! C’est les travailleurs d’Orange qui gagnent 1 500 euros. C’est une question sociale avant tout !

    Léo Purguette : Est-ce qu’une municipalité peut faire face à des réseaux militaro-mafieux ?

    Absolument pas. Ce n’est pas le rôle de la police municipale, mais de la police nationale. Les effectifs n’ont pas été assez augmentés de ce côté-là. M. Retailleau est beaucoup venu à Marseille faire de la politique, mais pas beaucoup augmenter les effectifs. Ce qu’avait fait Gérald Darmanin pour le coup. Il faudrait demander aux gens qui sont dans le parti de M. Retailleau, pourquoi il ne l’a pas fait. Marseille devrait être traitée comme une ville normale, il nous manque 1 000 policiers nationaux.

    Didier Gesualdi : Martine Vassal promet un « choc d’autorité ».

    Très bien, qu’elle demande à M. le ministre de l’Intérieur d’augmenter les effectifs. Je la prends au mot. Qu’elle le fasse, parler c’est bien, dire qu’on aime Marseille, c’est bien, le prouver c’est mieux.

    Les municipales

    Didier Gesualdi : Sur ce plateau, Romain Simmarano, porte-parole de Martine Vassal, exige le rapport de la chambre régionale des comptes que vous auriez sous le coude. Qu’en est-il ?

    Je crois que les magistrats de la chambre se sont exprimés. Vos confrères parlent de « grand enfumage ». M. Simmarano a dit ça pour venir clore la polémique sur le Front national…

    Didier Gesualdi : On cache rien ?

    Bien sûr que non. Le maire et l’adjoint aux Finances l’ont dit : le rapport n’est pas communiqué aux communes. La chambre ne s’exprime pas avant les élections. Tout cela, c’est un grand enfumage. On n’a rien à cacher : dans cette ville, la dette a baissé et l’investissement a augmenté. Je suis élu d’opposition au Département des Bouches-du-Rhône : la dette a été multipliée par 4 et il investit moins. Et ces gens-là vont venir nous donner des leçons ?

    Didier Gesualdi : C’est beaucoup pour aider les communes…

    Oui, mais ça reste de la dette et c’est pas pour aider Marseille. C’est d’ailleurs La Marseillaise qui a sorti l’info : 42% des habitants des Bouches-du-Rhône sont Marseillais, 2% de l’aide aux communes du Département vient à Marseille. Il y a un problème. Quand Marseille reçoit 4 euros par habitant, Cassis en reçoit 38 ! Vous pensez qu’il y a plus besoin de solidarité à Cassis qu’à Marseille ? Le Département aide même des communes qui sont moins endettées que lui ! On marche sur la tête.

    Léo Purguette : Le RN est donné en 2e position dans le dernier sondage. Peut-il gagner la ville ?

    Complètement. Je connais des gens dans mon entourage qui votaient socialiste, communiste et qui aujourd’hui vont voter Front national. Même des gens de ma famille, ça nous arrive tous d’avoir des gens qui nous disent « pourquoi pas ? On n’a jamais essayé ! » Tous les jours, je suis sur le terrain et je l’entends. On est dans un climat très anxiogène au niveau local comme international. Les gens cherchent une sortie, pour certains d’entre eux, ça peut être le Front national. Je le regrette profondément. C’est à nous, partis républicains, de faire front, de proposer des issues politiques positives.

    Léo Purguette : Nicolas Sarkozy était dans les 11-12 pour signer un livre où il propose à Marine Le Pen de mettre fin au front républicain ? Dérive ? Accord entre condamnés ?

    Je ne l’avais pas vu comme ça. En tout cas, c’est une suite logique des débats sur le ni ni… J’ai grandi politiquement en m’opposant à Nicolas Sarkozy.

    Léo Purguette : Craignez-vous un scénario à l’italienne avec une droite absorbée par une extrême droite dominante ?

    C’est le risque. Les aventures individuelles des uns et des autres coûteraient cher aux Marseillaises et aux Marseillais.

    LFI

    Didier Gesualdi : Sébastien Delogu tape très fort contre le Printemps marseillais. C’est votre adversaire ? Votre futur allié de second tour ?

    M. Delogu est dans une aventure individuelle. Il essaie d’exister, donc il est dans l’outrance : la police tue, le Karcher, la corruption… Je ne confonds pas M. Delogu avec les militants sincères de La France insoumise, qui se retrouvent très mal à l’aise avec ses outrances. Tous les jours, on en croise qui nous disent « on aurait aimé venir avec vous ». Pourquoi ? Parce que cette majorité est de gauche, fièrement de gauche, et n’a pas à rougir face à La France insoumise. Tout ce que nous avons fait, nous l’avons fait dans l’intérêt des classes populaires, nous avons réussi à recoudre la ville, nous avons donné plus à ceux qui ont moins. M. Delogu, nous lui avons tendu la main, à lui et ses camarades. Nous n’avons pas d’adversaire à gauche. Si à la fin, le RN gagne parce qu’il aura voulu avoir son affiche sur les murs pendant un mois et demi, il devra prendre ses responsabilités.

    La corruption

    Léo Purguette : Deux agentes du tribunal de Marseille ont été mises en examen pour consultation de fichiers au profit de trafiquants de drogue. Est-on déjà passé au stade où le narcotrafic pénètre les institutions ? Est-ce que c’est une crainte pour la Ville de Marseille ?

    Le narcotrafic s’infiltre partout, dans les quartiers, dans les familles, dans les institutions, potentiellement dans la police et la justice. Oui, c’est une crainte. Nous n’avons pas envie de vivre dans une ville que le narcotrafic veut mettre en coupe réglée. Il faut couper la tête de la pieuvre comme l’a dit plusieurs fois le maire de Marseille. Il nous faut des moyens comme jamais des moyens ont été mis en place dans une ville. Venir aux obsèques du frère d’Amine Kessaci – paix à son âme – c’est une chose, apporter des solutions concrètes, c’est mieux. Je me suis construit en politique contre le Front national. Je suis viscéralement contre l’extrême droite. Comment se satisfaire d’un parti raciste à 30% à Marseille ? Il faut reconquérir ces électeurs en arrêtant de monter les communautés les unes contre les autres. Qu’on soit d’origine algérienne comme moi ou italienne comme vous M. Gesualdi, on est des Marseillais, la question, elle est sociale avant tout.

    Renaissance

    Léo Purguette : Vous espérez une nouvelle aide de l’État, mais le parti présidentiel, Renaissance, soutient Martine Vassal…

    … Je ne sais pas si c’est toujours d’actualité.

    Léo Purguette : Il semblerait que oui. Vous n’en êtes pas certain ?

    Suite à sa volonté d’ouvrir la porte à un rassemblement avec l’extrême droite, je ne suis pas sûr que le parti du président de la République, pro-européen et pro-démocratie, puisse assumer cet attelage. L’ex-députée Sabrina Roubache s’est exprimée de manière assez claire. Je crois que Gabriel Attal également. Je ne pense pas que leur parti se lance dans une aventure qui finira dans les bras du Front national.

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de Jean-Claude :

    Quand comptez vous remettre les bancs place de Lenche ?

    C’est un bel exemple de la difficulté à être un élu de proximité. J’avais des bancs, place de Lenche, qui étaient mal occupés le soir puisqu’il y avait des gens qui passaient la soirée à faire du bruit, à boire des bières, à tirer des mortiers sur des habitations. J’ai donc décidé, pour pallier le problème, de les supprimer en me disant qu’il y aurait, de cette manière, moins de nuisances. Ça a été le cas, mais finalement, les mêmes personnes qui m’avaient demandé de le faire estimaient que lorsqu’ils remontaient des courses le matin, ils avaient besoin de se reposer. Donc j’ai dû remettre les bancs pour satisfaire les personnes âgées. Tout en ayant à nouveau quelques nuisances le soir. Autre exemple : je mets au défi les uns et les autres d’installer un container dans une rue. Tout le monde réclame des containers, mais personne n’en veut devant chez lui. Les bancs, c’est la même chose. Tout le monde en veut pour se reposer, mais personne n’en veut en bas de sa fenêtre, parce qu’il y a des nuisances le soir, parce qu’on casse des bouteilles de bière etc. Donc, vous voyez, c’est la grande difficulté de recherche de l’intérêt général. Ce n’est pas la somme des intérêts particuliers. Parfois, on doit prendre des décisions qui sont impopulaires mais qui essaient de répondre à l’intérêt de tous.

  • Isabelle Épaillard : « Toutes les cités vont être passées en revue pour améliorer le quotidien »

    Isabelle Épaillard : « Toutes les cités vont être passées en revue pour améliorer le quotidien »

    Chaque week-end dans La Marseillaise, chaque dimanche à 12h30 sur Maritima radio, ceux qui font l’actualité sont interrogés sur leurs choix, leurs décisions, leurs stratégies.

    Le plan Marseille en grand

    Didier Gesualdi : Avec le plan Marseille en grand, l’État investit massivement, produit des résultats mais on entend aussi des critiques, celles de la Chambre régionale des comptes qui trouve que ça ne va pas assez vite, celles de la droite qui trouve que les écoles ne sortent pas assez vite de terre… Pouvez-vous nous faire un point d’étape ?

    Je pense que nous avons bien avancé dans le cadre du plan Marseille en grand. Je voudrais vous parler plus particulièrement du volet logement. Dans le département des Bouches-du-Rhône, on estime qu’on a, à peu près, 100 000 demandes de logement social tous les ans. Évidemment, on n’y répond pas, parce qu’on fait rentrer en moyenne 8 000 personnes dans le parc social. Donc forcément, on a une contrainte forte qui est celle de la construction de logements. Ce n’est pas propre aux Bouches-du-Rhône mais c’est particulièrement vrai dans ce département et donc à Marseille. Il était important, dans le plan Marseille en grand, de poser ce volet du logement. Il se décline de deux manières. D’abord, dans tous les projets de rénovation urbaine que l’on travaille avec la Métropole et la Ville, on avance dans des comités de pilotages coordonnés. À Marseille, la rénovation urbaine, c’est dix projets. On estime qu’on est à 79% d’engagement. Ça veut dire qu’on a posé les jalons de la programmation de ce qu’on veut faire à près de 80%. On est censé avoir tout défini pour le 30 juin 2026…

    Didier Gesualdi : … sinon les crédits repartent ?

    C’est ça. Aujourd’hui Marseille se positionne au même niveau que les autres villes concernées par de la rénovation urbaine. Ensuite, je voudrais parler de la lutte contre l’habitat dégradé et les copropriétés privées dégradées pour lesquelles nous allons accélérer.

    Léo Purguette : C’est important d’engager les crédits mais il faut penser aussi aux gens. Êtes-vous inquiète sur les capacités de relogement des personnes ?

    C’est un point de préoccupation. Si on porte un projet de rénovation urbaine et qu’on s’intéresse à l’habitat dégradé, c’est qu’on s’intéresse avant tout aux personnes qui occupent ces logements. Le logement c’est fondamental, quand vous avez un toit au-dessus de la tête, vous êtes dégagé d’un certain nombre de contraintes et vous pouvez chercher du travail, vous occuper de vos enfants… Le logement reste dans notre pays, un ascenseur social. Aujourd’hui on a une vraie dynamique. On va voir les premières grues l’année prochaine. C’est bien la preuve que ces projets avancent.

    Les logements sociaux

    Léo Purguette : Est-ce qu’on construit assez à Marseille ?Dans le cadre de la rénovation urbaine, un logement démoli doit avoir un logement construit en face. En 2023, on était à 500 logements reconstituant l’offre, l’année dernière c’était 1 000, cette année on vise 1 600-1 700. Pour y arriver, il faut évidemment que les agréments rentrent dans la machine. C’est le travail que font la Métropole et les bailleurs avec l’aide des services de l’État.

    Didier Gesualdi : Des communes assument de ne faire aucun logement social comme Allauch. Peuvent-elles continuer à être hors-la-loi ?

    Le préfet a appliqué et applique ce qui est prévu par la loi.

    Didier Gesualdi : Mais ils préfèrent payer une amende que construire.

    Premier point, on applique la loi. Les communes qui ne réalisent pas 25% de logements sociaux payent une amende. Deuxième point, c’est la persuasion, l’accompagnement des projets. Et, vous avez raison, ils ne peuvent pas concerner que Marseille. Il y a des besoins de logements sociaux pour les habitants de ces communes. Il faut continuer d’investir. C’est pour ça que le préfet a proposé, avec une réaction de la Métropole et de certaines communes dont la Ville de Marseille, le dispositif de l’acquis-amélioré. De quoi s’agit-il ? De s’intéresser au logement dégradé existant comme les fameux trois-fenêtres marseillais. On peut venir accompagner un bailleur social avec un appui financier de l’État pour faire du logement diffus dans ce type de tissu urbain.

    La crise sociale

    Léo Purguette : Nous sommes confrontés à une crise sociale qui s’approfondit, les associations se mobilisent pour l’aide alimentaire mais que fait l’État pour que chacun puisse se nourrir correctement ?

    La précarité alimentaire dans notre département, notamment dans le centre-ville de Marseille ou dans les quartiers Nord, est préoccupante. L’État est présent avec un accompagnement financier entre 2,5 et 3 millions d’euros. On vient appuyer l’action des associations sur l’ensemble du département. Il y a aussi la nécessité de réfléchir dans la situation que l’on connaît, avec une situation sociale qui n’est pas facile vous l’avez souligné, à la coordination des actions. On a un dialogue avec toutes les associations présentes sur le territoire, je les ai réunies en juillet et en septembre. On a posé un diagnostic de ce qui est fait dans le département pour essayer de voir là où on ne va pas assez, là où on a peut-être des redondances, afin de mieux s’organiser ensemble, de se coordonner. Je veux souligner le rôle des bénévoles qui sont engagés sur le terrain et dans le cadre de cette organisation collective, l’État est particulièrement vigilant.

    Les transports

    Didier Gesualdi : Il faut avoir un toit mais aussi pouvoir se mouvoir. Le compte n’y est pas. Qu’est-ce que vous dites à ces habitants qui se sentent relégués, loin des transports ?

    C’est un vrai enjeu. C’est un des volets du plan Marseille en grand. C’est 500 millions d’euros. C’est un projet en grande partie orienté vers les quartiers Nord pour les désenclaver. Ça prend du temps, c’est des tracés qu’il faut construire, des marchés qu’il faut passer. Cela doit se construire de manière coordonnée, articulée avec les projets de rénovation urbaine. Quand il y a 10 projets de rénovation urbaine dans les quartiers Nord, ils doivent s’insérer dans les projets de transports. Tout cela se fait dans le même temps. On avance bien.

    Didier Gesualdi : Quand est-ce que ça va arriver ? On dit toujours aux gens de patienter… Les grues sont bientôt là ?

    C’est l’objectif du plan.

    Les cités éducatives

    Léo Purguette : Vous parlez de donner aux jeunes des quartiers populaires « d’autres perspectives ». Comment concrètement ?

    À Marseille et dans le département, on a 11 cités éducatives. C’est un dispositif mis en place depuis 2019 qui vient faire travailler les équipes pédagogiques des écoles, collèges et lycées avec les associations et les habitants. Nous y croyons parce que c’est un moyen de transmettre l’égalité des chances. Le fait qu’il est possible dans tous les quartiers d’avoir des rêves, de rêver de devenir ingénieur, un métier différent… Pour cela il faut qu’on accompagne ces jeunes. C’est le rôle de ce dispositif. Par exemple, le plan stages de seconde que j’ai commencé à initier cette année et qu’on va élargir à quatre lycées du 3e, du 13e et du 15e arrondissements. Ça vise environ 1 600 élèves pour leur montrer qu’ils peuvent choisir leur stage.

    Léo Purguette : Comment on fait quand on n’a pas de carnet d’adresses chez papa-maman ?

    Justement, je suis allé voir ces jeunes au lycée Diderot il y a 8 jours, avec le recteur, avec les entreprises qui vont proposer des stages. On travaille aussi avec des institutions pour élargir le champ des possibles.

    Les conditions de vie

    Léo Purguette : On avait parlé sur ce plateau avec Juliette Méadel lorsqu’elle était ministre, des conditions de vie dans les quartiers populaires. Elle parlait de faire pression sur les bailleurs pour réparer les ascenseurs, les boîtes aux lettres, garantir la propreté… Où en est-on de ce travail ?

    C’est la première étape. Quand vous rentrez dans votre immeuble et que votre boîte aux lettres ou les portes sont cassées, vous ne vous sentez pas respecté. C’est pour ça que la ministre en avait fait un cheval de bataille auprès des bailleurs sociaux. Dans les Bouches-du-Rhône, nous avons eu une application méthodique de cette volonté. Avec les communes concernées, la Métropole et la communauté d’agglomération Arles Crau Camargue Montagnette, nous avons fait des visites de terrain, pris des photos pour montrer ce qui n’allait pas.

    Léo Purguette : La ministre avait cité trois bailleurs en les menaçant de sanctions. Est-ce que ça va mieux ?

    Ça va mieux. Finalement un des trois bailleurs a été sanctionné donc il perdra son abattement de la taxe foncière.

    Léo Purguette : Lequel ?

    C’est 13 Habitat pour Notre-Dame-des-Marins. Pour l’année prochaine, ils n’auront pas d’abattement sur ces bâtiments-là. Et nous retournerons voir si la programmation de travaux, qui était prévue, est bien mise en place. Ce que je veux vous dire, c’est qu’on avait lancé cette opération dans les quartiers qui connaissaient les situations les plus dégradées, désormais, j’ai demandé qu’on l’étende à tous les bailleurs, toutes les cités, tous les immeubles qui seront passés en revue par les délégués de la préfecture parce qu’il faut qu’on soit dans une démarche continue d’amélioration. On le doit aux locataires. Un locataire qui voit qu’on respecte son environnement le respectera aussi.

    Léo Purguette : Les problèmes constatés ne relèvent pas tous de l’incivilité. Le narcotrafic pose les plus graves problèmes. Que pouvez-vous dire aux habitants qui vivent dans la peur ?

    Que l’État est à leurs côtés, qu’il est vigilant. Ce n’est évidemment pas un problème qu’on peut régler comme ça. Il y a les actions continues de la police qui ne lâche pas les quartiers, qui intervient, mène des enquêtes et des actions contre le narcotrafic. Et puis, pour faciliter la vie, il y a des actions d’accompagnement aussi pour que les habitants aient conscience qu’on est là à leurs côtés. C’est plutôt là que j’interviens via la médiation sociale, les actions aux pieds des immeubles pour donner d’autres perspectives.

    La République c’est quoi ?

    Isabelle Épaillard : « L’article 1er de notre Constitution dit qu’elle est indivisible, laïque et sociale. Et puis aussi, la République c’est notre devise, ces trois mots si beaux : Liberté, Égalité, Fraternité. Notre République est là pour garantir que chacun d’entre nous trouve sa place, arrive à grandir, à s’épanouir. C’est aussi un idéal de vivre ensemble. Je crois modestement, qu’à travers des actions menées dans mon champ d’activité, on contribue à cette République. »

    La question des lecteurs

    Chaque semaine posez vos questions à nos invités sur lamarseillaise.fr l’une d’entre elles sera tirée au sort comme celle de
    Jacqueline : Bonjour. Je suis très inquiète par rapport au budget 2026. Si on prive les associations de moyens, la vie va encore plus se dégrader.

    Jacqueline a raison. Il faut que l’on soit vigilant sur le rôle des associations. J’ai été marquée par le rôle qu’elles jouent depuis que j’ai pris mes fonctions il y a un an. Un rôle fondamental de relais auprès des habitants et, pour moi, ce sont des interlocuteurs de tous les jours sur les questions de précarité alimentaire, dans le cadre de la médiation sociale, des activités qu’ils proposent, elles ont un réel dynamisme. Je ne sais pas, aujourd’hui, de combien le budget de la politique de la Ville sera concerné par les restrictions budgétaires qui sont annoncées. Je ne sais pas comment évoluera la discussion de la loi de Finances. Tout ce que je sais, c’est que j’ai une vigilance toute particulière pour les associations et que j’essaye de faire en sorte de les accompagner au mieux. Quand on a des difficultés, je n’hésite pas à monter des comités de financeurs. Je l’ai déjà fait cette année pour deux ou trois associations qui me préoccupaient et qui sont venues me voir. J’ai essayé de mettre autour de la table d’autres financeurs : les collectivités, éventuellement des fondations… Pour qu’on voie comment on peut passer une étape qui est compliquée et maintenir le service rendu et attendu par nos concitoyens.

  • Plan écoles : la joie préside à l’inauguration du groupe scolaire Bouge

    Plan écoles : la joie préside à l’inauguration du groupe scolaire Bouge

    C’est un groupe scolaire de 28 classes – 9 maternelles, 18 élémentaires, 1 classe ULIS – dessiné par l’agence Satori Architectes sur le plateau des Lauriers (13e) dans le quartier de Malpassé, où les élèves plutôt que de descendre les marches du grand escalier ouvrant sur les cours de récréation, peuvent emprunter un toboggan géant.

    Nombreux étaient hier les minots à s’y glisser pour l’inauguration officielle de cet équipement public ambitieux, ouvert à la rentrée et qui s’inscrit dans la vague 1 de rénovation du vaste Plan École, un programme historique de 1,5 milliard d’euros qui concerne l’intégralité des 470 écoles de la ville dont 188 écoles nouvelles ou totalement rénovées.

    « C’est une très belle école en terme architectural, mais ce n’est pas qu’un geste architectural, c’est du très haut niveau d’exigence qualitative, environnementale. C’est pensé pour les enfants, les enseignants, le changement climatique mais aussi pour le quartier quand on voit la dimension du gymnase. Pour les écoles, il faut le meilleur », confie le maire de Marseille, Benoît Payan, quelques instants après avoir dévoilé la plaque avec la sous-préfète chargée du plan Marseille en grand, Virginie Avérous et le recteur d’académie, Benoît Delaunay. « La réalité de l’enveloppe, c’est 400 millions de l’État du plan Marseille en grand et on va être 1,1 milliard d’euros de la mairie si les coûts n’augmentent pas, explique le maire. « On voit bien qu’en 4 ans, c’est 300 millions d’euros supplémentaires. Mais quand on a autant de chantiers, les choses ne sont jamais comme certains peuvent l’imaginer. On ne construit pas des écoles avec des tweets. »

    « C’est magnifique ! C’est grand et pratique. Les petits adorent. Vous n’avez pas connu avant, c’était petit, vétuste, le gymnase était condamné », sourit une maman sur la terrasse pédagogique co-construite avec l’association Les Archiminots où les tout-petits font du vélo. Le meilleur est là. Chaque salle de classe de l’école élémentaire est équipée d’écran numérique interactif. On y trouve une bibliothèque, deux cantines, le gymnase de 600m², une conciergerie, deux cours de récréation végétalisées et désimperméabilisées.

    « C’est prometteur pour leur épanouissement »

    Situé en quartier prioritaire, le groupe scolaire a coûté 19,6 millions d’euros (40% État, 37% ANRU et 23% Ville). « On est sur une des dernières écoles de la vague 1. On était venu ici il y a 4 ans avec le président de la République, rendez-vous compte aujourd’hui de l’équipement qu’on a ! », se remémore la sous-préfète Virginie Avérous, qui goûte au plaisir de voir les sourires des enfants, des parents et des équipes éducatives. « Les écoles des vagues 2 et 3 qui entrent en chantier en cette fin d’année, ensuite la vague 4 annoncée par le maire. Sur 188 écoles, on en a livré 15 et une soixantaine sont encore en phase d’études et de démarrage des travaux », ajoute-t-elle.

    Un enthousiasme que partage le recteur d’académie, Benoît Delaunay : « Cette école offre des conditions de travail très bonnes pour les enseignants et les agents. C’est très prometteur pour l’épanouissement de ces enfants et leur devenir professionnel. Pour les deux directrices d’école que j’ai saluées, cela permet de repenser pédagogiquement les choses avec des espaces nouveaux. L’école, c’est justement offrir de nouvelles possibilités ».

  • La cinémathèque repère ses futurs locaux phocéens

    La cinémathèque repère ses futurs locaux phocéens

    Il faut se projeter pour le moment entre les grues, les parpaings et les isolants. Mais c’est bien au 50 chemin de la Madrague-ville à Marseille (15e) que la cinémathèque française posera ses valises, en janvier 2027. Ce mercredi, le président du Centre national du cinéma (CNC), Gaëtan Bruel, le président de la cinémathèque française et réalisateur, Costa-Gavras, et le directeur général de l’institution, Frédéric Bonnaud, sont venus visiter ce qui deviendra une salle de projection, un auditorium et une salle d’exposition pour leur antenne marseillaise.

    C’est au sein du campus de 18 000 m2 de l’école d’informatique la Plateforme, fondée et dirigée par Cyril Zimmermann, que l’institution va prendre ses quartiers. Avec une salle de projection de 124 places, une salle d’exposition de 400 m2 et un pôle éducatif, l’institution du 7e art bénéficiera d’un espace de 1 500 m2 sur le campus. Un auditorium pouvant accueillir jusqu’à 550 personnes pourra également être utilisé par la cinémathèque, lors de grands événements.

    Pas de hasard

    « Le but est de faire de cet endroit un village apprenant, explique Cyril Zimmermann. Les projections et les expositions pourront attirer les étudiants, mais aussi les résidents du quartier et tous les habitants de Marseille. » Originalement prévue aux docks des suds, c’est finalement en plein centre du quartier des crottes que l’antenne prendra vie. Ironique pour le réalisateur et président de la cinémathèque, Costa-Gavras, qui aimait beaucoup travailler avec Yves Montand, né dans ce quartier. « J’étais souvent venu le visiter avec Yves Montand », se souvient le cinéaste âgé de 92 ans.

    Créée en 1936, avec comme mission de collecter, restaurer et diffuser le patrimoine cinématographique mondial, c’est la première fois de son histoire que cette institution se délocalise. Et Marseille n’a pas été choisie au hasard.

    « Il y avait un enjeu à reconnaître ce que l’on doit à Marseille dans le domaine du cinéma et de l’image animée, insiste Gaëtan Bruel, président du CNC. C’est une ville, un territoire, qui, de [Marcel] Pagnol à [Jean] Giono jusqu’à [Robert] Guédiguian et [Cédric] Jiménez, a donné à notre pays certains de ses plus grands talents. » Un domaine qui s’est d’ailleurs développé dans la cité phocéenne avec l’arrivée de la Cinéfabrique, une école d’audiovisuel gratuite, ou encore la base logistique créée il y a deux ans, CinéMabase, dans le cadre du plan Marseille en grand.

    Une richesse et un dynamisme que la cinémathèque tient à mettre en avant, en faisant de Marseille le sujet de la première exposition qui aura lieu au 50 chemin de la Madrague-ville. « Le but sera de montrer la ville elle-même à travers le 7e art et la télévision, explique le directeur général de l’institution, Frédéric Bonnaud. Et il y en aura des choses à montrer », s’enthousiasme-t-il.

    Ouverture prévue pour janvier 2027 pour les séances de cinéma, et au printemps de la même année pour la première exposition de l’antenne marseillaise de la Cinémathèque française.