Tag: PFAS

  • [Rétro 2025] Gard : clap de fin pour Solvay et ses 64 salariés

    [Rétro 2025] Gard : clap de fin pour Solvay et ses 64 salariés

    Salindres a été sous le feu des projecteurs en cette année 2025. En effet, l’usine chimique Solvay – qui produit du TFA, le plus petit des per- et polyfluoroalkylées (Pfas) – avait annoncé fin 2024 sa volonté de fermer son site gardois, mettant sur le carreau les 64 salariés dont certains y travaillaient depuis une vingtaine d’années. Un exemple de plus de casse industrielle frappant un département déjà durement touché par la désindustrialisation. Pourtant, les salariés ont lutté tout au long de l’année pour tenter de stopper l’engrenage. Bien que le Plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) ait été signé par l’intersyndicale (composée de la CGT, la CFDT et CFE-CGC) – prévoyant entre autres une compensation de 40 000 euros et un congé de reclassement de 15 mois – et validé par la Dreets (Direction régionale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités) le 21 janvier, la bataille s’est finalement menée sur les terrains sanitaire et environnemental.

    Car beaucoup pointent la dangerosité du TFA. Aussi bien du côté des associations écolos comme Générations Futures ou le collectif Gard-eau-Pfas, qui ont réalisé des prélèvements autour de Salindres montrant une forte contamination de l’eau au TFA aux alentours que de l’ARS, qui a décidé de se saisir de la question en organisant ses propres prélèvements. Des analyses qui ont provoqué la fureur des salariés, se sentant encore plus abandonnés par la direction. À l’instar de Jean-Pierre Tosi, opérateur sur le site depuis 2001 et en arrêt maladie depuis deux ans. « J’ai une maladie auto-immune qui s’attaque à mes reins. (…) Quand la maladie s’est déclenchée, j’ai été hospitalisé un mois à Nîmes. Certains médecins me disaient que c’était à cause des produits chimiques que j’avais respirés et d’autres étaient moins catégoriques », soutient le salarié dans les colonnes de la Marseillaise. D’autant que son cas est loin d’être isolé : son père et son oncle, tous deux travaillant également à Solvay, sont décédés d’un cancer.

    Mais les salariés n’auront jamais réussi à faire flancher une direction refusant de payer des tests médicaux. Après un blocage d’accès au site, celle-ci a finalement accepté de garder une vingtaine de salariés, dont une douzaine du Groupement d’intérêt économique. Le 28 mars, la plus grande vague de départs avait lieu, marquant la fin d’une histoire. Puis les mauvaises nouvelles se sont enchaînées. En juillet, l’Inspection du travail a confirmé le licenciement pour motif économique de salariés protégés, exerçant des fonctions représentatives. « Les derniers salariés sont donc licenciés », soupirait Damien Orly, délégué CGT à Solvay. Pourtant, le TFA est, lui, toujours présent.
    Louis Dupin

  • Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Pour les écolos, l’incinérateur est inadapté aux polluants éternels

    Un incinérateur qui ne chauffe pas assez fort pour détruire les Pfas. Entendre les composés « per » et « polyfluoroalkylés », présents notamment dans les textiles, emballages alimentaires, mousses anti-incendie ou encore les revêtements antiadhésifs. Pour Sébastien Barles, conseiller communautaire écologiste, responsable du collectif écolo-citoyen Vaï Marseille, et Paul Poulain, ingénieur prévention, le centre Évéré, basé depuis 15 ans à Fos-sur-Mer, n’est pas adapté à l’élimination de certains déchets devenus omniprésents dans les ordures ménagères.

    « En chauffant à 850 degrés, il ne prend pas en compte la résistance au feu des Pfas qui, pour être détruits, doivent brûler entre 1 100 et 1 400 degrés », pose Paul Poulain. De quoi garantir une minéralisation de ce genre de déchets, précise une étude de l’Ineris parue en 2023.

    L’ingénieur prévention dans les assurances et auteur de Tout peut exploser, Enquête sur les risques et les impacts industriels (Fayard), insiste sur la dangerosité de ce polluant méconnu. « 4 700 substances au total listées par l’OCDE », précise-t-il, citant une étude de 2018, mise à jour en février 2025. Si un plan d’action interministériel sur les Pfas a été mis en place en 2024, la réglementation au niveau national et européen de ces substances reste embryonnaire.

    Des bases de données limitées

    Paul Poulain entend alerter et sensibiliser le grand public aux risques sanitaires de ce genre d’installation et au-delà des émissions des zones industrielles. « Ce n’est pas comme si on avait des doutes », considère-t-il, se basant sur une étude de Santé publique France, parue ce 4 décembre, sur l’état de santé des populations autour des grands bassins industriels où la zone de Berre, Fos et Marseille a été prise en compte. Les conclusions de l’établissement public ne sont pas aussi tranchées. Ce dernier indiquant que « des résultats ont montré une association entre une exposition liée à des industries (…) et des surrisques pour certains indicateurs de santé », mais qu’ils sont à « mettre en perspectives, au vu des limites identifiées des bases de données utilisées et du design même de l’étude, qui ne permet pas d’établir de lien causal entre l’exposition industrielle et l’apparition des pathologies étudiées ». Il souligne néanmoins « l’importance de maintenir et renforcer la surveillance environnementale des installations industrielles ».

    Concrètement, « nous avons écrit au préfet de région sur la question du contrôle et de l’accès à l’information », indique Sébastien Barles, pour qui cette question s’inscrit également dans un contexte électoral. « Ce sera un sujet de l’élection métropolitaine, niveau auquel nous comptons organiser des états généraux des déchets », espère l’élu. Paul Poulain ne cache pas non plus ses ambitions. « Je vais rejoindre Vaï pour les municipales, je serai sur la liste dans les 15e et 16e arrondissements, secteur de Marseille le plus impacté » par la pollution estime-t-il, dénonçant au passage une « inégalité territoriale ».

  • Des PFAS présents dans l’air dans toute la région Occitanie

    Des PFAS présents dans l’air dans toute la région Occitanie

    Gendarme de la pollution
    atmosphérique, l’Atmo Occitanie analyse régulièrement la qualité de l’air dans la région. Un enjeu de santé majeur, la pollution de l’air étant responsable de 40 000 décès chaque année, d’après Santé publique France. « Le coût pour la Sécurité sociale est évalué à plus de 100 milliards d’euros. Donc il y a un certain nombre d’actions qui peuvent être mises en œuvre avec les données que nous produisons », souligne Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie.

    Si l’observatoire mesurait jusque-là la présence de pesticides, cette année -c’est la nouveauté- l’étude prend également en compte la détection des perturbateurs endocriniens (PE) et des Pfas, polluants éternels. « Les perturbateurs endocriniens sont issus de la combustion, de la dégradation de matières comme les plastiques ou encore les répulsifs anti-moustiques. Nous avons voulu suivre les Pfas dans les retombées de poussière et de pluie puisque des réglementations sont en train de se déployer. Nous souhaitons faire des premières évaluations pour avoir des éléments d’échange sur ce que l’on peut respirer », détaille Dominique Tilak, directrice d’Atmo Occitanie. Pas moins de 192 molécules (88 pesticides, 56 PE et 50 Pfas, deux molécules étant recherchées dans les pesticides et les PE) ont été analysées sur dix sites de la région.

    Des Pfas sur tous les sites

    Ainsi, ce ne sont pas moins de 105 molécules qui ont été retrouvées dans l’air occitan (47 pesticides, 50 PE et 10 Pfas). « Au niveau des pesticides, on retrouve depuis plusieurs années fréquemment le prosulfocarbe, le Folpel, fongicide utilisé sur les vignes et le pendimethaline, un désherbant que l’on retrouve dans les grandes cultures », poursuit Dominique Tilak. Une tendance à la baisse est observée sur la plupart des sites, sauf le Gard viticole « mais la concentration cumulée est basse ». Les zones urbaines ne sont pas épargnées par les pesticides puisque dix ont été retrouvés à Montpellier -50 PE et 10 Pfas – et 14 à Toulouse – 56 PE et 6 Pfas. Les polluants éternels sont donc présents sur l’ensemble des sites (10 ont été enregistrés sur le site gardois urbain -mais le TFA, produit à Solvay n’était pas recherché). « C’est une première en France. Quel que soit l’endroit ou le moment, nous respirons des PE et des Pfas dans les environnements suivis. Nous sommes au début d’une étude qui durera au moins trois ans. On espère pour pouvoir continuer et voir les évolutions. »

  • En Occitanie, des PFAS présents dans l’air

    En Occitanie, des PFAS présents dans l’air

    Gendarme de la pollution
    atmosphérique, l’Atmo Occitanie analyse régulièrement la qualité de l’air dans la région. Un enjeu de santé majeur, la pollution de l’air étant responsable de 40 000 décès chaque année, d’après Santé publique France. « Le coût pour la Sécurité sociale est évalué à plus de 100 milliards d’euros. Donc il y a un certain nombre d’actions qui peuvent être mises en œuvre avec les données que nous produisons », souligne Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie.

    Si l’observatoire mesurait jusque-là la présence de pesticides, cette année -c’est la nouveauté- l’étude prend également en compte la détection des perturbateurs endocriniens (PE) et des Pfas, polluants éternels. « Les perturbateurs endocriniens sont issus de la combustion, de la dégradation de matières comme les plastiques ou encore les répulsifs anti-moustiques. Nous avons voulu suivre les Pfas dans les retombées de poussière et de pluie puisque des réglementations sont en train de se déployer. Nous souhaitons faire des premières évaluations pour avoir des éléments d’échange sur ce que l’on peut respirer », détaille Dominique Tilak, directrice d’Atmo Occitanie. Pas moins de 192 molécules (88 pesticides, 56 PE et 50 Pfas, deux molécules étant recherchées dans les pesticides et les PE) ont été analysées sur dix sites de la région.

    Ainsi, ce ne sont pas moins de 105 molécules qui ont été retrouvées dans l’air occitan (47 pesticides, 50 PE et 10 Pfas). « Au niveau des pesticides, on retrouve depuis plusieurs années fréquemment le prosulfocarbe, le Folpel, fongicide utilisé sur les vignes et le pendimethaline, un désherbant que l’on retrouve dans les grandes cultures », poursuit Dominique Tilak. Une tendance à la baisse est observée sur la plupart des sites, sauf le Gard viticole « mais la concentration cumulée est basse ». Les zones urbaines ne sont pas épargnées par les pesticides puisque dix ont été retrouvés à Montpellier -50 PE et 10 Pfas – et 14 à Toulouse – 56 PE et 6 Pfas. Les polluants éternels sont donc présents sur l’ensemble des sites (10 ont été enregistrés sur le site gardois urbain -mais le TFA, produit à Solvay n’était pas recherché). « C’est une première en France. Quel que soit l’endroit ou le moment, nous respirons des PE et des Pfas dans les environnements suivis. Nous sommes au début d’une étude qui durera au moins trois ans. On espère pour pouvoir continuer et voir les évolutions. »

  • La très lente régulation du TFA, produit depuis 43 ans à Salindres

    La très lente régulation du TFA, produit depuis 43 ans à Salindres

    Si Solvay a fermé à Salindres, la pollution au TFA est toujours d’actualité. L’association Générations futures avait en effet révélé une « contamination record » à l’acide trifluoroacétique, plus communément appelé TFA, classé depuis 2021 parmi les polluants éternels (ou Pfas).

    En réalité, les taux révélés par l’association écologiste ne sont pas nouveaux. En tout cas, pas autour de la plateforme chimique à Salindres. Depuis 1982, du TFA est en effet produit par Rhodia (dont le site avait été cédé en 2011 à Solvay) sans qu’aucune norme ne soit fixée sur les rejets dans l’environnement. En 2011, le rejet de TFA est évalué à 80kg par jour, sans qu’aucune surveillance des eaux ne soit lancée. Mais l’année suivante, une étude d’interprétation de l’état des milieux (IEM) a été réalisée à l’initiative des industriels de la plateforme suite à plusieurs plaintes de l’Agence régionale de santé (ARS) et l’inquiétude suscitée par sa décharge interne.

    Transmise à la Dreal (la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement), cette étude se concentrait surtout sur tout un tas de polluants mais évaluait aussi le taux de TFA. Elle révèle ainsi des taux de TFA atteignant plus de 40 000 microgrammes par litre sur plusieurs prélèvements de surface, notamment du côté de l’Avène. Sur les captages souterrains, des niveaux atteignant 13 000 μg/L et 16 000 μg/L ont été signalés à l’est et à l’ouest de la plateforme. À titre de comparaison, les prélèvements révélés en 2024 par Générations futures étaient compris entre 4 000 et 7 000 μg/L. Ils étaient alors qualifiés de « record ».

    La difficile régulation

    Si ces chiffres peuvent aujourd’hui être jugés inquiétants, ils n’ont à l’époque suscité aucun émoi. Contactée, la Dreal précise ainsi qu’« il était impossible à l’époque de l’étude d’évaluer l’impact du TFA », celui-ci ne « disposant pas de valeurs limites de rejet encore aujourd’hui ». Dans ces conditions se pose donc la question de savoir pourquoi le TFA était analysé, puisqu’aucune valeur n’aurait entraîné une alerte.
    « Les relevés permettent d’avoir un historique et de faire avancer les études au long cours », répond la Dreal.

    Sans étude, la préfecture du Gard va tout de même limiter les rejets de TFA à 40 kg par jour en 2017 puis 20 kg en 2023 et prévoyait 5 kg en 2027. « Quelles sont les bases sur lesquelles la préfecture a pris ces limites de rejet ? On n’a jamais eu de réponse. Quand on leur dit que c’est potentiellement dangereux, ils disent qu’il n’y a pas d’étude pour le prouver. De l’autre côté, ils limitent les rejets sans raison donc », explique Laurent Emorine, ancien chercheur au CNRS qui analyse le TFA dans le Gard depuis plusieurs années et qui vient de lancer une pétition pour interdire la production de Pfas.

    Aujourd’hui se pose donc la question du taux acceptable dans l’eau potable. L’une des seules valeurs sanitaires indicatives connues pour le TFA se trouve en Allemagne, qui l’avait établie dans un premier temps à 3 microgrammes par litre avant de l’augmenter 4 ans plus tard, à 60 microgrammes par litre, en s’appuyant sur une étude de… Solvay. Depuis plusieurs mois, l’UE travaille aussi à l’évaluation d’une mesure limite. C’est dans ce cadre que l’ONG Pesticide Action Network a analysé des documents confidentiels fournis par les industriels (comme Bayer, BASF, Corteva, Syngenta) aux instances européennes. L’ONG révèle ainsi que ces études ont montré de graves malformations des yeux et du squelette des lapins exposés in utero à de fortes doses de TFA, mais aussi des anomalies du cœur, de la moelle épinière, des hypertrophies du foie et des altérations de la biochimie du sang. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) doit établir la norme définitive début 2026.

    « Le TFA se retrouve un peu partout sur Terre et pas que dans l’eau. On en retrouve dans l’air, dans nos légumes et surtout dans le vin. Le problème c’est que si on interdit le TFA, ça veut dire qu’on interdit certains pesticides et certains produits », explique Michel Tachon, membre de Générations futures dans le Gard.

  • Une pétition contre les Pfas part du Gard

    Une pétition contre les Pfas part du Gard

    « Nous lançons cette pétition en tant qu’habitants du Gard dont les eaux sont contaminées par les rejets de Pfas de l’usine Solvay de Salindres », lance sans ambages Laurent Emorine en ouverture du texte de la pétition présente depuis le début du mois sur le site de l’Assemblée nationale.

    Aux côtés de Philippe Vatinel, également membre du collectif Gard-Eau-Pfas, le chercheur du CNRS à la retraite consacre désormais une bonne partie de son temps à poursuivre ses travaux sur les polluants éternels de manière indépendante. Ensemble, ils ont souhaité passer à l’étape supérieure pour pousser les élus à légiférer sur le sujet en s’inspirant de la réussite de la pétition contre la loi Duplomb, qui avait rassemblé plus de 2,1 millions de signatures.

    « Évidemment, la réussite de cette pétition nous a inspirés », confirme Laurent Emorine. « On se rend compte que les pétitions, les actions en justice par des associations, commencent à porter leurs fruits. Nous avons aussi organisé des réunions tout le long du Gardon pour informer sur la toxicité probable de tous les Pfas. » Une première loi encadrant l’utilisation de certains Pfas (notamment dans les textiles, emballages alimentaires, cosmétiques, fart de ski) vient en effet d’entrer en application. Sur le principe du pollueur-payeur, les industries paieront également une redevance de 100 euros par 100 grammes de Pfas rejetés dans l’eau. Mais ça reste insuffisant pour Laurent Emorine, qui appelle donc à aller plus loin.

    Le chercheur souhaite en effet que la France s’associe à l’Allemagne, au Danemark, à la Norvège, aux Pays-Bas et à la Suède qui ont soumis un projet d’interdiction de tous les Pfas à l’Agence européenne des produits chimiques et s’engagent à l’international « afin d’éviter toute remise en cause au prétexte de compétitivité avec d’autres pays qui ne l’appliqueraient pas ». « Leur demande concerne plus de 10 000 substances », précise Laurent Emorine. « Ce n’est pas une interdiction brutale. C’est en fonction des types d’utilisation. Ils ont défini plusieurs classes de PFAS avec possibilité de dérogation pour des applications essentielles s’il y a besoin d’élaborer des alternatives. Le problème c’est qu’on retrouve ces Pfas dans énormément d’objets du quotidien. Des taux importants ont été détectés dans les poussières de maison donc si on n’en ingère pas par l’eau, on est contaminé par ces poussières. »

    Le chercheur déploie désormais toute son énergie pour faire connaître la pétition, notamment dans les zones concernées par de fortes pollutions aux Pfas avec l’objectif d’atteindre les 500 https://petitions.assemblee-nationale.fr/ uo;interdiction soit débattu dans l’hémicycle.

    *https://petitions.assemblee-nationale.fr/