Tag: PFAS

  • Occitanie : ces particules dans l’air qui ne sentent pas bon

    Occitanie : ces particules dans l’air qui ne sentent pas bon

    On en boit, on en mange et désormais grâce à cette étude, on sait qu’on en respire. » On s’en doutait fortement et c’est maintenant avéré. En plus d’être présents dans l’eau et les sols, les pesticides, perturbateurs endocriniens et Pfas sont massivement présents dans l’air en Occitanie comme ailleurs.

    Menée en 2024-2025, une étude nationale de l’agence Atmo vient de révéler ses résultats qui pour le moins interrogent. Selon les prélèvements effectués dans 10 sites d’Occitanie représentatifs des différentes structures de territoires (grandes cultures, polyculture, viticulture, urbain…), notre « multi-exposition saisonnière » est avérée, résume Émilie Dalix, présidente d’Atmo Occitanie, structure indépendante qui se définit comme un tiers de confiance pour les citoyens, garant de l’intérêt général.

    Sur les 191 molécules recherchées dans l’air, la présence de 103 d’entre elles est avérée. Dans le détail, on trouve la trace dans tout ou partie des sites de 42 pesticides sur 87, 48 perturbateurs endocriniens sur 53 et 13 substances per et polyfluoroalkylées sur 51 plus connues sous le nom de « Pfas ou polluants éternels ». Il peut par exemple s’agir de fongicides, herbicides, insecticides, dégradés de combustion, de composés plastiques, répulsifs utilisés dans les produits d’hygiène…

    À noter que les perturbateurs endocriniens et les Pfas se retrouvent dans la totalité des sites testés en France, ce qui laisse penser que « ces molécules sont présentes dans l’environnement », résume Dominique Tilac, directrice générale d’Atmo Occitanie.

    Des cancers du poumon chez des non-fumeurs

    Que signifient ces résultats ? Eh bien c’est désormais aux scientifiques de s’en saisir et de le dire. Le but du lanceur d’alerte étant d’alerter les pouvoirs publics, pas d’affoler la population. « C’est une démarche scientifique, on doit passer du questionnement à la connaissance », insiste Émilie Dalix. Elle rappelle qu’« un adulte respire 15 litres d’air par jour ». Et que la loi LAURE (1996) garantit que « chacun a le droit de respirer un air qui ne nuise pas à sa santé ».

    Au cœur du projet Paddle soutenu par l’Anses, Health data hub et coordonné par le CHU de Toulouse, le Pr Valentin Héluain tente d’établir précisément les liens entre pollution de l’air et cancer du poumon dont 20 à 25% proviennent chez des non-fumeurs, insiste-t-il. « On recherche les liens épidémiologiques de cause à effet entre une exposition environnementale et une maladie », résume le pneumologue et oncologue.

    Quand bien même certaines molécules se retrouvent loin des champs ou des usines, les secteurs agricole et industriel sont aussi invités à se saisir des résultats, comme pour les fumées par le passé. « Avant il y avait dans l’air du plomb et le souffre des carburants. On a moins de particules fines aujourd’hui. On peut agir sur la qualité de l’air », positive Dominique Tilac. Comme souvent tout est question de volonté politique. La santé publique doit primer sur l’économie.

  • L’Institut éco-citoyen de Fos est en difficultés financières

    L’Institut éco-citoyen de Fos est en difficultés financières

    Après 16 ans d’existence, l’Institut éco-citoyen pour la connaissance des pollutions est menacé. En seulement quatre ans, ce centre de recherche scientifique et participatif a perdu près de la moitié de son budget, soit environ 300 000 euros. « Il y a une réduction générale des financements, explique son directeur Philippe Chamaret. Ça fait plusieurs années qu’on en pâtit et qu’on recherche des fonds complémentaires. Aujourd’hui, on a un manque de moyens pour le fonctionnement minimum nécessaire pour mettre en œuvre les actions. Ce n’est pas tenable de consacrer 70% du temps de travail d’une équipe scientifique à chercher des financements. »

    Le budget de l’Institut repose à la fois sur les subventions des collectivités (essentiellement la Métropole), les appels à projet « de l’Agence nationale de la recherche, de l’Ademe, etc », et sur les missions cadrées dans le temps « comme ce qu’on fait à Lyon sur les PFAS », détaille Philippe Chamaret. Aujourd’hui, « l’inversion des flux financiers de l’État vis-à-vis des collectivités fait que certaines communes et la Métropole sont en grande difficulté et réduisent leurs contributions auprès du tissu associatif », dénonce-t-il.

    La problématique n’est pas nouvelle. Jusqu’en 2018, l’Institut employait 13 personnes. Depuis, les effectifs ont été restreints à 9 salariés, dont 6 scientifiques. Mais pas question de réduire la voilure davantage. « Le schéma de l’Institut c’est avoir une équipe transversale, souligne le directeur. Enlever une personne, une fonction, ça n’aurait plus de sens. » C’est cette pluridisciplinarité qui a fait la réussite de l’organisme, pionnier en matière de sciences participatives, qui s’est aujourd’hui dupliqué dans trois autres territoires.

    Philippe Chamaret appelle à une mobilisation et à une réflexion d’ensemble pour imaginer un mode de financement plus pérenne. Avec une piste d’ores et déjà identifiée : créer une structure, un fonds ou une fondation, alimentée par tous les financeurs potentiels, « dont les industriels, qui aujourd’hui ne contribuent pas aux recherches en santé environnementale sur leurs émissions ». « On partirait sur une base plus lisible », assure-t-il. Cette concertation est une « nécessité », à l’heure où la réindustrialisation du bassin de Fos-Berre « va changer la nature des polluants ». « Si on investit pour inventer d’autres modes de production, il faut aussi investir dans la connaissance de ces nouveautés. »

  • Chaufferie CSR : avis positif malgré des réserves et refus

    Chaufferie CSR : avis positif malgré des réserves et refus

    Transformer la dysfonctionnante usine de méthanisation Ametyst (50% de refus et bientôt 80% !) en chaufferie de combustibles solides de récupération (CSR) d’ici 2030. Tel est l’objectif du président Michaël Delafosse (PS) qui refuse d’exporter plus longtemps par 4 900 camions (vers Sète, Lunel, les P-O…) les 70 à 110 000 tonnes de déchets que la Métropole de Montpellier est incapable de traiter. « Nous sommes dans une impasse, un précipice en étant la seule métropole sans solution pour gérer ses déchets », alerte M. Delafosse. En parallèle du CSR, le président veut poursuivre la stratégie pour tendre vers le « zéro déchet » et promet à terme une baisse de 10% de la taxe sur les ordures ménagères.

    Les seuils font débat

    Mardi 13 octobre, les élus communautaires n’ont pas gravé dans le marbre la construction d’une chaufferie CSR qui brûlera au maximum 42 525 tonnes de déchets par an. Mais ils ont majoritairement émis un « avis favorable » à la demande d’autorisation environnementale et de permis de construire. Deux actes qui relèvent de la préfecture de l’Hérault qui vient de lancer l’enquête publique (deux réunions publiques sont prévues les 20 octobre et 6 janvier) qui se clôturera le 12 janvier 2027. Ce n’est qu’ensuite que la Métropole prendra sa position définitive.

    D’ici là, la perspective du CSR, sorte d’incinérateur nouvelle génération, est loin de faire l’unanimité. Il y a ceux qui émettent des réserves, à l’instar du maire de Saint-Jean-de-Védas qui exige la plus grande transparence sur la commission de suivi du site. « Nos installations doivent évoluer mais les responsabilités de chacun doivent être établies, les procédures d’alerte, de contrôle et mesures correctives connues », insiste Patrick Hivin. Si le délégataire choisi (Urbaser Environnement) s’engage à des émissions de polluants atmosphériques « 30 fois inférieurs aux normes », Marie-France Boisbault (pro-Altrad) note que les Pfas mais aussi les dioxines, métaux et mercure « ne sont pas quantifiés dans le rapport ». « Aucune valeur limite ne s’applique à l’ammoniac rejeté par les bio-filtres », ajoute Emmanuelle Mysona, élue d’opposition à Saint-Jean-de-Védas.

    Pour Julia Mignacca, c’est une fin de non-recevoir. « Un incinérateur incluant des plastiques va être implanté en pleine ville [quartier Garosud], à proximité immédiate d’habitations », alerte l’élue écologiste d’opposition à Montpellier qui réclame un « moratoire ». Au contraire, pour l’adjointe et épidémiologiste Tasmine Akbaraly, l’usine sera une « barrière de sécurité scientifique ». Selon le maire (DVG) de Lattes, Cyril Meunier, « il n’y a pas de bonne solution pour traiter les ordures ménagères » mais « le CSR est la plus suivie ». Et le vice-président Renaud Calvat (PS) d’abonder. « Le CSR d’Amsterdam permet de chauffer 40 000 foyers. »

  • [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    [C’est l’été] Sophian, ancien salarié de Solvay, n’a pas fini la lutte

    Sophian est l’une des figures de la lutte des salariés de Solvay à Salindres. Ce délégué syndical CGT avait en effet été l’un des premiers à alerter dans l’entreprise sur la dangerosité du TFA, produit sur le site gardois, après avoir beaucoup échangé avec les associations écologistes. La Marseillaise lui avait ainsi déjà consacré un portrait en octobre 2024, quelques semaines après l’annonce de la direction de la fermeture de l’usine de production.

    Après le départ de l’entreprise, Sophian a traversé une période difficile. « Ça a laissé des traces, comme chez beaucoup d’autres salariés. J’ai pris 30 kilos que j’ai perdus depuis. J’ai arrêté de fumer en même temps, ça n’a pas dû aider. Et j’ai déclenché un psoriasis. Il y a eu trop de choses en même temps et ça a dû jouer sur ma petite tête », explique-t-il aujourd’hui.

    Si certains de ses collègues sont partis chez Orano, Sophian fait partie de ces salariés dégoûtés par l’aventure Solvay qui veulent désormais éviter tout emploi industriel. Au détour d’un forum, il a bien postulé chez Perrier mais n’a pas eu de retour. « Je pense que quand les responsables des ressources humaines tapent mon nom sur internet, ils voient que je suis à la CGT et que je me suis mobilisé chez Solvay, ils se tournent alors vers un autre profil », dit-il sans dépit. Après une période de congés de reclassement, Sophian est désormais au chômage depuis le mois de juin même s’il a effectué quelques extras dans le restaurant familial. Surtout, il aimerait maintenant se réorienter vers le social et changer complètement de branche. Ou trouver un poste pour continuer d’alerter sur la dangerosité des Pfas…

    « Les Pfas dans la tête »

    Car Sophian n’a pas abandonné son combat pour alerter la population, faire reconnaître les dangers encourut par les ouvriers en contact avec ces substances chimiques, et plus largement, lutter contre cette pollution : « J’avais une petite conscience qui m’a permis d’ouvrir les yeux sur ces substances chimiques mais je ne pensais pas que c’était à ce point. Je pensais qu’on était dans un pays où on était un peu protégé. Après 13 ans passés à Solvay, je connais l’odeur du TFA. Beaucoup de salariés sont en colère car ils se sont rendu compte a posteriori qu’ils ont été surcontaminés ».

    Toutes les semaines, Sophian participe à une réunion avec des associations écologistes. « Il n’y a pas une journée sans que j’aie les Pfas dans la tête », reconnaît-il. Il continue aussi de répondre aux journalistes et il est même apparu dans un documentaire diffusé sur Arte : « J’essaie de défendre les ouvriers en général et les anciens salariés parce que sinon j’aurais tout abandonné ».

    Ce travail a payé puisqu’il a réussi, avec d’autres associations, à faire intégrer 25 anciens salariés de Solvay à l’étude Opal : « C’est une étude d’imprégnation sur les salariés », explique-t-il. « Il y a l’étude Perle sur les riverains à Lyon et Opal concernait jusqu’ici une centaine de salariés d’Arkema Daikin. Nous avons désormais 25 salariés de Salindres qui font des prises de sang ». Les premiers résultats devraient être rendus publics dans les prochains mois avant la restitution complète en 2027. En attendant, Sophian continuera de se mobiliser.

    Tristan Arnaud

  • À Aubord, l’eau ne coule plus de source

    À Aubord, l’eau ne coule plus de source

    À Aubord, boire un verre d’eau est devenu un geste municipal. Depuis le 11 juin, les 2 400 habitants de cette commune gardoise ne peuvent plus consommer l’eau du robinet, ni pour les boissons chaudes, ni pour les biberons. En cause : des taux de PFAS, ces « polluants éternels » présents dans de nombreux produits du quotidien, supérieurs aux recommandations sanitaires après une série d’analyses menées depuis octobre 2025 par l’Agence régionale de santé.

    Le couperet est tombé en pleine montée des températures. La préfecture du Gard, en lien avec l’ARS, a demandé au maire André Brundu d’interdire la consommation de l’eau courante. Elle reste utilisable pour la toilette, la vaisselle, la lessive ou les sanitaires, mais plus question de la boire. « Quand la décision tombe, ce n’est pas évident », reconnaît le maire, qui rappelle toutefois que la commune s’était préparée depuis les premières analyses. Dans les foyers, les écoles, les commerces, les packs d’eau ont pris la place des carafes.

    L’été à la bouteille

    Dès le lendemain de l’interdiction, la municipalité a organisé une distribution gratuite dans la cour des services techniques. Les élus sont à la manœuvre, parfois jusqu’à aller chercher les premiers packs eux-mêmes avant de commander directement des palettes. En période de fortes chaleurs, la commune assure jusqu’à trois litres par jour et par personne, soit plus de 7 000 litres à distribuer quotidiennement. Une logistique de crise pour ne laisser personne au bord du chemin, avec une attention particulière portée aux personnes âgées, isolées ou à mobilité réduite.

    Mais cette solidarité a un coût. La facture des bouteilles pourrait atteindre entre 80 000 et 100 000 euros sur l’été. À cela s’ajoutent les travaux d’urgence pour retrouver une eau conforme. Dès la semaine prochaine, une station de traitement doit être installée, avec des filtres à charbon actif en grain destinés à retenir les PFAS. Le chantier, confié après une procédure accélérée, doit durer plusieurs semaines, pour un montant d’environ 386 000 euros. Près de 80% devraient être couverts par l’Agence de l’eau, l’État et le Département. Le reste pèsera sur la commune.

    Reste l’essentiel : comprendre d’où vient cette pollution. À Aubord comme ailleurs, les Pfas rappellent que l’eau, bien commun vital, porte aussi la mémoire longue des choix industriels et chimiques. En attendant les résultats des investigations et le retour espéré à une eau potable à la fin de l’été, la mairie tient la ligne : assurer l’accès de toutes et tous à l’eau, sans faire payer aux habitants le prix de l’invisible.

    Note : À partir du 6 juillet, les distributions d’eau auront lieu aux services techniques : lundi et mercredi de 17h30 à 19h30, samedi de 10h à 12h.

  • PFAS : Fos change son alimentation en eau

    PFAS : Fos change son alimentation en eau

    Les pouvoirs publics jouent la carte de la transparence, après des mois de silence. Ce 24 juin, la Ville de Fos-sur-Mer a organisé une réunion publique au sujet de la qualité de l’eau distribuée à la population, qui dépend de la nappe phréatique de la Crau. Ce rendez-vous fait suite aux révélations de Marsactu sur une contamination partielle de cette réserve (qui alimente 270 000 personnes) aux polluants éternels (PFAS).

    Ces composants chimiques très stables, développés dans les années 1950 pour l’industrie, sont depuis peu scrutés en raison de leur toxicité pour l’homme. Depuis le 1er janvier, une directive européenne impose la surveillance des 20 plus toxiques dans l’eau de consommation.

    C’est au cours d’une campagne exploratoire préalable à cette réglementation que l’Agence régionale de santé (ARS) s’est aperçue, en mars 2025, d’un quasi-dépassement des seuils dans le forage de Fanfarigoule, qui alimente la commune de Fos depuis 1974. Cécile Moriano, responsable du service santé environnement de l’établissement, explique : « La médiane était assez proche de la limite [fixée à 0,1mg/L, Ndlr.] : 0,08mg/L. Nous avons pris des mesures de gestion de manière réactive. » Depuis février 2026, la population fosséenne est alimentée par le puits de Tapiès, dont les niveaux de pollution sont « 20 fois inférieurs au seuil », selon le maire d’extrême droite Philippe Maurizot. Ces travaux d’interconnexion représentent un investissement d’un million d’euros réalisé par la Métropole.

    Par principe de précaution, les villes de Fos-sur-Mer et de Saint-Martin-de-Crau ont toutes deux pris un arrêté municipal d’interdiction de consommation de l’eau des forages privés à des fins alimentaires.

    Le forage de Ventillon, alimentant les bassins ouest du Grand port maritime de Marseille (GPMM), est lui aussi concerné par cette pollution aux PFAS, qui dépasse 6 à 7 fois les valeurs réglementaires. La consommation d’eau a été interdite par un arrêté préfectoral sur le site, où des filtres ont depuis été installés. Le parquet de Marseille a ouvert une enquête préliminaire suite à une plainte déposée par l’établissement portuaire en 2025.

  • L’eau potable impropre à la consommation sur le port de Fos

    L’eau potable impropre à la consommation sur le port de Fos

    Interdite depuis l’année dernière, la consommation d’eau « humaine » est toujours proscrite pour ceux qui travaillent sur le Grand port maritime de Marseille (GPMM) a confirmé à nos confrères de Marsactu ce mercredi 10 juin le préfet des Bouches-du-Rhône. En cause : la présence de PFAS, des polluants dits « persistants », notamment produits par les entreprises de la chimie, à des seuils dépassant la limite de 0,1 microgrammes par litre pour 20 d’entre eux identifiés.

    Cet arrêté instaure depuis le 27 avril « des restrictions d’usage de l’eau destinée à la consommation [des] 50 000 personnes alimentées (…) par le GPMM, dans une logique de précaution et de protection des populations et dans l’attente de la mise en place d’un système de traitement », indique l’Agence régionale de santé (ARS) Paca dans une communication en date du 3 juin. Des prélèvements effectués en novembre 2024 explique l’ARS montrent la présence de PFAS sur la partie Ouest du GPMM. Elle constate « une non-conformité de l’eau à la limite de la somme des 20 PFAS », les 10 résultats s’échelonnant « entre 0,365 µg/l et 0,750 µg/l, la médiane s’élevant à 0,500 µg/l », précise-t-elle. Si la réglementation a changé le 1er janvier 2026 permettant au préfet d’intervenir, le GPMM a anticipé a-t-il indiqué à nos confrères interdisant la consommation dès 2025. Sur la source de cette pollution, « des études de modélisation pour retracer les PFAS » leur indique-t-il.

  • Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    Sophie Binet : la parole syndicale criminalisée

    « J’ai appris vendredi que j’étais mise en examen suite au fait que j’ai dénoncé la répression syndicale qui sévit à Tefal », a expliqué Sophie Binet, lundi sur France 2.

    Cela fait suite « à une plainte en diffamation de l’entreprise Tefal contre les propos de Sophie Binet : “la CGT de Tefal fait face à une répression patronale violente” tenus lors d’un débat à la Fête de l’Humanité en septembre 2025 », a précisé la CGT dans un communiqué. Si la mise en examen est quasi-automatique en cas de plainte pour diffamation, les poursuites engagées par l’entreprise témoignent de la criminalisation des actions syndicales en France. Sollicité par l’AFP, Tefal a confirmé « avoir engagé une procédure judiciaire contre Madame Binet et ses co-auteurs » à savoir le directeur du journal l’Humanité et sénateur communiste Fabien Gay, lui aussi mis en examen. « Cette procédure concerne des accusations publiques graves et erronées visant l’entreprise, que Tefal conteste fermement », indique l’entreprise, en précisant que la mise en examen « lui a été notifiée le 12 mars ».

    Alerte sur la dangerosité des PFAS

    Sophie Binet a expliqué que « la CGT alerte depuis des mois sur la dangerosité des PFAS, un composant chimique qui est utilisé pour les poêles de Tefal ». La coordinatrice CGT du groupe SEB (détenant la marque Tefal) et membre de la direction confédérale de la CGT a été sanctionnée en interne par le groupe pour avoir demandé des précisions sur ces composants, une sanction qu’elle contestera le 4 juin aux prud’hommes, selon la CGT. Pour Sophie Binet, Tefal « essaie de bâillonner les syndicalistes qui s’expriment sur les conditions de travail ou l’impact environnemental des productions ». Les propos de Sophie Binet tenus lors d’un débat au Forum social, samedi 13 septembre 2025 lors de la Fête de l’Humanité, sont les suivants : « Les luttes environnementales sont maintenant parmi les plus réprimées, avec le plus de violence. À Tefal, je suis très fière que la CGT ait eu la force de dénoncer les PFAS et d’expliquer qu’il ne fallait pas céder au chantage à l’emploi mais qu’il fallait transformer le modèle productif de l’entreprise pour défendre l’emploi à moyen et long terme ». Sophie Binet ajoutait : « J’étais à Tefal la semaine dernière avec mes camarades pour soutenir la CGT, qui fait face à une répression patronale violente, puisque notre camarade Ouria Belaziz, coordonnatrice de la CGT Tefal, a été sanctionnée par la direction. » Tefal de son côté affirme qu’« il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté syndicale, le droit de critique ou le débat public » mais estime que « la liberté d’expression ne permet pas d’imputer à une entreprise des faits inexacts ». « Tefal réfute toute accusation de répression syndicale », ajoute l’entreprise.

    « Une loi pour protéger

    la liberté d’expression »

    La CGT, estimant « anodins » les propos pour lesquels Sophie Binet est poursuivie, affirme, elle, que « sur cette base, la quasi-totalité des syndicalistes du pays pourraient être poursuivis ». La leader de la CGT a appelé les parlementaires et le gouvernement « à enfin mettre sur le tapis une loi pour protéger la liberté d’expression et la liberté syndicale qui aujourd’hui est en danger ». Sophie Binet avait déjà été mise en examen en décembre pour « injure publique » après avoir qualifié en janvier à la radio les patrons de « rats qui quittent le navire » dont « le seul objectif, est l’appât du gain ». Selon l’Humanité, « depuis le 1er avril 2023, la CGT dénombre plus de 1 000 militants et cadres inquiétés par des poursuites judiciaires ou disciplinaires ».

  • [Occitanie] Eau : les écologistes veulent y voir clair

    [Occitanie] Eau : les écologistes veulent y voir clair

    Publié le 25 mars au lendemain des Municipales, le rapport national de l’Anses a reçu un écho inversement proportionnel à l’urgence de son message. A savoir que la France est surexposée au cadmium, ce « métal lourd contaminant et préoccupant pour la santé publique car reconnu cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction ». L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) ajoute qu’omniprésent dans les sols, l’air, les eaux et les sédiments, ce polluant entraîne des cancers (poumon, pancréas, vessie, rein), des atteintes rénales et une fragilité osseuse « en cas d’exposition prolongée par voie orale ».

    Or, l’essentiel du cadmium que nous ingurgitons provient de notre alimentation (98% chez les non fumeurs). Hormis le tabac, le pain, les pâtes, le riz, les pommes de terre, les céréales ou le chocolat sont les aliments les plus chargés en cadmium. « Il faut limiter les produits ultra transformés, privilégier les légumineuses et moins le blé », résume Lise Florès.

    Avec le groupe local, l’ancienne candidate écologiste a décidé d’interpeller les collectivités. Dans un courrier cosigné par Debout (le mouvement de François Ruffin) envoyé à la Mairie et à l’Agglo de Lunel, les Verts réclament que la transparence soit faite sur la qualité de l’eau du robinet. « 47% des adultes et 36% des enfants de moins de 3 ans sont surexposés au cadmium », rappelle Lise Florès.

    Si la démarche intentée à Lunel serait légitime partout ailleurs, la militante précise les sources du doute. « Lunel n’a pas une population riche, qui doit manger pas mal de produits transformés ». La commune est aussi entourée de terres agricoles et il se trouve que les engrais phosphatés sont largement pointés du doigt par le rapport de l’Anses. « On a les moyens de rechercher la signature chimique du pollueur ».

    Déjà les Pfas…

    Si les écologistes jouent la carte du principe de précaution, c’est aussi parce qu’ils ont déjà été échaudés sur le sujet de l’eau. L’an passé, il a été révélé dans l’eau potable des taux de Pfas (per- et polyfluoroalkylées, des polluants éternels) supérieurs aux normes dans les communes voisines de Lunel-Viel, Saint-Just ou Saint-Nazaire-de-Pézan. « Les Lunellois sont en droit de savoir ce qu’ils mangent et ce qu’ils boivent ».

    S’il s’agit d’un problème de santé publique qui relève en soi de l’Etat, les collectivités ont aussi leur mot à dire et un rôle de garde-fou à jouer. « Le maire a le devoir d’informer la population. Il peut intervenir sur les menus dans les cantines, dans l’agriculture et la bétonnisation via les points de captage de l’eau », illustre l’écologiste qui rappelle que « dès qu’on imperméabilise, on touche au cycle de l’eau ».

    Ainsi la politique jugée pro-industrielle de la municipalité de droite est-elle décriée. « Sur le projet de zone des Dardaillons, on avait demandé des études sur la qualité de l’eau, rien n’a été fait », déplore-t-elle. « On est dans un système où l’industriel décide et le politique suit ». La co-secrétaire régionale des écologistes y voit la limite des élus soi-disant apolitiques. « Ils n’ont pas de militants ni de spécialistes qui leur donnent d’autres éléments pour décider que ceux de l’industriel ou du café du commerce ».

  • Salindres : l’alerte sanitaire qui dure depuis 40 ans

    Salindres : l’alerte sanitaire qui dure depuis 40 ans

    Autour de Salindres et dans plusieurs communes riveraines du Gardon, la pollution aux PFAS ne relève plus de la simple inquiétude environnementale. Elle s’inscrit désormais comme un enjeu majeur de santé publique.

    Depuis le début des années 1980, des rejets industriels liés à l’usine chimique Solvay auraient contaminé durablement les eaux de surface, les nappes phréatiques et l’eau potable, principalement par l’acide trifluoroacétique (TFA), l’un des PFAS les plus répandus et toxiques.

    Selon plusieurs analyses rendues publiques ces dernières années, des traces importantes de TFA ont été retrouvées jusqu’à plusieurs dizaines de kilomètres en aval du site industriel. Une situation locale qui s’inscrit dans un contexte national alarmant : d’après l’Anses, 92% des prélèvements d’eau potable en France contiennent aujourd’hui du TFA.

    Un appel sans réponse

    À Salindres, cette contamination chronique nourrit une inquiétude grandissante chez les habitants et les salariés du site industriel. Dans une lettre adressée aux ministères de la Santé et de la Transition écologique, ainsi qu’à l’ARS et à la DREAL Occitanie, les signataires demandent la mise en place d’une biosurveillance des populations exposées, conformément au plan interministériel sur les PFAS publié en avril 2024. Un plan qui recommande explicitement de suivre les populations « particulièrement exposées ».

    Parmi eux, Laurent Emorine, ancien directeur de recherche au CNRS, installé près de Salindres, alerte depuis plusieurs années sur les risques sanitaires. « Le problème des PFAS, c’est qu’une fois qu’ils sont rentrés dans le corps, ils vont rester un certain temps, parfois plusieurs années », explique-t-il. Les effets potentiels sont nombreux : troubles thyroïdiens, atteintes hépatiques, cancers, impacts sur le développement embryonnaire. La situation locale inquiète d’autant plus que le TFA est encore très peu étudié. « Beaucoup de travaux scientifiques montrent que le TFA les mêmes effets sur la santé que d’autres PFAS », insiste Laurent Emorine, qui plaide pour une interdiction progressive de ces substances. Faute de réponse des autorités, les signataires ont décidé d’élargir la diffusion de leur appel aux élus locaux, aux communes, aux députés.