Tag: patronat

  • Des rencontres économiques très politiques

    Des rencontres économiques très politiques

    « Naviguer dans un monde sans repères. » C’est le thème de l’édition 2026 des rencontres économiques d’Aix-en-Provence qui se tient du 2 au 4 juillet. Avec le conflit au Moyen-Orient « qui sera très présent » et au sortir d’un épisode caniculaire historique en France, « la multiplication des tensions, des complexités du monde rend ces Rencontres d’Aix assez exceptionnelles », a estimé Jean-Hervé Lorenzi, président de ce forum organisé par le Cercle des économistes.

    Pourtant la boussole de la plupart des 400 intervenants et 8 000 participants attendus, du patron de Total Énergie, Carrefour, Veolia à celui de Suez, la boussole est claire : celle du profit. Au fil des débats, ce rendez-vous sera l’occasion notamment pour Patrick Martin, président du Medef, de reposer les bases : remettre la pression sur la réforme des retraites en remettant les 60-65 ans au boulot et démonter notre système de protection sociale en allégeant les cotisations patronales, explique-t-il à nos confrères de la Provence ce mardi 30 juin.

    Le monde de la finance ne manquerait évidemment cette sauterie pour rien au monde avec la présidente de la Banque centrale européenne (BCE), Christine Lagarde, une fidèle, le nouveau gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin ou le président de l’Eurogroupe et ministre des Finances grec Kyriakos Pierrakakis. Le secteur bancaire et financier sera aussi très présent représenté notamment par Daniel Baal (Crédit Mutuel/CIC), Slawomir Krupa (Société Générale), Thomas Buberl (AXA) ou Nicolas Namias (BPCE).

    En face, les représentants de trois centrales syndicales, Sophie Binet pour la CGT, Caroline Chevé pour la FSU et Frédéric Souillot pour Force ouvrière, tenteront de remettre le concept du droit au travail et de dialogue social au cœur des débats. La première participera à une plénière sur le thème « produire français, gage de souveraineté » face à Patrick Martin, la deuxième interviendra sur « formation et révolution des métiers » et le dernier défendra le rôle des corps intermédiaires… savamment sapé par les quinquennats d’Emmanuel Macron. À moins d’un an de la présidentielle, justement, nombre de personnalités politiques et candidats, déclarés ou non, seront présentes dans ce temple du libéralisme.

    Hollande, Philippe

    et Tondelier de la partie

    On retrouve là le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, et son concurrent Édouard Philippe (Horizons), ou Marine Tondelier (Les Écologistes) et Dominique de Villepin, qui ne s’est pas encore déclaré mais regorge néanmoins d’idées sur un potentiel programme économique pour le pays. L’ex-président socialiste François Hollande, l’ex-Première ministre Élisabeth Borne, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, le vice-président de la Commission européenne, Stéphane Séjourné, ou encore la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, seront également de la partie.

    Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, est lui attendu jeudi, quelques jours avant une réunion ou plutôt « un comité d’alerte » qu’il présidera le 7 juillet, pour faire un point d’étape, avec l’annonce attendue de nouvelles économies, avant la présentation à la mi-juillet des grandes lignes du budget 2027.

    « On a mis un énorme effort sur deux sujets, l’international, puisque nous avons 55 think tanks qui viennent du monde entier, et sur la jeunesse », avec plusieurs sessions qui lui seront consacrées, précise Jean-Hervé Lorenzi. Une jeunesse dont ce forum économique entend « mettre en lumière les attentes, les fragilités et aspirations », bien conscient qu’il va falloir « intégrer ceux qui seront les acteurs de demain » pour faire perdurer le système… Quelque 250 jeunes lanceront aussi une initiative, « Jeunesse 2027 », avec l’université d’Aix-Marseille, pour élaborer des propositions qu’ils souhaiteraient voir émerger dans le débat de la présidentielle (lire également ci-contre).

    En parallèle, dans la ville, se tiendront plus de 45 événements et ateliers couvrant toute une programmation pédagogique et culturelle (ciné-débats, expositions, représentations théâtrales) dans divers lieux d’Aix. L’objectif affiché : « faire descendre l’économie dans la rue ». En 2025, l’événement avait attiré près de 8 700 participants.

  • [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    [Entretien] Gilbert Garrel : « On démasque l’extrême droite par l’histoire »

    L’ancien cheminot était l’invité, jeudi, de l’assemblée générale de l’IHS CGT de Vaucluse, à Entraigues (lire ci-contre). Dans un département où le RN est bien implanté, il a animé un débat sur les combats de la CGT contre l’extrême droite.

    La Marseillaise : La CGT a toujours été hostile à l’extrême droite. Pourquoi et comment lutter contre sa progression dans le monde du travail ?

    Gilbert Garrel : L’institut est là pour démasquer l’extrême droite par l’histoire. Depuis toujours, ce que porte l’extrême droite est contraire à ce que défend la CGT : un syndicat internationaliste, pour des valeurs de solidarité, contre toutes les formes de nationalisme de l’extrême droite. On organise ce genre de débat et, surtout, sa diffusion pour démontrer la supercherie de l’extrême droite qui essaie aujourd’hui d’avoir un discours ouvriériste, social. Sur le côté plus présent, il faut mettre en évidence les votes du RN qui s’opposent au progrès social comme sur l’opposition à la revalorisation du Smic ou des retraites indexées sur l’inflation, à la création du Smic européen, à la nationalisation d’ArcelorMittal ou encore le RN qui a laissé passer la loi sur le travail le 1er-Mai.

    Cette dichotomie est-elle encore plus prégnante en regardant l’histoire ?

    G.G. : Historiquement, il y a eu des connivences entre le patronat et l’extrême droite. Dès le début du syndicalisme, le patronat crée les syndicats jaunes, les briseurs de grève. Dans l’entre-deux-guerres, il crée la Confédération française du travail, des nervis de l’extrême droite qui traquaient les syndicalistes, qui obligeaient par la force les travailleurs immigrés à briser les grèves. Dans cette continuité, sous Pétain, il y a l’interdiction des confédérations et du droit de grève. Pendant la guerre d’Algérie, l’OAS a été une force contre la CGT, avec notamment une attaque contre l’UD CGT à Pau. La naissance de Le Pen et du Front national sont promues avec le poujadisme, c’est-à-dire des forces d’extrême droite alliées au patronat. Chaque fois que le patronat se rend compte que la droite classique risque de perdre, que la gauche peut passer, il se tourne vers l’extrême droite pour garantir ses intérêts. La peur du rouge, c’est historique. On retrouve ça aujourd’hui avec le Medef qui reçoit Jordan Bardella. Historiquement aussi, il y a une connivence patronat/extrême droite sur le nationalisme : au lieu de chercher l’ennemi du côté du capital, on va le chercher du côté des travailleurs immigrés pour détourner le regard des ouvriers. L’extrême droite, dans son histoire, a toujours su se métamorphoser et adapter son discours pour gagner les classes populaires. Syndicalement, nous avons un rôle pour éclairer et montrer à miroir comment l’histoire peut se reproduire.

    Vous alertez aussi sur le fait que l’extrême droite se diffuse par plusieurs canaux médiatiques.

    G.G. : Oui, elle a cette capacité à revisiter l’histoire à sa manière. L’extrême droite s’accapare des réseaux, des médias pour permettre une large diffusion de son discours. Par exemple, si on prend la Cité de l’histoire sous l’arche de la Défense à Paris, c’est Amaclio productions qui la gère et la détient, dirigée par l’extrême droite [François Nicolas]. Et si vous allez dans ce musée, qu’est-ce que vous retrouvez ? Hitler a sauvé l’Allemagne du risque du communisme, Pétain a sauvé les juifs français… Tout cela avec le soutien de la Région Île-de-France où on envoie des lycéens. On aussi Pierre-Édouard Stérin, derrière son label des plus belles fêtes de France. Sous l’aspect traditionaliste, on dit qu’il y a les Français de souche, les bons Français, et puis il y a l’ennemi, l’étranger. Alors que l’histoire de France s’est construite dans le multiculturalisme.

    André Castelli reconduit président

    S’il fut le fondateur de l’Institut d’histoire sociale CGT de Vaucluse il y a 40 ans, André Castelli a laissé la présidence pendant ses années d’élu PCF avant d’en reprendre la tête il y a trois ans. Il a été reconduit président, jeudi, à l’issue de l’assemblée générale. « On compte près de 100 adhérents, c’est l’un des plus importants de la confédération », souligne-t-il. Parmi les rendez-vous de l’année, la préparation des 90 ans du club des cheminots de Vaucluse. « On envisage aussi de nouer un partenariat avec le secteur universitaire pour que les étudiants se nourrissent de l’histoire du travail et des travailleurs du département », projette André Castelli.

  • Des soutiens aux dockers face au RN

    Des soutiens aux dockers face au RN

    « Nous apportons notre soutien indéfectible aux camarades mobilisés contre la présence des représentants d’extrême droite sur les quais et dans notre bassin de vie. » Le maire de Port-de-Bouc Laurent Belsola (PCF) a ainsi manifesté son soutien mardi soir aux dockers CGT du Golfe de Fos ayant refusé la présence du député RN Emmanuel Fouquart à l’inauguration d’un hangar de l’entreprise Alteo, sur le port.

    L’édile fustige la « tentative d’inverser le cours de l’histoire » du député d’extrême droite « en taxant le PCF, le syndicat CGT et son secrétaire Christophe Claret, d’antidémocratiques ». « Nous savons très bien qu’au-delà d’être le bras armé du libéralisme et de servir l’intérêt des multimilliardaires, l’extrême droite n’a de cesse d’attiser le mépris de classe, la peur, la violence, le rejet de l’autre et, porte en elle, le fléau de l’abolition des libertés individuelles et collectives », assène l’élu communiste.

    La fédération nationale des ports et docks CGT a aussi apporté son soutien en rappelant que « notre histoire, nos fondamentaux, nos orientations sont et seront toujours viscéralement à l’opposé de ces fossoyeurs de notre modèle social qui servent l’intérêt des plus puissants, d’où la connivence avec le patronat comme aux heures les plus sombres de notre pays ».

    Un combat de classe

    La fédération CGT resitue ce conflit dans un combat de classe, car le RN « rêve de remplacer les ouvriers dockers par les marins avec l’autoassistance, le dumping social, de privatiser totalement les ports, de libéraliser et déréglementer notre secteur et remettre en cause nos conquis sociaux » selon la fédération syndicale.

    Outre le PCF, le NPA-L’anticapitaliste 13 a également apporté son soutien aux dockers qui « renouent avec les meilleures traditions de lutte et antifascistes du mouvement ouvrier », selon le parti.

  • Les opposants à la Très haute tension demandent un moratoire à l’État

    Les opposants à la Très haute tension demandent un moratoire à l’État

    Trente-six associations, une quarantaine d’élus, plusieurs syndicats agricoles. C’est forts de ces chiffres et personnalités du territoire concernés par le futur projet de ligne à Très haute tension que les opposants à RTE et l’État, porteurs du projet, ont réalisé une « photo de l’union sacrée » jeudi matin au Mas des Bernacles.

    « Le passage en force de l’État constitue une remise en cause de la démocratie territoriale » affirme le collectif THT13/30, mobilisé pour demander « un moratoire sur l’instruction de la déclaration d’utilité publique et l’arrêt des démarches de RTE pour préparer les futurs travaux ». Dans la même veine, l’opposition de l’Union pour Arles renouvelle sa « proposition de consultation citoyenne » et affirme que « les propositions concernant l’enfouissement méritent d’être examinées ». Le président (Ren) de la Région Paca Renaud Muselier a également pris position dans un courrier au préfet de région le 11 juin. « Il faut trouver une solution d’équilibre, avec une définition des besoins assortie d’un calendrier des projets industriels » avance l’élu, soulevant « l’idée d’un miniréacteur nucléaire à étudier » à plus long terme.

    Le patronat presse

    Le collectif patronal Provence Fabrique des possibles balaie ces perspectives. « Les besoins électriques de notre région ont été établis par RTE à +4GW d’ici 2030, communiqués lors du débat public global » affirme le collectif, insistant : « La seule solution à même de répondre aux délais et à la consistance électrique. » Et aligne les promesses : « 60 000 emplois directs et induits » pour 2030. Les deux enjeux sont-ils irréconciliables ?

  • « Les cheminots continuent le combat en région Sud-Paca »

    « Les cheminots continuent le combat en région Sud-Paca »

    La Marseillaise : Vous sortez d’une conférence pour le secteur CGT cheminots Paca avec un changement de secrétaire général. Quelles étaient les grandes lignes des discussions entre syndiqués ?

    François Tejedor : Cette conférence se tenait dans un contexte particulier. Il y a une montée des guerres partout dans le monde mais aussi de montée l’extrême droite, là encore à un niveau international. Côté entreprise, il y a l’ouverture à la concurrence, des réorganisations et des situations dramatiques avec un nombre important de suicides depuis le début de l’année. On a une trajectoire qui est au-delà de celle de France Télécom, un service public qui a subi un éclatement. Et c’est ce qu’on vit depuis 2018 mais on constate une accélération dans ce processus d’éclatement. Cette accélération a comme conséquence ces situations dramatiques pour la famille cheminote.

    Cédric Gimenez : En effet, la question de la montée des idées d’extrême droite a fait l’objet d’un certain nombre de débats dans notre conférence. Ce n’est pas par hasard que nous l’avons tenue dans le Var puisqu’elle est particulièrement présente dans ce territoire. Quelque part, cela fait le lien avec les décisions politiques qui touchent notre entreprise avec son éclatement. Dans la région, on est en avance par rapport à d’autres. Il y avait donc un réel besoin d’analyser le niveau d’attaques, les conséquences et la riposte que cela implique. Comme nous sommes la première région a réellement faire face à l’ouverture à la concurrence, la question de notre réaction se pose. On sort rassurés des débats de cette conférence.

    Rappelons aussi le 10 juin, qui a montré qu’on était toujours en capacité de mobiliser les cheminots. Plus que ça : quels que soient les cheminots et quelle que soit l’entreprise. Dans notre conférence, il y avait d’ailleurs naturellement les camarades de Transdev et ceux de la filiale SNCF Voyageurs Sud Azur (SVSA). Cela montre qu’on est capable de s’unir autour d’un même objectif : l’unification de l’entreprise. Et pour y arriver, il faudra franchir des marches tous ensemble, en s’organisant.

    La lutte contre l’extrême droite est un sujet au cœur de l’histoire des cheminots. Quel lien faites-vous entre sa montée et les politiques libérales que vous pointez ?

    F.T. : Nous avons un Conseil régional, pour notre région Sud, qui est dirigé par la droite et l’extrême droite en réalité. À chaque assemblée où il y avait des votes sur des questions d’ouverture à la concurrence et d’éclatement de l’entreprise, c’est la majorité de droite qui portait ces orientations mais avec un accompagnement et des votes favorables de l’extrême droite pour celles-ci. L’extrême droite a soutenu toutes les propositions qui ont conduit à cette ouverture à la concurrence.

    Plus globalement, le Medef reçoit le président du Rassemblement national, Jordan Bardella, il banalise ses idées. Et ce n’est pas une coïncidence que Jordan Bardella annonce que l’âge de départ à la retraite n’est pas un totem pour lui dans le même laps de temps. On voit bien qu’il sourit au patronat pour accéder au pouvoir, en attaquant les droits des travailleurs.

    C.G. : La lutte contre l’extrême droite fait partie de notre ADN, elle est inscrite dans nos statuts, c’est non-négociable. Tout ce qui sera possible de faire pour la contrer, on le fera. Ce qu’on doit faire aussi, c’est porter nos revendications qui sont reprises par certaines organisations politiques et progressistes. On doit mettre en avant les idées reprises par des partis proches de nous. On doit donc mener un double combat : combattre ces idées de front tout en portant un projet de société. Il s’agit pour nous de parler du développement du service public ferroviaire. Prenons l’exemple des Jeux olympiques 2030 dans les Alpes françaises, beaucoup de choses ont été dites mais les premiers concernés, les cheminots, doivent se faire entendre.

    Ce projet de société que vous évoquez va-t-il évoluer entre le précédent mandat et le prochain ?

    C.G. : C’est un mandat qui sera dans la continuité de ce qui a été fait jusqu’à aujourd’hui. Il n’y a pas de volonté de rupture, c’est plutôt clair. Il y a aussi une volonté de peser dans le débat public. On s’aperçoit que beaucoup de gens parlent du ferroviaire, mais sans vraiment le connaître. On ne dit pas que les cheminots ont la science infuse, mais nous sommes les premiers concernés. Encore plus car la CGT est la première organisation syndicale. Il y a aussi plusieurs enjeux pour ce mandat. Par exemple, la jeunesse où il y a une attention particulière. On a d’ailleurs un collectif jeunes cheminots Paca établi de longue date. Une des annonces phares de notre conférence était d’ailleurs une « initiative jeune » à la rentrée. Autre élément, il y a les élections professionnelles qui arrivent à la fin de l’année. Et qui dit élections professionnelles, dit positionnement de la CGT vis-à-vis d’autres organisations syndicales parfois complaisantes avec le capital ou la direction. Et je dis cela sans dénigrer ces organisations, puisque quand on est unitaire sur un sujet, on a de bons résultats. Mais sur beaucoup de sujets, la CGT est bien seule. C’est un réel enjeu.

    Vous sortez d’une grosse journée de mobilisation, le 10 juin. Elle est le résultat
    d’une colère face à toutes les problématiques que vous évoquez
     ? Quelle suite ?

    F.T. : Cela fait un moment qu’on sent de la colère. Je pense aux contrôleurs en 2022. L’entreprise a lancé une série de chantiers sur les métiers mais sans aboutir. Dernièrement, dans SNCF Voyageurs, la direction voulait remettre en cause 5 jours de RTT, ce qui est une remise en cause déguisée des 35 heures. Les Négociations annuelles obligatoires [NAO] du début d’année n’ont rien arrangé puisque l’entreprise a peu donné alors qu’on a perdu 12% du pouvoir d’achat en 10 ans ! Cette accumulation a créé une colère qui avait du mal à s’exprimer jusqu’au 10 juin. Finalement, le niveau de mobilisation est historique car de même hauteur que lors de la lutte contre la réforme des retraites. Selon les métiers et les lieux, on avait des 80 % à 90 % de grévistes. Il s’est passé quelque chose lors de ce 10 juin. C’est une alerte qui doit être entendue par la direction. Si ce n’est pas le cas, la colère sera encore plus forte.

    C.G. : Il ne faut pas résumer le 10 juin à la date en elle-même. Il y a eu toute une phase de construction en amont, on a arraché l’unité syndicale malgré des intérêts divergents sur fond d’élections professionnelles. Il y aura certainement des suites, puisque le niveau de mobilisation était aussi fort que lors de la lutte contre la réforme des retraites en 2023. Sans présager de l’avenir, on sent que la direction va devoir agir car elle a reçu une alerte très forte. D’autant qu’une table ronde est prévue, le 23 juin. On ne s’interdit rien à l’issue de celle-ci.

  • Une intersyndicale bien décidée à résister aux politiques antisociales

    Une intersyndicale bien décidée à résister aux politiques antisociales

    « On a décidé, avec les organisations syndicales progressistes, celles qui ont conscience du moment dans lequel on se trouve, de nous mobiliser aujourd’hui devant l’UPV », commence le secrétaire général de la CGT, Richard Roméo-Giberti. Et de poursuivre : « On a des adversaires de classe aussi bien dans la classe politique que dans le patronat visiblement, puisqu’ils s’acoquinent les uns avec les autres. »

    D’où la nécessité de se rassembler et de construire un rapport de force pour refuser cette connivence antisociale et leurs offensives. « La majorité gouvernementale, bien aidée par l’extrême droite, veut voler le 1er Mai aux salariés qui sont en première ligne, c’est-à-dire les salariés du commerce », reprend le patron de la CGT dans le Var.

    Une nouvelle tentative d’enfoncer aujourd’hui un coin dans les acquis sociaux, après deux premières charges infructueuses en janvier et en avril, avec le passage au Sénat « d’une proposition de loi qui ouvre en grand les possibilités de déroger au 1er Mai avec le travail des boulangeries et des fleuristes ».

    Un attrape-nigaud, prévient-il, puisque derrière la rhétorique de défense du petit commerce, c’est encore au profit des grands groupes, comme Interflora et Carrefour, que la majorité veut légiférer. « Et si on laisse passer ça, on s’expose à d’autres coups bas, met en garde Richard Roméo-Giberti. On voit très bien que leur intention, c’est de s’attaquer in fine, notamment à la cinquième semaine de congés payés ». Et de poursuivre : « Le 1er Mai, on n’y touche pas. C’est le seul jour chômé pour tout le monde et c’est le fruit de décennies et de décennies de luttes sociales. »

    Pas de justice sociale

    sans solidarité

    Pas question en tout cas, « après s’être fait voler deux ans de vie avec la retraite à 64 ans », d’accepter de laisser banaliser le travail le 1er mai, « au nom du profit et des lobbies économiques ».

    « Nous refusons cette attaque symbolique et sociale ! Le 1er Mai est un jour de solidarité, de lutte et de conquêtes sociales. Il appartient au monde du travail, pas aux actionnaires », affirme avec force Zoé Desmoulins (Solidaires), lors de la prise de parole de l’intersyndicale.

    Géraldine Compain (Unsa) met en évidence, elle, que « faire travailler davantage celles et ceux qui peinent déjà à boucler les fins de mois ne répond en rien à l’explosion des prix de l’alimentation, à l’augmentation des loyers et des factures d’énergie, aux salaires qui stagnent et à la précarité qui gagne du terrain ». D’autant plus une aberration, dénoncent les syndicats, que pendant que « la vie chère étouffe la population, les grandes entreprises accumulent les profits ».

    L’intersyndicale exige donc l’augmentation immédiate des salaires, pensions et minima sociaux ; l’indexation des salaires sur les prix ; ainsi que le blocage des prix des produits de première nécessité et de l’énergie.

    Julie Birebent (FSU) a rappelé comment, pendant ce temps, comme toujours, « l’extrême droite tente de détourner la colère sociale en désignant des boucs émissaires et en essayant de se mettre dans la poche du patronat ». Et vote, impunément pour l’instant, contre les intérêts des salariés, contre les droits syndicaux et contre les solidarités.

    « Le progrès social se construit par l’unité des travailleurs, pas par la division », a martelé Anaïs Pascual (CGT). De l’unité, il va en effet en falloir pour défendre efficacement les droits et les libertés menacés. « Il n’y a pas de justice sociale sans démocratie et sans solidarité », insiste-t-elle. Et de poursuivre : « Nous exigeons des salaires pour vivre, pas survivre ! »

    Une aspiration largement partagée qui devra se traduire par de grandes mobilisations politiques et sociales pour aboutir.

  • À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    À Toulon, une mobilisation le 16 juin pour que le 1er mai reste sanctuarisé

    Voilà 137 ans que la IIe internationale socialiste, réunie à Paris le 20 juillet 1889, a décidé de faire du 1er mai une journée de manifestation dédiée aux droits des travailleurs. Sanctuarisée au fil du temps, elle devint un jour férié et chômé en France en 1946, et est célébrée dans le monde entier en tant que Journée internationale de lutte pour les droits des travailleuses et travailleurs.

    Une loi « au nom du profit »

    Sauf que cet acquis est aujourd’hui remis en cause. Il l’a d’abord été de manière diffuse par François Bayrou, qui, alors Premier ministre, proposait en juillet 2025 de supprimer deux jours fériés, sans les cibler précisément, pour générer des recettes supplémentaires dans le cadre du projet de budget 2026. En avril, son successeur, Sébastien Lecornu, a remis l’idée sur la table en autorisant « les boulangers indépendants artisans, les fleuristes indépendants artisans (à) ouvrir ce 1er-Mai ». De quoi ouvrir une brèche, après avoir repoussé, sous la pression syndicale, un projet de loi. C’est une proposition de loi qui sera examinée par le Sénat ce 16 juin examinera. Si elle se limite aux boulangers et fleuristes, le danger de la généralisation est réel.

    De quoi susciter la colère de l’intersyndicale Unsa-CGT-Solidaires-FSU dans le Var. « Après les retraites, les droits sociaux et les services publics, le gouvernement veut banaliser le travail le 1er-Mai au nom du profit et des lobbies économiques », dénonce-t-elle, appelant à se mobiliser ce même jour, à 12h, devant les locaux de l’Union patronale du Var.

    « Faire travailler davantage celles et ceux qui peinent à boucler les fins de mois ne répond en rien à l’explosion des prix [..], aux salaires qui stagnent et à la précarité qui gagne du terrain », pointent les syndicats, qui dénoncent également les manœuvres de « l’extrême droite, [qui] tente de détourner la colère sociale en désignant des boucs émissaires et en essayant de se mettre dans la poche du patronat. Elle vote contre les intérêts des salariés, les droits syndicaux, les solidarités ». Avant de conclure : « Le progrès social se construit par l’unité des travailleurs, pas par la division ! »

  • La CGT rassemblée derrière Sophie Binet

    La CGT rassemblée derrière Sophie Binet

    J’ai une très mauvaise nouvelle pour Patrick Martin et Sébastien Lecornu : nous sommes en pleine forme, nous sommes rassemblés ! ». Tout juste réélue comme secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet a chauffé à blanc les plus de 1 000 militants qui étaient réunis ce vendredi à Tours pour la conclusion du 54e congrès de l’organisation.

    Sous un tonnerre d’applaudissements et devant un parterre de drapeaux rouges, la syndicaliste a renvoyé l’image d’une CGT renforcée à l’issue de 5 jours de débats. « Ensemble nous avons participé à un congrès qui fera date. La CGT est debout, rassemblée, déterminée », martèle-t-elle lors d’un discours de clôture enflammé. Élue en 2023 au terme d’un 53e congrès pour le moins houleux et marqué par de fortes dissensions, Sophie Binet avait un « mandat de rassemblement » et entend bien faire savoir que l’objectif est atteint : « Ce n’était pas un mandat comme les autres mais le travail que nous avons conduit nous a permis de rassembler l’organisation ». Elle cite le vote sur le bilan d’activités, jauge d’appréciation du travail de la direction sortante, qui a été « voté à 82% ». « C’est la première fois qu’on atteint ce niveau de vote depuis 2013 », développe-t-elle en conférence de presse dans la foulée de son discours.

    Forte d’une stratégie pour les années à venir également largement validée par les congressistes (75% de votes favorables), Sophie Binet a envoyé une série de messages à l’égard des ennemis du monde du travail. Elle tacle « tous les rats qui veulent nous museler » et prévient : « Nous avons décidé d’un plan de bataille clair, nous avons adopté des orientations fortes. […] Ce congrès restera historique par ses décisions ».

    Des « enjeux structurels » entérinés

    En effet, les congressistes se sont accordés sur plusieurs « enjeux structurels » pour l’organisation. « On s’est doté d’un outil opérationnel pour lutter contre les déserts syndicaux avec les syndicats professionnels de territoire. Et d’une stratégie vers les ingénieurs, cadres, techniciens et agents de maîtrise (Ictam) pour progresser dans les entreprises du CAC 40 où l’on a un défi d’implantation », rappelle Sophie Binet, citant également « la construction de notre maison commune avec la FSU ». Si elle regrette tout de même des « petits rebondissements » lors du congrès, avec un envahissement de la tribune et des discussions parfois vives, l’essentiel n’est pas là pour la secrétaire générale. Elle loue « un congrès historique car il était profondément politique ». La syndicaliste revient évidemment sur « l’internationale ouvrière contre l’extrême droite » impulsée par la CGT via un meeting rassemblant « 109 syndicalistes venus de 71 pays différents ». Et dans la même veine, les prises de position contre l’extrême droite en France à moins d’un an des élections présidentielles (lire nos articles du 02/06 et 03/06). « On ne gagne pas contre l’extrême droite sans perspectives sociales. La recette du Front Populaire dont on fête les 90 ans c’est unité, mobilisation, alternative sociale. Voilà ce qu’il faut mettre à l’ordre du jour », tempête Sophie Binet. Laquelle entend bien que son organisation « se mêle des présidentielles » : « Nous avons fait de la défense de la sécurité sociale et des services publics une bataille stratégique pour les années qui viennent, notamment dans le cadre du débat présidentiel ». Une bataille peut-être victorieuse grâce à l’envie de « mieux coordonner nos luttes ».

    Autre grande victoire : « L’annexion à nos statuts de notre cadre commun d’action contre les violences sexistes et sexuelles ». Une décision bien plus que symbolique puisqu’elle concrétise « le féminisme de lutte des classes de la CGT » pour Sophie Binet. « Le deuxième message politique de notre congrès est sur l’égalité femmes-hommes », insiste-t-elle. De quoi lui faire hausser le ton : « Ce sont de mauvaises nouvelles pour ceux qui rêvent d’une CGT affaiblie. Nous avons mangé du lion ». Le patronat n’a qu’à bien se tenir.

    « Ce congrès restera historique par ses décisions »

  • Contre la répression syndicale, la CGT relève le front en région Paca

    Contre la répression syndicale, la CGT relève le front en région Paca

    « La seule limite à l’oppression, c’est la résistance à celle-ci ! ». Ce vendredi dans les locaux du Sporting club du Grand Port maritime de Marseille, Patrice Kantarjian, secrétaire du comité régional de la CGT Paca, tape du poing sur la table. Entouré par les représentants des Unions départementales CGT de la région, il vient délivrer un message fort : « On vit un moment de bascule, avec une remise en cause profonde de la démocratie sociale. La CGT est confrontée à grand nombre de situations qui nous préoccupent très fortement. »

    Forcément, le lieu n’est pas choisi au hasard et illustre la « répression syndicale » que dénonce l’organisation : au cœur du Port, alors que le secrétaire général de la CGT du GPMM, Pascal Galéoté, est confronté à une procédure judiciaire dans l’affaire de la gestion du CSE (comité social et économique, lire nos articles du 27/04 et du 29/04). « On a choisi ce lieu car il symbolise ce que vit le monde du travail en matière de durcissement des rapports sociaux », résume Patrice Kantarjian. Avant de s’exprimer concrètement sur le fond du dossier où la justice reproche aux représentants de la CGT GPMM un « abus de confiance ». « On a plus que l’impression que c’est l’activité de la CGT, ultra-majoritaire sur le port, qui est visée. Les trois quarts des salariés du port ont voté pour la CGT aux dernières élections », rappelle le secrétaire. Et de développer : « En remettant en cause les fonctionnements des CSE, on remet en cause la démocratie sociale. Sous prétexte que des organisations minoritaires seraient lésées dans les moyens à disposition, ça remet en cause le vote des salariés du GPMM. » Un appel à la mobilisation, pour le 1er juin, date du rendu de la décision de justice autour des comptes du CSE du GPMM est lancé. « Chacun doit mesurer le poids de la décision qui sera prise. Nous serons tous très attentifs à ce qui sera décidé », prévient Patrice Kantarjian.

    Un message commun et une attention partagée

    À cela s’ajoutent deux autres dossiers locaux, bien différents mais qui démontrent les mêmes attaques auxquelles fait face la CGT. « Une dizaine de camions de la gendarmerie ont été envoyés hier par le préfet pour déloger les salariés d’Eurenco du piquet ! Plutôt que de répondre aux sollicitations récurrentes de la CGT pour une médiation avec la direction, le préfet a une oreille bien plus attentive du côté de cette dernière », dénonce-t-il. Autre sujet d’inquiétude : la situation de la Bourse du travail d’Arles où la CGT est menacée d’expulsion par le maire. « Ce sont ses locaux historiques, que la CGT occupe depuis 126 ans. À Arles comme ailleurs, il est hors de question que la CGT se laisse déposséder des maisons des travailleurs. » D’où la revendication nouvelle « d’une loi pour sanctuariser les Bourses du travail » portée par le comité régional avec la confédération. Laquelle était représentée par Nathalie Bazire, secrétaire confédérale qui analyse cette accumulation d’attaques à l’encontre de l’organisation : « Les employeurs sont au service de l’extrême droite, car le syndicalisme est le dernier rempart contre celle-ci. Ce n’est pas nouveau, on l’a vécu avant la Seconde Guerre mondiale. » De quoi faire écho aux propos de Richard Roméo-Giberti, secrétaire général de l’UD CGT Var : « On n’a pas connu d’attaques aussi massives et coordonnées du capital servi par l’extrême droite depuis bien longtemps. » Et Sylvain Moretti, son homologue du 04, résume le phénomène : « Pour remettre en cause les garanties collectives, la meilleure solution pour le patronat et l’extrême droite, c’est de s’attaquer aux dirigeants syndicaux qui portent des revendications d’un haut niveau. » Avant que Patrice Kantarjian ne tonne : « Sur tous les cas évoqués, la CGT ne sera pas spectatrice. »

  • À Eurenco Sorgues, les gendarmes évacuent les grévistes

    À Eurenco Sorgues, les gendarmes évacuent les grévistes

    En conflit social (avec FO) depuis plus de quatre mois avec la direction d’Eurenco pour, entre autres, des augmentations salariales, une dizaine de militants du syndicat, qui manifestaient contre le licenciement d’un salarié syndiqué, ont été évacués de l’entrée du site ce mercredi 20 mai par des gendarmes vers 17h après avoir été contactés par la direction de l’entreprise, pour laisser entrer des camions devant les livrer. La section vauclusienne du syndicat et sa secrétaire générale, Laurence de Villèle, dénoncent dans un communiqué ce jeudi 21 mai « une répression syndicale inacceptable ainsi qu’une atteinte au droit de grève ».

    Alors que la préfecture de Vaucluse assure que des camions, en attente depuis 7h du matin, « transportaient des matières dangereuses qui devaient impérativement entrer sur le site », la CGT condamne cette décision « instrumentalisée par la direction d’Eurenco, décomplexée face à des travailleuses et travailleurs qui luttent pour des augmentations de salaires et contre la criminalisation de l’action syndicale ».

    Une lettre ouverte au préfet a également été adressée ce 21 mai. Tout en dénonçant des décisions de l’entreprise, comme les sanctions de salariés, comme constituant « une mesure de discrimination et de répression syndicale », elle regrette le manque d’échanges avec la préfecture. « Nous constatons avec colère qu’alors que le patronat semble bénéficier d’une écoute attentive des services de l’État, l’Union départementale CGT de Vaucluse n’a, pour sa part, jamais été reçue par vos services malgré de multiples demandes de rendez-vous restées sans réponse », pointe le syndicat dans sa lettre ouverte. Et estime que le rôle de l’État « ne peut être de soutenir implicitement des pratiques antisyndicales ni de participer à la répression d’un mouvement social légitime ».