Tag: Patrimoine

  • La droite veut (encore) rendre le château de la Buzine à Nicolas Pagnol

    La droite veut (encore) rendre le château de la Buzine à Nicolas Pagnol

    Pour une énième fois ce vendredi, la droite marseillaise avait donné rendez-vous à la presse devant les grilles du château de la Buzine (11e arr.) pour tirer le bilan du Printemps en matière de protection du patrimoine. Face au 1/9e de page consacré au sujet dans le bilan municipal qui en comptait 144, Romain Simmarano, président du collectif Une Génération pour Marseille, attaque : « Ce n’est pas à la hauteur de la 2e ville de France ! » Pour le maire (LR) des 11-12 Sylvain Souvestre, la Buzine, où la droite avait ses entrées et qui est désormais reprise en régie, est « le symbole de l’échec en termes de culture ». Il évoque une baisse de la fréquentation de 40% depuis la reprise, quitte à comparer les goûters payants alors proposés aux enfants avec l’usine à films qui depuis a accueilli près de 16 500 personnes, rit-on à la municipalité. Mais le maire de secteur insiste : « Ce que nous voulons, c’est redonner la Buzine à Nicolas Pagnol [le petit-fils de Marcel Pagnol, Ndlr]. »

    La droite a cependant d’autres propositions. « Des villes comme Nice ont des brigades anti-tag qui interviennent dans les 24 heures », avance Sandra Blanchard, la secrétaire générale du collectif. Lequel propose aussi un guichet unique du patrimoine, la création d’un musée de la marine avec les collections de la CCI, une nouvelle exposition pour le musée d’histoire consacrée aux communautés qui ont fait Marseille, la demande d’une protection patrimoniale de la digue du large. Maltraité par la droite lorsqu’elle était à la mairie, le patrimoine marseillais bénéficierait-il alors de moyens renforcés ? « L’idée, ce n’est pas de mettre plus de moyens, c’est un meilleur pilotage des équipes », répond Sandra Blanchard.

  • JEP 2025, les trésors de Marseille en pleine lumière

    JEP 2025, les trésors de Marseille en pleine lumière

    Passé portuaire et industriel

    Du côté du Vieux-Port, des départs en bateau permettront une visite commentée de l’histoire du port, avec une escale prévue à la Digue du large, cette jetée-promenade qui a inspiré des auteurs comme Jean-Claude Izzo ou Claude McKay, hélas fermée au public depuis 2001. Que dire encore de la Cité radieuse du Corbusier, ouvrage finalement pas si fada que ça édifié il y a 73 ans sur le boulevard Michelet. Autant de grands classiques architecturaux de Marseille, qui ne sauraient faire oublier le riche passé industriel de la ville, comme peut en témoigner le Silo. Huit sessions de visites sont prévues ce week-end pour découvrir cet « ancien silo à grains » construit en 1927 et « réhabilité en salle de spectacles » dans les années 2000. Au centre interdisciplinaire de conservation et restauration du patrimoine de la Belle de Mai, le public pourra contempler, samedi, l’histoire de ce bâtiment qui fut l’ancienne Manufacture des tabacs. Sur le territoire du Grand port maritime de Marseille, boulevard des Bassins de Radoub, l’association La Navale présentera quant à elle l’histoire de la réparation navale et la mémoire ouvrière des lieux. Érigés à la fin du XIXe siècle pour stocker des marchandises du port, les Docks de la Joliette, hélas transfigurés en centre de commerces il y a 10 ans, seront le théâtre de visites commentées par l’historienne Judith Aziza.

  • Convention de Faro : 20 ans de patrimoine vivant, en marche

    Convention de Faro : 20 ans de patrimoine vivant, en marche

    « Il s’agit de mettre les citoyens au cœur du réacteur. Le patrimoine ne s’arrête pas à la pierre mais il est fait d’histoires et de mémoires plurielles », a introduit Perrine Prigent, adjointe au maire chargée du patrimoine, accompagnée de Marie Batoux, déléguée à la démocratie participative, en signant la convention dans l’auditorium du musée d’Histoire de Marseille. Au-delà du symbole, après les adhésions de Samia Ghali en 2009 et Lisette Narducci en 2011, alors respectivement maires des 15/16 et des 2/3, c’est la Ville qui s’engage. « Pour mettre la pression aux États afin qu’ils ratifient le texte », a précisé l’élue.

    Marseille c’est une histoire qui a démarré au début des années 2000, sous l’impulsion de la conservatrice au patrimoine Christine Breton déterminée à faire émerger les histoires qui font Marseille, dans les récits de ses habitants, mémoire vivante. Dans les quartiers populaires, se constituent des groupes de marcheurs qui dépoussièrent les vestiges des usines, défrichent un tunnel sous l’A7 pour déboucher sur le porche du château du roi René devenu pizzeria, déterrent l’histoire d’une bastide sous une cité ou remuent les poubelles qui obstruent la cascade du ruisseau des Aygalades, aujourd’hui destiné à reverdir Euroméditerranée.

    Dès 2007, La Marseillaise accompagne leurs pas et sort par la suite un tiré à part. En 2010, les marches donnent naissance à Hôtel du Nord, une coopérative d’habitants gérée par Prosper Wanner, où chacun se fait hôte pour faire découvrir Marseille autrement. « Chaque habitant dans sa diversité et par son récit est un facteur déterminant de ce qui constitue le patrimoine », assure Francesc Pla Castelltort pour le Conseil de l’Europe. Ou « je suis Marseille et Marseille c’est moi » dira Agnès de Saint-Louis (15e).

    Une chaîne humaine

    Dans cette aventure sans fin, chacun apporte une nouvelle pierre. Également « embarquée » dans la dynamique de Christine Breton, Samia Chabani, directrice d’Ancrages, est allée « là où le regard se détourne, dans l’histoire de l’immigration et des bidonvilles, de leur effacement ». Le patrimoine c’est de l’humain, fait de joie et de douleur. L’événement était aussi l’occasion de présenter officiellement l’entrée au musée d’Histoire de Marseille des chaînes de Noailles, témoignage d’un patrimoine social et militant porté par les habitants du quartier, lié au drame des écroulements des immeubles de la rue d’Aubagne le 5 novembre 2018. Mystérieusement déposées devant le musée, elles symbolisent « une volonté de remettre le patrimoine sous la responsabilité du service public pour permettre à l’histoire de s’écrire dans toutes ses nuances », a souligné Laurent du collectif Noailles Debout, dans la lignée de Jean Jaurès.

  • 112 œuvres de Vasarely de retour à la Fondation

    112 œuvres de Vasarely de retour à la Fondation

    Un chapitre de l’affaire Vasarely se clôt. La juge fédérale de Porto-Rico confirme, ce 15 septembre « la saisie et le transfert en France de 112 œuvres originales de Victor Vasarely, retrouvées au domicile de Porto Rico de Michèle Taburno », résume un communiqué de presse de la fondation Vasarely, paru ce 17 septembre. Une étape dans le dossier judiciaire massif qui oppose cette dernière, belle-fille du plasticien à Pierre Vasarely petit-fils de l’artiste, aussi président de la Fondation Vasarely. Depuis près de trente ans, la Fondation Vasarely s’oppose judiciairement à Michèle Taburno, veuve de Jean-Pierre Vasarely, l’un des deux fils du peintre, autour de la propriété de centaines d’œuvres originales. En 1997, un arbitrage contesté attribue le patrimoine de la fondation Vasarely aux deux fils, les intérêts patrimoniaux sont gérés par Michèle Taburno, avant d’être annulé par la justice française en 2015. Pierre Vasarely st reconnu comme unique légataire universel et seul détenteur du droit moral de l’artiste. Malgré ces décisions, Michèle Taburno conserve et déplace de nombreuses pièces, notamment vers Porto Rico.

    Un « soulagement »

    S’enclenche alors une longue série de procédures. En 2023, le FBI a saisi 112 œuvres à sa résidence de Porto Rico à la demande de la justice française. Si la mise en examen de Michèle Taburno est annulée en 2025, la justice américaine confirme cette semaine le transfert de ces œuvres. À ce stade de l’affaire, quatre avocats et un notaire restent poursuivis dans la même information judiciaire, ouverte en 2019. Un mandat d’arrêt international a lui été délivré en 2018 contre Michèle Taburno. « Je le vis comme une délivrance après tant d’années de procédures que nous a fait subir Madame Taburno, réagit Pierre Vasarely, au sujet du retour des œuvres acté. Le coût financier pour notre institution reste toutefois énorme sans rien dire de la privation durant toutes ces années dans laquelle la Fondation s’est trouvée de ces œuvres majeures. » Le stockage des pièces, même déportées à Porto Rico, coûte près de 3 000 euros par mois à la Fondation. « C’est un soulagement. On ne peut voler impunément une institution reconnue d’utilité publique depuis 1971, devenue Musée de France en 2020 », ajoute Pierre Vasarely, qui rappelle que les œuvres saisies avaient été données à la fondation « de manière aliénable » par Victor Vasarely ainsi que son épouse, Claire Vasarely, dans les années 70-80. À ce stade, la date et les conditions de retour des 112 œuvres ne sont pas établies. « Nous attendons la décision du Tribunal de Porto Rico. Il s’agit d’une procédure qui oppose Mme Taburno à la justice américaine (…) Nous attendons que soit éventuellement purgé le recours ouvert contre ce jugement. Nous entreprendrons alors ce retour, précise Pierre Vasarely. Elle détient de très nombreuses autres œuvres, sans doute à Porto Rico, qui appartiennent à la famille et la Fondation. Une procédure en recel successoral est pendante, sur laquelle il doit être statué d’ici la fin de l’année. » Au retour des œuvres, un constat d’état devra également être effectué pour chacun d’entre elles, permettant d’évaluer leur état de conservation. « Elles ont vocation à être présentées dans nos espaces », assure le Pierre Vasarely.

  • « L’affluence s’est reportée sur août »

    « L’affluence s’est reportée sur août »

    La Marseillaise : Quel bilan tirez-vous de la saison ?

    Jean-Jacques Micoud : On a un début d’année qui était pas mal, un printemps qui s’est bien déroulé, un décrochage sur mai malgré les ponts et puis un redémarrage en août. Le mois de juillet n’était pas bon, et l’affluence s’est reportée sur août, ce qui est plutôt nouveau. Ça s’explique par des événements conjoncturels et structurels. Le conjoncturel ce sont les incendies. Mine de rien, beaucoup de gens se sont demandé s’ils pouvaient quand même venir, si les plages étaient ouvertes, si les manifestations étaient maintenues… L’autre point conjoncturel, ce sont les canicules. J’ai travaillé pendant neuf ans pour le Morbihan, chaque fois qu’une vague de chaleur était annoncée dans le Sud, on voyait mécaniquement les réservations augmenter. Et puis l’élément quasi structurel maintenant, c’est la forme économique de la France et le pouvoir d’achat des Français. Ça ne joue pas tant sur les réservations que sur la consommation.

    Les activités de l’Office ont-elles rencontré le succès escompté ?

    J.-J.M. : Les visites ont bien marché, on est satisfait niveau remplissage global. On a trois types de participants : les Martégaux qui viennent découvrir ou redécouvrir leur patrimoine, comme le calen, les gens de la région qui s’inscrivent à nos activités pour avoir un bon prétexte pour visiter Martigues, et puis le touriste pur qui est en vacances et qui en profite pour ne pas bronzer idiot. Là où on est aussi assez satisfait, c’est du côté boutique. Les petites babioles aux couleurs de Martigues marchent pas mal. On a un panier moyen de l’ordre de 11,50 euros. Ce qui est important, c’est que les gens repartent avec quelque chose.

    La filière cinéma attire-t-elle les touristes ?

    J.-J.M. : Bien sûr, la visite des décors de Camping Paradis continue de rencontrer un succès fou. On est en train de mettre en place des visites pour Provence Studios. On a une pépite mondiale, une originalité terrible en France avec cette carte postale de Venise provençale, un savoir-faire en matière d’accueil de tournage puisqu’on est à 170 tournages par an. Il faut qu’on soit capable d’organiser des visites autour des infrastructures, autour du cinéma, et demain on pourrait aller encore plus loin avec des visites virtuelles, un site dédié… Il faut que le cinéma soit considéré comme une vraie filière, pas simplement d’attractivité, mais économique.

  • La Poudrerie : de friche industrielle à joyau écologique

    La Poudrerie : de friche industrielle à joyau écologique

    Les aiguilles de l’horloge qui surplombe le portail d’entrée du Parc de la Poudrerie sont arrêtées sur 16h50. « Ça correspond à l’heure de l’explosion qui a ôté la vie à 53 personnes en 1936 », explique Fabien Serinian, responsable du lieu. Le site de 136 hectares à cheval sur les communes de Miramas et Saint-Chamas renferme les vestiges d’un passé historique foisonnant.

    C’est en 1680 que les premiers bâtiments de la fabrique de poudre d’explosifs royale sont édifiés. « Les intendants de Louis XIV ont trouvé que l’endroit était adapté, en raison de sa proximité avec l’étang de Berre, de sa géographie encaissée sous les falaises, des nombreuses sources d’eau qui le traversent et de sa végétation qui permettait d’éviter l’espionnage industriel et de limiter le choc des éventuelles déflagrations », poursuit l’agent municipal. Une ressource indispensable pour nettoyer les infrastructures et faire tourner les 24 moulins à roues à augets servant à broyer le charbon, le salpêtre et le souffre.

    Au départ, la manufacture n’occupe que 2,5ha pour atteindre, à la veille de la seconde guerre mondiale, plus de 1305 hectares. On y dénombre alors 250 bâtiments. Environ 4 000 personnes y travaillent, dont un millier d’Indochinois enrôlé de force.

    En 1974, après 300 ans d’existence, le plus ancien pôle industriel de l’étang de Berre ferme définitivement ses portes. Aujourd’hui demeure la tour de garde creusée dans la colline de safre qui surplombe la zone de fabrication où trois moulins à poudre noire ont été restaurés, un séchoir et les étangs du directeur remis en eau en 2024. « Vingt ans après sa fermeture, la friche industrielle a été vendue par l’armée au Conservatoire du littoral », raconte Fabien Serinian. Décontaminé, démantelé puis inoccupé pendant près de 30 ans, le site s’est mué en parc naturel protégé dans lequel se sont installées 130 espèces d’oiseaux et plus de 600 plantes.
    « Cette année, on a eu la naissance de deux cigogneaux », confie le responsable en passant devant le nid.

    Du côté de l’entrée de Saint-Chamas, une flore typique des zones humides côtoie une cinquantaine d’essences exotiques ramenées des colonies au milieu du XIXe siècle par les directeurs successifs de la Poudrerie. « Vous allez voir, après quelques minutes de marches on arrive en Louisiane », prévient l’agent municipal. Chose promise, chose due : quelques centaines de mètres plus loin, l’ensoleillement et l’humidité due au réseau de canaux ont favorisé la formation d’une forêt hygrophile unique en Provence composée de cyprès chauves, arbres emblématiques de l’État américain. En remontant du côté de Miramas le Vieux, le milieu s’ouvre. Thym, romarins et oliviers se partagent la colline exposée au vent, typique de la région méditerranéenne. Au Parc de la Poudrerie, cinq kilomètres sont l’équivalent d’un voyage.

  • Que vive notre patrimoine commun !

    Que vive notre patrimoine commun !

    Gageons qu’il n’est jamais trop tard pour rattraper le temps perdu. Gageons aussi que cet adage s’applique à la protection du patrimoine bâti. Car aujourd’hui il y a urgence, notamment à Marseille, pour agir et préserver les monuments historiques des outrages du temps, du vandalisme de toute sorte ou, pire encore, de l’indifférence.

    La cité phocéenne, plus ancienne cité de France avec ses vingt-six siècles d’existence, a longtemps subi la mauvaise réputation d’être une ville sans témoins solides de sa longue histoire, les édifices. Rien de plus faux. Encore fallait-il une volonté politique pour mettre au rang des priorités la protection des bâtiments, souligner leur portée et leur valeur historique. C’est la mission des fonctionnaires du ministère de la culture qui, avec peu de moyens, font preuve d’une énergie à saluer.

    L’expression
    de notre vie

    À Marseille, comme dans les autres communes des Bouches-du-Rhône et des départements du Var et du Vaucluse, de plus en plus de sites sont désormais inscrits grâce à l’action conjuguée des fonctionnaires et des associations, au premier rang desquelles Sites et Monuments.

    L’inscription aux monuments historiques permet aux habitants, aux visiteurs, de découvrir, via ces bâtiments, leur propre histoire. Car il s’agit ici de « biens communs », le patrimoine de tous. Une idée issue de la Révolution française et des principes de
    la République. Aussi, chaque atteinte à un édifice est une blessure, l’amputation d’une mémoire. A contrario, chaque geste de protection permet de ne pas effacer le passé. Les monuments historiques sont plus que des pierres. Ils sont l’expression de notre vie sociale.