Tag: Parti communiste

  • Comment concilier industrie et services publics ?

    Comment concilier industrie et services publics ?

    Réconcilier les usines polluantes avec la protection de l’environnement tout en créant 10 000 nouveaux emplois : c’est la promesse du grand mouvement de réindustrialisation qui anime l’ouest du département depuis la fin de l’année 2023. Mais pour le Parti communiste français et la CGT, ce développement économique doit impérativement être indissociable d’un élargissement des services publics.

    Daniel Bretonnès, secrétaire général de l’Union locale du syndicat CGT, affirmait dimanche, lors du débat du festival Terres de résistance : « L’industrie a besoin de services publics, de routes, de fluvial, de fret ferroviaire… C’est quand même incroyable que l’un des plus grands ports d’Europe, Marseille, ne soit alimenté que par une voie ferrée quand Rotterdam en a douze et Le Havre cinq. »

    Sur ce plan, une première étape historique a été franchie avec le financement du contournement autoroutier de Martigues et de Port-de-Bouc, dont le chantier démarrera en 2027 pour s’achever en 2030. « Un premier maillon vient d’être posé, reconnaît le maire (PCF) Gaby Charroux. Mais il y en a bien d’autres. Nous nous battons depuis des années sur la question des besoins en moyens publics pour la santé des habitants du territoire, je veux parler de l’hôpital de Martigues. »

    « Rétablir la taxe professionnelle »

    Josie, retraitée de l’établissement, témoigne : « L’hôpital est exsangue malgré toutes les interventions qu’on a pu faire, il y a une fuite des effectifs, on ferme des lits, le personnel fait 14 heures de travail en chirurgie… C’est du jamais vu. » Le maire de Martigues admet : « Il nous manque des moyens financiers, des moyens en termes de locaux, des moyens technologiques et des moyens humains. Les urgences sont submergées, ce n’est pas possible. Je suis en contact avec beaucoup de chefs de pôle qui me disent leur dégoût de ne pas voir un schéma directeur se mettre en place. Les choses n’avancent pas, il va falloir peut-être trouver des moyens de pression auprès de l’Agence régionale de santé. » La CGT revendique 170 millions d’euros d’investissements et la création de 90 emplois statutaires, « le minimum pour se remettre à flot » selon Josie.

    Pour un développement économique harmonieux, Daniel Bretonnès préconise le rétablissement de la taxe professionnelle « pour que l’industrie redonne une partie de ses richesses à la région qu’elle impacte et pour qu’on puisse construire du social, du logement, améliorer les écoles, qu’on ait du personnel territorial qualifié ». Le syndicaliste assène : « Les mairies, c’est la démocratie. Si elles n’ont plus la taxe professionnelle ni la taxe d’habitation, elles n’ont plus de pouvoir. Le lien entre industrie et services publics se fera que si on a une réforme fiscale qui va dans le bon sens. »

  • « Il y a plus de 150 000 morts au Soudan »

    « Il y a plus de 150 000 morts au Soudan »

    La Marseillaise : Quelle est
    la situation aujourd’hui
    au Soudan
     ?

    Issam Othman : La situation est catastrophique. Depuis le début de la guerre le 15 avril 2023, il y a eu plus de 150 000 morts au Soudan. 34 millions de personnes dont 14 millions d’enfants ont besoin d’une aide humanitaire et d’un soutien urgent. On compte environ 12 millions de déplacés dont 4 millions sont partis à l’étranger. Plus de 70% des hôpitaux sont hors service. L’Organisation mondiale de la santé parle de 15 millions de personnes sans accès aux soins primaires vitaux. Et on estime que 18 millions d’enfants n’ont pas accès à l’école. À cela, il faut ajouter les mariages forcés, de l’esclavage sexuel et l’enlèvement d’enfants par les milices. 24,6 millions de Soudanais sont aussi confrontés à une insécurité alimentaire aiguë. La guerre a transformé le Soudan, autrefois considéré comme le grenier du monde, en un holocauste humain menacé par le spectre de la famine.

    Quelle est l’origine du conflit ?

    I.O. : L’Accord de paix de Juba, signé en octobre 2020 entre le gouvernement et le Front révolutionnaire soudanais, est un arrangement pour se partager le pouvoir. Il a exclu des acteurs clés sur le terrain, notamment les civils dans les camps de déplacés et d’importants groupes rebelles comme le Mouvement de libération du Soudan et le SPLM-Nord. Le 25 octobre 2021, l’armée a mené un coup d’État contre-révolutionnaire. Le Soudan a alors vu émerger les Comités de résistance comme force populaire dominante, qui organisaient de nombreuses manifestations de masse dans tout le pays. Les divisions internes ont fini par alimenter un mouvement contre-révolutionnaire croissant, dirigé par le Mouvement islamique et ses alliés. Le conflit entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (FSR), autrefois unies contre la révolution, a éclaté le 15 avril 2023 et s’est depuis transformé en une guerre civile. Les objectifs de la révolution soudanaise [de 2019, Ndlr] ont inquiété la région, incitant les pays voisins à tenter de la contenir. Les puissances régionales ont joué un rôle majeur dans l’intensification du conflit, motivées par des ambitions de contrôle des vastes ressources du Soudan. Les Émirats arabes unis soutiennent un camp, tandis que l’Égypte soutient l’autre, transformant le Soudan en théâtre d’une guerre par procuration.

    Quel est le poids du Parti communiste au Soudan ?

    I.O. : Il existe au Soudan depuis 1950. Mais nous restons minoritaires et il a longtemps opéré dans la clandestinité notamment sous le règne du général Béchir et des Frères musulmans. En 2020, le parti s’est retiré des Forces de la Liberté et du Changement, et en 2021, il a lancé un appel à rectifier le cours de la révolution ou à renverser le régime. Nous tentons de nous organiser pour dessiner le chemin vers la paix.