Tag: Occitanie

  • Un débat sur l’avenir du dépôt SNCF de Béziers

    Un débat sur l’avenir du dépôt SNCF de Béziers

    C’est un sujet qui a fait couler beaucoup d’encre. Le dépôt SNCF de Béziers, bataille vieille de plus de 30 ans portée par les cheminots, sera au centre d’un débat, le 16 décembre à 18h30, au 2 rue Voltaire. Initié par les communistes biterrois, il fera intervenir Éric Bringuier, secrétaire régional CGT des cheminots (lire entretien page 8), Nicolas Midague, secrétaire CGT des cheminots de Béziers ainsi que Jean-Marc Biau, secrétaire PCF de Béziers et élu au conseil régional d’Occitanie.

    Car l’avenir de ce site historique est en jeu. Délaissé par une direction SNCF aux abonnés absents, le dépôt pourrait fermer définitivement d’ici trois ans. Pourtant, des solutions existent pour lui assurer un avenir pérenne, selon les cheminots cégétistes. En effet, le projet d’un Centre de maintenance de matériel (CMR) est porté par la Région afin de soulager les deux existants, saturés. Un temps annoncé à Narbonne, il semblerait que les élus audois hésitent à donner le feu vert au projet. « Il faut trouver rapidement un site car les nouveaux engins deux niveaux vont arriver en 2026 et 2027 et il n’y a aucun atelier pour les entretenir ! Dans ce cadre, au vu de la concomitance de l’abandon de Narbonne et la fermeture du dépôt de Béziers, personne ne comprend pourquoi Béziers n’est pas étudiée par la SNCF », soupire Jean-Marc Biau.

    Le choix de la cité de Riquet ne semble pas plus intéresser le maire que la direction de la SNCF. Pourtant, le foncier est disponible et le savoir-faire garanti. « Le triage du Capiscol [situé à côté du dépôt, Ndlr] dispose de foncier libre, il est facile d’accès dans le mode ferroviaire comme dans le mode routier, il peut être traversant avec des entrées-sorties des engins sans manœuvre et il y a sur Béziers des conducteurs de trains, des aiguilleurs et toutes les compétences pour faire circuler des trains et les entretenir », soutient l’élu communiste. Mais la forte présence de syndicats semble refroidir la SNCF. « Et Robert Ménard, ses excès, ses idées d’extrême droite sont un véritable repoussoir pour porter des projets de développement de l’emploi industriel », précise Jean-Marc Biau.

    Or, les bénéfices pour l’emploi comme pour les usagers sont foison. Tout comme les possibilités de développement d’un service public ferroviaire. « On pourrait se servir de la ligne Béziers-Neussargues pour desservir le périurbain avec la création d’arrêts supplémentaires, faire circuler plus de trains, etc. » Assez d’arguments pour faire entendre raison à la direction ?

  • [Vidéo] 2 847 Nîmois prennent leur avenir en main

    [Vidéo] 2 847 Nîmois prennent leur avenir en main

    Au fil d’une présentation dense, les organisateurs ont mis en lumière les priorités exprimées par les Nîmois : une ville plus unie, où l’insécurité recule, où les jeunes trouvent leur place, où le logement et le cadre de vie redeviennent accessibles. Ce moment de restitution a permis de poser les premières pierres du projet que Vincent Bouget et les forces de gauche entendent porter en 2026, revendiquant un principe simple : partir de la parole des habitants pour refonder l’avenir de la ville.

    Avant même d’entrer dans le détail des résultats, les organisateurs ont rappelé ce qui avait conduit à cette restitution très attendue : avec 110 entretiens vidéos menés auprès de Nîmoises et de Nîmois représentatifs de la ville, puis prolongé par 30 projections-débats ayant réuni plus de 2 000 personnes. Ce cycle avait révélé un besoin profond : renouer le dialogue dans une ville où beaucoup disent manquer d’écoute.

    C’est pour répondre à cette demande qu’un questionnaire inédit avait été conçu, puis diffusé dès septembre dans tous les quartiers. Pendant trois mois, plusieurs centaines de membres du collectif ont sillonné marchés, parcs, arrêts de bus, pieds d’immeubles et halls d’immeubles pour aller chercher la parole là où elle se trouve, au plus près des habitants.

    À l’arrivée, 2 847 réponses ont été analysées -1 931 questionnaires papier et 917 numériques- formant un matériau statistique suffisamment robuste pour tirer des conclusions fines. Le profil des répondants reflétait une ville diverse : 58% de femmes, une forte représentation des 35-75 ans, des répondants plutôt « cadres » et « employés », et aussi des artisans-commerçants dans les contributions issues des entreprises. Surtout, la carte des réponses montrait que tous les quartiers de Nîmes avaient participé, des plus centraux aux plus périphériques, ce qui a permis d’établir un diagnostic précis des attentes, secteur par secteur, en amont des municipales de 2026.

    Retrouvez les résultats de cette enquête inédite dans l’édition papier ou numérique de La Marseillaise Hebdo d’Occitanie du vendredi 12 décembre.

  • Portuaires et marins vent debout contre le low-cost

    Portuaires et marins vent debout contre le low-cost

    Sur les quais comme en mer, ça tangue sérieusement pour l’emploi en Méditerranée. Ce sont des personnels de tous les ports de France, très inquiets face à un redoublement de l’offensive libérale, qui sont appelés à se mobiliser à Port-la-Nouvelle, ce 11 décembre. Craignant que le port audois devienne « une zone de non-droit pratiquant une concurrence déloyale », les syndicats interpellent les Régions et l’état sur leur stratégie de développement du trafic maritime et industrialo-portuaire.

    Côté ports, c’est l’ouverture d’une ligne de déchargement de véhicules pour Neptunes lines, dans l’enceinte de Port-la-Nouvelle, qui provoque d’énormes remous chez les ouvriers dockers et travailleurs portuaires. Mais c’est l’ensemble des ports qui est concerné. « Hors de question d’avoir un port “low cost” mettant en péril les équilibres sur l’ensemble des ports de la Méditerranée, de Nice à Port-Vendres, en passant par Marseille, Fos, Sète et utilisant une précarité structurelle, jusqu’à ne pas respecter les règles conventionnelles en termes de formation professionnelle », explique la FNPD CGT, dans son communiqué.

    L’opérateur grec livre déjà 80% des 90 000 véhicules par an à Sète. à partir de janvier 2026, ce partenariat avec la Semop (société d’économie mixte à opération unique), qui est à la fois manutentionnaire, concessionnaire et actionnaire de Port-la-Nouvelle, lui permet de passer à 180 000 véhicules sur 20 ans.

    Ne pas baisser pavillon

    « Ce que nous dénonçons depuis des mois, c’est une gestion des ports qui s’organise sans contrôle sur le trafic, où on laisse s’implanter des entreprises qui ne respectent pas les statuts des travailleurs », résume Pascal Galéoté, le secrétaire général CGT du grand port maritime de Marseille (GPMM). L’occitanie ferait office de cheval de Troie de la « low-costisation » des ports en utilisant le dumping social. La présidente de la Région Occitanie, Carole Delga (PS), proposant de « jouer la complémentarité et faire pack », n’a pas eu l’heur de rassurer les portuaires. Ils exigent aujourd’hui : « La question de la gouvernance opaque de ce port doit être éclaircie, alors que des projets de loi sur l’avenir des ports sont en cours de discussion. » Contactés, les services de la Région n’ont pas donné suite.

    Déréglementation également côté mer. Une délégation syndicale CGT Marins de Maritima, du Remorquage, de Corsica Linea et de La Méridionale a bloqué à quai deux navires, ce mercredi, dans le port de Marseille-Fos. C’est l’exploitation sous pavillon international du pétrolier Shana des Slops par la société port-de-boucaine Sermap et de l’avitailleur Gaz Vitality, affrété par TotalEnergies, qui provoque la colère des marins. « Ces sociétés pratiquent une concurrence déloyale avec les opérateurs historiques du port de Marseille-Fos, précise Frédéric Alpozzo, secrétaire général CGT Marins. Elles mettent en péril l’emploi maritime en allant à l’encontre des droits sociaux des marins et en passant par des sociétés de placement de travail temporaire pour échapper au droit et aux cotisations sociales de notre régime ENIM [établissement national des invalides de la Marine]. »

    Là encore, depuis 2018, les marins n’ont cessé de dénoncer ces conditions d’exploitation. Lors des dernières Assises de la mer, la Fédération nationale des syndicats du maritime CGT s’était encore alarmé « de l’annonce de la volonté du gouvernement de supprimer la dotation publique des ports, qui devront s’autofinancer par la privatisation du domaine public maritime ».

    Repères

    12

    Outre le Grand Port Maritime de Marseille (GPMM), la façade méditerranéenne compte 12 ports de commerce décentralisés dont Sète, Toulon, Bastia, Port-La-Nouvelle, Ajaccio, Port-Vendres, Porto-Vecchio, Propriano, Nice, Cannes…

    3

    Outre les ports de plaisance, la Région Occitanie compte 3 ports majeurs : Sète-Frontignan, Port-la-Nouvelle et Port-Vendres. En région Paca, le port de Marseille est le seul port maritime d’État de la façade méditerranéenne.

    800

    Port-la-Nouvelle prévoit 800 millions d’euros d’investissements pour atteindre un trafic de « 12 millions de tonnes, entre 2040 et 2060 ». Marseille-Fos prévoit plus d’un milliard pour son projet stratégique « Marseille Fos 25-29 ».

    3 000

    La Région Occitanie table sur la création 3 000 emplois, directs et indirects, à venir avec le développement de Port-la-Nouvelle, quand la réindustrialisation du golfe de Fos est estimé à 10 000 emplois dans les Bouches-du-Rhône.

    66

    Au total, la France compte plus de 500 ports décentralisés, dont des ports de plaisance, de pêche… Parmi eux, on décompte 66 ports de commerce maritimes, dont 11 ports maritimes d’État.

  • Hisser haut l’emploi portuaire !

    Hisser haut l’emploi portuaire !

    Si Paris valait bien une messe pour le futur Henri IV, la compétitivité des ports du sud de la France ne vaut certainement pas de passer par-dessus bord les droits des travailleurs, de niveler par le bas leurs salaires et de déséquilibrer l’économie des territoires.

    Ces sites stratégiques, au cœur des échanges mondiaux et moteur du développement de la façade méditerranéenne, sont en plein essor, mais une logique suicidaire de mise en compétition pourrait enrayer cette belle dynamique. C’est pour protester contre ce danger que de nombreux ouvriers dockers et travailleurs portuaires se rassemblent, ce jeudi 11 décembre, sur le port de Port-la-Nouvelle (Aude), un des plus importants d’Occitanie et de Méditerranée, à l’appel de la Fédération nationale des ports et docks CGT.

    Intérêt général

    Car le développement des activités portuaires ne peut se réaliser en jouant la concurrence entre les ports français. Or, certains opérateurs jouent sans vergogne cette carte pour attirer des clients au détriment des autres places portuaires. Mettre en concurrence Marseille, Sète et Port-la-Nouvelle relève d’un calcul à très court terme, où seul l’accumulation de l’argent domine au détriment de l’équilibre économique de toute la façade méditerranéenne. Or, pour tirer les coûts vers le bas, le moyen le plus simpliste est de dévaloriser les métiers portuaires en embauchant une main-d’œuvre mal payée. C’est aussi accepter l’inacceptable : le non-respect du pavillon français. Bref, la mobilisation des travailleurs portuaires est d’intérêt général. Ils attendent aussi de l’État et des collectivités des engagements forts au service des ports.

  • Occitanie : ces maires qui se représentent

    Occitanie : ces maires qui se représentent

    Michel Mercier, Le Martinet (Gard)

    « Le mandat de maire est un joli mandat, j’avais envie de rendre service »

    Édile de ce village de 740 âmes depuis 2008, Michel Mercier a encore envie de continuer. C’est donc naturellement qu’il est candidat à sa succession. « On travaille sur le long terme, cela fait quelques temps que je suis maire et il y a une volonté de poursuivre la politique menée depuis une décennie dans un esprit de solidarité. On est dans la continuité avec de l’enthousiasme, de la sérénité. Le mandat de maire est un joli mandat, j’avais envie de rendre service », soutient Michel Mercier. Néanmoins, la majorité sortante sera quelque peu remaniée afin de prendre en compte la dernière réforme des municipales dans les villages de moins de 1 000 habitants, la parité au sein des listes étant de rigueur et le panachage étant fini.

    Pas de quoi démotiver l’équipe de Michel Mercier, ce dernier misant « sur le travail collectif, je ne crois pas à la divine personne avec toutes les qualités » afin de développer les deux thèmes principaux de sa campagne, l’éducation et la jeunesse. « On pallie les carences de l’agglo d’Alès qui a la compétence de la jeunesse. Nous organisons donc des séjours à thème pour les enfants, la cantine est à un euro », énumère Michel Mercier. Un élan de solidarité que l’édile souhaite amplifier. Bien que le contexte économique soit un peu morose, la fiscalité ne bougera pas. « Cela fait 30 ans que nous n’avons pas touché à la fiscalité. Nous avons une gestion rigoureuse, ce qui nous permet de ne pas avoir beaucoup de dettes et l’excédent nous permet d’investir. » Un investissement qui pourra servir à l’aménagement du cœur de village et la réhabilitation d’une résidence pour personnes âgées.

    L.D.

    Jacques Demanse, Sauveterre (Gard)

    « Se présenter, c’est faire de la Résistance »

    Trente ans après s’être assis pour la première fois dans le fauteuil de maire de Sauveterre, Jacques Demanse n’est pas prêt à jeter l’éponge. « J’ai toujours la même motivation pour continuer à travailler pour les Sauveterrois et pour la qualité de vie de la commune. On va se serrer les coudes surtout dans le contexte actuel où on va se faire assassiner par le gouvernement dans les dotations. Mais je vais mouiller ma chemise pour Sauveterre. Se présenter aujourd’hui, c’est faire de la Résistance pour que la commune sorte au mieux les administrés de cette tempête », précise l’édile.

    Une résistance qui passe par la poursuite de la rénovation énergétique des bâtiments communaux, impulsée lors du précédent mandat. Mais Jacques Demanse ambitionne d’aller plus loin avec un véritable service public de l’énergie. « On pousse pour faire notre propre énergie. Le soleil appartient à tout le monde, on en marre de donner quitus à des sociétés privées qui se gavent comparé à ce que nous rapporte la location des terrains. On veut créer notre propre énergie solaire et la raccorder à nos bâtiments pour réduire la facture énergétique. »

    Christian Miaille, La Vernarède (Gard)

    « Maire rural, c’est la gestion du quotidien »

    Maire PCF de La Vernarède depuis 2020, Christian Miaille repartira en 2026. Sans slogan ni bilan ronflant, il avance une raison simple, presque désarmante : « Parce que j’adore ça. » Ce qu’il aime, précise-t-il, c’est « rendre service aux gens ». Rien d’autre.

    Dans ce village cévenol de 420 habitants, l’élu revendique une gestion au ras du terrain. « On est là pour écouter et apporter ce dont les habitants ont besoin. Un petit village, ça ne se gère pas avec des grandes phrases, mais avec du concret. Le reste, je m’en fous. » Miaille assume une approche totalement dépolitisée : « Ma politique, c’est quand je vote. Après, je suis là pour la population, pas pour autre chose. »

    Face à la montée de l’extrême droite dans le Gard, il a sa propre idée : l’écoute avant tout. « Les petits villages n’ont qu’à faire comme moi, il y aura moins d’extrême droite », lâche-t-il. Être présent, jouer les médiateurs, résoudre les petites tensions du quotidien, même celles qui semblent anodines : « Les fleurs volées au cimetière, par exemple… On cherche, on trouve, on parle. C’est ça, un maire rural. »

    A.J.

  • Hérault : bientôt une appli pour détecter le paludisme ?

    Hérault : bientôt une appli pour détecter le paludisme ?

    « Je trouvais l’application PlantNet [permettant l’identification de plantes à partir de photos, Ndlr.] géniale. Je me suis demandé si je pouvais appliquer ça à mon domaine de recherche où nous sommes amenés à faire des diagnostics d’infection au plasmodium, le parasite qui cause le paludisme », rembobine Grégoire Pasquier, praticien hospitalo-universitaire au laboratoire de parasitologie-mycologie au CHU de Montpellier. C’est ainsi que le chercheur planche, depuis 2021, sur Plasmo detect, une application pouvant identifier le type de parasite causant le paludisme en prenant une photo d’un frottis sanguin.

    « On a une base de données de 30 000 photos de frottis sanguins sur lesquels il y a différentes espèces de paludisme. Nous nous sommes focalisés sur l’identification de l’espèce de parasite, [une des étapes du diagnostic du paludisme, Nldr.]. Selon l’espèce de plasmodium – cinq peuvent infecter l’homme – ce n’est pas le même traitement. Nous avons annoté les images en fonction des globules rouges infectés. Nous avons ensuite entraîné un algorithme qui peut différencier les différents parasites », détaille Grégoire Pasquier. L’application peut détecter en temps réel l’infection et définit la bonne espèce dans 80% des cas. « L’objectif serait d’atteindre 90%, le niveau 1 des critères du manuel qualité de l’OMS », reprend le chercheur. Ce qui garantirait la qualité de la prestation réalisée en laboratoire. Une aubaine pour la médecine, d’autant que « certains espèces ont des formes parasitaires latentes au niveau du foie, sur lesquels les traitements habituels ne marchent pas et nécessitent un second traitement pour soigner le patient », note Grégoire Pasquier.

    Surtout, Plasmo detect permettrait de venir en aide aux centres en Afrique subsaharienne, qui concentre la majorité des cas de paludisme des 2,6 millions de personnes infectées chaque année dans le monde pour 600 000 décès. « Là bas, ils ne sont pas toujours formés à lire des frottis sanguins pour détecter le paludisme. » Cela permettrait une prise en charge plus rapide des patients.

  • [Quoi de neuf] Hébergement d’urgence : « l’État pris en défaut »

    [Quoi de neuf] Hébergement d’urgence : « l’État pris en défaut »

    À l’heure où la précarité s’accroît en France – impactant notamment les étrangers – les membres de la Ligue des droits de l’Homme de Montpellier, Titouan Cady et Michel-Yves Billotte reviennent sur la question de l’hébergement d’urgence et le droit des étrangers.

    Louis Dupin : 200 000 personnes sont logées dans des centres d’hébergement par l’État. À cela s’ajoute plus de 100 000 personnes vivant dans la rue. Ce chiffre malheureusement progresse…

    Titouan Cady : Je n’ai pas de chiffres exacts sur cette progression, en revanche la pauvreté augmente, elle était environ à 14,3% de la population il y a 3 ans, elle est maintenant à 15,8%. La France est un des seuls pays d’Europe où la pauvreté augmente et ça s’accompagne forcément d’une précarité accrue et donc plus de personnes à la rue. On se rappelle tous les propos de Macron en 2017 où il disait à la fin du quinquennat il n’y aura plus personne dans la rue. C’est clairement un échec. Ce qu’on remarque et ce qui est troublant, c’est un désengagement de l’État, en tout cas de ses missions, parce que l’État assume de ne pas donner plus pour l’hébergement d’urgence alors que normalement l’hébergement est inconditionnel.

    L.D. : L’État est hors la loi ?

    T.C. : C’est compliqué. Il y a une différence en droit entre ce qu’on appelle l’obligation de résultat – quand on oblige une personne à atteindre un résultat – et l’obligation de moyens – quand on l’oblige à prendre les moyens nécessaires pour atteindre un hypothétique résultat. Sur la question de l’hébergement d’urgence, on est sur une obligation de moyens. Théoriquement, on ne peut pas dire que le fait qu’il y ait des personnes dans la rue, en tant que tel, met l’État dans une situation d’inégalité. En revanche, il y a des décisions de justice qui sont intéressantes, qui ont notamment été poussés par des municipalités qui montrent que l’État ne met pas les moyens suffisants pour héberger toutes les personnes qui sont là.

    Olivier Nottale : Et on l’a vu avec deux cas récents à Bordeaux et à Grenoble…

    T.C. : Oui c’est intéressant pour les municipalités parce que c’est une boîte à outils juridiques. Plusieurs municipalités – dont Grenoble et Bordeaux – ont lancé des contentieux devant le tribunal administratif en attaquant l’État. En fait, ces communes ont hébergé des personnes qui étaient à la rue alors que c’est à l’État théoriquement de le faire. Après les avoir hébergées, elles ont demandé à l’État de les indemniser pour avoir exercé la compétence à la place. C’est une forme d’innovation juridique parce qu’on n’avait pas eu ce format de contentieux avant. Les juges administratifs ont donné raison aux municipalités et ont obligé l’État à rembourser une partie des frais.

    L.D. : Est-on condamné à s’en remettre aux associations ou aux collectivités locales ?

    Michel-Yves Billotte : Oui effectivement, à partir du moment où l’État se désengage, il reste les collectivités et les citoyens, la solidarité entre citoyens. Mais du côté des collectivités locales, il faut quand même bien reconnaître qu’elles sont elles-mêmes en difficulté financière, elles sont obligées de faire des choix budgétaires drastiques pour arriver à tenir leur budget et qu’une partie des compétences qui ont été dévolues aux collectivités n’ont pas été compensées en termes financiers depuis des années. Donc c’est un peu la quadrature du cercle de ce côté-là.

    L.D. : Dans un autre registre, on voit qu’il y a eu 117 textes sur l’immigration depuis 1945, avec une accélération ces dernières années…

    T.C. : Il y a des obstacles de plus en plus importants pour la régularisation des personnes sans papiers. Ce qui est dû à l’origine à une forme d’impossibilité politique. Les responsables politiques n’arrivent jamais à faire ce qu’ils promettent, à massifier les expulsions. En réalité, ça ne fonctionne pas. Quel que soit le caractère autoritaire des ministères de l’Intérieur, il n’y a pas d’augmentation du taux d’exécution des OQTF. Ce taux n’a jamais dépassé les 20%. Les politiques ne peuvent pas le changer parce qu’il y a des centaines de milliers d’OQTF rédigées chaque année. À partir du moment où on fait ça, il n’y a pas de suivi administratif possible pour permettre l’expulsion de toutes ces personnes. Donc en fait, on précarise des gens. Ils savent très bien qu’ils n’y arriveront pas, donc ils pourrissent la vie de ces personnes, avec l’idée que ça va les faire partir. Ce qui est très faux.

    O.N. : On observe un durcissement des conditions de régularisation, notamment le niveau de français…

    T.C. : La logique des ministères de l’intérieur successifs est de renforcer l’intégration par l’apprentissage du français, c’est une condition pour l’obtention de la nationalité et de titres de séjour. Pour un titre de séjour pluriannuel c’est niveau B1 et pour la nationalité, niveau B2. Il y a aussi des QCM de connaissances de la République française avec des questions sur l’épouse de Napoléon III. Je pense qu’il y a pas mal de français qui ne seraient pas en mesure d’y répondre de manière aisée et pourtant ce sont des questions qu’on pose aux personnes qui sont en chemin pour acquérir la nationalité française.

  • Un plan de 30 millions pour sauver la Camargue

    Un plan de 30 millions pour sauver la Camargue

    La Camargue n’est pas une carte postale. C’est le message fort porté ce mercredi 5 décembre à Nîmes (Gard) par la conseillère régionale Katy Guyot, lors de la présentation du bilan du Plan Camargue et du lancement de sa nouvelle version, le « Plan Camargue 2.0 ». Depuis 2018, la Région Occitanie y a investi plus de 30 millions d’euros. Objectif : soutenir un territoire singulier, entre fragilité écologique, traditions vivantes et défis économiques. « La Camargue, ce n’est pas du folklore », martèle l’élue. « C’est une biodiversité riche, une économie à part entière, et une culture à défendre. »

    Adopté en 2018, le Plan Camargue repose sur quatre piliers : environnement, agriculture, culture et économie touristique. Loin d’un affichage symbolique, ce programme a produit des résultats concrets. Côté culture et patrimoine, ce sont 5,5 millions d’euros qui ont été injectés pour moderniser les arènes camarguaises (Lattes, Le Crès, Lansargues, Saint-Geniès-des-Mourgues ou Vauvert), restaurer l’amphithéâtre de Nîmes (près de 2 millions), soutenir la Fédération française de la course camarguaise ou accompagner la production audiovisuelle, comme le film Animale d’Emma Benestan, récemment diffusé sur Canal+.

    « Ce n’est pas sauter comme un cabri… »

    En matière d’agriculture et d’élevage, 2,7 millions d’euros ont été mobilisés, notamment pour valoriser la race Camargue et soutenir les éleveurs impactés par la dermatose nodulaire. « Durant la pandémie, on a versé 770 000 euros d’aides directes aux manades. Pour nous, les éleveurs faisaient partie des essentiels », rappelle Katy Guyot.

    Face à l’urgence climatique, l’environnement n’a pas été en reste : 13,3 millions d’euros ont été investis pour préserver la biodiversité, renforcer les digues ou restaurer des zones sensibles dans les réserves naturelles comme Scamandre ou Mahistre. Le tourisme, enfin, a bénéficié de 8,8 millions pour valoriser les Grands Sites d’Occitanie, les circuits d’agritourisme ou l’accueil de visiteurs.

    « On peut sauter comme un cabri avec une chemise camarguaise en criant “sauvons les traditions”… ça ne fait pas avancer le Schmilblick ! », lance Katy Guyot, paraphrasant De Gaulle pour mieux rappeler la nécessité d’actions concrètes. Parmi les initiatives marquantes, la création d’un conservatoire génétique du taureau de Camargue est en cours, porté par le Livre généalogique de la Raço di Biòu. Philippe Boch, manadier à Lansargues et président de l’organisme, en détaille la portée : « Nous avons commencé à prélever du sperme de taureau Camargue. On va continuer avec les ovocytes pour constituer une banque génétique. Cela nous permettra de préserver la race face aux menaces sanitaires comme la fièvre aphteuse ou la dermatose. » Cette initiative s’inscrit dans un dispositif plus large de protection des races menacées, qui a déjà permis à la Région de recevoir 104 demandes de subventions, dont 51 pour les chevaux de Camargue et 53 pour les taureaux.

    Autre chantier structurant : l’inscription de la Camargue au patrimoine mondial de l’Unesco. Soutenue depuis 2023 par la Région, cette démarche vise à protéger le delta du Rhône et à renforcer la gestion durable du site. « Pour survivre aux mutations profondes (montée des eaux, salinisation, réduction de la mobilité des roseaux), nous devons donner au territoire les moyens d’être protégée et reconnue », plaide Katy Guyot.

    Un plan 2.0 pour anticiper

    Forte de ce premier cycle d’action, la Région Occitanie engage désormais une nouvelle phase. Le « Plan Camargue 2.0 » vise à mieux outiller le territoire face aux crises à venir, qu’elles soient sanitaires, économiques ou climatiques. Il s’agit notamment d’encourager l’innovation dans l’agrotourisme, la diversification des élevages ou la valorisation de la viande locale.

    L’un des socles de cette relance sera la réalisation d’une grande étude d’impact socio-économique en 2025-2026. Menée sur le territoire de la Camargue gardoise et héraultaise, cette enquête permettra de mieux cerner le poids réel de la culture camarguaise dans l’économie locale. Seront notamment analysées les retombées du tourisme, l’emploi généré par les filières traditionnelles, ou encore l’impact culturel sur les habitants et visiteurs.

    Pour la Région, cette étude permettra d’objectiver les politiques publiques et de mieux flécher les aides futures vers ce qui crée « richesse, emploi et vitalité territoriale ». Il s’agit aussi d’armer les collectivités face aux mutations profondes du littoral, en faisant de la Camargue un modèle de développement durable conciliant authenticité et modernité. « Depuis 2018, nous avons posé les fondations, maintenant il faut aller plus loin, conclut Katy Guyot. L’Occitanie doit rester aux côtés de celles et ceux qui font vivre ce territoire. Ce n’est pas du folklore, c’est notre fierté régionale. »

  • Une vie debout pour les droits des salariés

    Une vie debout pour les droits des salariés

    On ne le verra plus, le cheveu en bataille, un mégaphone à la main. Richard Abauzit, figure du quartier Figuerolles à Montpellier, est décédé jeudi 27 novembre, chez lui, entouré des siens. Il avait 76 ans. Il laissera à Montpellier et bien au-delà le souvenir d’un défenseur opiniâtre des salariés. Il était l’image même du syndicaliste qui se bat sans relâche. L’image de la probité et du courage.

    Qu’il ait représenté le SNUipp, SUD Éducation, ou les Gilets jaunes, qu’il ait été conseiller du salarié ou défenseur d’hommes et de femmes victimes d’injustice, Richard Abauzit s’est toujours porté aux côtés des plus faibles contre les puissants.

    Longtemps inspecteur du travail, il a apporté à ceux qu’il soutenait ses immenses connaissances en droit du travail. Ce fut le cas en 2016 au moment de la loi El Khomri, qu’il analysa en particulier dans un livre coécrit* avec l’autre grand défenseur des salariés, Gérard Filoche. Ou encore avec le même Gérard Filoche en 2017 pour l’ouvrage Détricoter les ordonnances Macron pour mieux les combattre.

    Devenu instituteur, il rencontra en même temps que ses premières classes la longue grève de 1995, à laquelle il participa comme on l’imagine avec beaucoup d’application. Comme à toutes celles qui ont suivi. Conseiller du salarié, mission qu’il effectuait dans la discrétion, Richard a également mené de grands combats juridiques et politiques contre l’injustice. Celle qui avait frappé l’instituteur gardois Rolland Veuillet, victime de l’acharnement de l’Éducation nationale et de la police. Celle encore subie par le Biterrois André Menras, dont l’Éducation nationale refusait de reconnaître les années de prison sous la dictature saïgonnaise. À cette occasion, il avait bataillé avec les plus hauts responsables de l’Éducation nationale, dont un inspecteur général descendu de Paris, leur donnant la leçon sur le dossier de son collègue instituteur.

    Aucune lutte pour la justice sociale ne lui était étrangère, que ce soit pour empêcher
    la fermeture du collège Clemenceau ou pour participer très activement au mouvement des Gilets jaunes, dont il fut un infatigable participant de l’occupation du rond-point des Prés d’Arènes, rond-point le plus longtemps occupé de la région.

    Ses combats évidemment n’étaient pas appréciés du pouvoir. En 2017, il avait même été mis en examen –avec une journaliste de La Marseillaise– pour avoir défendu trois ex-salariés de l’Institut Saint-Pierre à Palavas. Mais dans le monde du travail, ce sont ses compétences, son opiniâtreté et son extrême gentillesse qu’on regrettera. Les obsèques de Richard Abauzit auront lieu samedi 6 décembre à 10h30 à Grammont.

    La Marseillaise, qui l’a souvent accueilli dans ses colonnes, présente ses plus sincères condoléances à sa famille et à toutes les personnes que ce deuil afflige.

    * « Comment résister aux lois Macron, El Khomri & Cie »
    (Le Vent se lève).

  • « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    « Le moustique tigre est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite »

    Claire Teillet : Nous savons qu’elle joue un rôle mais il y a encore beaucoup à comprendre sur ces interactions et les implications en matière de santé publique. Le mâle a besoin de la végétation pour se nourrir du nectar des plantes. Et la femelle –qui nous pique pour obtenir les protéines nécessaires à ses œufs– en a aussi besoin pour se nourrir et se mettre à l’abri pendant les périodes de repos. La végétation apporte de l’humidité et de la fraîcheur qui conservent l’eau. Et la femelle peut y pondre ses œufs.

    Il lui faut vraiment de l’eau stagnante ?

    C.T. : Oui, car après l’éclosion de l’œuf -pondu sur les rebords asséchés du récipient et immergé quand l’eau monte avec la pluie ou l’arrosage-, la larve se développe dans l’eau puis se transforme en nymphe. Ces stades ont besoin d’eau pour exister. Mais des œufs peuvent rester même si l’eau s’évapore. Ils entrent dans une sorte de dormance –la diapause– pour passer l’hiver. Quand l’eau revient et que les conditions sont plus propices –comme au printemps-, ils peuvent éclore.

    Chasser l’eau stagnante est donc crucial pour limiter la présence du moustique tigre, en été, et le risque de transmission de maladies ?

    C.T. : Oui, et notamment dans nos espaces privés qui sont les zones produisant souvent le plus de moustiques tigres. Ils peuvent pondre dans n’importe quel objet pouvant retenir de l’eau. C’est une espèce très opportuniste qui s’adapte vite.